28/08/2008
Conseil de sécurité
CS/9438

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5969e séance – après-midi


LA RECONNAISSANCE, PAR LA FÉDÉRATION DE RUSSIE, DE L’INDÉPENDANCE DE L’ABKHAZIE ET DE L’OSSÉTIE DU SUD DÉBATTUE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ


Le Conseil de sécurité s’est réuni cet après-midi, à la demande de la délégation de la Géorgie*, afin d’examiner la situation dans ce pays après les déclarations d’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud et la décision prise mardi, par décret, par le Président de la Fédération de Russie de leur reconnaître ce statut.


Ces « actes unilatéraux illégaux » posés par la Fédération de Russie à l’encontre de « deux provinces géorgiennes » constituent des violations patentes de la Charte des Nations Unies, des résolutions du Conseil de sécurité portant sur la Géorgie, des normes et des principes fondamentaux du droit international, de l’Acte final d’Helsinki, de l’accord en six points, et de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de la Géorgie, a déclaré l’ambassadeur de la Géorgie auprès de l’ONU.  Le représentant a également assuré que les Géorgiens étaient victimes d’opérations de nettoyage ethnique en Abkhazie.


Auparavant, la Directrice de la Division des Amériques et de l’Europe au secrétariat des Nations Unies, responsable par intérim du Département des affaires politiques, Mme Elizabeth Spehar, et le Directeur de la Division Asie et Moyen-Orient, qui est aussi le responsable par intérim du Département des opérations de maintien de la paix, M. Wolfgang Weisbrod-Weber, avaient tous deux présenté un exposé.  Celui de Mme Spehar portait sur la situation politique et humanitaire, alors que celui présenté par M. Weisbrod-Weber avait trait aux observations récentes faites par la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG).


Pour le représentant de la Géorgie, la reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud par la Fédération de Russie « n’a pas de conséquence juridique au niveau international ».  « Elle n’a pas d’impact sur les frontières internationales établies de la Géorgie et ne modifiera en aucune façon la position de la communauté internationale vis-à-vis de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de la Géorgie », a-t-il estimé.


Le Représentant permanent de la Géorgie s’est adressé au Conseil de sécurité et au Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, pour qu’ils « agissent promptement en vue de constater la situation humanitaire et d’éliminer les conséquences de l’agression russe ».  De même, « toutes les allégations d’atrocités de masse doivent être examinées et prises en compte », a-t-il ajouté. 


De son côté, leReprésentant permanent de la Fédération de Russie, a estimé que la communauté internationale devait comprendre et accepter les aspirations des peuples abkhaze et ossète, « deux peuples frères », a-t-il dit, « dont la question de la survie est posée depuis les débuts de la politique agressive et chauvine des dirigeants de Tbilissi ». 


Pour le représentant russe, l’« aventurisme militaire » du Président géorgien l’a « conduit à l’impasse et à l’erreur malgré les avertissements émanant de certains de ses alliés proclamés les plus proches ».  Il a également considéré que l’adhésion de la Géorgie à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) équivaudrait à inviter au réarmement du « régime criminel » de Tbilissi.


Le représentant de la France, pays qui assure la Présidence de l’Union européenne (UE), a rappelé que les chefs d’État européens se réuniraient lundi afin d’« évaluer les implications de la décision russe » sur les relations entre l’UE et la Fédération de Russie.  D’ici-là, l’accord de cessez-le-feu en six points du 12 août, conçu par les Présidents russe, Dmitry Medvedev, et français, Nicolas Sarkozy, « doit être appliqué en totalité », a-t-il déclaré, mettant l’accent sur la nécessité de garantir un accès humanitaire qui soit « pleinement libre ».


Son homologue du Royaume-Uni a demandé à la Fédération de Russie de « respecter le droit international pour résoudre la crise; d’assurer un accès humanitaire libre et sans entrave; de prévenir les actes de violence contre les Géorgiens; de mettre en œuvre pleinement ses engagements, conformément au plan en six points, y compris le retrait des forces russes, et de faciliter le déploiement d’observateurs internationaux ».


Condamnant également vivement la décision russe de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, le représentant des États-Unis a notamment estimé que le Conseil de sécurité devait obtenir un récit détaillé sur les déplacements de personnes opérés en Géorgie.


Les représentants des États suivants ont pris la parole au cours de ce débat: Géorgie, Fédération de Russie, France, Italie, Afrique du Sud, Panama, Royaume-Uni, Costa Rica, Croatie, Indonésie, États-Unis et Belgique.


* Lettre publiée sous la cote S/2008/587 



LA SITUATION EN GÉORGIE


Déclarations


Mme ELIZABETH SPEHAR, Directrice de la Division des Amériques et de l’Europe et responsable par intérim du Département des affaires politiques, a rappelé que depuis le dernier exposé sur la situation en Géorgie fait par le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, B. Lynn Pascoe, le 21 août, le Président de la Fédération de Russie, Dmitry Medvedev avait signé un décret portant reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.  Sur le terrain, hier, l’équipe de pays de l’ONU a rapporté que 18 points de contrôle opérés par les forces russes demeuraient au nord de Gori.  Selon « des informations fournies par la presse », des points de contrôle russes sont toujours en place dans d’autres secteurs de la Géorgie, comme autour de la ville portuaire de Poti.  La situation sécuritaire à Akhalgori a été décrite aux observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) comme étant stable mais tendue, certains ayant estimé que 80% à 90% des habitants de la ville l’auraient désertée, a indiqué Mme Spehar.


Sur le plan humanitaire, des sources onusiennes ont constaté que des retours spontanés et organisés se poursuivaient, tandis que de nouveaux déplacements se produisaient à partir des villages situés au nord de Gori.  Mme Spehar a affirmé que le haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) avait exprimé son inquiétude concernant des informations faisant état de déplacements forcés provoqués par des miliciens en maraude opérant au nord de Gori, près de la ligne frontalière avec l’Ossétie du Sud.  Des informations récentes indiquent qu’environ un millier de civils supplémentaires venant de zones peuplées de Géorgiens en Ossétie du Sud avaient trouvé refuge à Gori.  Les personnes récemment déplacées ont fait état d’incidents d’intimidation, de violences physiques et de pillages, a-t-elle précisé.  Des villages qui ne sont pas accessibles aux organisations humanitaires au nord de Gori et dans les zones environnantes, sont aussi une source d’inquiétude, a-t-elle dit.  Jusqu’à hier, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) demeurait la seule organisation internationale à pouvoir avoir accès à l’Ossétie du Sud, a-t-elle ajouté, notant que les rapports sur la situation humanitaire demeuraient par conséquent rares.  Jusqu’à hier également, le Programme alimentaire mondial (PAM) avait atteint 137 100 personnes.  Des biens alimentaires ont été distribués hier à 12 600 personnes déplacées et à la population locale des zones touchées par le conflit, a-t-elle souligné.


M. WOLFGANG WEISBROD-WEBER, Directeur de la Division Asie et Moyen-Orient et responsable par intérim du Département des opérations de maintien de la paix, a indiqué au Conseil de sécurité qu’autour de la zone de conflit géorgienne/abkhaze, la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG) continuait d’observer des mouvements de troupes russes.  Le 23 août, a-t-il dit, quelque 220 véhicules, transportant des personnels armés, ont été vus par les membres la MONUG en train de traverser, par le Nord, la ligne de cessez-le-feu.  Selon la Mission, seul un nombre réduit de troupes russes reste positionné du côté géorgien de la ligne de cessez-le-feu, a poursuivi l’intervenant.  Il a signalé que, de manière générale, la situation sur place restait tendue. 


Les forces abkhazes contrôlent toujours les poches de Ganmukhuri et de Kourcha, situées au nord de la rivière Inguri, tandis que des informations font état de mines qui auraient été déposées à travers le district de Gali, a poursuivi M. Weisbrod-Weber.  À ce stade, la MONUG n’est pas en mesure de confirmer ou d’infirmer ces allégations, la Mission n’ayant pu obtenir toutes les garanties de sécurité requises de la partie abkhaze ainsi que des Forces collectives de maintien de la paix, a-t-il dit.  Les patrouilles effectuées dans le secteur de Gali sont en outre limitées à la route principale qui le traverse, a dit M. Weisbrod-Weber.  Il a ajouté que s’agissant de la partie géorgienne, la Mission avait été informée que les forces russes avaient bien quitté la base militaire de Senaki et que la police locale avait commencé à déminer la zone.  La Mission a donc pu reprendre normalement ses patrouilles dans le secteur de Zugdidi, a conclu M. Weisbrod-Weber. 


M. IRAKLI ALASANIA (Géorgie) a déclaré que son pays avait demandé cette réunion du Conseil de sécurité « en raison des actions illégales entreprises par la Fédération de Russie à l’égard de deux provinces géorgiennes », à savoir l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.  Il a à cet effet rappelé les déclarations d’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie et la reconnaissance de celle-ci, par décret, du Président russe, M. Dmitry Medvedev.  La Fédération de Russie a, de la sorte, violé les principes relatifs au droit à l’autodétermination, et à la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain.  Elle a, a-t-il dit, agi contrairement aux principes et aux valeurs que l’Organisation doit protéger conformément à sa Charte, et viole les principes du droit international sur l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’inviolabilité des frontières d’un État.  La déclaration unilatérale d’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud et la reconnaissance de celle-ci par la Fédération de Russie est notamment incompatible avec les dispositions de l’Acte final d’Helsinki.  Cette déclaration d’indépendance est illégale et non pertinente du point de vue juridique, a-t-il déclaré.  La « communauté internationale continue d’exprimer sa ferme condamnation des mesures russes », a dit le représentant géorgien, en se félicitant de cet appui.  « Un message très clair doit être envoyé à la Fédération de Russie », a-t-il ajouté.


L’Ambassadeur a affirmé que « des Géorgiens étaient l’objet d’une épuration ethnique de la part des forces séparatistes », soutenues par les militaires russes.  Dès le départ, a-t-il dit, la Fédération de Russie a dominé le processus de négociations de maintien de la paix dans les deux régions qui voulaient faire sécession, veillant à ce qu’aucun résultat tangible ne soit obtenu dans ces négociations.  La Fédération de Russie est ouvertement partie au conflit aujourd’hui, a-t-il ajouté, dénonçant « la politique expansionniste de ce pays » qui opère au détriment de l’intégrité territoriale d’un autre État et de la vie de la population géorgienne.  M. Alasania a qualifié d’acte autodestructeur de la Fédération de Russie sa reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.  Plusieurs centaines de milliers de personnes de différentes origines ethniques souffrent des conséquences du conflit, a-t-il souligné. 


Le représentant géorgien a estimé que la Fédération de Russie violait ses engagements découlant du plan de cessez-le-feu en six points conclu le 12 août à Moscou entre le Président Medvedev et son homologue français Nicolas Sarkozy.  Elle n’a pas respecté, a-t-il ainsi souligné, la disposition appelant à un retrait de ses forces.  La Fédération de Russie doit retirer ses forces jusqu’à la ligne d’avant le début des hostilités, a-t-il insisté.  Selon M. Alasania, la Fédération de Russie a instauré une nouvelle réalité, « utilisant le bouclier du maintien de la paix pour occuper un État souverain et indépendant et procéder à une épuration ethnique dans des régions séparatistes ».  Il a affirmé que la décision russe n’« avait pas de conséquence juridique au niveau international ».  Elle n’a pas d’impact sur les frontières internationales établies de la Géorgie et ne modifiera en aucune façon la position de la communauté internationale vis-à-vis de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de la Géorgie, a-t-il assuré.  Elle ne fait, selon lui, qu’envenimer une situation déjà difficile et contredit le principe même de l’intégrité territoriale sur lequel se reposent les États modernes pour exister.  La Géorgie a été envahie, occupée, mais la nation n’a pas été conquise, a-t-il poursuivi, précisant que son pays s’attacherait à rétablir son économie et la démocratie et à rechercher les moyens visant à établir une coexistence pacifique entre Géorgiens, Abkhazes, Ossètes et autres membres des communautés multiethniques géorgiennes.  L’ambassadeur géorgien s’est adressé au Conseil de sécurité et au Secrétaire général pour qu’ils agissent promptement en vue de constater la situation humanitaire et d’éliminer les conséquences de l’« agression russe ».  Toutes les allégations d’atrocités de masse doivent être examinées et prises en compte, a-t-il ajouté. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé que les exposés des représentants du Secrétariat montraient que malgré les dégâts causés par l’« aventurisme militaire » du Président géorgien, la situation sur place se normalisait peu à peu.  Il a expliqué que des représentants d’organisations humanitaires s’étaient rendus dans la zone de conflit, où elles ont pu constater le rôle joué par la Fédération de Russie pour réparer les dommages causés par l’agression militaire de la Géorgie.  M. Churkin a ensuite lu deux décrets signés par le Président Medvedev, par lesquels, a-t-il dit, la Fédération de Russie reconnait l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.  Notamment, a-t-il ajouté, ces décrets prévoient l’établissement de traités de coopération et d’assistance mutuelle, non seulement dans le domaine diplomatique mais aussi dans celui du maintien de la paix.


Le représentant russe a estimé que la communauté internationale devait comprendre et accepter les aspirations des peuples abkhaze et ossète, deux peuples frères, a-t-il dit, dont la question de la survie est posée depuis les débuts de la politique agressive et chauvine des dirigeants de Tbilissi.  Évoquant un génocide en Ossétie du Sud, réalisé au fil du temps en dépit du rôle tenu par la Fédération de Russie pour parvenir au maintien durable de la paix dans la région, avec le soutien sans faille des Nations Unies et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), M. Churkin a déploré que, depuis le début des années 2000, le Gouvernement géorgien de Tbilissi ait multiplié les provocations et les agressions.  Les différents accords de paix et de cessez-le-feu, la création de la MONUG, ou encore celle du Groupe des amis de la Géorgie, sont toutes des initiatives qui ont été torpillées par l’aventurisme militaire du Président géorgien Saakachvili, a encore souligné M. Churkin.  Dans un tel contexte, la Fédération de Russie a dû aussi s’attacher depuis la fin des années 90 à éteindre les nombreux foyers allumés par Tbilissi dans la région en vue de faire triompher son projet d’une « Géorgie pour les Géorgiens », a-t-il dit d’un ton accusateur.


Vitaly Churkin a ensuite déclaré que toute entité autonome avait le droit de décider de son destin.  En l’espèce, la Géorgie a empêché les peuples d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie d’exercer ce droit qui leur appartient, a-t-il argué, estimant en outre que l’attaque lancée contre l’Ossétie du Sud durant la nuit du 8 août, et qui est à l’origine de la mort de nombreux soldats de la paix, avait été opérée en vue de procéder à une action analogue contre l’Abkhazie.  Le Président géorgien est le seul responsable de l’échec de la réalisation de l’intégrité territoriale de la Géorgie, son aventurisme militaire l’ayant conduit à l’impasse et à l’erreur malgré les avertissements émanant de certains de ses alliés proclamés les plus proches, a déclaré M. Churkin.   


Avant de conclure sa déclaration, le représentant de la Fédération de Russie a jugé que l’adhésion de la Géorgie à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) équivaudrait à inviter au réarmement du « régime criminel » de Tbilissi.  L’éventualité d’un tel acte est une source de préoccupation sérieuse pour mon pays, a-t-il encore dit.  Enfin, M. Churkin a rappelé l’amitié réelle de la Fédération de Russie à l’égard du peuple géorgien, souhaitant qu’il puisse un jour remettre son destin entre les mains de dirigeants dignes de lui.  


M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a rappelé que son pays s’était investi fortement en faveur de la résolution du conflit.  La décision soudaine de la Fédération de Russie de reconnaître l’indépendance des entités séparatistes rend la poursuite du travail entrepris extrêmement difficile, a-t-il dit, tout en le déplorant le plus vivement.  Il convient de méditer ce que signifie cette décision de la part de la Fédération de Russie, et quels sont les objectifs réels que cela sous-tend, a ajouté M. Lacroix, précisant que les chefs d’État de l’Union européenne se réuniraient lundi pour évaluer les implications de la décision russe pour les relations de l’UE avec la Fédération de Russie.  D’ici-là, l’accord de cessez-le-feu en six points du 12 août, qui porte la signature des Présidents russe, géorgien et français, doit être appliqué en totalité, a-t-il insisté.  Les forces militaires qui ne se sont pas encore retirées sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités doivent faire mouvement sans délai, a-t-il déclaré.  De même, le mécanisme international qui doit remplacer les patrouilles russes autour de l’Ossétie du Sud doit être déployé rapidement, tandis que des discussions internationales portant sur les modalités de la sécurité et de la stabilité dans les deux provinces géorgiennes doivent s’ouvrir dès que possible.  Enfin, l’accès humanitaire doit être pleinement libre.  Libre, cela veut dire pour tous, sans délai, pour toutes les victimes, et pour toutes les organisations en mesure de leur porter assistance, a-t-il ajouté.  Le représentant a déclaré que la France soutenait fermement la proposition de dépêcher une mission impartiale des Nations Unies pour enquêter sur la situation humanitaire et des droits de l’homme en Géorgie, y compris en Abkhazie et en Ossétie du Sud. 


M. TERZI DI SANT’AGATA (Italie) a estimé que la reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud par la Fédération de Russie rendait plus complexe encore une crise déjà très difficile à appréhender par la communauté internationale.  Il a estimé que le respect de l’intégrité territoriale de la Géorgie demeurait un principe incontestable.  Pour cela, il a dit que le retour au calme et à la stabilité dans la région passait par l’application du plan en six points proposé par les Présidents français et géorgien, en vue notamment de permettre l’instauration rapide d’un contrôle international de la situation sur place.  Le représentant a demandé qu’une résolution de consensus, incorporant les six points dont la validité a d’ailleurs été reconnue par la Fédération de Russie, soit adoptée par le Conseil de sécurité.  Il a aussi souhaité que soit envoyée une mission de suivi sur place, et que les organismes humanitaires soient en mesure de circuler librement dans la zone de conflit et au-delà.  La responsabilité et l’intérêt de la communauté internationale sont de prévenir que la crise ne remette durablement en cause la stabilité dans cette région sensible, a conclu M. Sant’Agata.


M. DUMISANI S. KUMALO (Afrique du Sud) a déclaré que le recours à la force réduisait les possibilités de trouver une solution durable et accroissait les difficultés des populations touchées.  Il s’est notamment déclaré déçu que le Conseil de sécurité n’ait pas été en mesure de se mettre d’accord pour approuver l’accord de cessez-le-feu conclu par les Présidents russe et français, et signé par la Géorgie, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. 


M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a déclaré que l’exercice du droit à l’autodétermination ne se confondait pas avec des manœuvres aboutissant aux plus graves atteintes à l’« intégrité territoriale » des pays.  Nous réitérons ici notre appui à l’intégrité territoriale de la Géorgie, a-t-il ajouté, et toutes les parties prenantes à la crise qui nous réunit de nouveau dans cette enceinte doivent mener à bien tous les efforts nécessaires pour que ce principe soit rétabli dans les faits et respecté.


M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a affirmé que la décision prise mardi par la Fédération de Russie de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie avait torpillé les négociations en cours au sein du Conseil de sécurité.  En agissant ainsi, Moscou exclut tout accord sur une éventuelle action du Conseil, a-t-il dit.  Selon lui, l’action militaire et la reconnaissance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie représentent une tentative unilatérale de la Fédération de Russie de reconstituer par la force les frontières d’un pays voisin, en contradiction directe des principes fondamentaux des Nations Unies.  C’est aussi une violation flagrante du point 6 de l’accord signé par le Président Medvedev, a estimé M. Sawers.  La décision de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie a de graves incidences humanitaires, a-t-il ajouté.  Le représentant a demandé à la Fédération de Russie de respecter le droit international pour résoudre la crise; d’assurer un accès humanitaire libre et sans entrave de prévenir les actes de violence contre les Géorgiens; de mettre en œuvre pleinement ses engagements, conformément au plan en six points, y compris le retrait des forces russes, et de faciliter le déploiement d’observateurs internationaux.


M. JORGE URBINA (Costa Rica) a qualifié la Géorgie de « pays démantelé par la force ».  Il a indiqué que les aspirations des peuples ossète et abkhaze étaient bien connues depuis longtemps.  Pour autant, la reconnaissance de l’autonomie d’entités politiques, une proclamation unilatérale de reconnaissance d’indépendance ne suffit pas, surtout émanant d’un État qui a procédé à l’invasion militaire d’un État constitué.  Cette intervention aurait été décidée en vue de protéger des soldats de la paix et des citoyens russes ainsi que pour prévenir toute attaque armée future, a encore noté M. Urbina.  Pourtant, nous assistons au démembrement du territoire d’un pays par un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, a-t-il poursuivi.  Il a estimé que la communauté internationale ne devait pas tolérer ce genre de comportement, qui foule au pied le droit international.  Le plan en six points proposé par la France et la Géorgie reste le catalyseur en vue de parvenir à une solution politique à la crise, a  estimé le représentant.


M. NEVEN JURICA (Croatie) a exprimé le regret de son pays face à la décision prise par la Fédération de Russie de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.  Cette décision regrettable « n’est pas en conformité avec la Charte de l’ONU, l’Acte final d’Helsinki et les résolutions antérieures du Conseil de sécurité », a estimé le représentant croate.  Cette décision est de nature, selon lui, à nier les progrès réalisés à ce jour en vue d’une solution en Géorgie.  Réaffirmant l’appui de la Croatie au plan en six points, il a souhaité l’ouverture de négociations.  


M. MARTY M. NATALEGAWA (Indonésie) a indiqué que la reconnaissance russe du statut d’indépendance des deux entités considérées marquait une évolution très inquiétante de la situation.  Cette évolution, à tout le moins, n’améliore pas les perspectives d’un consensus au Conseil de sécurité sur la situation en Géorgie, a-t-il dit.  Dès les débuts de cette crise, l’Indonésie a préconisé le dialogue et la diplomatie pour parvenir à une solution pacifique durable et complète, a ajouté le représentant.  L’Indonésie pense que le cycle de la violence doit cesser, et estime que le plan en six points est l’instrument indiqué pour mettre un terme aux combats et redonner un véritable élan aux efforts de paix durable dans le Caucase, a dit M. Natalegawa.  Encore une fois, a-t-il conclu, le Conseil de sécurité s’avère impuissant à maintenir la paix et la sécurité internationales malgré l’urgence d’une situation qui voit l’intégrité territoriale d’un État mise à mal par l’un de ses voisins.  


M. ALEJANDRO D. WOLFF (États-Unis), rappelant que le Conseil de sécurité s’était réuni en urgence sur ce sujet à six reprises depuis le 7 août, a affirmé que son pays « condamnait catégoriquement la décision de la Fédération de Russie de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ».  Il a ajouté que la Fédération de Russie « continuait son occupation », au « mépris de la souveraineté territoriale de la Géorgie ».  La reconnaissance de l’Abkhazie et de l’Ossétie est incompatible avec la Charte des Nations Unies et de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité, a-t-il estimé.  La décision de la Fédération de Russie, qui est en contradiction avec ses propres engagements, pourrait également constituer « un acte de mépris à l’égard de l’Organisation » et de ses entreprises, a dit le représentant américain.  Il s’est dit préoccupé par les actions de la Fédération de Russie.  La décision russe est un acte politique qui compromet les frontières de la Géorgie, pour la première fois depuis son accession à l’indépendance, a-t-il souligné.  Selon le représentant, « les graves accusations de violations des droits de l’homme en Abkhazie et en Ossétie du Sud doivent faire l’objet d’enquêtes ».  En outre, a-t-il dit, le Conseil de sécurité doit obtenir un récit détaillé sur le déplacement de personnes.  La Fédération de Russie doit achever son retrait de la Géorgie, « conformément au plan en six points », a-t-il ajouté.


M. JAN GRAULS (Belgique) a condamné « sans réserve » la décision « unilatérale » de la Fédération de Russie de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.  Cette décision ne repose sur aucune base juridique et viole l’intégrité territoriale de la Géorgie, a-t-il affirmé, ajoutant que la décision russe allait en outre « à l’encontre de la résolution 1808 adoptée en avril dernier ainsi que de l’Acte final d’Helsinki ».  M. Grauls s’est inquiété de ce que cette décision puisse avoir des implications sur la sécurité et la stabilité dans toute la région, et il a appelé la Fédération de Russie à revenir sur sa position.  Pour le représentant, l’application de la plate-forme en six points proposée par les Présidents français et géorgien reste d’actualité.  Il a également regretté que le Conseil de sécurité n’ait pu parler d’une seule voix à propos de la crise géorgienne.  Le Conseil conserve un rôle crucial dans la stabilisation dans la région et il lui revient plus que jamais de fixer le cadre d’application de l’accord en six points, a encore souligné Jan Grauls.  Pour ce qui est de la situation humanitaire sur place, il a lui aussi plaidé pour l’envoi d’une mission d’établissement des faits de l’ONU et pour un retour, le plus tôt possible, des réfugiés dans leur foyer. 


Reprenant la parole, le représentant de la Fédération de Russie s’est dit heureux d’entendre le représentant des États-Unis rappeler que les États, dans leurs actes, doivent s’abstenir de recourir à la force.  Il lui a demandé si son pays « avait trouvé des armes de destruction massive en Iraq ».  Évoquant le fait que les membres du Conseil de sécurité avaient souligné l’importance de respecter les résolutions du Conseil de sécurité et les principes de l’intégrité territoriale, il a demandé où étaient ses collègues au moment de la déclaration unilatérale d’indépendance au Kosovo.  Il a rappelé que la résolution 1244 du Conseil de sécurité « n’a jamais donné le droit au Kosovo de déclarer unilatéralement son indépendance ».  Comment respectez-vous donc le droit international? a-t-il lancé à l’adresse des autres délégations.  Au représentant du Costa Rica, qui avait évoqué l’emploi de la force par la Fédération de Russie, il a rappelé que l’OTAN avait, elle aussi, eu recours à la force contre la Serbie au Kosovo.  Le représentant russe s’est ensuite livré à une explication historique, dans le contexte de l’Union soviétique, et à une analyse juridique des faits qui ont conduit à l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.  Réagissant à l’intervention de son collègue du Royaume-Uni, il a assuré que son pays continuait de respecter les principes du plan en six points, élaboré par les Présidents français et russe.  La Fédération de Russie est prête à continuer d’agir de façon constructive afin de parvenir à un consensus sur une résolution du Conseil de sécurité, a dit M. Churkin, précisant qu’un projet de résolution russe avait été conçu sur l’approbation du plan en six points. 


Le représentant de la Géorgie a repris la parole et a estimé que le « représentant russe venait de manifester beaucoup d’émotivité » lors de ses déclarations.  L’illégitimité de la décision russe, qui a été affirmée par tous les intervenants aujourd’hui, devrait l’aider à comprendre que l’Union soviétique est morte, qu’elle ne renaitra pas même en reconnaissant certaines parties de la Géorgie, a-t-il dit.  Il s’est ensuite interrogé sur le fait qu’au moment de son investiture, le Président Medvedev, s’exprimant devant le corps diplomatique de son pays, avait fait du respect de l’intégrité territoriale un principe universel devant guider son action.  Pourquoi un tel revirement quelques mois après, a-t-il demandé, estimant que la crise géorgienne ne pouvait qu’être l’aboutissement d’une action préméditée de longue date.  Après avoir de nouveau parlé d’une « épuration ethnique des Géorgiens en Abkhazie », le représentant a remercié les membres du Conseil pour leur soutien, et demandé que tout soit mis en œuvre pour résoudre la crise humanitaire sévissant dans son pays.  « Il faut revenir à la lettre des résolutions existantes du Conseil de sécurité qui consacrent expressément la nécessité de respecter l’intégrité territoriale de la Géorgie », a-t-il plaidé.


Le représentant du Costa Rica a rappelé que son pays restait disposé à travailler aux côtés des membres du Conseil de sécurité pour trouver une solution au conflit.  Selon lui, « la comparaison avec le Kosovo s’achève dès que la force devient le catalyseur de souhaits séparatistes ».  Il n’est pas raisonnable de « comparer des situations ou des comportements qui sont différents », a-t-il ajouté. 


Le représentant du Royaume-Uni a repris la parole pour rejeter le parallèle établi, selon lui, par la délégation de la Fédération de Russie entre les actions de son pays en Géorgie et celles de l’OTAN au Kosovo en 1999.  « Cette comparaison ne tient pas la route, car l’opération de l’OTAN était multilatérale et engagée pour mettre fin à une crise humanitaire en cours », a estimé M. Sawers.  Il a ajouté que l’« intervention au Kosovo avait été autorisée sur la base de textes de résolutions du Conseil de sécurité » dans l’objectif de trouver une solution politique après les atrocités commises par la Serbie.  La Fédération de Russie, de son côté, sera passée, en trois semaines, de la présentation d’un projet de résolution à la redéfinition forcée des frontières de la Géorgie, a conclu M. Sawers. 


Le représentant des États-Unis a repris la parole et a rappelé, en référence à la deuxième intervention de son homologue russe, que « huit membres du Conseil de sécurité avaient reconnu l’indépendance du Kosovo, aucun d’eux ne l’ayant fait sous le couvert de la force ».  Il a précisé également qu’à l’égard de l’Iraq, les États-Unis « n’avaient pas d’ambitions territoriales ou de désirs de démembrer ce pays ».  La Fédération de Russie « a envahi la Géorgie », « a occupé la Géorgie », et « veut démembrer la Géorgie », a-t-il ajouté.


Le représentant de la Fédération de Russie a de nouveau pris la parole et a dit s’être senti « très à l’aise » en présentant la position de la Fédération de Russie devant les membres du Conseil de sécurité.  J’éprouve en revanche un certain malaise lorsque j’entends des collègues déformer sans honte les faits et les principes, a-t-il ajouté.  C’est le fait d’inciter un gouvernement à se lancer dans une guerre sanglante contre des civils innocents qui devrait mettre mal à l’aise certaines personnalités présentes dans cette salle, a-t-il enfin estimé.


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