03/12/2008
Conseil de sécurité
CS/9517

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité                                        

6029e séance – après-midi                                  


LES MEMBRES DU CONSEIL S’IMPATIENTENT DEVANT LE MANQUE DE VOLONTÉ POLITIQUE AU DARFOUR ET DISCUTENT DE LA FUTURE PRÉSENCE DE L’ONU AU TCHAD


Les membres du Conseil ont entendu aujourd’hui M. John Holmes faire le point de la situation au Soudan et au Tchad où il vient de séjourner.  Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies a mis particulièrement l’accent sur le fait que l’absence de solution au Darfour, cinq ans après le début du conflit, était susceptible de faire peser, à long terme, un fardeau insupportable à l’ensemble de la région. 


« Les besoins humanitaires urgents sont satisfaits pour l’essentiel et la situation est bien meilleure que lors de mon précédent passage. »  Toutefois, a-t-il mis en garde, à long terme, l’augmentation du nombre de réfugiés en provenance du Darfour est susceptible de créer des tensions avec la population locale.


La plupart des membres du Conseil ont appelé le Soudan, qui ne s’est pas exprimé, à respecter ses engagements, et ont souligné que les parties en présence devaient faire preuve de volonté politique pour trouver une issue à la crise.  Même si plusieurs délégations, dont celles de la France, ont déploré les entraves mises par le Soudan, entre autres au travail humanitaire, M. Holmes a souligné que s’il y avait de nombreuses raisons de se montrer critique envers la politique soudanaise, il fallait aussi constater une absence de volonté politique de la part de la rébellion. 


Par ailleurs, le Coordonnateur des secours d’urgence s’est inquiété à la fois de l’augmentation du banditisme dans l’est du Tchad, qui entrave la fourniture de l’aide humanitaire, et de la « militarisation et politisation » des camps de réfugiés en provenance du Darfour.  M. Holmes a dénoncé le recrutement forcé de jeunes gens qui, a-t-il dit, menace la nature civile et humanitaire des camps.


Attribuant l’amélioration dans l’est du pays à l’intervention de l’EUFOR, le représentant du Tchad a souhaité que la « nouvelle » Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad, élargie à une composante militaire, puisse répondre aux attentes des réfugiés et déplacés mais aussi de la population locale et des humanitaires.  Il a assuré que son pays ne soutenait pas la rébellion au Soudan, contrairement aux accusations récurrentes de son voisin.


La plupart des membres du Conseil de sécurité, dont la Jamahiriya arabe libyenne et la Chine, se sont félicités que le Tchad et le Soudan aient renoué leurs relations diplomatiques.  Le représentant libyen s’est aussi adressé aux factions de la rébellion qui ne sont pas ralliées au processus de paix, en leur signalant qu’il était de leur devoir de rejoindre ce processus politique. 


Tous les 15 membres du Conseil ont pris la parole. 



LA SITUATION AU TCHAD ET AU SOUDAN


Déclarations


M. JOHN HOLMES, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies, a indiqué s’être rendu au Tchad pour la seconde fois à la lumière du déploiement de la Force de l'Union européenne (EUFOR) et de la Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT), dans la perspective de la transition vers la MINURCAT II.  La situation reste fragile et volatile, le banditisme ayant augmenté dans l’est.  La situation humanitaire est relativement stable sur le plan numérique, a-t-il souligné, en indiquant que 263 000 réfugiés du Darfour, 57 000 de la République centrafricaine et 180 000 déplacés internes recevaient une aide humanitaire. 


Les besoins urgents sont satisfaits pour l’essentiel et la situation est bien meilleure que lors de mon précédent passage, a souligné M. Holmes.  Toutefois, à long terme, l’augmentation du nombre de réfugiés est susceptible de créer des tensions avec la population locale, tout en faisant peser un lourd fardeau sur l’environnement.  La politisation et la militarisation des camps de réfugiés et de personnes déplacées constituent une préoccupation majeure et grandissante.  M. Holmes a ainsi dénoncé le recrutement forcé de jeunes gens, en particulier par le Mouvement pour la justice et l’égalité qui menace la nature civile et humanitaire des camps.  Cela doit cesser si l’on veut que l’effort humanitaire puisse se poursuivre, a-t-il souligné, en indiquant qu’il avait demandé au Gouvernement tchadien d’essayer le maximum pour faire cesser cet état de fait.


En l’absence de règlement au Darfour, il y a malheureusement peu de perspectives de retour des réfugiés qui sont au Tchad depuis cinq ans, a-t-il constaté.  En revanche, il existe quelques signes d’espoir pour les déplacés internes.  On a assisté, en effet, ces derniers mois, à un nombre limité de retours volontaires, en particulier dans les localités les plus éloignées de la frontière du Darfour.  D’autres font la navette entre les camps et leurs terres pour tenter de relancer des cultures.  M. Holmes a émis l’espoir que ces exemples puissent se multiplier sans que l’on fasse pour autant pression sur les personnes déplacées.


La sécurité reste critique et doit aller de pair avec la fourniture des infrastructures de base accompagnée d’une meilleure présence de l’État.  Toutefois, a-t-il constaté, si la présence de l’EUFOR et le déploiement progressif de la MINURCAT a contribué à stabiliser la situation d’ensemble, cela n’a pas permis de traiter la question du banditisme, plus de 160 incidents sérieux ayant eu lieu, dont l’assassinat du responsable local de Save The Children.  Certaines organisations non gouvernementales (ONG) se sont retirées et nous devons travailler dur pour combler ce vide, a-t-il précisé.


Le déploiement rapide de la MINURCAT II ainsi qu’une transition sans heurt de l’EUFOR à la nouvelle Mission sont essentiels, par conséquent, pour améliorer la sécurité des réfugiés et de la population dans son ensemble.  Le Conseil, devant voter prochainement sur la future présence des Nations Unies au Tchad, M. Holmes l’a appelé à lui donner les moyens nécessaires.  Il a dit avoir demandé aux autorités tchadiennes d’augmenter leur présence effective dans l’est du pays.  La population étant au bord de la pauvreté absolue, le rôle des donateurs sera crucial à cet égard.  Une somme de 389 millions de dollars sera nécessaire l’année prochaine, a-t-il estimé.


Abordant ensuite la situation au Soudan, M. Holmes a évoqué les destructions et les retards dans les secours qui aggravent les souffrances de la population.  L’opération continue afin de remplir son objectif premier, maintenir les gens en vie.  Pour dire une lapalissade, ce dont on a le plus besoin, c’est d’un cessez-le-feu, a-t-il ajouté. 


L’année 2008 a vu le nombre d’actes de banditisme atteindre un niveau sans précédent, a-t-il fait observer.  Au 30 novembre, pas moins de 261 véhicules avaient été volés et pris la direction du Tchad et de la Libye, avec l’objectif de les revendre.  M. Holmes a appelé les autorités à mettre un terme à ce banditisme.  Le Programme alimentaire mondial (PAM) ne peut répondre qu’à 70% des besoins à cause des attaques contre les convois humanitaires.


M. Holmes a souligné, par ailleurs, la violence sexuelle prévalant au Darfour, évoquant les témoignages qu’il a reçus directement de victimes.  Concernant les obstacles administratifs à l’aide humanitaire, ils ont été quelque peu allégés, a-t-il reconnu.  M. Holmes a demandé au Gouvernement soudanais de donner des visas à entrées multiples au personnel onusien.  L’effet de la violence, de la tension et du chaos au Darfour n’est pas négligeable, a-t-il dit, notant que certains réfugiés subissent des pressions des autorités pour rentrer chez eux, alors même que les conditions de sécurité ne sont pas complètement assurées.  Je demande par ailleurs à la rébellion de respecter la nature humanitaire des camps, a dit le Coordonnateur des secours d’urgence.


Les discussions avec les autorités soudanaises ont été franches, a-t-il dit.  Sans progrès dans la feuille de route, la population ne va pas rentrer chez elle, craignant la reprise ou la poursuite des violences, a-t-il dit.  S’il y a de nombreuses raisons d’émettre des critiques envers la politique des autorités soudanaises, il faut bien reconnaître une apparente absence de volonté politique de la part de la rébellion pour trouver une solution, a-t-il souligné.  Celle-ci n’aide pas non plus particulièrement l’aide humanitaire à atteindre ceux qui en ont besoin, a-t-il remarqué.


Évoquant la situation à Juba, dans le Sud-Soudan, il a dit que la ville s’est développée rapidement, pour le meilleur et pour le moins bon, comme c’est souvent le cas dans ce genre de situation.  En revanche, en dehors de Juba, la reconstruction est extrêmement laborieuse et l’on ne voit guère les retombées des rentrées pétrolières, a constaté M. Holmes.


Revenant à la situation au Darfour, il l’a qualifiée de difficile et de défi humanitaire considérable.  Cette situation ne saurait perdurer sans provoquer des dégâts incalculables, a-t-il prévenu.  Une génération est en train de grandir dans des camps et on peut se demander quels adultes ils deviendront.  Le retour pourrait être rendu plus difficile par le fait que les déplacés risquent fort de retrouver leurs propriétés occupées par d’autres.  M. Holmes a dit avoir souligné, auprès des autorités soudanaises, leur responsabilité ultime. 


M. AHMAD ALLAM-MI (Tchad) a estimé qu’il y a, au Tchad, une amélioration globale de la situation sécuritaire par rapport à l’an dernier, et en a rendu responsable le déploiement de l’EUFOR et les efforts des Nations Unies.  Il a souhaité que la « nouvelle MINURCAT », élargie à une composante militaire, puisse répondre aux attentes des réfugiés et déplacés mais aussi, de la population locale qui subit les pressions de cette situation et des humanitaires.  Il a réaffirmé l’intention de son Gouvernement de coopérer pleinement avec la mission des Nations Unies, et s’est félicité des résultats obtenus en ce sens, lors des discussions avec le Secrétariat général concernant le déploiement de la MINURCAT II.


Le représentant a affirmé que le Tchad ne soutient pas la rébellion au Soudan, et a nié toute responsabilité dans les recrutements pratiqués par des rebelles du Darfour dans les camps de réfugiés au Tchad.  Mon pays, a-t-il dit, ne fabrique pas d’armes et est un pays pauvre qui n’a pas les moyens de financer des rébellions dans un autre pays, de surcroît ami, comme le Soudan.  En revanche, a poursuivi le représentant, le Tchad peut aider à la paix au Soudan.  Tant que la situation tragique au Darfour n’est pas réglée, les relations entre les deux pays risquent d’être affectées négativement, a-t-il prévenu.


M. GIADALLA A.ETTALHI (Jamahiriya arabe libyenne) a indiqué que sa délégation partageait les préoccupations de M. Holmes quant à la détérioration de la situation qui ne fait que produire plus de souffrances humaines.  Certains réfugiés et déplacés internes ont subi des choses qui ne devraient pas exister, tels que l’enrôlement forcé dans les camps ou les violences sexuelles.  Il faut mettre un terme à la politisation de ces camps par la rébellion, politisation qui ne peut que nuire aux réfugiés, a-t-il dit.  Il convient d’encourager les réfugiés à revenir dans leurs villages, ce qui suppose une mobilisation internationale en ce sens.  Il n’y a qu’une solution, elle est politique et est devenue plus urgente que jamais, a-t-il dit.  Durant toutes ces années, la confrontation armée n’a entraîné que plus de souffrances pour tous.  Il est temps que toutes les parties œuvrent en faveur d’un cessez-le-feu, que les accords conclus soient respectés et mis en œuvre.  Le représentant libyen s’est adressé aux factions hésitantes en leur signalant qu’il était de leur devoir de rejoindre ce processus politique.  Il s’est félicité de la reprise des relations diplomatiques entre les deux « pays frères », le Tchad et le Soudan. 


M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a rappelé que la situation de la population civile au Darfour et dans l’est du Tchad demeure dramatique, tout en estimant qu’au Tchad, les choses s’améliorent lentement.  Il s’est dit préoccupé par le banditisme et les attaques de groupes armés contre le personnel humanitaire.  Il a condamné ces attaques et affirmé que les responsables devront rendre des comptes, rappelant la responsabilité première des États hôtes.  Il a aussi jugé inacceptable que des groupes armés opèrent des recrutements dans les camps de réfugiés ou déplacés, qui doivent rester neutres.  Ceci, a-t-il ajouté, ne justifie aucunement les attaques menées par les Forces armées contre les camps.  En revanche, il a vu dans la protection des camps une justification à la présence de Forces internationales des deux côtés de la frontière.  Il a condamné les recrutements d’enfants soldats qui, a-t-il affirmé, se produisent des deux côtés de la frontière, et a appelé les parties à travailler avec le Groupe de travail du Conseil de sécurité. 


Concernant le Soudan, M. Ripert s’est dit très inquiet, en particulier que les Forces armées soudanaises et leurs milices supplétives aient continué, malgré l’annonce par le Gouvernement soudanais d’un cessez-le-feu unilatéral, leurs attaques indiscriminées contre les populations, y compris par des bombardements aériens.  Rappelant l’intervention faite ce matin même au Conseil par le Procureur de la CPI, qui a fait état de crimes graves contre les populations civiles du Darfour, il a demandé au Gouvernement soudanais d’y mettre fin, et, « comme il s’y est engagé », de mener ses opérations avec des avions peints en blanc qui peuvent être confondus avec les vols humanitaires.


M. Ripert a affirmé que le Soudan, qui a « failli à sa responsabilité de protéger ses propres civils », aggrave encore ce passif, « en gênant les actions des travailleurs humanitaires.  Il a particulièrement déploré les restrictions imposées aux ONG qui ont des programmes de protection.  Sur tous ces points, les autorités soudanaises, comme d’ailleurs toutes les parties au conflit, seront jugées sur leurs actes et non sur leurs paroles, a-t-il averti.  Concernant le Tchad, M. Ripert a estimé que la situation s’est améliorée.  Il a rappelé que le retour des déplacés doit se faire sur une base volontaire, mais a tout de même relevé la lenteur de certaines agences onusiennes dans l’accompagnement de ces retours.  Il a conclu en rappelant que le Conseil devra prochainement se prononcer sur la création d’une composante militaire de la MINURCAT.  Le Conseil doit « assumer ses responsabilités », a-t-il souligné.


Mme ROSEMARY DI CARLO (États-Unis) a appelé le Gouvernement du Soudan à faire cesser les attaques, et à tenir ses promesses de cessez-le-feu.  Le Gouvernement des États-Unis attache une grande importance à la protection des civils, a-t-elle souligné, en rappelant que son pays a fourni 3 milliards de dollars à cette fin.  Les États-Unis prient, par ailleurs, le Gouvernement du Tchad à garantir l’intégrité des camps de personnes déplacées, a ajouté la représentante, avant de rendre hommage au personnel de l’EUFOR et de la MINURCAT et de se féliciter de la mission de bons offices de la Libye.


M. JAN GRAULS (Belgique) a jugé que la situation humanitaire reste très précaire tant au Tchad qu’au Darfour, avant de plaider en faveur d’un remplacement rapide de l’EUFOR par une MINURCAT dotée d’une composante militaire.  Les violences contre les populations civiles se poursuivent au quotidien, au Darfour, du fait d’attaques indiscriminées des Forces armées soudanaises et de leurs milices supplétives, ainsi que des mouvements rebelles, a déploré le représentant qui a observé que le cessez-le-feu unilatéral, décrété par le Président soudanais, n’a eu, en fait, aucun effet sur le terrain.  Il a appelé toutes les parties soudanaises à donner la priorité absolue à la protection de la population civile et a salué la prolongation jusqu’à fin 2010, du moratoire sur l’accès humanitaire, en demandant sa mise en œuvre « effective et complète ».  


M. KONSTANTIN DOLGOV (Fédération de Russie) a fait part de la préoccupation de sa délégation face à l’aggravation de la situation.  Il est évident que la population civile qui souffre a besoin d’une aide, a-t-il dit, soulignant la nécessité d’une bonne coordination des organisations humanitaires.  Il a demandé la suppression des barrières administratives non justifiées, et a condamné les attaques contre les humanitaires.  Il s’est tout de même dit convaincu que les organisations internationales doivent respecter la souveraineté des États dont les populations sont bénéficiaires de l’aide.  Au Darfour, a-t-il poursuivi, le redressement de la situation humanitaire ne sera possible que grâce à une démarche d’ensemble incluant un règlement politique, voire la normalisation de la situation dans l’ensemble de la sous-région.  Le représentant s’est félicité de la normalisation des relations entre le Tchad et le Soudan.  Tous les groupes d’opposition, a-t-il appelé, doivent s’associer, immédiatement, à l’accord de paix, en participant de façon constructive au processus politique, ces progrès devant, au bout du compte, permettre de remédier à la situation humanitaire.  Le retour des personnes déplacées doit se faire en toute sécurité et sur une base volontaire, a-t-il conclu.


M. ALFREDO SUESCUM (Panama) a fait remarquer que l’avenir de la région du Darfour sera en grande partie déterminé par les actions déployées par le Soudan, les pays de la sous-région et la communauté internationale.  Il a reconnu la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu permanent et à une solution politique au conflit du Darfour, et a souligné que la protection de la population est de première importance.  Dans cette perspective, le représentant panaméen a salué les efforts de coopération du Gouvernement soudanais visant à accélérer les procédures bureaucratiques pour les acteurs humanitaires.  Toutefois, tout en reconnaissant les efforts déployés pour améliorer la situation humanitaire, il a exprimé sa préoccupation face aux crimes commis contre le personnel et les opérations humanitaires au Darfour et dans l’est du Tchad.  Il a condamné énergiquement ces attaques, et a souligné la nécessité de traduire les responsables en justice.  Il a également rappelé que la protection des civils et du personnel humanitaire relève de la responsabilité des Gouvernements soudanais et tchadien, tout en notant que ce principe ne dispense pas les groupes armés de leurs obligations en vertu du droit international humanitaire.


Par ailleurs, le délégué du Panama a fait remarquer que le conflit au Darfour ne devrait pas détourner l’attention de la communauté internationale de la population civile du Soudan méridional.  Il s’est, à cet égard, félicité de la visite de M. Holmes à Abeyi et à Juba, et l’a enjoint à poursuivre ses efforts pour accélérer le retour des personnes déplacées et promouvoir le développement dans cette région.  Enfin, il a attiré l’attention sur la nécessité de renforcer la coopération entre le Gouvernement du Tchad et la communauté internationale, afin de minimiser l’impact de la crise au Darfour sur la situation humanitaire et la sécurité du Tchad voisin.  Il a fait remarquer que l’éventuel vide sécuritaire consécutif à la fin du mandat de l’EUFOR pourrait mettre les civils en péril et, de ce fait, il a plaidé pour le déploiement d’une Force des Nations Unies au terme du mandat de l’EUFOR, en mars 2009.


M. MARTY M. NATALEGAWA (Indonésie) a salué le travail effectué par la communauté humanitaire au Tchad, au Darfour et au Sud-Soudan, et a estimé que ces activités ne doivent surtout pas être interrompues tant que la recherche d’un règlement politique se poursuit.  Rappelant que la protection des civils est une priorité pour la communauté internationale, il a estimé urgent de déployer rapidement des missions de maintien de la paix au Tchad et au Darfour.  Dans cette perspective, il a demandé le déploiement rapide de la « composante police » au Tchad, et a dit se réjouir de discuter de l’éventuel déploiement de la composante militaire de la MINURCAT.  Pour ce qui est du Darfour, il a souhaité que le travail se poursuive entre le Conseil de sécurité, les États Membres et le Secrétariat pour assurer, comme prévu, un déploiement total de la Mission, au début de l’année prochaine.  Le représentant indonésien s’est, par ailleurs, dit persuadé qu’un règlement rapide du conflit au Darfour améliorera notablement la situation humanitaire dans la région.  Il s’est aussi dit confiant qu’une amélioration des relations entre le Tchad et le Soudan contribuera à établir la paix des deux côtés de la frontière commune entre les deux pays.


D’autre part, M. Natalegawa s’est dit consterné face aux attaques perpétrées contre les travailleurs humanitaires, précisant que le nombre de ces attaques a doublé depuis l’année dernière.  Il s’est tout particulièrement inquiété du vol de voitures, non seulement parce que les organisations humanitaires se voient ainsi privées d’atouts et d’instruments de travail précieux, mais également parce que généralement ces véhicules sont ensuite utilisés à des fins militaires.  Précisant que la plupart de ces attaques sont le fait de mouvements rebelles, le représentant de l’Indonésie a enjoint ces derniers à mettre fin à ces actes qui, a-t-il précisé, pourraient constituer des crimes de guerre.  Il a également rappelé qu’il est de la responsabilité du Gouvernement du Soudan de protéger les travailleurs humanitaires.  Avant de conclure, il a fait remarquer que le succès des opérations humanitaires dépend de leur conformité avec les principes internationaux d’aide humanitaire, comme la neutralité, l’impartialité, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, ainsi que la reconnaissance du rôle primordial de l’État dans l’organisation, la coordination et la mise en œuvre de l’assistance humanitaire.


M. PAUL ROBERT TIENDREBEOGO (Burkina Faso) s’est dit préoccupé par la situation sécuritaire générale au Tchad et notamment, les assassinats de personnel humanitaire dans l’est du pays.  La fin du mandat de l’EUFOR, elle aussi, interpelle la communauté internationale, a ajouté le représentant qui a souhaité que la nouvelle MINURCAT soit à la hauteur des attentes.  Il a par ailleurs estimé que le déploiement du Détachement intégré de Sécurité (DIS) constitue un élément de sécurisation des camps, et il a encouragé les donateurs à un nouvel effort, étant donné les nombreux défis auxquels le Tchad est confronté.  Au Soudan, a-t-il poursuivi, beaucoup reste à faire, en particulier sur le plan humanitaire.  Il a exhorté les autorités à tout mettre en œuvre pour assurer la protection des civils et la libre circulation des travailleurs humanitaires.  Il a jugé que la MUNURCAT et l’Opération hybride Union africaine/Nations Unies au Darfour (MINUAD) devraient conjuguer davantage leurs efforts, et il s’est félicité de l’amélioration des relations entre le Tchad et le Soudan.


Mme KAREN PIERCE (Royaume Uni) a indiqué que son pays avait donné plus de 700 millions de dollars pour le Soudan, dont plus de 250 millions pour le Darfour.  Malgré tous les efforts du Conseil, la situation ne s’améliore pas, ce qui est inacceptable, a-t-elle dit.  Toutes les parties doivent s’engager dans un cessez-le-feu sans condition, a-t-elle dit, en accusant le Gouvernement soudanais de ne pas avoir respecté sa promesse de trêve unilatérale.  Elle l’a appelé à respecter ses engagements dans le domaine humanitaire et à ne pas conditionner cette question aux initiatives de la Cour pénale internationale (CPI).  Après avoir évoqué la situation au Sud-Soudan, Mme Pierce a constaté que celle du Tchad restait précaire. 


M. LA YIFAN (Chine) a dit suivre de près l’évolution de la situation humanitaire et sécuritaire au Tchad.  Ce n’est qu’en créant un environnement pacifique que l’on pourra l’améliorer, a-t-il estimé.  Il s’est félicité des efforts de normalisation entre ce pays et le Soudan.  Condamnant, à son tour, les attaques contre les travailleurs humanitaires, il a demandé aux parties de leur faciliter, au contraire, le travail.  Mais, a-t-il conclu, la cause fondamentale de la situation actuelle est la crise au Darfour pour laquelle le plus urgent est la recherche d’une solution politique. 


M. HOANG CHI TRUNG (Viet Nam) a dénoncé la situation dans la région, la violence sexuelle en particulier.  Il a donné l’accord de son pays pour que des enquêtes soient menées concernant ces exactions.  L’amélioration des relations entre les deux pays est un facteur positif, a-t-il reconnu.  Il s’est félicité que le Gouvernement du Soudan ait amélioré les procédures en ce qui concerne les humanitaires, ce qui est susceptible de favoriser l’aide à la population.  Il s’est félicité de la visite de M. Holmes sur place, ainsi que de la feuille de route des Nations Unies, du 21 novembre, pour le Tchad et le Soudan.  Il a appelé les donateurs à répondre aux besoins existants, avant d’estimer que la cause du conflit doit être réglée par la relance du processus politique. 


M. JORGE URBINA (Costa Rica) s’est dit inquiet de la situation dans l’est du Tchad, du fait des attaques de bandes armées contre les populations civiles et les travailleurs humanitaires, dans une impunité quasi totale.  Il a souhaité que la future « MINURCAT II » puisse améliorer la protection de la population civile.  Il a déclaré que son pays travaille avec d’autres à la définition de la « MINURCAT II » afin d’assurer une présence plus visible et davantage de patrouilles dans les camps de réfugiés et de déplacés.  Il a lancé un appel aux autorités tchadiennes afin qu’elles renforcent leurs mécanismes d’enquête et de poursuite et mettent fin à l’impunité dont bénéficient les auteurs d’exactions  Il a condamné fermement le recrutement d’enfants par les groupes armés.


Le représentant a dit partager les inquiétudes de M. Holmes concernant la situation sécuritaire au Soudan, notamment dans les camps de déplacés.  Il a souhaité un cessez-le-feu « réel et vérifiable », base indispensable d’une amélioration des conditions de travail des acteurs humanitaires.  Le travail de ceux-ci a des effets directs sur les conditions de vie de plus de 4,7 millions de personnes au Soudan, a-t-il affirmé, avant de rappeler au Soudan ses devoirs de protection.  Le représentant a pris note du rétablissement des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan et a rendu hommage aux efforts de la Jamahiriya arabe libyenne en ce sens.  Il a souhaité que ce nouveau fait apporte une plus grande sécurité dans les zones frontalières, et une meilleure situation humanitaire.  Il a en outre soutenu la recommandation du Secrétaire général en faveur d’un grand débat sur la protection des civils en situation de danger imminent.


M. ALDO MANTOVANI (Italie) a souligné qu’il fallait se préparer à une implication à long terme de la communauté internationale, la situation au Tchad étant elle aussi extrêmement difficile.  Il convient donc de maintenir une présence internationale réelle.  Au Sud-Soudan, à l’inverse, la situation est plus prometteuse, a-t-il noté.  Il convient donc de relancer le processus de paix pour le Darfour, a-t-il souligné.  Le déploiement des Forces internationales, s’il est indispensable, ne peut suffire et il doit s’accompagner d’une meilleure collaboration avec les autorités locales.  Le représentant a rappelé que son pays avait déboursé environ 22 millions d’euros par an, notant toutefois que la résolution du problème humanitaire supposait le retour sur une base volontaire de pas moins de 2,5 millions de personnes déplacées.  Il importe de s’attaquer aux racines du problème, a-t-il conclu, en disant craindre que la communauté internationale n’ait pas, à ce stade, de réponse à cet aspect de la question. 


M. DUMISANI KUMALO (Afrique du Sud) a rappelé son soutien aux travailleurs humanitaires et s’est dit préoccupé de leur sécurité.  Il y aura une solution définitive lorsqu’il y aura un processus politique et la sécurité sur place, a-t-il prévenu, en se félicitant de l’amélioration des relations entre le Soudan et le Tchad. 


M. NEVEN JURICA (Croatie) a noté que l’exposé de M. Holmes était très inquiétant, ce qui implique que la communauté internationale redouble d’efforts pour trouver une issue au conflit.  Le Gouvernement du Tchad, qui subit beaucoup de pression, doit s’impliquer plus avant pour résoudre la question humanitaire, a-t-il noté, émettant l’espoir que la normalisation des relations avec le Soudan permettra d’avancer dans la recherche d’une solution. 


Reprenant la parole en fin de séance, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies s’est dit « très reconnaissant » du soutien apporté par les membres du Conseil aux travailleurs humanitaires, ainsi qu’à l’importance accordée par le Conseil à la protection des civils contre la violence, y compris la violence à caractère sexuel.  Il a également jugé importante l’amélioration des relations entre le Tchad et le Soudan, affirmant qu’il avait observé dans les deux capitales une « volonté prudente de renouer » les relations sur la base de l’Accord de Dakar.


Faisant allusion aux propos du représentant de la France sur les attaques des Forces armées dans les camps, allusion à la tragédie du camp de Kalma en juillet, il a déclaré qu’il avait demandé aux autorités de Khartoum d’enquêter sur ces événements.  Il s’est par ailleurs dit bien conscient de la nécessité d’aider les déplacés qui rentrent chez eux, mais a insisté sur le caractère volontaire du processus de retour.  Les gens veulent rentrer chez eux, mais ils veulent le faire dans la sécurité, a-t-il rappelé.  Il est donc difficile d’envisager un retour général des populations chez elles tant qu’il n’y aura pas de paix globale, a-t-il noté.  Il a aussi rappelé que, dans le contexte du Darfour, des questions telles que la propriété de la terre sont essentielles.  Il faut donc mettre en place un mécanisme de règlement de ce type de différends, si possible, avant le retour des populations déplacées, a-t-il déclaré.


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