25/02/2008
Conseil économique et social
FEM/1664

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commission de la condition de la femme                     

Cinquante-deuxième session                                 

1e et 2e séances – matin et après-midi


LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL LANCE LA CAMPAGNE CONTRE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES


Ban Ki-moon s’engage à promouvoir dans les faits les normes juridiques internationales ayant trait à la protection des femmes et de leurs droits


Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, a lancé ce matin, en ouverture des travaux de la Commission de la condition de la femme, la Campagne visant à mettre fin à la violence à l’égard des femmes.  « Je resterai hanté par la souffrance des femmes que j’ai rencontrées dans les zones de conflit », a confié ce matin le Secrétaire général aux participants.  « Mais je puise mon inspiration dans leur courage », a-t-il souligné.


Selon les Nations Unies, au moins une femme sur trois dans le monde court le risque d’être victime d’abus physiques ou sexuels, et une femme sur cinq d’être victime d’un viol ou d’une tentative de viol.  La traite des femmes, le harcèlement sexuel, les mutilations génitales, les crimes d’honneur et l’infanticide en raison du sexe sont également répandus.  On estime que plus de 130 millions de filles et de femmes vivant aujourd’hui ont subi des mutilations génitales, et que 2 millions de filles par an courent le risque d’être mutilées.


Avec le lancement de cette campagne, qui aura lieu jusqu’en 2015, date butoir pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), le Secrétaire général s’est engagé à promouvoir dans les faits les normes juridiques internationales existantes en matière de protection des droits des femmes.  Devant plus d’une dizaine de ministres et une salle de conférence comble, M. Ban Ki-moon a appelé le Conseil de sécurité à établir un mécanisme qui s’attache à suivre les cas de violence contre les femmes et les fillettes dans le cadre de la résolution 1325 relative aux femmes, à la paix et à la sécurité. 


Le Secrétaire général a aussi promis de faire pression auprès des gouvernants de chaque pays pour qu’ils révisent leurs lois nationales.  Il a exhorté les médias à relayer son message et appelé les hommes à montrer l’exemple et « à faire connaître que la violence faite à une femme est un acte de lâcheté ».  M. Ban Ki-moon a également proposé la tenue d’un événement de haut niveau en 2010 pour passer en revue ce qui aura été accompli en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.  Concluant son discours, le Secrétaire général a, en guise de symbole du large partenariat qu’il entend créer, appelé à ses côtés un représentant des gouvernements, de la société civile, du secteur privé, des groupes féminins et des hommes qui ont « sifflé » la fin de la violence à l’égard des femmes.


Le Président du Conseil économique et social (ECOSOC), M. Léo Mérorès, a dit sa détermination à accorder tout l’appui possible à la Campagne lancée par le Secrétaire général sur la base des résolutions adoptées par l’ECOSOC.  La violence contre les femmes, a insisté le Président du Conseil, a un coût humain, sanitaire, social et économique.  Cette violence appauvrit en effet non seulement les femmes, mais aussi les familles, les sociétés et les pays, tandis que les inégalités créent les conditions favorables à sa perpétuation.  Ce point de vue a été repris par la Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), Mme Thoraya Obaid, qui s’exprimait au nom du système des Nations Unies.  La violence contre les femmes, a-t-elle ajouté, est liée directement aux inégalités entre les sexes. 


Le thème choisi pour la session de la Commission de la condition de la femme qui est « le financement de la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes » a été perçu par les délégations comme fort opportun, étant donnée la tenue prochaine de grandes conférences internationales sur le thème du financement du développement.  M. Sha Zukang, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires économiques et sociales, a estimé que la violence envers les femmes et les fillettes constituait un obstacle à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Le Sommet mondial de 2005 a en effet montré qu’investir dans les femmes et les fillettes a un effet multiplicateur sur la productivité et sur la croissance économique durable, a-t-il rappelé.


Mme Rachel Mayanja, Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, a quant à elle regretté que le Consensus de Monterrey, tout en reconnaissant que l’égalité entre les sexes et l’autonomisation de la femme constituent des objectifs de développement, n’a pas conduit de manière substantielle à l’élaboration de plans d’action ou de recommandations sur cette question. 


Les Ministres des pays suivants ont pris la parole dans le cadre du débat général: Antigua-et-Barbuda; Slovénie, au nom de l’Union européenne et des pays associés; Islande; Suède; Soudan; Côté d’Ivoire; République dominicaine et Togo.  Les représentants des pays suivants ont aussi fait des déclarations: Argentine; Mexique.  La représentante de l’ONG « Equality Now », qui s’exprimait au nom des ONG, a également pris part au débat.


La nécessité de l’appropriation et de l’institutionnalisation du « budget genre » a été soulignée par les experts participant aux tables rondes organisées cet après-midi en salles de conférence 2 et 4.  Il y a aussi été question de création d’emplois décents, de promotion des politiques de libéralisation du commerce qui tiennent compte de l’impact d’une telle libéralisation sur les femmes, ou encore de la redistribution des flux budgétaires afin de favoriser l’accès aux microcrédits, aux activités d’entrepreneuriat et le dialogue social.


LANCEMENT DE LA CAMPAGNE VISANT À METTRE FIN À LA VIOLENCE À L’ÉGARD DES FEMMES PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL


SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »: RÉALISATION DES OBJECTIFS STRATÉGIQUES ET MESURES À PRENDRE DANS LES DOMAINES CRITIQUES ET NOUVELLES MESURES ET INITIATIVES: FINANCEMENT DE LA PROMOTION DE L’ÉGALITÉ DE LA PROMOTION DE L’ÉGALITÉ DES SEXES ET DE L’AUTONOMISATION DES FEMMES


Déclarations liminaires


M. OLIVIER BELLE, Président de la Commission de la condition de la femme (Belgique) a rappelé que la Commission s’est toujours efforcée de mettre un terme à l’un des pires fléaux qui touche un nombre incalculable de femmes, à savoir la violence contre les femmes.  La Commission, a-t-il souligné, occupe une place centrale dans la lutte contre ce phénomène.  En dénonçant ces violences, elle a placé cette question au centre de l’Agenda international des droits de l’homme, a dit M. Belle.  La Commission, a encore dit le Président, s’est intéressée à diverses formes de violences faites aux femmes et aux répercussions qu’elles peuvent avoir sur leur vie.  La Commission a aussi pris acte des progrès réalisés et a identifié les nombreux obstacles qui persistent.  Pour éliminer la violence faite aux femmes, il faut du courage et de la volonté politiques, mais il faut surtout des moyens, a estimé M. Belle.  Il faut mobiliser la scène internationale et une impulsion au plus haut niveau, a conclu le Président, en se félicitant de l’implication personnelle du Secrétaire général. 


À son tour, M. LÉO MÉRORÈS (Haïti), Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a félicité le Secrétaire général pour l’« excellente initiative » qu’il a prise en lançant cette Campagne.  Le gisement de croissance cachée que recèlent les femmes exige qu’elles puissent pleinement participer à la vie économique, sociale et politique, a indiqué le Président de l’ECOSOC.  Or aujourd’hui dans le monde, la violence faite aux femmes a pris une dimension « effrayante », a dit le Président du Conseil économique et social, en rappelant qu’un milliard de femmes sont victimes d’une forme de violence ou d’une autre, et que 70% des femmes victimes d’un meurtre sont tuées par leur partenaire.  Pendant sa vie, une femme sur cinq sera victime d’un viol ou d’une tentative de viol.  Plus de 35 millions de filles et de femmes subissent des mutilations génitales, et 80% des filles seront mariées avant l’âge de 18 ans.  La violence contre les femmes, a insisté le Président, a un coût humain, sanitaire, social et économique.  Elle appauvrit les femmes, les familles, les sociétés et les pays.  Les inégalités créent les conditions favorables à la violence contre les femmes.  L’inégalité et la discrimination dont sont victimes les femmes dans l’accès aux emplois et aux ressources économiques renforcent leur vulnérabilité à la violence.  Passant en revue les textes que l’ECOSOC a adoptés, le Président a dit son intention de s’appuyer sur un ECOSOC réformé pour lutter pour l’égalité des sexes et contre la violence faite aux femmes.  L’ECOSOC, a-t-il conclu, accordera tout l’appui possible à la Campagne du Secrétaire général.


Mme TAINA BIEN-AIMÉ, de l’ONG, Equality Now, qui s’exprimait au nom des ONG, a estimé que l’un des défis à relever sera de définir, de comprendre et de traiter la notion d’égalité.  Il faut déployer des efforts importants et concrets sur le terrain et au niveau gouvernemental, a-t-elle recommandé.  Ceux qui violent les femmes, ceux qui font l’objet de crimes d’honneur, familiaux et culturels, ou encore ceux qui les exploitent doivent en être rendus responsables aux yeux de la loi.  Sans la participation des hommes et des garçons, a-t-elle prévenu, tous les efforts que nous faisons resteront vains.  Les Nations Unies, a-t-elle conclu, ont reconnu que la participation des femmes est un moyen critique de lutter contre la pauvreté, le VIH/sida et les conflits.  Si la moitié de la planète se voit privée de ses droits, le monde ne pourra pas avancer, a conclu Mme Bien-Aimé, en espérant voir émerger un monde d’égalité entre les sexes qui condamne sans équivoque la violence contre les femmes.  


Mme THORAYA OBAID, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), qui s’exprimait au nom du système des Nations Unies, a souligné d’emblée que la lutte contre la violence faite aux femmes est une priorité et une exigence en matière de promotion et de respect des droits de l’homme.  La réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) exige des ressources pour contribuer à l’autonomisation des femmes et à la lutte contre la violence et enrichir ainsi les familles, les sociétés et les nations.  Nous ne pouvons reléguer la pauvreté dans le passé si nous ne faisons pas d’abord de la violence un fait du passé, a-t-elle affirmé.  En la matière, il faut être particulièrement attentif aux couches de la population féminine les plus vulnérables.  Nous avons la responsabilité et la capacité de nous atteler à ces tâches.  Nous devons, a poursuivi la Directrice exécutive, élargir l’accès aux services de santé et à l’éducation parce que lorsqu’elles sont éduquées, les femmes améliorent leur santé et la survie de leurs enfants. 


La violence contre les femmes, a-t-elle encore dit, est liée directement aux inégalités entre les sexes.  La lutte exige que les voix des femmes soient entendues.  Il nous faut un chef de file comme le Secrétaire général, parce que le moment est venu de mettre un terme à la complicité et de créer un monde où les garçons et les filles ont des responsabilités et des chances égales.  Il faut garantir que tous ceux qui doivent répondre à la violence contre les femmes, y compris le système judiciaire, soient sensibilisés et éduqués, a dit Mme Obaid. Aujourd’hui les Nations Unies s’engagent dans une action urgente pour passer de l’impunité à la justice et reléguer dans le passé la violence contre les femmes, a conclu la Directrice exécutive. 


Nous sommes réunis aujourd’hui pour lancer une Campagne mondiale visant à mettre fin à la violence faite aux femmes, a déclaré M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies.  La lutte contre ce fléau ne peut pas attendre, a-t-il dit, en dédiant sa Campagne aux femmes battues ou exploitées sexuellement, aux filles à qui on a préféré un garçon, ou aux filles victimes de la violence dans les conflits armés.  Je serai à jamais hanté, a-t-il confié, par la souffrance des femmes que j’ai rencontrées dans les zones de conflit.  Cette Campagne est pour les femmes et les filles, qui ont le droit de vivre sans violence.  Nous savons que l’inégalité entre les hommes et les femmes entrave les progrès qui pourraient être accomplis dans la réalisation des OMD, a souligné le Secrétaire général, en pointant le doigt sur le coût économique et social « énorme » de cette violence.  Les cadres politiques existent, a-t-il relevé.  L’action des Nations Unies contre la violence dans les conflits réunit 12 entités.  L’Équipe spéciale des Nations Unies est à la tête d’un programme conjoint au niveau national.  Le Fonds d’affectation spéciale contre la violence faite aux femmes est très actif.  En décembre dernier, l’Assemblée a adopté une résolution historique sur le viol et la violence sexuelle, et la résolution 1325 du Conseil de sécurité a mis la question au centre de l’Agenda international. 


Le Secrétaire général a lancé un appel au Conseil de sécurité pour qu’il créé un mécanisme de suivi de la mise en œuvre de ladite résolution.  Il n’y a pas de solution à taille unique, a-t-il convenu, en appelant chaque nation à élaborer sa propre stratégie.  Il y a pourtant, a-t-il nuancé, une vérité universelle qui veut que la violence faite aux femmes n’est jamais acceptable, excusable ou tolérable.  Je contacterai, a promis le Secrétaire général, les gouvernants de chaque pays pour qu’ils révisent leurs lois et garantissent que la violence contre les femmes soit toujours suivie de pénalités.  Il a encouragé les médias à relayer le message et les organisations régionales à fixer des priorités et des cibles.  Il a aussi dit vouloir galvaniser le système des Nations Unies pour qu’il apporte un appui plus efficace.  Il s’agira aussi de mobiliser les hommes et les garçons dans tous les domaines.  Je travaillerai main dans la main, a poursuivi le Secrétaire général, avec les groupes féminins dans le monde entier.  Je proposerai un événement de haut niveau en 2010 pour passer en revue ce qui a été accompli. 


Ma Campagne, s’est-il expliqué, reposera sur un partenariat large.  Je demande à tous les jeunes du monde entier de nous aider.  Je fais appel au secteur privé, dont le concours est indispensable.  J’appelle les hommes à monter l’exemple et à faire connaître que la violence faite à une femme est un acte de lâcheté.  J’appelle tous les États Membres à s’impliquer, car ils sont les premiers responsables.  Ensemble, nous réussirons, a affirmé en conclusion le Secrétaire général. 


Débat général


M. SHA ZUKANG, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a estimé que la violence envers les femmes et les fillettes constituait un obstacle à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, précisant qu’en 2006 l’Assemblée générale avait demandé au Conseil économique et social ainsi qu’à ses commissions techniques et subsidiaires d’examiner cette question dans le cadre de leurs mandats respectifs.  C’est ce que vient de faire la Commission du développement social dont la session avait pour thème le plein-emploi.  Ses travaux ont montré que la violence faite aux femmes limite leur participation au marché de l’emploi, a dit le Secrétaire général adjoint.  M. Sha Zukang s’est aussi félicité du fait que cette Commission organisera une table ronde sur l’établissement d’indicateurs, précisant que le thème choisi cette année et relatif au « financement de la parité et de l’autonomisation des femmes » cherchera à combler le fossé entre les politiques mondiales et leur mise en œuvre au niveau national.  


Le Secrétaire général a également estimé que le choix de ce thème tombait à point dans le cadre des préparatifs de la Conférence de suivi du Consensus de Monterrey sur le financement du développement, qui aura lieu à la fin de l’année à Doha, au Qatar.  Le Sommet mondial de 2005 a en effet montré qu’investir dans les femmes et les fillettes a un effet multiplicateur sur la productivité et sur la croissance économique durable.  Accroître les ressources pour parvenir à l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes contribuera de manière significative à la réalisation de tous les Objectifs du Millénaire pour le développement, a souligné M. Sha Zukang.  Le Secrétaire général adjoint a également souligné l’importance d’associer les femmes aux processus de paix et a dit attendre la contribution de la Commission sur ce thème également.  Il s’est aussi réjoui de constater que la Commission avait choisi comme thème émergent celui des changements climatiques, soulignant que les femmes pauvres étaient dépendantes des ressources naturelles pour leur survie et qu’elles étaient aussi des agents importants du changement.


Mme RACHEL MAYANJA, Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, a estimé que l’année 2008 fournissait une occasion idoine pour combler le fossé entre les politiques et la réalité sur le terrain en raison d’une série de réunions organisées au niveau mondial, dont notamment la CNUCED XII; le Segment de haut niveau sur les Objectifs du Millénaire pour le développement, qui aura lieu en septembre prochain au Siège; le suivi de la Conférence de Monterrey, ou encore les négociations en cours sur les changements climatiques.


Abordant le thème du financement de l’égalité entre les sexes et l’émancipation des femmes, elle a regretté que le Consensus de Monterrey, tout en reconnaissant que l’égalité entre les sexes et l’autonomisation de la femme constituent des objectifs de développement, n’a pas mené de manière importante à l’élaboration de Plans d’action ou de recommandations sur cette question.  Au niveau des pays, de nombreuses politiques prometteuses en faveur de l’égalité entre les sexes ont pâti du manque de ressources, a indiqué Mme Mayanja.  Les femmes sont marginalisées dans le cadre de l’exercice d’allocations budgétaires, a-t-elle indiqué.  S’agissant des Objectifs du Millénaire pour le développement, Mme Mayanja a appelé à ce que l’on accorde davantage d’attention à l’Objectif nº3, relatif à l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.  Elle a aussi estimé que l’égalité entre les sexes était une composante essentielle du régime des droits de l’homme, « une notion qu’il convient de renforcer au moment où nous célébrons le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme ». 


Mme Mayanja est revenue sur les activités menées par son bureau sur le thème des femmes, de la paix et de la sécurité, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité.  Elle a regretté que les membres du Conseil n’aient pas été en mesure de parvenir à l’élaboration d’un mécanisme au sein du Conseil pour enregistrer les cas de violence contre les femmes et les fillettes dans les sociétés touchées par la guerre.  Elle s’est en revanche réjouie que la Commission ait choisi « les changements climatiques » comme thème émergent, soulignant que les femmes sont les premières victimes des catastrophes naturelles face auxquelles elles sont particulièrement vulnérables.


Mme Mayanja a assuré la Commission que des modalités de coopération vigoureuses avaient été établies au sein du Secrétariat, comme l’a montré la septième session du Réseau interinstitutions sur les femmes et l’égalité entre les sexes qui a établi cinq équipes spéciales chargées des thèmes de travail suivants: le suivi de la Campagne du Secrétaire général pour mettre un terme à la violence à l’encontre des femmes et les fillettes, suivre le financement des projets sur l’égalité, les changements climatiques, l’édification des capacités pour l’intégration d’une dimension sexospécifique et la mise en œuvre de la résolution de l’Assemblée générale sur l’élimination du viol.  Le Réseau a continué à faire des progrès vers la réalisation d’une politique sur l’égalité et la promotion de la femme à l’échelle du système, a assuré la Sous-Secrétaire générale.  Il travaille en particulier sur l’établissement de politiques et de stratégies à l’échelle du système visant à assurer une cohérence avec les indicateurs de performance d’égalité entre les sexes dans les activités opérationnelles.


Mme JACQUI QUINN-LEANDRO, Ministre du travail et de l’administration publique d’Antigua-et-Barbuda, qui prenait la parole au nom des États membres du Groupe des 77 et de la Chine, a estimé que le thème prioritaire de la session permettra à la Commission de faire des contributions à la réunion de Doha sur le suivi de la Conférence internationale sur le financement du développement.  Les pays en développement, a-t-elle dit, ont eu recours à plusieurs mécanismes pour financer l’émancipation des femmes.  Elle a à cet égard cité les investissements dans le secteur social, l’élargissement de l’accès au microcrédit et une budgétisation soucieuse d’égalité entre les sexes.  Malgré leurs efforts, de nombreux pays en développement continuent de souffrir d’un manque de ressources dû, entre autres, au fardeau de la dette; à l’imposition de politiques d’austérité fiscale ou de faible inflation; au manque d’accès aux marchés; à la privatisation imposée des services et à l’absence de sources novatrices de financement, a noté Mme Quinn-Leandro.


Pour accélérer les choses, la Ministre a préconisé l’établissement de priorités dans l’intégration de la perspective sexospécifique dans les politiques de développement, de mise en œuvre et d’évaluation.  Il faut aussi aider les pays en développement à renforcer leur capacité de produire des données et des indicateurs ventilés par sexe, a-t-elle ajouté.  La Ministre a aussi plaidé pour une sensibilisation plus générale à une forme de budgétisation soucieuse d’égalité entre les sexes qui doit impliquer toutes les parties prenantes.  Elle a conclu en rappelant aux pays développés leur engagement de consacrer 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement (APD), dont une tranche de 0,15% à 0,20% irait aux pays les moins avancés (PMA).


Mme ROMANA TOMC, Ministre du travail, de la famille et des affaires sociales de la Slovénie, a déclaré au nom de l’Union européenne et des pays associés, que l’élimination de la violence envers les femmes et les fillettes était indispensable à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Elle a dans ce contexte appuyé la Campagne lancée ce matin à cet effet par le Secrétaire général.  Elle a estimé que l’accès des femmes au travail de qualité était une des étapes les plus cruciales dans la promotion de la femme.  Elle a également souligné l’importance des budgets nationaux pour parvenir aux objectifs stratégiques établis dans le cadre notamment du Programme d’action de Beijing.  L’Union européenne a adopté une approche double qui implique l’allocation de budgets propres à des projets d’autonomisation des femmes et l’intégration des sexospécificités dans les budgets nationaux, a dit Mme Tomc.  La représentante a loué le travail des organisations non gouvernementales sans lesquelles, a-t-elle estimé, la communauté internationale ne répondrait pas de manière vigoureuse aux grandes questions de notre temps que sont la pauvreté, la violence envers les fillettes, la traite des femmes et le tourisme sexuel, la santé reproductive ou encore les effets de la pandémie de VIH/sida sur les femmes et les fillettes.


La représentante a souligné que la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement était une priorité de l’Union européenne et qu’en 2007 l’Union avait élaboré des indicateurs sur les femmes et la pauvreté.  Il existe également le Consensus européen adopté en 2005, qui comprend des directives pour l’action, des objectifs, et cinq principes communs aux institutions de l’Union européenne et ses États membres dans le cadre de la coopération pour le développement, a-t-elle indiqué.  Elle a précisé que l’Union européenne a contribué pour trois fois plus de ressources qu’auparavant aux nouveaux programmes thématiques pour la période 2007/2013 et que la Conférence ministérielle « EuroMed » sur le thème « Renforcer le rôle des femmes dans la société » avait adopté un Plan d’action sur cinq ans.  S’agissant des femmes en période de crise et de conflit, elle a annoncé que l’Union européenne disposait d’un document d’orientation sur ce thème, qui appelle au renforcement des efforts dans la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité.


Mme INGIBJÖRG SÓLRÚN GÍSLADÓTTIR, Ministre des affaires étrangères de l’Islande, a insisté sur le fait que l’autonomisation des femmes est le meilleur investissement qu’une société puisse faire.  Elle a cité pour preuve le fait que son pays, qui a reçu une aide au développement jusqu’en 1976, est aujourd’hui, grâce à un tel investissement, devenu numéro un sur l’indice du développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Cela a exigé beaucoup de travail, mais l’impact de cet investissement sur le développement socioéconomique est indiscutable.  La parité des sexes est une question essentielle de la politique étrangère de l’Islande parce que tout le monde doit pouvoir tirer parti de l’expérience des autres, a expliqué la Ministre, en plaidant pour que les organisations pertinentes soient dotées des ressources financières et humaines requises.  La Ministre a aussi expliqué que face aux ratés constatés dans son pays, le Parlement est en train d’examiner une loi qui permettra de renforcer la capacité de l’État d’évaluer les progrès accomplis dans les secteurs public et privé.  Elle a encore indiqué que la politique de coopération de son pays met l’accent sur l’autonomisation des femmes.  En la matière, l’UNIFEM et le FNUAP sont des partenaires de choix, a-t-elle dit.  En conclusion, la Ministre islandaise a rappelé que son pays s’est porté candidat à un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité.  Elle a d’ailleurs souligné que l’Islande a élaboré un plan d’action pour la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité.


Mme NYAMSKO SABUNI, Ministre de l’intégration et de l’égalité entre les sexes de la Suède, a expliqué que pour le Gouvernement suédois, une société plus juste et équitable passe par une distribution égale du pouvoir entre les hommes et les femmes.  Pour cela, la Suède met en œuvre deux stratégies, à savoir l’intégration des sexospécificités dans toutes les politiques et domaines de prises de décision, et l’adoption de mesures spéciales dans des domaines qui exigent une action urgente.  Ainsi, un Plan d’action pour lutter contre la violence a été mis en œuvre, et un projet de recherche sur la santé des femmes a été lancé, tandis que le Gouvernement finance un programme visant l’égalité entre les sexes aux niveaux local et régional.  Accueillant avec satisfaction la Campagne lancée ce matin par le Secrétaire général, Mme Sabuni a estimé qu’un thème de suivi de cette session de la Commission devrait être celui de l’examen de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité.  Elle a précisé que son pays avait été l’un des premiers à adopter un Programme d’action national pour la mise en œuvre de cette résolution.


Mme SAMIA AHMED MOHAMED, Ministre des affaires sociales et de la condition des femmes et des enfants du Soudan, a affirmé que depuis les années 1960, les femmes soudanaises ont acquis le droit de vote et celui d’être élues.  Les femmes ont droit à un salaire égal à celui des hommes pour un travail égal et leur âge de retraite est le même que celui des hommes.  La participation des femmes à la vie économique a augmenté de 30%, a encore dit la Ministre, en soulignant qu’en mars 2007, le Soudan a adopté une politique portant sur six domaines, à savoir: la santé, l’environnement, l’éducation, l’émancipation économique des femmes, leur participation au processus de prise de décisions, à la résolution et la consolidation des conflits et enfin les droits de l’homme.  Des obstacles subsistent toujours, a-t-elle néanmoins avoué, en citant des domaines tels que l’accès aux marchés, aux ressources productives et aux nouvelles technologiques.  Après avoir affirmé que « la violence est pratiquement inexistante au Soudan à l’exception de cas individuels », la Ministre a dénoncé la traite des femmes comme une plaie de l’humanité et un retour dangereux à l’esclavage en Afrique.  Elle a donc appelé à une restructuration des actions humanitaires.  La Ministre a conclu en jugeant incroyable que l’on mette tant l’accent sur les droits des hommes, des femmes et des migrants, tout en fermant les yeux sur le droit des peuples au développement et au contrôle de leurs ressources.  Elle a donc rappelé aux pays développés leurs engagements en matière d’APD.


Mme JEANNE PEUHMOND, Ministre de la famille, de la femme et des affaires sociales de la Côte d’Ivoire, a rappelé la signature en février 2007, de la Déclaration solennelle sur l’égalité des chances, l’équité et le genre.  Sur la base de la Déclaration, un cadre d’orientation national de la politique en matière de genre a été élaboré en Côte d’Ivoire.  Au nombre des objectifs immédiats, la Ministre a cité la réforme du processus de budgétisation, la programmation dans le budget de chaque structure publique ou privée d’une allocation visant à traiter des questions d’égalité et d’équité entre les sexes; et la promotion du secteur privé, moteur de la croissance, et du développement rural.  En outre, a-t-elle dit, le Premier Ministre s’est dit engagé à faire de la participation des femmes à la prise de décision un élément déterminant de la réussite de l’Accord de paix de Ouagadougou.  Le Ministère de la famille a également favorisé la création de 13 cellules consacrées au genre dans les ministères techniques.  Un Fonds national « femmes » a été créé pour accompagner le processus de reconstruction postcrise, a encore indiqué la Ministre.  En concluant, elle a recommandé de mobiliser les ressources pour le renforcement des capacités de tous les acteurs de développement en matière de budgétisation selon le genre.  Mme Peuhmond a aussi recommandé de développer des programmes visant à intégrer le genre dans le processus de planification et de budgétisation dans tous les secteurs de développement.


Mme FLAVIA GARCIA, Secrétaire d’État à la condition de la femme de la République dominicaine, qui s’exprimait au nom du Groupe de Rio, a avoué que dans sa région, la promotion de l’émancipation de la femme a été confrontée à des modèles sociaux et culturels profondément enracinés.  Elle a donc salué l’aide des organismes du système des Nations Unies avant de souligner la nécessité de disposer de ressources adéquates et d’un renforcement de la coopération dans chaque région.  Il est tout aussi indispensable, a-t-elle dit, d’adopter les mesures qui s’imposent, notamment dans les domaines législatif, budgétaire et institutionnel, pour renforcer l’impact politique et la capacité technique des mécanismes mis en place.  Mme Garcia s’est prononcée pour des politiques de lutte contre certains modèles culturels, qui doivent sous-tendre la lutte contre la violence faite aux femmes.  La Secrétaire d’État dominicaine a aussi commenté la question de la traite des êtres humains, en soulignant que la lutte contre ce phénomène exige une action décisive, coordonnée et collective aux niveaux national et international.  Elle a ensuite fait une déclaration au nom de son pays dans laquelle elle a attiré l’attention sur l’augmentation du budget du programme de la condition de la femme.  Parmi les obstacles, elle a cité la culture patriarcale qui a donné lieu à des pratiques discriminatoires.


Mme MAGDALENA FAILLACE (Argentine), qui s’exprimait au nom des pays du Mercosur, a indiqué que dans la région l’accent avait été mis sur l’inclusion sociale, les droits de l’homme, la lutte contre la pauvreté, le chômage ou l’emploi informel, et l’intégration de la problématique de la promotion de la femme.  Toutes nos actions dans le domaine de la gestion publique font référence aux Objectifs du Millénaire pour le développement, a-t-elle dit, tout en soulignant que la problématique du genre devrait être un thème intersectoriel.  La représentante a précisé que la Réunion spéciale sur les femmes du MERCOSUR avait eu comme point de départ le Programme d’action de Beijing, son intégration dans les politiques régionales et le dialogue amorcé dans la région.  Revenant sur l’historique et les actions menées par la Réunion spéciale sur les femmes, la représentante argentine a signalé qu’aujourd’hui celle-ci avait comme thèmes prioritaires la prévention et l’élimination de la pauvreté, la promotion de la participation politique des femmes, la traite, les femmes migrantes, le VIH/sida et les femmes, la santé reproductive et sexuelle et la promotion du travail des femmes.


Mme MEMOUNATOU IBRAHIMA, Ministre de l’action sociale, de la promotion de la femme, de la protection de l’enfant et des personnes âgées du Togo, a attiré l’attention de la Commission de la condition de la femme sur la Stratégie nationale d’intégration du genre que son pays a élaborée.  Toutes ces politiques, a-t-elle prévenu, ne peuvent aboutir que si elles se traduisent dans les faits par un financement adéquat que les budgets nationaux ne peuvent pas toujours entièrement couvrir et pour lesquels une planification adéquate et efficiente apparaît nécessaire.  La Ministre a donc lancé un appel à tous les partenaires et à toutes les bonnes volontés pour un engagement résolu en vue d’assurer le financement efficace du genre et atteindre d’ici à 2015 l’Objectif n 3 des OMD, à savoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.


Mme MARIA DEL ROCIO GARCIA GAYTAN (Mexique) a indiqué que son pays avait la semaine dernière reçu la visite de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Louise Arbour, et qu’à cette occasion un accord avait été signé qui permet au Bureau du Haut Commissaire à Mexico de continuer son travail.  La représentante du Mexique est revenue sur les activités de son pays en matière de droits de l’homme en général, et des droits de la femme en particulier, avant de préciser que le Gouvernement mexicain avait, pour 2008, alloué un budget spécifique aux politiques en faveur des femmes.  S’agissant de la réforme de l’architecture des droits de l’homme aux Nations Unies, elle a précisé que son pays était en faveur d’une seule entité travaillant sur les questions d’égalité.  Rappelant que le Mexique est particulièrement vulnérable aux changements climatiques, elle a souligné qu’il était impératif de mettre au point un mécanisme, en collaboration avec les ONG, pour garantir que les mécanismes nationaux pour la promotion de la femme tiennent compte de la vulnérabilité des femmes face aux changements climatiques.


Tables rondes de haut niveau sur le thème « Financement de la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation de la femme »


Table ronde 1


La nécessité de l’appropriation et de l’institutionnalisation du « budget genre » a été soulignée cet après-midi par M. MOHAMMED CHAFIKI, Directeur au Ministère des finances du Maroc, qui a parlé de l’expérience marocaine au cours de cette table ronde.  Il a ainsi précisé que l’adoption du « budget genre » au Maroc constituait une voie stratégique et non pas technique, pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement et le développement humain durable.  Cette stratégie se pose dans un cadre global de promotion de la démocratie qui voit au plan international la notification des levées des réserves à la Convention CEDAW et le lancement de l’Initiative nationale de développement humain par le biais d’un  processus participatif.  La question du « budget genre » a été lancée au Ministère des finances dans le cadre d’une réforme de la budgétisation sur la base de la performance, de l’évaluation des résultats et des besoins précis des populations, et notamment des femmes, a-t-il dit. 


M. Chafiki a précisé que le Maroc disposait désormais d’un manuel sur le « budget genre » à disposition des parlementaires, des ONG et des divers ministères, ce qui a ouvert une grande fenêtre d’appropriation de ce budget et permis l’élaboration d’un « rapport genre » présentant la loi des finances.  La démarche adoptée qui aboutira à la loi organique des finances est progressive.  Il s’agit aussi d’un travail de refonte des systèmes d’information statistiques concernant la situation socioéconomique du pays pour la retraduire dans une perspective du genre, perspective qui donnera lieu pour la première fois à une publication le 8 mars prochain, a précisé le représentant.  Ce processus est essentiel pour mesurer les lacunes existant par rapport aux besoins des populations.  Nous avons aussi élaboré un rapport sur la réalisation des OMD sur la base d’une régionalisation et d’une démarche par genre des coûts, a-t-il indiqué.


Sur le plan institutionnel, nous disposons de points focaux dans les ministères et « d’un rapport genre » ainsi que d’orientations pour divers départements, a poursuivi M. Chafiki.  L’ordre juridique interne du Maroc connaît également des modifications, comme par exemple les amendements apportés au Code de la famille, et qui permettent aux femmes marocaines de transmettre leur nationalité à leurs enfants.  Des progrès ont eu lieu en matière de lutte contre l’analphabétisme, mais également par exemple, en matière d’accès aux ressources naturelles comme l’eau, donnant une plus grande liberté aux femmes et aux jeunes filles pour accéder au marché de l’emploi ou à la scolarisation.


Aux questions posées par les délégations, M. Chafiki a répondu qu’au lieu de disposer de budgets spécifiques aux femmes et donc d’une ligne budgétaire réduite, il fallait réinterpréter le budget pour que l’inclusion de la sexospécificité y figure à tous les niveaux.  Ainsi, par exemple, le budget consacré à l’éducation doit disposer d’une enveloppe budgétaire afin de réduire les inégalités dans l’accès à l’éducation entre les garçons et les filles.  Les travaux menés par les points focaux mis en place dans les ministères constituent une phase de préparation budgétaire, a-t-il encore précisé.  Quand on améliore la lisibilité des budgets on améliore aussi les performances.  À d’autres questions ayant notamment trait à la réforme de la fiscalité, il a expliqué que celle-ci a un impact certain sur les revenus des femmes.  Il a également précisé que la fiscalité neutre, en vogue dans le monde actuellement, et en particulier au sein de l’Union européenne, ne permettait pas d’intégrer la dimension du genre, et qu’il s’agissait d’un défi pour les femmes et d’un nouveau chantier auquel il faudra s’attaquer. 


Nous sommes dans un contexte où le « budget genre » est soit perçu comme un gadget, soit est rejeté, a-t-il encore dit.  Pour contourner ce problème, il faut présenter la problématique dans le contexte global de l’efficacité et de la lisibilité du budget, a-t-il estimé.  Concernant la lisibilité, il a deux voies possibles.  On peut faire appel aux experts pour qu’ils explicitent le budget aux fonctionnaires, mais cela ne tient pas compte des besoins des populations n’appartenant pas à l’élite.  Pour ces derniers, il faut une réforme de la présentation des lois de finances et des budgets pour que l’ensemble de la population y ait accès avec clarté, ce qui est son droit.


Mme LETTY CHIWARA, du Fonds des Nations Unies pour le développement de la femme (UNIFEM), a rappelé que le Fonds venait d’achever une étude globale sur le thème du financement de la parité et qu’il présentera ses résultats à la Commission ce vendredi.  Relevant qu’en fin d’année aura lieu la Conférence d’évaluation du Consensus de Monterrey, elle a appelé à l’élaboration de politiques qui placent l’être humain au centre des préoccupations et accordant une attention particulière à la création d’emplois décents, aux investissements publics, à une aide financière extérieure plus prévisible, et à une politique de libéralisation du commerce qui tienne compte de l’impact d’une telle libéralisation sur les femmes.


M. MANUEL MONTES, Chef de l’analyse des politiques au Département des affaires économiques et sociales, a également souligné l’importance des conférences d’examen à venir, notamment pour sensibiliser au thème d’un financement du développement qui soit sensible aux questions de genre.  La Commission voudra peut-être envisager la mise en place d’un groupe de travail qui fera des recommandations sur cette question, a-t-il suggéré.


M. AUGUSTO LOPEZ-CLAROS, Directeur de EFD-Global Consulting Network and représentant de Baha’ï International, a déclaré que les études avaient montré l’importante contribution des femmes quand ont faisait appel à leurs talents.  Le secteur privé peut en bénéficier et promouvoir la notion de diversité des genres, notamment dans le cadre de la prise de décision, a-t-il estimé.


Mme GEMMA ADABA, du Mouvement international des syndicats, a déclaré que les politiques sont claires si l’on considère les Programmes d’action de Beijing et le Consensus de Monterrey, qui prévoient un financement durable des programmes d’égalité entre les sexes.  Nous connaissons les liens entre la pauvreté et le manque d’opportunité.  Nous savons que tous ces événements sont liés et se traduisent par la féminisation de la pauvreté.  On parle malheureusement trop peu de travail décent, a regretté Mme Adaba.  Il faudrait mettre en place des programmes qui se concrétiseraient par la redistribution des flux budgétaires afin de favoriser l’accès aux microcrédits, aux activités d’entrepreneuriat.  Ces programmes favoriseraient aussi le dialogue social, les régimes de protection sociale incluant des facteurs risques comme la perte de revenu et la place des femmes dans les syndicats.  Tous ces éléments font partie du débat, et il serait utile de recommander que la budgétisation relative au genre comprenne des indicateurs de travail décent, a souligné la représentante.


Mme FULYA VEKILOGLU, représentante du Comité des ONG au Groupe de travail sur les fillettes de l’UNICEF, a rappelé qu’une résolution de l’Assemblée générale exprime d’importantes préoccupations face aux graves violations des droits des fillettes.  La protection des femmes exige une approche basée sur les droits de l’homme, à moins qu’elles aient accès à une éducation et à des soins de santé de qualité, a dit la représentante.  Elle a estimé qu’il serait difficile de parvenir à une réelle égalité entre les sexes dans le cas contraire.  Elle a demandé à la Commission d’être vigilante sur trois points: la différenciation des données selon le sexe et l’âge, la collecte de données qui permettraient aux décideurs de mieux comprendre les problèmes auxquels font face les fillettes et l’inclusion d’une ligne budgétaire distincte pour les fillettes dans tous les Ministères.


M. OLIVIER BELLE, Président de la Commission de la condition de la femme, tirant les leçons de ce débat, a constaté la complexité de la question, qui devrait bénéficier de plus de flexibilité et de volonté politique, comme le montre le Ministère des finances du Maroc à travers la budgétisation du genre.  Mais au-delà des ministères, il faut sensibiliser les individus pour qu’ils s’approprient l’égalité des sexes et son financement, c’est la seule manière de promouvoir la coresponsabilité chez les gens et d’obtenir un soutien à ces politiques, a estimé M. Belle.


Table Ronde 2


En inaugurant la table ronde, le Modérateur, M. IYA TIDJANI (Cameroun) a souligné que l’augmentation des ressources allouées à la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes contribue sensiblement à la réalisation de tous les objectifs de développement, y compris les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  La promotion de l’égalité des sexes réduit la vulnérabilité des femmes au VIH/sida, au paludisme et à d’autres maladies.  Elle a un effet multiplicateur sur la réduction de la pauvreté, l’efficacité de la productivité et la croissance économique durable.  En même temps, la persistance des inégalités entre les sexes a un coût.  Les pays qui n’auront pas réussi à supprimer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire pourraient voir leur taux de croissance par habitant baisser en pourcentage de 0,1 à 0,3 point, a prévenu le Modérateur.


Or, a-t-il poursuivi, les dispositifs nationaux de promotion des femmes pâtissent du manque de moyens et de soutien politique.  Moins de 1% des budgets des États a été alloué aux dispositifs nationaux dans presque tous les cas, a dénoncé le Modérateur.  La coopération internationale est un mécanisme important de financement car elle peut aider à stimuler la mobilisation des ressources internes.  D’autres sources de financement novatrices ont été mises en évidence, notamment les fonds d’aide aux femmes, a-t-il dit, avant de passer la parole à l’orateur principal, M. DIONISIO PEREZ JACOME FRISCIONE, Vice-Ministre chargé des dépenses au Ministère mexicain des finances.


Le Vice-Ministre a affirmé que le plan de développement 2007-2012 a comme axe principal, la parité entre les sexes et la lutte contre toutes les formes de discrimination fondée sur le sexe.  Une coordination est assurée entre l’Institut national de la femme et les autres institutions du Gouvernement fédéral et le dialogue permanent avec les législateurs a donné des résultats importants.  Aussi, en 2007, une loi générale d’accès des femmes à une vie sans violence a-t-elle été adoptée ainsi qu’une autre loi sur l’égalité entre les hommes et les femmes.  Des textes sanctionnant toutes les formes de violence contre les femmes ont également été approuvés.  Le Gouvernement central a donné des instructions sur la formulation des budgets.  L’article 1 de la loi fédérale du budget indique que l’administration des ressources publiques doit avoir pour base l’égalité des sexes.  La proposition de budget pour 2008 a été élaborée sur la base de programmes qui ont un impact direct sur l’autonomisation des femmes.


Citant certains programmes, le Vice-Ministre a attiré l’attention sur le programme visant le secteur agricole qui appuie des projets productifs proposés par 49 000 femmes des zones rurales.  Il a aussi attiré l’attention sur les programmes de création des crèches ou encore d’appui à l’éducation de base des femmes et des jeunes filles.  Dans le cas de programmes dépendant de la demande, le Fonds national d’appui aux entreprises, le Programme d’emploi temporaire et celui des subventions et des crédits pour le logement essayent d’y répondre.  La mise au point de ces mécanismes fait que le budget de l’année 2008 prévoit une somme de 200 millions de dollars pour les programmes d’intégration de la dimension sexospécifique dans les politiques alors qu’une autre somme de 650 millions de dollars sera consacrée aux programmes spécifiques.  Dans ce contexte, le budget de l’Institut national de la femme a connu une croissance de 150% en termes réels.  Cet Institut participe au renforcement de la capacité des fonctionnaires en matière de budgétisation soucieuse d’égalité des sexes.  Le Mexique, qui va de l’avant en assurant la transversalité de ses actions, se heurte aux défis consistant à améliorer la qualité des informations requises pour élaborer les programmes, au renforcement de la coordination entre le Gouvernement central, les États et les municipalités, à la collecte d’informations statistiques plus fiables et à l’intensification d’un dialogue entre le Gouvernement et les ONG.  


Au Brésil, a expliqué la Ministre brésilienne, parmi les très nombreux orateurs qui ont pris part à la table ronde, le travail se fait au sein de tous les départements gouvernementaux, conformément au principe de transversalité.  Cette année, un plan pluriannuel a été mis en place comprenant 10 objectifs généraux dont l’un traite de la promotion de l’égalité entre les sexes.  Pendant les quatre prochaines années, toutes les politiques seront axées sur ces objectifs généraux et stratégiques du Gouvernement.  En outre, l’année dernière, le Président a lancé un Pacte national de lutte contre la violence faite aux femmes.  Quelque 500 millions de dollars seront ainsi partagés entre les 11 ministères concernés.  Le Pacte implique aussi la mise en place de mesures de prévention et de soins.  Au Brésil, a précisé la Ministre, lorsque l’on dit violence, on n’entend pas seulement la violence domestique.  Il s’agit aussi de la violence sur le lieu de travail, de la féminisation croissante du VIH/sida, de la traite des femmes ou encore de l’exploitation sexuelle.  Un travail intense se fait aux niveaux municipal et régional afin de faire évoluer sensiblement les choses d’ici à 2010. 


En toute chose, il faut d’abord, œuvrer au renforcement des capacités en matière de budgétisation soucieuse d’égalité des sexes, a estimé la Ministre de la Côte d’Ivoire, en appuyant ainsi les propos de l’orateur principal.  Le genre, s’est-elle expliquée, est toujours compris comme étant une question qui ne concerne que les femmes alors qu’elle couvre autant les femmes que les hommes.  En conséquence, la Ministre a souligné l’importance du cadrage macroéconomique pour pouvoir analyser le budget en tenant compte à la fois des hommes et des femmes.  Elle a aussi souligné l’importance qu’il y a à promouvoir la culture des droits de l’homme et de renforcer la coordination entre toutes les entités gouvernementales.  En effet, a approuvé la Ministre de l’Espagne, le financement de l’égalité entre les sexes ne signifie pas seulement une augmentation des ressources mais d’abord et avant tout une analyse de l’impact différentiel des politiques sur les hommes et sur les femmes pour pouvoir corriger les déséquilibres.  Il faut non seulement envisager des mécanismes d’égalité entre les sexes mais impliquer tous les ministères.  Tout cela ne suffira pas, a affirmé la Ministre des affaires étrangères de l’Islande, tant que les femmes ne prendront pas une part active aux processus de prise de décision.  Saluant le cas exceptionnel du Rwanda, la Ministre a aussi jugé important que cette participation ne se limite pas à la sphère politique mais qu’elle s’élargisse aussi à la sphère économique.  Les études, a-t-elle affirmé, ont montré que la présence des femmes dans les postes de direction des entreprises équivaut bien souvent à une augmentation moyenne de 10% des profits.


La question de la participation des femmes à l’économie a aussi été soulevée par la Ministre du Soudan qui a jugé que la priorité doit être donnée à l’ouverture des marchés aux produits fabriqués par les femmes ainsi qu’à son corollaire, la question des garanties de crédit.  La priorité doit aussi aller à une analyse approfondie des pesanteurs socioculturelles, a ajouté son homologue du Niger.  Le religieux musulman à qui l’ont dit qu’il est supérieur à la femme, est-il enclin à accepter l’égalité des sexes? a défié la Ministre.  Quels sont les indicateurs nécessaires pour inverser la tendance à sous-financer les organisations de femmes? a renchéri la représentante de l’Afrique du Sud.  Comment garantir que tous les mécanismes d’égalité jouissent d’une autorité suffisante au sein des gouvernements?  car, a-t-elle fait remarquer, les obstacles aux efforts visant l’égalité des sexes ne sont pas seulement d’ordre politique.  Il s’agit aussi bien souvent d’un problème d’application.


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