12/02/2009
Communiqué de presse
Conférence de presse

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

CONFÉRENCE DE PRESSE DE M. ANTONIO MARIA COSTA, DIRECTEUR EXÉCUTIF DE L’OFFICE DES NATIONS UNIES CONTRE LA DROGUE ET LE CRIME (ONUDC)


Quarante pour cent des États parties au Protocole de Palerme de 2003, visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, n’avaient pas inculpé une seule personne en 2005, a déclaré aujourd’hui M. Antonio Maria Costa, Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).  M. Costa lançait le rapport de l’ONUDC sur les tendances mondiales de la traite des personnes, au cours d’une conférence de presse tenue au Siège de New York.


Le Directeur exécutif de l’ONUDC a noté que 14% des États parties au Protocole n’avaient pas répondu aux demandes de statistiques.  « Peut-être n’en ont-ils pas, ou ne considèrent-ils pas le problème comme important chez eux », a-t-il commenté.  Quant aux autres pays, les chiffres fournis montrent qu’un nombre important d’entre eux n’ont pas pu ou pas voulu condamner des personnes pour traite d’êtres humains.


La traite recouvre des catégories comme la prostitution et l’exploitation sexuelle; le travail forcé et la servitude, l’exploitation des enfants, le prélèvement forcé d’organes et le recrutement d’enfants soldats.  Mais avec ses 79% de cas signalés, c’est l’exploitation sexuelle qui est de très loin la forme la plus communément détectée. 


M. Costa a toutefois mis en garde contre un risque d’« illusion d’optique » dû à une distorsion statistique.  Comme l’exploitation sexuelle et la prostitution sont les formes de traite les plus connues et les plus visibles, les cas sont donc plus facilement signalés.


En revanche, le travail forcé, qui représente 19% des cas signalés, est sans doute sous-estimé dans les statistiques, car c’est une forme de traite moins connue et moins souvent rapportée.  Sur la base des estimations de l’Organisation internationale du Travail (OIT), M. Costa a noté qu’avec 2 millions de nouvelles victimes chaque année, le travail forcé semble augmenter.  Il s’agit là, a-t-il précisé, de l’augmentation nette annuelle, donc du « flux » et non du « stock », le nombre total de cas étant beaucoup plus élevé.


Les données disponibles ne portant que sur quelques années, M. Costa a jugé impossible de définir une tendance statistiquement valable de l’exploitation dans le travail.  La mondialisation, en facilitant les mouvements migratoires et les flux de marchandises, risque de favoriser son développement, a-t-il prévenu. 


La crise économique mondiale pourrait produire les mêmes effets car le nombre de personnes vulnérables va augmenter et les entreprises connues pour leur recours à des formes d’exploitation dans le travail risquent de le faire davantage.  Quant aux enfants, ils forment en moyenne 20% des victimes du travail forcé, mais la proportion dépasse les 50% dans certains pays.


Si les femmes, révèle le rapport de l’ONUDC, comptent pour les deux tiers des victimes de l’exploitation sexuelle, elles représentent aussi une part élevée des trafiquants.  En général, la criminalité est le fait d’hommes plutôt jeunes, mais le rapport montre que, dans 30% des pays qui ont fourni des statistiques ventilées par sexe sur les auteurs d’exploitation sexuelle, les femmes y sont majoritaires.  La proportion, a relevé M. Costa, atteint 85% dans certains pays d’Asie et elle est également très élevée en Afrique.


Après la chute du communisme, l’Europe de l’Est a été une source majeure d’exportation des victimes de l’exploitation sexuelle.  Ce phénomène semble prendre fin à cause d’un certain tarissement du « gisement » des victimes potentielles, qui, ces dernières années, sont mieux informées donc « moins naïves », mais aussi en raison d’un moindre attrait pour l’Occident.  Ainsi, la Fédération de Russie, importante source de la traite dans les années 90, semble passer de pays d’origine à pays de destination pour d’autres continents.


La traite des êtres humains a une dimension mondiale, mais le Directeur exécutif de l’ONUDC a tenu à souligner l’existence d’une très importante exploitation au sein des pays ou des communautés. 


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