17/06/2009
Conseil de sécurité
CS/9683

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6144e séance – après-midi


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES PARTIES SERBE ET KOSOVARE EXPRIMENT LEURS PROFONDES DIVERGENCES SUR LA QUESTION DU KOSOVO


Les membres du Conseil saluent le rôle de médiateur de la MINUK entre les communautés ethniques, ainsi que le déploiement de la Mission « EULEX »


Le Conseil de sécurité a procédé, cet après-midi, à l’examen périodique du rapport du Secrétaire général sur les activités de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). 


Cet examen a été l’occasion pour le Ministre des affaires étrangères de la Serbie, M. Vuk Jeremic, et pour M. Skender Hyseni, du Kosovo, de faire de nouveau entendre leurs profondes divergences sur la situation au Kosovo.  Pour leur part, les membres du Conseil ont salué le rôle de médiateur de la MINUK reconfigurée entre les parties albanaise et serbe du Kosovo, ainsi que l’achèvement du déploiement de la Mission État de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX). 


« La Serbie ne reconnaîtra ni implicitement, ni explicitement et en aucune circonstance, la déclaration unilatérale d’indépendance des autorités de souche albanaise « dans notre province du Sud », a lancé d’emblée M. Jeremic, qui a annoncé que son gouvernement continuerait de défendre vigoureusement « notre intégrité, sans confrontations et en recourant aux moyens pacifiques dont nous disposons ».  Le Ministre serbe a estimé que le Kosovo « ne devrait pas être placé au-delà du droit international, au risque de voir un jour l’intégrité territoriale d’un autre pays remise en cause ».  Il s’est déclaré convaincu qu’en décembre prochain, de nombreux pays permettront à la Cour internationale de Justice (CIJ) de se prononcer sur la légalité de ce qu’il a qualifié de « tentative unilatérale de faire sécession par une minorité ethnique ».


M. Jeremic a ensuite mis l’accent sur la question des personnes déplacées, en s’appuyant sur les chiffres du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés selon lesquels plus de 200 000 Serbes ne sont toujours pas retournés dans la province.  Il s’agit là d’un « échec aux dimensions monumentales », a-t-il commenté, en ajoutant qu’à ce jour, plus de 40 000 plaintes ont été déposées par les Serbes du Kosovo pour la saisie illégale de biens.  Le Ministre serbe, assurant que son pays coopérait avec l’EULEX et la Mission de l’ONU sur plusieurs questions pratiques, a en outre fustigé le « tristement célèbre » plan Ahtisaari, sous l’égide duquel rien de concret, selon lui, n’a été réalisé à ce jour, qu’il s’agisse de la police, de la question des postes de direction à attribuer aux Serbes du Kosovo ou encore dans le domaine judiciaire.


M. Hyseni a, au contraire, salué les progrès réalisés par « la République du Kosovo » sur la voie du développement de ses institutions politiques et étatiques.  « Hier, nous avons célébré le premier anniversaire de l’entrée en vigueur de notre Constitution, un document fondateur, moderne et dans lequel figurent toutes les mesures de protection des droits des minorités prévus par le plan Ahtisaari », a-t-il souligné.  Évoquant à son tour la MINUK reconfigurée, M. Hyseni a considéré que le calme régnant sur place, « en dépit d’incidents mineurs décrits par le Secrétaire général dans son rapport », impose qu’il soit mis fin au mandat de la Mission.  Il a ainsi mis en exergue l’évolution positive dans le pays au plan sécuritaire, et le plein respect du droit international, y compris des résolutions contraignantes du Conseil de sécurité, par les dirigeants kosovars.  Concernant la reconnaissance de la déclaration d’indépendance du Kosovo, M. Hyseni a déclaré que le Kosovo avait remis à la CIJ sa contribution écrite le 18 avril dernier. 


« Nous avons l’intention de participer à toutes les audiences qui débuteront en décembre 2009 », a-t-il encore dit, convaincu que les délibérations de la CIJ seront « justes et impartiales ».  Après avoir attiré l’attention sur le nombre croissant de pays ayant reconnu le Kosovo comme État indépendant et souverain, M. Hyseni a exhorté tous les autres pays à appuyer les efforts du peuple du Kosovo pour construire une société libre, après avoir subi, pendant des décennies, « humiliations et douleurs ».  M. Hyseni a en outre signalé que le Kosovo avait été élu au Fonds monétaire international (FMI) grâce, notamment, au vote de pays n’ayant pas encore reconnu officiellement sa déclaration d’indépendance.  Son admission à la Banque mondiale devrait intervenir en juillet prochain.


« Dans le nouveau Kosovo, il ne peut y avoir de place pour la haine et la violence », a encore dit M. Hyseni, qui a déclaré que le Kosovo était destiné à devenir un État multiethnique où les Serbes qui y seront retournés vivront décemment et en paix avec leurs voisins.  « L’avenir des Balkans occidentaux passe par leur intégration à l’Union européenne », a-t-il encore affirmé.


Pour sa part, le représentant de la France, a indiqué que la protection des minorités constituait une priorité pour l’Union européenne.  Il s’est réjoui, à ce propos, du fait que la situation sécuritaire a été « remarquablement stable » au cours des derniers mois.  Il s’est en outre dit satisfait de voir que, malgré leurs divergences, les parties serbe et kosovare ont le souci de préserver les conditions d’un avenir commun au sein de l’Europe.  « Nous encourageons Belgrade et Pristina à renouer le plus tôt possible un dialogue direct », a-t-il déclaré, rappelant l’intérêt des deux protagonistes à progresser sur la voie du rapprochement avec l’Union européenne.


Le représentant de la Fédération de Russie a, quant à lui, déploré la nature non objective de M. Hyseni à qui il a rappelé que la mise en œuvre de la résolution 1244 restait d’actualité.  « La MINUK devant poursuivre ses fonctions dans le domaine de l’état de droit et de l’amélioration des conditions d’existence des minorités ethniques. »  Il a demandé que les présences internationales sur place, « y compris l’EULEX », respectent impérativement la neutralité concernant le statut du Kosovo. 


Les autres délégations ont, dans l’ensemble, soutenu l’action du Représentant spécial du Secrétaire général pour le Kosovo et Chef de la MINUK, M. Lamberto Zannier, qui, lors de son exposé, a promis que les ressources et compétences de la MINUK reconfigurée seraient mises au service d’efforts de médiation entre les communautés et de facilitation de mise en œuvre des engagements du Kosovo sur la scène internationale, y compris l’Accord de libre-échange d’Europe centrale (ALEEC).


RÉSOLUTIONS 1160 (1998), 1199 (1998), 1203 (1998), 1239 (1999) ET 1244 (1999) DU CONSEIL DE SÉCURITÉ


Rapport du Secrétaire général sur la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (S/2009/300)


Dans ce rapport, le Secrétaire général note d’emblée que les municipalités du nord du Kosovo et du nord de Mitrovicë/Mitrovica continuent de fonctionner isolément du reste du Kosovo.  Les responsables serbes du Kosovo considèrent en effet que la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) et la Force internationale de sécurité au Kosovo (KFOR) constituent les seules présences internationales légitimes au regard de la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité. 


Le rapport indique que la MINUK a continué d’aider toutes les communautés du nord du Kosovo, où la majorité écrasante des habitants sont des Serbes du Kosovo, et d’établir des connexions avec les institutions de Pristina, la présence de la MINUK dans les municipalités du nord ayant également permis de créer un pont entre la Mission État de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX) et les responsables politiques locaux.


Dans l’ensemble, signale le Secrétaire général, la situation en matière de sécurité au Kosovo est demeurée relativement calme de mars à mai 2009, même si une série d’incidents se sont produits à Kroi i Vitakut/Brdjani, dans la partie nord de Mitrovicë/Mitrovica, où d’anciens résidents albanais du Kosovo ont commencé, malgré l’opposition de résidents serbes, à reconstruire leurs maisons qui avaient été détruites en 1999.


La Police du Kosovo, EULEX et la KFOR continuent de surveiller de près ses travaux de construction et toutes les mesures ont été prises pour maintenir le calme.


Le rapport explique aussi que des progrès ont été accomplis sur la voie d’un accord dans le domaine de la protection du patrimoine culturel serbe au Kosovo.  En avril et mai, des experts de la MINUK se sont entretenus avec les principales parties prenantes, dont des organisations internationales qui s’occupent de cette question, en vue de trouver une formule de coopération acceptable pour les autorités de Belgrade et de Pristina et l’Église orthodoxe serbe


Concernant la restructuration de la Mission, M. Ban Ki-moon assure que celle-ci, ainsi que la réduction de ses effectifs, est sur le point de s’achever.  Dans la mesure où, depuis décembre dernier, EULEX assume un rôle opérationnel dans le secteur de l’état de droit, l’effectif de la composante « état de droit » de la MINUK sera réduit aux 22 personnes du Bureau de liaison pour les questions de police et de justice, et ce à compter du 1er juillet 2009


Il est également précisé que la Mission consacrera une partie de ses ressources à la poursuite de la médiation entre les communautés et à l’appui aux communautés minoritaires dans tout le Kosovo.  Plus concrètement, en créant un Bureau de l’appui aux communautés et de la facilitation des relations, la MINUK consacrera les ressources nécessaires à l’appui aux minorités, notamment en matière de retours et de surveillance du respect des droits de l’homme.


Le rapport fait aussi remarquer qu’au cours de la période considérée, la MINUK a transféré à EULEX toutes les affaires en instance.


S’agissant des retours consentis, leur nombre augmente graduellement, même s’il reste très limité et toujours en deçà des chiffres de 2008.  Au cours de la période considérée, ce sont cette fois 936 personnes qui ont été contraintes de rentrer au Kosovo, en provenance de l’Europe occidentale, soit une augmentation de 27,3% par rapport à 2008, pour la même période.


Selon le Ministère des communautés et des retours, la réintégration des communautés minoritaires, particulièrement la communauté serbe du Kosovo, continue de se heurter à des difficultés liées à l’absence de possibilités d’emploi, à la fragilité de la situation économique, à l’accès limité aux services publics et aux questions de sécurité.  Le Ministère entend mettre davantage l’accent sur la promotion du développement économique et de la viabilité des communautés minoritaires afin d’encourager les retours. 


Par ailleurs, la réticence des Serbes du Kosovo à entretenir des relations avec les autorités du Kosovo continue de remettre en question la création des nouvelles municipalités à majorité serbe du Kosovo, planifiée par les autorités du Kosovo.  Aussi, dans la perspective des prochaines élections municipales, les autorités du Kosovo ont-elles intensifié leurs appels aux Serbes du Kosovo afin qu’ils participent au processus de décentralisation.


Dans ses observations, le Secrétaire général de l’ONU affirme que la MINUK a procédé à sa restructuration, et que l’Organisation maintiendra une position de stricte neutralité vis-à-vis de la question du statut du Kosovo.  Il reste persuadé que les ressources de la Mission restructurée lui permettront de s’acquitter des tâches qui lui seront assignées au cours de l’exercice à venir.


M. Ban Ki-moon se félicite également de noter qu’EULEX a atteint sa pleine capacité opérationnelle, son rôle dans le domaine de l’état de droit, sous l’autorité générale et dans le cadre de la position de neutralité de l’Organisation vis-à-vis de la question du statut, revêtant une importance clef au regard du maintien de la stabilité sur le terrain.  Il juge qu’il importe de veiller à prendre en compte les préoccupations de toutes les communautés, en consultation avec la MINUK.  Il salue à cet égard le haut niveau de coopération entre la Mission et EULEX sur le terrain, et espère qu’elle se poursuivra et se renforcera dans tous les domaines.


Pour ce qui est des tensions dans le nord de Mitrovicë/Mitrovica, le Secrétaire général salue aussi l’action qu’a entreprise la Mission pour assurer la médiation entre les communautés de cette zone et pour favoriser la recherche de solutions pacifiques fondées sur le dialogue.  Il se réjouit des résultats probants obtenus grâce à l’action coordonnée de la MINUK, d’EULEX et de la KFOR et invite les communautés directement concernées, ainsi que les autorités de Pristina et de Belgrade, à continuer de coopérer avec les partenaires internationaux pour réduire les tensions dans la zone et parvenir à un règlement pacifique des différends.


« La MINUK, telle que restructurée, peut continuer à jouer un rôle utile et efficace consistant à assurer la médiation entre les communautés, à promouvoir l’application de dispositions pratiques dont Pristina et Belgrade pourraient tirer parti », conclu Ban Ki-moon, qui appelle à l’appui constant du Conseil de sécurité et de la communauté internationale dans son ensemble à la Mission.


En annexe, se trouve un rapport du Secrétaire général du Conseil de l’Union européenne et Haut Représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune sur les activités menées par EULEX de février à mai 2009.  Ce rapport confirme qu’EULEX a atteint sa pleine capacité opérationnelle le 6 avril 2009. 


Il y est indiqué que les services douaniers d’EULEX ont commencé à recueillir des données sur le trafic commercial.  EULEX a également commencé à organiser des procès au tribunal de district du nord de Mitrovicë/Mitrovica où il a prononcé deux jugements.  Deux procès pour crimes de guerre ont été menés à terme et ont abouti à des condamnations.  Les juges d’EULEX ont commencé à juger au civil des litiges fonciers interethniques.  En mars, le Chef de la Mission, M. Yves de Kermabon, et les chefs des différentes composantes ont tenu leurs premières réunions officielles à Belgrade avec des hauts responsables du Gouvernement serbe.  Enfin, le rapport signale que les unités de police d’EULEX ont dû intervenir en avril et mai lors de violentes protestations de Serbes du Kosovo contre la reconstruction de maisons appartenant à des Albanais du Kosovo à Brdjani/Kroi i Vitakut (Mitrovicë/a).  Aucun blessé grave n’a été déploré et, finalement, les deux communautés ont poursuivi pacifiquement les travaux de reconstruction.


Déclarations


M. LAMBERTO ZANNIER, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Kosovo et Chef de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), a souligné que la restructuration de la Mission, désormais achevée, s’était déroulée de manière transparente et de sorte que l’Organisation maintienne une position de stricte neutralité vis-à-vis de la question du statut du Kosovo.  Aujourd’hui, le rôle de la Mission est différent, a-t-il poursuivi, mais pas moins vital et pertinent qu’hier dans les domaines de la paix et de la stabilité au Kosovo.  M. Zannier a expliqué que les réductions budgétaires et d’effectifs de la Mission pour 2009-2010 correspondaient au transfert de compétences de celle-ci dans le secteur de l’état de droit vers la Mission État de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX).  Les ressources et compétences de la MINUK restructurée, combinées à celles des organisations sur place, seront mises au service d’efforts de médiation entre les communautés, et de facilitation de mise en œuvre des engagements du Kosovo sur la scène internationale, y compris l’Accord de libre-échange d’Europe centrale (ALEEC). 


M. Zannier a indiqué que la Mission poursuivait ses efforts en vue de permettre un rapprochement entre les parties et régler les différends entre les communautés, qui continuent d’affecter le bien-être des populations au Kosovo.  Il s’est félicité des accords constructifs trouvés entre les autorités de Belgrade et celles de Pristina dans le domaine de la protection du patrimoine culturel serbe au Kosovo, ou encore la question des personnes disparues.  Le Chef de la MINUK a ensuite noté les résultats enregistrés de mars à mai 2009, en particulier concernant les problèmes posés par la fourniture d’électricité par la Compagnie d’électricité du Kosovo au nord de la province, où certains Serbes du Kosovo refusent d’instaurer une relation contractuelle avec une entité publique qui reviendrait à reconnaître l’indépendance du Kosovo.  M. Zannier a également évoqué une série d’incidents qui se sont produits à Brdjani/Kroi i Vitakut, dans la partie nord de Mitrovicë/Mitrovica, où d’anciens résidents Albanais du Kosovo ont commencé, malgré l’opposition de résidents serbes, à reconstruire leurs maisons qui avaient été détruites en 1999.  Il a fait savoir qu’un accord avait été trouvé pour permettre la poursuite dans le calme des travaux de construction, une des conditions pour rendre possible le retour au Kosovo des personnes déplacées.  Il a ajouté qu’un accord avait été atteint par toutes les parties pour demander au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) de fournir un cadre dans lequel Pristina et Belgrade pourraient organiser la restitution des biens des personnes déplacées, et ce, conformément à la résolution 1244 du Conseil de sécurité.  Poursuivant, M. Zannier a souligné les efforts louables des autorités du Kosovo pour faciliter le retour des personnes déplacées dans des conditions viables.


Le Représentant spécial a ensuite confirmé que l’EULEX, forte de 2 569 membres, était pleinement opérationnelle depuis le 6 avril dernier.  Au titre de son rôle dans le secteur de l’état de droit, l’EULEX a eu ses premières discussions avec le Gouvernement de Belgrade, ainsi qu’avec les Ministres des finances et de la justice du Kosovo/Metohija.  De son côté, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est intervenue sur les questions de l’électricité et des constructions, deux exemples du rôle qu’elle tient dans la médiation entre les communautés, et dans le renforcement de la démocratie, y compris des capacités des institutions locales, a ajouté M. Zannier. 


M. VUK JEREMIC, Ministre des affaires étrangères de la Serbie, a souligné que les Nations Unies demeurent l’autorité générale au Kosovo et qu’elles doivent continuer à jouer un rôle vital dans la coordination de toutes les organisations internationales opérant sur le terrain.  Il a ensuite remercié la majorité « substantielle » des États Membres qui ont respecté la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Serbie.  C’est cette solidarité, a-t-il dit, qui nous encourage à persévérer nos efforts visant à résoudre la question du statut futur du Kosovo, d’une manière acceptable pour toutes les parties prenantes.  Le Ministre a en revanche regretté profondément le rejet par Pristina de la résolution 1244.  Personne, a-t-il estimé, ne devrait être autorisée à ignorer les décisions du Conseil de sécurité. 


La Serbie, a-t-il réitéré, ne reconnaîtra, ni implicitement ni explicitement et en aucune circonstance, la déclaration unilatérale d’indépendance des autorités de souche albanaise « dans notre province du Sud ».  « Nous allons continuer, a promis le Ministre, de défendre vigoureusement notre intégrité sans confrontations et en recourant aux moyens pacifiques dont nous disposons. »  Le Kosovo ne devrait pas être placé au-delà du droit international, au risque de voir un jour un autre pays se voir contester son intégrité territoriale, a prévenu le Ministre. 


Il a rappelé que le 8 octobre 2008, l’Assemblée générale avait adopté, à une large majorité, une résolution relative à la saisine de la Cour internationale de Justice (CIJ).  Le processus a commencé, s’est-il réjoui, en soulignant que c’est la première fois que la Cour a à se prononcer sur la légalité d’une tentative unilatérale de faire sécession par une minorité ethnique, et ce, au mépris de la Constitution démocratique et de la volonté du Conseil de sécurité.  Ce cas a attiré l’attention du monde entier, a affirmé le Ministre, en invoquant la présence d’un grand nombre de pays aux audiences de la Cour. 


Il est important, a souligné le Ministre, que la Cour puisse travailler sans ingérence politique.  En conséquence, les organisations multilatérales se gardent d’accepter la candidature des autorités sécessionnistes de Pristina.  En attendant que la Cour rende son avis, a poursuivi le Ministre, nous devons trouver la force de mettre nos divergences de côté, au profit de la paix et de la stabilité des résidents de la province. 


« Je propose, a-t-il dit, de mettre au cœur de nos efforts la question essentielle des personnes déplacées. »  Citant le HCR, il a estimé à plus de 200 000 le nombre des Serbes qui ne sont pas retournés dans la province.  Il s’agit là d’un « échec aux dimensions monumentales », a-t-il commenté, en ajoutant qu’à ce jour, plus de 40 000 plaintes ont été déposées par les Serbes du Kosovo pour la saisie illégale de biens. 


Le Ministre a indiqué que son pays travaille avec l’EULEX et la Mission de l’ONU sur un certain nombre de questions pratiques.  L’Accord en six points du Secrétaire général doit être pleinement respecté, a-t-il insisté.  Il a attribué les retards à la réticence de Pristina de reconnaître que le « tristement célèbre » plan Ahtisaari n’a jamais été approuvé par le Conseil de sécurité, grâce, notamment, aux principes défendus par la Fédération de Russie.  S’attardant sur certains de ces points, il a estimé que s’agissant de la police, la question des postes de direction à attribuer aux Serbes du Kosovo n’a jamais été résolue.  Sur le plan judiciaire, a-t-il aussi estimé, rien n’a été fait ni sur la nomination de juges et de procureurs locaux, ni sur la question de la juridiction territoriale du tribunal de district du nord de Mitrovicë/Mitrovica. 


Venant à la question de l’Accord de libre-échange d’Europe centrale (ALEEC), le Ministre a souligné que le succès en la matière dépend de l’application effective des normes contenues dans cet Accord.  Or, l’introduction de nouveaux timbres par « la prétendue » Direction générale des douanes du Kosovo n’a fait que politiser cette question commerciale, a-t-il dit.  Avant de conclure, le Ministre a attiré l’attention du Conseil sur la question importante de l’entrée des responsables serbes dans la province.  Comment la Serbie peut-elle contribuer à l’évolution positive des choses si elle ne peut travailler en étroite collaboration avec la communauté serbe, s’est-il interrogé.


M. SKENDER HYSENI, qui s’est présenté comme étant le « Ministre des affaires étrangères de la République du Kosovo », a tenu d’emblée à saluer les progrès réalisés par la République du Kosovo sur la voie du développement de ses institutions politiques et étatiques.  « Hier, nous avons célébré le premier anniversaire de l’entrée en vigueur de notre Constitution, un document fondateur, moderne, et dans lequel figurent toutes les mesures de protection des droits des minorités prévus par le plan Ahtisaari, a-t-il ajouté.  L’intervenant a indiqué que le déploiement de l’EULEX avait été fort apprécié par le Gouvernement du Kosovo, ce dernier s’étant engagé avec l’EULEX sur tous les dossiers dont elle est saisie.  Estimant que la situation sécuritaire au Kosovo demeure calme et stable, M. Hyseni a déclaré que, « de nouveau », les autorités du Kosovo souhaitaient la conclusion du mandat de la MINUK et son démantèlement.  « L’évolution dans le pays est positive, a-t-il affirmé, et notre respect du droit international, y compris des résolutions contraignantes du Conseil de sécurité n’a jamais fléchi. »  M. Hyseni a signalé qu’un nouveau Président de la Commission électorale centrale (CEC) venait d’être nommé, en vue des nouvelles élections présidentielles qui auront lieu cet automne.  La mise en place des institutions électorales et étatiques s’effectue sur la base des normes européennes en la matière, a souligné M. Hyseni, ajoutant que la Force de sécurité du Kosovo, pilier de la stabilité de la République, était une institution démocratique multiethnique et contrôlée par les civils.


Concernant la reconnaissance de la déclaration d’indépendance du Kosovo, M. Hyseni a déclaré que le Kosovo avait remis à la CIJ sa contribution écrite, le 18 avril dernier.  « Nous avons l’intention de participer à toute la procédure d’audience qui débutera en décembre 2009 », a-t-il encore dit, se disant confiant que les délibérations de la CIJ seront justes et impartiales.  Il a poursuivi en remerciant l’Arabie saoudite, le Bahreïn, la Gambie et les Comores, derniers pays en date à avoir reconnu le Kosovo comme État indépendant et souverain.  « Nous exhortons toutes les autres nations à appuyer les efforts du peuple du Kosovo pour construire son avenir en tant que pays libre ayant affronté et subi, pendant des décennies, humiliations et douleurs.  M. Hyseni a en outre signalé que le Kosovo avait été élu au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale, et ce, grâce au vote de pays n’ayant pas encore reconnu officiellement sa déclaration d’indépendance.  Le Kosovo est déterminé à poursuivre ses efforts de renforcement de l’état de droit et en matière de développement économique, a-t-il noté.  Il a également attiré l’attention sur les fonds alloués par son gouvernement pour faciliter le retour des réfugiés et améliorer les conditions de vie dans les zones de tensions.  Ces efforts louables sont pour l’heure ralentis par l’attitude de Belgrade, qui empêche les citoyens serbes du Kosovo de collaborer avec nos institutions.  Dans le nouveau Kosovo, il ne peut y avoir de place pour la haine et la violence, a encore dit M. Hyseni, qui a conclu en déclarant que le Kosovo était destiné à devenir un État multiethnique et en paix avec ses voisins.  L’avenir des Balkans occidentaux passe par leur intégration à l’Union européenne, a-t-il conclu.


M. BUI THE GIANG (Viet Nam) s’est dit encouragé par la situation sécuritaire relativement calme qui règne actuellement au Kosovo.  Toutefois, à la lumière d’une série d’incidents qui se sont produits dans le nord de Mitrovicë/Mitrovica, il s’est dit préoccupé par les violences interethniques qui touchent différentes régions du Kosovo et par les tentatives d’interférence avec la mission de la MINUK.  Le maintien de la présence de la MINUK en coopération avec Belgrade et Pristina, et en étroite coordination avec l’EULEX et la KFOR, est déterminant pour la paix et la stabilité sur le terrain, a assuré le représentant.  De l’avis de sa délégation, la reconfiguration de la MINUK devrait être conduite de manière transparente et dans le respect de la position de stricte neutralité des Nations Unies en ce qui concerne le statut du Kosovo et d’une manière qui permettra à la Mission de remplir ses fonctions, en particulier celles qui consistent à assurer la médiation entre les différentes communautés et à soutenir les minorités.  C’est pourquoi, le représentant du Viet Nam a lancé un appel à toutes les parties concernées pour qu’elles coopèrent avec la MINUK et multiplient les mesures de renforcement de la confiance.  Regrettant que le nombre de retours volontaires demeure faible en 2009 par rapport à 2008, le représentant a estimé que le manque de progrès en matière de préservation des droits et de sécurité des minorités nationales ne ferait qu’exacerber le manque de confiance.  Toutes les parties, a-t-il insisté, doivent s’abstenir de rhétorique ou d’action susceptibles de déboucher sur des violences.


M. YUKIO TAKASU (Japon) a particulièrement apprécié l’initiative du Secrétaire général de reconfigurer la MINUK.  Cette reconfiguration est, a-t-il dit, à sa phase finale.  Il a salué la contribution de la Mission État de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX), et d’autres présences internationales comme la Force internationale de sécurité au Kosovo (KFOR) et l’OSCE.  Il a dit apprécier la coopération de la Serbie avec l’EULEX dans l’intérêt de la stabilité et de la prospérité de l’ensemble des Balkans occidentaux, et a invité les autorités de Belgrade à poursuivre leurs efforts d’intégration européenne.  Depuis l’entrée en vigueur de sa Constitution il y a un an, le Kosovo a fait de sérieux progrès, en renforçant différentes institutions nationales, a-t-il noté.  Le représentant a espéré que le Kosovo sera un état démocratique et multiethnique.  Il a estimé que l’adhésion du Kosovo au Fonds monétaire international (FMI), en mai dernier, et à la Banque mondiale, en juillet prochain, marquera une étape significative pour le développement économique et social du paysafin qu’il participe à la scène internationale.  Si la situation sur le terrain est généralement stable, il a néanmoins regretté des tensions interethniques occasionnelles, en citant les récents incidents de Mitrovicë/Mitrovica.  Il a souhaité que davantage d’efforts soient entrepris pour assurer la protection effective des minorités.  Le Japon, qui a activement soutenu les efforts de coexistence pacifique par le biais du Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine, continuera à apporter son aide dans ce domaine à travers des canaux multilatéraux et bilatéraux, pour aider le Kosovo à développer un pays multiethnique et démocratique, a-t-il assuré.


M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a constaté avec « soulagement et satisfaction » le calme qui règne au Kosovo, même si quelques incidents ont éclaté.  Il s’est félicité de la coopération constructive des autorités du Kosovo avec la MINUK.  Même reconfigurée, elle aura toujours un rôle crucial à jouer, a-t-il dit, avant de saluer, comme un signe encourageant, l’engagement de la Serbie dans les discussions d’ordre technique.  Il s’est aussi félicité de l’intérêt que portent les Serbes du Kosovo aux prochaines élections municipales.  Appelant la communauté internationale à fournir tout le soutien nécessaire à la construction d’une économie solide et viable au Kosovo, le représentant a ensuite salué le rôle de l’EULEX.  Il a encouragé tous les acteurs sur le terrain qui œuvrent pour la stabilité du Kosovo, et a exprimé son souhait de voir toutes les parties faire preuve du courage et de la vision politique nécessaires pour un règlement politique négocié qui permette d’assurer la paix et la stabilité de l’ensemble de la région.


M. PHILIP PARHAM (Royaume-Uni) a estimé qu’en dépit des difficultés économiques et des tensions intercommunautaires, le Kosovo avance bien.  Il est reconnu désormais par 60 pays et a adhéré au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.  Saluant le travail de l’EULEX et de la KFOR, il a exprimé la disposition de son pays à aider l’agence chargée des biens immobiliers.  Il s’est félicité des progrès effectués en ce qui concerne la question des personnes déplacées, même s’il a jugé faible le nombre des retours.  Compte tenu du travail de l’EULEX, il a jugé pertinent que la MINUK commence à réduire ses effectifs.  Il est important, a-t-il insisté, que les missions des Nations Unies ne dépassent pas la taille nécessaire.  Il a demandé aux autorités du Kosovo d’aider la MINUK à faire son travail, avant de souligner que l’état de droit, la décentralisation et la participation de tous les citoyens à la vie du pays sont les éléments clefs d’un avenir meilleur.  La MINUK et les autres partenaires internationaux doivent continuer à coopérer pour relever les nouveaux défis et réaliser les objectifs visés.  Le Gouvernement du Kosovo doit tendre la main à toutes les communautés et tenir tous ses engagements, en la matière.  La Serbie, a encore dit le représentant, doit continuer à collaborer avec l’Union européenne et encourager la communauté serbe à participer à la vie publique et, d’abord, aux premières élections municipales. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a regretté la déclaration non objective de M. Hyseni.  « Malgré les signaux envoyés par le Conseil de sécurité à Pristina quant à la nécessité de respecter nos décisions, le comportement des autorités kosovars ne change pas, a-t-il dit, celles-ci continuant d’appeler à la cessation des activités de la MINUK. »  La mise en œuvre de la résolution 1244 reste d’actualité, a ajouté M. Churkin, la Mission devant poursuivre ses fonctions dans le domaine de l’état de droit et de la sécurisation des conditions des minorités ethniques.  Le représentant a estimé que beaucoup restait à faire dans le domaine de l’état de droit, les présences internationales sur place, y compris l’EULEX devant impérativement respecter la neutralité concernant le statut du Kosovo.  Il a ensuite félicité la MINUK pour son rôle dans l’atténuation des tensions dans le nord du Kosovo où les Albanais kosovars se sont lancés de manière unilatérale et provocatrice dans des travaux de construction.  M. Chrukin a également déploré que le retour des réfugiés ait débuté de manière non encadrée, sans notamment la participation du HCR.  Le processus de retour doit s’effectuer conformément au droit international humanitaire, a-t-il lancé.  Concernant le sort des minorités serbes du Kosovo, le représentant russe a fustigé le comportement des Kosovars, qui refusent de participer à tout effort constructif.  Avant de conclure, M. Churkin a demandé au Conseil de conserver un rôle important d’arbitre des différends et de garant du droit international dans la région des Balkans occidentaux.  Le Conseil devra tenir compte des résultats de l’examen impartial, par la CIJ, de la conformité de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo à l’égard du droit international.


M. LIU ZHENMIN (Chine), tout en se montrant préoccupé par les tensions qui demeurent, s’est déclaré heureux d’apprendre que les parties se sont mises d’accord sur la construction d’habitations, par exemple.  Il a pris note du nombre « progressif et croissant » des retours de personnes déplacées même si, à son tour, il a trouvé les chiffres encore faibles.  Le représentant a estimé que toutes les parties doivent respecter les principes de la Charte de l’ONU, les résolutions du Conseil de sécurité et le principe de l’intégrité territoriale des États.  La meilleure façon de régler la question du Kosovo, a-t-il dit, est de faire en sorte que les parties arrivent à un plan mutuellement acceptable grâce à des négociations.  Il a pris note de la réduction des effectifs de la MINUK envisagée par le Secrétaire général.  Cet ajustement, a-t-il précisé, est de nature technique et ne doit en aucun cas modifier la position de neutralité des Nations Unies.  La MINUK doit entretenir des relations étroites de travail avec toutes les parties et l’EULEX, et continuer d’agir sous l’autorité générale des Nations Unies, a conclu le représentant. 


M. IBRAHIM DABBASHI (Jamahiriya arabe libyenne) a salué les progrès récents réalisés dans le développement démocratique au Kosovo, et ce, en dépit des différends persistants entre Albanais et Serbes du Kosovo.  Il a salué les accords responsables qui ont permis la poursuite des travaux de construction de maisons d’Albanais kosovars dans le nord.  Il s’est également félicité des efforts du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour aider les rapatriés à se réinstaller au Kosovo dans des conditions sociales d’existence viables.  Félicitant ensuite la MINUK pour son appui à l’essor démocratique du Kosovo, le représentant libyen a regretté que le nord du territoire fonctionne toujours de manière indépendante par rapport au reste du Kosovo.  Tous les citoyens doivent travailler ensemble, sous l’autorité de la police et des administrations locales, a-t-il dit.   Concluant, il s’est réjoui de la création du Bureau de l’appui aux communautés et de la facilitation des relations, un instrument qui renforcera les efforts que la MINUK consacre à l’appui aux minorités, notamment en matière des retours et de surveillance du respect des droits de l’homme, a-t-il dit.


Mme ROSEMARY A. DICARLO(États-Unis) s’est félicitée du renforcement de la coopération entre les communautés ethniques du Kosovo.  Elle a noté les nominations des membres de la Cour constitutionnelle et de ceux de la Commission électorale centrale (CEC).  Elle a noté également l’élection récente du Kosovo au FMI et a dit attendre avec intérêt son admission à la Banque mondiale.  Tous ces faits nouveaux, a-t-elle commencé, sont en conformité avec la vision du plan Ahtisaari.  Quelque 60 État Membres de l’ONU ont reconnu le Kosovo, a rappelé la représentante, avant d’appeler le Gouvernement du Kosovo à tendre la main aux Serbes et aux autres minorités.  Elle a également jugé trop faible le nombre des retours parmi les personnes déplacées.  La représentante a espéré que la question connaîtra des progrès substantiels cette année. 


Pour que le Kosovo devienne multiethnique, la coopération de Belgrade est essentielle, a-t-elle estimé.  Mme DiCarlo a salué la coopération entre la Serbes et l’EULEX, et a appelé à la création des conditions nécessaires au retour des Serbes dans la police.  Malheureusement, a-t-elle poursuivi, le Gouvernement serbe continue de bloquer certains biens.  Elle l’a donc encouragé à respecter les engagements pris dans le cadre de l’ALEEC.  La représentante a appuyé la reconfiguration de la MINUK pour qu’elle s’en tienne aux fonctions que le Gouvernement du Kosovo ne peut assurer.  Elle a assuré que la stabilité des Balkans occidentaux est une priorité pour les États-Unis, qui continueront à appuyer les progrès et le développement des pays concernés. 


M. RONKA VILOVIC (Croatie) a, à son tour, salué les progrès continus et réguliers du Kosovo sur la voie de l’établissement d’une société sûre et stable.  L’appui de la communauté internationale, compte tenu de la situation calme qui prévaut au Kosovo, doit porter sur le renforcement de ses capacités économique et de développement, a estimé le représentant croate.  « Nous demandons aux parties de coopérer avec le Représentant spécial, ainsi qu’avec les représentants de l’EULEX, deux partenaires pleinement engagés à contribuer à l’instauration d’un Kosovo moderne, pluraliste et respectueux des droits des minorités. » 


M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) s’est félicité de ce que la MINUK ait réussi la réduction de ses effectifs.  Il s’est dit convaincu que la nouvelle structure lui permettra d’assumer des fonctions importantes, comme la médiation et l’appui aux communautés minoritaires.  Le représentant s’est également dit heureux que l’EULEX soit désormais pleinement opérationnelle.  L’EULEX, a-t-il assuré, va mettre en œuvre son mandat dans l’intérêt de toutes les communautés.  Il a rappelé que son pays y a déployé 26 experts de police, et qu’il continuera à contribuer à la KFOR qui compte déjà 600 militaires autrichiens.  Il a appuyé la proposition de commencer la transition de la KFOR et de s’employer dès à présent à réduire ses effectifs.  Le représentant s’est félicité du rôle que continue de jouer l’OSCE.  Les prochaines élections mettront en lumière l’appui indispensable qu’offre l’OSCE, s’est-il réjoui.  Avec le pragmatisme nécessaire, des solutions peuvent être trouvées pour que le Kosovo se rapproche d’une société multiethnique et pacifique.  Une solution pacifique ne peut être trouvée que si toutes les communautés dialoguent les unes avec les autres.  Insistant sur le respect des droits de l’homme de toute la population, le représentant a dit attendre de Belgrade une approche plus positive.  Il a espéré que le « projet de retours » sera efficace pour créer les conditions nécessaires à l’intégration de toutes les communautés.  Il a également émis l’espoir que les autorités de Belgrade progresseront sur leur intégration à l’Union européenne.


M. CLAUDE HELLER (Mexique) a souligné l’importance de la coopération des parties avec la MINUK, afin que celle-ci puisse remplir son mandat de façon neutre.  Il s’est inquiété des incidents qui se sont produits au cours des derniers mois entre les Serbes du Kosovo et les Albanais du Kosovo, qui démontrent, selon lui, la fragilité de la stabilité régionale.  Le représentant a appelé à renforcer également la coopération entre la MINUK et la Mission État de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX), afin de prévenir les éruptions de violences interethniques.  Il a aussi invité les parties et la MINUK à appuyer et à coopérer pleinement avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).


Concernant la question de la réintégration des minorités, en particulier des Serbes du Kosovo, M. Heller a suggéré de promouvoir une collaboration stratégique entre les institutions et programmes de l’ONU chargés du développement, la communauté de donateurs, les organisations régionales et le Gouvernement de la Serbie, en vue de prendre des mesures concrètes de développement économique et durable de la région.  Il a d’ailleurs salué les projets qui favorisent le retour des familles serbes du Kosovo et la reconstruction de leurs logements.  Avant de conclure, M. Heller a émis l’espoir que la nouvelle configuration de la MINUK renforcera sa composante droits de l’homme.


M. PATRICK S.MUGOYA (Ouganda) a déclaré que la MINUK reconfigurée serait mieux équipée pour aider au règlement des différends interethniques au Kosovo, certains accords ayant déjà pu être trouvés sous son égide entre les communautés albanaise et serbe.  La coopération entre la MINUK et l’EULEX est l’une des clefs de la stabilisation au Kosovo et dans la région des Balkans occidentaux dans leur ensemble, a-t-il ajouté.  Le représentant a ensuite estimé que, pour permettre une pleine participation du Kosovo à l’ALEEC, il est vital que les questions douanières trouvent rapidement une issue, cela en s’appuyant sur les compétences de l’EULEX en la matière.  Avant de conclure, le représentant a demandé aux parties de faire preuve de retenue dans l’intérêt du développement et de la paix durables au Kosovo, et a appelé la communauté internationale à continuer de soutenir sans relâche la MINUK dans les domaines du maintien de la paix et de la sécurité. 


M. JORGE URBINA (Costa Rica) a prié les autorités de Pristina de continuer à collaborer avec les Nations Unies.  Il a estimé que les efforts de la MINUK et le déploiement de l’EULEX contribuent au renforcement de l’état de droit au Kosovo.  Il a aussi appuyé la coopération entre l’ONU et les autres instances régionales, comme l’Union européenne.  Il a salué la reconfiguration de la MINUK et le renforcement du mandat de l’EULEX.  Mais, a-t-il prévenu, il faut prévoir les garde-fous et des garanties pour que le processus aboutisse à une paix durable et à la stabilité politique dans la région.  La présence internationale civile doit superviser le transfert d’autorité au Kosovo, dont il a salué les efforts sur les plans économique, politique et judiciaire.  « J’espère, a dit le représentant, que le Kosovo sera pleinement intégré dans l’Europe grâce à une coexistence pacifique avec ses voisins. »  Appelant à la fin des incidents entre les communautés, il a souligné, en la matière, le rôle de l’OSCE.  Avant de conclure, il a estimé que le Kosovo doit renforcer ses institutions, démontrer son intégrité dans la protection des droits des minorités, établir un équilibre avec ses voisins et s’assurer du soutien de l’Europe pour garantir sa stabilité en tant qu’État indépendant et souverain.  Le représentant a prié l’Union européenne et les autres organisations internationales de continuer à appuyer le développement social et économique du Kosovo. 


M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a estimé que les autorités du Kosovo ont tenu leurs engagements, en votant notamment plusieurs lois essentielles au renforcement de l’état de droit et à la participation des minorités.  L’engagement fort du Gouvernement en faveur de la décentralisation, en particulier, a dit le représentant, constitue une décision essentielle pour la consolidation progressive d’un Kosovo multiethnique.  La protection des minorités constitue une priorité pour l’Union européenne, a souligné le représentant.  Malgré certaines violences, il a salué le fait que la situation sécuritaire a été « remarquablement stable ».  Sur le plan extérieur, a-t-il rappelé, 60 États reconnaissent désormais le Kosovo.  Il s’est réjoui de l’adhésion du Kosovo au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.  Le déploiement de l’EULEX, a aussi rappelé le représentant, s’est achevé le 6 avril dernier.  Elle assume désormais l’ensemble des tâches opérationnelles en matière d’état de droit.  Cette reconfiguration, a-t-il rassuré, n’est en rien synonyme d’une réduction de la présence internationale au Kosovo.  Elle est au contraire un acte fort d’engagement à un niveau constant de la communauté internationale.  Le représentant a insisté sur l’importance que son pays attache à une bonne coopération des autorités kosovares avec les Nations Unies, dans le cadre de la résolution 1244. 


En écoutant les deux parties, le représentant s’est dit satisfait de voir que, malgré leurs divergences, elles partagent le souci de préserver les conditions d’un avenir commun au sein de l’Europe.  « Nous encourageons Belgrade et Pristina à renouer le plus tôt possible un dialogue direct ».  À la première, il a rappelé qu’en apportant son soutien aux initiatives de l’Union européenne pour contribuer à la paix et à la stabilité de la région, elle participera à la création des conditions d’un avenir commun pour les Balkans occidentaux.  À la seconde, le représentant a rappelé que c’est en avançant concrètement sur la voie d’un État de droit respectueux des minorités, et en s’efforçant de nouer des liens d’amitié avec les voisins du Kosovo que le pays progressera sur la voie du rapprochement avec l’Union européenne. 


M. BAKI İLKIN (Turquie) a rappelé que la Turquie était l’un des tout premiers des 60 pays à avoir reconnu le Kosovo.  Ce chiffre, du reste, confère selon lui une légitimité claire à la déclaration d’indépendance du Kosovo.  Il s’est félicité de voir que la situation générale au Kosovo était stable et que ses autorités prenaient les mesures nécessaires pour consolider les institutions et le système étatiques.  Dans le même esprit, il a exprimé le soutien de sa délégation aux efforts du Secrétaire général et de son Représentant spécial en vue de reconfigurer la MINUK.  La MINUK a un rôle important à jouer au Kosovo, en particulier en aidant à résoudre un certain nombre de problèmes pratiques mais graves, a-t-il estimé.  M. İlkin a indiqué que la Turquie attachait une grande importance à la sécurité et à la stabilité dans les Balkans, et considérait l’indépendance du Kosovo dans le contexte d’une paix, d’une stabilité et d’une prospérité durables dans l’ensemble de la région.  De même, a-t-il ajouté, une Serbie démocratique et prospère en paix avec tous les pays voisins est essentielle à la coopération et à la stabilité régionales.


Reprenant la parole, M. Hyseni a réagi à la déclaration du Ministre serbe des affaires étrangères, en insistant sur le fait que l’indépendance du Kosovo a été déclarée par des représentants élus du peuple du Kosovo, y compris des non-albanais, à l’exception des représentants serbes.  S’agissant des rapatriés, il a souligné que le Gouvernement du Kosovo est attaché à cette question, « chaque réfugié devant pouvoir être en mesure de rentrer chez lui et de vivre dans des conditions décentes ».  M. Hyseni a ensuite contesté les chiffres brandis par le Ministre serbe, avançant notamment que selon les derniers recensements le plus grand nombre de Serbes ayant jamais vécu au Kosovo était de 195 000; actuellement 135 000 Serbes vivent au Kosovo, a-t-il dit.  Le Gouvernement de Belgrade ne les aide nullement à rentrer dans leur pays d’origine, a encore ajouté l’intervenant. 


En fait, Belgrade encourage les réfugiés du Kosovo à ne pas rentrer chez eux, ce qui est une sorte d’alibi pour pouvoir ensuite déclarer dans des enceintes comme celle-ci que les Kosovars ne font pas les choses convenablement.  « Nous ne craignons pas ces retours, a renchéri M. Hyseni, qui a assuré que son gouvernement veillerait toujours à réunir toutes les conditions d’un retour décent des personnes déplacées.  Il n’y a pas et il n’y aura pas de retours forcés, a-t-il lancé, ajoutant que les reconstructions de maisons ou d’établissements étaient le fait d’un État indépendant, « le notre », qui n’a pas d’instructions à recevoir de qui que ce soit.  « Nous restons prêts à collaborer avec Belgrade à l’amélioration des conditions d’existence des Serbes du Kosovo », a-t-il déclaré, avant d’insister sur l’unité politique, judiciaire et juridique du Kosovo.  Pour M. Hyseni, le Ministre serbe des affaires étrangères ne devrait pas avoir peur de la police du Kosovo, mais bien du nombre de partisans de Milosevic qu’on trouve encore au sein des structures des Forces serbes de sécurité. 


En réponse à ses propos, le Ministre serbe des affaires étrangères a insisté sur le fait que le chiffre de 206 000 personnes déplacées est communiqué par le HCR, et a jugé étonnant que quelqu’un puisse douter d’une telle source.  « Nous voulons trouver des solutions pour travailler ensemble, a-t-il dit, en précisant que ce n’est pas la Serbie qui a peur des Forces de sécurité du Kosovo, mais bien la communauté serbe du Kosovo.  Il faut faire davantage pour rétablir la confiance chez ces gens qui vivent comme cela depuis 1999.  Le fait qu’ils ne collaborent pas avec les autorités de Pristina tient peut-être, a suggéré le représentant, à la manière dont ils ont été traités.  Le Ministre a mis l’accent sur l’importance de la lutte contre la criminalité organisée, en renouvelant l’intention de son pays de travailler de façon constructive pour trouver des solutions aux problèmes concrets.  Il a conclu en souhaitant un avenir meilleur à toute la région des Balkans.


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