25/03/2009
Assemblée générale
AG/10814

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-troisième session

Débat thématique interactif

sur la crise économique et financière mondiale

et son impact sur le développement

Matin et après-midi


L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ANALYSE LES ORIGINES ET L’ÉVOLUTION DE LA CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE MONDIALE ET SON IMPACT SUR LA RÉALISATION DES OBJECTIFS DE DÉVELOPPEMENT


Quelles sont les origines, l’évolution et les aspects systémiques de la crise financière et économique mondiale?  C’est à cette question qu’a tenté de répondre aujourd’hui l’Assemblée générale, en lançant la série de tables rondes qu’elle tiendra jusqu’au vendredi 27 mars sur le thème « la crise et son impact sur le développement ».  Une deuxième table ronde a été organisée aujourd’hui sur les mesures prises par le système des Nations Unies en réponse à la crise.


Le Président de l’Assemblée générale a estimé que dans le contexte des réunions du G-20 en avril et du G-8 en juillet, il est « urgent et vital » que l’Assemblée, qui convoque elle-même une conférence de haut niveau au mois de juin, soit à la hauteur de ses responsabilités et élabore une réponse coordonnée à la crise.  


La légitimité de l’Assemblée générale ne tient pas seulement à son caractère inclusif mais surtout, a renchéri le Sous-Secrétaire général aux affaires économiques et sociales, au fait que contrairement aux « maîtres de l’univers » qui n’ont rien vu venir, les Nations Unies et sa Conférence sur le commerce et le développement (CNUCED) dénoncent, depuis plusieurs années, l’« extrême » vulnérabilité du système financier international. 


Les participants à la table ronde n’ont pas été avares d’arguments pour expliquer les origines de la crise.  Ils ont invoqué tour à tour l’explosion du crédit déclenchée par la transformation des biens immobiliers en « guichet automatique », la « créativité » du secteur financier, ou encore une surconsommation et un déficit abyssal aux États-Unis.


La Représentante spéciale de l’Organisation internationale du Travail (OIT), le Directeur de la Division du développement de la Commission économique pour l’Amérique et les Caraïbes (CEPALC) et le Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie ont prévu une évolution « alarmante » de la crise, si l’on ne corrige pas immédiatement ses aspects systémiques, dont une architecture financière internationale constituant « une insulte à l’intelligence des architectes ».


La série de tables rondes s’achèvera d’ailleurs vendredi avec la présentation des recommandations de la Commission d’experts sur la réforme du système monétaire et financier international dont les travaux ont été présidés par le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz.


La deuxième table ronde organisée aujourd’hui sur les mesures prises par le système des Nations Unies en réponse à la crise a connu la participation des représentants de l’Académie chinoise des sciences sociales, de la CNUCED, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). 


Ensemble, ils ont reconnu la portée de l’impact de la crise économique et financière sur le développement humain, y compris sur la réalisation, dans les délais prévus, des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Pour eux, la nouvelle architecture financière internationale devra comprendre des mécanismes de financement multilatéraux à l’appui des OMD et des conditions de vie dans les sociétés les plus vulnérables, menacées par l’aggravation de la pauvreté. 


L’ONU a ainsi été envisagée comme la caisse de résonance du plus grand nombre, une plate-forme commune aux institutions financières et un lieu de dialogue où coordonner les efforts en faveur des groupes les plus exposés à la nature multidimensionnelle de la crise, en particulier les migrants et les femmes. 


L’Assemblée générale tiendra sa prochaine table ronde demain jeudi 26 mars à partir de 10 heures.


DÉBAT THÉMATIQUE INTERACTIF SUR LES ORIGINES, L’ÉVOLUTION ET LES ASPECTS SYSTÉMIQUES DE LA CRISE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE MONDIALE


Au cours de cette table ronde, les arguments n’ont pas manqué pour expliquer les origines de la crise.  Le Modérateur et Représentant permanent de la Norvège, M. MORTEN WETLAND, a rappelé que jusqu’en 2007, le monde croyait encore à une croissance économique durable sans vouloir reconnaître les dangers d’un secteur financier déréglementé.  Avec des produits de plus en plus sophistiqués, ce secteur a fait exploser le marché du crédit, en encourageant l’emprunteur à se servir de ses biens immobiliers comme d’un « guichet de retrait automatique ». 


La productivité, poumon d’une économie saine, a été abandonnée au profit de la baisse des taux d’intérêt et de la « créativité » du secteur financier.  Avec de mauvaises mesures hypothécaires et la faillite des grandes banques de crédit, les États-Unis ont transformé une crise de liquidités en une crise de confiance bien plus dangereuse. 


Les déséquilibres duraient depuis plus d’une décennie, a renchéri le Sous-Secrétaire général aux affaires économiques et sociales, M. JOMO KWAME SUNDARAM, en qualifiant l’architecture financière internationale « d’insulte à l’intelligence des concepteurs ».  Nous avons un système vieux de 40 ans qui s’est développé d’une façon totalement improvisée et qui a promu une libéralisation des capitaux porteuse d’instabilité financière et dangereuse pour les pays en développement, en particulier. 


« Nous subissons aujourd’hui, a-t-il estimé, l’échec de la coopération multilatérale où les « maîtres de l’univers » réunis dans le G-7 prenaient des décisions pour le reste du monde.   La mondialisation a privilégié l’intégration financière au détriment d’une intégration économique, comme en témoigne la diminution des investissements.


« Nous sommes partis, a expliqué à son tour, M. MARIO BALDASSARI, Président de la Commission des finances du Sénat de l’Italie, du déséquilibre de l’économie réelle favorisant la bulle financière qui a provoqué à son tour la crise financière déclenchant une crise économique.  Les vraies racines de ce cercle vicieux, a-t-il estimé, résident dans le fait que l’économie américaine, marquée par un déficit de 30 ans et une dette extérieure extrêmement lourde, a consommé 5 à 6% de plus que le produit intérieur brut (PIB). 


Avec ses épargnes, la Chine a porté à bout de bras cette crise économique en encourageant ainsi la surconsommation.  L’équilibre apparent entre le plus grand consommateur, les États-Unis et le plus grand épargnant, la Chine, ne pouvait être que de courte durée. 


Face aux conséquences dramatiques de la crise, pouvons-nous ensemble rétablir une économie de croissance et de stabilité financière? s’est demandé le Sénateur Baldassari.  Les réponses politiques apportées actuellement sont-elles adéquates face à une crise qui va transformer 200 millions de personnes en travailleurs pauvres d’ici à la fin de l’année, sans parler des 50 millions de chômeurs supplémentaires, s’est interrogé, à son tour, le Président de l’Assemblée générale, M. MIGUEL D’ESCOTO BROCKMANN.


L’effondrement du commerce international, qui risque de baisser de 10% cette année, a ajouté le Sous-Secrétaire général aux affaires économiques et sociales, est une conséquence très grave, voire un désastre, pour des nombreuses économies exportatrices.  Les pronostics ne sont pas optimistes.  Il faut craindre une contraction des exportations en Asie de l’Est, de l’ordre de 50% pour le Japon ou Taiwan, par exemple.  Contrairement à la fin des années 1970, le risque d’une « stagflation », la conjugaison d’une stagnation et d’une déflation, est bien réel. 


La différence fondamentale entre la crise actuelle et celle des années 90 en Asie et en Amérique latine, est que de nombreux pays ont des réserves de devises et un meilleur équilibre budgétaire.  Mais, avec la chute des exportations, ces avantages sont en train de disparaître même si on peut se réjouir des aspects positifs comme la baisse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires. 


L’impact social et politique est d’autant plus grave, a prévenu le Sous-Secrétaire général, qu’il faut s’attendre à une baisse des dépenses sociales.  Citant un rapport de la Central Intelligence Agency (CIA), il a souligné que la crise est actuellement la plus grande menace à la sécurité aux États-Unis et dans le reste du monde.  Dans tous les pays, a renchéri la Représentante spéciale de l’Organisation internationale du Travail (OIT), Mme JANE STEWART, les inégalités et les dettes augmentent. 


La crise a un impact direct sur l’emploi et l’appareil productif.  Il est prévu que 88 millions de jeunes soient au chômage avant la fin de l’année.  Comme les immigrés sont souvent les premiers à perdre leur emploi, il faut craindre, dans les pays en développement, une baisse drastique des envois de fonds et une intensification de l’exode rural.  L’Afrique risque de perdre ainsi une décennie de progrès et de retourner à la situation catastrophique de 1999. 


Devant cette situation, le Fonds monétaire international (FMI) continue pourtant à donner des signaux contradictoires, a dénoncé le Sous-Secrétaire général aux affaires économiques et sociales.  Le Fonds a d’abord encouragé les pays à prendre des mesures stimulatrices économiques à condition qu’ils aient des surplus financiers comme la Chine, Singapour et le Chili.  Il a ensuite insisté sur le fait que le problème n’est plus l’inflation mais bien la déflation.  Aujourd’hui, il faut espérer qu’il change de position et permette à tous les pays de lancer des mesures d’incitation fiscale et budgétaire. 


Les politiques macroéconomiques, les règles financières et la gouvernance mondiale doivent être corrigées pour rendre leur place au développement et à l’équité, ont plaidé les participants à la table ronde.  Mais qui va le faire? a demandé le Sénateur Baldassari, en arguant que le G-7 dans son ensemble, lui-même frappé par la crise, ne peut rien faire.  Une chose est sûre, a-t-il dit, les États-Unis ne peuvent plus continuer à servir, à eux seuls, de moteur de l’économie mondiale.  Ils doivent céder la place à de grands épargnants comme la Chine et l’Inde, mais aussi à l’ensemble de l’Europe. 


Devant les appels en faveur d’un Groupe des 192 -car « même s’il constitue un progrès, le G-20 n’est pas plus inclusif que le G-7 »-, le Sous-Secrétaire général aux affaires économiques et sociales a invité les participants au débat à saisir l’occasion de ce « moment Bretton Woods ».  On oublie trop souvent, a-t-il fait remarquer, que, 15 ans après la grande dépression, la localité américaine Bretton Woods avait en effet accueilli la Conférence des Nations Unies sur les questions monétaires et financières à laquelle 44 pays avaient participé et dont 28 sont considérés aujourd’hui comme des pays en développement. 


Le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui était déjà envisagée à l’époque, devaient faire partie du système de gouvernance de l’ONU dans lequel le développement était une priorité bien plus grande que la stabilité financière.  Or, nous constatons que, réduites à un rôle de secrétariat du G-7, les institutions de Bretton Woods fonctionnent d’une manière très différente de l’ONU.  


Les Nations Unies doivent reprendre la direction et promouvoir la création d’un système consultatif macroéconomique qui fournirait un deuxième avis aux États Membres.  Le FMI et la Banque mondiale ont d’ailleurs accepté l’idée, a affirmé le Sous-Secrétaire général.


En attendant, quelles sont les solutions?  Le Responsable de la division du développement à la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), M. DANIEL TITELMAN, a indiqué que les pays d’Asie ont la capacité d’adopter des politiques fiscales anticycliques.  La Chine, par exemple, a annoncé le train de mesures fiscales le plus important au monde après celui des États-Unis, financé à hauteur de 586 milliards de dollars, soit 13% de son produit national brut (PNB). 


Au Moyen-Orient, des pays comme l’Égypte, l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis ont aussi adopté des politiques fiscales pour redynamiser la demande, à l’instar des pays d’Amérique latine et des Caraïbes.  En matière de coopération financière, la Banque africaine de développement (BAD) a par, exemple, une Facilité financière de 1,5 milliard de dollars pour appuyer le commerce et les investissements.  En outre, un Comité de 10 ministres des finances et de gouverneurs de banques centrales a été mis sur pied pour recommander des mesures visant à atténuer l’impact de la crise sur les économies africaines.


En Asie, l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ANASE) plus 3 se sont mis d’accord pour créer un pool multilatéral de réserves comme moyen de défense contre les capitaux à court terme, alors qu’un fonds de réserves de 10 milliards de dollars a été créé dan la région d’Amérique latine et des Caraïbes.


Pour tous ces pays, il est nécessaire de renforcer les lignes de crédit du FMI et des institutions comme la Banque mondiale, a estimé le Représentant de CEPALC, avant de prévenir que la somme de 250 milliards de dollars débloqués récemment ne suffira pas.  Il a aussi plaidé pour l’assouplissement des conditionnalités. 


« Nous devons renforcer la légitimité et l’efficacité des institutions internationales de réglementation sur une nouvelle base conventionnelle.  Il faut aussi développer un système efficace de gestion des risques et renforcer, aux niveaux national et international, la supervision du secteur financier », a préconisé le Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, M. ANDREY DENISOV. 


« Nous devons également créer un système d’incitation pour obtenir des acteurs du marché qu’ils fondent leurs décisions sur une bonne évaluation des risques.  Le Vice-Ministre a proposé la convocation d’une conférence internationale pour formuler des d’accords internationaux sur une nouvelle base d’architecture financière internationale. 


Cette architecture, a ajouté le Représentant de la CEPALC, devra refléter le rôle grandissant des économies émergentes et réserver un rôle accru aux Nations Unies dans les institutions de Bretton Woods.  Rien ne permettra d’améliorer les choses, a souligné la Représentante spéciale de l’OIT, si l’on ne fait pas de l’emploi la pièce centrale de la future architecture financière et économique.  Le système multilatéral doit envisager un pacte mondial de l’emploi fondé sur des mesures incitatives fiscales.


Le défi, ont insisté les participants au débat, est de sauvegarder les acquis dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Ils ont mis l’accent sur l’importance, en ces temps de crise, de la coopération régionale et internationale.  Au nom de l’Union européenne, le Représentant de la République tchèque a énuméré ses solutions de la crise, en citant la promotion du développement, le maintien de l’aide publique au développement (APD) et le renforcement de son efficacité; et l’intensification de l’aide pour le commerce avec l’octroi de crédits à l’exportation et de garanties aux investissements.


Il a aussi cité l’appui aux secteurs générateurs d’emplois comme les infrastructures, l’agriculture et les énergies renouvelables.  Le fait qu’il ait défendu l’intensification des efforts dans les domaines de la paix et de la sécurité mais aussi des migrations et des changements climatiques a été salué par plusieurs délégations.  Quelques-unes d’entre elles ont rappelé le « Green Deal » prôné par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). 


DÉBAT THÉMATIQUE SUR LES MESURES PRISES PAR LE SYSTÈME DES NATIONS UNIES EN RÉPONSE À LA CRISE


Lançant la discussion, YU GONGDING, Directeur de l’Institut d’économie et de politiques mondiales de l’Académie chinoise des sciences sociales et Modérateur de la table ronde, a déclaré que les agences de l’ONU et leurs partenaires travaillant sur différents volets de la crise formaient un ensemble « indispensable » pour mieux comprendre les rouages de cette crise et mieux préparer et coordonner les réponses politiques et économiques de la communauté internationale.


Le premier panéliste, M. UGO PANIZZA, Représentant de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a rappelé d’emblée que, contrairement aux idées reçues, les répercussions de la crise sur les pays en développement étaient extrêmement sévères, marquées notamment par des pertes de valeur moyenne qui, dans certains pays émergents, ont pu dépasser les 70%.  Il a vu dans ce phénomène l’une des causes immédiates de la crise, déclenchée par l’effondrement du marché des crédits hypothécaires à risque aux États-Unis.  Pour les pays en développement touchés, l’effet est instantané mais compromet également les efforts entrepris pour réaliser dans les temps les OMD, a ajouté le conférencier. 


Comment à la fois résoudre la crise et empêcher qu’elle ne revienne plus tard sous d’autres formes? a-t-il ensuite demandé.  Pour M. Panizza, il faut que les États trouvent une alternative politique au cycle régulation-dérégulation qui scande depuis des décennies le traitement des crises qu’entraine la formation chronique de bulles spéculatives impossibles à contrôler.  Le conférencier a plaidé pour la mise en place de politiques expansionnistes et d’une refonte en profondeur du système monétaire international, « axé sur la stabilisation contrôlée du prix des produits de base ». 


Il faut définir ce que l’on entend à longueur de rapports d’experts par « efficacité financière », a encore estimé M. Panizza, pour qui les programmes économiques doivent viser la croissance économique « parce ce que c’est elle qui permet de résister aux chocs », tout en encourageant des innovations financières comportant un volet social.  Les instruments de contrôle financier de demain devront corriger les lacunes qui secouent le marché.  Il a en outre considéré que les pays en développement devaient s’efforcer d’accumuler des réserves pendant les années de vaches grasses et garantir la stabilité de leur propre système financier à mesure qu’il s’élargit.


M. SELIM JAHAN, Directeur adjoint du Bureau du Rapport mondial sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a mis l’accent sur les conséquences de la crise sur le développement humain.  Dans un tel contexte, l’ONU doit continuer d’agir dans le cadre fourni par les OMD en renforçant l’action en vue de leur réalisation. 


« Renforçons la marge de manœuvre des pays en développement, menacés de toutes parts par l’impact de la crise financière », a ajouté M. Jahan.  Il a estimé que l’ONU devait devenir une plate-forme commune aux institutions financières de Bretton Woods, et un lieu de dialogue où coordonner les efforts en faveur des groupes les plus exposés à la crise, les migrants et les femmes en particulier.  L’Assemblée générale de l’ONU doit être la caisse de résonance où tous les pays pourront faire entendre leur voix et discuter en bonne intelligence des stratégies de mobilisation des ressources nécessaires à la réalisation des OMD. 


L’intervenant a aussi jugé que la crise ne devait pas être une excuse pour réduire l’aide publique au développement (APD) mais, au contraire, une occasion d’intensifier l’action au service du développement. 


M. JEFFREY LEWIS, de la Banque mondiale, a lui aussi insisté sur les répercussions de la crise sur les pauvres et les couches vulnérables des pays en développement.  Il a notamment attiré l’attention sur l’assèchement des sources de financement des échanges mondiaux qui représentent un frein terrible à l’activité essentielle des petites et moyennes entreprises.  Cette situation provoque un ralentissement des flux de capitaux vers les pays en développement et une baisse des possibilités de prêts, a encore noté le conférencier. 


Dans ce cadre, une baisse de l’APD aurait des effets désastreux sur la réalisation des OMD et sur les conditions de vie dans les sociétés concernées.  Trois cent milliards de dollars doivent être rapidement trouvés pour atténuer l’impact de la crise sur le développement humain, a poursuivi M. Lewis, qui a noté que les pays à faible revenu ne pouvaient pas mettre en œuvre les mesures d’incitation fiscale décidées par les pays industriels. 


Il a expliqué que d’ici à 2011, la Banque mondiale comptait porter à 100 milliards de dollars le montant des prêts accordés sans conditionnalité aux pays à faible revenu.  Il a précisé que ces prêts devraient servir à soutenir les activités de protection du secteur privé, de recapitalisation des banques et des entreprises et de développement des infrastructures.   M. Lewis a également évoqué le projet du FMI de créer un fonds mondial de vulnérabilité, qui pourrait recevoir les contributions des institutions financières internationales afin d’aider les pays à répondre efficacement au défi des OMD.


M. RANJIT TEJA, du Fonds monétaire international (FMI), a expliqué que la crise avait été causée par la recherche de débouchés à une épargne accumulée du fait de taux d’intérêt et d’une inflation faibles.  L’investissement s’est effectué dans des conditions excessivement optimistes, en vue d’obtenir rapidement des retours sur investissement très importants.  Le conférencier a attiré l’attention sur les innovations de l’industrie financière, proposant toujours plus de titres et de produits alléchants mais moins sûrs qu’il n’y paraissait, ces innovations s’étant en outre développées en dehors de tout cadre de régulation et de contrôle. 


M. Teja a reconnu que les organisations internationales, dont le FMI, n’avaient pas tiré la sonnette d’alarme en temps voulu, en lançant des avertissements très limités ou abstraits à cause d’une méconnaissance de l’endroit où se trouvait l’accumulation de risques.  Il a indiqué que, dans la perspective du Sommet du G-20 qui se tiendra la semaine prochaine, le FMI avait récemment recommandé que se poursuivent le lancement de plans de sauvetage plus ambitieux et la prise de mesures destinées à élargir le périmètre de la réglementation financière, qu’il s’agisse des banques ou des sociétés de conseil.


M. Teja a de plus souhaité qu’à l’occasion du G-20 la question de la compensation soit « enfin » posée.  Il a par ailleurs fait savoir que le FMI comptait accroitre ses ressources dans les pays à faible revenu, où 500 millions de dollars seront bientôt alloués pour financer les programmes du Fonds. 


Les participants au débat ont à leur tour souligné la nature multidimensionnelle de la crise économique et financière internationale, dont l’impact sur les pays les plus fragiles remet brutalement en question les acquis économiques, mais également sociaux et politiques.  La représentante de l’Indonésie, par exemple, a évoqué les difficultés rencontrées par son pays face à la crise actuelle, alors même qu’il avait retenu les leçons de la crise des années 97 et 98.  Même en connaissance de cause, les limites financières, institutionnelles et humaines des pays en développement empêchent la mise en œuvre de mesures anticycliques à long terme, a-t-elle dit en guise de réponse à M. Ugo Panizza.


De nombreuses délégations ont en outre exprimé leur perplexité face aux déclarations des représentants de la Banque mondiale et du FMI.  Le représentant du Pakistan a notamment estimé que la reconnaissance tardive par le FMI de son manque d’anticipation était difficile à croire.  Il a indiqué que le discours de M. Teja lui avait rappelé le mea culpa d’Alan Greenspan, qui, il y a peu, et à l’image du FMI, exprimait pourtant son admiration pour la capacité d’innovation des institutions financières. 


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