14/04/2008
Conseil économique et social
ECOSOC/6328

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Réunion spéciale de haut niveau avec les institutions

de Bretton Woods, l’OMC et la CNUCED

4e & 5e séances - matin & après-midi


RÉVOLUTION VERTE, ÉFFICACITÉ DE L’AIDE, LIBÉRALISATION COMMERCIALE ET MEILLEURE GOUVERNANCE INTERNATIONALE, REMÈDES PRESCRITS POUR JUGULER LES RISQUES DE RÉCESSION


Face à la crise alimentaire, à la hausse du prix du pétrole, à l’instabilité financière et aux pressions climatiques, le Conseil économique et social (ECOSOC) a invité, cette année, les institutions de Bretton Woods, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à réfléchir aux moyens de renforcer la cohérence de leurs politiques, la coordination de leur action et la coopération entre eux, « dans le contexte de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey*, y compris les nouveaux défis et les questions émergentes ».


Devant les risques de récession économique, les participants à cette réunion annuelle de l’ECOSOC ont dit craindre un affaiblissement du bilan « remarquable mais mitigé » de la mise en œuvre des huit Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)**.  Entre 1990 et 2004, le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour a chuté de 278 millions puis, ces cinq dernières années, du nombre « impressionnant » de 150 millions, grâce à une croissance moyenne de 7% observée pendant la même période.


Or, comme l’a rappelé le Secrétaire général de l’ONU, la crise alimentaire actuelle risque de replonger quelque 100 millions de personnes dans l’extrême pauvreté.  Les participants ont donc multiplié les appels à des investissements massifs dans le secteur agricole.  Dans ce contexte, le représentant du Président du Comité du développement a salué la détermination du Président de la Banque mondiale de faire en sorte que la communauté internationale signe un « New Deal de la révolution verte », en particulier en faveur des pays les moins avancés (PMA).


La hausse du prix des produits alimentaires doit être l’occasion de faire progresser le volet agricole des négociations du Cycle de Doha, a voulu le Directeur de la Division des relations extérieures de l’OMC.  Une percée est possible, a-t-il affirmé, parce que les derniers problèmes sont davantage d’ordre politique que technique.   Il a attiré l’attention sur l’immense potentiel de l’initiative « aide pour le commerce » et du commerce Sud-Sud.


La promotion des échanges entre ces pays, a précisé le Président du Conseil du commerce et du développement de la CNUCED, nécessite la libéralisation du commerce et des investissements, des arrangements financiers solides et une coordination des politiques macroéconomiques.  À la veille de la CNUCED XII, prévue du 20 au 25 avril à Accra, il a insisté sur la nécessité de transformer les profits tirés de la hausse du prix du pétrole en investissements accrus dans la diversification des exportations.


Un autre domaine où les relations entre pays du Sud se révèlent prometteuses est l’aide publique au développement (APD), ont reconnu les participants, en particulier face aux défis des changements climatiques.  La Chine et l’Inde, par exemple, ont contribué à modifier l’architecture de l’aide au même titre que des modalités comme le Fonds mondial contre le VIH, la tuberculose et le paludisme et ou les sources novatrices de financement du développement telles que la taxe de solidarité sur les billets d’avion.


En prévision de la Conférence de suivi du Consensus de Monterrey, convoquée à Doha, du 29 novembre au 2 décembre 2008, qui aura lieu après le Forum d’Accra du mois de septembre 2008, sur la mise en œuvre de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, le Secrétaire général a rappelé qu’il a nommé M. Philippe Douste-Blazy, ancien Ministre français des affaires étrangères et Président du Conseil d’administration de l’UNITAID, Conseiller spécial pour les sources novatrices de financement.


M. Ban Ki-moon a également demandé à la Ministre allemande de la coopération internationale, Mme Heidemarie Wieczorek-Zeul, et au Ministre sud-africain des finances, M. Trevor Manuel, d’agir comme ses envoyés spéciaux pour mobiliser l’appui nécessaire au succès de la Conférence de Doha qui fera suite à la réunion de haut niveau qu’il a convoquée en septembre 2008 sur la réalisation des OMD.


D’ici à 2030, les pays en développement auront besoin de 100 milliards de dollars pour financer l’atténuation des effets climatiques et de 28 à 67 milliards pour les efforts d’adaptation.  Compte tenu de la convocation en 2009, à Copenhague, de négociations sur la finalisation du texte devant remplacer le Protocole de Kyoto, nous devons, a estimé le Secrétaire général, partir des mécanismes existants, identifier leurs insuffisances et décider des moyens nécessaires à leur renforcement.


L’instabilité des marchés financiers rendant plus aiguë la question de la prévisibilité de l’aide, le Président du Conseil du commerce et du développement de la CNUCED a jugé important que l’architecture financière soit axée sur la prévention des crises financières.  Le Président du Comité du développement a, quant à lui, appelé la Banque mondiale à définir une architecture de l’aide plus diversifiée et complexe, conformément à la Déclaration de Paris.  Il a dit attendre avec intérêt le « Rapport Volker » sur la transparence, la gouvernance interne et l’intégrité des projets de la Banque mondiale qui entend présenter ses propositions de réforme en 2009.


Avec une longueur d’avance, le Directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI) a souligné que le nouveau système de représentation des pays en développement et en transition dans les processus de prise de décision du Fonds, qui doit être entériné le 28 avril 2008, prévoit une réévaluation des voix et des quotas tous les cinq ans, afin de refléter l’évolution des États sur la scène économique mondiale. 


Les réformes, a-t-il dit, en répondant aux critiques sur leur insuffisance face à la nécessité urgente d’une meilleure gouvernance internationale, renforceront l’avantage comparatif du FMI et l’aideront à promouvoir la stabilité financière et la coopération monétaire.  Compte tenu de la situation mondiale actuelle, a-t-il assuré, le FMI travaille étroitement avec la Banque mondiale et d’autres partenaires pour donner une réponse coordonnée aux besoins des États.


L’interaction avec les économies émergentes est par exemple centrée sur les défis liés à l’intégration aux marchés mondiaux et à la volatilité des flux de capitaux.  Le FMI, a encore dit son représentant, continuera à soutenir les pays à faible revenu en les aidant à surmonter les défis de la viabilité de la dette et des fluctuations des prix des matières premières.


Après la séance inaugurale, les discussions de la réunion de haut niveau se sont poursuivies au sein de trois tables rondes portant sur les sources novatrices de financement du développement et de la place des pays à revenu intermédiaire et des pays les moins avancés (PMA) dans le commerce international.  Ces tables rondes ont été suivies d’un débat thématique sur la solidité des marchés financiers et d’une manifestation spéciale sur le financement des mesures d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques**.


*     Document final de la Conférence internationale sur le financement du développement (Monterrey, mars 2002).

**    www.un.org/esa/ffd


RÉUNION SPÉCIALE DE HAUT NIVEAU AVEC LES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS, L’ORGANISATION DU COMMERCE ET LA CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES SUR LE COMMERCE ET LE DÉVELOPPEMENT


Déclarations liminaires


M. LÉO MÉRORÈS (Haïti), Président du Conseil économique et social, a rappelé que cette réunion annuelle du Conseil économique et social (ECOSOC) avec les institutions financières et commerciales internationales était devenue une instance de premier plan pour accroître la cohérence, la coordination et la coopération dans le contexte de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey.  Il a aussi déclaré que la réunion d’aujourd’hui devrait apporter une contribution de fond importante aux préparatifs de la Conférence internationale de suivi sur le financement du développement de Doha, prévue en novembre 2008.  En outre, il a souligné que l’Examen ministériel annuel de l’ECOSOC visait cette année à promouvoir le partage des responsabilités et la responsabilité à double sens dans le cadre de la mise en œuvre des engagements pris au niveau international en matière de développement durable.  En outre, a–t-il indiqué, après son lancement l’année dernière, le Forum biannuel pour la coopération en matière de développement devrait servir de mécanisme pour un dialogue et un examen des questions clefs dans le domaine de la coopération pour le développement.


S’agissant du thème de la réunion d’aujourd’hui, M. Mérorès a déclaré que les nouvelles initiatives relatives au financement du développement pourraient jouer un rôle crucial en accroissant et en complétant, de façon plus stable et prévisible, les engagements existants en matière d’aide publique au développement.  Il a également estimé que la communauté internationale devrait continuer à prêter son appui aux efforts de développement dans les pays à revenu intermédiaire, notamment dans le domaine du commerce.  Il a constaté que ces pays comptaient 41% des personnes les plus pauvres du monde et connaissaient des difficultés pour surmonter les défis de l’inégalité, de la réduction des vulnérabilités financières ou encore la mise en place d’infrastructures solides.  M. Mérorès a estimé que ces pays pouvaient grandement bénéficier du renforcement de la coopération en matière d’assistance technique, de transfert de technologies et de la promotion des échanges commerciaux.


Face aux turbulences financières mondiales actuelles, il est important de renforcer la cohérence et la coordination des politiques macroéconomiques et financières, a souligné le Président du Conseil économique et social.  Il a par ailleurs indiqué que les changements climatiques nécessitaient une réponse mondiale qui repose sur une coopération aussi vaste que possible de tous les pays.  Il a fait remarquer que pour les pays en développement, en raison de leurs caractéristiques géographiques et du manque de ressources financières et techniques, le défi de la réponse aux changements climatiques était ardu.  « La réalisation des progrès concrets dans notre quête commune du financement du développement passe par l’amélioration de la cohérence de nos politiques et le renforcement du partage des responsabilités et de la responsabilité à double sens qui sont au cœur du Consensus de Monterrey », a-t-il dit, avant de conclure.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, a souligné à quel point les réunions de haut niveau de l’ECOSOC avec les partenaires des institutions financières et internationales et du commerce international ont contribué à améliorer la coordination entre leurs activités.  Les discussions, a insisté le Secrétaire général, se révèlent aujourd’hui d’autant plus importantes, au regard de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey dont la Conférence de suivi est prévue à Doha, à la fin de cette année.  Les préparatifs sont déjà bien avancés, s’est-il félicité, en estimant que la Réunion de haut niveau est bien placée pour renforcer ce processus préparatoire.  Ce que nous déciderons aujourd’hui permettra de guider et d’informer les dirigeants qui se réuniront à Doha au mois de novembre.


Nous avons besoin, a poursuivi le Secrétaire général, de prendre des mesures d’urgence pour éviter que la situation ne se complique.  La hausse des prix des produits alimentaires et pétroliers montre déjà la nécessité pour les organisations financières internationales de mettre davantage de ressources à la disposition des États.  La Banque mondiale a indiqué que la crise alimentaire qui a doublé de volume au cours de ces trois dernières années pourrait pousser 100 millions de personnes dans la pauvreté.  Cette crise, a prévenu le Secrétaire général, pourrait annihiler les résultats obtenus dans la lutte contre la pauvreté.  C’est pourquoi, la communauté internationale doit prendre rapidement des mesures pour éviter que les conséquences de la crise ne se fassent ressentir à long terme.


De nouvelles propositions ont été faites sur le financement du développement qui permettraient une plus grande stabilité et une plus grande prévisibilité des ressources, a rappelé le Secrétaire général, en attirant l’attention sur le fait qu’il a nommé, l’ancien Ministre français des affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, comme Conseiller spécial pour les sources novatrices de financement.  La communauté internationale doit examiner le cas particulier des pays à revenu intermédiaire qui ont besoin d’un meilleur accès aux marchés, d’une aide technique et de connaissances pour traiter des besoins critiques de leur processus de développement.  Le système monétaire, commercial et financier doit également créer de nouvelles possibilités pour les pays les moins avancés (PMA).


Les échanges commerciaux sont un moteur de la croissance et il faut que les PMA puissent diversifier leurs exportations, compte tenu de la haute volatilité des prix des produits de base.  Il faudra donc augmenter les investissements dans ces pays et intensifier le transfert de technologies.  Dans tous les pays, les marchés financiers ont connu une croissance considérable, a encore relevé le Secrétaire général, en soulignant néanmoins que les systèmes de poids et de contrepoids ont fait défaut comme en attestent les perturbations actuelles.  Il nous faut des cadres régulateurs dont la mise en place exige des efforts de toutes les parties prenantes.


La croissance économique et le développement, a conclu le Secrétaire général, dépendent de la lutte contre les changements climatiques.  Les pays en développement ont besoin d’une aide technique et financière pour faire face à ces défis.  Il faut, a encouragé le Secrétaire général, utiliser la période avant la Conférence de Copenhague pour mettre en œuvre de nouvelles méthodes de financement de l’adaptation et de l’atténuation sans pour autant réinventer la roue.  Nous devons, s’est-il expliqué, partir des bases et des mécanismes existants, identifier leurs insuffisances et décider des moyens financiers qui pourraient être utiles à leur renforcement.  Le Secrétaire général a rappelé qu’il a convoqué conjointement avec le Président de l’Assemblée générale la tenue, en septembre prochain, d’une réunion de haut niveau sur la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a aussi annoncé qu’en prévision de la Conférence de Doha, il vient de nommer la Ministre allemande de la coopération internationale, Mme Heidemarie Wieczorek-Zeul, et le Ministre sud-africain des finances, M. Trevor Manuel, comme Envoyés spéciaux pour aider à mobiliser un appui politique à la Conférence.


Déclarations des représentants des principales parties prenantes institutionnelles


M. PETKO DRAGANOV, Président du Conseil du commerce et du développement de la CNUCED, a déclaré que cette réunion venait à un moment opportun alors que la CNUCED devait tenir sa douzième session du 20 au 25 avril à Accra, au Ghana.  Il a précisé qu’à mi-parcours des délais fixés pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), cette session devrait contribuer à répondre aux problèmes du milliard de personnes les plus pauvres, laissées en marge de la croissance mondiale.  Il a rappelé que le commerce était un des facteurs les plus importants du processus de développement.  Il a souligné que la CNUCED XII discuterait des moyens de renforcer l’intégration quantitative et qualitative des pays en développement dans le commerce international.


M. Draganov a affirmé que les investissements étrangers directs (IED) demeuraient une source clef de financement pour les pays en développement et que tous les efforts devraient être faits pour encourager ces flux vers les pays en développement.  Les sources novatrices de financement, résultant du commerce et des marchés financiers, pourraient contribuer au développement, a-t-il ajouté.  À titre d’exemple, il a expliqué que l’investissement Sud-Sud émergeait en tant que nouvelle source de financement et constituait actuellement la partie la plus importante des flux d’IED en faveur des pays les moins avancés (PMA).  Par ailleurs, il a souligné l’importance de l’initiative « Aide pour le commerce » tout en notant que les Nations Unies devraient être impliquées dans les efforts de mise en œuvre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans ce domaine, afin qu’un large nombre de pays puissent en bénéficier.


M. Draganov a aussi mis en avant le rôle des pays à revenu intermédiaire, non seulement pour le propre développement mais aussi celui d’autres pays.  Citant la Chine, le Brésil, l’Inde ou l’Afrique du Sud, il a estimé que ces pays pourraient partager notamment leurs meilleures pratiques, leurs connaissances ainsi que des ressources financières et techniques avec d’autres pays en développement.  Il a déclaré que la promotion des échanges commerciaux de ces pays nécessitait des mesures de libéralisation des investissements et du commerce, des arrangements financiers ainsi qu’une coordination des politiques macroéconomiques.


S’agissant des pays les moins avancés, le représentant de la CNUCED a constaté leurs lacunes en termes de compétitivité, de capacités de production diversifiée et d’opportunités sur les marchés.  Tout en notant l’importance de mécanismes visant à faciliter le commerce pour ces pays, il a insisté sur la nécessité de transformer les gains de la récente hausse des prix des produits de base en investissements accrus pour diversifier ces économies.  Par ailleurs, il a souligné que l’accord de Hong Kong de l’OMC, visant à fournir un accès aux marchés sans quotas et sans barrières tarifaires aux PMA, devrait être respecté.  Il a aussi mis l’accent sur la nécessité de faciliter l’intégration de ces pays dans le système commercial multilatéral, notamment en prenant en compte leurs intérêts dans le Cycle de négociations commerciales de Doha.


De l’avis de M. Draganov, une nouvelle architecture financière devrait être axée principalement sur la prévention des crises, tout en envisageant des mécanismes de résolution des crises.  Il a notamment insisté sur l’importance d’assurer une plus grande stabilité des taux de change.  Il a estimé que les turbulences actuelles, dans les marchés financiers, suggéraient que la gouvernance mondiale économique manquait de cohérence.  À cet égard, M. Draganov a estimé que dans le domaine du commerce, des règles multilatérales renforcées pourraient réduire l’instabilité de ces marchés.  Les défis posés au développement par les changements climatiques devraient aussi être examinés sous l’angle commercial et des solutions dans ce domaine, comme la création de marchés d’émissions de carbone, pourraient être explorées, a-t-il suggéré.


M. RICARDO OCHOA (Mexique), au nom du Président du Comité du développement de la Banque mondiale, a estimé que 2008 est une année charnière pour insuffler la dynamique nécessaire à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Si le monde est en passe de réaliser l’OMD concernant la pauvreté, grâce à une croissance soutenue, les pays d’Afrique subsaharienne continuent à être une source de préoccupation, a-t-il dit.  C’est pourquoi, il a appelé à une croissance plus forte et plus durable, en soulignant la nécessité pour les donateurs d’accroître leur aide.  Les économies émergentes ont été jusqu’ici moins affectées par l’évolution des marchés financiers mais l’impact de la hausse des prix des produits alimentaires et pétroliers ont tout de même touché les populations les plus vulnérables.


C’est la raison pour laquelle, a-t-il confié, que le Comité du développement a demandé à la Banque mondiale de fournir un appui financier et technique aux pays qui en font la demande.  Il a salué l’appel que le Président de la Banque mondiale a lancé à la communauté internationale pour qu’elle signe le « New Deal » de la révolution verte, en particulier dans les pays les moins avancés (PMA).  La Banque mondiale doit promouvoir des approches stratégiques.  Le représentant du Président du Comité du développement a donc salué la quinzième reconstitution de l’Association internationale de développement (IDA), les mesures d’allègement de la dette dont bénéficient de nombreux pays et l’augmentation de l’aide publique au développement (APD), tout en regrettant que cette dernière ne soit pas encore à la hauteur des engagements pris.


Il a donc appelé à doubler l’APD en faveur de l’Afrique subsaharienne d’ici à 2010.  Il faut définir une architecture de l’aide diversifiée et complexe pour mettre en œuvre la Déclaration de Paris, a-t-il insisté, en disant attendre beaucoup du Forum de haut niveau d’Accra.  Soulignant aussi l’importance d’une issue heureuse des négociations menées dans le cadre du Cycle de Doha, il a appelé la Banque mondiale à contribuer à une mondialisation inclusive et viable.  À cet égard, il a dit attendre avec impatience le rapport Volker sur la transparence, la gouvernance interne et l’intégrité des projets de la Banque.


M. Ochoa s’est aussi félicité, à ce sujet, du rapport du Directeur du Fonds monétaire international (FMI) sur les changements intervenus pour renforcer la voix des pays en développement et en transition.  Il a encouragé la Banque mondiale à progresser sur la question, en disant attendre les propositions qu’elle a promises pour 2009.


Enfin, commentant la question des changements climatiques, M. Ochoa a salué le processus consultatif visant à formuler un cadre stratégique pour définir le rôle du Groupe de la Banque mondiale dans les efforts requis et, ce, dans le contexte de sa mission qui est de promouvoir la croissance économique et la réduction de la pauvreté.  La Banque mondiale doit faire plus pour répondre aux besoins de financement, mobiliser le secteur privé et assurer la complémentarité entre les mécanismes de financement anciens et nouveaux.  Les ressources dégagées pour la lutte contre les changements climatiques doivent compléter les niveaux actuels de l’APD.  En la matière, il s’est félicité des discussions sur la création du Fonds d’investissement pour le climat.


M. MURILO PORTUGAL, Directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), a fait part des conclusions de la réunion qu’a tenue, samedi dernier, le Comité monétaire et financier du FMI.  Face aux incertitudes que connaissent actuellement les marchés financiers, a—t-il indiqué, nous avons souligné la nécessité de lancer une action forte et d’appeler tous les pays membres du FMI à œuvrer en étroite coopération.  Il a assuré que les réformes entérinées par le Fonds, visant à renforcer son avantage comparatif, aideraient cet organe à promouvoir la stabilité financière mondiale et la coopération monétaire internationale.  Il a noté que l’instabilité financière mondiale s’était aggravée, que la croissance ralentissait et que les perspectives économiques pour 2008 et 2009 s’étaient détériorées.  Il faut répondre à cette crise financière tout en s’assurant que l’inflation est sous contrôle.  Dans les pays à économie avancée, la politique monétaire doit viser à stabiliser les prix à moyen terme, a-t-il ajouté, tout en mentionnant la contribution anticyclique que peut jouer la politique fiscale.  À cet égard, il s’est félicité des mesures prises par les banques centrales pour la fourniture de liquidités.


M. Portugal a estimé qu’il faudrait tirer les leçons des turbulences récentes sur les marchés financières.  S’agissant des pays en développement, il a noté que nombre d’entre eux connaissaient une hausse des prix alimentaires et énergétiques, qui a un impact sur les populations les plus pauvres.  Dans ce contexte, il a affirmé que le FMI travaille étroitement avec la Banque mondiale et d’autres partenaires pour offrir une réponse intégrée de conseils politiques et de soutien financier.  Il a également indiqué que le FMI réitérait l’importance de conclure rapidement le Cycle des négociations commerciales de Doha.


En ce qui concerne les réformes du Fonds monétaire international, le Directeur général adjoint du Fonds a insisté sur celles qui portent sur les quotas et la représentation, affirmant qu’elles renforceraient la crédibilité de cette institution financière internationale.  Il a rappelé que ce nouveau système de quotas devrait être entériné le 28 avril 2008.  En outre, il a souligné que le système qui doit être adopté réévaluera le partage des voix et des quotas tous les cinq ans, afin de refléter l’évolution des positions de chaque membre dans l’économie mondiale.


Par ailleurs, M. Portugal a déclaré que la surveillance bilatérale restait le pilier des activités du Fonds.  Il a à cet égard appuyé les efforts en cours pour affiner les outils d’analyse du secteur financier et pour identifier les risques qui pèsent sur les marchés financiers.  M. Portugal a aussi indiqué que l’interaction du FMI avec les économies émergentes serait centrée sur les défis particuliers à ces pays en matière d’intégration aux marchés mondiaux et de la volatilité des flux de capitaux.  Il a aussi assuré que le FMI continuerait à soutenir les pays à faible revenu, notamment en les aidant à surmonter les défis de la dette et des fluctuations des prix des matières premières.  Enfin, il a affirmé que l’assistance technique et la formation continueront à jouer un rôle de premier ordre dans les activités du Fonds.


M. WILLY ALFARO, Directeur de la Division des relations extérieures de l’Organisation mondiale du commerce, a appelé à la souplesse nécessaire et à la recherche d’un compromis pour assurer la libération des échanges des produits agricoles.  Même dans ces délais très courts, une percée est possible à condition que tous les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) soient prêts à parcourir ces derniers kilomètres ensemble.  La bonne chose, a-t-il dit, est que tous les pays ont compris la nécessité de conclure les négociations cette année.  Les derniers défis sont plus politiques que techniques, a souligné M. Alfaro.  Il faut, a-t-il dit, la volonté de parvenir à un compromis, en gardant à l’esprit le coût potentiel d’un échec qui ferait perdre aux pays en développement la chance d’accéder aux marchés mondiaux.  Le système multilatéral, qui est un garant contre le protectionnisme, en souffrirait énormément.


Le Plan de Doha comprend d’autres sujets qui sont en train de mûrir, a-t-il dit, en soulignant l’importance des échanges Sud-Sud.  Au-delà du Cycle de Doha, d’autres initiatives ont été prises comme l’« aide pour le commerce » qui est essentielle pour assurer l’accès des pays les plus pauvres aux marchés internationaux.  De nombreux pays en développement ont commencé à identifier leurs priorités, la manière d’insérer les échanges dans leur stratégie de développement et la façon de s’intégrer dans l’espace régionale.


En la matière, a expliqué le Directeur de la Division des relations extérieures, le rôle de l’OMC est de mobiliser, de suivre et d’évaluer l’aide pour le commerce, sans pour autant se substituer aux organismes de développement.  Cette année est une année critique pour cette aide.  Les consultations ont commencé pour mettre en œuvre cette initiative dont l’objectif est désormais de réaliser des projets sur place.  Pour ce faire, il faut des stratégies nationales claires, a-t-il souligné.


Débat thématique « Comment établir et maintenir de solides marchés financiers: défis en matière de coopération internationale »


Déclarations


M. JOAQUIN ALMUNIA, Commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires, a souligné la réponse européenne aux turbulences financières actuelles, affirmant que cette réponse visait à préserver un équilibre entre la restauration de la confiance des investisseurs et la conservation des stimulants pour l’entreprenariat et l’innovation du système financier.  Il a noté que les Ministres des finances européens avaient adopté une feuille de route à ce sujet en octobre 2007.  Cette feuille de route vise à améliorer la transparence financière du marché, à mettre en œuvre de manière efficace les normes comptables internationales, à renforcer le cadre de gestion des risques du secteur bancaire et à évaluer les questions structurelles du marché.  Il a expliqué que cette feuille de route encourageait les initiatives menées par l’industrie, affirmant que le secteur privé était responsable en premier lieu de la gestion des risques du système financier.


Par ailleurs, M. Almunia a souligné l’importance de formuler une réponse coordonnée aux turbulences internationales.  Il s’est félicité que les conclusions du Forum sur la stabilité financière, qui s’est tenu à Washington le week-end dernier, aillent aussi dans le sens de la feuille de route européenne.  Après avoir salué le consensus international existant sur cette question, il a rappelé que chaque pays pouvait ajuster sa réponse politique aux spécificités de son secteur financier mais qu’il était nécessaire de prendre en compte le contexte international.  M. Almunia a estimé que les décideurs devaient travailler ensemble pour améliorer le fonctionnement du système financier mondial.  Il a affirmé que les turbulences actuelles offraient la possibilité d’élaborer une nouvelle approche commune.  Il a fait valoir que les économies émergentes allaient jouer un rôle de plus en plus important dans le maintien de la stabilité financière mondiale et qu’elles devaient donc faire partie de cet effort collectif.  À cet égard, il a jugé essentiel de réussir et d’achever les réformes de l’architecture financière internationale et, notamment, des institutions de Bretton Woods.


M. JOMO KWAME SUNDARAM, Sous-Secrétaire général chargé du développement économique du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies, a expliqué que depuis 25 ans, la promotion des marchés financiers a impliqué une libéralisation financière qui a fait des intérêts financiers des acteurs importants, y compris dans la prise de décision socioéconomique.  On constate donc depuis 25 ans, une influence déflationniste sur les politiques macroéconomiques doublée d’un ralentissement de la croissance économique.  La libéralisation financière, a-t-il poursuivi, a aussi hypothéqué certaines politiques et institutions qui avaient fait avancer le développement.  Elle a aussi réduit la possibilité d’utiliser les instruments financiers pour promouvoir les activités économiques.


Cette contradiction, a-t-il estimé, est celle qui existe entre Wall Street et Main Street.  Les études du FMI ont montré qu’il y a eu une tendance à avoir des politiques macroéconomiques procycliques et non anticycliques réduisant ainsi la capacité des marchés financiers de gérer les crises.  La tendance est que ces marchés s’associent aux cycles des entreprises, ce qui les rend plus vulnérables aux crises.  La libération financière n’a pas aidé le développement, a insisté le Sous-Secrétaire général, en soulignant que bien au contraire, les flux de capitaux ne sont pas passés des riches aux pauvres mais des pauvres aux riches.  L’exception est l’Asie de l’Est avant qu’elle ne soit frappée de plein fouet par la crise financière de 1997.  Depuis lors, de nouvelles sources d’instabilité sont apparues.  Sur le front interne, le renforcement des marchés financiers n’a pas nécessairement amélioré le financement du développement.  Les institutions et instruments financiers ont été affaiblis et aucune initiative d’un financement plus inclusif n’a été proposée, à l’exception du microcrédit.


Le Sous-Secrétaire général a proposé quelques pistes.  Il faut, a-t-il estimé, renforcer les mécanismes de prévention des crises, en particulier dans les pays en développement.  Il faut aussi réfléchir aux mécanismes et aux moyens d’améliorer le financement du développement.  Une des questions qui préoccupent les pays du Sud est la mauvaise gouvernance des institutions internationales.  Il faut donc qu’ils deviennent plus équitables dans la représentativité des pays.  De l’avis du Sous-Secrétaire général, les propositions du FMI sont prometteuses mais elles restent insuffisantes.


Enfin, a-t-il ajouté, il est important de réfléchir à un renforcement éventuel de la coopération financière et monétaire au niveau régional.  Le FMI doit jouer un rôle de chef parce que malgré tout, il reste l’institution financière internationale la plus participative.  Nombre d’institutions, en effet, comme le Forum de la stabilité financière, restent souvent l’apanage des pays développés.  Or, la scène économique mondiale a changé au cours des 25 années.  Il n’y a guère de raison, comme le veulent certains, de découpler l’économie.  Si les pays en développement ont été jusqu’ici épargnés par l’instabilité financière, l’expérience de la mondialisation rend impossible l’idée qu’ils restent à l’abri.


Le Sous-Secrétaire général s’est donc félicité que l’on ait vu, ces derniers mois, une utilisation encourageante des outils monétaires et fiscaux.  La crise a contraint le monde de revoir la façon de gérer les questions financières mondiales.  « Nous sommes à nouveau tous cousins », a-t-il dit.  Mais il faut aller plus loin.  On parle beaucoup de la nécessité de transparence des fonds souverains.  Mais qu’en est-il de celle des fonds à risques?  Il faut une approche plus équilibrée, a préconisé le Sous-Secrétaire général en attirant l’attention sur la nécessité de mettre au point des stabilisateurs anticycliques.  Une telle attention doit s’inscrire dans les efforts visant à faire des marchés financiers un outil du développement.  Ces problèmes systémiques, a conclu le Sous-Secrétaire général, seront dûment examinés à la Conférence de Doha, en s’inspirant des enseignements tirés de l’instabilité actuelle mais aussi de celle qui prévaut depuis 25 ans.


M. CHRISTOPHER TOWE, Directeur adjoint du Département des marchés monétaires et de capitaux du Fonds monétaire international (FMI), a estimé que la conjoncture actuelle et les menaces à la stabilité financière demeuraient inquiétantes.  Il a fait observer que si les marchés s’étaient stabilisés au cours de ces dernières semaines, cela résultait d’interventions massives sur les marchés.  Parmi ces initiatives, il a cité les mesures fiscales incitatives, la baisse des taux d’intérêt ou les efforts des banques pour accroître leurs capitaux.  Il a toutefois noté que le crédit demeurait une menace importante, constatant que le volume des pertes s’était accru considérablement.  S’agissant du marché de l’immobilier, il a aussi indiqué que celui-ci était inquiétant aux États-Unis et que des signes similaires semblaient apparaître dans d’autres pays, notamment en Europe.  Il a aussi constaté que si les marchés interbancaires avaient montré des signes de stabilisation, l’incertitude et le manque de confiance persistaient.


Les pertes de la crise des « subprimes » se sont étendues ailleurs, comme en Europe, a-t-il insisté, en notant que les banques de ce continent avaient aussi souffert du revirement du secteur de l’immobilier américain.  Il a indiqué également que les marchés émergents étaient aussi menacés par la crise financière mondiale.  Il a expliqué que ces pays avaient profité ces dernières années d’un meilleur accès aux marchés des capitaux et d’emprunts à de bonnes conditions.  Toutefois, il a fait remarquer que cet accès avait récemment été réduit et que les emprunts coûtaient désormais plus cher.


Pour répondre à cette crise financière, M. Towe a déclaré qu’à court terme, il faudrait soutenir les marchés interbancaires, améliorer la transparence des bilans des banques pour retrouver la confiance, identifier rapidement les institutions en difficulté ou encore mettre en place des plans d’urgence pour les difficultés qui peuvent se produire.  À moyen terme, a-t-il souligné, il est important de renforcer la discipline en matière de crédit, d’appliquer de façon plus stricte une supervision bancaire généralisée, et d’améliorer la gestion des risques au niveau des liquidités et les crises qui en résultent.  Il a affirmé que ces messages avaient reçu le soutien, le week-end dernier, du Comité monétaire et financier du FMI et a fait part de l’engagement du Fonds de mettre ces recommandations en œuvre dans ses activités multilatérales et son travail bilatéral.


Échange de vues avec les experts


Ouvrant l’échange de vues avec les experts, au nom de l’Union européenne, le représentant de la Slovénie a rappelé que dans le contexte actuel, on peut s’attendre à une perte de 1 000 milliards de dollars sur les marchés financiers.  Il a préconisé un renforcement des capacités des contrôleurs nationaux et internationaux dont l’analyse des risques doit se traduire en mesures politiques.  Compte tenu de la nature de la mondialisation, il a aussi préconisé l’amélioration des réglementations du Comité de Bâle, en encourageant en particulier l’alignement des systèmes comptables américain et européen.  Le représentant a enfin jugé utile que le FMI fasse des conseils et de l’assistance technique aux pays en développement une priorité, en particulier sur la viabilité de la dette après un programme d’allègement.


Mais l’instabilité financière tient surtout à l’existence des « Hedge funds » (ou fonds spéculatifs) qui échappent à tout contrôle, a argué la représentante de la société civile, en réclamant, de manière urgente, des cadres de réglementation internationaux.  Elle a aussi attribué l’instabilité à la fuite des capitaux qui fait perdre chaque année aux pays en développement entre 530 et 839 milliards.  L’ECOSOC doit changer la nature du dialogue avec les institutions de Bretton Woods qui doivent s’atteler plus sérieusement à la mise en œuvre des différents chapitres du Consensus de Monterrey.  Le Sommet de Monterrey avait préconisé des mesures pour faire face à l’instabilité financière, a rappelé le représentant d’Antigua-et-Barbuda en rappelant que cette fois, les pays en développement n’ont aucune responsabilité dans la situation actuelle.


Quel est le mécanisme mondial qui permettrait de s’attaquer à cette crise mondiale?  Dans quelle enceinte, la création d’un tel mécanisme est-elle discutée? a demandé le représentant, en soulignant le caractère urgent et systémique du problème que le Consensus de Monterrey n’a pas manqué d’aborder.  Ces questions sont déjà discutées, a répondu le représentant des États-Unis, qui a reconnu que la situation économique est nouvelle et qu’elle imposera des choix difficiles.  Il a rappelé que le Congrès américain avait adopté des mesures incitatives évaluées à 1% du PIB de même que la Réserve fédérale qui a, entre autres, mis tout en œuvre pour éviter la faillite de la cinquième banque d’investissements.


Compte tenu de l’importance dont elles se réclament, quel rôle doivent jouer les économies émergentes pour juguler cette instabilité financière même s’il est vrai, elle est partie d’une économie développée? s’est inquiété le représentant, avant que son homologue de la Guinée n’estime que, compte tenu des risques de récession actuelle, la priorité pour des pays comme le sien est que la Conférence de Doha trouve les moyens de mobiliser l’aide de manière plus efficace, en particulier les financements innovants.  L’écart entre l’APD et les besoins reste évident, a concédé la représentante de la Norvège.


Appuyée par la représentante de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) à l’origine de l’initiative « Star » sur le recouvrement des biens détournés, la représentante de la Norvège a tout de même fait un calcul rapide selon lequel l’argent de la corruption s’élève désormais à 1 600 milliards de dollars par an, ce qui est difficilement comparable aux 50 milliards de dollars annuels nécessaires pour la réalisation des OMD.  C’est la raison pour laquelle, a rappelé la représentante, la Norvège a décidé de présider le Groupe spécial sur l’impact de la corruption sur le développement des flux illicites des capitaux pour trouver des moyens efficaces d’y mettre fin.  Sans contredire son homologue norvégien, le représentant de la Chine a plaidé pour que l’on laisse le temps aux pays en développement d’apprendre à gérer les processus novateurs mais à risque de la libéralisation financière.  Le vrai défi est de mettre en place des mécanismes permettant de renforcer le contrôle des réserves de devises dans les pays développés et le fait de ne jamais faire appel aux « X », comme vient encore de le faire le G-7, est tout à fait paradoxal lorsque l’on entend ce même G-7 appeler les pays émergents à assurer davantage de responsabilités.


Cette guerre contre la libération financière est quelque peu exagérée, a tranché le représentant du FMI, en rappelant que les investissements Sud-Sud sont possibles grâce à ce phénomène.  Ce qu’il faut, c’est renforcer le rôle des banques centrales en matière de taux d’intérêt, taux d’inflation et des taux de change pour se donner les moyens de mettre en œuvre des politiques de surveillance efficace.  Les réformes du FMI sont une étape très importante pour renforcer la surveillance internationale.  Pour la première depuis 60 ans, la situation commence à se débloquer.


Il est temps de réfléchir à une structure mondiale fondée sur la transparence et la bonne gouvernance, a répondu une représentante de la société civile, en accusant le FMI de ne pas jouer le rôle qui lui revient dans la stabilité financière.  Apprendre encore une fois que le Forum de stabilité financière ait décidé de fixer des normes pour résoudre la crise est presque un scandale, a-t-elle dit, compte tenu du fait que ce sont les pays qui ne sont pas dans la salle qui subiront le plus fortement l’impact négatif de ces décisions.  La réforme des quotas, a-t-elle poursuivi, est tout simplement risible.  Ce qu’il faut, c’est un système équitable, inclusif et transparent qui promeuve des relations juste entre les pays.


Dans sa forme actuelle, le FMI est-il réellement capable de gérer les crises? s’est énervé le représentant du Brésil, qui a ironisé sur des capacités qui ne se limitent qu’à l’analyse.  Ce ne sont pas les accusations qui sont importantes, le Directeur adjoint du Département des marchés monétaires et de capitaux du FMI a souligné que la stabilité financière dépend d’abord et avant tout de bonnes politiques fiscales et monétaires, au niveau national, pour garantir une politique macroéconomique saine.  Il faut une réelle capacité nationale de réglementation et de contrôle et une sécurisation de l’accès aux capitaux.  Pour éviter tout dérapage, cet accès doit s’accompagner d’un cadre de supervision et des infrastructures et capacités nécessaires, a insisté l’intervenant.


Manifestation spéciale « Financement des mesures d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation des effets de ces changements »


Déclarations


M. OLAV KJØRVEN, Administrateur assistant et Directeur du Bureau des politiques de développement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a déclaré que les changements climatiques représentaient un défi pour les pays en développement et les pays donateurs.  Il a estimé que les considérations relatives à ce phénomène devraient être intégrées dans les plans et programmes de développement, notamment ceux visant à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Soulignant l’importance de l’action collective, il a indiqué que les décisions d’investissements d’aujourd’hui avaient des conséquences, à l’avenir, sur les émissions de gaz à effet de serre.  C’est pourquoi, il faudrait les orienter vers de nouvelles techniques et des modes de consommation plus écologiques.  Il a en outre estimé que les investissements du secteur privé et du secteur public devraient être axés sur des alternatives écologiques.  Il faudrait aussi trouver des capitaux pour les mesures d’atténuation et d’adaptation et faire une utilisation optimale de ces fonds, en encourageant l’investissement privé dans les nouvelles technologies.


Rappelant que l’inaction est plus coûteuse que l’action, M. Kjørven a jugé essentiel d’élaborer de nouveaux instruments financiers qui tiennent compte des priorités des pays en développement.  Les objectifs de développement, a-t-il insisté, doivent être reliés aux efforts de lutte contre les changements climatiques.  Il a précisé qu’il était possible de concevoir des investissements stratégiques qui peuvent à la fois réduire l’impact de la croissance sur l’environnement et contribuer à l’élimination de la pauvreté.  Dans ce contexte, il a argué qu’il faudrait renforcer les capacités des pays, notamment celles institutionnelles.  Il a aussi estimé que les initiatives prises en matière de financement devraient être synchronisées avec le processus de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.  « Les fonds doivent être complémentaires et nous devons travailler ensemble, avec les institutions de Bretton Woods, dans ce sens », a-t-il précisé.  Le PNUD considère que tous les efforts de développement doivent permettre de parvenir à des résultats durables, a-t-il dit.


M. TARIQ BANURI, Associé principal de recherche et Directeur du Programme de viabilité future de l’Institut d’environnement de Stockholm, a déclaré qu’il existait plusieurs approches au financement de la lutte contre les changements climatiques.  Il a constaté que ces approches n’étaient pas toujours compatibles et qu’il faudrait donc trouver un moyen de réconcilier les discordances.  Il a aussi indiqué qu’il était possible de revoir les exigences de réduction de gaz à effet de serre à la baisse, notant cependant que cela serait périlleux pour l’avenir.  Le conférencier a souligné l’importance de la cohérence politique dans les pays du Nord afin que les politiques de développement et celles concernant le climat ne soient pas contradictoires.


Il a par ailleurs argué qu’il y avait beaucoup de discussions au niveau mondial sur la question des changements climatiques et qu’il était donc difficile de s’entendre.  Dans ce contexte, il a suggéré l’élaboration d’« Objectifs de développement pour le climat », qui ferait l’objet d’un consensus de la part de la communauté internationale.  Dans ce scénario, a-t-il poursuivi, l’ONU jouerait le même rôle que pour les OMD, en mobilisant les capacités ou suivant la réalisation de ces objectifs.  À titre d’exemple, il a indiqué qu’un de ces objectifs de développement pour le climat pourrait être d’assurer un accès équitable à des services énergétiques modernes tout en réduisant les gaz à effet de serre.  De même, il a suggéré que des objectifs financiers ou technologiques pourraient être désignés.  M. Banuri a déclaré que la question des changements climatiques était abordée de manière trop diverse et que, pour travailler concrètement, il faudrait réconcilier développement, financement et climat.


M. LUCIO MONARI, Directeur principal, vice-présidence pour le développement durable de la Banque mondiale, a rappelé que le travail de cette institution visait à intégrer les changements climatiques et le développement sans mettre en péril la croissance et la réduction de la pauvreté.  Il a insisté sur l’importance de l’accès à l’énergie et dit que la mise en place de mesures d’adaptation était cruciale pour consolider les gains du développement.  Dans ce cadre, il a expliqué que la Banque mondiale avait élaboré un cadre stratégique pour son action afin d’intégrer l’adaptation dans les stratégies de développement.  Il a indiqué que pour lutter contre les changements climatiques et leurs effets, une augmentation du financement serait nécessaire, notamment pour choisir des technologies propres.  Il a estimé que le secteur public resterait crucial pour faciliter les investissements.  Il a aussi affirmé qu’il faudrait accélérer le déploiement des technologies avancées et partager le savoir en encourageant les synergies.


Il a notamment souligné qu’une des actions de la Banque mondiale visait à favoriser le développement durable en assistant les pays dans leur transition vers des économies résistantes aux changements climatiques.  À cet égard, il a insisté sur les nombreux projets et investissements de la Banque mondiale, par exemple dans les domaines du chauffage, des énergies alternatives, de la réponse aux phénomènes météorologiques extrêmes.  M. Monari a conclu son intervention en affirmant qu’il faudrait encourager des mesures plus vigoureuses dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques et appuyer la conclusion d’un accord post-2012.


Échange de vues avec les experts


Avant de rendre compte des efforts entrepris par son pays, le représentant du Royaume-Uni a d’abord appelé à une action immédiate, précisant: « parce que j’ai vu de mes yeux les conséquences des changements climatiques en Afrique et en Asie ».  Il a affirmé que son pays s’est engagé à verser 12 millions de dollars pour les premiers efforts d’atténuation et d’adaptation.  Il a dit voir le potentiel du marché du carbone, en soulignant tout de même que la solution réside dans une baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre.  Nous devons parvenir à un développement écologique, revoir les besoins par secteur et lutter contre la déforestation, a-t-il dit, en rappelant que son pays a affecté une somme de 100 millions de dollars pour sauver la forêt du bassin du Congo.  Dans les années à venir, quelque 200 millions iront à l’étude de l’impact de la déforestation sur les pays qui auront besoin d’assistance pour interpréter les données.  Le Royaume-Uni compte aussi verser 20 millions de dollars au Fonds d’adaptation, a encore rappelé le représentant, avant de juger essentiel que la Conférence de Doha relève les défis des changements climatiques et reconnaisse leur danger pour la réalisation des OMD.


Nous devons incorporer l’écologie dans le développement et son financement et c’est exactement ce que nous avons commencé à faire, a commenté la représentante de la Banque mondiale.  En l’occurrence, il faut intensifier les efforts pour assurer le transfert des technologies requises, a encouragé le représentant du Bélarus.  À ce jour, le Mécanisme du développement non polluant prévu par le Protocole de Kyoto n’a été signé que par deux pays, l’Ouzbékistan et la République tchèque, a regretté le représentant.  L’accord à Copenhague dépendra de la volonté politique que l’on montre dès aujourd’hui, a prévenu le représentant.  Si nous perdons nos acquis en matière de développement, c’est à cause des gaz émis par des pays développés, a rappelé, le représentant de la Barbade qui a voulu que les mécanismes de financement n’oublient pas les pays comme le sien, qui payent le prix des dégâts infligés à leurs côtes sans les avoir provoqués.  Les objectifs fixés pour les énergies renouvelables sont aussi une priorité, a-t-il ajouté, en appelant les organisations internationales à trouver des financements à des taux préférentiels.


Nous devons aider ceux qui pâtissent le plus durement des efforts des changements climatiques, a acquiescé le représentant du Japon, dont le pays préside le G-8.  Il a promis le déboursement, dès cette année, d’une somme de 10 milliards de dollars sur une période de cinq ans dans le cadre d’un partenariat pour le financement des efforts d’adaptation dont 10 milliards aux efforts d’atténuation et 3 milliards à la recherche sur les techniques novatrices.  Avec le Royaume-Uni et les États-Unis, le Japon entend mettre sur pied un nouveau fonds multilatéral.  Poursuivant, il a souligné que la crise alimentaire est certainement une question grave dans le sens où elle intervient au moment où les changements climatiques se font ressentir.  Des efforts doivent être faits aux niveaux de la production et de l’économie.  Il faut réfléchir à la manière de rétablir l’équilibre entre l’utilisation de produits écologiquement sains et la hausse des prix des denrées alimentaires, a ajouté le représentant.


Reconnaissant ces défis, son homologue de l’Australie a appelé à des investissements massifs dans les efforts d’adaptation.  En la matière, les canaux multilatéraux doivent compléter les mécanismes prévus par la Convention.  Le marché des capitaux peut être utile et il faut espérer que d’ici à 2011, le système sera opérationnel.  Ce dernier doit être plus large pour faciliter l’atténuation, comme la lutte contre la déforestation et les pièges à carbone.  Il faut garder à l’esprit que les ressources nationales et l’APD resteront les sources principales de financement de l’adaptation. 


Nous devons faire fonctionner les mécanismes de financement prévu par la Convention-cadre des Nations Unies, a insisté le représentant d’Antigua-et-Barbuda.  Il est inacceptable que des pays recourent à des crédits pour atténuer des problèmes qu’ils n’ont pas créés.  De même, a-t-il poursuivi, les technologies propres doivent relever du domaine public pour faire cesser une fois pour toutes, l’invocation des droits de propriété intellectuelle.  L’adaptation et l’atténuation nécessiteront 100 milliards de dollars par an, a précisé un représentant de la société civile, qui s’est dit heureux des propos sur la mobilisation de fonds distincts de l’APD et de la nomination d’un Conseiller spécial du Secrétaire général sur les sources novatrices de financement, qui a plaidé pour l’imposition d’une taxe sur les transactions des devises. 


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