26/03/2009
Assemblée générale
AG/10815

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Assemblée générale

Soixante-troisième session

Débat thématique interactif

sur la crise économique et financière mondiale

et son impact sur le développement

Matin et après-midi


ASSEMBLÉE: LE PRIX NOBEL D’ÉCONOMIE, JOSEPH STIGLITZ, PROPOSE LA CRÉATION D’UNE NOUVELLE FACILITÉ DE CRÉDIT ET D’UN AUTRE SYSTÈME MONDIAL DE RÉSERVES POUR SURMONTER LA CRISE


La création d’une facilité de crédit plus démocratique et plus représentative, d’un nouveau système mondial de réserves moins imprévisible qu’un système à monnaie unique et d’un conseil mondial de coordination des politiques économiques, figurent parmi les solutions « incontournables » à la crise économique et financière qui secoue le monde actuellement, a estimé M. Joseph Stiglitz.


Le lauréat du prix Nobel d’économie en 2001 et Président de la Commission d’experts de l’Assemblée générale sur la réforme du système monétaire et financier international présentait la première ébauche des 20 recommandations de sa Commission, dans le cadre de la série de tables rondes que l’Assemblée tient depuis hier sur le thème « la crise économique et financière mondiale et son impact sur le développement ». 


Précisant qu’il s’agit de la première crise généralisée de la mondialisation et d’une rupture historique, M. Stiglitz et trois autres membres de la Commission d’experts ont souligné qu’il était absolument nécessaire de transformer, de manière radicale, les bases de l’économie mondiale.  Ce qui distingue la Commission des autres instances qui mènent des discussions similaires, ont-ils dit, c’est qu’elle a mis l’accent à la fois sur les besoins des pauvres du Sud et de ceux du Nord.


Comme le défi est de préserver les acquis dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), les experts ont recommandé une nouvelle gamme de mécanismes de décaissement des fonds -dont la facilité de crédit- qui laisseraient aux pays en développement, contrairement à ce qui a été fait lors des crises de 1997 et 1998, une plus grande liberté pour élaborer des mesures anticycliques. 


Tout en annonçant que selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’aide publique au développement (APD) a augmenté de 10% en 2008, la Ministre fédérale allemande de la coopération économique et du développement a lancé un appel aux pays du Nord pour qu’ils affectent à l’APD 1% des sommes consacrées à leur relance économique.


Le G-8 et le G-20, s’étant montrés incapables de corriger les défaillances des cadres économique et réglementaire, les experts ont proposé la mise en place d’institutions dotées de la légitimité politique et réelle de tous les habitants de la planète, soit un « New Deal mondial » ou un G-192 travaillant sous les auspices des Nations Unies. 


Dans ce cadre, ils ont défendu l’idée de constituer un conseil mondial de coordination des politiques économiques, plus inclusif que le G-20, mais assez réduit pour ne pas compromettre le processus de prise de décisions. 


Les quatre experts, dont le Gouverneur de la Banque centrale de la République-Unie de Tanzanie et l’ancien Ministre de la coordination économique de l’Équateur, se sont ensuite engagés dans une très longue discussion avec les délégations, avant que l’Assemblée générale n’ouvre une autre table ronde sur « la réforme des institutions financières ».


Les suggestions de réponse ont couvert un large spectre, allant d’une priorité à la réforme des institutions actuelles de Bretton Woods, au rejet de toute gouvernance mondiale, en passant par la refonte de l’ordre financier mondial et la création de nouvelles instances qui prennent en compte à la fois la crise climatique à venir et les exigences de démocratisation. 


L’Assemblée, qui tient cette série de tables rondes en prévision de la conférence internationale de haut niveau convoquée au mois de juin, achèvera ses travaux demain, vendredi 27 mars. 


DÉBAT THÉMATIQUE INTERACTIF SUR LA CRISE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE MONDIALE ET SON IMPACT SUR LE DÉVELOPPEMENT


Présentation du rapport de la Commission d’experts sur la réforme du système monétaire et financier international


Le dialogue avec les délégations a commencé avec une présentation exhaustive des premières recommandations de la Commission d’experts sur la réforme du système monétaire et financier international.  Son Président et lauréat du prix Nobel d’économie en 2001, M. JOSEPH STIGLITZ, a expliqué, d’emblée, que l’une des raisons qui a permis le consensus au sein de la Commission est que tous ses membres se sont engagés à apporter une réponse à la crise qui permette une relance plus rapide et prévienne la résurgence de telles situations.  De nombreuses instances traitent de ces questions, mais ce qui distingue la Commission des autres est que, dès le départ, ses membres ont convenu de s’attacher à l’impact de la crise sur les pays pauvres parmi les pays en développement et les pays développés. 


Les membres de la Commission se sont rendus dans de nombreux pays et se sont engagés à continuer à travailler ensemble.  Les recommandations présentées aujourd’hui ne sont donc qu’une première ébauche, a souligné M. Stiglitz.  La Commission d’experts écoutera les États Membres de l’ONU, si cela s’avère nécessaire, pour rectifier le tir.  À la fin du mois de mai, un document plus important devrait être établi en prévision de la conférence internationale de haut niveau que l’Assemblée générale a convoquée en juin. 


Commençant la présentation de ses recommandations par une évaluation de la situation actuelle, le Président de la Commission d’experts a attiré l’attention sur un problème négligé, qui est l’augmentation du taux de chômage.  Il pourrait toucher 50 millions de personnes si les choses s’aggravent, a-t-il prévenu.  Cette situation serait catastrophique pour les pays pauvres, étant donné la faiblesse des mécanismes de protection sociale.  Dans les pays en développement, quelque 200 millions de personnes pourraient devenir des travailleurs pauvres.  Les pays du Nord ne sont pas épargnés; les ménages risquent de perdre des choses aussi essentielles que leur logement ou leur accès à la santé.  La crise, a insisté le Président de la Commission d’experts, a montré l’échec du monde à mettre en place un système économique stable qui garantisse suffisamment de protection pour ceux qui en ont besoin.  Les problèmes ne vont pas être réglés du jour au lendemain, mais il est impératif que l’on s’y attelle maintenant, a-t-il insisté. 


Il a alors mis le doigt sur un paradoxe qui voit une insuffisance de la demande mondiale, alors que tous les besoins ne sont pas satisfaits, en particulier s’agissant des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a imputé cette situation à une mauvaise gestion des crises économiques précédentes, qui a conduit les pays à accumuler des réserves importantes, soit une moyenne de 3 trillions (soit 3 000 milliards) de dollars, pour se protéger de la volatilité des capitaux.  Mais, ce qui semble rationnel au niveau national peut s’avérer dangereux au niveau international.  Si tous les pays se mettent à épargner, ils diminuent la quantité de fonds sur les marchés et induisent, ainsi, une réduction de la demande mondiale.


Dans ce contexte, on pourrait se féliciter que le pays le plus riche de la planète, les États-Unis, ait montré des signes de surconsommation.  Malheureusement, ce système est tombé en panne.  Par conséquent, il est important, a prévenu le Président de la Commission des experts, qu’après avoir « réparé » les banques d’Europe et des États-Unis, l’on ne revienne pas à la même situation.  « Nous sommes dans une crise économique mondiale de laquelle on sortira mais, a-t-il prévenu, si l’on ne prend pas les mesures qui s’imposent, il n’est pas certain que l’on sorte de la crise climatique qui gronde à l’horizon.  Il faut tenir compte de ces aspects dans l’élaboration des mesures à long terme », a-t-il souligné.


L’insuffisance de la demande mondiale réapparaîtra une fois que les problèmes bancaires seront réglés.  Jusqu’ici, les politiques monétaires, qui jouent un rôle essentiel, n’ont pas mis suffisamment l’accent sur la question de la stabilité financière et de la durabilité de la croissance.  L’idée selon laquelle un faible taux d’inflation garantit une croissance économique durable s’est révélée fausse.  C’est le fait que l’on n’ait pas accordé l’attention requise à la stabilité financière et économique, qui coûte des milliards de milliards de dollars aujourd’hui, a-t-il estimé.  Le monde actuel est donc caractérisé par des cadres économique et réglementaire défaillants.  La faillite du secteur privé caractérisé par des entreprises « trop grosses pour ne pas être sauvées », a dévoilé une économie de monopoles, et donc dangereuse à long terme.  La première recommandation, a-t-il dit, vise, en conséquence, à mettre sur pied une autorité mondiale de la concurrence.


Poursuivant, le Président de la Commission d’experts a reconnu la pertinence de prendre des mesures incitatives pour juguler une crise mais, lorsqu’elles sont mauvaises, elles ramènent à la question de la gouvernance.  Les réformes nécessaires ne doivent donc pas seulement porter sur la règlementation financière qui, par ailleurs, peut être limitée par les accords bilatéraux et multilatéraux, mais doit aussi toucher la gouvernance des entreprises.  L’économie mondialisée a apporté de nombreux avantages comme la libéralisation des marchés mais, comme on le voit aujourd’hui, elle a surtout facilité la propagation des erreurs.  L’erreur commise aux États-Unis s’est propagée à toute vitesse dans le monde entier, frappant de plein fouet les pays pauvres qui avaient ouvert leur marché.  C’est grâce à la mondialisation que les États-Unis ont pu si facilement exporter leurs produits hypothécaires « toxiques ».


La mondialisation économique a, dans un certain sens, dépassé la mondialisation politique.  Les pays sont de plus en plus interdépendants, mais ils ne disposent d’aucune institution politique pour faire face aux conséquences des crises et les prévenir.  « Cette crise est peut-être la première crise mondiale de l’ère moderne de la mondialisation », a insisté le Président du Comité.  Décrié parce qu’il n’est pas assez inclusif, le G-8 a cédé la place au G-20, mais un calcul rapide permet de réaliser que 172 pays sont toujours tenus à l’écart, a fait observer le Président de la Commission.  Il a donc plaidé pour des institutions dotées de la légitimité politique et réelle de tous les habitants de la planète.  Il faut, a-t-il insisté, une réaction mondiale à une crise mondiale, car les réponses parcellaires ne suffiront pas.  Le « chacun pour soi », dont on voit encore les relents aujourd’hui, ne résoudra rien.  Pourtant, la Banque mondiale vient de publier une étude qui montre que 17 pays ont cédé à des velléités protectionnistes, comme le plan de sauvetage américain « Acheter américain ».  Les accords commerciaux n’ont pas été conçus en ayant à l’esprit les crises économiques, et nous en payons les conséquences aujourd’hui, a averti le Président de la Commission des experts.


Comme les pays en développement ne disposent pas des ressources nécessaires pour prendre les mesures qui s’imposent pour le redressement, il faut s’acheminer vers des financements supplémentaires et substantiels.  On pourrait se servir, en l’occurrence, des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI).  Il faut aussi envisager une nouvelle gamme de mécanismes pour le décaissement des fonds, qui doivent être distribués en gardant à l’esprit la nécessité d’élargir la marge de manœuvre des pays en développement dans l’élaboration des mesures anticycliques.  Le Président de la Commission d’experts a, en effet, rappelé que lors de la crise asiatique de 1997, on avait imposé aux emprunts de ces pays des conditionnalités de contraction budgétaire qui s’étaient révélées contreproductives.


Les institutions existantes ont montré leur limite et confirmé leur réticence à se réformer.  La Commission d’experts, a annoncé le lauréat du prix Nobel d’économie, propose donc une nouvelle facilité de crédits, qui soit plus démocratique et plus largement représentative des pays en développement.  Il a ensuite attiré l’attention sur deux questions et d’abord sur les mesures essentielles à une reprise rapide de l’économie mondiale.  Il a parlé, dans ce cadre, de la création d’un nouveau système mondial de réserves.  Si on l’a envisagé en 1944 à Bretton Woods, le besoin en est encore plus pressant aujourd’hui, a tranché le Président de la Commission d’experts.  Aujourd’hui, a-t-il dénoncé, les pays en développement prêtent des sommes colossales aux pays riches, sans intérêts, parce qu’ils ont le sentiment qu’il est plus prudent de disposer de fonds de réserve que de les dépenser.  Le système mondial de réserves a été conçu pour des temps difficiles, mais le danger d’avoir un système reposant sur un seul pays est reconnu depuis longtemps, compte tenu de son impact sur la confiance et la stabilité, comme on le constate actuellement avec les fluctuations du dollar.  Par ailleurs, un système de deux ou trois pays vers lequel le monde semble vouloir s’acheminer comporterait les mêmes risques.  Un nouveau système est faisable rapidement et il peut être mis en place de façon à atténuer les pressions causées par l’asymétrie entre les surplus et les déficits des pays. 


La deuxième question sur laquelle le Président de la Commission d’experts a attiré l’attention est celle de la création d’un conseil mondial de coordination des politiques économiques, qui serait une bonne alternative au G-20 car, a-t-il expliqué, jusqu’ici la politique économique mondiale n’a pas réussi à assurer la stabilité financière.  En la matière, on devrait s’inspirer du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et commencer par mettre en place un organisme qui serait chargé d’identifier et d’évaluer les lacunes du système actuel.


« Nous sommes confrontés, aujourd’hui, à une « rupture historique » du monde que nous connaissions », a averti, à son tour, la Ministre fédérale de la coopération économique et le développement de l’Allemagne, Mme HEIDEMARIE WIECZOREK-ZEUL.  « Nous avons, a-t-elle estimé, la responsabilité de réfléchir ensemble aux mesures à prendre à court et à long termes.  Il nous faut un « New Deal » mondial ou un G-192 impliquant, sous l’égide des Nations Unies, tous les pays du monde.  Nous devons être capables de régler la crise, c’est-à-dire de régler les problèmes structurels pour consolider un système de croissance durable tenant compte des préoccupations en matière des changements climatiques et de productivité agricole.  Revenant aussi à l’opportunité de créer un nouveau système mondial de réserves, elle a rappelé que la proposition avait été faite à la Conférence de Monterrey sur le financement du développement après s’être heurtée au veto d’une délégation.  


« Nous avons besoin, a encore dit la Ministre, d’une coopération globale dans un organe inclusif qui adopte une approche globale reflétant l’opinion de tous les pays du monde, favorisant le consensus et assurant une cohérence entre les accords internationaux existants.  On peut commencer dès maintenant, a-t-elle dit à son tour, avec la création d’un groupe d’experts du type GIEC. » 


Par ailleurs, la Ministre a jugé important que tous les pays tiennent leurs engagements en matière d’aide publique au développement (APD).  Elle a anticipé la bonne nouvelle que va communiquer bientôt l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon laquelle l’APD a augmenté de 10% en 2008.  Mais, a souligné la Ministre, il faut maintenir le rythme et accélérer les choses, en consentant à des financements supplémentaires pour atténuer l’impact négatif de la crise sur les pays en développement. 


À l’instar de l’Allemagne, elle a appelé les pays développés à consacrer 1% des fonds qu’ils ont débloqués pour financer la relance à l’augmentation de l’APD.  Elle a aussi proposé de ne pas attendre la fin des négociations commerciales du Cycle de Doha pour s’atteler, dès maintenant, à des mesures en appui aux pays en développement dont des exemptions fiscales, l’élargissement de l’accès aux marchés et surtout la suppression des subventions agricoles.


Il est réjouissant de voir que contrairement aux autres initiatives en cours dans le monde, les membres de la Commission placent le développement au cœur de leurs préoccupations, a commenté le Gouverneur de la Banque centrale de la République-Unie de Tanzanie, M. BENNO NDULO, qui a proposé de faire une « lecture africaine » des recommandations de la Commission.  Cette dernière, a-t-il dit, a compris que les pays, réduits au silence, sont les premières victimes d’une crise dont ils ne sont pas responsables. 


L’Afrique risque de reculer de 10 ans, avec une chute du taux de croissance à 3%, après avoir oscillé entre 5 et 10%.  Ces prévisions sont d’autant plus alarmantes que les pôles de croissance régionaux comme l’Égypte, l’Afrique du Sud, l’Algérie et le Nigéria ont été plus durement touchés que la moyenne des pays africains.  Les préoccupations sont donc bien réelles.  Si l’Afrique a aujourd’hui davantage de marge de manœuvre en matière fiscale et davantage de réserves, ses capacités restent limitées.  Au titre des mesures à court terme, le Gouverneur de la Banque centrale tanzanienne a réclamé un appui aux secteurs de la sécurité sociale, de l’emploi et de la santé.  Il a fermement appuyé les recommandations sur la création d’une facilité de crédit pour soutenir les investissements et supporter la croissance. 


Ce qu’il faut dès maintenant, c’est une feuille de route, a renchéri l’ancien Ministre de la coordination économique de l’Équateur, M. PEDRO PÁEZ.  Le monde est bloqué à un carrefour entre ce qu’on pourrait faire et ce que les gouvernements proposent.  Il a, à son tour, appuyé les recommandations sur le système mondial de réserves et la facilité de crédit. 


Mais, a tempéré l’ancien Gouverneur de la Banque de réserves de l’Inde,M. YAGA VENUGOPAL REDDY, il est impératif que chaque pays ait le droit d’élaborer un plan de redressement conforme à ses spécificités.  Il faut un effort de coordination, certes, mais coordonner ne doit pas signifier unifié ou unique.  Pour les pays asiatiques, la recommandation la plus importante est celle qui porte sur le système mondial de réserves.


Débat sur le rapport


La réforme du système monétaire et financier est nécessaire, mais elle ne servira à rien, a prévenu le représentant du Soudan, si elle ne vise pas l’élimination pure et simple des conditionnalités.  Il a réagi vivement contre les promesses de recapitalisation du FMI, une institution non réformée qui s’empressera d’appliquer les mêmes règles.  N’allant pas jusqu’à réclamer la disparition du FMI, le représentant a tout de même dit privilégier la constitution de fonds régionaux qui, réunis dans un réseau, pourraient financer les secteurs des infrastructures et de l’agriculture. 


Le représentant a également jugé la teneur des recommandations sur la règlementation financière très faible.  « Nous parlons ici, a-t-il dit, d’obtenir des acteurs du marché qui respectent, enfin, les normes minimales de responsabilité sociale.  Mais comment l’obtenir, a-t-il insisté, si l’équité n’est pas placée au cœur du nouveau régime réglementaire.  La question de la réglementation a été soulevée par de nombreuses délégations, dont celle de la Jamaïque qui a dit craindre que l’institution d’un régime renforcé ne serve qu’à aider des institutions financières « discréditées » à accentuer leur pression sur des pays comme le sien.  


Nombreuses ont été les délégations qui ont regretté que le rapport n’approfondisse pas davantage les questions liées à l’accès aux marchés et à l’impasse dans les négociations du Cycle de Doha.  La Chine a voulu en savoir davantage sur la lutte contre le protectionnisme, alors que les petits États insulaires en développement ont regretté le manque de référence à leur vulnérabilité particulière.  Beaucoup de pays développés ont réaffirmé leur engagement à maintenir, voire à augmenter, le niveau actuel de l’APD, comme le représentant du Royaume-Uni qui a, par ailleurs, promis, qu’au cours de la réunion prévue la semaine prochaine à Londres, le G-20 se penchera dûment sur des mesures d’appui au commerce. 


S’il s’est félicité du rapport de la Commission d’experts, le représentant du Royaume-Uni s’est tout de même interrogé sur l’opportunité de créer de nouveaux systèmes.  Pourquoi ne pas partir de ceux qui existent déjà?  En quoi, a insisté son homologue du Japon, un conseil de coordination économique serait-il plus efficace que le G-20 ou le Conseil économique et social (ECOSOC)? 


Le représentant de la Belgique s’est, pour sa part, dit surpris de la « certitude » avec laquelle la Commission d’experts parle du lien entre politiques, d’une part, et croissance et développement, d’autre part, alors que la crise actuelle en a montré le caractère aléatoire.  Il a voulu que le principe de « précaution scientifique » soit davantage respecté dans la version finale.  Compte tenu de l’amenuisement des ressources, il a aussi jugé souhaitable que la Commission d’experts hiérarchise ses recommandations.


Table ronde sur la « Réforme des institutions internationales »


Comment réformer les institutions financières internationales, se sont interrogés les panélistes et les délégations.  Les suggestions de réponse ont couvert un large spectre, allant d’une priorité à la réforme des institutions actuelles de Bretton Woods, au rejet de toute gouvernance mondiale, en passant par la refonte de l’ordre financier mondial et la création de nouvelles instances qui prennent en compte à la fois la crise climatique à venir et les exigences de démocratisation. 


M. FRANÇOIS HOUTART, représentant du Président de l’Assemblée générale au sein de la Commission d’experts, a dit préférer le terme de « refonte » à celui de « réforme » des institutions existantes.  En effet, a-t-il expliqué, nous nous trouvons face à l’effondrement de tout un système économique et pas seulement d’un système financier.  Pourquoi simplement réformer ou réparer un système qui a détruit des millions d’emplois et des millions de personnes et continue de détruire la planète, alors qu’il faudrait reconstruire le système financier mondial, a-t-il demandé.


L’ancien Ministre de la coopération économique de l’Équateur a lui aussi jugé évident que les institutions de Bretton Woods ont échoué et a attribué cet échec au dogmatisme avec lequel elles ont voulu imposer des solutions uniques à tous.  Voyant dans la crise actuelle « l’exacerbation d’un monde qui a privé les hommes de leur capacité » à contrôler leur destin et qui est le fruit d’une concentration du pouvoir capitaliste, d’un « G-00000,1 ».  Il a souligné la nécessité de refondre les institutions financières afin de produire « non seulement des biens et des services mais aussi du sens ».  Il a expliqué que, si des gens perdent leur travail et ne peuvent plus nourrir leurs enfants, alors que ce n’est pas de leur faute, le monde leur semble dénué de tout sens, ce qui peut les porter à la violence.  Des économistes diront peut-être que les droits de tirages spéciaux (DTS), dont on a proposé de renforcer le rôle, ne sont absolument pas liés à la question de la paix, mais il est important de trouver des solutions techniques qui permettent de retrouver le sens des choses, a-t-il poursuivi.  C’est pourquoi, il a plaidé en faveur d’une réponse politique à la crise.


MM. HOUTART et PÁEZ ont en outre convenus qu’il faut à la fois apporter des réponses urgentes à la crise et le faire en tenant compte d’une reconstruction à plus long terme.  M. Páez a toutefois affirmé que les solutions techniques sont à portée de main, elles sont rigoureuses et viables à partir du moment où on écarte le dogme capitaliste dominant, a-t-il affirmé.  « Des mesures qui semblaient totalement impossibles à prendre, il y a très peu de temps, sont désormais à notre portée », a-t-il ajouté.  À ses yeux, il est remarquable qu’on puisse discuter de questions aussi graves, et avec tant d’intensité, au sein des Nations Unies.  M. Houdart a estimé, lui aussi, que l’Organisation des Nations Unies était le « lieu idéal » pour traiter de la question, car, en tant qu’institution, elle peut « aller au-delà des intérêts étroits des différents États, et en particulier des plus grands d’entre eux ».  « Notre rôle est d’ouvrir la voie », a-t-il assuré, en se prononçant en faveur d’une « sorte de cour pénale internationale pour les délits économiques ».  Il a estimé que les nouvelles institutions financières devraient prévoir la participation des mouvements sociaux, notamment pour que les spécialistes soient confrontés aux réalités concrètes qu’ils ignorent trop souvent.


Le représentant de l’organisation non gouvernementale (ONG) Global Policy Forum, qui a dit soutenir les propositions de la Commission d’experts concernant la création de nouvelles instances de règlementation, a estimé que leur inclusion au sein des Nations Unies symboliserait l’inclusion des États et des peuples.  Il a souhaité qu’elles soient, en outre, ouvertes à la société civile.  En revanche, le représentant du Brésil s’est demandé si la réforme des institutions existantes ne devrait pas être la priorité, plutôt que de créer de nouvelles instances, comme la Commission le propose.  Il a aussi estimé qu’on en revenait toujours à la question: qui aura le pouvoir de décider de l’utilisation des ressources?


Qui devrait à l’avenir diriger le monde, a demandé, à son tour, la Ministre fédérale de la coopération économique et le développement de l’Allemagne.  Elle a insisté sur la nécessité de revenir à « une question de séquence, à savoir la perspective d’une gouvernance mondiale ».


À cette question, la représentante du Nicaragua a répliqué que chaque pays a le droit souverain de gérer son destin, ajoutant que ce n’est pas un ou plusieurs « maîtres de l’univers » qui pourront le faire.  Elle a vivement rejeté les « vieilles idées de domination économique de quelques-uns sur la majorité » et a exigé une « aide sans condition » de la part de ceux qui ont provoqué la crise, qui soit accessible à tous les pays, et notamment aux plus pauvres.  Elle s’est emportée contre la majorité des pays développés, qui n’ont même pas respecté leur engagement en matière d’aide publique au développement.  La déléguée de Cuba a, quant à elle, plaidé en faveur d’une conférence monétaire et financière internationale pour « éliminer, une fois pour toute, le danger d’une monnaie hégémonique ».


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