13/10/2009
Assemblée générale
AG/10870

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Assemblée générale                                         

Soixante-quatrième session                                 

19e séance plénière - matin


ASSEMBLÉE: LA COMMÉMORATION DU 15ÈME ANNIVERSAIRE DE LA CONFÉRENCE DU CAIRE S’ACHÈVE DANS UN SENTIMENT D’INQUIÉTUDE CAUSÉ PAR LES CHIFFRES DE LA MORTALITÉ MATERNELLE


L’Assemblée générale a achevé, aujourd’hui, la commémoration du quinzième anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), en multipliant les marques d’inquiétude face aux taux importants de la mortalité maternelle dans le monde dus à des grossesses ou à des accouchements privés d’une assistance médicale. 


Selon les chiffres du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), en 2007, le nombre de femmes mortes en couches était de 400 pour 100 000 naissances, alors que 200 millions de femmes dans le monde n’ont toujours pas accès aux moyens modernes de contraception.  Ces chiffres n’ont pas réussi à faire taire les divergences sur la pratique de l’avortement.


Relevant, une fois de plus, que dans de nombreux pays, donner la vie est la chose la plus dangereuse pour une femme, selon les mots de la Norvège, les États Membres ont ainsi déploré le manque de progrès dans la réalisation de l’Objectif du Millénaire pour le développement nº5, qui prévoit, d’ici à 2015, de réduire de trois quarts les taux de mortalité maternelle et d’assurer l’accès universel à la santé reproductive.


« À moins d’une action, l’Afrique connaitra 2,5 millions de décès maternels au cours de la prochaine décennie », a averti le représentant de la Serbie, qui a appelé les États Membres à répondre à ce défi au nom de la « justice sociale ». 


Son homologue des Pays-Bas, qui intervenait également au nom du Burkina Faso, a engagé la communauté internationale à placer en tête de l’Agenda mondial du développement les questions liées à la santé maternelle et reproductive.


Si les États Membres se sont accordés au sujet de l’importance que revêtent la santé reproductive, l’éducation sexuelle et la planification familiale pour remédier à la question de la mortalité maternelle, la « question délicate » de l’avortement a provoqué des divergences notables au sein des délégations.


Ainsi, relevant que les avortements clandestins aboutissent « bien trop souvent » à la mort, le représentant de la Norvège a lancé un appel à la dépénalisation de l’avortement.


Une position vivement contestée par le représentant de Malte pour qui l’avortement ne saurait être « une forme légitime » du droit à la santé.  « Malte croit fermement que le droit à la vie s’applique dès le moment de la conception et que le recours à l’avortement pour résoudre des problèmes sociaux et de santé est un déni de ce droit », a-t-il dit.


« Trop souvent, la promotion de la santé reproductive se fait au détriment des personnes humaines non nées », a renchéri le représentant du Saint-Siège, qui a dénoncé le fait que le contrôle des naissances soit « déguisé » en service de santé.  « Suggérer que la santé reproductive inclut un droit à l’avortement est une violation explicite de la Conférence du Caire », a-t-il affirmé.  La très grande majorité des délégations ont continué à s’inquiéter de la réduction « substantielle » des fonds alloués à la planification familiale.


Organisée en 1994 au Caire, en Égypte, la CIPD, dite Conférence du Caire, a établi un programme d’action dont l’objectif principal est d’établir d’ici à 2015 la planification familiale à l’échelle universelle.  Ce Programme énonce également des objectifs à atteindre dans les domaines de l’éducation des femmes et des filles, de la réduction des taux de mortalité maternelle et infantile, des modes de consommation, des migrations et de la prévention du VIH/sida.


L’Assemblée générale poursuivra ses travaux jeudi 15 octobre, à partir de 10 heures, avec l’élection des cinq nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité.


APPLICATION ET SUIVI INTÉGRÉS ET COORDONNÉS DES TEXTES ISSUS DES GRANDES CONFÉRENCES ET RÉUNIONS AU SOMMET ORGANISÉES PAR LES NATIONS UNIES DANS LES DOMAINES ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET DANS LES DOMAINES CONNEXES


Commémoration du quinzième anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement


Suite des déclarations


M. MORTEN WETLAND (Norvège) a souligné que la mise en œuvre du Programme du Caire était fondamentale pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a donc jugé « frappant » que presqu’aucun progrès n’ait été enregistré dans la réalisation de l’OMD nº5 sur la mortalité maternelle et la santé maternelle et reproductive.  Tous les décès pendant l’accouchement ou liés à la grossesse auraient pu être évités si les services de santé de base avaient été disponibles, a affirmé le représentant, en ajoutant que dans de nombreux pays, donner la vie est la chose la plus dangereuse pour une femme.  Dans beaucoup de pays, y compris dans certains pays développés, les femmes sont toujours considérées comme des citoyens de seconde zone, a encore accusé le représentant.  Le statut inférieur des femmes et les lacunes en matière d’égalité entre les sexes sont responsables de cette situation, a-t-il ajouté, en se félicitant, par conséquent, de la création d’une nouvelle entité sur le genre pour renforcer la capacité de l’ONU à promouvoir l’égalité des sexes et l’émancipation de la femme.


S’agissant de l’OMD nº5, « nous savons ce que nous devons faire », a souligné le représentant en citant la volonté politique, l’engagement et la mobilisation des ressources.  Parlant en particulier de l’accès à la planification familiale, le représentant a fait part de son principe directeur qui est « Toutes les grossesses sont voulues ».  En l’occurrence, a-t-il dit, rien n’indique que la suppression de l’éducation sexuelle et des services de planification familiale empêcherait toute activité sexuelle.


Bien au contraire, a insisté le représentant, l’éducation sexuelle encourage une activité sexuelle responsable.  Il a donc espéré que la tendance à la baisse des fonds alloués à la planification familiale s’inversera.  Concluant sur la question « délicate » de l’avortement, il a appelé à sa dépénalisation, arguant des avortements clandestins qui aboutissent trop souvent à la mort.  La Norvège, de son côté, a-t-il assuré, entend maintenir son taux d’aide publique au développement (APD) à 1% du PNB, en augmentant la part dévolue aux femmes et aux enfants.


M. TAKESHI OSUGA (Japon) a engagé les États Membres à redoubler d’efforts dans le domaine de la santé maternelle et reproductive, en y allouant des ressources suffisantes mais en s’assurant que ces ressources sont utilisées de la manière la plus efficace.  Il a estimé que la communauté des donateurs doit chercher des modalités d’application qui assurent des services de soins appropriés pour tous.  M. Osuga s’est réjoui que la notion de « sécurité humaine », l’un des piliers fondamentaux de la politique étrangère du Japon, corresponde parfaitement au Programme d’action du Caire.  La santé, a-t-il poursuivi, est sans aucun doute une question importante de sécurité humaine.  Le représentant a estimé que les politiques nationales de santé publique devaient être mises en œuvre de manière à ce que l’allocation des ressources financières limitées se fonde réellement sur les besoins.


Compte tenu de l’importance des ressources humaines en la matière, le représentant a rappelé l’intention de son pays de former 100 000 personnels de santé dans les pays en développement.  M. Osuga a également indiqué que le Japon continuerait de donner la priorité aux partenariats avec les organisations de la société civile, les fondations, le secteur privé, les universitaires et les parlementaires pour mettre en œuvre le Programme d’action du Caire et les OMD qui y sont liés.  Il a annoncé que le 23 novembre prochain, Yasuo Fukuda, ancien Premier Ministre japonais et Président du Forum asiatique des parlementaires sur la population et le développement donnera une conférence à l’édition 2009 de la série de conférences « Rafael Salas ». 


M. HERMAN SCHAPER (Pays-Bas), s’exprimant également au nom du Burkina Faso, a jugé que les investissements dans la réalisation de l’OMD nº5 participent d’une « sage décision économique ».  Il a annoncé la tenue de la réunion de haut niveau sur l’OMD nº5 que son pays organise avec le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le 26 octobre, à Addis-Abeba.  Il a jugé utile d’encourager l’implication des hommes pour les aider à réaliser l’importance de la santé reproductive pour leur femme, leurs enfants, eux-mêmes et donc pour plusieurs aspects de la vie familiale, dont la prospérité économique.  Le représentant a rappelé la tenue en avril dernier, d’une réunion internationale de coordination sur le Programme mondial du FNUAP relatif à la sécurité des produits liés à la santé reproductive.  Il a plaidé pour les fonds nécessaires au renforcement des capacités du FNUAP à fournir appui et conseils aux gouvernements. 


Au Burkina Faso, a-t-il souligné, des progrès ont été faits dans plusieurs domaines couverts par le Programme d’action du Caire grâce aux partenaires bilatéraux et multilatéraux.  Mais, a-t-il reconnu, le pays continue d’avoir des taux de fécondité élevés de 6,1 enfants par femme qui montrent que les besoins en matière de planification familiale ne sont pas satisfaits.  De même, la prévalence du VIH/sida et celle des mutilations génitales baissent mais demeurent élevées.  Faisant allusion, pour finir, aux récentes inondations qui ont ravagé le pays, en septembre dernier, il a appelé à l’aide de la communauté internationale pour aider le pays à surmonter à moyen et long termes les effets de cette catastrophe.  Les Pays-Bas et le Burkina Faso appellent à un meilleur alignement de l’ONU et des acteurs internationaux sur les systèmes et politiques nationaux, à une décentralisation plus poussée, à un véritable renforcement des capacités et à une bonne évaluation des résultats obtenus.  Le FNUAP devrait, a conclu le représentant, mieux coopérer avec les autres organismes pertinents de l’ONU et rechercher des résultats concrets au niveau des pays.  Il doit aussi mieux travailler avec le secteur privé, les entreprises commerciales et les organisations sans but lucratif. 


M. SAVIOUR F. BORG (Malte) a, comme sa délégation l’a fait il y a 15 ans, souhaité clarifier la position de Malte sur les questions de la santé et des droits sexuels et reproductifs.  Il a réaffirmé que toute position ou recommandation liée à l’émancipation des femmes et à l’égalité des sexes ne saurait obliger quiconque à considérer l’avortement comme une forme légitime des droits à la santé reproductive, aux services ou aux produits.  Malte défend le point de vue selon lequel aucune discussion sur ces droits et services ne peut s’inscrire en dehors du cadre de l’un des droits les plus fondamentaux, à savoir le droit à la vie.  Malte, a encore expliqué le représentant, croit fermement que le droit à la vie s’applique dès le moment de la conception et que le recours à l’avortement pour résoudre des problèmes sociaux et de santé est un déni de ce droit.  C’est donc dans le cadre de ce droit à la vie que le pays a travaillé à la mise en œuvre du Programme d’action du Caire.


La population mondiale est toujours confrontée à des défis importants, a poursuivi le représentant, citant notamment les crises financière et alimentaire, les changements climatiques, les maladies comme le paludisme, le VIH/sida et la grippe A(H1N1), le terrorisme ou encore la traite des êtres humains.  Par des efforts renouvelés et concertés, nous devons, a-t-il encouragé, faire en sorte que les engagements du Caire et les OMD soient pleinement réalisés.  


M. ZACHARY D. MUBURI-MUITA (Kenya) a déclaré que le Programme d’action du Caire a été un cadre important pour l’ordre du jour du développement au Kenya.  Dans mon pays, a-t-il dit, la mise en œuvre du Programme d’action a donné lieu à des avancées dans les domaines liés à l’émancipation des femmes, de la santé reproductive et de l’éducation.  Mais aujourd’hui, l’élan a été quelque peu arrêté, a reconnu le représentant, en citant la stagnation des indicateurs démographiques et la détérioration des autres indicateurs.  La réalisation du Programme d’action et des OMD, dans les délais, devient donc incertaine, a prévenu le représentant.  Un certain nombre de défis et de contraintes sont apparus et risquent de mettre en péril les acquis, a-t-il poursuivi, citant la faiblesse des capacités institutionnelles, la faible mobilisation des ressources ou encore le lien inadéquat entre les stratégies de prévention du VIH/sida, d’un côté, et les soins et services, de l’autre. 


Pour surmonter ces difficultés, le Kenya a élaboré sa « Vision 2030 ».  Dans tous les pays en développement, a estimé le représentant, le succès dépendra des efforts individuels et collectifs de la communauté internationale.  S’agissant de la lutte contre le VIH/sida, il a appelé à une aide financière sous forme de dons et non de prêts.  Il a aussi appelé à l’allègement ou à l’annulation de la dette sans condition, pour des pays comme le sien.  Il a enfin plaidé pour un transfert véritable de technologie.


M. AMJAD HUSSAIN S. SIAL (Pakistan) a rappelé que les progrès enregistrés dans le domaine de la lutte contre la pauvreté avaient été éclipsés par la crise financière actuelle alors que plus que jamais, le développement socioéconomique dépendra de notre capacité à répondre au défi de la population.  M. Sial a ensuite cité les défis auxquels est confronté son pays comme les migrations internes, l’urbanisation rapide ou une importante population de jeunes.  Il a précisé que la population urbaine du Pakistan avait doublé et que le Gouvernement centrait ses efforts sur la création d’emplois dans les zones urbaines et rurales.  Le principal objectif du pays est de stabiliser la démographie et de garantir un développement humain durable en se concentrant sur la lutte contre la pauvreté, a expliqué le représentant, en précisant que la politique se fonde sur l’amélioration de l’accès des filles à l’éducation, l’accès à des services de santé reproductive de qualité et la planification familiale. 


M. FAZLI CORMAN (Turquie) a annoncé la tenue, le 11 novembre à Istanbul, d’une réunion régionale de haut niveau sur la santé maternelle, organisée par le FNUAP.  Cet évènement vise à renforcer les engagements politiques et financiers pris en faveur des populations défavorisées de l’Asie centrale et de l’Europe de l’Est, a-t-il précisé.  La réunion fera suite au Forum régional de haut niveau qui se tiendra à Istanbul les 12 et 13 novembre prochain pour marquer le quinzième anniversaire du Programme d’action du Caire.  Dans cette ère de mondialisation, a poursuivi le représentant, les migrations et le développement sont de plus en plus liés.  Étant donné que les causes fondamentales de la migration illégale sont la pauvreté et le sous-développement des pays d’origine, le représentant a jugé plus réaliste que les pays d’origine et de destination mettent sur pied des initiatives conjointes pour répondre aux causes sous-jacentes de ce problème.  Selon le représentant turc, l’ampleur du problème de la migration illégale exige le partage du fardeau sur le plan international.


M. RAYMOND O. WOLFE (Jamaïque) a souligné que la planète était plongée dans des troubles environnementaux sans précédent, auxquels les petits États insulaires sont particulièrement exposés, en plus des crises économique et alimentaire.  Malgré ces nombreux défis, la Jamaïque a enregistré des progrès importants dans la mise en œuvre du Programme d’action du Caire, notamment en étant l’un des premiers pays en développement au monde à développer une politique globale de la population après la Conférence de 1994.  Cette politique s’articule autour de cinq points majeurs à savoir, l’accès universel à la santé reproductive, notamment aux jeunes à travers des programmes éducatifs ainsi qu’à destination des jeunes handicapés; l’éradication de la pauvreté, avec trois fois moins d’indigents aujourd’hui qu’il n’y en avait en 1990, ce qui place l’OMD nº1 en position d’être atteint dans les temps; la maîtrise de l’épidémie du VIH/sida et une baisse de la mortalité due au sida ces cinq dernières années, grâce notamment à l’aide financière du  Fonds mondial et d’autres donateurs.


La politique s’articule aussi autour de la réduction de la maternité infantile et maternelle, avec la mise en œuvre de nombreux programmes, mais où il est hautement improbable que la Jamaïque atteigne ses objectifs en 2015; et enfin, autour de la promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, en progrès dans les établissements scolaires mais toujours insuffisantes dans le monde du travail et dans les instances politiques.  Le représentant a souligné que les avancées de la Jamaïque avaient été confrontées à de nombreux défis, notamment en matière de financements qui ont été réduits ou même totalement coupés.  Appelant la communauté internationale à fournir les ressources nécessaires à la mise en œuvre du Programme d’action du Caire, il a assuré que la Jamaïque reste, malgré tout, déterminée à le réaliser.


M. MILAN MILANOVIC (Serbie) a estimé que malgré les nombreux progrès accomplis dans le domaine de la santé et de la population, il restait encore beaucoup à faire.  Le fondement juridique a été établi, mais la mise en œuvre continue de présenter de réels défis, a-t-il affirmé, évoquant notamment le sous-financement des mandats, des budgets nationaux et de l’aide internationale.  Il s’est félicité de l’augmentation de l’aide accordée au FNUAP, mais a néanmoins estimé que cela ne suffirait pas pour répondre aux besoins qui existent sur le terrain.  En temps de crise, a-t-il ajouté, une utilisation efficace des ressources, ainsi qu’une plus grande cohérence entre les partenaires au développement, revêtent la plus haute importance.


Insistant sur les effets négatifs de la crise économique, le représentant a indiqué que la Serbie avait connu une augmentation de 25% des morts parmi les enfants entre 2008 et 2009.  La mortalité maternelle demeure le problème le plus important dont la solution exige une approche multisectorielle, a-t-il dit.  Il s’est félicité de ce que le FNUAP braque les projecteurs sur la question.  Compte tenu des défis mondiaux, il a aussi salué le fait que le Rapport 2009 sur la population mondiale, qui sera lancé le 18 novembre, se concentre sur les femmes, la population et les changements climatiques.  Il a conclu, en espérant que le FNUAP trouvera une solution adéquate au problème du Bureau régional pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale qui sera basé sur les mêmes principes que ceux qui ont conduit à la réinstallation des autres bureaux régionaux. 


Mme KANIKA PHOMMACHANH (République démocratique populaire lao) a assuré que la mise en œuvre du Programme du Caire avait permis à son pays d’améliorer significativement la vie de ses femmes, ses hommes et ses enfants.  En 2005, 35% des femmes mariées ont eu recours aux services de planification familiale, soit une hausse de 15% par rapport à 1995.  La mortalité maternelle a chuté, au cours de la même période, de 650 décès pour 100 000 naissances à 405, alors que la mortalité infantile passait de 104 morts pour 1 000 naissances à 70.  Avec une population dont plus de la moitié a moins de 20 ans et des taux de fertilité en déclin, le pays devrait vivre une croissance exponentielle de sa population active, a poursuivi la représentante.  Le pays juge donc essentiel d’investir dans l’accès universel à la santé reproductive, dans l’éducation et l’emploi, la lutte contre la pauvreté, la protection de l’environnement et la sécurité alimentaire.  Malgré la crise financière et économique, les investissements dans la santé reproductive ne doivent pas chuter, a-t-elle insisté, car l’OMD est nécessaire à la réalisation des autres OMD.  Il a donc appelé à la mise en œuvre de la Déclaration de Vientiane sur l’efficacité de l’aide, une variante régionale de la Déclaration de Paris.


M. RAYKO RAYTCHEV (Bulgarie) a attiré l’attention de l’Assemblée sur la Stratégie démographique nationale 2006/2020, un document qui intègre les recommandations de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) et de la Commission européenne pour relever les défis démographiques.  Se fondant sur les dispositions du Programme d’action du Caire relatives aux jeunes, la Bulgarie, a poursuivi le représentant, a tissé des partenariats avec des organisations qui s’occupent de la santé, de l’éducation et du bien-être des jeunes pour améliorer la santé sexuelle et reproductive de cette catégorie de la population, comme en attestent la « Youth Peer Education Network Bulgaria » et le bureau régional de l’« International Peer Education training and Research  Center », ouvert à Sophia depuis octobre 2007.  La Bulgarie a-t-il conclu, prend très au sérieux son statut de donateur émergeant qui place un accent particulier sur la santé, l’éducation et la formation de spécialistes. 


M. FRANCISCO DEL CAMPO (Chili) a qualifié d’emblée d’« insuffisants » les progrès dans la réduction de la mortalité maternelle et la lutte contre le VIH/sida.  Il a appelé à une réflexion sur les engagements et les efforts qu’il faut déployer pour les cinq ans à venir.  Revenant sur les progrès de son pays, il a affirmé que l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes étaient des principes fondamentaux du Gouvernement.  Il s’est attardé sur le programme relatif à l’égalité des sexes 2006/2010 qui prévoit l’octroi de primes par enfant né ou adopté, l’augmentation du nombre de crèches ou encore la promulgation d’une loi garantissant l’augmentation du salaire des femmes.  Dans le domaine de la santé, il a cité le Programme dénommé AUGE, qui vient en aide aux femmes enceintes, risquant d’accoucher prématurément ou atteintes de cancer ou du sida.


Mme MARIA RUBIALES DE CHAMORRO (Nicaragua) a indiqué que son gouvernement avait comme priorité l’éradication de la pauvreté dans laquelle les classes les plus défavorisées, « ignorées par les gouvernements néolibéraux précédents », ont une place particulière.  Les pauvres du Nicaragua sont maintenant des acteurs du nouveau développement qui a comme élément central l’être humain, et non le capital, a assuré la représentante.  Un Plan 2008/2012 pour un développement humain durable a été lancé, accompagné d’une loi et d’un Programme spécial sur la sécurité alimentaire qui a été remarqué par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a-t-elle affirmé.


En outre, le Gouvernement nicaraguayen a assuré l’absolue gratuité de l’éducation et de la santé, a poursuivi la représentante, notant le succès d’une campagne nationale d’alphabétisation « de Marti à Fidel ».  En matière de santé, elle a souligné que la mortalité maternelle était tombée de 90 pour 100 000 en 2006 à 64, deux ans plus tard.  L’OMD sur le taux de prévalence de la tuberculose et du paludisme a en outre été atteint au milieu des années 90, s’est-elle félicitée.  Par ailleurs, des programmes concrets de réforme du secteur agricole ont été lancés, a déclaré Mme Rubiales de Chamorro, appelant la communauté internationale à passer de la rhétorique aux actes alors que « la situation chaotique dans laquelle le capitalisme nous a plongés exige de la solidarité entre des peuples frères ».


L’Alliance bolivarienne pour les Amériques est à cet égard un exemple véritable d’unité, de complémentarité et de solidarité pour faire face aux défis actuels, a-t-elle dit, demandant aux pays développés d’assumer leur part de responsabilité auprès des pays en développement qui doivent faire face aux conséquences de crises qu’ils n’ont pas provoquées.


Il ne fait aucun doute que la Conférence du Caire et son Programme d’action ont créé les mécanismes nécessaires pour réunir le développement et les droits de l’homme en tant qu’éléments complémentaires pour une vie digne pour tous, a estimé M. LUIS GALLEGOS CHIRIBOGA (Équateur).  L’Équateur souhaite développer une stratégie de développement plus inclusive pour éradiquer la pauvreté, qui garantisse le bien-vivre ou « sumak kawsay » à toutes les personnes, communautés et populations, et nationalités, a-t-il déclaré, soulignant que son gouvernement avait élaboré un plan national de développement qui constitue une feuille de route vers une nouvelle forme de coexistence citoyenne, une rupture conceptuelle avec le néolibéralisme.  Ce plan met en place un changement dans le modus operandi de l’État qui reprend ses responsabilités en matière de planification.


Ce plan a une vision intégrée qui va au-delà de l’approche sectorielle traditionnelle, a poursuivi le représentant, soulignant aussi que l’environnement y occupait une place centrale.  Même si le plan définit 12 grands objectifs nationaux de développement, cela ne signifie pas que l’Équateur ignore le contexte mondial, a-t-il précisé.  Dans la conjoncture actuelle, la planification du développement est confrontée à de nombreux défis, a-t-il ajouté, appelant à redéfinir l’ordre financier international.  En outre, les effets dévastateurs des changements climatiques ont amené l’Équateur à repenser son modèle de développement, a-t-il aussi indiqué, rappelant que le pays avait renoncé à exploiter 900 millions de barils de pétrole dans le Parc national Yasuni, dans la forêt amazonienne.  Il s’agit là d’une action concrète contre le réchauffement climatique qui évite l’exploitation de combustibles fossiles dans des zones de haute sensibilité biologique et culturelle, a-t-il dit, avertissant que les solutions aux problèmes du monde ne seront pas trouvées dans le cadre des systèmes actuels.


M. CONROD HUNTE (Antigua-et-Barbuda) a déclaré que les objectifs de la Conférence du Caire constituaient une partie fondamentale du plan de développement économique et social de son pays.  Il a expliqué que la tenue, au mois d’août, d’une réunion sous-régionale sur la mise en œuvre du Programme d’action du Caire avait démontré que les pays des Caraïbes avaient accompli des progrès notables dans le domaine du développement économique et humain, grâce, notamment, à la mise en œuvre de programmes de protection sociale.  Évoquant la crise financière et économique, le représentant a averti que son pays devait à présent faire des choix extrêmement difficiles.  Il a évoqué la réduction des dépenses sociales afin de faire face à une chute de revenus ainsi qu’au manque de financement des programmes de développement.  Le représentant a ensuite expliqué que les participants à la réunion susmentionnée avaient décidé de créer une stratégie sous-régionale pour les cinq prochaines années.


M. ABDUL GHAFOOR MOHAMED (Maldives) a d’abord fait part des efforts déployés par son pays, tout en indiquant que les ressources limitées et la situation économique et sociale spécifique du pays ne sont pas à la hauteur de la détermination du Gouvernement à progresser sur la voie du développement.  Les habitants des Maldives étant répartis dans 196 îles, l’acheminement des services coûte très cher, a expliqué le représentant.  Au cours des cinq dernières années, la population a augmenté de 10% et plus d’un tiers de la population du pays vit dans la capitale Malé, accélérant la dégradation de l’environnement.


M. Mohamed a ajouté que des disparités existaient au sein de la population, notamment en matière de pauvreté, d’inégalité de revenus, de malnutrition infantile, de logement et d’emplois des jeunes et des femmes.  Il a également indiqué que son pays tentait de faire face au problème de la drogue et de la violence, ainsi qu’à l’augmentation « perturbante » du niveau de la violence faite aux femmes.  Le représentant a avoué que l’égalité entre les sexes demeurait un défi « immense » du fait, entre autres, de la persistance de stéréotypes culturels.


Malgré ces défis, a poursuivi le représentant, les Maldives avaient adopté une approche fondée sur le respect des droits.  Des progrès notables ont été accomplis pour limiter la croissance de la population à 1,7% et stabiliser le taux de fécondité.  Il a expliqué que pendant la période 2008/2010, le Gouvernement porterait une attention particulière à l’anémie et à la malnutrition chez les femmes enceintes, ainsi qu’à la contraception et à la santé reproductive.  Le Gouvernement s’est également engagé à décentraliser le système de gouvernance afin de répondre au défi de l’urbanisation et de réduire les inégalités de revenus, a ajouté M. Mohamed.  Il a précisé que les Maldives allouaient plus d’un quart de leur budget en développement au développement social, et que beaucoup d’investissements avaient été placés dans le développement des infrastructures.


Le représentant n’en a pas moins estimé que l’augmentation de l’aide accordée par la communauté internationale aux petits pays à revenu intermédiaire était essentiel pour garantir le succès de la mise en œuvre des politiques en développement.  Il a également souligné l’importance du partenariat avec la société civile.


M. ABDERRAHIM OULD HADRAMI (Mauritanie) a affirmé que son pays s’était engagé à promouvoir et à respecter les droits des femmes par l’adhésion, notamment à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Il a signalé que le nombre de femmes élues avait augmenté et que six femmes ministres avaient été nommées il y a deux mois, dont la première Ministre des affaires étrangères du pays.  Il a également évoqué l’implication très forte des femmes au niveau de la société civile.


Sur le plan institutionnel, le représentant a évoqué la promulgation de nouvelles législations destinées à lutter contre la discrimination à l’égard des femmes, et à promouvoir l’enseignement primaire et un quota de 20% de femmes au sein du Parlement et des conseils municipaux.  Il a également évoqué l’élaboration d’une stratégie nationale d’institutionnalisation du genre, ainsi que la prise en charge par les pouvoirs publics de certaines problématiques qui étaient considérées comme tabou, notamment l’excision, le gavage et les tatouages. 


M. Hadrami a ensuite signalé que les avancées des femmes au plan économique étaient demeurées très en deçà des espoirs.  Il a notamment expliqué que l’éducation des filles avait été handicapée par un fort taux de déperdition scolaire.  Le représentant a cependant signalé une baisse du taux de mortalité maternelle ainsi que l’amélioration du suivi des femmes en état de grossesse.


Au nombre des défis auxquels la Mauritanie doit faire face, il a évoqué l’éducation des femmes, signalant que seules 49% d’entre elles étaient alphabètes, comparé à 66,5% des hommes.  Il a également signalé que la Mauritanie connaissait le taux de mortalité maternelle le plus élevé de la région.  De plus, l’incidence de la pauvreté des ménages dirigés par des femmes est passée de 40 à 45%; les Mauritaniennes étant confrontées à des difficultés immenses au niveau de l’accès au crédit alors que le pays connait un taux de chômage de 47,3%.


M. ZAHIR TANIN (Afghanistan) a affirmé que dans le cadre de ses stratégies nationales, le pays s’est attaché à reconstruire toutes les infrastructures, à relancer une dynamique économique et à améliorer le quotidien des Afghans, en garantissant la sécurité, l’accès à la santé et en mettant un accent particulier sur les droits des femmes et des jeunes filles.  Nous avons fait des progrès dans ces domaines, a-t-il poursuivi, avant d’appeler à l’aide de la communauté internationale pour continuer à garantir la santé quotidienne des Afghans.  Le représentant s’est ensuite attaché à chiffrer les réalisations depuis la chute des Taliban en 2001, citant notamment l’accès aux soins qui a progressé de 9 à 85% en 2008, ou le taux d’utilisation des moyens de contraception modernes dans les zones rurales évalué à 16% en 2006.  Il a également attiré l’attention sur la scolarisation de six millions d’enfants dans le cycle primaire, dont 30% de filles.


Citant les défis, il a relevé le fort taux de mortalité maternelle et infantile; le manque d’infrastructures routières, l’inadéquation des financements de certains programmes, le manque de formation des équipes soignantes et l’absence de données sur la population.  Mais, a-t-il insisté, la détérioration de la sécurité, notamment dans le sud et le sud-est du pays, a eu un impact sur les acquis dans les domaines de la santé et de la parité et menace la réalisation des OMD.  Le représentant a demandé l’aide de la communauté internationale et du FNUAP pour le recensement de la population qui a été maintes fois reporté.  Il a, dans ce cadre, souligné l’importance de la coopération Sud-Sud.


Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI (Brésil) a estimé qu’à la lumière des récentes évolutions en matière de croissance économique mondiale et de développement, il était d’autant plus urgent de renouveler la plate-forme du Caire et de mettre en œuvre avec détermination les engagements pris en 1994.  Cette plate-forme doit notamment s’inscrire dans les mesures prises pour affronter les conséquences des crises économique et financière.  Une reprise économique mondiale centrée sur les individus et l’emploi rendrait justice aux aspirations formulées au Caire il y a 15 ans, a déclaré la représentante.


Le Brésil garantit l’accès universel et gratuit aux systèmes de santé, y compris pour les maladies sexuellement transmissibles, et est, à cet égard, très préoccupé par la féminisation de l’épidémie de VIH/sida, a dit Mme Ribeiro Viotti.  En outre, des progrès remarquables ont été faits en matière d’avancement des femmes et de lutte contre les violences à leur encontre, notamment par l’application de la Loi « Maria da Penha » sur la violence domestique.  L’agenda défini au Caire en matière de droits et de santé reproductive a été pleinement mis en œuvre et la planification familiale est comprise comme un choix individuel, plutôt que comme une stratégie de contrôle de la population, a-t-elle indiqué, soulignant toutefois que le pays devait redoubler d’efforts pour promouvoir l’égalité des sexes et réduire encore les mortalités maternelle et néonatale.


M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) a reconnu qu’à l’instar de nombreux pays africains, l’Ouganda continuait de connaitre de forts taux de mortalité maternelle.  Un partenariat renforcé entre tous les acteurs du développement est essentiel en la matière, a-t-il estimé.  L’Ouganda, a-t-il affirmé, s’est engagé à accroître les fonds pour les programmes et activités liés à la réalisation du Programme d’action du Caire.  Il a aussi reconnu la nécessité de données actualisées sur la population et le développement afin de faciliter le processus de prise de décisions.  Toutes ces questions sont couvertes par le Plan quinquennal de développement national, a-t-il affirmé.


L’Ouganda a identifié les domaines critiques sur lesquels un accent particulier doit être mis, a poursuivi le représentant, faisant référence à la croissance économique et à la lutte contre la pauvreté, à l’accès universel à l’éducation primaire et secondaire, à la réduction de la mortalité maternelle et infantile, et à la lutte contre les mutilations génitales.  L’Ouganda a aussi pris des mesures en matière de droit à la santé reproductive et de planification familiale.  En matière de VIH/sida, l’Ouganda compte pérenniser ses succès, en se concentrant sur la prévention, sur les traitements et les soins dans le cadre d’une approche intégrée.  La prévalence est passée de 18% à 6,7%.


Mgr CELESTINO MIGLIORE, Observateur permanent du Saint-Siège, a, dans une déclaration lue par M. BENE PHILIP, estimé qu’il y a 15 ans au Caire, de nombreux pays avaient fait part de leur impression qu’une explosion de population allait empêcher le développement économique nécessaire au monde.  Aujourd’hui, nous voyons que cette perception était sans fondement, a-t-il dit, rappelant que la population était maintenant en déclin dans de nombreux pays développés et que dans nombre de pays en développement, c’est une gestion économique irresponsable qui a porté atteinte au développement, et non le nombre trop élevé de naissances.  Les êtres humains sont la plus grande des ressources mondiales, a déclaré le représentant.


La présence grandissante des femmes dans le monde du travail a créé de nouveaux défis pour la famille et pour elles-mêmes, a poursuivi Mgr Migliore, appelant, dans son message, les gouvernements à mettre en place des politiques contre l’exploitation des êtres humains et la discrimination au travail, et à soutenir la famille dans les responsabilités qui lui sont propres.  Il a également insisté sur la nécessité de prendre en considération les besoins des migrants et de placer les personnes humaines au cœur des politiques de développement. Trop souvent, la migration est vue par les gouvernements et les populations comme une conséquence indésirable de la mondialisation, a-t-il déploré, estimant que plus d’efforts devaient être faits pour reconnaître ses effets bénéfiques.  Il a souligné l’importance d’atteindre les objectifs du Caire en matière d’accès universel à l’éducation et d’émancipation des femmes.


Dans son message, Mgr Migliore a aussi estimé que trop souvent, la promotion de la santé reproductive se faisait au détriment des personnes humaines non nées et a regretté que le contrôle des naissances soit présenté comme une politique de développement et déguisé en service de santé.  Suggérer que la santé reproductive inclut un droit à l’avortement est une violation explicite de la Conférence du Caire, défie les normes morales et légales des communautés locales, et divise les efforts, a-t-il déclaré.  Il a rappelé que l’Église catholique, à travers ses 5 000 hôpitaux, 18 000 cliniques et 15 000 établissements pour personnes âgées et handicapées, restait déterminée à fournir à tous des services de santé de qualité, efficaces et moralement responsables.  


M. JYOTI SHANKAR SINGH, partenaire pour la population et le développement, a reconnu l’apport de la Conférence du Caire à la définition des droits des femmes notamment dans le domaine de la santé.  Les objectifs du Programme d’action sont étroitement liés à ceux des OMD.  Mais comme c’est le cas pour les OMD, ils n’ont pas suffisamment progressé, en particulier dans le domaine de la santé reproductive et de la planification familiale.  La crise économique complique encore la donne, a-t-il reconnu, en particulier dans les pays pauvres dont la plupart se trouvent en Afrique.  La commémoration du quinzième anniversaire du Programme d’action du Caire offre l’occasion de mesurer ce qui reste à accomplir et renouveler les engagements, par une volonté politique accrue, la mise en œuvre de politiques et programmes efficaces et l’allocation adéquate des ressources aux niveaux national et international, a conclu le représentant.


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