10/08/2008
Conseil de sécurité
CS/9419

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5953e séance – matin


LE REPRÉSENTANT DE LA GÉORGIE APPELLE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À INTERVENIR SUR LES FRONTS DIPLOMATIQUE ET HUMANITAIRE POUR PROTÉGER SON PAYS DES ATTAQUES MILITAIRES RUSSES


Présidente en exercice de l’Union européenne, la France propose un plan visant l’obtention d’un cessez-le-feu, le respect de l’intégrité territoriale de la Géorgie et le retour à la situation d’avant le 6 août.


L’ONU, la plus haute autorité légitime au monde, doit agir immédiatement sur les fronts diplomatique et humanitaire pour protéger la Géorgie contre l’« occupation russe », a déclaré aujourd’hui le représentant géorgien lors de la réunion d’urgence que le Conseil de sécurité a convoquée, à l’initiative des États-Unis, pour examiner « l’escalade de la violence » en Géorgie.


Les autorités géorgiennes, a annoncé le représentant de la Géorgie, ont transmis à l’ambassade russe à Tbilissi une note verbale indiquant que leurs forces ont cessé le feu en Ossétie du Sud et qu’elles sont prêtes à engager immédiatement des pourparlers avec la Fédération de Russie.  Le représentant a donc regretté le refus du Président russe de s’entretenir avec son homologue géorgien. 


« Aucun homme raisonnable », a rétorqué le représentant de la Fédération de Russie, ne s’entretiendrait aujourd’hui avec un président qui a été prévenu, à maintes reprises, du caractère « suicidaire » d’une intervention militaire en Ossétie du Sud.  Soulignant une nouvelle fois que la Géorgie a multiplié par 30 ses capacités militaires avec l’assistance des États-Unis, le représentant a cependant déclaré: « Je ne veux pas penser que les États-Unis ont donné leur feu vert à cette opération ». 


Outre les combats en Ossétie du Sud, l’Abkhazie, autre région indépendantiste, semble s’enflammer à son tour.  La réunion du Conseil a permis au représentant de la France dont le pays préside actuellement l’Union européenne d’attirer l’attention sur le plan en trois points proposé par le Président Nicolas Sarkozy.  Il s’agit d’obtenir la cessation immédiate des hostilités, le plein respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Géorgie et le rétablissement de la situation qui prévalait avant le 6 août, ce qui implique, a souligné le représentant français, le retrait des forces russes. 


L’absence d’une présence internationale ne permet pas d’évaluer avec précision la situation à Tskhinvali et dans d’autres parties de l’Ossétie du Sud, a reconnu le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques.  Les affrontements se poursuivraient au sud de Tskhinvali et les troupes russes avanceraient désormais vers Gori, une ville située au centre même de la Géorgie.  Les avions russes, a-t-il encore dit, ont repris les attaques contre des cibles stratégiques et militaires en dehors de la zone de conflit. 


En Abkhazie, a expliqué M. Edmond Mulet, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, la situation demeure extrêmement préoccupante.  La partie abkhaze a déplacé des contingents et des armes lourdes dans la zone de conflit pour « maintenir dehors » les Forces armées géorgiennes.  Hier matin, le Vice-Ministre de la défense de facto a prié la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG) de retirer ses observateurs de la vallée du Haut Kodori.  Le Président de facto a annoncé que son plan est suivi avec satisfaction, en coordination avec les forces de la Communauté des États indépendants (CEI). 


De nombreuses délégations se sont interrogées sur les véritables intentions de la Fédération de Russie.  Comme l’a dit le représentant du Panama, la Géorgie n’avait pas à déroger à un accord de paix pour effectuer une opération militaire et la Fédération de Russie n’avait pas non plus le droit de recourir à un usage disproportionné de la force et de porter le conflit en dehors de l’Ossétie du Sud.


Comme la Fédération de Russie refuse de se retirer et d’accepter le cessez-le-feu, ses revendications humanitaires ne sont pas crédibles.  Le fait que l’Abkhazie « s’enflamme » indique qu’il y a d’autres motifs, a ainsi commenté le représentant des États-Unis, avant de dévoiler une conversation téléphonique dans laquelle le Ministre russe des affaires étrangères aurait demandé explicitement « un changement de régime » en Géorgie. 


« Les intentions de mon pays ne visent qu’à permettre aux habitants de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie de ne pas craindre pour leur identité », a affirmé le représentant de la Fédération de Russie, en ajoutant que son pays a aussi exercé son droit de légitime défense devant les attaques dont étaient victimes les soldats de la paix russes déployés en Ossétie du Sud conformément aux accords de 1992. 


Lorsque la Géorgie a essayé d’empêcher l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie d’accéder à l’indépendance, a-t-il encore dit, elle s’est lancée dans une attaque militaire qui s’est révélée vaine.  La solution au conflit actuel est d’empêcher que les erreurs de 1991 ne se répètent.  Ce qu’il faut c’est un accord sur le non-recours à la force et le règlement des questions politiques suivra, a tranché le représentant. 


LA SITUATION EN GÉORGIE


Exposés


Après avoir fait lecture de la déclaration du Secrétaire général de l’ONU sur la situation en Géorgie, M. B. LYNN PASCOE, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a exposé les derniers développements intervenus dans ce pays.  Il a expliqué que les Nations Unies n’avaient pas d’information de première main de la zone de conflit en Ossétie du Sud (Géorgie) et dépendaient en grande partie des informations publiées par les médias.  Il semble que la plupart des régions géorgiennes sont bloquées et, en conséquence, les informations que nous rassemblons proviennent principalement de sources médiatiques russes, a-t-il précisé.  M. Pascoe a rappelé qu’il y avait eu, au cours de ces derniers jours, une escalade inquiétante des hostilités en Géorgie qui s’étaient étendues à des zones au-delà du conflit ossète-géorgien.  Il a indiqué que l’absence d’une présence internationale, ou des Nations Unies, ne permet pas d’évaluer avec précision la situation à Tskhinvali et dans d’autres parties de l’Ossétie du Sud.  Il a fait observer que des informations contradictoires circulent sur le retrait des troupes géorgiennes en Ossétie du Sud.  Il a rappelé que les autorités géorgiennes avaient réitéré l’annonce de ce retrait de la plus grande partie de l’Ossétie du Sud.  Selon les comptes rendus faits par les médias, ce retrait est contredit par des sources militaires russes, a-t-il dit. 


En outre, M. Pascoe a noté que les médias faisaient état de la poursuite d’affrontements au sud de Tskhinvali.  Il a ajouté que les autorités géorgiennes affirmaient que des troupes russes avançaient vers Gori, une ville au centre même de la Géorgie, et que les troupes géorgiennes avaient pris des positions défensives autour de cette ville.  Il a dit que le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) avait informé la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG) qu’environ 2 000 déplacés géorgiens d’Ossétie du Sud étaient arrivés dans des centres de Tbilissi et de Gori et s’attendait à accueillir 20 000 personnes déplacées.  Cinq mille personnes auraient aussi traversé la frontière vers l’Ossétie du Nord-Alania, a-t-il poursuivi. 


S’agissant de la Géorgie même, le Secrétaire général adjoint a indiqué que, tôt ce matin, des avions russes avaient repris les attaques contre des cibles stratégiques et militaires en dehors de la zone de conflit.  Il a notamment précisé que le bombardement de l’aéroport militaire à 70 km de Tbilissi avait été confirmé par la MONUG.  Le Coordonnateur résident des Nations Unies a recommandé d’évacuer le personnel international, a-t-il dit, en faisant remarquer qu’à l’heure actuelle, aucun d’entre eux n’avait quitté la Géorgie.  M. Pascoe a affirmé que les autorités géorgiennes avaient transmis à l’ambassade russe à Tbilissi une note verbale indiquant que les forces géorgiennes ont cessé le feu en Ossétie du Sud et affirmant que toutes les forces géorgiennes ont quitté la zone de conflit, créé un couloir humanitaire et sont prêtes à engager immédiatement des pourparlers avec la Fédération de Russie.


M. EDMOND MULET, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, a rendu compte de la situation en Abkhazie (Géorgie) qui abrite la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie.  La situation, a-t-il dit, demeure extrêmement préoccupante.  Depuis deux jours, la partie abkhaze a déplacé des contingents et des armes lourdes dans la zone de conflit.  La Mission de l’ONU a confirmé que les soldats de la Communauté des États indépendants (CEI) n’ont pas essayé d’empêcher ces déploiements.  Hier matin, le Vice-Ministre de la défense abkhaze de facto a prié la MONUG de retirer ses observateurs de la vallée du Haut Kodori.  Les autorités abkhazes de facto ont annoncé leur décision de « maintenir dehors » les Forces armées géorgiennes.  Ce matin, le Président abkhaze de facto a annoncé que le plan était suivi avec satisfaction et qu’il était coordonné avec les Forces de la CEI.  Les négociations avec la Géorgie, a-t-il dit, ne seront possibles qu’après la fin des opérations en cours.  L’essentiel de la population civile de la vallée du Haut Kodori est partie, a ajouté M. Mulet, en indiquant que la MONUG a également observé le rapprochement de l’armée russe dans la zone de conflit.  La Mission a donc dû réduire ses opérations, en se limitant à des patrouilles « essentielles ».  La Mission n’a pas observé de mouvements massifs de troupes du côté géorgien.  Dans l’ensemble, à l’exception du bombardement de la vallée du Haut Kodori, il ne semble pas qu’il y ait de confrontations directes dans la zone d’opérations de la MONUG, a conclu M. Mulet.


Déclarations


M. IRAKLI ALASANIA (Géorgie) a indiqué que, depuis 12 heures, des bombardements aériens arbitraires et inhumains se poursuivaient en Géorgie.  Il a souligné que le nombre de pertes en vies humaines continue d’augmenter.  Il a affirmé que les forces terrestres russes procédaient à une invasion et occupaient maintenant des parties importantes du territoire géorgien.  La destruction de l’État de la Géorgie se poursuit, a-t-il insisté.  Il a fait état des attaques au-delà de la zone de conflit, citant notamment les trois attaques aériennes contre l’aéroport de Tbilissi attaqué trois fois.  Il a aussi souligné l’attaque du port de Poti, précisant que la marine russe avait empêché l’entrée d’un navire humanitaire dans ce port, qui se trouve pourtant hors de la zone de conflit.  En outre, le représentant a expliqué qu’un des pilotes russes, détenu par les autorités géorgiennes, avait indiqué que les pilotes avaient reçu des instructions pour survoler de manière illimitée et bombarder sans interruption le territoire géorgien.  La Fédération de Russie oblige les séparatistes abkhazes à prendre part au conflit et à ouvrir un autre front de guerre, a-t-il fait remarquer.  Tout cela veut dire que la Fédération de Russie continue son offensive d’envergure, a-t-il dit, en regrettant l’inaction délibérée des soldats de la paix de la Communauté des États indépendants.  Il a demandé aux membres du Conseil de recommander à la MONUG de trouver le moyen de reprendre son contrôle en Abkhazie pour protéger la population civile. 


Le représentant a fait observer que la Fédération de Russie invoque une violation des accords en vigueur par la Géorgie pour justifier ses opérations militaires.  M. Alasania a soutenu que l’action de la partie russe n’était fondée sur aucun accord international ou les normes du droit international.  Il a estimé que la Fédération de Russie était clairement l’agresseur dans ce conflit.  Par ailleurs, le représentant de la Géorgie a indiqué que les autorités géorgiennes s’étaient adressées aux autorités russes, au cours de la nuit, regrettant cependant que le Président de la Fédération de Russie avait malheureusement refusé de parler avec son homologue géorgien.  M. Alasania a assuré que les autorités de son pays avaient transmis une note verbale à l’ambassade russe à Tbilissi, par laquelle elles déclarent avoir cessé toute activité militaire en Ossétie du Sud.  La Géorgie demande à l’ONU, la plus haute autorité légitime au monde, d’agir pour une intervention immédiate, diplomatique et humanitaire, afin de protéger la Géorgie contre l’occupation russe, a-t-il déclaré avant de conclure. 


M. ZALMAY KHALILZAD (États-Unis) a souligné que sa délégation avait demandé la convocation de cette séance du Conseil de sécurité, compte tenu de l’intensification des opérations militaires russes en Ossétie du Sud.  Le conflit s’est étendu, a-t-il souligné.  Une offensive appuyée par les forces militaires russes a été lancée dans la région abkhaze de la Géorgie, ce qui est une remise en cause du mandat de la MONUG.  Des responsables abkhazes de facto ont en effet demandé à la Mission de se retirer de la vallée du Haut Kodori.  Le résultat de cette escalade contre un État souverain, qui ne représente aucune menace, a un coût élevé en vies humaines et en souffrances.  Dans ce contexte de violence accrue, les forces russes empêchent le retrait des forces géorgiennes de l’Ossétie du Sud.  Il s’agit là, a commenté le représentant, d’une volonté « incompréhensible » de poursuivre le conflit.  « Nous faisons face à un refus « intransigeant » de mettre fin à la violence alors que la Géorgie a offert de revenir au statu quo ante et aux Accords de 1994.  Compte tenu de cette situation, il faut se poser la question de savoir ce que peut faire le Conseil de sécurité », a-t-il dit. 


Le Conseil de sécurité doit, a suggéré le représentant, tirer les conclusions qui s’imposent pour ce qui est de la nature du conflit.  La Fédération de Russie fait valoir qu’il s’agit de protéger la population civile d’Ossétie du Sud.  Or, l’action qu’elle mène va bien au-delà de toutes mesures nécessaires.  C’est l’escalade du conflit qui est à l’origine des pertes en vies humaines, a souligné le représentant.  Comme la Fédération de Russie refuse de se retirer et d’accepter le cessez-le-feu, ses revendications humanitaires ne sont pas crédibles.  Le fait que l’Abkhazie s’enflamme indique qu’il y a d’autres motifs.  Il faut, a appelé le représentant des États-Unis, condamner l’agression russe contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Géorgie.  Il faut aussi condamner la destruction des infrastructures.  Le Conseil doit, a-t-il poursuivi, mettre tout en œuvre pour assurer le respect des dispositions de la Charte des Nations Unies et appeler à un cessez-le-feu et à un retour à la situation du 6 août.  Le représentant a exhorté la Fédération de Russie à examiner soigneusement les conséquences de son attaque contre un État souverain.  Les États-Unis, a-t-il prévenu, « se sentiront » concernés par cette agression et le refus de trouver un règlement pacifique à la crise. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé que le contenu de l’exposé du Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Lynn B. Pascoe, démontrait que le Secrétariat des Nations Unies et sa direction n’avaient pas adopté une position objective qui tiendrait compte du fond de ce conflit.  Il a rappelé que cette réunion était la troisième séance du Conseil sur la situation en Géorgie, la première ayant été convoquée par sa délégation.  La séance d’aujourd’hui a lieu à la suite d’une initiative commune des États-Unis et de la Géorgie, a-t-il noté, en soulignant les relations étroites entre ces deux pays depuis quelques années.  À cet égard, il a fait état de la présence de 120 conseillers militaires américains en Géorgie.  Le 7 août, le jour même où la Géorgie a lancé son offensive, des exercices militaires communs géorgiens et américains prenaient fin dans le pays, a-t-il assuré.  Il a soutenu que des milliers de militaires américains avaient initié les Géorgiens à leurs techniques de préparation.   


Le représentant a déclaré que son pays avait, à de nombreuses reprises, prévenu contre la situation dangereuse qui existait en Abkhazie et en Ossétie du Sud.  La Fédération de Russie a averti que la Géorgie se militarisait rapidement et que son budget militaire s’était multiplié par 30.  On comprend pourquoi aujourd’hui, a-t-il fait remarquer.  « Je ne veux pas penser que les États-Unis ont donné leur feu vert à cette opération menée par la Géorgie », a-t-il ajouté, en soulignant à nouveau la coopération étroite qui existe entre les États-Unis et son pays. 


Après avoir rappelé les premiers évènements de ce conflit, dans la nuit du 7 au 8 août, M. Churkin a assuré que son pays avait contacté le commandement géorgien qui avait, lui-même, affirmé qu’une guerre commençait en Ossétie du Sud.  « La Géorgie a lancé des attaques aériennes contre nos soldats de la paix, mais également avec des chars et de l’artillerie lourde », a-t-il dit, en précisant que 12 soldats avaient été tués au cours des premières 24 heures.  Il a déclaré que plus de 30 000 réfugiés, soit un quart de la population, s’étaient réfugiés en Fédération de Russie.  Est-ce qu’il s’agit d’une épuration ethnique lorsqu’une population de 100 000 personnes en perd 2 000?  Combien de civils doivent-ils périr avant d’utiliser le terme « génocide »? s’est-il interrogé.  M. Churkin a indiqué que les soldats de la paix russes se trouvaient en Ossétie du Sud conformément à un accord signé en 1992 par la Géorgie et l’Ossétie du Sud.  La Géorgie pensait-elle que les soldats de maintien de la paix ne resteraient pas, comme à Srebrenica? a-t-il demandé.  Il a tenu à rappeler que la Fédération de Russie ne permettra pas que la population civile en Ossétie du Sud souffre et que ses soldats de la paix soient la cible d’attaques.  « Nous avons rempli notre rôle de maintien de la paix », a-t-il insisté.


M. Churkin a rejeté les allégations selon lesquelles son pays menait des opérations militaires sans discrimination.  Il a aussi rejeté les propos, soutenus par le représentant de la Géorgie, selon lesquels les pilotes russes auraient reçu des instructions pour bombarder sans interruption.  Il a également jugé inacceptable que le représentant des États-Unis fasse une référence à une terreur contre les civils.  « Nous savons ce que vous avez fait en Iraq, en Afghanistan et en Serbie », a-t-il lancé au représentant des États-Unis.  M. Churkin a souligné qu’il ne faudrait pas tomber dans la propagande mais trouver plutôt des solutions politiques sérieuses.


S’agissant de la vallée du Haut Kodori, le représentant de la Fédération de Russie a souhaité que des représentants de l’Abkhazie soient invités au Conseil de sécurité.  Il a par ailleurs confirmé que la marine russe patrouillait en mer Noire et que le Gouvernement géorgien en avait été averti.  Il a soutenu que cette présence visait à protéger les civils russes, à assister les soldats de la paix et à fournir une assistance humanitaire.  Le représentant a déclaré que son pays agissait conformément à son droit de légitime défense tel qu’établi dans la Charte des Nations Unies. 


Assurant que son pays prenait en compte tous les efforts internationaux de règlement de ce conflit, M. Churkin a toutefois indiqué qu’aucun homme raisonnable ne s’entretiendrait actuellement avec le Président de la Géorgie.  « Nous avons plusieurs fois dit que le règlement de cette situation par une opération militaire serait un suicide pour la Géorgie », a-t-il rappelé.  M. Churkin a fait part de contacts établis à d’autres niveaux, notamment les contacts entre les ministres des affaires étrangères géorgien et russe.  Par ailleurs, il a demandé que les militaires géorgiens quittent l’Ossétie du Sud et que la Géorgie signe un accord de non-recours à la force.  Alors que la Géorgie affirme que ses troupes s’étaient retirées, M. Churkin a fait remarquer au contraire que les soldats russes continuent d’être pris pour cible.  Il faut traiter cette situation tragique de manière sérieuse, a-t-il souligné, en demandant que des décisions soient prises d’abord par Tbilissi, puis la Fédération de Russie et ensuite par la communauté internationale. 


M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a regretté de devoir constater une détérioration de la situation.  Il s’est dit alarmé par l’extension du conflit tant dans son intensité que dans son champ géographique.  Il s’est également dit très préoccupé par le nombre croissant des victimes, des réfugiés et des personnes déplacées ainsi que par les conséquences que cela peut avoir sur la paix et la stabilité régionales.  Tout doit être fait pour que ce conflit cesse, a-t-il dit, en estimant que la priorité est la cessation sans délai des hostilités.  Il a pris note de l’annonce faite par la Géorgie concernant le retrait de ses troupes et sa volonté de négocier un cessez-le-feu.  Rappelant les efforts conduits la France, l’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et les États-Unis, M. Lacroix a annoncé que le Ministre français des affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, va se rendre à Moscou et à Tbilissi.  Le Président français, a-t-il souligné, a annoncé un plan en trois points qui porte sur la cessation immédiate des hostilités, le plein respect de la souveraineté et l’intégrité de la Géorgie et le rétablissement de la situation qui prévalait avant le conflit, ce qui implique le retrait des forces russes. 


Ces éléments sont les paramètres essentiels pour parvenir à une solution de la crise, a dit le représentant.  Le moment venu, il faudra envisager une formule d’accompagnement international.  Il reviendrait alors au Conseil de participer à cette formulation mais avant cela, le Conseil doit assumer sa responsabilité importante.  Pour soutenir les efforts diplomatiques en cours et mettre en œuvre le plan que propose la France, le Conseil doit se prononcer rapidement.  La France, a-t-il promis, entend y travailler très activement dans les heures qui viennent.  Le moment est venu de faire preuve de responsabilité et d’enrayer un processus qui se dégrade rapidement avec des conséquences graves pour la paix et la sécurité internationales. 


Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a rejeté les critiques adressées au Secrétariat par le représentant de la Fédération de Russie.  De telles critiques sont en fait des attaques contre l’institution des Nations Unies, a-t-elle insisté, en estimant que la Fédération de Russie, qui est à l’origine de la situation, est particulièrement mal placée pour adresser de telles critiques.  La représentante a reconnu la difficulté de collecter des informations fiables sur la situation.  Elle a espéré que tous les efforts seront déployés pour protéger les étrangers.  Elle a poursuivi en soulignant que les forces russes ont enfreint les règles internationales du maintien de la paix.  Pourquoi, a-t-elle demandé, la Fédération de Russie ne peut-elle accepter la cessation des hostilités et le retrait de toutes les forces armées.  Quelles sont les intentions militaires et politiques en ce qui concerne l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.  Doutant des revendications humanitaires, elle a rejeté le parallèle que le représentant de la Fédération de Russie a essayé de dresser entre la situation actuelle et les opérations de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) concernant le Kosovo.  Ce que fait aujourd’hui la Fédération de Russie ne rappelle aucunement l’OTAN, a tranché la représentante, avant d’appeler toutes les parties au conflit à participer aux efforts des médiateurs de l’Union européenne et des États-Unis.  Elle a exhorté la Fédération de Russie à user de son influence pour raisonner les autorités de facto de l’Abkhazie. 


M. ALDO MANTOVANI (Italie) a, à son tour, réaffirmé sa confiance dans les informations fournies par le Secrétariat.  Il a appuyé le rétablissement de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Géorgie.  Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et de toutes les opérations terrestres, aériennes et maritimes.  Dans ce contexte, M. Mantovani a appuyé les efforts de médiation de l’Union européenne et de l’OSCE.  L’extension du conflit est inquiétante et toutes les parties doivent respecter les termes de la résolution pertinente du Conseil de sécurité, a-t-il conclu. 


M. VICE SKRAČIĆ (Croatie) a exprimé sa vive préoccupation face à une situation qui semble se détériorer.  Il s’est dit particulièrement préoccupé par l’entrée d’un nombre important de troupes russes en Ossétie du Sud et en Abkhazie.  Appuyant l’intégrité territoriale de la Géorgie, il a jugé que la violation de ses frontières était inacceptable.  Il a estimé que les opérations menées par la Fédération de Russie depuis quelques jours allaient au-delà de son rôle de maintien de la paix dans la région, tel qu’établi par les Accords de 1992.  Il a demandé à toutes les parties d’accepter immédiatement et sans condition un cessez-le-feu.  Il sera difficile de revenir à la situation du 6 août sans un accord sur le cessez-le-feu, a-t-il insisté.  Le représentant a salué le retrait des militaires géorgiens de l’Ossétie du Sud et a espéré que cela était un signe encourageant pour engager, dans un proche avenir, des pourparlers.  Il s’est toutefois dit préoccupé par les informations selon lesquelles des tirs visaient également les troupes géorgiennes qui se retirent.  Par ailleurs, il a salué la mission conjointe Union européenne-OSCE qui s’est rendue hier en Géorgie et a souhaité que ces efforts permettent de parvenir à un cessez-le-feu.  Il a aussi souligné que l’offre de bons offices de l’OSCE devrait être acceptée par toutes les parties.  Le représentant a déploré les actions des autorités abkhazes de facto, notamment à l’égard de la MONUG.  Il leur a demandé de s’abstenir de telles actions et de permettre à la MONUG de s’acquitter de son mandat.  La Croatie, a-t-il assuré, est prête à appuyer une action du Conseil de sécurité, telle que proposée par la France. 


M. LE LUONG MINH (Viet Nam) a demandé aux parties de faire preuve de la plus grande retenue, de respecter les accords signés et de retourner aux négociations.  Il a exhorté les parties à faciliter les activités humanitaires et à appuyer les efforts internationaux pour régler le conflit.


M. JORGE URBINA (Costa Rica) a souligné les conséquences catastrophiques du conflit pour la paix et la stabilité régionales.  Seule une solution pacifique et politique peut mettre fin à ce conflit, a-t-il dit.  Le représentant a regretté l’ampleur des hostilités et le fait qu’elles se soient étendues au-delà de la zone initiale du conflit.  Il a appelé la Fédération de Russie à rechercher la paix, en arguant que les accusations et les tons agressifs ne contribueront pas à régler le conflit et à rétablir la paix.  L’utilisation d’expressions comme « crimes de guerre » ou « nettoyage ethnique » doit être abandonnée, a-t-il ajouté, avant d’appeler les uns et les autres à faire preuve de prudence et à rechercher plutôt à renforcer les mécanismes de sécurité collective.  Il faut faire preuve de modération, a insisté le représentant, en appuyant le plan proposé par le Président français.  


M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a estimé que cette crise était l’une des plus graves de ces dernières années.  Il s’est dit très inquiet de la tournure que prenaient les évènements, en particulier la persistance de la violence en Ossétie du Sud et l’extension du conflit à d’autres régions de la Géorgie.  Il a souligné qu’il était indispensable que les autres États de la région fassent preuve de la plus grande retenue afin d’éviter que le conflit ne prenne une plus grande ampleur.  Le représentant a exhorté toutes les parties à s’engager sans délai pour un cessez-le-feu, à renoncer à l’usage de la force et à consentir à l’ouverture d’un couloir humanitaire.  Il a aussi demandé aux parties de prendre toutes les dispositions pour ne pas porter atteinte à la présence, au mandat et à la sécurité de la MONUG.  En outre, M. Kafando a soutenu toutes les initiatives en cours visant à mettre fin aux hostilités et à amener les parties à la table de négociations.  Il est urgent et impératif que le Conseil de sécurité fasse tout son possible pour convaincre les parties à cesser les combats et à reprendre le dialogue.


M. MARTY M. NATALEGAWA (Indonésie) a indiqué que sa délégation avait déjà fait connaître sa position lors des séances précédentes du Conseil de sécurité sur la question et a souhaité insister sur la situation humanitaire.  L’absence d’une voix collective du Conseil de sécurité ne doit pas se traduire par un silence sur les conséquences humanitaires de cette situation, a-t-il déclaré.  Il a appelé les parties à s’acquitter de leurs obligations en vertu du droit international humanitaire.  Il ne faut pas permettre à la logique de la guerre de s’imposer, a-t-il poursuivi, en préconisant de s’engager sur la voie diplomatique.  Il a estimé que le dialogue était la seule issue pour parvenir à une solution durable et acceptable.  Le représentant s’est dit encouragé par les efforts diplomatiques en cours visant à faire cesser la violence et a souligné l’importance de la communication entre les membres du Conseil, en particulier les membres permanents, afin de jeter les bases d’un consensus.  Il a souhaité que le Conseil envoie rapidement un message collectif aux parties pour qu’elles cessent immédiatement la violence.


M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a condamné la décision du Gouvernement géorgien de tenter d’asseoir son pouvoir en Ossétie du Sud.  Toutefois, il s’est aussi dit préoccupé par le recours illégitime à la force par la Fédération de Russie, avec l’intention de protéger ses forces de maintien de la paix.  Il a souligné que le recours à la légitime défense avait un caractère limité et, qu’en abusant de ce droit, la Fédération de Russie avait enfreint ses obligations en tant que membre du Conseil de sécurité.  Il a lancé un appel pour que le Conseil se prononce immédiatement pour une cessation des hostilités et un retour au statu quo du 6 août.  Enfin, tout en appuyant l’intégrité territoriale de la Géorgie, il affirmé reconnaître également le droit à l’autodétermination du peuple ossète.   


M. GIADALLA A. ETTALHI (Jamahiriya arabe libyenne) s’est dit profondément préoccupé par l’escalade de la violence et le nombre très élevé de victimes civils, de réfugiés et de personnes déplacées.  Une certaine myopie peut mener malheureusement à des catastrophes de la sorte.  Mais lorsque cela arrive, la communauté internationale et le Conseil de sécurité, en particulier, se doivent d’être à la hauteur de leurs responsabilités.  La région connaît une catastrophe humanitaire très grave, a alerté le représentant.  En dépit de la souffrance que l’on constate et de la dégradation de la situation sur le terrain, ce Conseil s’est montré incapable de s’accorder sur un libellé commun, a regretté le représentant, en soutenant tous les efforts en cours pour parvenir au consensus.  Il a réitéré son appel à un cessez-le-feu immédiat, à un retour au statu quo ante et au respect des accords et des résolutions en vigueur.


M. JAN GRAULS (Belgique), intervenant en sa qualité de Représentant permanent de son pays, a exprimé sa très grave préoccupation concernant la tournure très inquiétante de la situation sur le terrain.  Les évènements des derniers jours ont créé une situation humanitaire très grave.  Le représentant a donc souligné avec force son attachement inconditionnel à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie.  Il a appelé à un cessez-le-feu immédiat et sans condition et à un retour au statu quo ante.  M. Grauls a rappelé avec force l’importance pour toutes les parties de sortir de la logique militaire.  Seul, a-t-il insisté, un processus politique est capable de jeter les bases d’une paix durale.  Il a appuyé les initiatives diplomatiques et a exprimé sa vive préoccupation à l’égard des mesures qui ont conduit au retrait des observateurs militaires de la MONUG de la vallée de Kodori. 


Reprenant la parole, le représentant de la Géorgie a indiqué que toutes les déclarations faites par la Fédération de Russie rappelaient la propagande soviétique.  La déclaration du représentant russe est non seulement basée sur des renseignements erronés mais elle est aussi cynique, a-t-il affirmé.  Depuis quand un pays voisin peut-il lancer des attaques aériennes sans interruption contre des populations civiles sans discrimination?  Comment peut-on appeler cela une opération de maintien de la paix? a-t-il lancé.  « On a vu comment la Tchétchénie a été gommée de la surface de la terre », a-t-il rappelé.  L’intention de la Fédération de Russie est d’effacer la Géorgie de la carte du monde, a-t-il affirmé.  C’est pourquoi, le représentant de la Géorgie a lancé un appel au Conseil de sécurité pour qu’il agisse comme le demande aujourd’hui la majorité de ses membres.


Reprenant également la parole, le représentant de la Fédération de Russie a souligné que les intentions de son pays sont simples et sont solidement ancrées dans l’histoire.  « Mon pays, a-t-il précisé, est très lié aux peuples du Caucase même si ces liens n’ont pas toujours été amicaux. »  Il y a deux Ossétie.  Celle du Nord est russe et il faut en tenir compte car elle explique le sentiment de responsabilité de la Fédération de Russie à l’égard du peuple du Caucase et d’ailleurs aussi de celui de la Géorgie.  Un jour, les relations avec cette dernière reviendront à la normale, a espéré le représentant, en rappelant qu’un million de Géorgiens vivent aujourd’hui en Fédération de Russie.  « Les intentions de mon pays ne visent qu’à permettre aux habitants de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie de ne pas craindre pour leur identité ».  Lorsque la Géorgie a essayé d’empêcher l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie d’accéder à l’indépendance, elle s’est lancée dans une attaque militaire qui s’est révélée vaine, a encore rappelé le représentant, en estimant que la solution au conflit actuel est d’empêcher que les erreurs de 1991 ne se répètent.  « Non, a-t-il insisté, ce qu’il faut c’est un accord sur le non-recours à la force puis le règlement des questions politiques. »  Commentant les propos du représentant géorgien sur la Tchétchénie, il a souligné que ce n’est pas son pays qui a défini la situation d’autonomie de cette République qui est d’ailleurs revenue aujourd’hui dans le giron de la Fédération de Russie.  Il faut espérer que la même situation finira par prévaloir pour l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, a-t-il conclu. 


Reprenant à son tour la parole, le représentant des États-Unis a regretté que le représentant de la Fédération de Russie ait réaffirmé aujourd’hui le refus de son pays de traiter avec le Président légitimement élu de la Géorgie.  Bien au contraire, le représentant russe, a-t-il encore dénoncé, a préféré s’attaquer au Secrétariat de l’ONU et établir une comparaison spécieuse avec d’autres conflits.  Le représentant a dévoilé le contenu de la conversation que le Ministre russe des affaires étrangères a eue avec la Secrétaire d’État américaine.  Cette conversation, a-t-il dit, a révélé des questions sérieuses sur les vraies intentions de la Fédération de Russie.  En effet, a précisé le représentant, le Ministre russe des affaires étrangères a décrété que « le Président de la Géorgie doit partir ».  C’est une position inacceptable, a-t-il commenté.  Se tournant vers le représentant de la Fédération de Russie, il lui a demandé si les « objectifs de son pays visaient un changement de régime.  S’agit-il de renverser un gouvernement démocratiquement élu?  La Fédération de Russie, a-t-il insisté, doit affirmer devant tous que ses objectifs ne sont pas ceux-là.  Les menaces russes contre l’intégrité territoriale d’un État souverain doivent conduire le Conseil à réaffirmer les principes consacrés dans la Charte de l’ONU, a conclu le représentant.


Intervenant à nouveau, le représentant de la Fédération de Russie a estimé plus convenable de ne pas répondre à cette intervention polémique.  Il a tout de même souligné qu’il a bien répondu aux appels à la cessation des hostilités.  L’armée géorgienne doit partir de l’Ossétie du Sud et accepter de signer un accord de non-recours à la force.  Pourquoi la Géorgie ne le fait-elle pas? s’est-il demandé.  Commentant ensuite la « référence intéressante » à une conversation téléphonique « confidentielle », le représentant a rappelé que le « changement de régime » fait partie d’une terminologie typiquement américaine.  Nous n’utilisons pas ce genre de mots, a-t-il affirmé, en expliquant tout simplement que parfois, des dirigeants élus démocratiquement ou « semi-démocratiquement » peuvent aussi devenir des obstacles à une sortie de crise.  « Vous venez, a-t-il dénoncé, en s’adressant au représentant des États-Unis, de faire état publiquement d’une conversation confidentielle.  C’est peut-être finalement l’idée que vous dénoncez qui vous intéresse. »


Est-ce le but de la Fédération de Russie de changer les dirigeants de la Géorgie? a demandé le représentant des États-Unis, en reformulant sa question.


Ce que recherche la Fédération de Russie est bien de changer le Gouvernement démocratiquement élu de la Géorgie, s’est dit convaincu le représentant de la Géorgie.


« J’ai répondu de façon concrète et exhaustive à la question », a dit le représentant de la Fédération de Russie.


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