19/03/2009
Conseil de sécurité
CS/9618

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Conseil desécurité

6093e séance – matin


LE CHEF DE LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ EN HAÏTI RÉITÈRE L’ENGAGEMENT

 DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE AUPRÈS DU PAYS


« Haïti doit parvenir à un consensus national à la fois sur la sécurité,

la stabilité politique et les bases du développement socioéconomique », souligne-t-il


« La communauté internationale s’est engagée auprès d’Haïti; pour cela, les autorités haïtiennes doivent s’attacher à promouvoir un consensus national non seulement sur la sécurité et la stabilité politiques, mais aussi sur la création de bases solides pour le développement économique et social », a déclaré ce matin M. Jose Urbina Ortega, Représentant permanent du Costa Rica et chef de la mission que le Conseil de sécurité a menée en Haïti du 11 au 14 mars.


Lors de leur visite en Haïti, qui a suivi de peu celle du Secrétaire général, les membres du Conseil de sécurité ont eu de très nombreux entretiens avec les responsables haïtiens, qui ont porté à la fois sur la sécurité, le dialogue politique et les futures élections, le renforcement des capacités institutionnelles de l’État, l’état de droit, la situation humanitaire, le développement social et économique et la coopération régionale.


« L’amélioration de la sécurité en Haïti tient largement à la professionnalisation de la police haïtienne (PNH), facilitée par le soutien que lui apporte depuis cinq ans la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), a affirmé M. Urbina.  Ces progrès, a-t-il ajouté, se reflètent dans la baisse de la criminalité et la confiance croissante que la population manifeste dans sa police.  L’objectif national d’une police de 14 000 membres, un chiffre réaliste compte tenu de la population haïtienne, avance fermement, de même que le renforcement de la professionnalisation du personnel et des capacités institutionnelles et opérationnelles et la police », a encore estimé M. Urbina. 


La mission du Conseil de sécurité a pu vérifier sur le terrain les progrès réalisés dans la lutte contre la violence communautaire.  Ces progrès, a affirmé M. Urbina, ont été rendus possibles grâce des programmes à haute intensité de main-d’œuvre et à des projets à impact rapide.


La mission du Conseil de sécurité a reçu des informations sur le dialogue politique et le processus électoral de la part du Premier Ministre, Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis, du Président René Préval, ainsi que du Coordonnateur des cinq commissions mises en place par le Président pour recevoir les commentaires et doléances des partis et de la société civile sur les réformes à entreprendre.  De l’avis de M. Urbina, les interlocuteurs étaient d’accord sur la nécessité de réformes profondes du pouvoir, même s’il existe des différences d’appréciation.  Les membres du Conseil de sécurité ont également pris connaissance du calendrier de réforme de la Constitution dont ils ont reconnu la nécessité.  Ils ont transmis à leurs interlocuteurs un message sur le besoin de renforcer la coordination entre le pouvoir exécutif, le Parlement et la société civile afin d’éviter toute paralysie politique qui bloquerait le processus de réformes.


« Les multiples échéances électorales à venir vont se traduire par une grande agitation, avec huit scrutins en 36 mois », a observé M. Urbina.  La Commission électorale s’est engagée auprès de la mission du Conseil à garantir des élections libres et justes qui n’écartent pas l’un des plus importants partis politiques.  Il faut tout faire pour éviter un sentiment d’exclusion de la part d’une partie de la population, a noté la délégation du Conseil lors de ses entretiens avec la Commission.  M. Urbina a ensuite ajouté que, lors de leurs entretiens avec les différents responsables de partis politiques, les membres du Conseil ont dit comprendre les soupçons de fraude et les accusations de « dirigisme » émises par certains, ajoutant cependant que leurs objections devraient être transmises par les voies légales prévues. 


« La mission du Conseil de sécurité a pu constater la faiblesse du système institutionnel haïtien », a déclaré M. Urbina, qui a cité en exemple l’incapacité de l’État à assurer une éducation à plus de 10% des étudiants inscrits qui, a-t-il précisé, ne représentent pourtant eux-mêmes qu’une faible proportion de la population en âge d’être scolarisée.  « En outre, a-t-il ajouté, l’État n’a aucun contrôle sur la qualité ou le contenu des programmes scolaires dans le secteur privé, qui représente une part importante de l’enseignement.  M. Urbina a rappelé que la MINUSTAH aide au renforcement des capacités de l’État aussi en offrant des services de base à la population.  Mais le Gouvernement comme les administrations locales restent incapables de fournir de nombreux services, y compris de santé ou d’éducation.


« Les membres de la mission ont pu pendre connaissance des plans intégrés du Gouvernement haïtien pour mieux gérer ses frontières et la perméabilité de celles-ci », a expliqué M. Urbina.  « Les membres du Conseil, a-t-il ajouté, ont encouragé les autorités nationales à poursuivre le renforcement du contrôle douanier, afin d’augmenter les ressources fiscales de l’État.  Ils ont aussi pu constater le manque de capacité de l’État haïtien pour contrôler ses eaux territoriales et ses frontières maritimes.  Les patrouilles de la MINUSTAH, désormais dotée de navires de patrouille, devraient contribuer à améliorer la situation mais ces mesures doivent être complétées par des mesures prises au niveau régional, a-t-il fait remarquer.


En ce qui concerne le renforcement de l’État de droit et les droits de l'homme, les conversations des membres de la mission du Conseil avec divers responsables ont clairement mis en lumière la priorité accordée par Haïti au renforcement de la PNH, jugé essentiel pour assurer la sécurité.


« Les membres de la mission du Conseil ont assisté à l’inauguration de l’école de la magistrature alors que d’importants textes concernant le pouvoir judiciaire viennent d’être adoptés », a déclaré M. Urbina.  Il a toutefois rappelé que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire n’est toujours pas en place et qu’il faut renforcer, entre autres, les droits des citoyens et améliorer le sort des détenus provisoires.  Les autorités haïtiennes ont souligné le respect des droits civils et politiques, notamment la liberté d’expression, dans le pays auprès des membres de la mission du Conseil mais ces derniers se sont en revanche dits préoccupés de la situation en matière de droits économiques et sociaux dans le pays, liés au développement social et économique.


La délégation du Conseil a pu observer les dégâts causés par les ouragans dévastateurs d’août-septembre 2008, notamment aux Gonaïves.  Elle a visité un projet à haute intensité de main d’œuvre destiné à renforcer la protection contre les inondations.  Le représentant du Japon a exprimé durant la visite sa préoccupation face à la baisse de la productivité agricole dans un pays où la production couvre à peine 48% des besoins de la population, a précisé M. Urbina.


S’agissant du développement social et économique de l’île, M. Urbina a expliqué que le fait que 80% de la population vivait avec moins de deux dollars par jour et 50% avec moins d’un dollar était incompatible avec les objectifs de développement à court terme.  « Les interlocuteurs haïtiens ont reconnu l’importance de continuer de travailler avec la communauté internationale pour mettre en œuvre une stratégie de reconstruction et de développement », a-t-il souligné.  À cet égard, il a insisté sur l’importance des documents stratégiques de lutte contre la pauvreté et des propositions des professeurs Collier et Sachs, comme celle qui préconise que les États-Unis établissent un accord préférentiel pour les exportations en provenance d’Haïti.  La tenue prochaine de la conférence des bailleurs de fonds à Washington D.C. est perçue comme un moyen de mobiliser l’aide internationale en faveur de la reconstruction d’Haïti, a souligné le représentant.


Dans le domaine de la coopération régionale, la mission du Conseil a rencontré les membres du Core Group et a constaté le niveau d’engagement des pays latino-américains en faveur d’Haïti, qui continuent d’apporter une aide bilatérale et ont mis en place des programmes spécifiques de développement et des programmes à effet rapide, avec la coopération de la MINUSTAH.  Le Conseil, a poursuivi M. Urbina, a pu évaluer la participation importante des organisations régionales à l’intégration de l’île dans l’économie régionale.  « Il faut maintenant que les autorités haïtiennes œuvrent non seulement à la stabilisation de la situation en matière de sécurité, mais aussi au développement du pays », a-t-il insisté en conclusion.


Le Représentant permanent d’Haïti, M. Léo Mérorès, a ensuite remercié le Conseil de sécurité pour avoir organisé cette mission en Haïti, pendant la même semaine que la visite effectuée conjointement par le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, et l’ancien Président des États-Unis, M. Bill Clinton.  Comme l’a fait remarquer l’Ambassadeur Urbina, la situation en matière de sécurité s’est considérablement améliorée, a-t-il affirmé, tout en ajoutant que le tissu social et économique demeure très fragile.  « Nous subissons encore les conséquences des tornades et des cyclones, dont le pays a des difficultés à se relever », a dit M. Mérorès.  Il a réitéré, à l’attention de la communauté internationale, que le pays s’est nettement engagé en faveur de la reconstruction et du développement.  « C’est la raison pour laquelle Haïti attache beaucoup d’importance à la conférence des donateurs qui sera organisée prochainement à Washington D.C., sous l’égide de la Banque interaméricaine de développement », a-t-il ajouté.


La Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a été créée le 16 avril 2004 par la résolution 1542 (2004) pour faciliter la poursuite d’un processus politique pacifique et constitutionnel et le maintien de conditions de sécurité et de stabilité.  Son mandat prévoit notamment d’appuyer le processus constitutionnel et politique en cours dans le pays, d’aider le Gouvernement à surveiller, restructurer et réformer la Police nationale haïtienne, et de défendre et promouvoir les droits de l'homme.  Il a actuellement pour échéance le 15 octobre 2009 mais, dans sa résolution 1840 (2008) du 14 octobre 2008, le Conseil a déjà exprimé son « intention de le proroger de nouveau ».


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