25/07/2008
Conseil économique et social
ECOSOC/6370

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Session de fond 2008

44e & 45e séances – matin & après-midi


FIN DE LA SESSION DE FOND DE L’ECOSOC: LE CONSENSUS SUR LA RÉSOLUTION RELATIVE À L’AIDE HUMANITAIRE D’URGENCE BRISÉ PAR LA QUESTION DE L’ACCÈS AUX VICTIMES


Pour la première fois, le Conseil économique et social (ECOSOC) a, cet après-midi, dû mettre aux voix sa résolution1 annuelle portant sur le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies, en raison de l’absence de consensus sur la question de l’accès aux victimes.  Adopté par 38 voix pour et 13 abstentions, ce texte demande aux organismes onusiens d’étoffer les observations factuelles sur lesquelles repose l’action humanitaire, en mettant en place d’autres mécanismes afin d’améliorer la qualité, la transparence et la fiabilité des évaluations qu’ils font des besoins.


C’est en adoptant cette résolution et 11 autres que l’ECOSOC a conclu aujourd’hui les travaux de sa session de fond 2008, entamée le 30 juin dernier.  Son Président a salué une session « historique », en ce sens qu’elle a donné effet aux nouvelles fonctions du Conseil dans leur intégralité.  M. Léo Mérorès a ainsi cité comme points marquants le lancement du Forum de la coopération en matière de développement et la tenue du deuxième Examen ministériel annuel, qui portait en 2008 sur le développement durable et s’est soldé par l’adoption d’une Déclaration.  Le Groupe des 77 et de la Chine, l’Union européenne et la Tanzanie se sont à la suite du Président félicités des résultats de cette édition.


La résolution sur la coordination de l’aide humanitaire souligne que les organismes de l’ONU devraient s’efforcer de renforcer les dispositifs, les connaissances et les institutions existants dans le domaine humanitaire, notamment en transférant des technologies et des compétences spéciales vers les pays en développement, et entre autres, les compétences en matière d’adaptation aux effets des changements climatiques.  Les termes de la résolution soulignent aussi la nature foncièrement civile de l’aide humanitaire et font valoir que les capacités et biens militaires ne peuvent être utilisés qu’avec le consentement des pays touchés par les situations d’urgence.


Les délégations de la France, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne; d’Antigua-et-Barbuda, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77; de la Chine, du Japon, du Liechtenstein et de la République de Corée ont expliqué leur vote.  Toutes ont exprimé leur déception de constater qu’il n’avait pu être possible de parvenir à un consensus autour de ce texte, qui a dû, pour la première fois, être mis aux voix.  L’Union européenne, par la voix de la France, a regretté qu’il n’ait pas été possible d’inclure dans le texte une référence à la question essentielle de l’accès aux victimes.  Tout en reconnaissant le caractère essentiel de l’accès aux victimes, le Groupe des 77 et de la Chine, au nom duquel s’exprimait la délégation d’Antigua-et-Barbuda, s’est dit troublé de voir que la proposition qu’il a faite d’inclure une référence au renforcement de l’assistance humanitaire auprès des populations civiles vivant sous occupation étrangère a été rejetée de manière répétée par certaines délégations.


L’ECOSOC a par ailleurs adopté, par 49 voix pour, 2 contre (Canada et États-Unis) et 2 abstentions (Cameroun et Japon), une résolution2, telle qu’oralement amendée, sur les répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien et de la population arabe du Golan syrien occupé.  Aux termes de ce texte, le Conseil demande que soient levées les sévères restrictions imposées au peuple palestinien et que soient prises d’autres mesures d’urgence pour remédier à la situation humanitaire désespérée qui prévaut dans le Territoire palestinien occupé, en particulier dans la bande de Gaza.


Il est également demandé à Israël de cesser de détruire les habitations et les biens, les institutions économiques, et les terres agricoles et les vergers dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, ainsi que dans le Golan syrien occupé.  Parallèlement, la résolution demande à Israël de remettre en état et de remplacer les biens civils, les infrastructures essentielles, les terres agricoles et les institutions publiques endommagés ou détruits du fait de ses opérations militaires dans le Territoire palestinien occupé.  Les représentants des États-Unis, du Canada, du Japon, d’Israël et de la République arabe syrienne ont expliqué leur vote.


Une troisième résolution3, adoptée sans vote, exprime la profonde préoccupation de l’ECOSOC devant les progrès inégaux et insuffisants accomplis dans la mise en œuvre du Programme d’action en faveur des pays les moins avancés pour la décennie 2001-2010.


Le Conseil économique et social a adopté sans vote une autre résolution4, qui portait sur l’intégration d’une perspective sexospécifique dans toutes les politiques et tous les programmes du système des Nations Unies.  Si ce texte encourage toutes les entités des Nations Unies à continuer d’investir dans le développement des capacités de son personnel, il n’en reconnaît pas moins qu’un écart important subsiste en ce domaine entre les principes et la pratique.  Par conséquent, la résolution invite le système des Nations Unies à renforcer ses mécanismes de responsabilisation institutionnelle.


L’ECOSOC a également adopté sans vote, telle qu’oralement amendée, une résolution5 sur le renforcement de la coordination des efforts menés par l’ONU et d’autres instances pour lutter contre la traite des personnes.  Ce texte demande instamment à tous les États d’intensifier leurs efforts de lutte contre ce phénomène.  Il exhorte en outre les gouvernements, les organisations régionales et internationales et la société civile à s’attaquer aux facteurs économiques et sociaux qui alimentent et encouragent la traite des êtres humains et à aider les victimes.


Le Conseil économique et social a par ailleurs mis un terme6 au mandat du Groupe consultatif spécial pour la Guinée-Bissau.  Il a aussi approuvé7 la convocation de la huitième session du Comité d’experts de l’administration publique, ainsi que son ordre du jour.  Prenant note8 des conclusions du rapport du Comité d’experts de l’administration publique sur les travaux de sa septième session, l’ECOSOC a insisté sur le fait qu’il est fondamental et nécessaire de renforcer les capacités de réorganisation de l’administration, et de réforme de la fonction publique.


D’autre part, sur demande de Djibouti et du Moldova, l’ECOSOC a recommandé9 que l’Assemblée générale, à sa soixante-troisième session, se prononce sur la question de l’augmentation du nombre des membres du Comité exécutif du Programme du Haut Commissariat pour les réfugiés, qui passerait de 76 à 78.


L’ECOSOC a aussi adopté10 une résolution par laquelle il a appelé l’Institut de formation et de recherche des Nations Unies (UNITAR) à poursuivre sa stratégie de collecte de fonds et tous les gouvernements, en particulier ceux des pays développés, à lui apporter un soutien, notamment financier.


Le Conseil économique et social a enfin décidé que son débat thématique de fond de 2009 serait consacré aux « tendances mondiales et nationales actuelles et leur incidence sur le développement social, y compris la santé publique ».  En outre, les thèmes de ses examens annuels approfondis au niveau ministériel pour 2010 et 2011 seront la « Mise en œuvre des objectifs et engagements convenus au niveau international qui ont trait à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes » et la « Mise en œuvre des objectifs et engagements convenus au niveau international qui ont trait à l’éducation »11.


1 E/2008/L.28

2 E/2008/L.26

3 E/2008/L.38

4 E/2008/L.32

5 E/2008/L.31

6 E/2008/L.34

7 E/2008/L.30

8 E/2008/L.33

9 E/2008/L.11

10 E/2008/L.37

11 E/2008/L.35 E/2008/L.36


Explication de vote sur l’adoption de la résolution relative au renforcement de la coordination des efforts menés par l’ONU et par d’autres instances pour lutter contre la traite des personnes (E/2008/L.31)


Le représentant des États-Unis a souligné la nécessité d’une démarche globale se concentrant sur l’offre, la demande et la lutte contre la corruption.  Il a souligné que le Protocole est une feuille de route de conditions minimales.  Il a encouragé les États Membres à y avoir recours.  Le travail des organisations multilatérales est essentiel pour soutenir les gouvernements, a-t-il poursuivi, en encourageant le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) ou encore le Bureau de la Haut Commissaire aux droits de l’homme à renforcer leurs efforts et à éviter les doubles emplois.  Le représentant a d’ailleurs souhaité que le Groupe interinstitutions de coopération réfléchisse aux moyens d’harmoniser les efforts de ces institutions.  


Explication de vote sur la résolution relative à l’intégration d’une perspective sexospécifique dans toutes les politiques et tous les programmes du système des Nations Unies (E/20008/L.32)


Le représentant de la France, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, s’est félicité du consensus qui a prévalu sur ce texte.  Il a salué le rapport du Secrétaire général et les recommandations concrètes qu’il contient.  Bien qu’elle en eut souhaité un examen plus approfondi, l’Union européenne, a dit le représentant, se félicite de ce que tous les États aient approuvé les recommandations qui doivent être appliquées par tout le système des Nations Unies.  Le représentant a souligné l’importance et la pertinence du chapitre sur l’égalité entre les sexes de la résolution 68/208, relative aux activités opérationnelles de développement. 


Droit de réponse dans le cadre du débat sur les droits de l’homme


Le représentant des États-Unis a tenu à répondre aux propos tenus hier par le représentant de Cuba sur les activités de la section des intérêts américains à Cuba.  Les États-Unis, a-t-il dit, ont à cœur d’apporter une aide humanitaire aux Cubains et aux prisonniers politiques.  Il a rappelé que le Gouvernement cubain a signé le Pacte international sur les droits civils et politiques et qu’à ce titre, il doit relâcher tous les prisonniers politiques qui s’opposent aux pratiques gouvernementales actuelles.  Hier, a souligné le représentant, les États-Unis ont organisé une table ronde au cours de laquelle d’anciens prisonniers politiques ont pu parler de leurs conditions de détention à Cuba.  Un témoignage a été donné concernant un prisonnier politique qui a refusé l’offre de libération que lui a faite le Gouvernement cubain et qui était conditionnelle, étant donné qu’elle exigeait qu’il ne remette plus jamais les pieds à Cuba.  Les États-Unis, a conclu le représentant, adhèrent pleinement aux dispositions internationales sur les objecteurs de conscience. 


Le représentant de Cuba s’est déclaré habitué à ce type de discours « plein de haine, dénué d’arguments et reflétant en fait la décadence d’un empire ».  Il a rejeté mot par mot les propos du représentant américain à qui il a nié le droit de juger le peuple de Cuba.  Il a jugé inacceptable que l’ONU serve à organiser des campagnes contre un de ses États Membres et à contribuer ainsi à la poursuite d’objectifs inavoués.  Il s’agit, a-t-il tranché, d’un précédent malheureux.  Les États-Unis sont le principal violateur des droits de la personne, qui ne reconnaît ni le droit au développement, ni le droit le droit à l’alimentation et à la santé, a-t-il dit.  Le représentant a donc nié aux États-Unis le droit de se faire les champions des droits de l’homme, en essayant de mettre sur le banc des accusés les pays qu’ils souhaitent en fait dominer. 


Il s’agit, a-t-il dit, d’une autre tentative de passer sous silence les crimes abominables commis à Guantanamo et Abu Ghraïb.  Le régime des États-Unis perpétue le vide juridique dans lequel sont plongées les personnes détenues en ces lieux, a insisté le représentant, en ajoutant que les États-Unis veulent aussi passer sous silence le sort qui a été réservé aux personnes transférées vers les prisons secrètes de la CIA à travers le monde, où la torture est une pratique habituelle.  Ce sont aussi les États-Unis qui emprisonnent depuis plus de 10 ans des objecteurs de conscience cubains, a accusé le représentant.  Franchement, a-t-il ajouté, « un pays qui érige l’asphyxie en une méthode légitime d’interrogation pour arracher des aveux à des prisonniers n’a vraiment pas de leçons à donner », a estimé le représentant. 


Au lieu de résoudre leurs problèmes, les États-Unis essayent de détourner le regard du monde vers le sort d’un délinquant cubain qui a fait l’objet de poursuites judiciaires pour détention illégale d’armes, usage de faux documents et actes de violence contre des fonctionnaires.  L’appui financier à des mercenaires cubains fait partie de la stratégie globale américaine contre Cuba, a encore accusé le représentant.  Cuba vit une vraie révolution populaire qui a permis à son peuple d’édifier une démocratie participative au centre de laquelle a été placé l’être humain.  Le peuple cubain ne reculera jamais, a affirmé le représentant. 


Répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe du Golan syrien occupé (A/63/74-E/2008/13).


Explications de positions


Le représentant des États-Unis a déclaré qu’il voterait contre le projet de résolution soumis sur cette question.  Il est « déséquilibré et inéquitable », et ne fait pas la part des choses entre les parties au conflit, a estimé le représentant.  Selon lui, le texte ne reconnaît pas, notamment, le fait qu’Israël s’efforce de faire une distinction entre combattants et civils.  Nous estimons que seules des négociations bilatérales directes entre les parties permettront de régler le conflit et que des textes comme celui-ci n’apportent pas de contribution au processus de paix, a dit le représentant.


Le représentant du Canada a rappelé le soutien de son pays au peuple palestinien, mais a estimé que le texte présenté aujourd’hui demeurait assez peu équilibré, malgré les amendements successifs qui lui ont été apportés, en ce qui concerne le langage employé vis-à-vis d’Israël. 


La représentante du Japon a estimé qu’un texte aussi complexe et sensible que celui qui a été présenté aujourd’hui aurait dû faire l’objet de consultations approfondies de la part des membres de l’ECOSOC.


Le représentant d’Israël a rappelé qu’en principe, les résolutions de l’ECOSOC n’avaient pas vocation à être politiques.  Selon lui, le langage de ce texte n’a donc pas sa place dans cette enceinte.  S’il s’est félicité que la résolution reconnaisse la gravité des tirs des roquettes commis contre des localités israéliennes, il a cependant estimé qu’elle était trop déséquilibrée.  Ces « attaques terroristes » sont en effet des obstacles posés sur la voie d’un possible bien-être économique et social du peuple palestinien, a estimé le représentant.  Cette résolution, en essayant d’assigner des responsabilités à une partie, ne facilite pas le processus de paix, a-t-il conclu.


Le représentant de la Syrie a souligné l’importance de l’adoption de cette résolution.  Toutefois, le libellé du paragraphe 17 du préambule, qui fait référence aux «  actes de terreur, aux provocations […] et aux tirs de roquette », n’a pas fait l’objet de consultations préalables avec les membres de l’ECOSOC, a-t-il relevé.  Israël occupe le territoire syrien, et non l’inverse, a rappelé le représentant, en estimant qu’une forme de terrorisme d’État a été mise en place par Israël dans les territoires occupés.  Il a accusé les dirigeants et les « chefs de guerre » israéliens de commettre des crimes contre les populations civiles arabes.  La poursuite de l’occupation israélienne donne le droit aux populations palestinienne et syrienne de résister par tous les moyens, a estimé le représentant de la Syrie.  Pour cette raison et d’autres, le représentant a donc exprimé des réserves au sujet du libellé du paragraphe 17 du projet de résolution.


L’Observatrice permanente de la Palestine a indiqué qu’après 41 ans d’occupation israélienne, la puissance occupante allait peut-être finir par écouter les injonctions de la communauté internationale, qui l’exhorte à retirer ses forces des territoires palestiniens.  Elle a estimé que l’ONU avait le droit de se prononcer dès qu’elle l’estimait nécessaire sur cette situation.  L’Observatrice permanente a fait ainsi allusion aux propos d’une représentante qui s’est exprimée mardi, devant le Conseil de sécurité, et qui a évoqué les attentats perpétrés par des colons israéliens contre des civils palestiniens.


Explications de vote sur la résolution relative au renforcement de l’assistance humanitaire fournie par les organismes des Nations Unies (E/2008/L.28)


      La représentante de la République de Corée a regretté le manque de consensus sur le texte avant d’expliquer les raisons pour lesquelles son pays l’a appuyé.  La résolution, a-t-elle dit, comporte de nombreux éléments clefs pour une fourniture efficace de l’aide humanitaire, dont notamment des dispositions sur le renforcement des capacités, la préparation aux catastrophes et la réduction des risques.  L’intégration de la sexospécificité dans l’aide humanitaire apparaît, de manière étayée, pour la première fois dans une résolution de l’ECOSOC, s’est aussi réjouie la représentante.  La résolution, a-t-elle poursuivi, réitère la volonté d’assurer la sécurité du personnel humanitaire tout en condamnant de manière appropriée les attaques menées contre ce dernier et en mettant l’accent sur la lutte contre l’impunité.  La résolution, s’est encore félicitée la représentante, aborde de nouveaux défis comme la crise alimentaire et les changements climatiques. 


La résolution est bien formulée tant sur le plan opérationnel que pratique et a reconnu le rôle des acteurs nationaux qui sont aux avant-postes de la réaction en matière humanitaire.  Les directives pratiques, telles que celles du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sur les cadres opérationnels et juridiques ou celles d’Oslo sont également mentionnées.  En dépit des avantages, a cependant déploré la représentante, la résolution n’aborde pas un élément essentiel, à savoir l’accès aux populations vulnérables.  Assurer un accès sans obstacles et rapide à la population est une condition centrale du pourvoi de l’aide humanitaire, a-t-elle insisté.  Cet accès n’est pas optionnel mais obligatoire, a-t-elle ajouté, en pointant du doigt la responsabilité des États en la matière.  En écartant la question de l’accès, l’ECOSOC n’a pas répondu aux attentes des populations concernées, a-t-elle estimé. 


S’exprimant au nom de l’Union européenne, le représentant de la France a estimé que l’accès aux victimes est la condition préalable et fondamentale à la conduite de toute action humanitaire efficace.  L’Union européenne a réitéré la nécessité, conformément au droit international et au droit international humanitaire, pour les États et toutes les parties de faciliter un accès rapide, sûr et sans entraves des personnels humanitaires et de leurs matériels aux populations en détresse pour assurer l’efficacité de l’aide humanitaire.


Malheureusement, a rappelé le représentant, l’année qui vient de s’écouler a été marquée par une augmentation des restrictions imposées à l’accès aux populations dans le besoin, que ce soit au Myanmar, au Darfour, au Zimbabwe, à Gaza ou en Somalie, et par un nombre croissant d’attaques à l’encontre des personnels humanitaires.  Le respect de la souveraineté de l’État affecté est un principe bien établi, mais il doit s’exercer dans le cadre du droit international et du droit international humanitaire, a souligné le représentant.  L’assistance humanitaire est un droit pour les victimes et un devoir pour la communauté internationale, a-t-il estimé.  En réduisant ou en interdisant l’accès aux populations en détresse, c’est leur survie même qui est menacée, a jugé la délégation française.


Si elle reconnaît que cette résolution contient certains éléments positifs, l’Union européenne regrette qu’il n’ait pas été possible d’inclure dans ce texte une référence à l’accès aux victimes, bien qu’elle ait proposé huit versions successives du paragraphe concerné, basées sur le langage de nos partenaires, a dit le représentant de la France.  L’ECOSOC doit être en mesure de prendre en compte les changements et les nouvelles réalités du contexte international, sous peine de voir la pertinence et la crédibilité de ses décisions amoindries, a-t-il estimé.  Pour ces raisons, a indiqué le représentant, l’Union européenne ne peut se joindre au consensus et s’abstiendra lors du vote.


Le représentant du Japon s’est prononcé en faveur de la résolution tout en soulignant le caractère essentiel de la question de l’accès.  Le texte, a-t-il dit à son tour, contient un certain nombre de paragraphes qui abordent beaucoup d’autres questions importantes, de manière équilibrée.  Il a jugé extraordinaire qu’on en arrive à demander un vote sur une résolution humanitaire.  Appelant à la souplesse, il a exprimé l’espoir que la situation actuelle ne créera aucun précédent. 


Le représentant du Liechtenstein a déclaré qu’il aurait préféré adopter un tel texte sans vote pour envoyer un message fort en faveur de l’aide humanitaire d’urgence.  Il a, à son tour, regretté que le texte ne fasse aucune référence claire à la question de l’accès aux populations et à celle relative aux conditions de travail des agents humanitaires locaux. 


Le représentant des États-Unis a appuyé de nombreuses dispositions du texte qui représentent des progrès en matière de lutte contre les obstacles à l’aide humanitaire.  Il s’est félicité du rôle central reconnu au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), avant de regretter, comme d’autres délégations, l’absence de référence à la question de l’accès.  Il est extrêmement décevant, a-t-il dit, qu’une résolution destinée à renforcer la coordination de l’aide d’urgence n’aborde pas cette question, d’autant plus que le monde a été réduit au silence face aux souffrances endurées par les victimes du cyclone Nargis pendant que leur gouvernement restait sourd aux appels de la communauté internationale.  Le représentant a conclu en rappelant que les résolutions précédentes ont toujours mentionné la question de l’accès.


La représentante du Canada a indiqué que sa délégation a voté pour le texte en raison d’un libellé progressif.  Elle a, à l’instar d’autres délégations, regretté l’absence de consensus sur la question de l’accès qui est au cœur de l’action humanitaire.  L’accès aux populations qui sont dans le besoin est fondamental et ne peut prêter à interprétation, a-t-elle estimé.  Il est important que les résolutions futures fassent référence aux difficultés rencontrées en termes d’accès et de restrictions imposées aux mouvements des travailleurs humanitaires, a-t-elle indiqué. 


Le représentant de la Fédération de Russie s’est également prononcé en faveur du texte du fait de l’importance que son pays attache à l’aide humanitaire.  Il s’est dit préoccupé de voir que pour la première fois l’ESOCOC n’a pas été en mesure de s’entendre sur le contenu d’une telle résolution.  Aujourd’hui, un précédent dangereux voit le jour, a-t-il estimé.  Mettre le projet de résolution au vote, s’est-il expliqué, est une tendance dangereuse qui cache mal les tentatives de certains de politiser l’action humanitaire. 


S’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, Mme AQEELAH AKBAR (Antigua-et-Barbuda) s’est déclarée extrêmement déçue qu’un vote ait été demandé pour cette résolution, alors que c’est la première fois qu’elle est présentée.  Elle a saisi cette occasion pour rappeler que le Groupe des 77 et de la Chine n’avait jamais eu de difficultés en ce qui concerne l’inclusion d’une référence à un accès sans entraves de l’assistance humanitaire aux populations victimes.  La représentante s’est plutôt déclarée préoccupée de constater que la proposition du Groupe des 77 et de la Chine d’inclure dans ce texte une référence au renforcement de l’assistance humanitaire aux peuples civils sous occupation étrangère avait été rejetée à plusieurs reprises.  Par esprit de compromis et manque de temps, d’autres propositions du Groupe des 77 et de la Chine n’ont pas été incorporées dans le projet de résolution, comme celles qui portaient sur l’assistance humanitaire aux pays touchés par la crise alimentaire mondiale, ainsi que les références au soutien que doivent à ce sujet apporter les institutions financières internationales aux pays, ainsi que la question du transfert de nouvelles technologies aux pays en développement touchés par des catastrophes naturelles.  Alors qu’un texte de compromis a pu être finalisé, l’appel à mettre celui-ci aux voix compromet les accords conclus et les compromis passés dans le cadre de nos délibérations et atténue l’impact de cette résolution, a souligné Mme Akbar. 


Cofacilitateur des négociations, le représentant du Brésil a jugé, à son tour, malheureux que les parties aux négociations n’aient pas fait montre de davantage de souplesse.  Mais la situation actuelle, s’est-il réjoui, ne peut faire oublier que l’action humanitaire reste au cœur des activités de l’ONU et que les États Membres viennent de renforcer leur engagement en sa faveur.


Le représentant de l’Uruguay, s’exprimant au nom de plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes, s’est dit vivement préoccupé par le recours au vote pour adopter ce texte.  Il est important, a-t-il dit, de travailler unis pour montrer notre force et faire en sorte que les Nations Unies puissent réagir rapidement et efficacement.  La coordination est essentielle, non seulement entre l’ONU et les gouvernements, mais aussi avec les victimes et il est regrettable que la question de l’accès n’ait pu être réglée alors qu’il s’agit d’un élément qui doit être examinée dans toute sa dimension et parfaitement inclus.  Le débat humanitaire devrait générer un climat de confiance, a dit le représentant, en voulant que les efforts se concentrent sur le caractère apolitique et impartial des activités humanitaires.  Il s’agit d’une question complexe et délicate, mais il s’agit surtout de sauver les victimes des catastrophes et d’assurer la sécurité des agents humanitaires.  L’espace opérationnel dont ont besoin ces derniers doit leur être assuré, ceci conformément aux principes humanitaires internationaux, a souligné le représentant.


La représentante de la République arabe syrienne s’est déclarée satisfaite de l’adoption de la résolution, regrettant toutefois que la question de l’accès humanitaire ait posé problème.  Une résolution, adoptée en 2004, appelait pourtant les États Membres à respecter le droit international humanitaire et les Conventions de Genève, a-t-elle fait remarquer.  La question de l’accès aux populations vivant sous occupation a été instrumentalisée à des fins politiques, a regretté la représentante.


La représentante de la Nouvelle-Zélande a salué l’amélioration du libellé de la résolution sur des questions telles que la sexospécifité, la sécurité et la sûreté de l’assistance humanitaire.  Sa délégation continuera de travailler pour améliorer le texte de cette résolution, a-t-elle assuré.


La représentante du Pakistan a déclaré que le texte qui venait d’être adopté ne tenait pas compte de certains aspects qu’auraient voulu voir soulignés les pays en développement.  L’assistance doit reposer sur une prise en compte des besoins réels des pays, ceci avec leur coopération, a-t-elle affirmé.  Ce texte, pour la première fois, a fait l’objet d’un vote, a relevé la représentante, en espérant que ce vote serait le dernier sur cette question.


Le représentant du Mexique a regretté que cette résolution ait fait l’objet d’un vote, mais s’est dit convaincu qu’il serait possible de continuer à en améliorer le texte.


Déclarations


Mme CATHERINE BRAGG, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe aux secours d’urgence, s’est dite heureuse d’avoir constaté cette année, une vision commune entre les États Membres et les acteurs humanitaires s’agissant des préoccupations humanitaires.  Elle a cité, de ce qu’elle a entendu des déclarations liminaires, la question de l’accès aux populations vulnérables qui a été reconnue comme une condition opérationnelle fondamentale.  Elle a aussi cité la sûreté et la sécurité des agents humanitaires.  Elle s’est aussi félicitée que la résolution adoptée aujourd’hui reconnaisse les efforts visant à renforcer l’équité, l’efficacité, la rapidité, l’obligation redditionnelle et la prévisibilité de la réponse humanitaire.


S’attardant sur quelques points, elle s’est d’abord dite encouragée par le fait que les États Membres aient reconnu la gravité et l’interconnexion des principaux défis humanitaires actuels.  La crise alimentaire mondiale et les conséquences humanitaires posées par les changements climatiques exigent que l’on agisse de manière coordonnée et concertée.  Les discussions ont d’ailleurs montré combien ces deux défis exacerbent les crises humanitaires actuelles, comme celles créées par la pauvreté et le déplacement des personnes.  Elle a souligné que le Cadre global d’action, présenté récemment par le Secrétaire général à l’Assemblée générale, promeut une nouvelle façon de travailler ensemble pour appuyer les efforts des gouvernements nationaux visant à renforcer la sécurité alimentaire. 


Saluant la générosité des donateurs, la Sous-Secrétaire générale a annoncé que cette année, l’Appel consolidé a permis de collecter 2,9 milliards de dollars sur les 6,5 milliards demandés.  Elle a encouragé les États Membres à mobiliser les 3,4 milliards qui manquent encore.  Elle s’est aussi félicitée de ce que le Fonds central d’intervention pour les urgences humanitaires (CERF) ait reçu un appui sans précédent de la part de plus de 90 bailleurs de fonds. 


Améliorer la réponse humanitaire est un processus, a-t-elle dit, en notant la proposition de certains États de renforcer le système des coordonnateurs résidents et des coordonnateurs humanitaires.  Quant au caractère civil de l’action humanitaire, elle a noté qu’outre les Directives d’Oslo, les cadres régionaux pour le recours aux équipements militaires étrangers quand le besoin s’en fait sentir sont élaborés et mis en œuvre avec succès.  Elle s’est félicitée de ce que les discussions aient reconnu la nécessité de renforcer la coordination entre les civils et les militaires.


M. PARK IN-KOOK, Vice-Président de l’ECOSOC, a, malgré le manque d’accord sur la question de l’accès aux populations, jugé positif que cette question ait été reconnue comme très importante par tous les participants.  Passant en revue les dispositions du texte, le Vice-Président a rappelé qu’une résolution tire son autorité morale du fait qu’elle est adoptée par consensus.  Il a espéré qu’un esprit constructif continuera de prévaloir au cours de la prochaine session de l’Assemblée générale. 


Explication de position sur l’examen et la coordination de l’application du Programme d’action en faveur des pays les moins avancés (PMA) pour la décennie 2001-2010 (E/2008/L.38)


Le représentant de la France, a, au nom de l’Union européenne, souligné que l’Union européenne a été et continue d’être l’un des soutiens les plus importants des PMA.  Bien que des progrès aient été réalisés, il a noté avec préoccupation que l’extrême pauvreté reste élevée dans les PMA et que la malnutrition semble s’y être aggravée, particulièrement parmi les femmes et les enfants.  Il a aussi noté les faibles progrès réalisés en matière d’égalité des sexes dans l’enseignement et l’absence de progrès en ce qui concerne la mortalité maternelle.  La résolution, a-t-il estimé, rappelle ainsi avec justesse les liens importants entre développement, lutte contre la pauvreté et égalité des sexes. 


Le représentant a considéré que l’organisation de la quatrième Conférence des Nations Unies sur les PMA, avant la fin de la décennie, était une opportunité offerte à tous les partenaires du développement pour que soit faite une évaluation d’ensemble de la mise en œuvre du Programme actuel et de décider des mesures à prendre par la suite.  L’Union européenne, a-t-il affirmé, prendra connaissance avec intérêt de la note que prépare actuellement le Secrétariat, qui doit émettre des propositions concernant les modalités d’organisation et de préparation de cette conférence PMA 4.


Déclarations de clôture


      M. SHA ZUKANG, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a salué l’ampleur et la profondeur des engagements pris au cours de cette session de fond de l’ECOSOC, ce qui a énormément contribué au succès du Forum pour la coopération en matière de développement (FCD).  Pour l’avenir, il a encouragé l’ECOSOC à envisager d’accueillir les réunions préparatoires nationales du Forum de l’année 2010. 


L’Examen ministériel annuel (EMA), a-t-il poursuivi, a aussi ouvert de nouvelles voies non seulement pour renforcer la responsabilisation, mais aussi le partenariat mondial qui est au centre de l’Agenda pour le développement des Nations Unies.  Pour la première fois, les pays développés ont fait des présentations, et ce type de présentations volontaires ne peut que générer de nouveaux moyens de tirer les enseignements du passé et d’améliorer encore les meilleures pratiques, a estimé Sha Zukang.  Le site Internet lancé par le Département des affaires économiques et sociales sur « les stratégies de développement qui fonctionnent » fournira un moyen de diffuser les messages et de partager les expériences menées par les régions du monde. 


L’ECOSOC, a encore dit le Secrétaire général adjoint, a également confirmé son rôle dans l’examen des questions les plus urgentes du monde actuel.  L’EMA a envoyé un message sans équivoque sur la nécessité de réaliser les objectifs du développement durable.  L’ECOSOC s’est aussi penché sur la crise alimentaire, la hausse du prix des produits pétroliers, les turbulences financières et les changements climatiques qui sont autant de questions qui, a souligné le Secrétaire général adjoint, détermineront l’avenir commun de l’humanité. 


Cette session, a ajouté le Secrétaire général adjoint, a, une nouvelle fois, souligné le rôle clef de l’ECOSOC dans le renforcement de la cohérence et de la coordination des activités du système de l’ONU.  Le segment sur les activités opérationnelles a lancé leur Examen triennal, et celui sur la coordination a invité le système de l’ONU à poursuivre son approche multidimensionnelle de l’élimination de la pauvreté et de la faim.


Le Secrétaire général adjoint a également rappelé l’accent que l’ECOSOC a mis sur la nécessité urgente d’une action concertée, coordonnée et rapide, pour s’attaquer à l’impact humanitaire des changements climatiques et de la crise alimentaire.  L’ECOSOC a aussi fait du renforcement des capacités des institutions locales une priorité tout en appelant, par ailleurs, au renforcement de l’assistance humanitaire pour qu’elle devienne plus rapide, plus responsable, plus équitable et plus accessible. 


Cette année, l’ECOSOC a en outre fait avancer la réflexion sur la consolidation de la paix et la reconstruction après-conflit, ce qui l’a conduit à proroger le mandat de son Groupe consultatif sur Haïti, a conclu M. Sha Zukang.


M. LÉO MÉRORÈS, Président du Conseil économique et social, a estimé que cette session de fond de 2008 a véritablement été historique, en ce qu’elle a donné effet aux nouvelles fonctions du Conseil dans leur intégralité.  Il a ainsi cité le lancement du Forum pour la coopération en matière de développement et a annoncé que le résumé officiel des discussions du Forum a été transmis au Président du Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), pour enrichir les travaux sur le futur Programme d’action d’Accra.  Il l’a également transmis aux deux facilitateurs chargés des préparatifs de la Conférence de suivi de Doha sur le financement du développement, en espérant que les éléments essentiels seront repris dans les documents issus de ces Conférences.


Saluant l’adoption de la Déclaration ministérielle comme étant l’expression de la pleine détermination du Conseil à relever les défis actuels et à renforcer son action en faveur du développement durable, le Président de l’ECOSOC a, d’autre part, qualifié de « positifs et substantiels » les enseignements tirés à l’occasion des exposés volontaires faits par les pays durant l’Examen ministériel annuel.  Il a jugé encourageant que 11 pays se soient déjà portés volontaires pour 2009, en lançant un appel pour que davantage de pays développés se portent volontaires à cet exercice de présentation et pour que certains pays en développement, qui se sont déjà manifestés pour 2009, reportent leurs exposés à 2010 ou 2011. 


Le Président s’est en outre dit très satisfait de la résolution « concrète et ciblée » portant sur les activités opérationnelles de développement, qui constitue pour le système des Nations Unies une feuille de route pour l’exécution de l’Examen triennal de ces activités.  Cette résolution contient des orientations relatives au système des coordonnateurs résidents ainsi qu’à la rationalisation et à l’harmonisation du système eu égard à la coopération pour le développement, a-t-il rappelé. 


Il a remercié les États d’avoir encouragé le renforcement des processus de coordination des interventions humanitaires d’urgence, s’agissant en particulier des partenariats, du financement et des moyens à déployer sur le terrain.  Le Président s’est aussi félicité que le rôle du Conseil dans le maintien de la paix et le développement après-conflit ait été reconnu et promu.


Nous devons, a-t-il conclu, immédiatement entamer les préparatifs de la session 2009.  Il a lancé un appel aux pays pour qu’ils offrent d’accueillir des réunions régionales au titre des préparatifs de l’Examen ministériel annuel de 2009 et du Forum pour la coopération en matière de développement de 2010. 


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