19/03/2009
Conseil de sécurité
CS/9619

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil desécurité

6094séance – après-midi


LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR L’AFGHANISTAN DÉCLARE DEVANT LE CONSEIL QUE LA RECRUDESCENCE DE LA VIOLENCE,

SUR FOND D’INCERTITUDE POLITIQUE, CONSTITUE UN DÉFI MAJEUR POUR LE PAYS


« La recrudescence de la violence, à l’origine de nombreuses pertes civiles, constitue un défi majeur pour l’Afghanistan, au moment où ce pays est confronté à des incertitudes politiques, du fait de l’expiration du mandat du Président Hamid Karzai le 22 mai prochain, mais aussi des élections prévues le 20 août », a fait observer le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Kai Eide, en présentant, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, le rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales.


Comme le relève ce rapport, « il n’existe pas de plus haute responsabilité en Afghanistan actuellement que celle de trouver au problème constitutionnel une solution qui permette l’existence d’un gouvernement fonctionnel entre le 22 mai et le début du prochain mandat présidentiel ».


Le Représentant spécial s’est fait l’écho des préoccupations « légitimes » de l’opposition afghane, le scrutin du 20 août, initialement prévu en avril, ayant été repoussé « pour des raisons logistiques, financières et de sécurité », par la Commission électorale indépendante, la première à superviser une élection en Afghanistan.


Le fait que l’inscription des électeurs ait pu se faire sans incident majeur, y compris dans les zones les plus instables du pays, est cependant un élément positif, s’est félicité M. Eide.  « Les Taliban ne sont pas une composante organique de la société, a assuré le représentant afghan, mais un produit de la violence, des madrasas transfrontières et d’un endoctrinement étranger.  Aujourd’hui seulement 4% des Afghans souhaitent le retour des Taliban au pouvoir. »


Mais, comme l’a fait remarquer le représentant de la France, l’organisation des élections, aussi importante soit-elle pour l’avenir du pays, ne doit pas occulter les autres problèmes de l’Afghanistan.  Certes, il faut se féliciter des prévisions établies pour 2009, qui devraient confirmer la tendance à la baisse de la production du pavot et l’augmentation du nombre de provinces où il n’est plus cultivé, a dit M. Eide.


En revanche, la situation en matière de sécurité s’est gravement détériorée ces derniers mois, le nombre d’incidents ayant été, en décembre 2008, supérieur de 42% à celui de décembre 2007, et le nombre d’incidents en janvier 2009, de 75% supérieur à celui de janvier 2008, a-t-il déploré, même si la capitale, Kaboul, n’est pas concernée.


« Cette hausse est principalement imputable à un hiver clément et à un Ramadan précoce », a expliqué le Représentant spécial.  Dans ce contexte, a-t-il noté, il y a lieu de s’inquiéter de l’impact que pourrait avoir l’intensification des combats, inévitable pendant l’été, sur la tenue des élections.


Si les membres du Conseil ont unanimement condamné les attaques perpétrées par les insurgés, qui prennent parfois délibérément pour cible des civils, les représentants du Royaume-Uni et des États-Unis, deux des pays qui composent la Force internationale d’assistance en Afghanistan, ont affirmé que des mesures énergiques étaient prises pour éviter de faire des victimes parmi les populations afghanes et respecter les sensibilités culturelles locales.


À l’heure où le nombre de soldats a encore augmenté en Afghanistan, il apparaît de plus en plus clair, ont reconnu les membres du Conseil, que le recours à la force sera insuffisant, mais qu’il devrait être redoublé d’un processus de réconciliation nationale, d’un renforcement des capacités institutionnelles du pays et d’une meilleure coordination de l’aide des donateurs.


À cet égard, le représentant de la France a plaidé en faveur d’une véritable « cartographie » de tous les donateurs, estimant que la transparence de l’aide constituait la question la plus urgente en matière de coordination.  M. Eide a annoncé la création d’une base de données par les Ministères afghans de l’économie et des finances, avec l’assistance de la Banque mondiale, ainsi que d’un nouveau mécanisme « d’examen par les pairs » visant à éviter les doubles emplois.


Beaucoup d’espoirs ont été placés par les intervenants dans la coopération régionale.  Le représentant du Pakistan a expliqué que le relèvement de l’Afghanistan était d’une importance capitale pour sa propre stabilité, puisque son pays est confronté à la double menace que posent, d’une part, les terroristes réfugiés en Afghanistan et, d’autre part, les trois millions d’Afghans réfugiés sur le sol pakistanais.


Dans ce contexte, outre le déploiement de 120 000 soldats à la frontière, le Pakistan œuvre au renforcement du partenariat entre les deux pays.  Le Gouvernement pakistanais a ainsi signé une Déclaration conjointe en janvier 2009, à l’occasion de la visite du Président Zardari en Afghanistan.  Le représentant du Pakistan a ensuite rappelé que son pays avait déjà versé 170 millions de dollars au titre de la reconstruction et du développement de l’Afghanistan, sur les 320 millions de dollars promis


Reprenant la parole à l’issue du débat, M. Eide a souhaité que la conférence qui sera organisée le mois prochain à Moscou donne un élan nouveau en faveur de l’Afghanistan.


LA SITUATION EN AFGHANISTAN


Dans son rapport (S/2009/135), le Secrétaire général prévoit que le Gouvernement, les forces de sécurité et la population, ainsi que les partenaires de développement de l’Afghanistan, seront soumis à rude épreuve en 2009.  En effet, rappelle-t-il, la situation en matière de sécurité a continué de se dégrader.  L’action menée par le Gouvernement et l’aide internationale n’ont pas permis de répondre aux attentes de la population, confrontée à la sécheresse et à la hausse mondiale des prix des denrées alimentaires.  L’état de droit reste insuffisamment institutionnalisé, poursuit M. Ban Ki-moon, tandis que le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme et l’obligation de rendre compte des exactions du passé continuent d’être traités comme des questions secondaires.  Dans son Rapport mondial sur la corruption 2008, l’ONG Transparency International estime que l’Administration afghane est une des plus corrompues au monde.


Pour le Secrétaire général, l’enjeu des six prochains mois pour l’Afghanistan, c’est la relégitimation de l’autorité du Gouvernement à travers l’organisation d’élections crédibles, mais aussi le maintien de l’ordre constitutionnel issu du processus de Bonn.  M. Ban réitère sa conviction que le mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) comporte tous les éléments formels nécessaires pour que la Mission puisse jouer un rôle central de coordination dans le pays.  Le budget de 2009 qu’a adopté l’Assemblée générale renforce la capacité de la Mission de s’acquitter de son mandat, se félicite-t-il.  Le Secrétaire général recommande par conséquent que le présent mandat, qui a été reconduit par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1806 (2008) jusqu’au 23 mars 2009, soit prorogé d’une nouvelle période de 12 mois, afin notamment d’appuyer un processus électoral juste, transparent et crédible au cours des mois à venir.


Le Secrétaire général réaffirme en outre sa confiance dans la stratégie générale élaborée par les Afghans et leurs partenaires internationaux lors de la Conférence de Paris en juin 2008.  Cette stratégie consiste à établir des priorités, lesquelles sont les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et de l’infrastructure.  L’accent mis sur le renforcement des capacités et l’utilisation du budget afghan en tant que mécanisme de programmation permettront à l’Afghanistan d’avoir la maîtrise du processus, relève le Secrétaire général.  Cette stratégie rentre également dans le cadre de la nouvelle approche intégrée proposée par le Représentant spécial du Secrétaire général, qui se fonde sur la réalité selon laquelle la gouvernance, l’absorption de l’aide et l’accès varient selon les régions et requièrent par conséquent différentes approches de la part des différents acteurs.


Le Secrétaire général estime qu’il faut s’attendre à ce que les élections à venir soient très serrées.  Il s’agit en soi d’un progrès, même si l’ordre constitutionnel de l’Afghanistan s’en trouve mis à l’épreuve.  Le débat sur les incidences constitutionnelles de la date des élections, qui suscite des arguments de taille de la part de l’ensemble des parties, est le signe le plus évident de cette mise à l’épreuve, note le Secrétaire général. Chaque ordre constitutionnel est un jour ou l’autre confronté à ce type de dilemmes et c’est en les résolvant que les constitutions sont renforcées, estime-t-il.  Il n’existe pas de plus haute responsabilité en Afghanistan actuellement que celle qui incombe aux trois pouvoirs gouvernementaux de trouver au problème constitutionnel une solution qui permette l’existence d’un gouvernement fonctionnel entre le 22 mai et le début du prochain mandat présidentiel.


Les préparatifs des élections du 20 août 2009 auront probablement pour toile de fond une intensification des combats, prévient le Secrétaire général.  Pour la première fois, c’est à la Commission électorale indépendante qu’il incombe au premier chef d’organiser les élections avec l’aide financière et technique de la communauté internationale.  Le fait que l’inscription des électeurs ait pu se faire sans incident majeur, même dans les zones les plus instables du pays, est un élément positif sur lequel il convient de faire fond.  Ces élections doivent avoir lieu, dans les délais impartis, dans un environnement aussi sûr que possible, où la liberté d’expression, la liberté des médias et la liberté de réunion, inhérentes à toute démocratie, sont garanties autant que faire se peut, assure M. Ban Ki-moon.


Bien qu’il existe de nombreuses raisons de croire que la sécurité en Afghanistan se détériorera en 2009, il en existe également de faire preuve d’optimisme à moyen terme, reconnaît cependant le rapport.  Le déploiement judicieux de contingents internationaux supplémentaires pourrait permettre d’augmenter le nombre de formateurs des forces de sécurité afghanes, d’aider à sécuriser le processus électoral et de renforcer le pouvoir du Gouvernement afin qu’il puisse engager en toute confiance un dialogue visant à amener ses opposants à la réconciliation politique et à la cessation de la violence.  Le Secrétaire général a pris note avec satisfaction de l’accord conclu entre le Ministre afghan de la défense et le commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité, dont l’objectif est de réduire au minimum le nombre de victimes civiles, même s’il est clair que la plupart d’entre elles sont le fait des insurgés dont les attaques témoignent de leur mépris croissant pour la vie des civils.


Saluant aussi les progrès réalisés au cours des six derniers mois, le Secrétaire général a en particulier cité la réforme vigoureuse engagée par le nouveau Ministre afghan de l’intérieur dans son ministère et dans les rangs de la police, qui collaborent désormais davantage pour détecter des réseaux terroristes avant qu’ils ne mettent leurs plans à exécution.  En outre, selon les prévisions établies pour 2009, la production du pavot pourrait continuer de baisser de 20 à 30 % et le nombre de provinces où il n’est plus cultivé pourrait augmenter, se félicite le Secrétaire général.  Dans de nombreuses provinces, les mesures prises par les gouverneurs ont été déterminantes pour l’obtention de ces résultats.  L’Initiative en faveur des provinces méritantes, mise en place pour offrir aux gouverneurs des incitations à réduire la culture du pavot dans leur province, est l’un des meilleurs moyens de réduire la production du pavot, juge le Secrétaire général.  Malheureusement, elle n’est financée que par quelques donateurs et il faudrait mobiliser bien davantage de fonds.  Si les prévisions sont avérées, 2009 sera la deuxième année consécutive au cours de laquelle la production de pavot aura globalement baissé, après cinq ans d’augmentation constante, conclut M. Ban.


Déclarations


M. KAI EIDE, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, a affirmé que le Gouvernement afghan était plus compétent que jamais auparavant et que le niveau de gouvernance provinciale s’était amélioré.  Par ailleurs, la coopération entre les éléments clefs du Gouvernement s’est également améliorée, ce qui se vérifie en particulier dans le domaine de la sécurité et de la lutte antiterroriste, mais aussi dans l’élaboration de politiques économiques plus cohérentes.  Une réforme est en cours pour renforcer et assainir les forces de police, a indiqué M. Eide, précisant qu’elle devrait se traduire par un impact sur la lutte contre les insurgés.  Il a également fait valoir la stratégie agricole nationale, qui sera lancée en avril avant de saluer l’établissement d’une nouvelle équipe au sein du Ministère du commerce, chargée notamment d’œuvrer au relèvement du secteur privé.  Selon les prévisions établies pour 2009, la production du pavot pourrait continuer de baisser, et le nombre de provinces où il n’est plus cultivé augmenter, s’est réjoui M. Eide.


Pour réaliser ces objectifs, le soutien de la communauté internationale est plus que jamais nécessaire, a souligné M. Eide.  Il faut équiper et former les forces de police; ajuster et renforcer l’assistance agricole; et fournir un soutien aux gouverneurs déterminés à éradiquer leurs provinces du pavot à opium, ainsi qu’aux fermiers désireux de se lancer dans des cultures légales.  Une fois que ces questions auront été réglées, il sera possible de s’attaquer aux problèmes profonds qui se posent en Afghanistan, comme la lutte contre la corruption, la nécessité de couper les ressources financières des insurgés et l’amélioration de la sécurité alimentaire.


Le Représentant spécial a cependant relevé que la sécurité s’était gravement détériorée ces derniers mois, le nombre d’incidents ayant été, en décembre 2008, supérieur de 42% à celui de décembre 2007, et celui de janvier 2009, de 75% supérieur à celui de janvier 2008.  Toutefois, cette hausse ne concerne pas Kaboul, grâce notamment aux performances des forces de sécurité afghanes.  M. Eide a ensuite confirmé que la date du 20 août avait été arrêtée pour la prochaine élection présidentielle, mais, a-t-il dit, des doutes demeurent sur ce qui va se passer pendant la période de transition qui va débuter entre la fin du mandat présidentiel de Hamid Karzai, le 22 mai, et l’élection du prochain Président afghan.  Il s’agit du plus gros défi politique qui se pose actuellement à l’Afghanistan, a-t-il fait observer.  Le Représentant spécial a rappelé que les mois d’été étaient traditionnellement ceux où les combats étaient les plus nourris, en raison de conditions climatiques favorables, et qu’il n’était pas possible de permettre que cette période coïncide avec une instabilité politique et constitutionnelle.  En outre, a-t-il poursuivi, l’opposition a des griefs légitimes concernant la transparence et l’équité du processus électoral, et le Gouvernement doit maintenant tout mettre en œuvre pour les apaiser et la communauté internationale pour surveiller le processus.  L’Afghanistan ne peut s’offrir le luxe de connaître une élection entachée d’irrégularités, sous peine de plonger le pays dans une nouvelle crise politique, a prévenu M. Eide.


En coopération avec la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), la MANUA a pris la direction des efforts pour répondre aux préoccupations liées aux pertes civiles et au comportement des militaires, qui ne respectent pas suffisamment les sensibilités culturelles afghanes.  Ainsi, le nombre de victimes civiles a augmenté de 40% l’an dernier, les insurgés représentant la majorité de ces pertes.  Le commandant de la force internationale, le général McKiernan, a, de son côté, pris des mesures vigoureuses pour éviter autant que possible les pertes civiles et ne pas heurter le sentiment des populations locales.


Le Représentant spécial a dit que la coordination inadéquate de la part des donateurs était une préoccupation majeure en Afghanistan.  Il est indispensable, a-t-il souligné, d’éviter de recourir à des contracteurs, souvent rémunérés de manière excessive et sous-qualifiés, et dont le but est de terminer les projets le plus vite possible.  M. Eide s’est ensuite élevé contre la tendance de certains donateurs à privilégier une approche s’appliquant à chaque province plutôt qu’une vision globale, s’appliquant à l’ensemble du pays.  Les ressources à l’appui du développement devraient transiter par des institutions civiles, de préférence afghanes, comme le Programme national de solidarité, a-t-il ajouté.  Le Représentant a estimé à environ entre 500 millions et un milliard de dollars le montant de l’aide qui n’a jamais été signalée au Gouvernement afghan, celui-ci s’avérant incapable de déterminer combien d’argent a été dépensé dans le pays.  Il a donc encouragé les donateurs à faire le meilleur usage possible de la base de données qui sera prochainement établie par les Ministères afghans de l’économie et des finances, avec l’assistance de la Banque mondiale, et du nouveau mécanisme « d’examen par les pairs » mis en place par les Nations Unies pour éviter les doubles emplois.


M. Eide a jugé, par ailleurs, que le renforcement des capacités nationales dépendrait de la formulation d’une vision nationale et de programmes nationaux, de ressources financières suffisantes, d’une pleine appropriation afghane et d’une formation et d’un encadrement adéquats.  Il a donné un exemple concret pour illustrer son propos: très bientôt, des millions de jeunes gens achèveront leur éducation secondaire mais, en l’absence des établissements adéquats, très peu d’entre eux auront la possibilité d’accéder au cycle supérieur, ce qui va priver l’Afghanistan d’une jeunesse qualifiée.  Certes, la promptitude des donateurs à dispenser une éducation primaire est encourageante, mais un pays donateur peut construire 200 écoles dans la province qu’il choisit, alors que la province voisine ne bénéficie pas de la même générosité.  Il ne faut pas oublier non plus, a ajouté le Représentant spécial, que la question de l’éducation supérieure reste lettre morte.  M. Eide a ensuite abordé la question des droits des femmes, l’Afghanistan étant le seul pays du monde où les femmes ont une espérance de vie inférieure aux hommes.  Puis, il s’est félicité de la collaboration accrue du Pakistan et de l’Afghanistan, en particulier dans les domaines économique et agricole.  Il a également estimé qu’au-delà du processus politique, un processus de réconciliation nationale est le seul moyen de réunifier le pays.


M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) a rappelé que le Représentant spécial avait, lors de sa précédente visite, fixé des objectifs à atteindre par la MANUA dans les six mois à venir.  Il a rendu hommage aux efforts de la MANUA dont il a reconnu la difficulté.  Il a noté dans le rapport du Secrétaire général de sérieux problèmes mais aussi des progrès pour lesquels il a rendu hommage tant au peuple afghan qu’à la communauté internationale.  Il a pris note de la décision de la Commission électorale afghane de reporter l’élection présidentielle au 20 août, en constatant que cette décision pourrait continuer de provoquer des réactions diverses.  « Nous devons veiller à ce que la stabilité règne dans le pays dans le contexte de ce scrutin », a ajouté M. Rugunda.  


Le représentant s’est dit préoccupé par l’insécurité qui continue de s’aggraver dans le pays, soulignant que la sécurité reste un élément clef de tout progrès dans le pays.  Il s’est félicité de l’approche intégrée mise en place par les autorités afghanes et la communauté internationale pour assurer une utilisation plus cohérente et efficace des ressources tant militaires que civiles.  Il a estimé qu’au niveau régional, le Gouvernement afghan doit, avec l’appui de la communauté internationale, trouver le moyen de faire participer toutes les parties de la région à un climat sécuritaire global et s’est félicité de l’accord conclu avec le Pakistan en janvier, dans lequel il a vu « un grand pas en avant ».


Le représentant a demandé au Gouvernement afghan de prendre des mesures efficaces pour lutter contre les problèmes qui suscitent la méfiance de la population face aux pouvoirs publics.  Il s’est félicité que la campagne de lutte contre la drogue ait produit des résultats positifs.  Mais, a-t-il ajouté, il faut trouver de nouvelles sources de revenus pour ceux que la pauvreté amène à contribuer au trafic de drogues.  M. Rugunda a jugé important que les ressources disponibles pour le pays soient utilisées de manière coordonnée.  Il a prié la communauté internationale d’acheminer une assistance coordonnée, si possible par le biais du budget national afghan.  Il a demandé au Gouvernement afghan de jouer son rôle en introduisant les mécanismes de responsabilisation nécessaire à la confiance de la communauté internationale.  Si nous voulons réussir en Afghanistan, il faut doter la MANUA des ressources nécessaires à la mise en œuvre de son mandat, a conclu le représentant, qui a appuyé la prorogation du mandat de la Mission. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) s’est déclaré préoccupé par le fait que les terroristes contrôlent une partie de l’Afghanistan, où ils installent des structures parallèles.  « Nous devons œuvrer conjointement pour renverser la situation négative en matière de sécurité », a-t-il ajouté.  La Fédération de Russie appuie ces efforts, comme en témoigne l’accord conclu avec l’OTAN qui autorise le transit par le territoire russe d’équipements non militaires destinés aux contingents étrangers en Afghanistan, a-t-il affirmé.  M. Churkin s’est également dit préoccupé par le nombre croissant de pertes civiles résultant des opérations de militaires étrangers contre les Taliban.  Le représentant a estimé que l’année sera décisive pour le pays du fait des élections présidentielles et provinciales, dont il a jugé l’importance « exceptionnelle » pour donner un caractère durable aux changements survenus dans le pays.  La présence de la MANUA représente une aide de poids au processus électoral, a ajouté M. Churkin.  Le représentant s’est dit convaincu que le dialogue politique doit se réaliser dans le plein respect du régime de sanctions contre les Taliban décidé par le Conseil de sécurité.  Toute tentative pour réinsérer des Taliban dans le pouvoir serait lourde de conséquences, a-t-il averti.


M. Churkin a demandé un renforcement des efforts dans la lutte contre la drogue, en rappelant que le trafic de stupéfiants est un élément important du financement du terrorisme.  Il a rappelé la récente signature d’un accord entre la Fédération de Russie et l’Afghanistan concernant la lutte contre le trafic de stupéfiants.  Il faut aussi tenir compte du rôle des organisations régionales qui luttent contre le terrorisme ou le trafic de drogues, a ajouté M. Churkin, qui a mentionné l’Organisation de la coopération de Shanghai.  À cet égard, il a rappelé la tenue à Moscou, le 27 mars, d’une conférence sous l’égide de cette organisation.  La Fédération de Russie souhaite que l’Afghanistan devienne un État stable et démocratique, a affirmé M. Churkin, qui a cité divers exemples de coopération entre les deux pays.  Le renforcement du Gouvernement afghan permettra d’affaiblir les extrémistes et contribuera à stabiliser l’ensemble de la région, a-t-il ajouté, avant d’apporter son soutien à la prorogation, pour une nouvelle période de 12 mois, du mandat de la MANUA.


M. ZUKIO TAKASU (Japon) a estimé que la situation en Afghanistan  ressemblait à « un verre a moitié vide ».  Il a reconnu les progrès réalisés, soulignant notamment la coordination civile et militaire, la diminution de la production d’opium, la réforme de la police et du Ministère de l’intérieur.  « Nous devons redoubler nos efforts en vue de nous focaliser sur les sérieux défis, en particulier l’amélioration des conditions sécuritaires et le renforcement des capacités nationales en la matière », a déclaré le représentant.  En s’attaquant à ces problèmes, la communauté internationale et le Gouvernement afghan devront coordonner plus étroitement leur action.


M. Takasu a salué la tenue prochaine à La Haye de la conférence internationale sur l’Afghanistan, en espérant qu’elle fournira aux États concernés l’occasion de partager leurs stratégies et s’accorder sur l’action commune.  Il a souligné que le succès des élections présidentielles sera crucial dans la consolidation de la paix et de la démocratie en Afghanistan.  Il a conclu en annonçant le versement par son pays de 300 millions de dollars, au plus tard à la fin de ce mois, pour financer les salaires des officiers de police.  


M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) s’est félicité de l’achèvement du processus d’enregistrement des électeurs qui constitue une étape encourageante vers des élections transparentes et équitables.  En tant que pays donateur, l’Autriche examine la possibilité de contribuer aux activités de formation de la police et de déminage.  La coopération régionale reste cependant cruciale pour la stabilisation du pays, a poursuivi le représentant, se félicitant en particulier de l’action du Pakistan.  Il a cependant exprimé ses préoccupations face aux pertes civiles de plus en plus nombreuses en Afghanistan, avant de se féliciter du travail effectué par la MANUA pour assurer la protection des civiles et veiller à la promotion des droits de l’homme.  Enfin, préoccupé par la recrudescence des violences à l’encontre des femmes, le représentant a souhaité que leur protection figure pleinement dans le futur mandat de la Mission de l’ONU. 


M. BAKI ILKIN (Turquie) a déclaré que l’Afghanistan traversait une période critique et que la communauté internationale s’accordait d’une manière générale sur ce qu’il convenait de faire dans ce pays.  Il a demandé des efforts plus concertés aux niveaux local, régional et international, avertissant qu’une détérioration de la situation en Afghanistan risquerait d’entrainer des conséquences au-delà de ses frontières.  M. Ilkin a ensuite insisté sur l’importance du développement économique, du renforcement des forces de police et militaire, de l’instauration d’un processus de réconciliation nationale inclusif ainsi que de la modernisation des systèmes éducatif et judiciaire, afin de lutter efficacement contre l’extrémisme.  Il a également souligné l’importance des prochaines élections présidentielles, ainsi que de la coopération régionale, notamment entre l’Afghanistan et le Pakistan.


M. Ilkin a ensuite cité les initiatives prises par son pays pour appuyer l’Afghanistan.  Il a notamment indiqué que la Turquie avait doublé son annonce de contribution d’aide au développement pour l’Afghanistan qui atteint maintenant 200 millions de dollars.  La Turquie, a-t-il ajouté, axera ses efforts à l’avenir sur des projets qui auront un impact direct comme, par exemple, la construction d’université et d’hôpitaux ou le revêtement des routes.  Par ailleurs, a poursuivi le représentant, le Processus trilatéral Turquie-Pakistan-Afghanistan vise à renforcer la coopération entre ces trois pays.  « L’échec en Afghanistan est impensable et le dévouement qui est déjà manifeste nous donne toutes les raisons d’être optimiste », a déclaré M. Ilkin, qui est convaincu que les prochaines réunions de haut niveau de Moscou et à La Haye seront l’occasion de témoigner une fois de plus de l’engagement collectif de la communauté internationale.  Après tant de décennies de conflit, la population afghane mérite de vivre en démocratie et en paix, a-t-il dit avant de conclure.


M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a fait remarquer que, comme l’indique le rapport du Secrétaire général, le nombre des incidents est passé de 42% en décembre 2008 à 75% en janvier 2009.  Cette situation, a-t-il estimé, va à l’encontre des efforts menés par la communauté internationale pour ramener la paix et la stabilité en Afghanistan.  Comment organiser des consultations fiables lorsque l’insécurité et la peur qui risquent d’exclure du processus électoral, faute d’être recensée, une partie importante de la population, s’est interrogé le représentant.  La classe politique afghane, a-t-il dit, devrait s’atteler à réaliser la réconciliation nationale par le biais du renforcement du dialogue national.  Saluant les efforts déjà engagés par le Gouvernement afghan, notamment l’instauration d’un dialogue avec les insurgés modérés prêts à respecter la Constitution, M. Kafando a déclaré que celui-ci devrait mettre fin à la corruption, qui continue d’hypothéquer tout effort de sortie de crise.  Il a par ailleurs salué l’aide technique apportée par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) afin de sécuriser le processus électoral et d’entamer, dans la confiance, un dialogue avec les opposants. 


M. Kafando, attirant l’attention sur la situation économique, a notamment demandé le maintien d’une approche cohérente dans l’application de la Stratégie nationale de développement de l’Afghanistan et souligné les progrès enregistrés dans la réduction de la culture du pavot et dans les secteurs clés de l’agriculture, de la santé et de l’éducation.  Il a également exhorté les donateurs à mobiliser davantage de fonds pour aider à relever les défis dans d’autres secteurs comme l’énergie et l’infrastructure.  Passant à la situation humanitaire, M. Kafando a noté avec satisfaction la création d’un nouveau bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU en Afghanistan, appuyé d’un plan d’action humanitaire qui sera bientôt opérationnel.  « Nous exhortons une fois de plus la communauté internationale à se mobiliser davantage pour aider le peuple afghan à surmonter la crise alimentaire et à soulager ses souffrances », a-t-il souligné.  Devant la persistance des violations des droits de l’homme, il a appelé à une application plus rigoureuse du Plan d’action pour la paix, la réconciliation et la justice. 


M. BUI THE GIANG (Viet Nam) a noté des résultats positifs dans divers domaines, grâce aux efforts du peuple afghan.  Toutefois, il a dit rester profondément préoccupé de la dégradation continue de la sécurité et des souffrances croissantes du peuple afghan qu’elle provoque.  Il ne peut y avoir de solution purement militaire dans le pays, a-t-il affirmé, préconisant une approche globale et intégrée.  Il est important que les autorités et le peuple afghans disposent de l’assistance nécessaire afin que l’aide soit plus efficace, a ajouté le représentant.  M. Bui a demandé aux dirigeants afghans de placer la stabilité politique au centre de leurs préoccupations, de surmonter leurs divisions, de renoncer aux calculs et à la violence et de faire progresser le dialogue et la coopération.  Les élections de cette année mettent le pays à rude épreuve, a déclaré M. Bui, qui a estimé qu’il était grand temps pour le peuple afghan de prendre la responsabilité de son propre avenir.  Il a souhaité que les élections soient libres et équitables et se déroulent dans un environnement sûr.  Le représentant a apporté son soutien aux efforts internationaux pour aider le pays.  Il a ainsi rendu hommage aux prochaines conférences de Moscou et La Haye sur l’Afghanistan.  Il s’est réjoui de la reprise de processus de coopération régionale, se disant convaincu de la nécessité d’un plus grand rôle des partenaires régionaux de l’Afghanistan.  Il a réaffirmé le rôle de chef de file des Nations Unies en Afghanistan.  Il a apporté son appui à la MANUA, lui demandant d’intensifier encore sa coopération avec le Gouvernement afghan et les autres parties prenantes.  Sa délégation, a-t-il assuré, est en faveur de la prorogation du mandat de la MANUA pour une nouvelle période de 12 mois.


M. ZHANG YESUI (Chine) a déclaré que l’Afghanistan se trouvait à un tournant, la situation sécuritaire faisant de nombreuses victimes civiles et aggravant la crise humanitaire.  La communauté des donateurs devrait donc plus que jamais et sous l’égide des Nations Unies, renforcer son assistance à ce pays.  Le Gouvernement afghan doit continuer de renforcer parallèlement ses propres capacités afin d’assumer le plus rapidement possible ses propres responsabilités.  Encourager le développement économique dans la partie sud et dans l’est du pays est, selon la Chine, tout aussi important que d’y assurer la sécurité.  Ce n’est qu’en encourageant les cultures de substitution que l’on pourra éradiquer définitivement la culture du pavot à opium, a souligné le représentant, qui a espéré que la conférence des donateurs qui se tiendra prochainement permettra de dégager des ressources importantes à l’appui à la reconstruction afghane.  Il a conclu en annonçant qu’il soutiendra la prorogation du mandat de la MANUA.


Mme ROSEMARY DICARLO (États-Unis) a soutenu la prorogation  du mandat de la Mission avant de prévenir que la lutte contre la résurgence des Taliban et de l’extrémisme ne doit pas se faire uniquement par des moyens militaires.  Elle a demandé aux dirigeants afghans de trouver, dans le cadre constitutionnel, le moyen d’assurer la légitimité du Gouvernement pendant la période du scrutin électoral.  Il n’y aura pas de paix si nous ne déployons les efforts nécessaires pour améliorer la gouvernance, a averti Mme DiCarlo, en dénonçant la corruption qui sape la confiance dans le Gouvernement.


Elle s’est également dite inquiète de la détérioration des droits de l’homme, tout en s’affirmant encouragée par les efforts en faveur des femmes, même si, là encore, il reste beaucoup à faire.  Elle a cité divers exemples de soutien apporté par le Gouvernement des États-Unis aux femmes afghanes.  Elle s’est dite ensuite préoccupée par l’intensité du trafic des stupéfiants, en prévenant qu’il faudra du temps et un ferme engagement international pour le réduire.  Elle s’est dite particulièrement inquiète de la reprise de la culture du pavot dans le sud du pays, où les Taliban sont puissants.


Mme DiCarlo a exprimé ses regrets face aux pertes civiles provoquées par les opérations de la coalition.  Elle a toutefois répété que la coalition prend des mesures pour éviter ces pertes alors qu’au contraire les Taliban visent directement la population civile.  Nous voulons éviter les blessés parmi la population civile, a-t-elle répété, ajoutant que, quand il y en a malgré tout, la coalition et le Gouvernement afghan veillent à compenser les victimes et leurs familles.


M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a indiqué que les efforts déployés en Afghanistan commençaient à payer, notamment grâce à l’approche globale mise en œuvre dans le cadre du mandat de la MANUA.  Il a estimé que la transparence de l’aide constituait la question la plus urgente s’agissant de la coordination des donateurs et qu’il était plus que jamais nécessaire de disposer d’une « cartographie » claire de tous les donateurs.  Les prochaines élections présidentielles puis législatives constituent une étape majeure dans le processus d’appropriation nationale par les Afghans, a poursuivi le représentant, qui a estimé que, dans ce contexte, l’ONU a un rôle important à jouer, que ce soit au niveau technique ou au niveau politique.  Mais, a-t-il prévenu, aussi importantes soient-elles, les élections ne doivent pas évacuer d’autres problèmes, comme ceux qui se posent sur le plan sécuritaire.  La police reste le maillon faible du dispositif sécuritaire afghan, a-t-il fait observer.  Des développements sont intervenus en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants, mais ils restent encore insuffisants.  S’agissant de l’évolution de la situation dans les droits de l’homme, les progrès accomplis depuis 2001 demeurent fragiles.  Le représentant a souligné qu’il était crucial de pouvoir garantir la sécurité des journalistes et des représentants de la société civile.  Préoccupé par le nombre de victimes civiles dans le pays, le représentant français a rappelé qu’elles étaient avant tout le fait d’attaques menées par les insurgés, au mépris de la vie des populations locales.  La profondeur de la crise afghane, l’évolution de l’aide internationale et l’interdépendance de ce pays et de ses voisins ont conduit à privilégier, légitimement, une approche régionale.  C’est la raison pour laquelle la France a nommé un représentant spécial pour le Pakistan et l’Afghanistan, a précisé M. Ripert.  Il a prévenu que la MANUA serait exposée à de nombreux défis dans les mois à venir.  La décision d’organiser des réunions trimestrielles pour permettre un suivi plus actif de la situation dans ce pays est bienvenue, a-t-il dit avant de conclure.


M. CLAUDE HELLER (Mexique) a déclaré que le processus électoral représente à la fois un grand défi et une bonne possibilité pour arriver à la paix en Afghanistan.  Il ouvre un nouveau chapitre dans le renforcement de la souveraineté et de la démocratie et dans la réconciliation nationale.  Le Mexique soutient donc le travail de la Commission électorale afghane et souhaite la tenue d’élections libres et transparentes dans un climat de sécurité.  Il a demandé à la MANUA de soutenir au mieux le processus électoral.


Garantir la sécurité de la population dans un État de droit représente le plus grand défi pour l’Afghanistan, a déclaré M. Heller.  Il a regretté l’augmentation des attaques contre la population civile et a souhaité qu’une plus grande coopération entre les forces de la coalition et la population permettent de les limiter.  Le représentant a aussi souhaité que soient prises toutes les mesures pour empêcher le recrutement d’enfants par des groupes armés et pour réinsérer ceux qu’on libère.  Il a salué les efforts de déminage du Gouvernement afghan et a demandé un appui supplémentaire à cette activité, en raison des risques que les mines et engins non explosés représentent pour la population.  M. Heller a demandé que soient considérés comme prioritaires la lutte contre la corruption et celle contre le trafic de stupéfiants.  Il a estimé que cette dernière commence à porter des fruits.  M. Heller a soutenu l’idée d’un mandat adéquat pour la MANUA et a estimé que les ressources supplémentaires approuvées pour la Mission lui permettront de renforcer sa capacité institutionnelle et sa présence dans le pays.  Il a souhaité que la MANUA puisse renforcer ses activités en faveur des droits de l’homme.  Le représentant s’est dit favorable à l’adoption d’une approche globale pour régler les problèmes.  Il a estimé que les prochaines conférences de Moscou et de La Haye représentent un signe de l’engagement clair que la communauté internationale maintient en faveur de l’Afghanistan.


M. JORGE URBINA (Costa Rica) a rappelé l’importance du soutien de la communauté internationale à l’Afghanistan.  La situation exige une approche globale et une vision nationale, qui envisagent de manière cohérente l’ensemble des problèmes auxquels sont confrontées toutes les provinces du pays.  Le représentant a accueilli avec satisfaction la réduction de la production du pavot à opium et l’amélioration de la relation positive entre l’Afghanistan et le Pakistan.  Il s’est dit cependant préoccupé par la recrudescence du nombre de pertes civiles, espérant que cette question serait prise en compte dans le cadre des négociations du projet de résolution visant à renouveler et à renforcer le mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).  Il a en conclusion appuyé la proposition du Secrétaire général de proroger le mandat de cette Mission de 12 mois.


M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a déclaré que cette année serait sans doute encore plus cruciale que d’autres pour l’Afghanistan.  Avec les élections, notamment, elle permettra de savoir si les efforts entrepris donnent des résultats, a-t-il ajouté.  M. Sawers s’est félicité du consensus sur la date du scrutin, convaincu que cela permettra d’éviter une situation d’incertitude à l’approche d’un été difficile du fait de l’insurrection dans le Sud et dans l’Est.  Il s’est dit encouragé par le processus d’enregistrement des électeurs, qui s’est fait de manière « relativement harmonieuse ».  M. Sawers a rappelé que la coordination de l’aide reste un défi majeur pour le pays mais a estimé qu’il y avait eu, grâce à la MANUA, une nette amélioration dans la coordination de l’aide.  Le représentant a rappelé le rôle de la MANUA comme lien entre les efforts internationaux, civils et militaires, et le Gouvernement afghan, ce qui, a-t-il reconnu, n’est pas toujours facile.


Le représentant a regretté les pertes civiles du fait des opérations menées par la coalition.  « Nous devons traiter de la question franchement et en toute transparence, a-t-il ajouté, mais personne ne devrait nourrir de doute sur les efforts soutenus entrepris par la coalition pour éviter de telles pertes ».  Il a opposé cette attitude à celle des insurgés, qui agissent au mépris des pertes civiles, et qui utilisent au contraire la population civile comme bouclier ou encore comme cibles.  M. Sawers a jugé encourageante la réduction de la production de pavot.  Il a vu une autre raison d’optimisme dans les ressources accordées à la MANUA, qui permettent selon lui de combler le fossé croissant observé jusqu’alors entre le mandat de la Mission et les moyens dont elle est dotée pour s’en acquitter.  « Tous ceux qui participent aux efforts internationaux en Afghanistan devront faire encore plus en 2009 », a affirmé le représentant. 


M. NEVEN JURICA (Croatie) a déclaré que son pays partageait les préoccupations évoquées par d’autres quant à la recrudescence de la violence en Afghanistan, condamnant les attaques perpétrées par les insurgés contre les civils.  Il a appelé au renforcement de la mobilisation de la communauté internationale pour inverser cette tendance et consolider les processus politique et de stabilisation dans le pays.  Le représentant a ensuite espéré que la prochaine conférence des donateurs permettrait de renforcer la coopération régionale en Afghanistan et de prêter à ce pays l’assistance dont il a besoin.  À cet égard, il s’est félicité de la mise en place d’une base de données sur les contributions des donateurs.  En ce qui concerne la police nationale afghane, il a souhaité que les efforts du nouveau Ministère de l’intérieur portent leurs fruits très rapidement.  La Croatie s’est enfin  félicitée de la décision de l’Assemblée générale de pratiquement doubler le budget de la MANUA.


M. ABDURRAHMAN MOHAMED SHALGHAM (Jamahiriya arabe libyenne) a regretté que la communauté internationale ait négligé l’Afghanistan après la fin de la guerre froide.  La situation dans ce pays devient de plus en plus sombre, comme le souligne le rapport du Secrétaire général, a-t-il fait remarquer.  Il faut maintenant que le processus politique soit soutenu par un appui au développement socioéconomique, pour dissuader les Afghans de se livrer à des cultures illicites.  Seule une approche globale permettra de remédier aux problèmes qui se posent dans ce pays, a estimé le représentant, qui a prévenu que le recours à la force ne servirait à rien s’il ne s’accompagnait pas d’un dialogue.  Il s’est dit tout particulièrement préoccupé par l’augmentation de 40% du nombre de victimes civiles en décembre 2008 par rapport à décembre 2007.  Le représentant a dit qu’il craignait que la crise alimentaire mondiale ne contribue à exacerber davantage les problèmes auxquels est déjà confronté le pays.  C’est pourquoi, il a souhaité que les donateurs honorent les engagements pris lors de la conférence des donateurs du 12 juin 2008.  Le représentant a dénoncé les détentions arbitraires d’Afghans par les forces de la coalition internationale, invoquant le respect des droits de l’homme et du droit international.


M. ZAHIR TANIN (Afghanistan) a déclaré que la préparation des élections présidentielle et provinciales représente une chance de renforcer la légitimité et l’unité nationale dans son pays.  L’insécurité qui continue dans certaines parties du pays et menace ces objectifs nous fournit aussi une tâche claire pour les mois à avenir, a-t-il ajouté.


Les Afghans se félicitent des récentes réunions d’examen et recommandations, a affirmé M. Tanin.  Il a émis l’espoir que ce nouvel esprit d’engagement aide à progresser de manière constructive.  C’est dans cet esprit que la communauté internationale doit travailler avec l’Afghanistan, a-t-il souligné.  Au cours des huit dernières années, l’Afghanistan a progressé et continue de le faire, a assuré M. Tanin.  Les Afghans veulent travailler avec la communauté internationale pour éliminer la menace des Taliban, de Al-Qaida et d’autres groupes terroristes, a-t-il ajouté, affirmant que les Taliban « ne sont pas une composante organique de la société, mais un produit de la violence, de « madrassas » transfrontières et d’un endoctrinement étranger qui a perturbé notre société stable.  Aujourd’hui, seulement 4% des Afghans souhaitent le retour des Taliban au pouvoir », a-t-il lancé, rappelant aussi que les Afghans ont soutenu l’intervention occidentale de 2001 et se sont réjouis de la défaite « des terroristes et des extrémistes qui avaient envahi et corrompu notre pays.  En même temps, les Afghans souhaitent s’assurer que ces époques obscures sont bien derrière eux, a déclaré M. Tanin, qui a estimé que le monde a l’obligation à la fois morale et concrète d’agir de telle manière que les Taliban et Al-Qaida ne reviendront pas au pouvoir.


Les Afghans ont compris le sens du partenariat entre le Gouvernement et la communauté internationale, a déclaré M. Tanin.  « Nos meilleurs résultats, a-t-il dit, en citant les élections, la constitution, le renforcement de l’armée afghane, les infrastructures, l’éducation et la santé, ont été obtenus dans les domaines où l’Afghanistan a bénéficié du plus fort engagement international ».  En revanche, le pays n’a pas accompli les progrès escomptés dans des domaines comme la police, la gouvernance, la corruption, la réforme judiciaire, où la communauté internationale n’a pas accordé une grande attention.  M. Tanin a affirmé qu’après la Conférence de Bonn, l’Afghanistan avait été quelque peu délaissé et que ce n’est que récemment que le pays a tout d’un coup suscité un grand intérêt.  « Nous ne pouvons pas espérer des résultats immédiatement car il faut du temps pour construire une société stable, démocratique et prospère après plus de 30 ans de guerre », a-t-il dit.


« Notre travail doit se concentrer sur la mise en place d’un État fonctionnel et autonome au service des Afghans », a affirmé M. Tanin, car un État qui fonctionne est le meilleur rempart contre le terrorisme.  « Pour renforcer l’État afghan, il nous faut une stratégie globale », a ajouté le représentant, précisant qu’il faut d’abord des élections libres, équitables et transparentes au mois d’août prochain.   Ensuite, l’appropriation nationale doit être au centre des efforts internationaux, a-t-il poursuivi.  M. Tanin a insisté sur le fait que le développement économique du pays devrait être assuré dans le cadre de la Stratégie nationale afghane de développement et des priorités établies par la Conférence de Paris.  Chaque centime investi en Afghanistan doit être donné aux Afghans, a-t-il dit.


« Nous devons continuer de renforcer l’armée et la police afghanes afin que les Afghans prennent une part plus importante dans la lutte contre le terrorisme », a affirmé M. Tanin.  Le représentant a rappelé avec insistance que la réconciliation ne saurait prendre place que sous l’autorité du Gouvernement afghan.  Le Gouvernement est conscient de l’importance d’une solution politique, a-t-il affirmé.  « Nous négocions avec ceux des Taliban qui souhaitent la réconciliation, mais toute discussion doit se faire dans le plein respect de la Constitution afghane et doit être menée dans une position de force », a-t-il affirmé.


Les Afghans se félicitent de la nouvelle attention régionale portée à nos difficultés, dans le respect de la souveraineté afghane, a déclaré M. Tanin, qui s’est félicité du processus trilatéral États-Unis-Afghanistan-Pakistan, récemment lancé à Washington.  L’Afghanistan a commencé sa marche vers la modernisation dans les années 1900, a rappelé le représentant.  Après avoir rappelé les progrès effectués au cours du XXe siècle et les épreuves endurées par le peuple afghan, M. Tanin a affirmé: « Si nous avons pu faire cela, alors nous pouvons réussir aujourd’hui.  L’Afghanistan a été, peut être et sera de nouveau un carrefour pacifique et démocratique dans notre région et un membre de la communauté mondiale ».  « Nous commençons le Nouvel An dans cette espérance », a conclu le représentant, faisant allusion à la nouvelle année afghane, qui commence dans deux jours.


M. JOHN MCNEE (Canada) a indiqué que son pays contribuait actuellement à améliorer les capacités des forces de sécurité nationale afghane, continuait de remettre en état le barrage de Dahla et le réseau d’irrigation de Kandahar, et participait à la préparation des élections de 2009.  Il a estimé que le renforcement de la présence de l’ONU en Afghanistan devrait se traduire par le renforcement des bureaux régionaux et provinciaux de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) et par l’ouverture de nouveaux bureaux là où ils sont nécessaires.  M. McNee a également dit attendre avec intérêt les résultats de la nouvelle approche intégrée qui réunit la MANUA, la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) et le Gouvernement afghan.


De l’avis du représentant canadien, l’ONU doit assurer une présence forte et positive dans tout l’Afghanistan, notamment dans le domaine de l’aide humanitaire.  Il s’est ainsi félicité du déploiement d’agents humanitaires supplémentaires à Kaboul et a déclaré que pour rester crédible, l’ONU doit élargir son rayon d’action dans le pays.  Ayant à l’esprit l’augmentation du nombre d’incidents violents dans le pays, M. McNee a insisté sur l’importance de défendre le droit international humanitaire et de respecter l’espace humanitaire.  Il a demandé une coordination accrue entre l’ONU, la FIAS et le Gouvernement afghan sur ce point.  Après avoir souligné la nécessité de garantir la crédibilité des prochaines élections du pays, le représentant canadien a également estimé important de mettre l’accent sur des programmes qui offrent d’autres moyens de subsistance aux Afghans que la culture du pavot.  Tout en soulignant l’importance de la coopération régionale, il a indiqué que le Canada apprécierait un rôle actif.


M. PETR KAISER (République tchèque), s’exprimant au nom de l’Union européenne, a déclaré que l’Union européenne souscrivait aux recommandations du Secrétaire général concernant la MANUA et au renforcement de son rôle central dans la coordination des efforts internationaux en faveur de l’Afghanistan, en coopération étroite avec d’autres partenaires, y compris la FIAS et l’Union européenne.  Elle se félicite également de ce que les rapports du Secrétaire général sur le pays seront désormais présentés tous les trois mois et non chaque semestre.  L’Union européenne soutient en outre la prorogation du mandat de la MANUA pour une nouvelle période d’un an.


La sécurité en Afghanistan reste un défi du fait de l’insurrection et, pourtant, d’importants progrès ont été réalisés, a affirmé M. Kaiser.  Il a apporté son soutien aux efforts du Gouvernement afghan pour parvenir à un accord politique sur une base large, les solutions politiques reposant sur le dialogue qui est essentiel pour parvenir à une solution durable dans le pays.  Des progrès avaient été réalisés l’année dernière pour renforcer l’armée et la police afghanes, ainsi que pour assurer le développement économique et social du pays.  Il faut néanmoins faire davantage pour mener des activités de reconstruction à travers tout le pays.  Il s’est aussi félicité des perspectives d’une baisse de la production d’opium.


Le principal défi pour l’Afghanistan en 2009 réside dans les élections, qui sont essentielles pour le développement futur du pays, a déclaré M. Kaiser.  Il a rappelé que l’Union européenne était prête à déployer une mission d’observation électorale pour contribuer à un scrutin libre, équitable, transparent et crédible.  Le représentant a ensuite rappelé l’importance de l’engagement de l’Union européenne en faveur de l’Afghanistan.  L’Union européenne est le second contributeur à la reconstruction du pays en terme financier et ses États membres fournissent la moitié des effectifs de la FIAS, a-t-il notamment rappelé.  Elle a aussi lancé en 2007 une mission de police -EUPOL Afghanistan, qui comprend aussi du personnel d’États non membres- et a commencé, depuis 2008, à renforcer ses effectifs.


L’Union européenne est profondément engagée en faveur du renforcement de l’état de droit et de la bonne gouvernance en Afghanistan et renouvelle son engagement en faveur du renforcement du secteur de la justice, a affirmé le représentant.  La lutte contre la corruption, l’impunité et les violations des droits de l’homme, et notamment des droits des femmes, est essentielle à la bonne gouvernance et l’Union européenne attend des autorités afghanes qu’elles respectent les droits fondamentaux garantis par la Constitution afghane et le droit international, a ajouté M. Kaiser.  À cet égard, l’Union européenne encourage la MANUA à poursuivre son rôle de supervision, notamment en ce qui concerne les droits des femmes.  L’Union européenne se félicite aussi du renforcement de la présence d’OCHA en Afghanistan pour améliorer la coordination humanitaire.  Elle souligne l’importance de la liberté d’expression et du pluralisme des médias, et appelle le Gouvernement afghan à mettre en œuvre la loi sur les médias approuvée par la Chambre basse du Parlement.  M. Kaiser a rappelé que la sécurité de l’Afghanistan était étroitement liée à la stabilité régionale dans son ensemble.  L’Union européenne soutient la coopération régionale face à des menaces telles que le terrorisme ou le trafic de drogues, a-t-il ajouté.  L’Union européenne appelle tous les États de la région à œuvrer en faveur d’un développement durable.  Elle se félicite de la tenue de la Conférence sur la coopération économique régionale en Afghanistan tenue à Islamabad.  Elle se félicite aussi de la prochaine Conférence de Copenhague, le 31 mars, a indiqué le représentant avant de conclure.


M. MORTEN WETLAND (Norvège) a déclaré, en ce qui concerne les élections présidentielles et provinciales d’août prochain, que les six mois à venir constitueraient un véritable test pour la démocratie en Afghanistan.  Il a estimé qu’avec plusieurs millions de personnes déjà inscrites sur les listes électorales, le pays démontrait qu’il est prêt pour la démocratie.  Le représentant a fait savoir que la Norvège appuyait le processus électoral en cours, grâce notamment aux 12 millions de dollars versés au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) par son gouvernement.  Il a également souligné que la liberté d’expression et de réunion devrait être assurée pour permettre la tenue d’un scrutin libre et juste.  M. Wetland, notant que les droits des femmes figuraient en bonne place dans la Constitution afghane, a demandé une action politique plus forte pour faire en sorte que, dans la réalité, ces droits soient appliqués.  Les pays pauvres restent pauvres lorsqu’ils oppriment les femmes, a-t-il dit, et l’Afghanistan échouera sans la participation active des Afghanes.   


M. MARTIN NEY (Allemagne) a déclaré que le processus électoral de l’Afghanistan était un pas important vers la consolidation du développement démocratique dans le pays.  L’Allemagne a ainsi témoigné son appui au processus électoral de l’Afghanistan en versant, par l’intermédiaire du PNUD, 10 millions de dollars en 2008 et 12 millions de plus sont prévus pour 2009, a-t-il indiqué.  De l’avis de M. Ney, l’appropriation par l’Afghanistan de son processus de stabilisation et de son développement, ainsi que la bonne gouvernance, constituent la clef du succès des efforts de la communauté internationale.  De son côté, l’Allemagne continue d’appuyer la reconstruction et le développement de l’Afghanistan, puisque son aide sera portée cette année à hauteur de 220 millions de dollars.  Le représentant a par ailleurs souligné l’importance d’une approche régionale pour résoudre les problèmes auxquels fait face l’Afghanistan et a encouragé le renforcement de la coopération sur le terrain à tous les niveaux.  Il a espéré en conclusion que la conférence de La Haye, à la fin du mois, soit l’occasion de mobiliser encore davantage la communauté internationale à l’appui de la reconstruction afghane.


M. PIET DE KLERK (Pays-Bas) a réaffirmé l’appui de son pays à la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) et au Représentant spécial du Secrétaire général.  Il s’est félicité de ce que la Mission soit maintenant présente dans la province d’Oruzgan où les Pays-Bas fournissent une aide importante, tant pour le développement du pays que sur le plan militaire.  Si les autorités afghanes et la communauté internationale sont prêtes à avancer vers les objectifs de sécurité et de développement, la situation en matière de sécurité, le développement économique, la gouvernance, l’état de droit et la situation humanitaire continuent à poser des difficultés, a noté le représentant.  M. De Klerk a aussi parlé des problèmes au niveau régional, avant de se féliciter de la prochaine conférence sur le Pakistan, qui doit se tenir à Tokyo le mois prochain.  Rappelant que son pays accueillera dans quelques jours la conférence internationale sur l’Afghanistan, il a espéré qu’elle sera l’occasion de réaffirmer l’engagement ferme à long terme de la communauté internationale, tel que défini lors des Conférences de Bonn, Londres et Paris.


M. GIAN LORENZO CORNADO (Italie) a réaffirmé le plein appui de son pays en faveur de l’Afghanistan, y compris pour trouver les moyens d’assurer une meilleure coordination des donateurs.  La priorité cette année est d’organiser des élections présidentielles et législatives sous la supervision de la Commission électorale indépendante.  L’Italie a d’ores et déjà confirmé son soutien aux programmes du PNUD pour l’Afghanistan en 2009.  Le représentant a assuré que tout devait être mis en œuvre par la FIAS pour diminuer les pertes civiles, soulignant aussi que les seules actions militaires ne suffisent plus.  Il a rappelé que son pays était l’un des principaux contributeurs au personnel de police déployé en Afghanistan.  Avant de conclure, il a estimé qu’il faudrait accroître les capacités nationales afghanes, renforcer la bonne gouvernance démocratique et privilégier la coopération régionale.


M. NIRUPAM SEN (Inde) a déclaré que le monde ne pouvait se permettre d’abandonner une nouvelle fois l’Afghanistan.  C’est ainsi qu’il a estimé que la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MINUA) restait indispensable pour soulager les souffrances du peuple afghan, mais aussi pour le maintien de la sécurité et de la stabilité dans la région.  S’agissant de la lutte contre les insurgés, M. Sen a préconisé de poursuivre avec vigueur l’action antiterroriste, à l’intérieur du pays comme dans les régions frontalières.  Il a également estimé que la réconciliation nationale devrait être un processus qui doit être conduit par les Afghans eux-mêmes, en s’appuyant sur le cadre fourni par la Constitution. 


M. Sen a ajouté que les efforts internationaux devraient viser à adopter une approche plus cohérente et intégrée, reconnaissant notamment le fait qu’il ne saurait exister de solution purement militaire au problème.  C’est en ce sens qu’il a plaidé pour un renforcement des capacités afghanes, par le biais de la MANUA et de la Stratégie nationale de développement.  Pour le représentant, une telle action nécessite davantage de ressources destinées à répondre aux défis humanitaires que posent la flambée des prix alimentaires et les conséquences des changements climatiques.  Il a, à ce propos, déploré que l’Inde, qui a récemment pris la décision d’envoyer 25 000 tonnes de farine en Afghanistan, continue de faire face à des difficultés d’ordre politique compromettant les acheminements de biens vers le pays.  M. Sen a également rappelé que pour l’Inde, qui a investi à ce stade 1,2 milliard de dollars à cet effort, la stabilisation de l’Afghanistan faisait partie intégrante de sa politique de sécurité régionale.  Il a en outre plaidé en faveur d’une coopération économique accrue entre les pays d’Asie centrale, tous affectés par la situation en Afghanistan, par le biais notamment de l’Association de l’Asie du Sud-Est pour la coopération régionale.   


Se félicitant de la date des prochaines élections en Afghanistan, M. ANDREW GOLEDZINOWSKI (Australie) a assuré que son pays appuiera ce processus en vue de former un gouvernement légitime et stable.  Il a indiqué, à cet égard, avoir promis 3 millions de dollars pour soutenir la création d’une commission des plaintes électorales indépendante par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Cela s’ajoute aux 5 millions de dollars déjà versés pour l’inscription sur les listes électorales, l’éducation et les activités de promotion.  L’Australie, qui reconnaît les défis importants auxquels doit faire face l’Afghanistan face à l’insurrection menée par les Taliban, a envoyé une équipe opérationnelle de liaison dans la province d’Oruzgan, qui est sur place depuis octobre 2008, a poursuivi le représentant.  Au-delà des efforts militaires de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), il a jugé utile de créer des opportunités économiques et de développement, précisant avoir promis de verser 250 millions de dollars pour l’aide dans ce domaine.  Cela porte à 600 millions l’aide au développement fournie par l’Australie depuis 2001.


Concernant les besoins humanitaires en Afghanistan, le représentant a indiqué que l’Australie appuiera le programme de lutte antimines des Nations Unies dans le pays, ainsi que les activités d’aide alimentaire fournies par le Programme alimentaire mondial (PAM).  L’Australie, qui se prononce en faveur de la prorogation du mandat de la Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), appuie également les efforts de cette Mission en vue de créer des bureaux provinciaux.  Le représentant a salué en particulier l’ouverture d’un bureau dans la province d’Oruzgan, dans le sud du pays, où sont actuellement déployés des militaires et des civils australiens.  L’Australie attend avec intérêt la conférence internationale sur l’Afghanistan qui se tiendra à La Haye le 31 mars, a-t-il ajouté.


M. ESHAG AL HABIG (République islamique d’Iran) a reconnu que, durant les sept dernières années, le peuple afghan a produit beaucoup d’efforts et, avec l’aide de la communauté internationale, a réalisé beaucoup de progrès.  Il reste néanmoins beaucoup à faire, a-t-il ajouté. M. Habig s’est inquiété de la détérioration de la sécurité et des activités terroristes.  L’insécurité accrue, la culture du pavot, la production et le trafic de drogues, la hausse des prix et les conséquences de la sécheresse sont certains des défis auxquels le pays est confronté, a poursuivi le représentant, qui a rappelé que 2008 a été l’année la plus violente dans le pays depuis 2001. 


« En tant que voisins immédiats de l’Afghanistan, nous partageons les peines et les joies de nos frères et sœurs d’Afghanistan et nous avons un intérêt vital à un Afghanistan stable, sûr et prospère, en paix avec lui-même et avec ses voisins », a déclaré le représentant.  De l’avis de sa délégation, l’inclusion d’éléments terroristes dans la structure politique de l’Afghanistan va à l’encontre des accords conclus par la communauté internationale et ne contribuera certainement pas à améliorer la situation.  Il ne sert à rien de classer les extrémistes en « bons » et en « méchants », a fait remarquer le représentant.  Tout effort en faveur de la réconciliation doit être mené exclusivement par les Afghans sous le contrôle exclusif du Gouvernement afghan et seuls les groupes qui reconnaissent et respectent la Constitution de l’Afghanistan et y adhèrent peuvent être pris en compte dans un tel processus, a-t-il souligné.  Pour lutter efficacement contre l’insécurité, le représentant a préconisé de nouveaux efforts pour renforcer l’armée nationale afghane et la police, et de leur confier la pleine responsabilité des opérations.  En outre, le peuple afghan doit pouvoir ressentir les effets de l’assistance internationale dans leur vie quotidienne, a-t-il ajouté, en jugeant regrettable que les résultats de l’assistance restent très en deçà des espérances.


M. Habig a rappelé que son pays avait toujours été gravement préoccupé par la culture du pavot et la production de drogue en Afghanistan.  La menace de la drogue a gravement compromis la sécurité, la stabilité et le développement de l’Afghanistan et a des conséquences bien au-delà de ses frontières.  Il a estimé que les efforts réels du gouvernement afghan, comme ceux de la communauté internationale, et notamment des États qui ont une présence militaire dans le pays, sont très loin de ce qui est nécessaire.  L’Iran mène avec la plus grande détermination une guerre coûteuse et sanglante contre les trafiquants de drogue venus d’Afghanistan et continuera de le faire mais il attend d’autres membres de la communauté internationale qu’ils se joignent plus sérieusement à ses propres efforts, a affirmé le représentant.


Les élections à venir sont de la plus haute importance pour l’Afghanistan, a déclaré le représentant, qui a émis l’espoir que le processus entamé en 2001 par les Accords de Bonn puisse continuer sa progression.  Il a affirmé que son pays continuera d’y contribuer activement.  L’Iran entretient d’excellentes relations avec l’Afghanistan, a affirmé M. Habig, qui a rappelé les visites présidentielles réciproques et la visite récente à Téhéran du Président Karzai à l’occasion du dixième Sommet de l’Organisation de coopération économique, en marge duquel des arrangements « très constructifs » ont été conclus.  Le représentant a rappelé que son pays a dépensé plusieurs centaines de millions de dollars pour la reconstruction de l’Afghanistan, a accueilli 3 millions de réfugiés afghans pendant 30 ans et accueille actuellement 15 000 étudiants afghans dans ses universités et 250 000 enfants afghans dans ses écoles primaires et secondaires.  Rappelant que le Nawrüz, le tout proche Nouvel An iranien célébré aussi en Afghanistan, se traduit par « nouveau début », M. Habig a souhaité que ce soit aussi un nouveau début pour des efforts sérieux de la part de la communauté internationale pour aider les Afghans à poursuivre sur la voie de la paix, de la stabilité et du développement.  « Ils sont un grand peuple, ils y arriveront », a-t-il conclu.


M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a rappelé que les défis auxquels est confronté l’Afghanistan sont bien connus, impressionnants, multiples et étroitement liés les uns aux autres.  L’un de ces défis est lié à la violence et l’insécurité et au terrorisme, a-t-il ajouté, affirmant que son pays n’acceptera pas que son sol soit utilisé par des groupes terroristes.  M. Haroon a également affirmé que son pays fait de son mieux pour contrôler les mouvements illégaux de part et d’autre de sa frontière avec l’Afghanistan, et a multiplié les postes de contrôle et déployé 120 000 militaires le long de sa frontière commune.


Le représentant a estimé que c’est sans interférence ni intervention que l’Afghanistan est le mieux à même de faire face à ses difficultés.  Cela ne doit toutefois pas signifier un désengagement ou un abandon, comme cela s’est produit dans le passé, a-t-il aussitôt ajouté.  Mais il faudrait surtout comprendre les besoins des Afghans et leurs priorités, dans le respect de leurs valeurs, de leur religion et de leur culture, a-t-il dit.  C’est pourquoi, il faudrait adopter une approche globale, coordonnée et équilibrée car, a-t-il ajouté, il est évident que la solution militaire ne peut, seule, apporter la paix.  Il a demandé que les Afghans s’approprient la responsabilité du renforcement de leur gouvernance et de leur sécurité.  Il a préconisé des investissements massifs dans la reconstruction, le développement et le bien-être social.  Le représentant a affirmé que, dans la lutte pour conquérir les cœurs, la persuasion doit l’emporter sur la coercition, et a estimé que les élections à venir offrent une excellente occasion pour la réconciliation et l’inclusion dans un processus démocratique.  Le Pakistan, comme par le passé, apportera tout le soutien possible à ces élections, a-t-il affirmé.  Toute stratégie, a-t-il souligné, doit accorder la priorité au rapatriement des quelque trois millions de réfugiés afghans au Pakistan.


M. Haroon a estimé que la coopération régionale joue un rôle essentiel dans le développement de l’Afghanistan et jugé a encourageante l’intégration du pays dans les structures de coopération régionale.  Il a rappelé que son pays accueillera au mois de mai prochain la troisième Conférence de coopération économique régionale sur l’Afghanistan, affirmant que son pays attache une grande importance à des relations amicales et de coopération avec l’Afghanistan.  « Nous progressons dans ce domaine », a-t-il ajouté, en citant notamment la Déclaration conjointe de janvier 2009 signée à l’occasion de la visite du Président Zardari en Afghanistan.  Il a rappelé que son pays avait déjà versé 170 millions de dollars au titre de la reconstruction et du développement de l’Afghanistan, sur les 320 millions de dollars promis


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