08/09/2009
Communiqué de presse
Conférence de presse

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CONFÉRENCE DE PRESSE À L’OCCASION DE LA PUBLICATION PAR LA CNUCED DE SON RAPPORT SUR LE COMMERCE ET LE DÉVELOPPEMENT, ANNÉE 2009


Aux côtés de M. Miguel d’Escoto Brockmann, Président de la soixante-troisième session de l’Assemblée générale, l’économiste Heiner Flassbeck, Directeur de la Division des stratégies de la mondialisation et du développement à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a donné cet après-midi une conférence de presse organisée à l’occasion du lancement du « Rapport sur le commerce et le développement 2009 » de la CNUCED.  Un an après le début de la crise financière et économique mondiale, M. Flassbeck a fait le point de la situation et a présenté les propositions de la CNUCED en matière de régulation du marché monétaire mondial.


« Il y a un an débutait la crise financière et économique mondiale, avec l’annonce par les États-Unis de la nationalisation des deux organismes géants de prêt immobilier, « Fanny Mae » et « Freddie Mac », dans l’intention d’éviter une débâcle financière mondiale », a rappelé le Président de l’Assemblée générale.  Si le rythme du déclin semble ralentir au Nord, a noté Miguel d’Escoto Brockmann, pour beaucoup d’individus de pays en développement la crise vient seulement de commencer.  Les effets économiques réels commencent en effet seulement à se faire sentir, a-t-il expliqué, en notant que ceci se produisait après l’épuisement des ressources dégagées par les pays riches pour atténuer les effets immédiats de la crise sur leurs économies.


« En juin dernier, les États Membres de l’ONU ont adopté un document historique à l’issue de la tenue de la Conférence sur la crise financière et économique mondiale », a rappelé Miguel d’Escoto Brockmann.  Ce document a permis à l’Assemblée générale de commencer à mettre en œuvre sa réponse à la crise, avec la création d’un groupe de travail à composition non limitée.  Ce groupe de travail, coprésidé par les représentants de la République-Unie de Tanzanie et de la Norvège, débutera ses travaux cette semaine, a-t-il précisé.


« Il est très important d’utiliser toutes les ressources disponibles au sein du système des Nations Unies », a ensuite indiqué le Président de l’Assemblée, en introduisant le rapport 2009 de la CNUCED, qui contient des faits importants sur l’évolution de la crise.  Ce document affirme d’abord que la crise reflète la prédominance du secteur financier sur l’économie réelle dans le monde entier.  C’est une question controversée, a fait remarquer M. d’Escoto Brockmann, avant de reprocher aux décideurs politiques de ne pas s’être inquiétés de l’âpreté au gain dont font preuve les acteurs du secteur financier, dans le contexte d’une croissance économique ralentie.


Les auteurs du Rapport concluent aussi que la spéculation a joué un trop grand rôle dans l’économie mondialisée, ce qui a entrainé notamment une grande volatilité dans les prix des matières premières et des déséquilibres financiers entre pays développés et pays en développement.  Pour parvenir à un état de stabilité, la CNUCED estime qu’il faudra modifier des éléments majeurs du système financier international, en adoptant notamment un nouveau système monétaire.


Le rapport dégage aussi une note positive en ce qui concerne les défis des changements climatiques et l’atténuation de leurs effets qui, selon les spécialistes qui l’ont rédigé, ne vont pas à l’encontre les objectifs des pays développés, mais constituent une part essentielle d’un processus de changements structurels mondiaux et offrent de nombreuses opportunités pour un meilleur développement.


En faisant le point sur une situation qui est encore négative, M. Heiner Flassbeck a relevé qu’alors que le monde est au cœur d’une crise économique profonde, on n’a pas beaucoup avancé en termes de régulation financière malgré les discussions politiques en cours.  Il a ajouté que pour la CNUCED, les vraies questions n’ont pas encore été abordées.


Il a ensuite expliqué la proposition du Rapport selon laquelle les taux de change ne devraient plus être régulés par les logiques du marché, mais plutôt par des accords internationaux.  Ce serait une façon de permettre aux pays de retrouver une compétitivité et de sortir de la crise sans que des conditions leur soient imposées.  Cela permettrait aussi au monde de disposer enfin d’un système financier et monétaire cohérent, a-t-il souligné.


Seule une institution disposant d’un large mandat et faisant preuve de vision devrait recevoir les prérogatives permettant de régler cette question de cohérence.  Ce pourrait être une sorte de « conseil de sécurité économique », a dit M. Flassbeck.  « Il nous faut une institution dans le genre de l’Organisation des Nations Unies », a-t-il reconnu, en soulignant que cette institution ne pouvait pas être le Fonds monétaire international (FMI) dont les responsabilités ne s’étendent pas au commerce mondial.


Interrogé sur la création et le fonctionnement de fonds monétaires régionaux, il a considéré possible la création d’un tel fonds en Asie, pour y constituer une réserve de fonds qui seraient disponibles sans conditionnalités en cas de crise internationale.


M. Flassbeck a noté qu’il y avait, d’un côté, de bonnes réactions de la part de certains gouvernements pour lutter contre la crise, mais a relevé, d’un autre coté, le manque de perspectives de croissance au cours des années qui viennent.  On n’espère pas revenir au niveau de croissance que le monde a connu en 2007 avant trois, quatre, cinq ou même six ans, même dans les prévisions les plus optimistes, a-t-il annoncé.


Le secteur privé peut participer à la reprise de la croissance par le biais de la consommation et des investissements, a-t-il poursuivi.  Mais la baisse des salaires et l’augmentation du chômage ne peuvent laisser imaginer une relance de la consommation, alors que dans la plupart des cas, les pays affectés n’ont pas besoin de nouveaux investissements car ils fonctionnent avec des capacités inférieures de 10 à 15% à la normale.  Nous ne pouvons donc qu’exhorter les gouvernements à continuer de stimuler l’économie, avant d’envisager des stratégies de sortie de la crise.  Mais il est trop tôt pour cela, et le monde doit attendre un ou deux ans avant de voir le secteur privé être capable de se débrouiller tout seul, a regretté M. Flassbeck.


« Rappelons-nous que cette crise n’est pas seulement due à l’effondrement du marché des valeurs », a poursuivi M. Flassbeck, citant l’éclatement de bulles financières diverses, comme celles qui existaient dans le marché des matières premières et dans celui des devises.  Toutes les bulles ont éclaté en même temps, a-t-il expliqué, et ce phénomène s’est répété au cours des six derniers mois. 


Pour la CNUCED, a dit M. Flassbeck, cela signifie que la spéculation est de retour.  Il a illustré son propos en relevant, fin août, les envolées des prix du blé, du sucre et du soja, par exemple, en les comparant aux mouvements journaliers du même type qu’ont connus les cours des marchés des obligations et des devises.  Cette spéculation financière, parfois appelée « financialisation », qui conduit à la hausse des prix, est pratiquée dans une tentative de rétablissement, a-t-il expliqué.


Nous faisons face à une crise des devises, une crise du système monétaire international, a-t-il aussi indiqué, en notant que cette crise n’a pas été suffisamment portée à l’attention du monde.  À cet égard, nous essayons de formuler des propositions concrètes, comprenant des mesures de stimulation fiscales et monétaires, a expliqué l’économiste, tout en encourageant l’apport d’une aide dans ce domaine aux pays qui en ont besoin.  Il a donné l’exemple de la Hongrie où la crise internationale a entraîné la dévaluation de la monnaie.


Personne ne veut admettre que certains pays ont été confrontés à la crise alors qu’ils n’avaient rien fait pour la provoquer ou pour en subir les effets.  Leur seule faute est d’avoir été victimes de marchés qui avaient une trop grande confiance en eux et en particulier, en leurs devises, a noté M. Flassbeck. 


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