24/06/2009
Communiqué de presse
Conférence de presse

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CONFÉRENCE DE PRESSE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CNUCED SUR LE RAPPORT « DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE EN AFRIQUE: RENFORCEMENT DE L’INTÉGRATION RÉGIONALE »


Le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), M. Supachai Panitchpakdi, a lancé aujourd’hui, au cours d’une conférence tenue au Siège de l’ONU à New York, l’édition 2009 du « Rapport sur le développement économique en Afrique » qui, cette année, met l’accent sur le renforcement de l’intégration régionale.


En cette période de crise économique où la croissance africaine risque de passer des taux de 6% à 7% qu’elle avait atteint en 2007 à « beaucoup moins » de 3% en 2009, l’intégration régionale est sans doute « le meilleur moyen » pour le continent de corriger les faiblesses structurelles de ses économies, a estimé Supachai Panitchpakdi


L’intégration régionale n’est pas un concept nouveau en Afrique, a-t-il souligné, parlant d’un continent composé de 53 pays, et qui ne compte pas moins de 14 groupements économiques.  Il s’est particulièrement félicité des efforts du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).  


Depuis les années 60, le commerce interafricain a connu une croissance de 118% contre 16% en Amérique latine.  Toutefois, a précisé le Secrétaire général de la CNUCED, il ne représente que 9% du volume total des échanges, alors que le taux est de 18% en Amérique latine, 45% en Asie et 70% en Europe.  Les investissements régionaux ne représentent, quant à eux, que 13% en Afrique, contre 30% en Asie. 


Comment expliquer cette situation?  Elle tient d’abord, a avancé le Secrétaire général, à la faiblesse des infrastructures lourdes et légères en Afrique.  Le transport routier et maritime reste défaillant, dans un continent qui abrite 15 des 44 pays sans littoral que compte le monde.  En Afrique, les coûts de transport sont de 130% supérieurs à ceux du reste du monde, a-t-il souligné.  De plus, les institutions et règlementations commerciales sont loin de répondre aux besoins des investisseurs. 


L’intégration régionale en Afrique s’est en effet faite sans une implication massive du secteur privé.  En conséquence, le continent continue de souffrir d’un manque de diversité dans les produits offerts.  Si l’Afrique n’a pas fait plus d’efforts en la matière, a cru comprendre le Secrétaire général, c’est peut-être qu’elle a connu une telle croissance, soit 16% ces 10 dernières années, dans le commerce international, en particulier avec la Chine, qu’elle a eu tendance à négliger les échanges interrégionaux. 


Mais avec la crise, le continent risque de subir une chute drastique du volume de ses échanges, qui passeraient de 13% en 2007 à 9% en 2009, ainsi qu’une baisse des investissements directs étrangers (IDE), de l’aide publique au développement (APD) et des envois de fonds des travailleurs migrants. 


Les pertes dues au ralentissement du commerce international auraient pu être largement compensées par le dynamisme du commerce régional, a estimé le Secrétaire général de la CNUCED.  Aujourd’hui, 40% des échanges régionaux ne sont assurés que par l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et le Nigéria, a-t-il relevé.  Mais tous les espoirs restent permis, a dit le Secrétaire général, car « la bonne nouvelle » est que les trois quarts du commerce sur l’ensemble du continent ont lieu dans la même sous-région, ce qui est un bon point de départ.  « L’autre bonne nouvelle » est que le commerce interrégional est plus diversifié que le commerce international.  Si 60% des exportations africaines concernent le pétrole, les exportations interafricaines sont davantage tournées vers les produits agricoles et les biens manufacturés.


La régionalisation de l’économie, a souligné le Secrétaire général de la CNUCED, aura un impact évident sur les investissements, la productivité, la diversification industrielle et la compétitivité.  Il revient aux dirigeants africains, a-t-il suggéré, de montrer une réelle volonté d’aller de l’avant.  Le Secrétaire général a jugé « encourageant » le fait que le COMESA, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté d’Afrique de l’est (CAE) envisagent une fusion.  Il s’en est d’autant félicité que « trop de chevauchements » caractérisent les différents groupements économiques.


Il faudra aussi, a-t-il poursuivi, que les dirigeants africains soient clairs, dans le cadre des accords de partenariats économiques (APE) avec l’Union européenne (UE) sur le type d’appui qu’ils attendent pour leur intégration régionale.  Enfin, le Secrétaire général de la CNUCED a conseillé aux pays africains, compte tenu des coûts énormes de l’intégration tant des infrastructures lourdes que légères, de décider des politiques d’investissement à promouvoir au niveau régional et de faire davantage pour faciliter la mobilité des ressources humaines.


Supachai Panitchpakdi n’a pas échappé à quelques questions sur l’appropriation, par des investisseurs non africains, des terres arables dans des pays comme le Soudan ou Madagascar.  Il a affirmé que la CNUCED suit de très près ce dossier sur lequel l’ONU devrait jouer un rôle « d’avocat d’affaires » pour assurer que les contrats conclus soient vraiment des contrats « gagnant-gagnant ».


S’il n’a pas voulu commenté spécifiquement l’accord sino-congolais portant sur un investissement de 9 milliards de dollars garantis par les mines, le Secrétaire général a estimé que jusqu’ici les investissements asiatiques en Afrique ont été « salvateurs », au moins pour la coopération Sud-Sud.  Il a tenu à préciser que ces investissements ne concernent pas seulement l’industrie extractive, mais aussi les secteurs du transport, des nouvelles technologies, du tourisme ou de la gestion des ports.  Il est clair, a-t-il dit, que la CNUCED veille à ce que tous les contrats répondent aux normes internationalement agréées en matière de transparence. 


S’agissant de la crainte de voir les pays africains s’enfermer dans une nouvelle « bulle de la dette » pour sortir de la crise actuelle, il a d’abord jugé important qu’on cède à ces pays une marge de manœuvre politique pour leur permettre de relancer leurs économies.  À moyen terme, a-t-il dit, il faudra bien que les créanciers consentent à restructurer la dette et à envisager des dons plutôt que des prêts. 


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