28/05/2009
Conseil de sécurité
CS/9666

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Conseil de sécurité

6131e séance – après-midi


DE RETOUR D’AFRIQUE, LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DRESSE UN BILAN CONTRASTÉ

DES CONDITIONS DE PAIX ET DE SÉCURITÉ SUR LE CONTINENT


Le Conseil de sécurité a entendu cet après-midi quatre exposés sur la mission que sa délégation a effectuée en Afrique, du 14 au 21 mai dernier, en se rendant à Addis-Abeba, en Éthiopie, au Rwanda, en République démocratique du Congo (RDC) et au Libéria.


Président du segment de la mission à Addis-Abeba, où les membres du Conseil de sécurité se sont rendus dans le cadre de sa coopération avec l’Union africaine, le Représentant permanent de l’Ouganda, M. Ruhakana Rugunda a expliqué que les discussions y avaient principalement porté sur les situations au Soudan et en Somalie.  Une opération hybride Union africaine-Nations Unies est actuellement déployée au Darfour, tandis qu’une mission de l’Union africaine est déployée en Somalie (AMISOM), et est en manque de moyens.  Aussi le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union africaine, avaient-elles des questions d’intérêt commun à débattre.


Le représentant du Royaume-Uni, M. John Sawers, qui au cours du périple du Conseil en Afrique a présidé le segment de la mission au Rwanda, a salué les efforts conjoints déployés par ce pays et par la République démocratique du Congo (RDC) dans leur lutte contre l’Armée de résistance du Seigneur et les groupes rebelles opérant dans l’est de la RDC.  La délégation du Conseil de sécurité a en outre rencontré d’anciens combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui lui ont donné le sentiment d’être soulagés par leur retour au Rwanda, a indiqué M. Sawers, qui a estimé que c’est là un signe patent de l’importance des programmes de démobilisation, de désarmement et de réintégration (DDR).


Le représentant de la France, qui a présidé la mission du Conseil de sécurité lors de son séjour en République démocratique du Congo, a estimé que la situation dans la région des Grands Lacs s’est sensiblement améliorée, grâce notamment au rapprochement rwando-congolais.  M. Jean-Maurice Ripert a cependant exprimé sa « consternation » devant la persistance des violences sexuelles en RDC, en dépit des initiatives prises par les autorités congolaises pour y mettre fin.  « Il faut que les groupes armés irréguliers et les Forces armées de la RDC (FARDC) arrêtent de commettre des viols », a lancé le représentant français, « et il faut que les coupables de violences et de recrutements d’enfants soient arrêtés. »  « Nous avons fait passer aux autorités congolaises ce message: les officiers hauts placés coupables de ces crimes devaient être emprisonnés et une liste de cinq noms leur a d’ailleurs été remise », a indiqué M. Ripert.


Plaidant aussi pour la mise en place d’un mécanisme qui pourrait empêcher que les responsables de violations graves des droits de l’homme ne restent dans l’armée, le représentant de la France a affirmé que la communauté internationale devait coordonner ses efforts pour aider les autorités congolaises à lancer une opération de formation de l’armée, ainsi que de réforme en profondeur de la police et du secteur de la sécurité.  S’agissant de la Mission des  Nations Unies au Congo (MONUC), M. Ripert a estimé que sa présence demeure indispensable à ce stade.  Il est certain que la mission de la MONUC est très délicate, a-t-il néanmoins reconnu.  Car ses tâches de protection des civils et de soutien aux FARDC dans la lutte contre les groupes armés peuvent parfois s’avérer contradictoires, a reconnu le représentant.  Un plan de travail stratégique a été élaboré qui dresse les perspectives et donne les conditions d’un retrait à moyen terme de la MONUC, comme l’a explicitement demandé le Président Kabila, a précisé M. Ripert.  Une fois les élections locales passées, et si la situation continue de se stabiliser, une réduction de la MONUC pourra commencer à être envisagée, a conclu le représentant de la France.


À la tête de la mission du Conseil de sécurité lorsqu’elle s’est rendue au Libéria, la représentante des États-Unis, Mme Susan Rice, a déclaré que la situation dans ce pays, où une mission des Nations Unies était déployée (MINUL), restait « calme, mais imprévisible ».  Susan Rice a estimé que diverses échéances, y compris la perspective d’élections en 2011, risquent cependant d’exacerber les violences.  Par ailleurs, la « Commission nationale vérité et réconciliation » a identifié quelque 100 000 auteurs présumés de crimes commis durant le conflit et entend publier ses conclusions malgré les risques, a ajouté Mme Rice, précisant que la Commission s’est également prononcée contre un allègement des sanctions imposées par le Conseil de sécurité, afin de mieux combattre l’impunité.


À l’issue de ces exposés, le représentant du Costa Rica et son homologue de la Fédération de Russie, qui préside le Conseil de sécurité ce mois-ci, ont exprimé leurs points de vue sur des questions relatives aux méthodes de travail du Conseil dans le cadre de la préparation et de la conduite de ses missions sur le terrain, et notamment celle que vient de mener le Conseil en Afrique.



MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ


Exposé de la mission du Conseil de sécurité en Afrique (14-21 mai 2009)


M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) a expliqué que la mission du Conseil de sécurité à Addis-Abeba, en Éthiopie, qu’il présidait, avait été effectuée dans le cadre de la coopération entre le Conseil et l’Union africaine.  Cette mission a permis de passer notamment en revue les situations au Soudan et en Somalie, a-t-il précisé.  La mission a noté que l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour était une expression concrète de l’engagement des deux organisations à œuvrer ensemble à la paix et à la sécurité dans cette région soudanaise, a dit M. Rugunda.  Notant cependant que le Soudan entrait dans une phase critique, avec la perspective d’élections en 2010 et d’un référendum en 2011, M. Rugunda a déclaré que le Conseil et l’Union africaine encourageaient les parties soudanaises à appliquer l’Accord de paix global.  La réunion entre les deux organisations a aussi été l’occasion de féliciter l’AMISOM pour sa contribution en Somalie, a indiqué M. Rugunda tout en notant que cette mission de l’Union africaine avait besoin de moyens supplémentaires pour mener à bien son mandat.  Les membres de la mission du Conseil ont également rencontré le Président de l’Union africaine et le Président de son Conseil de paix et de sécurité, ainsi que le Premier Ministre de l’Éthiopie, avec lesquels ils ont discuté des questions de paix et de sécurité dans la région, a ajouté le représentant ougandais.  Les réunions entre ces deux organisations sont d’une manière générale très utiles pour faire progresser les questions d’intérêt commun pour l’Union africaine et le Conseil de sécurité, qu’il s’agisse de la protection des droits de l’homme, ou de l’instauration et de la préservation de l’état de droit en Afrique.


M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni), qui présidait la mission du Conseil de sécurité en Afrique lors du segment de son périple consacré au Rwanda, a tout d’abord précisé que les échanges avec l’Union africaine sur la situation au Soudan et en Somalie ont montré la profondeur et la substance de la relation entre le Conseil de sécurité et l’Union africaine.  Nous travaillons ensemble pour régler la situation au Darfour, a-t-il rappelé, reconnaissant que la première mission hybride Nations Unies- Union africaine « rencontre quelques difficultés », et qu’il en est de même en Somalie où l’ONU appuie l’AMISOM.  Il a cependant jugé important ce type de contact entre les deux institutions.


Concernant la région des Grands Lacs, M. Sawers a rappelé que c’était la dixième fois que le Conseil de sécurité s’y rendait, ce qui témoigne de son intérêt pour la région.  Rappelant que, lors de la précédente mission du Conseil dans cette région, en 2008, la situation y était calme, mais que des troubles graves y avaient ensuite éclaté à la fin de l’été dans l’est de la RDC.  M. Sawers a salué les efforts conjoints de la RDC et du Rwanda pour lutter contre l’Armée de résistance du Seigneur.  La mission a en outre rencontré d’anciens combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), a ajouté M. Sawers, qui a déclaré avoir eu le sentiment qu’ils étaient soulagés d’être rentrés au Rwanda.  Il a dit que la mission avait vu là un signe de l’importance des programmes de démobilisation, de désarmement et de réintégration.  Le représentant s’est dit étonné des progrès enregistrés ces derniers mois dans l’est de la RDC.  Il a rapporté les propos du Président Kabila de la RDC, y compris ses interrogations sur la capacité de la MONUC à travailler avec les forces de la RDC comme l’ont fait dernièrement les forces rwandaises.


M. JEAN-MAURICE RIPERT (France), qui présidait la mission du Conseil de sécurité en République démocratique du Congo (RDC), a fait un bilan de l’évolution de la situation sur le terrain.  Tout d’abord, la situation dans cette région s’est sensiblement améliorée grâce notamment au rapprochement rwando-congolais, a noté le représentant.  La Communauté économique des pays des Grands Lacs devrait être maintenant réactivée, a-t-il dit, ce qui permettrait le lancement de projets économiques régionaux, chose que le Conseil a encouragé.  En outre, le Président Obasanjo poursuivra sa mission de bons offices entre les capitales de la région, a indiqué M. Ripert.


Les violences sexuelles restent un phénomène trop répandu, a regretté M. Ripert, qui a dit qu’il l’a constaté en personne « avec consternation » à l’hôpital Heal Africa.  Le Gouvernement congolais a déjà pris un certain nombre d’initiatives (loi sur les violences sexuelles, agences de lutte contre toutes les formes de violence, fonds de promotion de la femme et de protection de l’enfant), a-t-il reconnu, avant de réitérer que la lutte contre l’impunité devait être une priorité.  « Il faut que les groupes armés et les FARDC arrêtent de violer », a-t-il souligné.  « Il faut que les coupables de violences et de recrutements d’enfants soient arrêtés.  Nous avons fait passer à toutes les autorités congolaises ce message: les officiers hauts placés coupables de ces crimes devaient être emprisonnés, et une liste de cinq noms a d’ailleurs été remise aux autorités.  « Une nouvelle loi sur la police devrait d’autre part être adoptée », a rappelé M. Ripert.  Par ailleurs, la réforme du secteur de la sécurité est aujourd’hui un enjeu central en RDC, comme dans beaucoup de pays en situation de postconflit.  Pour parvenir à la paix, différents groupes armés ont été progressivement agrégés aux FARDC.  Or ces forces sont difficilement contrôlables, a expliqué M. Ripert.  Il faut que les salaires des soldats congolais soient versés et qu’un mécanisme empêchant les responsables de violations graves des droits de l’homme de rester dans l’armée soit mis en place.  De plus, la communauté internationale doit coordonner ses efforts pour aider les autorités congolaises à lancer une opération de formation de l’armée, mais aussi de réforme de la police et de la sécurité.  Dans un souci d’ancrer la démocratie congolaise, le Conseil a rappelé que des élections locales devaient se tenir, probablement d’ici l’an prochain.


S’agissant de la MONUC, le représentant français a affirmé que sa présence demeure indispensable.  Il s’est félicité des efforts déployés par la MONUC pour faire appliquer la résolution 1856, notamment en ce qui concerne la protection des civils.  « Nous avons pu rencontrer une équipe de protection conjointe, et l’officier en charge de la section locale de la MONUC nous a présenté des mécanismes de réaction rapide », a précisé M. Ripert.  Mais il est certain que la mission de la MONUC est très délicate, car ses tâches de protection des civils et de soutien aux FARDC dans la lutte contre les groupes armés peuvent parfois s’avérer contradictoires.  Un plan de travail stratégique a été élaboré qui dresse les perspectives et donne les conditions d’un retrait à moyen terme de la MONUC, comme l’a explicitement demandé le Président Kabila, a rappelé M. Ripert.  Une fois les élections locales passées, et si la situation continue de se stabiliser, une réduction de la MONUC pourra commencer à être envisagée, a conclu le représentant de la France.


Mme SUSAN RICE (États-Unis), qui présidait la mission du Conseil de sécurité lors de la partie de sa mission en Afrique consacrée au Libéria, a rappelé le soutien du Conseil de sécurité au Gouvernement et au peuple du Libéria.  Elle a salué les efforts de la Mission des Nations Unies au Liberia (MINUL).  Elle a rappelé que la situation du pays reste calme, mais imprévisible.  La mission, a expliqué Mme Rice, a rencontré une force de police locale composée uniquement de femmes indiennes qui protège diverses installations et effectue des patrouilles, et dont la grande visibilité a incité davantage de Libériennes à entrer dans la police nationale.  Elle a fait état d’une visite dans une prison dont elle a décrit les conditions de vie, qu’elle a jugées de « difficiles » tout en notant que la prison était elle-même peu fiable. 


Mme Rice a estimé que diverses échéances, y compris la perspective d’élections en 2011, risque d’exacerber les violences dans le pays.  Par ailleurs, la « Commission nationale vérité et réconciliation » a identifié quelque 100 000 auteurs présumés de crimes commis durant le conflit et entend publier ses conclusions malgré les risques, a ajouté Mme Rice, en précisant que la Commission s’est également prononcée contre un allègement des sanctions imposées par le Conseil de sécurité, afin de mieux combattre l’impunité.  Elle a fait état de la rencontre de la mission avec la Présidente Ellen Johnson Sirleaf du Libéria, qui a mentionné les énormes défis auxquels le pays fait face.  La mission du Conseil de sécurité a demandé à cette occasion au Gouvernement du Libéria d’accélérer ses efforts pour assurer la sécurité de sa population, a déclaré Mme Rice, qui a toutefois estimé que la présence de la MINUL reste nécessaire, même si elle ne sera pas éternelle.


M. JORGE URBINA (Costa Rica) a pris la parole pour exprimer des doléances concernant certains aspects relatifs aux méthodes de travail du Conseil de sécurité lorsqu’il effectue une mission sur le terrain.  S’agissant de celle que le Conseil de sécurité a effectuée en Afrique, il a estimé que tout membre de cet organe devrait être traité sur un pied d’égalité avec les autres; or il semble que les choses diffèrent selon qu’on est membre permanent ou non permanent, a estimé le représentant.  M. Urbina a ensuite regretté que la possibilité d’amener avec lui un expert lui ait été refusée au prétexte que cela aurait empêché un représentant de la presse de couvrir cette visite.  Il a également exprimé des regrets concernant les négociations des termes de référence de la mission, dont certains auraient été fixés très peu de temps avant le départ de la mission.


Prenant la parole en tant que président du Conseil de sécurité, M. VITALY CHURKIN, de la Fédération de Russie, a déclaré que la thématique que venait d’aborder le représentant du Costa Rica devait être débattue lors de la préparation de la prochaine mission du Conseil.  Il a ajouté qu’il n’avait pas compris que l’on pourrait, à l’occasion du débat officiel du Conseil de sécurité sur sa mission en Afrique, débattre des procédures de préparation d’une mission du Conseil.  Il a regretté la tentative du représentant du Costa Rica, M. Urbina, de faire une distinction entre membres permanents et non permanents du Conseil de sécurité « alors que nous préparons tous ensemble, et en étroite collaboration » ce type de mission.


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