22/06/2009
Communiqué de presse
Conférence de presse

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

CONFÉRENCE DE PRESSE DU DIRECTEUR EXÉCUTIF DE « SOUTH CENTER » SUR LA PROCHAINE CONFÉRENCE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SUR LA CRISE FINANCIÈRE


Que faut-il attendre de la Conférence sur la crise financière et économique mondiale que l’Assemblée générale organise du 24 au 26 juin?  Elle ne sera un succès que si elle aboutit à un accord sur les moyens d’aider les pays en développement et sur la réforme du système financier international, a répondu aujourd’hui M. Martin Khor, Directeur exécutif de « South Center ». 


Au cours de la conférence de presse qu’il a donnée au Siège de l’ONU à New York, M. Khor a estimé que la Conférence ne doit pas s’arrêter là.  Elle doit aller plus loin et créer un mécanisme de suivi qui prendrait la forme d’un groupe de travail technique chargé d’élaborer les modalités d’action.


Directeur exécutif d’une organisation intergouvernementale qui assure des conseils économiques et financiers aux pays en développement, M. Khor a plaidé pour que face à « la crise la plus grave de ces 70 dernières années », l’ONU, seul forum où pays en développement et pays développés discutent sur un pied d’égalité, reprenne les choses en main. 


Selon les dernières estimations, les pays du Sud risquent de voir leur produit national brut (PNB) reculer de 8,3% en 2007 à 1,6% en 2009.  Il faut, a plaidé le Directeur exécutif, aider ces pays à compenser une perte estimée entre 1 000 et 2 000 milliards de dollars en revenus à l’exportation ou en sorties de capitaux. 


Le Directeur exécutif a proposé que ces fonds proviennent des droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI).  Sur les 250 milliards que le G-20 a décidé de débloquer en DTS, a-t-il expliqué, seulement 80 milliards iront aux pays en développement, compte tenu du système des quotas.


Or, la Banque mondiale estime déjà à près de 40, le nombre de pays qui n’auront plus assez de devises pour leurs importations et le service de la dette.  Craignant une nouvelle crise de l’endettement, M. Khor a proposé la signature d’un moratoire provisoire du genre de celui qui avait permis aux pays frappés par le tsunami de reporter le paiement du service de leur dette.


Le Directeur exécutif a avancé une idée plus originale inspirée du chapitre 11 du Code de la faillite américain, selon laquelle une instance judiciaire internationale pourrait autoriser un pays à déclarer le gel de sa dette et à s’entendre avec son débiteur sur sa restructuration. 


Dans le même ordre d’idées, le Directeur exécutif a appelé à des mesures urgentes pour élargir la marge de manœuvre politique des pays en développement.  À l’heure actuelle, a-t-il expliqué, les politiques fiscale et monétaire sont entièrement dictées par les conditionnalités assorties aux prêts des institutions financières internationales de Bretton Woods.  Déjà confrontés au déséquilibre de leur balance des paiements, les pays du Sud n’ont en outre aucune latitude en matière de mesures anticycliques.


Tout ceci, a poursuivi le Directeur exécutif, va dans le sens de la création d’un nouveau forum de la gouvernance mondiale qui, sous les auspices de l’ONU, coordonnerait les politiques des différentes institutions internationales.  Pourquoi, s’est-il interrogé, ce qui se fait dans le domaine commercial avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) deviendrait impossible dans les domaines financier et monétaire?


La communauté internationale pourrait alors discuter, « de manière démocratique », de la gouvernance et des politiques des institutions de Bretton Woods, de la régulation des marchés financiers et des flux de capitaux, du renforcement du contrôle sur les politiques des pays développés et de la création d’un nouveau système de réserve.  Le Directeur exécutif a insisté sur la nécessité de passer du système actuel de la monnaie unique à un système plus neutre fondé, par exemple, sur les DTS. 


Il a reconnu que ce sont là des questions difficiles qui ne font même pas l’objet d’un consensus au sein du G-8.  Mais compte tenu des crises financières qui secouent le monde régulièrement, il est essentiel, a-t-il estimé, que les pays du Sud puissent, par exemple, prendre des décisions informées sur l’entrée ou non des fonds spéculatifs dans leur économie. 


De nationalité malaisienne, le Directeur exécutif a rappelé la manière dont les pays d’Asie avaient été sévèrement critiqués lorsque la crise financière les avait frappés en 1997.  Il a rappelé que les gouvernements asiatiques, qui avaient imputé la situation à la spéculation et au manque de contrôle des fonds spéculatifs, s’étaient entendus dire: « vos pays ne comprennent rien à la structure financière moderne ». 


M. Khor a jugé « étrange » que les appels à la refonte de l’architecture financière internationale soient aujourd’hui relayés par ceux-là même qui arguaient de l’incompétence des pays du Sud.  Il est vrai qu’aujourd’hui, l’épicentre de la crise se trouve au Nord, a-t-il ironisé.


Les pays en développement, qui n’ont aucune responsabilité dans cette crise, subissent de graves « dommages collatéraux », a-t-il conclu, en jugeant qu’il est temps que l’ONU reprenne sa place dans les domaines économique et financier.


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