27/04/2009
Conseil de sécurité
CS/9644

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Conseil de sécurité

6112e séance – matin


LE CHEF DE LA MINUAD INSISTE DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ SUR LA NÉCESSITÉ DE STABILISER LA SITUATION HUMANITAIRE AU DARFOUR


Le Représentant spécial conjoint Union africaine-ONU pour le Darfour, M. Rodolphe Adada, a insisté, ce matin, devant le Conseil de sécurité sur la nécessité de stabiliser la situation humanitaire dans la province soudanaise, de répondre aux différentes menaces à la sécurité et de poursuivre le déploiement de l’Opération hybride Union africaine-ONU au Darfour (MINUAD) afin qu’elle atteigne sa pleine capacité.


Aujourd’hui, la MINUAD, dont il est également le Chef, « est partout présente au Darfour » et sa voix « s’étend et est écoutée », s’est félicité M. Adada, en présentant le dernier rapport du Secrétaire général sur le déploiement de la Mission. 


Néanmoins, a-t-il ajouté, il est impossible pour l’instant de proclamer son succès, car « la guerre continue au Darfour », et « des millions de personnes se trouvent encore dans les camps de personnes déplacées ou continuent d’être des réfugiées ».


Dans son rapport, le Secrétaire général observe que « nous sommes à un moment critique au Darfour ».  Il met notamment l’accent sur l’urgence de trouver une solution à l’aide du dialogue politique.  « Une solution politique négociée, solidement appuyée par une communauté internationale unie et par le Conseil de sécurité demeure la condition sine qua non pour mettre fin à la souffrance au Darfour », écrit M. Ban Ki-moon.


Au cours de son exposé, M. Adada a expliqué que le conflit au Darfour était « aujourd’hui un conflit de tous contre tous »: « les forces gouvernementales contre les mouvements armés, les mouvements entre eux, les forces gouvernementales contre les milices, les groupes tribaux les uns contre les autres ».  À cela, il convient d’ajouter un « banditisme endémique dû à un effondrement de l’ordre public et de l’état de droit ». 


Il est donc vital, a-t-il estimé, que le Conseil de sécurité envoie un « signal clair à toutes les parties » selon lequel « les actions militaires agressives sont inacceptables ».  Le Représentant a également qualifié de « préoccupant » l’état des relations entre le Tchad et le Soudan.  « En fait, a-t-il ajouté, le danger d’une détérioration sérieuse de la situation au Darfour ne peut pas être écarté. »


Le Chef de la MINUAD a estimé qu’il n’y avait pas de solution militaire au conflit du Darfour, lequel est, à ses yeux, un « conflit de nature politique ».  « Il est important que ce Conseil envoie un message fort à toutes les parties pour la reprise rapide des pourparlers inclusifs », a-t-il ainsi affirmé.


Malheureusement, a-t-il ajouté, « les progrès observés en février avec les premiers pourparlers de Doha ne se sont pas encore traduits en résultats concrets ».  M Adada a en effet constaté que le processus politique au Soudan avait « semblé se geler », en particulier depuis la décision de la Cour pénale internationale (CPI) d’émettre un mandat d’arrêt contre le Président Omar Al-Bashir.


« La question de la CPI a dominé la vie politique au Soudan, et l’a polarisée », a-t-il estimé, précisant qu’elle avait « affaibli ceux qui, au Soudan, travaillaient pour le compromis et le consensus ».  Il faut, a-t-il dit, « trouver des points de consensus et faire jouer un plus grand rôle aux éléments modérés, en particulier dans la société civile, pour désamorcer les tensions ».


Si, selon le Représentant spécial, « la perspective de conclusion d’un cessez-le-feu complet semble lointaine », un engagement des parties à une cessation des hostilités demeure cependant « envisageable à court terme ».


S’agissant de la crise humanitaire qui, a-t-il estimé, était « contenue » au début de cette année, la décision du Gouvernement soudanais d’expulser 13 organisations non gouvernementales (ONG) internationales et d’en suspendre trois nationales, le 4 mars 2009, « a totalement changé cette donne ». 


« Cette action, dirigée contre des organisations indispensables, a causé une interruption des services humanitaires essentiels aux populations affectées », a affirmé M. Adada.  Bien que ne disposant pas de mandat dans les affaires humanitaires, la MINUAD est « préoccupée par le risque d’une catastrophe humanitaire », a-t-il déclaré.


Enfin, concernant le déploiement de la MINUAD, M. Adada a jugé que les efforts du Conseil avaient été déterminants pour surmonter les gigantesques défis posés.  À la fin 2008, les deux tiers du déploiement ont été réalisés, a-t-il dit, tandis que tous les pays contributeurs de troupes « ont été identifiés », ce qui signifie que d’ici à la fin de l’année, 92% des effectifs mandatés seront atteints.


M. Adada a salué le travail militaire et civil de la MINUAD, et la mémoire de « 14 collègues qui ont perdu la vie au service des populations au Darfour ».  Son rôle, a-t-il dit, « est de mieux en mieux reconnu par le peuple du Darfour ». 


De l’avis du Représentant spécial, le succès de l’Opération « repose entre les mains des dirigeants politiques du Soudan ».  « C’est leur décision qui fera que le peuple du Darfour vivra en paix ou devra continuer à endurer les affres de la guerre », a-t-il ajouté, invitant la communauté internationale, représentée par le Conseil de sécurité, à « le leur faire comprendre ».


RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE DÉPLOIEMENT DE L’OPÉRATION HYBRIDE UNION AFRICAINE-NATIONS UNIES AU DARFOUR ( S/2009/201)


Dans ce rapport, le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, constate que la situation au cours des deux derniers mois, a été dominée par la décision de la Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale (CPI), du 4 mars 2009, d’émettre un mandat d’arrêt à l’encontre du Président soudanais, Omar Hassan Ahmad Al-Bashir.


Le Secrétaire général exhorte ainsi le Gouvernement soudanais à coopérer pleinement avec toutes les entités des Nations Unies et d’assurer la sécurité de la population civile et des personnels et biens de l’ONU.  Il qualifie « d’extrêmement préjudiciable » la décision du Gouvernement d’expulser ou de dissoudre 16 ONG qui œuvraient pour l’aide humanitaire et les droits de l’homme, et avertit que l’élimination d’une partie aussi importante des capacités humanitaires met en danger la vie de plus d’un million de personnes.  M. Ban demande instamment au Gouvernement soudanais de rétablir un climat de confiance mutuelle entre lui et la communauté humanitaire et se dit « extrêmement inquiet » de l’impact que cette mesure d’expulsion risque d’avoir sur le travail de la MINUAD.


Le Secrétaire général indique également que les conditions générales de sécurité au Darfour continuent d’être une préoccupation fondamentale.  Il s’inquiète notamment des affrontements armés qui se poursuivent entre le Gouvernement et les mouvements, des combats entre groupes tribaux qui ont chroniquement lieu dans tout le Darfour, ainsi que des forces massées le long de la frontière soudano-tchadienne.  Il déclare également que la sécurité des membres du personnel de l’ONU et de personnel associé est devenue critique, évoquant notamment les détournements de véhicules et d’incursions dans les enceintes de la Mission qui sont « de plus en plus audacieux ».


Le Secrétaire général explique de même qu’en raison de l’insécurité, la MINUAD a été incapable de se rendre sur place pour évaluer l’impact des bombardements sur la population civile, mais qu’elle n’en a pas moins obtenu des résultats sur le terrain.  « Les récents événements en matière de sécurité mettent une nouvelle fois en lumière les difficultés fondamentales auxquelles la MINUAD continue d’être confrontée dans un contexte où les parties n’affichent aucune intention de renoncer à la force », observe-t-il notamment, pour ensuite renouveler son appel auprès des États Membres qui sont en mesure de fournir des moyens critiques à la Mission de le faire sans plus attendre.


« Nous sommes à un moment critique au Darfour », indique le Secrétaire général.  Il insiste notamment sur l’urgence de trouver une solution à l’aide du dialogue politique et renouvelle son appel à toutes les parties pour qu’elles travaillent ensemble avec le Médiateur en chef conjoint.  « Une solution politique négociée, solidement appuyée par une communauté internationale unie et par le Conseil de sécurité demeure la condition sine qua non pour mettre fin à la souffrance au Darfour ».


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