27/09/2008
Secrétaire général
SG/SM/11834

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CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LE MOYEN-ORIENT PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, M. BAN KI-MOON, ET LES REPRÉSENTANTS PRINCIPAUX DU QUATUOR AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES, 26 SEPTEMBRE 2008


Michèle Montas, Porte-parole du Secrétaire général: Nous avons avec nous les membres du Quatuor: le représentant du Quatuor, M. Tony Blair; M. Javier Solana Haut-Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne; Mme  Condoleezza Rice, Secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique; le Secrétaire général; M. Sergey Lavrov, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie; Mme  Benita Ferrero-Waldner, Commissaire européenne pour les affaires extérieures.  Nous commencerons par le Secrétaire général.


Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies: Mesdames et Messieurs, bonsoir.  Nous avons eu une très bonne réunion du Quatuor cet après-midi.


Nous avons été informés par la Secrétaire d’État, Mme  Rice, de la situation des négociations entre les parties concernées et par le représentant du Quatuor, M. Tony Blair, de la situation sur le terrain.  Nous avons eu une réunion et un échange de vues très fructueux sur la voie à suivre et nous sommes convenus de soutenir le processus de négociation entre les parties et d’améliorer la situation humanitaire à Gaza.


Pour gagner du temps, je ne vais pas vous lire la déclaration intégralement, mais j’aimerais par contre appeler particulièrement votre attention sur le dernier paragraphe, qui vous sera bientôt distribué.  Il y est indiqué que le Quatuor a pris note avec satisfaction de la proposition des parties tendant à ce qu’elles informent le Quatuor de leurs négociations en cours en respectant dûment le caractère confidentiel des discussions.  Le Quatuor a indiqué qu’il souhaitait coordonner l’organisation d’une telle réunion dans la région à une date qu’il conviendrait de fixer.  Cette réunion sera la première, et les parties ont indiqué qu’elles pourraient informer le Quatuor de la situation de leur processus de négociation.  Nous nous en félicitons et nous allons décider de la date où elle aura lieu dans la région plus tard, cette année.


Merci beaucoup.  Nous sommes prêts pour vos questions.


Question: J’aimerais vous souhaiter la bienvenue au nom de l’Association des journalistes accrédités auprès de l’Organisation des Nations Unies et je vous remercie de cette occasion de dialoguer avec vous cet après-midi. 


Ma première question s’adresse à la Secrétaire d’État, Mme  Condoleezza Rice.  Plus tôt dans la journée, la Ligue des États arabes et l’Arabie saoudite ont estimé que le processus de paix au Moyen-Orient s’enlisait, à cause selon eux, des implantations israéliennes dans les territoires palestiniens.  J’aimerais que vous répondiez sur ce point.  En outre, pouvez-vous indiquer quels progrès concrets ont été réalisés selon vous au cours de ces trois derniers mois, en ce qui concerne le processus?


Condoleezza Rice, Secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique:Tout d’abord, nous avons un processus, ce qui n’était pas le cas l’année dernière à pareille époque.  C’est le processus le plus sérieux dans lequel les Palestiniens et les Israéliens se soient engagés depuis sept ans.  Lorsque nous sommes venus aux affaires, nous avons été confrontés à une intifada, à des attaques terroristes contre le territoire d’Israël.  Je pense qu’ils ont bien avancé depuis cette sombre période.  Vraiment, ils ont fait beaucoup de chemin, ne serait-ce que depuis l’année dernière à pareille époque. 


Je pourrais citer les efforts tout à fait considérables que les parties font actuellement sur le terrain –y compris les Palestiniens–, en vue de réformer et d’améliorer leurs forces de sécurité, de prendre des responsabilités sur le plan de la sécurité; le travail que le représentant du Quatuor, Tony Blair, fait sur le plan économique; les améliorations qui ont été obtenues dans des endroits comme Bethléem, Djénine et Naplouse, sur le terrain.  S’agissant des négociations elles-mêmes, j’ai été très active auprès des parties mais je respecte leur souhait de préserver la confidentialité de leurs négociations.  Mais je pense que le fait que le lendemain même du jour où le Président de l’État d’Israël lui a demandé de former le gouvernement, Tzipi Livni et son homologue, Abou Ala, se sont rencontrés, montre le sérieux de ces parties. 


Je suis donc certaine qu’il s’agit là d’un processus continu et solide qui rapproche les parties de leur objectif.  C’est un processus difficile; ce sont des questions difficiles.  S’il était facile, l’affaire aurait été réglée depuis 30 ans.  Mais elles travaillent vraiment très dur et je pense que le processus mérite l’appui et les encouragements de toutes les parties et je demande à toutes les parties, y compris à celles de la région, d’encourager les parties.


Question:Je voudrais poser deux questions qui s’adressent également à Mme  Rice.  Il y a deux jours, votre président [d’Israël], [Shimon] Peres a dit qu’il ne pensait pas qu’un accord pourrait être conclu avant la fin de l’année.  J’aimerais connaître votre opinion à ce sujet; pensez-vous que le changement actuel de gouvernement en Israël pourrait d’une façon ou d’une autre influer sur le processus?


Mme  Rice:Bien évidemment, s’agissant du dernier point, c’est une question qu’il appartient aux Israéliens de régler parce que, pour autant que je comprenne le processus, la Ministre, Mme  Livni essaiera maintenant de former une coalition et de créer un gouvernement.  Nous continuons de travailler – et nous travaillons avec le Premier Ministre [Ehud] Olmert; nous travaillerons avec le prochain gouvernement, quel qu’il soit.  Mais je pense que ce n’est un secret pour personne que le fait qu’il se passe beaucoup de choses dans le cadre du processus politique israélien signifie que les négociations, même si elles se poursuivent, doivent bien évidemment tenir compte de cette situation.  Toutefois, je tiens à répéter que le fait qu’elle a rencontré son homologue le lendemain même du jour où on lui ait demandé de former le gouvernement est de bon augure et exprime, à mon avis, son désir de voir le processus continuer et progresser.


Votre question concerne également Shimon Peres.  J’ai énormément de respect pour le Président Peres.  C’est un ami de longue date.  Je pense que la meilleure chose que nous puissions faire est de continuer de travailler avec les parties.  Elles continueront elles-mêmes de travailler.  Je pense qu’elles peuvent encore conclure un accord avant la fin de l’année.  Ça n’a jamais été facile et cela ne le sera certainement pas davantage maintenant.  Mais, pour autant, les problèmes sont tout à fait clairs et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question d’époque.  Je pense qu’il s’agit d’agir sans relâche.  À tout le moins, elles ont assurément engagé un processus solide et je pense qu’elles veulent continuer dans cette voie.  Je pense qu’elles ont encore la possibilité d’aboutir à un accord.


Mme  Montas: Nous répondrons à deux autres questions.


Question: Madame la Secrétaire d’État, pensez-vous qu’il soit opportun que le Liban engage des pourparlers directement avec Israël?


Mme  Rice: C’est une décision qu’il appartient au Gouvernement libanais de prendre.  Quant à savoir de quelle manière il atteindra l’objectif qui est celui de nous tous, car il faut également trouver une solution à tous les problèmes qui font l’objet des négociations israélo-libanaises.  Vous vous souviendrez sûrement qu’à Annapolis, nous avons dit qu’un accord de paix global devrait en définitive comporter un accord de règlement israélo-palestinien, un accord de règlement israélo-syrien et un accord de règlement israélo-libanais.  Bien entendu, il y a des choses que l’ONU et le Secrétaire général doivent encore faire en vertu de la résolution 1701 (2006) concernant la question des territoires et le secteur des fermes de Chebaa, la délimitation de la frontière –qui doit avoir lieu– et du travail qui doit être fait par les cartographes.  Il y a donc beaucoup à faire sur le terrain.


Mais voyez-vous, ce qui est remarquable c’est qu’on a beau penser à toute cette agitation, parfois, au Moyen-Orient, il s’est passé beaucoup de choses.  Il y a au Liban un gouvernement et aussi un président, que j’ai rencontré hier et qui s’implique dans un dialogue national.  Des négociations israélo-syriennes, au moins indirectes, sont facilitées par la Turquie.  Des négociations palestino-israéliennes sont bien engagées.  C’est pourquoi j’espère qu’à un moment ou à un autre, les Libanais profiteront de ce que je considère comme une amélioration du climat général pour trouver un moyen de régler tout différend qui pourrait les préoccuper.


Mme  Montas: Une dernière question.


Question: Peut-être M. Blair pourrait-il répondre à cette question.  M. [Amre] Moussa a eu des mots durs au sujet du Quatuor.  Il a dit que celui-ci devenait de plus en plus impuissant et inutile depuis l’examen de la question des implantations au Conseil de sécurité.


Tony Blair, Représentant du Quatuor: Il est parfaitement possible de se concentrer sur les difficultés et d’avoir une attitude négative sur toutes ces questions, en particulier les problèmes tels que les implantations.  Mais je pense que si nous prenons un peu de recul par rapport à ce qui s’est passé l’année dernière, c’est-à-dire que pendant sept ans l’ensemble de ce processus était en perte de vitesse.  L’année dernière, les problèmes ont été très évidents mais il y a eu des progrès.  Une négociation politique est en cours et les parties se parlent et parlent de problèmes concrets.  C’est la première fois que l’on voit une telle chose depuis longtemps.


Deuxièmement, des changements majeurs sur le plan de la sécurité se sont produits du côté palestinien, et ce, avec l’appui de la communauté internationale.  Allez donc à Djénine et à Naplouse et parlez aux gens; les forces de sécurité palestiniennes font du bon travail.


Troisièmement, après des années de construction en Cisjordanie, laissons la bande de Gaza de côté pour le moment, ils s’engagent des deux côtés pour des raisons évidentes mais en Cisjordanie, il se passe des choses : pas seulement les projets à petite échelle et les projets à grande échelle en cours d’adoption et les zones industrielles, mais aussi un nouveau programme de logements qui est appuyé par la communauté internationale; le nouvel accord de licence concernant les téléphones mobiles a été également approuvé.


Évidemment, on peut dire –par exemple si on prend la question des implantations– et le Quatuor a fait aujourd’hui une déclaration très ferme à ce sujet.  Mais le fait est que nous avons la possibilité aujourd’hui de réaliser des changements considérables sur les plans politique et de la sécurité et d’amener les changements qu’il faut à la Cisjordanie et à son économie, ce qui donnerait de l’espoir pour l’avenir.  À ce stade, il reste énormément à faire; personne ne se fait la moindre illusion à ce sujet.  Mais il y a eu des changements et quelques progrès.  Qui plus est, nous disposons d’un cadre stratégique adopté au niveau de la communauté internationale, sur lequel nous pourrons nous appuyer.


Pour en finir avec ce point, si vous voyez ce qui se passe dans la zone de Djénine, dans le nord de la Palestine, les forces de sécurité palestiniennes font du bon travail; il y a maintenant des possibilités de développement économique et social à Djénine; et si on réussit à faire que cela marche –et il y aurait aussi encore beaucoup à faire pour cela–, mais si nous faisons en sorte que cela marche, il y aura non seulement un processus de négociation politique, mais aussi la possibilité de jeter les bases d’un futur État palestinien.


En conséquence, ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est l’optimisme béat.  Nous connaissons les problèmes et, comme j’ai dit, il est possible d’avoir une vision totalement négative de la situation mais ce n’est pas la mienne.  Ce que je vois, c’est que ça piquait du nez encore et encore depuis sept ans.  La chute s’est arrêtée et nous reprenons de l’altitude; il faut aller encore plus vite pour remonter la pente.  Mais, pour la première fois, nous disposons d’une stratégie convenue pour traiter les questions politiques et de sécurité et savoir comment faire pour atténuer les difficultés liées à l’occupation, stratégie qui nous permet de disposer d’un véritable programme d’action pour l’avenir, à mon avis.


Question: Une question pour la Secrétaire d’État, Mme  Rice, et le Ministre, M. Lavrov?


Mme  Montas: Oui, allez-y.


Question: Monsieur le Ministre, au début de la semaine, vous avez dit que ce n’était pas le moment d’adopter une nouvelle résolution contenant des sanctions contre l’Iran.  Pouvez-vous nous dire ce qui, selon vous, dans la résolution que vous avez proposée, contribuerait à amener l’Iran à suspendre ses activités nucléaires?


Madame la Secrétaire d’État, quand vous avez pris la parole devant le Conseil de sécurité aujourd’hui, on a perçu un certain agacement causé par l’inertie du Conseil, non seulement sur le plan nucléaire mais aussi au sujet des remarques du Président [Mahmoud] Ahmadinejad à l’égard d’Israël, par exemple.  Pensez-vous que le Conseil de sécurité dans l’ensemble ait été suffisamment ferme, globalement, à l’égard de l’Iran? Merci.


Sergey Lavrov, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie (interprétation à partir du russe): Merci.  Je répondrai tout d’abord à votre question.  Il est vrai que nous pensions, et que nous continuons de penser, qu’il n’est pas opportun, à ce stade, d’envisager au niveau ministériel ou à tout autre niveau, cette proposition d’adopter de nouvelles sanctions contre l’Iran.  Notre position n’a absolument pas changé.  Nous sommes sûrs que, sur la base de l’évaluation figurant dans le dernier rapport du Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, M.  [Mohamed] ElBaradei, nous pouvons continuer nos efforts en vue de créer les conditions propices à des négociations, sur la base des propositions que notre groupe –le trois plus trois ou le cinq plus un, on peut l’appeler de différentes manières– a soumis à la partie iranienne pour examen.


Quant à la résolution qui a été soumise au nom des six membres du Conseil de sécurité, elle a pour objectif primordial de réaffirmer que nul ne peut avoir le moindre doute quant à la question de savoir que les six continuent de rester unis en vue d’atteindre l’objectif essentiel pour lequel nous avons partie liée.  Cet objectif est d’aider l’AIEA à s’assurer que le programme nucléaire de l’Iran ne comporte pas d’aspects militaires.  Cet objectif persiste.  En dépit des différences pratiques qui surgissent de temps à autre s’agissant de comment s’y prendre pour l’atteindre, les six sont complètement déterminés à y parvenir.  En réaffirmant les résolutions existantes du Conseil de sécurité et en exhortant l’Iran à les appliquer pleinement, je pense que nous lui indiquerions clairement qu’il importe de s’abstenir de toute tentative de jeter le doute sur la tâche cruciale relative au renforcement du régime de non-prolifération.


Mme  Rice: S’agissant de la déclaration que j’ai faite aujourd’hui, il s’agit simplement d’une déclaration qui, à mon avis, devait être faite devant le Conseil de sécurité.  Il est tout de même tout à fait extraordinaire qu’un Membre des Nations Unies puisse appeler à la destruction d’un autre État Membre de l’Organisation des Nations Unies sans que le Conseil de sécurité ne dise rien à ce sujet, alors qu’il est après tout chargé de traiter les menaces contre la paix et la sécurité internationales.  En outre, je pense que lorsque nous avons un débat général ou des discussions générales au Conseil de sécurité, il est important de prendre bonne note des choses réellement horribles qui ont été dites par le Président de l’Iran au sujet de l’État d’Israël, notamment au cours de son discours le plus récent devant l’Assemblée générale des Nations Unies.  Je pense que cela est absolument inacceptable dans une société civilisée, et je tenais à insister sur ce point.


En ce qui concerne le Conseil de sécurité et ses efforts continus, je dirai que nous appliquons une stratégie à deux voies.  Nous souhaitions montrer que les six membres du Conseil continuaient d’appliquer cette stratégie dans l’unité, mais je voudrais simplement signaler que le Conseil de sécurité a adopté trois résolutions, ce qui est tout à l’avantage du Conseil.  Nous n’avons toujours pas convaincu les Iraniens qu’ils ont intérêt à choisir la voie de la négociation mais j’espère qu’il y a des personnes raisonnables en Iran qui pourraient souhaiter trouver une issue et arrêter d’accentuer l’isolement de leur pays.


Mme  Montas: Nous devons arrêter maintenant.  Je vous remercie tous.  Nos participants ont eu une très longue journée.


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