03/07/2008
Conseil économique et social
ECOSOC/6354

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Session de fond de 2008

19e séance – matin et après-midi


ECOSOC: LA CONVERGENCE DES CRISES ALIMENTAIRE, ÉNERGÉTIQUE ET FINANCIÈRE EXIGE UNE ACTION CONCERTÉE DES ÉTATS POUR PRÉSERVER LES EFFORTS DE DÉVELOPPEMENT DURABLE


Le Conseil économique et social clôt la première phase des travaux de sa session de fond de 2008 en adoptant une Déclaration ministérielle


Le Conseil économique et social (ECOSOC) a achevé aujourd’hui la première phase des travaux de sa session de fond de 2008, consacrée à son segment de haut niveau et marquée par une intense participation d’officiels de haut rang au premier Forum pour la coopération en matière de développement, à l’Examen ministériel annuel de l’ECOSOC, et au débat de haut niveau sur la réalisation du développement durable.  Le Conseil a adopté ce soir à l’unanimité la Déclaration ministérielle issue de son Examen ministériel annuel*.  


Par ce texte, les hauts responsables d’États Membres des Nations Unies reconnaissent la nature critique de la conjoncture dans laquelle doit se poursuivre la réalisation des objectifs de développement agréés au niveau international, y compris les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Les ministres et officiels de haut rang estiment que face à l’instabilité financière, à la hausse des prix des denrées alimentaires et du carburant, et face aux effets néfastes des changements climatiques et de la dégradation de l’environnement, une action concertée doit être rapidement engagée par tous les États Membres.


La déclaration demande ainsi que, pour que les acquis auxquels les pays sont parvenus en matière de développement ne soient pas inversés et que les efforts à déployer dans le futur ne soient pas compromis, des mesures d’urgence soient adoptées pour éliminer les effets que pourraient générer les risques nés de la situation actuelle et pour jeter des bases solides et durables pour l’économie mondiale.  Le texte réaffirme d’autre part que le développement est un objectif fondamental à atteindre, et que ses aspects économiques, sociaux et environnementaux constituent un élément essentiel de l’ensemble des activités des Nations Unies.


Dans la perspective de la Conférence de Doha, qui se tiendra à la fin de l’année pour faire le point sur l’état de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey du financement du développement, la Déclaration ministérielle appelle en outre au respect de tous les engagements pris au titre de la fourniture de l’aide publique au développement (APD).  Il y est notamment demandé aux pays développés d’atteindre l’objectif qu’ils s’étaient fixés de verser 0,7% de leur PIB à l’APD d’ici à 2015 et, conformément aux termes de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, d’améliorer l’utilisation des ressources de l’APD pour permettre aux pays partenaires, qui en sont récipiendaires, de renforcer leurs propres capacités de développement.


Plusieurs délégations ont fait part de leurs vues sur ce texte.  Le Bélarus s’est ainsi associé au consensus qui s’est dégagé sur ce texte tout en regrettant que la Déclaration ne reflétait pas les besoins des États à économie en transition, plus vulnérables que les autres. 


Antigua-et-Barbuda, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a regretté que la question des transferts de technologies ne soit pas reflétée dans le texte.  La Bolivie, le Nicaragua et Cuba ont eux aussi émis des réserves sur le fond, en regrettant à leur tour le « manque de souplesse » qu’auraient manifesté certains États.  La France, parlant au nom de l’Union européenne, s’est félicitée de ce que l’ECOSOC rénové soit parvenu à l’élaboration d’une Déclaration ministérielle satisfaisante dans ses grandes lignes.  Le représentant des États-Unis, qui s’est réjoui du consensus atteint sur la Déclaration ministérielle, a cependant estimé que l’ECOSOC pouvait faire plus et que le Conseil aurait dû réduire le contenu de ce texte afin de le rendre plus efficace.


Dans ses remarques de clôture, le Président de l’ECOSOC, M. Léo Mérorès, a déclaré que malgré certains progrès constatés dans la recherche de la réalisation des OMD, la convergence de crises observée cette année entravait ces avancées, notamment dans les pays les plus vulnérables.  « Répondre à ces défis liés entre eux requiert une action urgente et collective de tous les membres de la communauté internationale.  C’est là aussi le message de la Déclaration ministérielle », a-t-il déclaré. 


Dans le cadre de l’Examen ministériel, le Conseil avait entendu ce matin les exposés nationaux de quatre Ministres et Vice-Ministres représentant la République démocratique populaire lao, le Luxembourg, le Kazakhstan et la Finlande. 


Invités à s’exprimer sur les progrès réalisés par leurs pays en matière de développement durable, ils ont souligné la nécessité de renforcer la coopération régionale, d’accroître les ressources dévolues aux programmes de pays et de privilégier des approches intégrées et multisectorielles.  Ils ont également attiré l’attention sur le besoin de consacrer une part accrue des fruits de la croissance aux systèmes de protection sociale, et, le cas échant, de trouver d’autres sources de financement que celles générées par l’APD. 


D’autre part, deux tables rondes ont eu lieu cet après-midi, l’une ayant pour thème la bioénergie, les modes de subsistance viables et pauvres en milieu  rural; tandis que la seconde débattait de la possibilité d’exploiter la flambée actuelle des prix des produits agricoles de base pour l’élimination de la pauvreté et le développement rural. 


Les travaux de la session de fond de l’ECOSOC se poursuivront lundi, le 7 juillet, à 10 heures. 


*Document publié sous la cote E/2008/L.10


EXAMEN MINISTÉRIEL ANNUEL


Exposés nationaux et échange interactif


M. BOUNKEUT SANGSOMSAK, Vice-Ministre des affaires étrangères de la République démocratique populaire lao, a indiqué que la Stratégie nationale de son pays se fondait sur la transformation de l’économie, l’amélioration de la compétitivité, le renforcement des liens entre le développement économique et social, et la protection de l’environnement et l’accélération du développement d’une infrastructure socioéconomique.  Il a indiqué que tous les objectifs internationalement convenus, dont les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), étaient intégrés dans cette Stratégie.  Par ailleurs, il a souligné certaines des cibles de la Stratégie, dont l’éradication de la pauvreté d’ici à 2010 et la sortie du groupe des pays les moins avancés (PMA) d’ici à 2020. 


Notant que la République démocratique populaire lao connaissait une croissance économique de 7,5% par an, le Vice-Ministre a mis en avant certains progrès réalisés par le pays au cours des dernières années.  Ainsi, il a expliqué que le taux de pauvreté avait été réduit de 46% à 33% entre 1992 et 2002, puis était passé à 28,7% en 2006.  Il a précisé qu’à ce rythme, le pays devrait atteindre l’OMD visant à réduire la pauvreté de moitié d’ici à 2015.  Il a en outre souligné des avancées en matière d’éducation et de santé, précisant que de nombreux indicateurs clefs avaient été améliorés.  L’inscription à l’école primaire est passée d’un taux de 58% en 1991 à 84% en 2005, et la mortalité des enfants de moins de cinq ans a diminué de 170 à 98‰ entre 1995 et 2005, a-t-il précisé. 


M. Sangsomsak a fait état des efforts déployés par la République démocratique populaire lao pour favoriser une meilleure coopération internationale.  Outre l’intégration au niveau régional, dans le développement de la région du fleuve Mékong et les activités menées au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), il a assuré que son pays contribuait à renforcer l’usage et l’efficacité de l’aide publique au développement (APD), notamment en souscrivant à la Déclaration de Paris sur ce sujet et par l’adoption de la Déclaration de Vientiane sur l’efficacité de l’aide.  Il a affirmé que son pays s’attelait à améliorer le climat en faveur des investissements étrangers, en renforçant le cadre juridique et en signant des accords bilatéraux. 


Malgré ces progrès, le Vice-Ministre a admis que maintenir certaines de ces avancées posaient un certain nombre de défis.  Il a à cet égard cité la malnutrition, la mortalité infantile et maternelle et le renforcement des capacités des femmes comme des domaines où des efforts doivent encore être faits.  S’agissant de la réduction de la pauvreté, il a estimé qu’il fallait centrer les actions sur le développement d’une agriculture durable par la création d’emplois et le renforcement des infrastructures.  En ce qui concerne le développement durable, il a en outre indiqué que le pays devait améliorer les capacités de ses institutions pour faire respecter les réglementations en matière de préservation de l’environnement.  Il a ajouté qu’il fallait augmenter la sensibilisation du public dans ce domaine. 


Le représentant de la Suède a indiqué que sa récente visite en République démocratique populaire lao l’avait convaincu des progrès réalisés, ils sont dus notamment à une croissance économique de 7% et une exploitation accrue des immenses ressources naturelles du pays.  Il a ajouté que la promotion du développement durable restait soumise à une pression constante, ce qui justifie de demander à la communauté internationale qu’elle fasse plus et mieux.  À propos de l’éducation, le représentant a souhaité que les autorités du pays renforcent son système, en le reliant avec les programmes de formation.  Il a aussi souligné la nécessité de désenclaver les zones reculées du pays, afin de donner leur chance à ses peuples autochtones.  Enfin, le représentant de la Suède a félicité le Vice-Ministre lao pour les progrès accomplis en matière d’autonomisation juridique, ce qui représente une avancée importante pour progresser sur la voie du développement.


Le représentant de la Malaisie a lui aussi souhaité que les autorités lao sortent de l’isolement certaines populations autochtones et rapprochent les zones rurales et urbaines du pays.  Il a également demandé au Vice-Ministre lao si son gouvernement, en coopération avec les pays de l’ANASE, comptait développer les activités minières et les différentes infrastructures -en particulier les transports-, ainsi que le bassin du Mékong.


Le représentant du Japon a rappelé que son pays était l’un des plus importants donateurs de la République démocratique populaire lao.  Notre aide concerne surtout la réduction de la pauvreté et de l’analphabétisme, a-t-il précisé.  Les programmes d’assistance sont élaborés conformément aux besoins identifiés par les autorités nationales et locales en vue de parvenir dans les temps à la réalisation des OMD, en particulier au niveau de la sécurité humaine, a encore dit le représentant.  Il a insisté sur l’importance d’intégrer l’économie lao au cadre régional, en augmentant le volume des échanges commerciaux et les investissements étrangers.  Il a de plus estimé que le pays devait apprendre, à terme, à se défaire de l’aide étrangère, qui crée des déficits budgétaires chroniques. 


Le représentant de l’Australie a déclaré qu’il fallait que le pays développe son capital humain en misant sur les programmes d’éducation et de santé.  Il a, à son tour, encouragé les autorités lao à exploiter les ressources naturelles de leur pays, ajoutant que la transition d’une économie planifiée vers une économie de marché avait permis de réduire la pauvreté.  Il faudra maintenir une croissance économique soutenue et mettre l’accent sur les réformes économiques et sur le secteur privé, a-t-il préconisé.


En réponse aux observations des délégations ministérielles concernant sa présentation, le Vice-Ministre lao des affaires étrangères a souligné que la protection de l’environnement était très importante pour son pays.  Il a rappelé que dès 1986, la République démocratique populaire lao avait adopté une politique claire dans ce domaine, politique qui stipulait que le développement économique devait aller de pair avec la protection de l’environnement.  Il a notamment mis l’accent sur la protection de la forêt tropicale, notant que le pays avait établi 20 centres de conservation des forêts à travers son territoire tout en menant une politique stricte en matière de coupes d’arbres. 


S’agissant du fossé existant entre zones urbaines et rurales, M. SANGSOMSAK a expliqué que la République démocratique populaire lao avait défini 47 districts prioritaires pour le développement économique.  Il a précisé que ceci incluait la construction de routes, la revitalisation de l’agriculture et l’amélioration de l’éducation et de l’accès aux marchés.  Il a aussi indiqué qu’en tant que pays sans littoral, son pays avait besoin d’assistance pour la construction de voies de transport terrestre et aérien.  Constatant la dépendance de son pays face à l’APD, il a indiqué que des efforts étaient faits pour que le pays soit plus autonome.  « Nous essayons de plus en plus de compter sur nos propres forces mais il nous faudra du temps », a-t-il admis.  Il a souhaité que la coopération économique internationale dont bénéficie le pays soit approfondie.  Par ailleurs, il a insisté sur l’importance pour son gouvernement d’accélérer la croissance économique, notamment en établissant un équilibre budgétaire alors que le déficit budgétaire lao s’élève aujourd’hui à 23%.  Il a estimé qu’une réduction de ce déficit, alliée à d’autres mesures déjà en place, comme la promotion des investissements étrangers, pourrait permettre à son pays de réduire sa dépendance à l’aide au développement. 


Interrogé par le représentant de la Nouvelle-Zélande sur la place du tourisme dans les plans de développement durable de la République démocratique populaire lao, le Vice-Ministre a indiqué que le tourisme y était très différent de ce qu’il est dans d’autres pays.  Il a rappelé que le pays était peu équipé mais offrait des possibilités et un terrain vierge pour le développement touristique.  Notre pays a une longue histoire et jouit d’une diversité et d’une richesse culturelle importante, avec 49 groupes ethniques sur son territoire, a-t-il précisé.  Il a indiqué que le pays avait adopté une stratégie à long terme en ce qui concerne le tourisme, sur la base de la mise en valeur de l’écotourisme, en misant sur ses paysages naturels et sa faune notamment. 


Après que le représentant de la Bolivie ait soulevé les difficultés qui peuvent survenir en raison de l’enclavement du pays, M. SANGSOMSAK a déclaré qu’il préférait voir cette situation géographique comme une opportunité à saisir.  « Nous avons tiré les leçons de ce qui s’est passé dans d’autres pays sans littoral », a-t-il fait valoir.  Ainsi, il a mis en avant l’importance de la connectivité, précisant que la République démocratique populaire lao était entourée par cinq pays.  Énumérant les liens créés avec ses voisins, il a par exemple cité la construction de cinq ponts sur le Mékong qui lient son pays à la Thaïlande; ou encore, l’existence de quatre grandes routes entre son pays et le Viet Nam.  Nous souhaitons faire encore plus, a-t-il poursuivi, en faisant part d’un projet de chemin de fer qui pourrait à terme relier la République démocratique populaire lao à Singapour. 


M. JEAN-LOUIS SCHILTZ, Ministre de la coopération au développement et à l’action humanitaire du Luxembourg, a déclaré que l’aide publique au développement de son pays avait atteint 0,97% de son produit intérieur brut (PIB) en 2007.  Précisant que cette aide était allouée exclusivement sous la forme de dons, il a indiqué que par souci de qualité et d’efficacité, l’accroissement de l’APD au cours des dernières années avait été accompagné d’une politique de concentration géographique sur 10 pays partenaires.  Il a ajouté que la priorité était accordée à l’assistance en matière d’éducation, de santé et d’assainissement, les autres priorités étant la gouvernance, l’environnement et la parité hommes-femmes.  Le Ministre luxembourgeois a ensuite souligné que la coopération de son pays s’articulait autour d’un axe formé de la Déclaration du Millénaire et les Objectifs du Millénaire pour le développement.  L’éradication de la pauvreté et le développement durable sont au centre de la coopération avec nos pays partenaires, a-t-il encore dit. 


Évoquant la Déclaration de Paris, M. Schiltz a noté que les programmes incitatifs de coopération qui s’en inspirent étaient fondés sur une approche basée sur le partenariat et l’efficacité de l’aide.  Ils tiennent compte des priorités des pays partenaires en vue de responsabiliser ces derniers et leur permettre à terme de s’approprier la mise en œuvre des programmes.  Le Ministre luxembourgeois a également signalé que pour faciliter les rapprochements avec les partenaires et autres bailleurs de fonds sur le terrain, le Luxembourg avait élargi son réseau de bureaux régionaux de coopération en Afrique et en Amérique centrale.


Jean-Louis Schiltz a attiré l’attention de l’ECOSOC sur quelques exemples de la coopération luxembourgeoise, en citant un exemple de projet mené en coopération avec le Gouvernement du Burkina Faso.  Les activités menées sur place visent à réduire les nombreux obstacles qui se posent à une gestion durable des ressources naturelles, notamment à travers la formulation d’une politique environnementale cohérente et le renforcement du cadre institutionnel et opérationnel, a-t-il dit.  Il a ajouté qu’au Niger, autre pays partenaire, la coopération luxembourgeoise soutenait un projet d’appui au développement territorial de l’approvisionnement en eau potable dans le département de Dosso. 


Après avoir estimé qu’il fallait rapprocher les enjeux des changements climatiques et de la lutte contre la pauvreté, M. Schiltz a relevé le recul inquiétant de l’APD.  Les pauvres du monde ont reçu 1,7 milliard d’euros en moins en 2006, comparé à l’année précédente, a-t-il dit, ajoutant qu’il était intervenu à Bruxelles pour demander aux membres de l’Union européenne de réaffirmer clairement leurs engagements d’accroître leur APD de manière à ce qu’elle atteigne 0,7% de leur PIB d’ici à 2015.  Le Ministre luxembourgeois a par ailleurs tenu à rappeler que le Consensus de Monterrey ne citait l’APD que comme une source de mobilisation de ressources parmi d’autres pour le financement du développement.  Il a signalé que sur la base d’échanges avec des organisations non gouvernementales (ONG) et des partenaires multilatéraux, le Luxembourg avait établi un partenariat privé-public suffisamment fort pour attirer 25 fonds d’investissements.  Plus d’un milliard et demi d’euros ont pu être levés par ces fonds pour financer des activités de microfinance dans les pays en développement, a-t-il signalé. 


En conclusion, Jean-Louis Schiltz a souhaité que lors de la Conférence internationale d’évaluation de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey, qui va avoir lieu à la fin du mois de novembre à Doha, et au cours de laquelle les pays se pencheront sur le suivi qui a été donné aux engagements pris en 2002 au titre du Consensus de Monterrey sur le financement du développement, la communauté internationale sera à même de faire preuve non seulement d’un engagement renouvelé, mais aussi, a-t-il dit, « d’imagination, d’originalité et surtout d’ambition ».


Dans le cadre des observations qui ont suivi, le représentant du Cap-Vert a souligné que la solidarité et la compréhension mutuelle étaient au cœur de la coopération luxembourgeoise.  Au-delà de l’application des accords, il s’est instauré une confiance mutuelle entre les autorités du Luxembourg et celles du Cap-Vert, a-t-il insisté.  Il a précisé que grâce à cette coopération, le quotidien des Cap-Verdiens s’était amélioré, en mettant notamment en avant les actions en matière de formation technique ou d’éducation. 


Notant le volume d’APD fourni par le Luxembourg, le représentant de la Finlande a voulu savoir comment le pays avait augmenté cette assistance.  Par ailleurs, il a souhaité avoir des informations sur la manière dont le Luxembourg assure la cohérence de sa politique de développement durable.


Le Ministre de la coopération au développement et à l’action humanitaire duLuxembourg a répondu que la prévisibilité était un des éléments clefs de la politique de coopération de son pays, qui travaille sur des programmes pluriannuels.  Il a expliqué que l’augmentation du budget et l’accroissement de l’aide publique avaient été assurés grâce à la volonté politique et au consensus politique.  Personne au Parlement luxembourgeois ne s’oppose à ce que 0,92% de notre PIB soit consacré à l’APD, a-t-il souligné.  Il a en outre noté l’engagement très fort du Parlement dans ce domaine ainsi que la participation très importante de la société civile luxembourgeoise.  Il a signalé qu’une fois par an, le pays organisait une réunion avec tous les acteurs de la coopération.  S’agissant de la cohérence des politiques, il a indiqué qu’un Comité interministériel s’occupe de cette harmonisation et qu’une collaboration directe entre les ministères a été mise en place. 


Les représentants du Bénin et de la Mauritanie se sont ralliés aux propos de M. Schiltz en soulignant la nécessité que soient tenus les engagements qui ont été pris pour que l’aide publique au développement soit allouée dans les temps aux pays qui en sont bénéficiaires.  Ils ont aussi souhaité savoir comment le Luxembourg allait s’y prendre pour maintenir son niveau d’engagement, compte tenu de l’éclatement récent des crises alimentaire, énergétique et financière.


Le Ministre de la coopération au développement et à l’action humanitaire du Luxembourg leur a répondu que le défi essentiel à relever était effectivement celui du versement effectif des ressources de l’APD.  Il a ensuite répété que, conformément aux recommandations de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Luxembourg préférait se concentrer sur un certain nombre de pays partenaires dans un souci d’efficacité.  Il faut se limiter à mettre en œuvre des projets transposables de pays en pays, a-t-il dit, le cadre régional devant rester la toile de fond des efforts de coopération en matière de développement.  La coopération est l’expression de la solidarité entre le Nord et le Sud, a-t-il d’autre part expliqué.  Il a ajouté que relever le défi de la relance de l’agriculture exigeait une mise à disposition urgente de fonds additionnels aux pays qui ont besoin d’investir dans le secteur agricole.  Enfin, il a recommandé de ne pas séparer les problématiques des changements climatiques et du développement durable.


M. NURLAN DANENOV, Vice-Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan, a présenté les efforts déployés par son pays pour atteindre les OMD.  Il a indiqué que le Kazakhstan, vaste pays peuplé par 30 groupes ethniques et riche en ressources naturelles a toutefois une histoire courte en ce qui concerne le développement.  Indiquant que son pays était classé parmi les pays à revenu intermédiaire, M. Danenov a souligné que la croissance économique du Kazakhstan avait été importante ces 10 dernières années, et que le pays souhaitait devenir une des nations les plus développées au monde.  Il a rappelé que son pays était passé d’une ère communiste et dirigiste à une économie de marché, avec une réforme du système bancaire et des privatisations.  Il a indiqué que le Gouvernement kazakh avait adopté une stratégie de développement s’étalant jusqu’en 2015 qui incluait la diversification de l’économie, l’entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le développement de la recherche et la réforme du système législatif.


Le Vice-Ministre a expliqué que cette stratégie était essentiellement axée sur le développement humain.  Cette conception est aussi à la base de notre Stratégie de développement à long terme, qui s’étend jusqu’en 2030, a dit M. Danenov.  Il a ajouté que celle-ci avait sept priorités: la sécurité nationale; la cohésion sociale; la croissance économique; la santé, l’éducation et le bien-être de tous les citoyens; les ressources énergétiques; les infrastructures et un État professionnalisé.  Il a jugé essentiel qu’il y ait un suivi des avancées effectuées dans tous ces domaines et a aussi insisté sur le rôle moteur joué par la direction politique du pays.


Le Kazakhstan a réussi cette étape de transition et dispose maintenant d’un potentiel de croissance économique important, a-t-il poursuivi.  Il a par exemple noté que les revenus avaient quintuplé et le montant des retraites quadruplé.  S’agissant de la réduction de la pauvreté, il a dit que les mesures prises par le Gouvernement kazakh depuis 2005 avaient permis de diminuer le nombre de sans-emplois.  En matière d’éducation, il a indiqué que le pays s’attachait à moderniser son système d’enseignement et à mieux former les enseignants.  Il a ajouté que tous les enfants kazakhs étaient inscrits à l’école primaire qui était, comme l’éducation secondaire, gratuite et obligatoire.  M. Danenov a affirmé que son pays avait avancé sur la voie du développement mais qu’il lui fallait encore confirmer ces résultats.  Il est essentiel de maintenir l’élan acquis, a-t-il conclu.


Un autre membre de la délégation du Kazakhstan s’est penché sur les efforts déployés pour réaliser l’OMD nº1, relatif à la réduction de moitié du niveau actuel de pauvreté à l’horizon 2015.  Il a rappelé que la réduction de moitié de la pauvreté avait été atteinte au Kazakhstan en 2004.  Il a aussi mis en avant les mesures que continue de prendre le Gouvernement kazakh, et notamment l’instauration d’un système mixte de protection sociale et d’un système de retraites et d’un salaire minimum.  Il a toutefois indiqué que deux problèmes persistaient, du fait que l’aide sociale ne touche que 40% de la population et que le salaire minimum doit être augmenté. 


Un autre intervenant kazakh a rendu compte des actions entreprises par le Kazakhstan en faveur du développement durable.  Il a fait valoir que le pays s’était doté d’un nouveau code qui harmonise la législation nationale et qui instaure une base juridique pour les questions environnementales.  Par ailleurs, il a fait état des 36 indicateurs sectoriels adoptés au Kazakhstan afin d’aboutir à un développement économique et social équilibré, qui prenne aussi en compte l’environnement.  Le représentant a souligné les grands succès obtenus par le pays en mer d’Aral, où la pêche notamment a été ravivée.  Il a aussi mis l’accent sur les mesures écologiques mises en place en mer Caspienne en ce qui concerne les raffineries.


Enfin, une représentante de la société civile du Kazakhstan, qui faisait aussi partie de la délégation conduite par le Vice-Ministre, a expliqué que le pays avait mis en œuvre des indicateurs de parité qui lui avaient permis de mieux évaluer la situation dans ce domaine.  Elle a ajouté que, sur cette base, une stratégie à exécuter durant la période 2006-2016 avait été élaborée.  Elle a cité en exemple les programmes de formation qui donnent l’occasion aux femmes d’acquérir des connaissances sur le monde de l’entreprise.  Cela a permis à nombre d’entre elles d’ouvrir leur propre petite entreprise pour améliorer leur revenu, a-t-elle dit.


Le représentant de l’Afghanistan a déclaré que le succès du Kazakhstan dans la mise en œuvre des OMD était une source d’inspiration pour tous les pays de la région d’Asie centrale, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la lutte contre la malnutrition, ainsi qu’en ce qui concerne le relèvement du niveau de revenus et l’allocation cohérente d’importantes ressources à l’effort de développement social.


Le représentant de la Fédération de Russie a, lui aussi, salué les progrès réalisés par le Kazakhstan, un pays ami, a-t-il dit, qui est aujourd’hui un leader régional jouissant d’une forte croissance économique annuelle de plus de 9% et d’un revenu par habitant de 9 000 (neuf mille) dollars par an.  Le représentant a noté d’autres avancées accomplies au Kazakhstan, en mettant l’accent sur l’augmentation du salaire minimum ainsi que sur l’accroissement des dépenses dans le secteur de la santé.  Nous avons mis en place une coopération bilatérale de haut niveau avec le Kazakhstan, dont le montant s’élève à 17 milliards de dollars d’échanges par an, a ajouté le délégué russe.  Il a, enfin, souligné la qualité des partenariats qui existent entre les deux pays en matière d’énergie, d’utilisation pacifique de l’espace, d’exploitation des ressources de la mer Caspienne et du renforcement de la sécurité environnementale. 


Le représentant des États-Unis a salué les réussites du Kazakhstan en matière économique, ce qui a permis à ce pays de maintenir une croissance soutenue, de mener à bien une réforme de retraites moderne et de réduire de manière significative le nombre de pauvres.  Une bonne gouvernance est la clef pour réussir sur la voie du développement, a ajouté le représentant, indiquant que le Kazakhstan serait amené à jouer un rôle moteur régional à brève échéance.  Il a toutefois souligné la nécessité de donner davantage de liberté aux médias au Kazakhstan et de renforcer le respect des droits de l’homme.


Saluant les commentaires qui ont été faits sur le contenu de sa présentation, M. DANENOV a noté que les résultats obtenus par son pays étaient dus aux stratégies adoptées ainsi qu’à l’appui apporté au Kazakhstan par d’autres pays.  Il a fait état de la coopération établie par son pays non seulement au niveau de sa région mais aussi au-delà afin d’attirer les investissements étrangers.  C’est notamment ce qui nous a permis de réaliser de nombreux objectifs de développement, a-t-il estimé. 


M. PAAVO VÄYRYNEN, Ministre du commerce extérieur et du développement de la Finlande, a déclaré que la politique de développement finlandaise était basée sur les principes de durabilité aux plans économiques, sociaux et écologiques.  Il a ajouté que les OMD, axés sur le développement humain, étaient au cœur des stratégies de son gouvernement.  À ses yeux, la montée du risque climatique a entrainé une refonte du concept de durabilité, en exigeant notamment des économies industrielles qu’elles revoient en profondeur leurs approches productives.  La tendance est désormais à la rationalisation dans le domaine de la production et de l’exploitation des ressources, a dit le Ministre du commerce extérieur et du développement de la Finlande.  Selon lui, la prise de conscience sur les risques de perte massive et irréversible de la biodiversité doit être une occasion à saisir pour s’engager collectivement dans un tournant technologique, à même d’aboutir à une véritable révolution verte.  Le Ministre finlandais a de plus estimé que les habitudes de consommation devaient évoluer au rythme des changements technologiques, en tenant compte de l’urgence d’une situation où l’avenir même de la planète est en jeu.


M. Paavo Väyrynen a ensuite attiré l’attention sur la nécessité d’harmoniser les agendas du développement des pays développés et de ceux en voie de développement.  Dans un tel cadre, il a plaidé pour un resserrement de la coopération entre acteurs nationaux, régionaux et société civile.  « En vue de renforcer l’efficacité de notre action dans le domaine de la coopération, le Gouvernement finlandais considère que le système de l’ONU est le cadre de choix pour progresser, conjointement avec la communauté des donateurs, en matière de codéveloppement », a dit M. Väyrynen.  Il a également signalé l’importance des programmes européens de développement, dont les priorités restent l’éradication de la pauvreté, ceci notamment par le biais d’une nette amélioration de l’allocation de l’aide publique au développement.


En 2007, a poursuivi l’officiel finlandais, la contribution de la Finlande à l’assistance au développement s’est élevée à 711 millions d’euros, ce qui représente à peu près 0,40% du PIB du pays.  Il a ajouté qu’en vue de parvenir à l’objectif communautaire de 0,51% du PIB à verser à l’APD d’ici à 2010, et de 0,7% du PIB d’ici à l’année 2015, la Finlande allait accroître sa contribution en s’efforçant d’en faciliter la livraison dans les délais impartis.


Suite à cet exposé, le représentant du Royaume-Uni a souligné la manière admirable dont la Finlande reconnaissait la responsabilité et le rôle des pays industrialisés en matière de pollution et d’émissions de gaz à effet de serre.  Il a aussi félicité le pays pour les actions qu’il soutient dans les domaines de la gestion de l’énergie et de l’eau.  Il a souhaité avoir de plus amples informations sur la manière dont la Finlande articulait les partenariats entre le secteur public et le secteur privé.  De plus, notant que plus de la moitié de la coopération finlandaise se faisait de manière bilatérale, il a demandé quelle était la base sur laquelle cette décision avait été prise et comment le pays établissait ses priorités. 


Répondant à ces remarques, le Ministre finlandais a souligné l’importance des travaux menés par le Comité national finlandais sur le développement durable.  Il a estimé que les pays développés devaient se concentrer sur la promotion de la viabilité écologique.  Il a expliqué que le Comité regroupait des  ministres, des hauts fonctionnaires ainsi que des ONG, des représentants de l’industrie et des syndicats.  S’agissant de la structure finlandaise d’aide bilatérale, il a fait valoir que celle-ci était fondée sur les besoins et les demandes exprimés par les pays partenaires.  Il a précisé que les efforts de la Finlande étaient concentrés sur quelques pays. 


Interrogé par le représentant de la République-Unie de Tanzanie sur le respect des promesses faites en matière d’aide publique au développement, M. VÄYRYNEN a indiqué que la Finlande dédiait 0,51% de son PIB à l’APD, ce qui ne correspondait pas encore au niveau de 0,56% qui doit être atteint par les États de l’Union européenne avant 2010.  Il a toutefois espéré que cette promesse serait tenue.  En ce qui concerne l’objectif de consacrer 0,7% du PIB à l’APD avant 2015, il a estimé que le Gouvernement finlandais renforcerait le niveau de son financement avant 2011 pour atteindre cette cible.  Comme promis, au moins la moitié de cette augmentation sera consacrée à l’Afrique, a-t-il rappelé.


Le représentant de la Guinée a ensuite demandé si la Finlande envisageait de suggérer que la déconcentration de l’aide soit élargie au niveau de l’Union européenne afin que la coopération ne vise pas toujours les mêmes pays.  De même, le représentant de la Malaisie a constaté que sur un petit groupe de pays partenaires, le Luxembourg et la Finlande avaient des États partenaires en commun.  Cela témoigne-t-il d’une tendance plus large visant à créer des « bénéficiaires préférés »? a-t-il demandé.  Il a voulu savoir quels étaient les critères utilisés par la Finlande pour choisir les pays auxquels elle apporte sa coopération.


M. VÄYRYNEN a répondu que la Finlande versait 45% de ses financements par des voies multilatérales.  Cela amène le pays à opérer dans des domaines plus larges et pas uniquement avec les seuls pays qu’il a pour partenaires, a-t-il précisé.  Il a indiqué que le statut de PMA était un facteur important de sélection.  Nous sommes en train de supprimer certains pays de la liste, comme la Namibie, qui était autrefois notre partenaire mais qui est devenu un pays à revenu intermédiaire, a-t-il expliqué.  Il a toutefois assuré que la Finlande travaillait encore avec ces pays à travers d’autres instruments que ceux de la coopération.  Par ailleurs, il s’est dit conscient du problème que pouvait poser une liste de « partenaires préférés » et a expliqué que la Finlande s’était attachée, au sein de l’Union européenne, à créer des principes communs pour éviter ce genre de situation.


Le représentant de l’Éthiopie a salué la Finlande pour l’efficacité de son appui au développement en Afrique, qui se fait notamment par le truchement d’arrangements bilatéraux efficaces.   


Le Ministre finlandais du commerce extérieur et du développement, a tenu à réaffirmer qu’aux yeux de son pays il n’y a pas de contradiction entre développement durable et respect de l’environnement.  La problématique écologique sous-tend des réalités dont l’amélioration dépend du renforcement des droits de l’homme, a-t-il dit, estimant que les pays du Nord et du Sud devaient partager une vision commune en matière de développement.  Il a ainsi pris comme exemple la gestion des forêts, en rappelant que plus de 1,5 milliard de personnes vivaient des ressources forestières.  Il est pertinent d’envisager une action durable à ce niveau qui suppose que l’on ait une ambition en matière de lutte contre les effets des changements climatiques, a-t-il estimé. 


DÉBAT THÉMATIQUE SUR LE THÈME « PROMOTION D’UNE APPROCHE INTÉGRÉE DU DÉVELOPPEMENT RURAL DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT EN VUE D’ÉLIMINER LA PAUVRETÉ ET D’ASSURER UN DÉVELOPPEMENT DURABLE, COMPTE TENU DES DÉFIS ACTUELS »


Table ronde A: « Bioénergie, modes de subsistance viables et pauvres en milieu rural »


Les biocarburants sont-ils la solution ou le problème? C’est la question à laquelle devaient répondre les intervenants à la table ronde, qui s’est tenue cet après-midi dans le cadre du débat thématique organisé cet après-midi sur le thème « Promotion d’une approche intégrée du développement rural dans les pays en développement en vue d’éliminer la pauvreté et d’assurer un développement durable, compte tenu des défis actuels ».


M. ANTHONY SEVERIN (Sainte-Lucie), qui présidait la séance, a évoqué dans son introduction le débat actuel provoqué par les biocarburants accusés de favoriser la hausse des prix des denrées alimentaires.  Ces questions doivent par conséquent être réexaminées avec soin, a-t-il dit, le débat de ce jour étant censé ouvrir des pistes de réflexion à cet égard.  Parmi les questions que celui-ci a proposé d’aborder figurent celle de savoir si les biocarburants pouvaient contribuer à augmenter le niveau de vie des pays pauvres.


M. ABDOULIE JANNEH, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, qui modérait le débat, a rappelé que le fait que l’agriculture ait été longtemps négligée par les décideurs expliquait en grande partie la situation actuelle.  Il convient, a-t-il dit, de ne pas opposer les cultures vivrières aux cultures « énergétiques » car les deux sont nécessaires dans le contexte du renchérissement des hydrocarbures.  


M. ALEXANDER MUELLER, Sous-Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, a souligné que la population mondiale devrait passer de 5 à 8 milliards, un accroissement signifiant une hausse importante de la demande d’énergie, d’autant que ces trois milliards supplémentaires vivront dans les villes dans leur immense majorité.  Par ailleurs, l’orateur a noté que certaines régions comme le Moyen-Orient et une partie de l’Asie ne disposaient plus de terres arables disponibles pour des cultures nouvelles.  Concernant l’eau, nous sommes à la limite des disponibilités dans de nombreuses régions.  Évoquant l’utilisation de la biomasse pour produire de l’énergie, en Afrique le pourcentage est de 50% et de 30% en Asie.  L’augmentation très importante de la production de maïs pour produire du carburant aux États-Unis, accroissement qui devrait se poursuivre, ne pourra qu’entraîner la hausse des cours, comme cela est déjà le cas, a-t-il noté.


Mme SONJA VERMEULEN, Directrice de programme pour les entreprises et le développement durable (Institut international pour l’environnement et le développement - IIED), a souligné le problème de la disponibilité des terres.  Les femmes et les nomades vivant de l’activité pastorale, seraient a priori désavantagés.  Ainsi, se pose le problème des populations déplacées de leurs terres par le développement des biocarburants sans que celles-ci aient la possibilité de s’y opposer.  Parmi les protections à garantir, figure donc, a-t-elle noté, la protection des systèmes de production locaux.  Il est aussi nécessaire de consulter les populations et de négocier avec elles, de leur permettre d’avoir accès à des mécanismes de recours et d’arbitrage, en d’autres termes de garantir leur accès au droit.  Il convient enfin que l’on définisse mieux la catégorie des terres sous-utilisées ou dégradées.  Après avoir évoqué différents modèles en vigueur de par le monde dont celui du Brésil, Mme Vermeulen a insisté sur le rôle clef des pouvoirs publics dans les financements -par des exonérations fiscales par exemple- et la mise en place d’un cadre juridique clair. 


M. LIONEL LOPEZ, Directeur de Technoserve, Guatemala, a expliqué que son organisation dont le siège se trouve à Washington était à but non lucratif, et que son objectif était de rechercher des solutions dans le cadre du développement durable, applicables aux petits exploitants et susceptibles de constituer des modèles d’exploitations privées viables.  M. Lopez a évoqué le cas du Guatemala, pays dont il est originaire.  L’étude réalisée montre que ce pays dispose d’un potentiel pour produire six millions de barils de biocarburants par an, ce qui permettrait de remplacer 80% du gazole importé.  Les terres choisies pour les expérimentations de cultures de biocarburants sont peu ou pas exploitées en raison de leur médiocrité et sont situées à proximité de la côte pacifique. La culture choisie à titre expérimental est le jatropha, une plante oléagineuse ayant des besoins modestes en eau, robuste et ayant une durée de vie de 30 à 50 ans.  On peut en tirer non seulement du carburant mais aussi des sous-produits tels que de l’engrais, des briquettes de combustible et du biogaz.  En conclusion, M. Lopez a souligné la nécessité de définir et cartographier les zones rurales restées en marge afin d’y mettre en place la technologie destinée à transformer les produits cultivés.  Enfin des subventions incitatives doivent être envisagées pour assurer le démarrage et le décollage des nouvelles cultures.


Mme SUZANNE HUNT, spécialiste en bioénergie et consultante indépendante, a d’abord souligné qu’il convenait de sortir de l’illusion de la ruée vers l’or lorsque l’on pense aux biocarburants qui ne représenteront qu’une part relativement marginale de l’énergie utilisée par l’homme pendant encore un certain temps.  Mme Hunt a souligné la nécessité de mettre l’accent sur les investissements dans l’agriculture qui ne soient pas dépendants du pétrole.  La hausse importante des prix des aliments s’explique en grande partie par la hausse des cours du pétrole à l’heure actuelle, a-t-elle en effet rappelé.  Concernant les biocarburants, la question clef est celle de l’utilisation et de l’aménagement des terres, a conclu Suzanne Hunt. 


CHEICK SIDI DIARRA, Haut Représentant pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement, a rappelé que dans les pays les moins avancés l’impact de la hausse des prix alimentaires se faisait déjà fortement sentir.  Dans ces pays, la population consacre 70% de ses revenus à l’alimentation contre 15 à 20% dans les pays riches.  Concernant les biocarburants, alors que ceux-ci devraient permettre aux petits exploitants de dégager de nouveaux revenus, il est important de veiller aux retombées négatives que pourrait avoir leur développement, a-t-il rappelé.  Il a souligné que les nouvelles cultures risquaient de détourner une partie des ressources en eau, ce qui aura immanquablement un effet inflationniste sur le reste de la production agricole.  Il convient de lancer des partenariats à long terme concernant le développement de nouvelles techniques et des nouvelles cultures, a-t-il conclu.


Intervenant après cette série de présentations, la représentante de l’Indonésie a souligné qu’il était particulièrement important que les populations puissent se prononcer, ce qui suppose aussi des programmes de formation.  Elle a expliqué que son pays faisait un effort important actuellement pour développer les énergies renouvelables locales.  Des expérimentations ont été lancées dans des villages isolés mais la coopération internationale reste nécessaire pour combler l’abîme entre pays développés et en développement, en matière technologique en particulier.


La représentante de Women Organizing for Change in Agriculture and Natural Resource Management (WOCAN) a attiré l’attention sur le fait qu’alors que les femmes étaient généralement encore considérées comme « un groupe vulnérable », on notait une forte présence féminine dans le secteur de l’agriculture.  Il est urgent de leur permettre d’entrer en lice alors que l’on parle de débloquer des fonds pour les nouvelles cultures et qu’elles travaillent jusqu’à 14 heures par jour sans parler de leurs activités d’ordre strictement familial.  Il convient donc de s’assurer que les femmes bénéficient de conditions égales pour accéder aux divers soutiens envisagés aux nouvelles cultures.


La représentante du Brésil a rappelé que son pays avait une expérience longue de 30 ans  en ce qui concerne la nécessité de garantir la sécurité alimentaire tout en développant le bioéthanol à partir de la canne à sucre.  Au Brésil, entre 2003 et 2006, la production de ce carburant a fortement augmenté tandis que la déforestation de l’Amazonie diminuait, ce qui démontre, selon elle, que les deux questions ne sont pas liées.


Le représentant de l’Italie a rappelé que s’il était évident que l’bioénergie pouvait apparaître comme une solution pour les pays en développement, dans le même temps il convenait de se préoccuper de sa durabilité.  Il faut donc identifier des critères à cet égard, a-t-il ajouté, en rappelant le plan lancé par l’Italie d’un partenariat mondial sur la bioénergie dans le cadre du G-8.  


La représentante d’une organisation non gouvernementale (ONG) a mis en cause le fait que l’on soit en train de débattre de problèmes énergétiques, et de cultures destinées à résoudre cette question, alors même que des populations souffrent de la faim.  Il convient que les États fassent jouer leurs prérogatives en matière de régulation, il convient d’en finir avec les monocultures industrielles et de produire différemment, a-t-elle ajouté.  Il convient en résumé de cultiver pour nourrir les gens avant tout, a-t-elle conclu.  Il faut en effet 240 kilos de maïs pour produire 100 litres d’éthanol permettant de remplir le réservoir d’un 4 x 4, a renchéri un autre intervenant qui a estimé qu’il convenait de s’intéresser aux énergies alternatives tels que l’éolien ou le solaire.


En conclusion de la table ronde, les panélistes ont répondu à ces observations, Mme HUNT soulignant la nécessité de réfléchir aux causes de la faim.  Celles-ci sont multiples et il convient de les analyser en profondeur avant de montrer du doigt d’emblée les biocarburants alors mêmes que ceux-ci demeurent marginaux.


M. MUELLER a reconnu que la question des politiques était centrale dans le débat actuel.  Quant à la question des terres et de l’eau disponibles, il est certain qu’il n’y en a pas suffisamment pour lancer de nouvelles cultures dans certaines régions, essentiellement au Maghreb, au Moyen-Orient et en Asie.  Ailleurs, il existe un potentiel mais sa mise en valeur suppose de soutenir la paysannerie pauvre.  Les pauvres vivent bien souvent en effet sur les terres marginalisées et se pose la question d’y développer des cultures « énergétiques ».


Enfin, Mme VERMEULEN a dénoncé l’hystérie régnant dans les médias qui met en cause les biocarburants dans la flambée des prix des aliments alors que c’est le pétrole qui en est la première cause.  Pour Mme Vermeulen, il faut être conscient néanmoins que les biocarburants ne seront qu’une partie de la solution aux besoins en énergie.  La production à grande échelle n’est pas nécessairement la solution, des petites exploitations, des terres communales pouvant être partiellement mises à contribution, rien ne s’opposant à ce qu’ils écoulent leur production sur les grands marchés.  M. LOPEZ a ainsi signalé qu’il existait un grand marché pour l’huile végétale.   


Table ronde B: « Exploiter la flambée actuelle des prix des produits de base agricoles pour l’élimination de la pauvreté et le développement durable: le cas des petits agriculteurs »


Les participants à la table ronde B se sont intéressés aux opportunités que crée la hausse des prix des produits de base agricoles pour les petits agriculteurs.  Ils se sont ainsi attachés à identifier et à discuter des options politiques et des alternatives susceptibles d’accroître la productivité agricole et de faciliter l’accès des petits agriculteurs aux marchés internationaux.


Le Vice-Président de l’ECOSOC, M. ANDREI DAPKIUNAS du Bélarus, qui présidait cette table ronde, a souligné que le monde était confronté à une crise alimentaire croissante qui menace de saper les progrès modestes réalisés au cours des dernières années et de jeter dans la pauvreté des millions de gens.  Au mois de mai dernier, le Conseil a tenu une réunion spéciale, qui a été suivie, à Rome, un mois plus tard, de la Conférence de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur la sécurité alimentaire, a-t-il rappelé.  Si, au cours de ces deux réunions, des mesures à court, moyen et long termes ont été jugées nécessaires pour atténuer les effets de la crise, cette dernière a également été considérée comme une occasion de procéder à une renaissance de l’agriculture.  L’importance des petits agriculteurs dans cette renaissance ne doit pas être sous-estimée, a-t-il dit. 


Malgré les opportunités qu’elle a créées, la forte augmentation des prix des denrées alimentaires n’a pas profité aux petits agriculteurs, a-t-il ajouté.  La hausse des prix de l’énergie et des engrais, combinée aux effets de la désertification et des changements climatiques, a limité de manière drastique la productivité des petits exploitants dans les pays en développement.  Selon M. Dapkiunas, la communauté internationale a un rôle important à jouer en aidant les gouvernements à explorer de nouvelles approches et de nouvelles technologies.  Une action concertée à cet égard constituerait un outil utile vers la réalisation des objectifs de développement, en particulier les Objectifs du Millénaire pour le développement.


Mme ANNA TIBAIJUKA, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), a rappelé pour sa part que 56% de la population vivait dans les villes et les villages.  Le rythme de l’urbanisation est si rapide qu’il est inquiétant, a-t-elle dit.  Comment trouver des mesures d’incitation pour garder un certain nombre de personnes dans les fermes? a-t-elle demandé.  Elle a constaté un manque d’investissement dans le développement rural en Afrique au cours des dernières années.  Les changements climatiques ont compliqué les choses et ont accéléré le rythme de l’urbanisation, a-t-elle également souligné.


M. FRANK TUMPALE MWENIFUMBO, Vice-Ministre de l’agriculture et de la sécurité humaine du Malawi, a indiqué que son gouvernement avait identifié l’agriculture et la sécurité alimentaire comme l’un des six domaines prioritaires de la Stratégie de croissance et de développement du Malawi.  Le Gouvernement, a-t-il dit, s’est attaché à améliorer la productivité agricole des petits agriculteurs en leur garantissant un accès facile aux intrants.  Après avoir atteint l’autosuffisance alimentaire pendant trois années consécutives, les priorités actuelles du Gouvernement sont d’assurer la durabilité de la situation sécuritaire alimentaire, d’améliorer le retour sur investissements et de renforcer la diversification des produits agricoles en vue d’accroître les revenus des petits agriculteurs. 


En dépit des maigres ressources, le Malawi a démontré au monde entier qu’avec une volonté politique ferme, un leadership et une implication des parties prenantes de bons résultats pouvaient être obtenus en matière de sécurité alimentaire.  Le Vice-Ministre a appelé la communauté internationale, y compris le système des Nations Unies, à saisir cette opportunité pour aider le pays à lever les obstacles vers la réalisation du développement socioéconomique.


M. ROBERT WATSON, Conseiller scientifique en chef au Ministère de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales du Royaume-Uni, a estimé que l’agriculture ne devait plus être considérée sous l’angle de la production, mais sous l’angle du développement durable.  La petite agriculture peut être durable, mais nombre de ses exploitants ne peuvent bénéficier des opportunités offertes, a-t-il expliqué.  Il a également mis l’accent sur le rôle essentiel des femmes, lesquelles, a-t-il précisé, ont besoin d’avoir accès à l’éducation, à l’information sur la science et aux technologies.  Selon lui, il convient par ailleurs d’arrêter les subventions agricoles dans les pays développés qui ne reflètent plus la réalité des marchés.  Il a préconisé un meilleur accès des petits exploitants agricoles aux crédits et des investissements plus importants dans la recherche agricole des pays en développement.  Une meilleure gouvernance est nécessaire pour favoriser les retours sur investissements des agriculteurs, a-t-il encore souligné.


M. STEVEN SCHONBERGER, Chef des opérations pour l’agriculture et le développement rural de la Banque mondiale, a estimé que beaucoup de petits fermiers auront besoin de protection pour ne pas retomber dans la pauvreté.  Il a mis l’accent sur le rôle essentiel que jouent ceux-ci dans la lutte contre les effets des changements climatiques.  Il a également encouragé le maintien des femmes à la tête des petites exploitations agricoles.  Des opportunités doivent être créées pour faciliter la réussite des investisseurs locaux, a-t-il dit.  De même, selon lui, le droit à la propriété et son respect sont essentiels.  Les petits agriculteurs doivent pouvoir investir dans leurs propres terrains, a-t-il insisté, plaidant également en faveur du développement des services financiers dans les campagnes.


Pour Mme SANDRA POLASKI, Associée principale et Directrice pour le commerce, l’équité et le développement de la Dotation Carnegie pour la paix internationale, les politiques mises en œuvre doivent être adaptées aux conditions spécifiques des pays en développement.  La politique commerciale a un rôle important à jouer, a-t-elle estimé.  Elle doit permettre aux pays en développement de créer les incitations nationales pour accroître la production alimentaire, les investissements en vue d’améliorer la productivité, la stabilité et l’augmentation des revenus ruraux, et de favoriser des interventions ciblées en faveur des plus pauvres et des ménages agricoles les plus vulnérables.  Dans le cas du Cycle de Doha, un accord devrait être soigneusement élaboré afin de s’assurer qu’à l’avenir les pays en développement conservent les instruments politiques nécessaires pour accroître la sécurité alimentaire et protéger les pauvres des défaillances du marché qui sont susceptibles d’affecter leur survie même.


Au nom de l’Union européenne, le représentant de la France a indiqué que l’Union européenne encouragerait des mesures résolues en faveur des petits agriculteurs des pays en développement.  Ainsi, elle renforcera son soutien aux investissements publics et privés dans l’agriculture et s’efforcera de créer un environnement commercial favorable visant à soutenir les petits producteurs des pays en développement.  Son homologue de l’Éthiopie, qui s’exprimait au nom du Groupe africain, a interrogé les panélistes sur le fait qu’une attention trop insuffisante a été accordée jusqu’à présent au secteur essentiel que constitue l’agriculture pour les économies africaines.


Le délégué de la République-Unie de Tanzanie a souhaité, de son côté, que l’on parle davantage du commerce équitable.  Il faut faire en sorte que la valeur ajoutée aille directement en Afrique, a-t-il noté.  Son collègue de la Guinée a estimé que le Malawi, par son expérience, avait montré que l’Afrique pouvait changer, et ce, très rapidement.  Il s’agit d’un exemple à suivre et à encourager, a-t-il dit. 


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