18/11/2009
Conseil de sécurité
CS/9793

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Conseil de sécurité

6221e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES DÉLÉGATIONS PRÔNENT UNE ACTION DIVERSIFIÉE POUR LUTTER

CONTRE LES ACTES DE PIRATERIE AU LARGE DES CÔTES SOMALIENNES


La communauté internationale doit aider le Gouvernement fédéral de transition à s’attaquer

aux causes sous-jacentes de la piraterie, estime le Représentant spécial pour la Somalie


Le Conseil de sécurité s’est félicité, ce matin, des succès enregistrés par la communauté internationale dans la lutte contre les actes de piraterie et de vols à main armée commis dans les eaux territoriales et en haute mer au large des côtes somaliennes. 


Les 15 membres du Conseil et les autres délégations qui ont pris la parole ont toutefois reconnu la nécessité de s’attaquer aux causes d’un phénomène qui, ont-ils souligné, continue de menacer gravement l’acheminement de l’aide humanitaire vers la Somalie et l’approvisionnement de la Mission d’observation militaire de l’Union africaine dans le pays (AMISOM). 


Le Représentant spécial pour la Somalie, M. Ahmedou Ould-Abdallah, qui présentait le rapport du Secrétaire général, a rappelé les grands axes de la stratégie internationale contre la piraterie dans la région. 


Il a salué l’efficacité du déploiement coordonné de navires militaires tant dans le cadre de l’opération « Atalante » de l’Union européenne que de l’OTAN et qui, au cours de ces derniers mois, a permis de réprimer efficacement la piraterie le long des côtes, « le nombre d’incidents ayant nettement baissé, en particulier dans le golfe d’Aden ».  Le Représentant spécial a considéré que cette présence militaire assurait une protection indispensable aux convois du Programme alimentaire mondial (PAM), au moment où la moitié de la population somalienne dépend directement de l’aide internationale pour subsister.


M. Ould-Abdallah a cependant fait observer que « la menace demeure », surtout en haute mer où opèrent les pirates qui recourent à présent à des moyens plus sophistiqués.  Il a estimé que, dans ce contexte, les efforts collectifs devraient s’intégrer dans un plan d’ensemble qui prévoit à la fois le renforcement des capacités nationales et régionales et l’appréhension des causes profondes à l’origine du phénomène de la piraterie.  Une solution militaire, a-t-il dit, ne suffit pas pour garantir une pacification durable de la région.  C’est ainsi qu’il a souligné le rôle de l’Organisation maritime internationale (OMI) dans la mise en œuvre du Code de conduite de Djibouti, un dispositif adopté en 2009 pour accroître les capacités opérationnelles et juridiques des acteurs régionaux. 


Le Représentant spécial a ensuite expliqué qu’il revenait au Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (UNOPS) qu’il dirige, et à l’Équipe spéciale intégrée pour la Somalie d’assister le Gouvernement fédéral de transition somalien dans les domaines de la paix durable, de la gouvernance, de l’État de droit et de la consolidation des institutions.  « L’objectif est d’offrir aux Somaliens des alternatives à la piraterie et à la criminalité », a-t-il affirmé.


Les délégations ont appuyé ces propos, en insistant en outre sur la nécessité de contribuer au Fonds d’affectation spéciale du Groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes, et grâce auquel pourraient être pris en charge les frais occasionnés par la poursuite des pirates présumés. 


Plusieurs délégations ont remercié à ce propos le Kenya qui, fort de l’appui fourni conformément à la résolution 1851 du Conseil de sécurité par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a conclu en 2008 un accord pour poursuivre dans des conditions justes et efficaces les auteurs d’actes de piraterie, l’absence d’état de droit dans le pays ne permettant pas à la Somalie de s’acquitter de cette responsabilité. 


Le représentant de la Libye a cependant insisté sur le fait qu’à terme, la Somalie, recouvrant sa souveraineté, sera en mesure de poursuivre et de traduire en justice, seule, les criminels, la communauté internationale devant simplement lui fournir une aide technique.  Le représentant libyen a également demandé que les États Membres, qui appuient les activités militaires dans la région, consacrent davantage d’efforts à la lutte contre la pêche illégale menée par les bateaux étrangers et qui, de l’avis de sa délégation, constitue l’une des principales causes de l’apparition du fléau de la piraterie au large des côtes somaliennes.


Le représentant de la France a, lui aussi, estimé que les partenaires internationaux du Gouvernement fédéral de transition devraient s’attaquer aux causes profondes de la piraterie en diversifiant au maximum son action. Il a cependant préconisé que, pour l’heure, l’opération « Atalante » soit maintenue jusqu’en 2010 par le biais d’une nouvelle résolution pour, a-t-il dit, « poursuivre la protection des convois du PAM et ceux qui approvisionnent l’AMISOM, dont 80 des convois ont été pris pour cible dans le passé ». 


De son côté, la représentante des États-Unis a estimé que le Conseil devrait redoubler d’efforts pour assurer la mise en œuvre de la résolution 1846 qui jette les bases des opérations militaires coordonnées.  Les États Membres, a-t-elle ajouté, devraient partager plus activement les informations et les meilleures pratiques afin de poursuivre les pirates, en s’assurant que les législations nationales considèrent la piraterie comme une infraction grave.


« La piraterie est un symptôme des grands problèmes auxquels est confrontée, depuis deux décennies, la Somalie », a estimé pour sa part le Représentant permanent de la Somalie auprès des Nations Unies, M. Elmi Ahmed Duale.  Après avoir annoncé que son gouvernement venait de créer une structure chargée d’assurer le contrôle de ses côtes dans le nord-est du pays pour renforcer la lutte contre la piraterie, la pêche illégale et la contrebande d’armes et de stupéfiants -« qui menacent toute la région »-, il a, à son tour, demandé le renouvellement des mandats prévus par les résolutions 1846 et 1851 du Conseil de sécurité.  M. Duale a aussi appelé au soutien de l’AMISOM, « sans laquelle le Gouvernement fédéral de transition somalien serait dans une situation encore plus délicate ». 


LA SITUATION EN SOMALIE


Rapport présenté par le Secrétaire général en application de la résolution 1846 (2008) du Conseil de sécurité (S/2009/590)


Dans ce rapport, le Secrétaire général procède à une évaluation de la situation concernant la piraterie et à un examen des activités politiques, juridiques et opérationnelles menées par les États Membres, les organisations régionales, l’ONU et ses partenaires pour lutter contre la piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes. 


Il indique d’abord que, selon l’Organisation maritime internationale (OMI), du 1er janvier au 30 septembre 2009, 300 cas d’actes de piraterie ont été signalés dans le monde, dont 160 dans la zone de l’Afrique de l’Est.  Au cours de la même période, 34 bateaux ont été capturés par des pirates et plus de 450 marins ont été pris en otage dans les eaux situées au large des côtes somaliennes. 


Le Secrétaire général souligne que durant la période considérée, la communauté internationale, par le biais en particulier du Groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes, a redoublé d’efforts pour renforcer la lutte contre la piraterie.  Ainsi, le Groupe de contact a-t-il approuvé, en septembre dernier, le mandat d’un Fonds international d’affectation spéciale qui contribuera à prendre en charge les frais occasionnés par la poursuite des pirates présumés et les activités de mise en œuvre des autres objectifs du Groupe de contact.  Le Secrétaire général précise que le Secrétariat, l’OMI et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) prêtent leur concours au Groupe de contact pour dissuader et prévenir la piraterie et assurer l’acheminement de l’aide humanitaire dans la région et contribuer à la sécurité de la navigation pour tous les navires marchands. 


Le Secrétaire général évoque également les différentes coalitions maritimes multinationales ainsi que les efforts particuliers des États Membres et les autres mécanismes de coopération.  Il signale, à ce propos, que cette présence maritime croissante joue un rôle primordial en stabilisant la situation en mer.  Il remercie en particulier l’Union européenne (UE) et l’opération « Atalante » de sa force navale ainsi que les membres de l’OTAN « pour l’appui et la protection qu’ils n’ont cessé d’apporter en mer aux convois humanitaires du Programme alimentaire mondial (PAM) et aux navires de l’ONU qui apportent à l’AMISOM l’appui logistique dont elle a besoin ». 


Le rapport rappelle par ailleurs que le Code de conduite de Djibouti, adopté en janvier 2009 par l’OMI, constitue un instrument clef du renforcement des capacités de la région pour lutter contre la piraterie.  Son objectif, précise le rapport, est d’instaurer la plus importante coopération possible, dans le respect du droit international, en matière de lutte contre la piraterie; de mettre en commun les informations pertinentes; d’intercepter les navires suspects; de veiller à ce que les personnes qui commettent ou tentent de commettre des actes de piraterie soient arrêtées et poursuivies et de faciliter la prise en charge des victimes. 


Pour le Secrétaire général, la pleine application du Code de conduite permettrait aux États de la région d’assumer une grande partie des fonctions actuellement prises en charge par les forces navales internationales au large des côtes somaliennes, et de jouer ainsi un rôle de premier plan dans la zone.  M. Ban Ki-moon estime également qu’un des moyens d’assurer la sécurité à long terme de la navigation internationale au large des côtes somaliennes serait de mener une action concertée pour stabiliser la situation à terre, « étant donné que les pirates recourent dans leurs attaques à des méthodes et techniques de plus en plus sophistiquées.»  Il salue l’initiative prise dans ce contexte par INTERPOL et les États Membres d’examiner les mécanismes de financement des activités de piraterie, ajoutant qu’il importera, à cet égard, de retracer le cheminement des fonds utilisés par les pirates.


Dans ses observations, le Secrétaire général considère que toute mesure prise pour lutter contre la piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes exigera l’adoption d’une démarche intégrée consistant à développer les institutions chargées de l’état de droit et de la sécurité pour compléter le processus de paix; à renforcer les capacités à terre des institutions fédérales de transition et de l’AMISOM et les capacités locales et nationales des institutions juridiques et maritimes de la Somalie et de la région; à enquêter sur les personnes soupçonnées de piraterie et de vols à main armée en mer et les traîner en justice; à assurer le respect rigoureux de l’embargo sur les armes conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et à poursuivre les efforts de développement et de relèvement afin de donner aux communautés locales les moyens de leur autonomie.


Déclarations


M. AHMEDOU OULD-ABDALLAH, Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie et Chef du Bureau politique des Nations Unies pour ce pays, a présenté le rapport du Secrétaire général en soulignant qu’à la suite de l’adoption de la résolution 1846, une stratégie avait été mise en place pour renforcer la lutte contre les actes de piraterie et les vols à main armée commis au large des côtes somaliennes.  Il a précisé que le déploiement coordonné de navires militaires, sous l’égide de plusieurs organisations, avait permis au cours des derniers mois de réprimer efficacement la piraterie le long des côtes, le nombre d’incidents continuant de baisser en particulier dans le golfe d’Aden.  Pour le Représentant spécial, la stabilisation de la zone ne dépend qu’en partie de cette présence militaire, « même si sans ces activités importantes les attaques augmenteraient, notamment contre les convois du Programme alimentaire mondial », a-t-il dit.  Mais, outre le fait que la menace demeure, en particulier en haute mer, où les pirates recourent à des moyens plus sophistiqués, les efforts de la communauté internationale doivent s’intégrer dans un plan d’ensemble qui passe à la fois par le renforcement des capacités nationales et régionales et par l’appréhension des causes profondes à l’origine du phénomène de la piraterie. 


Le Représentant spécial a poursuivi en soulignant le rôle essentiel de l’Organisation maritime internationale (OMI), qui assure la mise en œuvre du Code de conduite de Djibouti, adopté par cette Organisation en 2009 en vue d’accroître les capacités opérationnelles et juridiques des acteurs de la région pour lutter contre la piraterie.  Il a ajouté que, dans ce cadre, il revenait au Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie et à l’Équipe de pays de s’attaquer aux causes de la piraterie en aidant les autorités somaliennes dans les domaines de la paix durable, de la gouvernance, de l’État de droit et de la consolidation des institutions.  L’objectif est d’offrir aux Somaliens des alternatives à la piraterie et à la criminalité, a-t-il dit.  Il a expliqué que le Code de conduite de Djibouti reconnaît que la principale cause des actes de piraterie est l’absence de stabilité politique et de lois côtières.  C’est pourquoi, l’OMI œuvre de concert avec l’ONUDC et l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) et d’autres organes compétents pour faire appliquer le droit de la mer dans la région, a-t-il dit, indiquant que, pour l’heure, il était impossible de traduire en justice les criminels somaliens dans leur propre pays qui ne dispose pas actuellement d’un système judiciaire équitable et efficace.  « Le Kenya et les Seychelles sont les deux principaux pays voisins de la Somalie où les pirates et voleurs à main armée pouvaient être actuellement jugés. »  Le Représentant spécial a également relevé que, sous l’égide d’INTERPOL, les États Membres engagés dans la lutte contre la piraterie le long des côtes somaliennes s’efforçaient d’intensifier le partage d’information et de bonnes pratiques par le biais du réseau de communication d’INTERPOL. 


M. Ould-Abdallah a mis l’accent sur la nécessité d’appuyer les efforts des Nations Unies et de l’AMISOM pour faire en sorte que l’amélioration de la situation politique, sécuritaire et en matière de développement de la Somalie comprenne un volet robuste consacré au renforcement de l’application du droit maritime.  Il a salué, à cet égard, l’intention du Groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes de coordonner ses propres initiatives avec celles du Groupe de contact international sur la Somalie.  La piraterie est le symptôme de problèmes plus larges qui sapent la stabilité et le développement du pays, a-t-il affirmé, en estimant que la seule solution durable était la restauration de l’État de droit, l’amélioration de la gouvernance, le renforcement des institutions de sécurité et la création d’alternatives aux conditions de vie actuelle des Somaliennes et des Somaliens.  


M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a salué les réalisations du Groupe de contact sur les actes de piraterie au large des côtes somaliennes ainsi que la « contribution constructive » du Gouvernement fédéral de transition et des autorités somaliennes.  Il a estimé que le degré de coordination atteint par les forces navales présentes dans la région « est sans pareil ».  Il a notamment souligné l’efficacité du couloir de transit mis en place, rappelant que la chaîne d’assistance humanitaire établie par le Programme alimentaire mondial (PAM) est essentielle pour la population somalienne.


En dépit de la diminution des attaques réussies, le nombre des tentatives augmente, a toutefois fait observer le représentant, qui a rappelé que les pirates allaient désormais plus loin pour trouver de nouvelles cibles.  « Nous avons besoin d’accroître nos capacités de renseignements », a affirmé M. Lyall Grant, qui a fait observer qu’un quart des navires marchands ne respectent pas les lignes directrices fixées pour la navigation dans la zone, ce qui les rend plus vulnérables aux attaques.


Le représentant a rendu hommage au « rôle de chef de file » que joue le Kenya pour détenir, juger et emprisonner les pirates et s’est félicité que les Seychelles aient décidé de faire de même.  M. Lyall Grant a également mis l’accent sur l’importance d’une lutte contre la piraterie par une action menée en Somalie même.  Rappelant que les actes de piraterie « ne sont que l’un des symptômes de l’instabilité en Somalie » et qu’il faut s’attaquer aux causes de cette instabilité, le représentant a souhaité qu’on renforce les autorités du Gouvernement fédéral de transition.  Il a rendu hommage aux efforts en ce sens du Bureau des Nations Unies pour la Somalie, ainsi qu’à la force de paix de l’Union africaine, l’AMISOM, et aux pays qui lui fournissent des contingents, à savoir le Burundi et l’Ouganda.  


Mme ROSEMARY A. DICARLO (États-Unis) a déclaré que les actes de piraterie en Afrique de l’Est constituaient une menace grave pour la sécurité et la stabilité de la région.  Ce fléau met en péril les voies de communication commerciales et ce problème ne semble pas se résoudre, comme l’indique le rapport du Secrétaire général, a ajouté la représentante.  Le danger se déplace vers l’océan Indien, les pirates ayant été dissuadés de commettre leurs méfaits dans le golfe d’Aden, où les forces internationales enregistrent de francs succès, a-t-elle poursuivi.  La représentante a ensuite souligné la qualité de la coopération entre les États pour protéger l’acheminement de l’aide humanitaire.  L’opération « Atalante », celles menées par l’OTAN et l’opération « SHADE » (Shared Awareness and Deconfliction), ainsi que les initiatives du Groupe de contact et de l’ONUDC ont un effet réel sur la stabilisation des eaux territoriales de la région et en matière de renforcement des capacités juridiques des pays de la région pour lutter plus efficacement contre la piraterie, a fait observer Mme DiCarlo.  Elle a salué le rôle de l’OMI qui, en coordonnant la mise en œuvre du Code de conduite de Djibouti, contribue à la rationalisant délicate de l’action de la communauté internationale aux plans juridique et opérationnel.  « Nous devons maintenant redoubler d’efforts pour assurer la mise en œuvre de la résolution 1846, qui jette les bases des opérations militaires coordonnées; pour partager dans ce contexte nos informations et meilleures pratiques; pour poursuivre les pirates en nous assurant que les législations nationales considèrent la piraterie comme une infraction grave, a recommandé la représentante américaine.  Sur ce dernier point, elle a appelé les États Membres à utiliser plus activement le Fonds d’affectation spéciale créé récemment par le Groupe de contact et s’impliquer plus avant dans l’appui au développement économique et à la stabilité politique de la Somalie. 


M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) s’est félicité de la mobilisation de la communauté internationale face à la piraterie, ainsi que la mise en place d’un  Groupe de contact et de l’entrée en vigueur du Code de conduite de Djibouti sur la répression de la piraterie dans l’océan Indien et le golfe d’Aden.  Il a cependant rappelé que le régime de coopération juridique actuel est une exception qui ne saurait être considérée comme remplaçant ou modifiant les dispositions de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, qui contient le seul droit positif en vigueur en ce qui concerne la lutte contre la piraterie.  Dans ce contexte, a poursuivi M. Kafando, il serait souhaitable que la coopération civile et militaire s’élargisse afin d’offrir la possibilité d’aides bilatérales et multilatérales directes au Gouvernement fédéral de transition.  Grâce à cette assistance directe, que certains pays prêtent déjà, le Gouvernement somalien pourra renforcer ses services de police et de sécurité, contrôler au mieux son territoire et ses eaux maritimes, et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, a fait observer le représentant.  Une telle assistance devrait également prendre en compte l’AMISOM, seule présence internationale sur le terrain, mais qui manque cruellement de moyens financiers et logistiques, pour exécuter son mandat et garantir la mise en œuvre de l’Accord de Djibouti, a estimé le représentant, avant d’appeler, comme l’a fait le Secrétaire général, à une assistance plus substantielle à cette Mission.


M. LE LUONG MINH (Viet Nam) a estimé qu’il n’y avait pas eu de changement important dans le nombre des incidents de piraterie dans la région durant la période considérée et qu’on assistait, au contraire, depuis peu à une augmentation du nombre des attaques, utilisant des méthodes et techniques plus sophistiquées. Le représentant s’est néanmoins dit encouragé par les efforts de coordination entre parties prenantes, organisations régionales et le Gouvernement fédéral de transition somalien.  La coordination récente entre membres du Groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes et le Groupe de contact sur la Somalie a produit des résultats tangibles, a-t-il ajouté.  Le représentant s’est en outre félicité de l’adoption au niveau régional du Code de conduite de Djibouti, se disant convaincu que sa pleine application permettrait aux pays de la région de développer des cadres législatif et réglementaire appropriés et améliorerait leurs capacités.  Il s’est félicité de la création du Fonds d’affectation spéciale pour aider à la mise en œuvre du Code de conduite de Djibouti.


Le représentant a demandé à la communauté internationale de fournir au Gouvernement fédéral de transition les moyens techniques et logistiques lui permettant de renforcer ses institutions de sécurité et ses capacités pour mieux répondre aux activités illégales menées en mer.  Il s’est félicité des efforts de l’Union européenne et des divers États qui coopèrent avec le Gouvernement fédéral de transition somalien pour mettre fin à la piraterie et protéger les navires vulnérables.  Il a également salué les efforts du Kenya pour traduire devant ses tribunaux les pirates capturés et a demandé à tous les États, en particulier ceux que la piraterie menace directement, de fournir au Gouvernement du Kenya l’assistance financière et logistique nécessaire à ces procès.


M. YUKIO TAKASU (Japon) a souligné que la fragilité de la situation en matière de sécurité en Somalie favorisait le développement du crime organisé, dont la piraterie est la plus flagrante manifestation.  Pour rétablir la stabilité du pays, l’accent doit être mis par la communauté internationale sur la pacification de la capitale Mogadiscio et la lutte coordonnée contre les actes de piraterie aux larges des côtes somaliennes, a-t-il estimé.  Le représentant a affirmé que le principal défi restait de renforcer la coordination et le partage d’informations, car les pirates modifient sans cesse leurs propres stratégies d’attaque.  Il a salué à ce propos l’efficacité de l’opération « Atalante » de l’Union européenne qui assure la sécurité, notamment, des activités liées à l’acheminement de l’aide humanitaire et du matériel logistique de l’AMISOM.  Il a également estimé qu’il était important de renforcer les capacités de défense des navires eux-mêmes contre les attaques des pirates; la Déclaration de New York, signée par le Japon, étant un bon moyen pour améliorer la gestion des bonnes pratiques sur la sécurité des navires.  Le représentant a aussi appelé les États Membres, en particulier ceux de la région, à mettre pleinement en œuvre le Code de conduite de Djibouti, le Japon contribuant à hauteur de plus de 13 millions de dollars au Fonds d’affectation spéciale mis en place par l’Organisation maritime internationale (OMI) pour appuyer le développement de centres d’informations techniques et de formation au Kenya, en Tanzanie, au Yémen et à Djibouti. 


M. LIU ZHENMIN (Chine) a déclaré que la Chine avait été victime des activités de piraterie et a dit appuyer les efforts de la communauté internationale, en souhaitant qu’elle adoptera rapidement une démarche intégrée.  La Chine prend une part active à cette coopération internationale contre la piraterie au large des côtes somaliennes, y compris par le biais d’une flotte qui escorte des navires chinois ainsi que ceux du Programme alimentaire mondial ou d’autres organisations internationales fournissant de l’aide humanitaire à la Somalie, a-t-il affirmé.  Il faudrait également renforcer la coordination des efforts internationaux, a souligné le représentant, qui a en outre estimé que la lutte contre la piraterie devrait respecter le droit international et, notamment, la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et la Convention sur la répression des attaques illicites contre le trafic maritime, en coopération avec le Gouvernement fédéral de transition somalien.


Il faut en outre mettre fin à l’instabilité en Somalie et améliorer le niveau de vie des Somaliens, a ajouté M. Liu, qui a estimé que seuls les progrès politiques et économiques du pays permettront d’éradiquer la piraterie.  Or, a-t-il déploré, les progrès en Somalie sont très faibles.  Le représentant a, en outre, estimé qu’il faudrait renforcer la coopération régionale, ajoutant que la Chine appuie les efforts des pays de la mer Rouge, du golfe d’Aden et de l’ouest de l’océan Indien.  La communauté internationale devra aider les pays concernés à améliorer leurs capacités, a-t-il ajouté.  Malgré les efforts déployés depuis un an, les attaques se poursuivent, a fait remarquer le représentant, qui a estimé que la communauté internationale devrait encore renforcer sa présence navale dans la région.  Il a enfin présenté quelques mesures prises par la Chine pour améliorer la coopération entre les différentes marines.


M. ERTUĞRUL APAKAN (Turquie) s’est félicité de l’interaction croissante entre le Groupe de contact sur la piraterie dans le golfe de Somalie et les Nations Unies dont la Turquie est membre, avant d’estimer que le nombre croissant d’actes de piraterie en 2009, malgré tous les efforts de la communauté internationale, indique que la dissuasion n’est pas un moyen efficace.  « Si nous voulons réussir durablement dans les opérations en cours, nous devons continuer d’explorer les options légales pour poursuivre et traduire en justice les auteurs de ces actes de piraterie », a plaidé le représentant.  Le représentant de la Turquie a estimé qu’il serait utile d’établir un mécanisme dans un des pays de la région, sous la supervision des Nations Unies pour poursuivre efficacement les auteurs d’actes de piraterie et de vols à main armée au large des côtes somaliennes et en haute mer.  À cette fin, a-t-il ajouté, un fonds d’affectation spéciale devrait être mis en place.


Compte tenu de l’étendue de la zone touchée par la piraterie, il est essentiel de développer et d’améliorer le soutien opérationnel et le renseignement, a souligné le représentant.  L’échange d’informations et de bonnes pratiques ne doit pas seulement être limité à la zone maritime, mais également étendu à l’espace aérien, a proposé le représentant, saluant ainsi les contributions d’INTERPOL en ce domaine.  Avant de conclure, le représentant a tenu à rappeler que son pays avait fourni quatre frégates pour la répression des actes de piraterie sous la supervision de l’OTAN.  La Turquie continuera à contribuer à la lutte internationale contre la piraterie, a-t-il assuré, en rappelant que depuis que la Turquie s’était engagée dans la région, 30 suspects avaient été appréhendés puis désarmés.


M. IBRAHIM O. DABBASHI (Jamahiriya arabe libyenne) a estimé que la piraterie était  en premier lieu le résultat de l’instabilité qui prévaut en Somalie et de l’absence de toute autorité.  Il a plaidé pour une approche intégrée, comme le recommande le Secrétaire général, précisant que les solutions durables au problème passaient nécessairement par une amélioration des conditions d’existence des Somaliens.  Le développement social et économique, la restauration de la primauté du droit et le renforcement des institutions de sécurité sont autant de domaines qui exigent un appui constant au Gouvernement fédéral de transition somalien et à l’AMISOM, a ajouté le représentant.  Il a ensuite souhaité que la lutte contre la piraterie ne se limite pas aux aspects militaires.  Les pays qui appuient les importantes activités militaires dans la zone devraient progressivement axer leur stratégie de lutte contre la piraterie sur la lutte contre la pêche illégale menée par les bateaux étrangers qui, de l’avis de sa délégation, constitue l’une des principales causes de l’appariation du fléau de la piraterie au large des côtes somaliennes.  Il a également souligné qu’il incombe en premier lieu au Gouvernement somalien de juger les auteurs des actes de piraterie, avec l’assistance technique de la communauté internationale.  Il a à cet égard appelé les États Membres à contribuer activement au Fonds d’affectation spéciale du Groupe de contact qui contribue à financer les coûts liés à la poursuite des suspects dans les pays de la région.  En conclusion, il a répété qu’il faudrait parvenir rapidement à un accord pour protéger les ressources maritimes somaliennes en empêchant qu’elles soient exploitées de manière arbitraire par des pays étrangers. 


M. GUILLERMO PUENTE (Mexique) a estimé que le rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la résolution 1846 sur la situation en Somalie est très clair et que le Conseil de sécurité, en adoptant les résolutions 1846 et 1851, avait l’an dernier réagi de manière très appropriée.  Néanmoins, le nombre des actes de piraterie a augmenté en 2009, a-t-il rappelé.  Le représentant a dit reconnaître les efforts consentis par le Gouvernement fédéral de transition de la Somalie, y compris pour coordonner ses efforts avec les autorités du « Puntland » et du « Somaliland ».  Il a rendu hommage à l’opération « Atalante » et aux autres opérations navales visant à assurer la sécurité dans les eaux de la région.


Le représentant a rappelé que la lutte contre la piraterie et l’impunité devrait se faire dans le cadre du respect du droit international et qu’il faudrait traduire en justice les responsables d’actes de piraterie en vertu des normes internationalement acceptables.  Il a salué les efforts déployés dans le cadre de la coopération avec l’ONUDC pour renforcer les cadres législatifs des États de la région.  La piraterie au large des côtes somaliennes est liée à la situation sur le continent, a rappelé le représentant.  C’est pourquoi, il est essentiel de développer l’État de droit et les institutions de sécurité en Somalie, a-t-il estimé.  Le représentant a souligné l’impact négatif de la piraterie sur les sanctions en Somalie.  Rappelant que son pays assure la présidence du Comité des sanctions sur la Somalie, le représentant a réaffirmé la nécessité d’une collaboration entre le Groupe de contrôle sur la piraterie et le Groupe chargé de veiller au respect du régime des sanctions.


M. VICE SKRAČIĆ (Croatie) a déclaré que la persistance des actes de piraterie compliquait la fourniture d’une assistance dont « tout le monde a besoin dans la région ».  Il a préconisé de renforcer la souveraineté de la Somalie car « il n’y aura pas de sécurité au large des côtes somaliennes tant qu’il n’y aura pas de sécurité à terre ».  Le représentant a estimé que l’AMISOM avait un rôle important pour appuyer, dans ce contexte, la stratégie intégrée du Gouvernement fédéral de transition en matière de développement, de restauration de l’État de droit et de la bonne gouvernance.  « Nous devons en outre répondre aux demandes de la Somalie pour permettre la pleine mise en œuvre de la résolution 1846 », a-t-il souligné, en appelant à son tour les États Membres à s’acquitter de leurs responsabilités en contribuant activement au Fonds d’affection spéciale mis en place par le Groupe de contact pour donner à la communauté internationale les moyens d’atteindre ses objectifs. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie), estimant qu’il était grand temps de faire le point d’un an et demi d’efforts du Conseil de sécurité pour lutter contre la piraterie au large des côtes somaliennes.  Il a fait remarquer que la situation « était loin d’être revenue à la normale » mais, qu’il « y avait une bonne mobilisation » de la communauté internationale face au phénomène.  Le problème de la piraterie ne pourra être réglé que lorsque la situation sera stabilisée en Somalie même, a cependant ajouté M. Churkin, qui a noté le rôle important de l’Union africaine dans le cadre de l’AMISOM.  Il a souhaité que la communauté internationale fasse encore plus pour accroître le potentiel du Gouvernement fédéral de transition somalien à assumer ses responsabilités en matière de sécurité et de maintien de l’ordre.


M. Churkin a noté que le Groupe de contact sur la piraterie joue un « rôle  clef » en matière de coopération.  Il a également rendu hommage aux mesures prises par l’OMI, ajoutant que le monde maritime « apprend chaque jour à mieux connaître les méthodes » utilisées par les pirates et prend des mesures pour les contrer.  Le représentant s’est dit favorable à des poursuites contre les pirates arrêtés, tout en demandant qu’elles soient menées dans le respect des droits de l’homme.  Il a salué la création d’un Fonds d’affectation spéciale pour soutenir le Kenya dans les efforts qu’il déploie pour traduire devant ses tribunaux les pirates arrêtés.  Faisant observer qu’il n’est toutefois pas toujours possible de poursuivre les pirates devant les juridictions pénales au niveau national, M. Churkin a souhaité qu’on recherche « d’autres voies » qui viendraient « compléter » les efforts entrepris sur le plan national.   


M. GÉRARD ARAUD (France) a estimé que les pirates constituaient toujours une menace pour la population somalienne, « qui dépend de l’aide internationale acheminée par mer ».  La piraterie dans la région met, en outre, en péril la circulation maritime internationale, l’une des plus denses au monde dans cette zone, a-t-il dit.  Le représentant a rappelé que la piraterie était le résultat de près de deux décennies d’insécurité et de vacance de l’État.  Si ce sont les groupes criminels qui ont créé les conditions de l’apparition du phénomène, c’est le développement qui en aura raison, a-t-il affirmé.  Le représentant a ensuite estimé que, pour l’heure, « tout relâchement de notre effort aurait des conséquences immédiates, puisque pendant les deux mois où la protection du PAM n’a pas été possible, 50% de ses livraisons ont été attaquées ».  M. Araud a salué l’efficacité de l’opération « Atalante » et d’autres actions menées par les États Membres.  Il a aussi noté l’importance du Groupe de contact pour faire progresser les volets juridique, politique et militaire des efforts entrepris au titre de la lutte contre la piraterie en Afrique de l’Est.  Le mécanisme « SHADE » permet, dans ce cadre, un échange d’informations pour optimiser l’efficacité des actions menées depuis 2007.  Ces efforts, a-t-il précisé, portent leurs fruits puisque, comme le signale le Secrétaire général dans son rapport, nombre d’attaques échouent grâce à la présence internationale. 


Le représentant de la France a par ailleurs indiqué que l’opération « Atalante » devait être maintenue jusqu’en 2010, pour poursuivre la protection des convois du PAM et d’autres bâtiments vulnérables, y compris ceux qui approvisionnent l’AMISOM, « dont 80 des convois ont été pris pour cible dans le passé ».  Le représentant a en outre préconisé, à son tour, de diversifier l’action au-delà de l’aspect militaire, en mettant notamment l’accent sur l’amélioration du traitement judiciaire des criminels présumés, en apportant une aide technique accrue aux pays de la région pour qu’ils puissent détenir et juger ces personnes.  M. Araud a appelé les États Membres à contribuer au Fonds d’affectation spéciale du Groupe de contact.  « Nous devons nous attaquer aux causes profondes, cet effort exigeant de la part de la communauté internationale de soutenir le Gouvernement fédéral de transition, par exemple dans sa lutte contre la pêche illégale », a souligné le représentant de la France, avant de conclure.


M. JORGE URBINA (Costa Rica) s’est félicité des efforts internationaux mis en place, qui ont réduit l’efficacité des attaques et la stabilisation d’une route économique importante et d’un canal pour l’aide humanitaire.  Il a toutefois exprimé quelques doutes sur la durabilité des opérations navales internationales face à un phénomène de piraterie commencé de manière artisanale mais qui fait aujourd’hui appel à des procédés plus sophistiqués, suggérant une implication de la criminalité internationale.  La lutte contre l’impunité doit jouer un rôle dissuasif contre la piraterie, a ajouté le représentant, qui a rendu hommage aux efforts du Kenya pour traduire devant ses juridictions nationales les pirates et a encouragé les autres pays de la région à prendre des mesures similaires.  Il a jugé positive l’adoption du Code de conduite de Djibouti.


La piraterie est aussi un symptôme de la crise profonde que traverse la Somalie, a rappelé le représentant, qui a prôné une stratégie à long terme en faveur du pays.  Il a souhaité que la communauté internationale appuie le Gouvernement fédéral de transition en vue d’instaurer un environnement sûr pour la Somalie.  Il s’est félicité des efforts du Gouvernement fédéral de transition en ce sens, et de l’appui que lui apporte l’AMISOM.  Il a appuyé les travaux du Groupe de contrôle pour la Somalie.  Il a rappelé qu’il est essentiel que l’approvisionnement humanitaire se fasse sans entrave, d’autant plus que 50% de la population somalienne en dépend.  Le financement des différentes initiatives pour aider la Somalie doit constituer une priorité de la communauté internationale, a ajouté M. Urbina, qui a lancé un appel aux États Membres pour qu’ils contribuent au Fonds d’affectation spéciale créé à cette fin.


M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) a rappelé que l’une des nombreuses conséquences négatives du conflit en Somalie et de l’absence d’institutions solides dans le pays était la piraterie et a apporté son soutien aux efforts régionaux et internationaux contre ce phénomène qui alimente le trafic d’armes et permet le financement des mouvements insurrectionnels et terroristes.  Il a donc salué le déploiement de forces navales par l’Union européenne, l’OTAN, les États-Unis et d’autres États, ainsi que la création du Groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.  Il a cependant souligné que le succès de la lutte contre la piraterie exige de s’attaquer aux causes sous-jacentes de ce fléau.  La piraterie perdure et perdurera, malgré les milliards de dollars dépensés, tant que la Somalie restera instable et que ses institutions étatiques seront fragiles, a-t-il ajouté.


Comme l’indique le rapport du Secrétaire général, il existe une grande différence entre les mesures robustes et concrètes prises par les États, individuellement ou dans le cadre de la coopération avec d’autres États concernant le déploiement des moyens de lutte en mer d’une part et l’approche prudente et graduelle adoptée par la communauté internationale quand il s’agit de faire face aux causes mêmes de la piraterie sur terre.  Il a appelé à renforcer le soutien à l’AMISOM afin que cette dernière puisse efficacement s’acquitter de son mandat, et à lui fournir du personnel supplémentaire.  Dans le même temps, il est impératif que le Gouvernement de transition somalien bénéficie du soutien nécessaire pour qu’il puisse être en mesure de renforcer les institutions étatiques, en particulier dans le domaine de la sécurité, a-t-il dit, assurant qu’il s’agissait là du meilleur moyen de lutter durablement contre la piraterie.


M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) a rappelé que la piraterie au large des côtes somaliennes était liée à la situation sur le continent mais pouvait aussi l’aggraver, saper les efforts du Gouvernement fédéral de transition et contribuer aux violations de l’embargo en vigueur sur les armes.  Il s’est dit profondément préoccupé par la détérioration de la situation humanitaire dans le pays.  Il a rappelé le rôle de protection de l’opération « Atalante » de l’Union européenne et a remercié les autres États qui coopèrent dans la lutte contre la piraterie dans le cadre du Groupe de contact.


Le représentant a souhaité que les autorités qui assurent la détention des pirates respectent les normes applicables du droit international, et notamment les droits de l’homme, le droit à un procès équitable et le droit au non-refoulement. Il a salué les activités menées par l’ONUDC pour renforcer les capacités des pays de la région pour arrêter, poursuivre et juger les pirates présumés.  Rappelant que les mesures prises en ce sens par certains pays de la région représentaient pour eux un poids supplémentaire, M. Mayr-Harting s’est félicité de la mise en place d’un Fonds d’affectation spéciale géré par l’ONUDC pour les assister financièrement.


M. ELMI AHMED DUALE (Somalie) a appuyé les efforts de l’OMI dans l’application du Code de conduite de Djibouti et a repris les propos du Secrétaire général dans son rapport selon lesquels le problème de la piraterie est un symptôme des grands problèmes auxquels est confrontée, depuis deux décennies, la Somalie.  Cette situation exige un effort concerté à tous les niveaux, a-t-il ajouté, en annonçant que le Gouvernement fédéral de transition avait récemment créé une structure chargée d’assurer le contrôle de ses côtes.  Mille gardes côtes sur les 10 000 prévus ont été formés en vue d’un déploiement rapide dans les zones les plus menacées, c’est-à-dire le nord-est du pays, a-t-il dit.  Le représentant a ensuite indiqué que cette initiative avait à la fois pour but de lutter contre la piraterie, la pêche illégale ainsi que la contrebande d’armes et de stupéfiants « qui menacent toute la région ».  Le représentant, qui a demandé le renouvellement des mandats prévus par les résolutions 1846 et 1851 du Conseil de sécurité, a appelé au soutien de l’AMISOM, « sans laquelle le Gouvernement fédéral de transition somalien serait dans une situation encore plus délicate ».  Il a conclu en faisant observer que, de plus en plus, les pirates se posaient et étaient perçus comme des défenseurs de la nation. 


M. ANDERS LIDÉN (Suède), au nom de l’Union européenne, a estimé que les opérations navales en cours au large des côtes somaliennes avaient permis de sécuriser l’activité maritime et, notamment, la livraison de l’aide internationale à la Somalie.  Il a estimé qu’un mécanisme de coordination efficace « SHADE », avait pu être mis en place entre les forces navales internationales, régionales et nationales qui opèrent dans la région.  Le représentant a toutefois estimé qu’il faudrait faire plus que la coordination des efforts pour protéger les navires.  « Nous devons améliorer notre dialogue avec les communautés somaliennes sur les questions maritimes », a-t-il suggéré, avant de se prononcer pour un renforcement de la collaboration entre la Somalie et d’autres pays de la région ayant davantage d’expérience en matière de délivrance d’autorisations pour la pêche.  Les études antérieures des Nations Unies sur la pêche illégale ou encore sur les rejets illégaux en mer devraient être actualisées, a-t-il ajouté.  Estimant qu’il faudrait continuer d’étudier les options juridiques applicables aux présumés pirates appréhendés, M. Lidén a rendu hommage à la contribution apportée par le Kenya.  Ce pays, a-t-il rappelé, a accepté de détenir et de juger 75 pirates présumés arrêtés par l’Union européenne.  Rappelant que les Seychelles viennent de conclure un accord du même type, il a appuyé la décision du Groupe de contact sur la piraterie de créer un fonds d’affectation spéciale pour aider à la détention, au jugement et à l’emprisonnement des pirates.  « Au-delà des pirates, nous devons également prendre des mesures contre les réseaux criminels qui, en Somalie et ailleurs, financent et organisent la piraterie », a ajouté M. Lidén.


M. Lidén a rappelé que l’Union européenne contribuait à la sécurisation de la région par l’opération « Atalante » qu’elle avait décidé de proroger jusqu’à la fin de 2010, sous réserve que le Conseil de sécurité renouvelle l’autorisation accordée dans sa résolution 1846.  Il a ensuite présenté le bilan de l’opération « Atalante » depuis sa mise en place en décembre 2008, précisant que cette opération avait assuré la protection de 50 navires affrétés par le Programme alimentaire mondial (PAM), qui ont pu livrer 300 000 tonnes de nourriture ayant bénéficié à 1,6 million de Somaliens.  La piraterie au large de la Somalie ne pourra être éradiquée que si la situation sur le continent est stabilisée, a affirmé M. Lidén, qui a rappelé que la gouvernance en Somalie reste fragmentée, que le Gouvernement fédéral de transition est constamment l’objet d’attaques de groupes insurgés et qu’il n’est pas encore en mesure de protéger sa population et de faire respecter la loi et l’ordre public.  Le représentant a rappelé que l’Union européenne soutenait le Gouvernement fédéral de transition et le processus de Djibouti.  Il s’est félicité que ce dernier ait pris des mesures pour instaurer un système financier responsable.  M. Lidén a rappelé que l’Union européenne avait décidé, l’été dernier, de renforcer son assistance au Gouvernement fédéral de transition en matière de sécurité et envisageait désormais de contribuer à l’entraînement des Forces de sécurité somaliennes, tout en soutenant par ailleurs l’AMISOM.


M. YURIY SERGEYEV (Ukraine) a relevé que le rapport du Secrétaire général faisait état d’une recrudescence de la piraterie et des attaques à main armée contre les navires qui sont désormais perpétrées bien au-delà du golfe d’Aden.  Les Nations Unies, a-t-il souligné, doivent jouer un rôle accru dans la lutte contre ce phénomène.  Saluant l’adoption de la résolution 1846 (2008) et les activités du Groupe de contact, le représentant a dit qu’il attendait avec impatience le lancement du Fonds d’affectation spéciale multidonateurs à l’appui des initiatives contre la piraterie.  Il a aussi affirmé que son gouvernement prenait la question de la piraterie très au sérieux.  L’Ukraine, qui est le cinquième pays dont la marine marchande emploie une large proportion de sa population active, est victime d’actes de piraterie fréquents, a-t-il dit, rappelant que 24 Ukrainiens sont actuellement entre les mains des pirates somaliens.  Au cours des cinq dernières années, 15 navires transportant des Ukrainiens ont été pris en otage au large des eaux somaliennes et 67 de leurs passagers ont été capturés, a précisé M. Sergeyev.


M. MORTEN WETLAND (Norvège) a déclaré que la piraterie menaçait à la fois les intérêts de vies innocentes, l’assistance humanitaire à la Somalie ainsi que le commerce international et la navigation.  Rappelant que plus d’un millier de navires battant pavillon norvégien transitent chaque année par le golfe d’Aden, il a expliqué que son pays se sentait donc directement concerné et agissait en conséquence.  Les causes profondes de la piraterie résident dans l’instabilité et l’effondrement des institutions somaliennes, a déclaré M. Wetland.  Il est donc essentiel de rétablir la stabilité et des institutions gouvernementales efficaces dans le pays pour y mettre fin, a ajouté le représentant, qui a expliqué que la Norvège est consciente des besoins de la Somalie en matière d’assistance humanitaire, de développement et de sécurité, et qu’elle y prend sa part. Il a estimé que les opérations navales avaient évité de nouvelles captures de navires, même si elles ne les avaient pas empêchées toutes.  Il a ajouté que ces opérations étaient bien coordonnées et pourraient servir d’exemple de la manière dont des pays et organisations internationales peuvent coopérer pour résoudre un problème de sécurité internationale.


« Nous devons veiller à ce que les pirates soient traduits en justice », a déclaré M. Wetland.  Il a dit apprécier les efforts déployés en ce sens par le Kenya et les Seychelles.  Reconnaissant la nécessité de renforcer les capacités de certains des pays les plus affectés, il a annoncé que son pays allait verser 500 000 euros au Fonds d’affectation spéciale créé sous les auspices du Groupe de contact sur  la piraterie.  M. Wetland a également fait observer que la perception du public était importante.  « Nous savons que de nombreux Somaliens considèrent la piraterie comme une activité criminelle, mais nous ne savons pas, en revanche, comment ils perçoivent l’ensemble de l’opération internationale, a-t-il déclaré, avant de souhaiter que le Groupe de contact mette en œuvre une stratégie de communication et d’information pour la Somalie.  « Nous devons convaincre les Somaliens que cette opération sert également leurs intérêts et contrer toute idée que la piraterie pourrait représenter une cause honorable », a-t-il conclu. 


M. LESLIE B. GATAN (Philippines) a déclaré que sa délégation était gravement préoccupée par la résurgence de la piraterie au large de la Somalie.  Il a notamment expliqué que les Philippins représentaient un tiers de la main d’œuvre navale du monde et qu’au cours du premier trimestre de 2009, 120 des 300 otages pris par les pirates étaient des ressortissants de son pays.  Au cours de ce seul mois, a-t-il ajouté, 16 marins philippins ont été enlevés en l’espace d’une seule semaine.  M. Gatan a exhorté la communauté internationale à déployer des efforts « concrets » de manière à répondre à ce fléau ainsi que pour venir en aide aux marins de toutes les nationalités qui ont été victimes de ces actes.  « Ma délégation estime que les prochaines mesures que le Conseil de sécurité prendra en la matière devraient tenir compte de la sécurité et la sureté des otages », a-t-il ajouté.  Le représentant a assuré que les Philippines appuyaient les efforts déployés par l’ONU pour stabiliser la Somalie.  Il a notamment indiqué qu’à la suite d’un entretien entre la Présidente des Philippines et le Président de la Somalie, une délégation somalienne de haut niveau se rendrait à Manille à la fin du mois de novembre, pour étudier le meilleur moyen de former et de renforcer les capacités des gardes-côtes somaliens.  La Somalie a également été invitée à participer à l’atelier de renforcement de capacité de l’Accord de coopération régionale contre la piraterie et les vols à main armée à l’encontre des navires en Asie, qui s’est tenu à Manille, du 10 au 12 novembre.


M. RONALD JEAN JUMEAU (Seychelles) a décrit son pays comme le plus petit et le plus vulnérable des États qui souffrent directement des conséquences de l’instabilité en Somalie.  Il a cité nommément la piraterie dans l’océan Indien qui continue à s’étendre à l’est et au sud.  La piraterie constitue une grave menace à la sécurité nationale, l’intégrité territoriale, le développement économique et la stabilité des Seychelles, a-t-il averti.  La difficulté en matière de protection du territoire est liée à la grande étendue de l’archipel, a-t-il expliqué.  M. Jumeau a indiqué que, parmi les mesures de lutte contre la piraterie prises par les Seychelles, une nouvelle loi est en cours d’élaboration et on essaye de renforcer les institutions judiciaires et les moyens d’enquête à la hauteur des ressources disponibles.  Il a ensuite expliqué que la piraterie a fait baisser de plus de la moitié les revenus de la pêche, secteur qui est le deuxième pilier de l’économie du pays après le tourisme.  De moins en moins de navires demandent des autorisations de pêcher pour la zone économique exclusive des Seychelles, a-t-il aussi indiqué.  Le coût croissant de l’assurance maritime et le détour des paquebots de tourisme qui évitent les Seychelles sont d’autres conséquences de la piraterie, a-t-il ajouté.  Le représentant a remercié les États-Unis et l’Union européenne qui ont offert d’aider son pays dans sa lutte contre la piraterie.


M. JUAN ANTONIO YÁÑEZ-BARNUEVO (Espagne) a déclaré que les incidents au large des côtes somaliennes menacent gravement la navigation maritime internationale, exigeant de la part de la communauté internationale d’unir les efforts pour mettre définitivement fin au fléau de la piraterie.  Les pirates sont organisés, ils commettent de plus en plus de crimes en haute mer, compromettant toujours l’acheminement de l’aide humanitaire et la circulation des marchandises, a encore noté le représentant.  Se référant au rapport du Secrétaire général, il a ensuite estimé que la coordination entre la communauté internationale et les autorités somaliennes était indispensable pour assurer la stabilité d’une zone aux dimensions géographiques gigantesques.  L’Espagne a été l’un des pays à l’origine de l’opération « Atalante », a-t-il dit, avant de saluer le rôle de la coordination entre les opérations militaires qui avaient permis d’apporter une protection durable à l’acheminement des convois d’aide humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) et des convois d’approvisionnement de l’AMISOM.  Le représentant a par ailleurs indiqué que son pays allait se porter coauteur du projet de résolution du Conseil de sécurité qui, dans les prochains jours, approuvera la prorogation des mandats prévus pas la résolution 1846 du Conseil de sécurité.  Il a aussi indiqué que l’Espagne qui présidera l’Union européenne pendant six mois à partir de janvier 2010, organisera une conférence internationale sur la Somalie, à l’occasion de laquelle elle proposera une stratégie politique de sortie de crise et de reconstruction.


Reprenant la parole en fin de séance, le Représentant spécial du Secrétaire général a déclaré que les bailleurs de fonds devraient allouer ressources et aide au Gouvernement fédéral de transition conformément aux engagements pris à Bruxelles, en avril dernier.  La différence entre les promesses et les décaissements réels pose problème, a-t-il ajouté.  Il a en outre rappelé que les policiers somaliens n’avaient pas été payés depuis 16 mois.  On ne peut former davantage de policiers s’ils ne sont pas payés et s’ils ne peuvent pas subvenir aux besoins de leur famille, a-t-il fait remarquer, estimant que ces personnes risquaient de devenir des délinquants d’autant plus violents et efficaces qu’elles auront été formées.


Les autorités somaliennes, le Burundi et l’Ouganda ne doivent pas être seuls à assurer la sécurité à Mogadiscio, a estimé M. Ould-Abdallah.  Il a remercié les pays qui ont mis en place un « mécanisme non pas chargé d’analyser la situation mais de verser de l’argent ».  Il a également lancé un appel à la diaspora somalienne à faire tout son possible pour aider à la reconstruction de la Somalie.  Il a rappelé par ailleurs que le Gouvernement légitime de la Somalie avait « survécu seul pendant deux mois à une agression étrangère ».  Il a également rendu hommage aux pays qui avaient apporté non seulement une aide humanitaire mais aussi une aide financière pour assurer le traitement mensuel des policiers.  Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie a lancé un nouvel appel en faveur du soutien au processus de Djibouti. Rappelant que beaucoup de personnes étaient opposées à la paix, il a souligné l’importance de la réconciliation nationale.  Il a estimé cependant que certaines conférences tenues à l’étranger font parfois plus de tort qu’elles ne contribuent à améliorer la situation des pays pour lesquels elles sont organisées.


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