14/05/2008
Conseil de sécurité
CS/9330

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Conseil de sécurité

5892e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES PERSPECTIVES DE PAIX AU DARFOUR S’ÉLOIGNENT, PRÉVIENT LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT AUX OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX


Depuis la dernière visite du Conseil de sécurité au Soudan il y a un an, la situation au Darfour est devenue extrêmement complexe tandis que les perspectives de paix s’éloignent, a estimé, ce matin, M. Jean-Marie Guéhenno, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.  Présentant le dernier rapport* du Secrétaire général au Conseil de sécurité sur la mise en œuvre de la résolution 1769 pour la période couvrant le mois d’avril, celui-ci a précisé que les parties ne faisaient pas preuve de volonté politique pour qu’ils abandonnent l’option militaire, s’engagent dans des négociations et coopèrent pleinement avec la MINUAD et la communauté humanitaire.  Cette situation exige que nous redoublions d’efforts pour amener les parties à la table des négociations et déployer une opération de maintien de la paix en mesure d’apporter une contribution positive, a-t-il dit.


Faisant une mise à jour de la situation depuis les affrontements qui ont opposé, le 9 mai dernier à Omdurman, les rebelles et les forces gouvernementales, M. Guéhenno a indiqué que le Gouvernement soudanais avait informé la communauté diplomatique qu’entre 200 à 300 véhicules du Mouvement pour la justice et l’égalité se déplaçaient du nord du Darfour en direction de la ville d’El Obeid dans le nord de Kordofan.  Le Gouvernement avait aussi accusé des éléments gouvernementaux du Tchad de soutenir et d’armer le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE).  Le nombre de morts est encore peu clair mais le Gouvernement soudanais a indiqué avoir détruit quelque 20 à 30 véhicules du Mouvement pour la justice et l’égalité, tandis que 200 membres du Mouvement ont été arrêtés.  Le couvre-feu imposé le 10 mai par le Gouvernement a été levé le 12 mai à Khartoum mais demeure en vigueur à Omdurman.  Le Président soudanais, M. Omar al-Bashir, a annoncé sur la chaîne de télévision d’État, samedi soir, la rupture des relations diplomatiques avec le Tchad.  Selon les médias, l’ambassade tchadienne à Khartoum a été mise à sac dimanche matin.  Le 11 mai, le Gouvernement tchadien a publié une déclaration exprimant sa surprise quant à la détérioration des relations diplomatiques et nié ensuite toute responsabilité dans cet incident. 


Pour le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, le fait que les déplacements d’un nombre important de combattants du Mouvement pour la justice et l’égalité à partir du Darfour jusqu’à Khartoum n’aient pas été détectés par l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) est extrêmement préoccupant, ce qui dénote l’absence d’équipements adéquats, notamment en matière de reconnaissance aérienne.  Tout aussi inquiétants sont des rapports faisant état du regroupement de troupes du SLA-Unity à proximité de Khor Abeche dans le but d’attaquer El Fasher.  Nous explorons actuellement toute option en vue de transférer la MINUAD si la situation empirait.  M. Guéhenno a qualifié cette situation de très préoccupante et qui risque de donner lieu à une escalade du conflit entre le Tchad et le Soudan, mettant ainsi en péril la mise en œuvre de l’Accord de Dakar.  Une riposte est aussi à craindre de la part du Gouvernement soudanais qui mettrait en péril les efforts déployés par les Envoyés spéciaux, MM. Salim Ahmed Salim et Jan Eliasson, pour rapprocher les parties.  Le Secrétaire général adjoint a précisé que les attaques menées par le Mouvement pour la justice et l’égalité se sont produites dans un contexte marqué par une escalade de la violence.


M. Guéhenno a expliqué que les violences avaient eu un impact direct sur la situation humanitaire.  Ainsi, 38 camions du Programme alimentaire mondial (PAM) ont été attaqués, ce qui a conduit à diviser par deux les rations alimentaires.  Plus de 150 000 personnes ont fui leurs foyers en raison des violences qui s’étaient produites dans les trois États.  Devant la diminution des rations alimentaires, l’approche de la saison des pluies et un accès aux populations de plus en plus limité, a ajouté Guéhenno, il est plus important que jamais que les parties fassent preuve d’un plein respect du droit international humanitaire et garantissent un libre accès aux populations qui ont besoin d’une aide alimentaire. 


S’agissant du déploiement de la MINUAD, M. Guéhenno a expliqué que cette tâche sera et restera très complexe.  La Mission accroît tous les mois ses capacités mais à un rythme trop lent, a encore regretté le Secrétaire général adjoint.  La finalisation des accords entre les pays contributeurs de troupes et de police a été un processus de longue haleine.  La Mission connaît également des difficultés de type opérationnel en raison des distances importantes à parcourir et de l’insécurité.  Ces facteurs dictent la nécessité de procéder à une évaluation complète et à une amélioration de nos plans de déploiement de la MINUAD pour que celle-ci ait un maximum d’effet sur le terrain le plus rapidement possible.  À cette fin, la Sous-Secrétaire générale, Mme Jane Holl Lute, et une équipe technique se sont rendues à El Fasher du 11 au 17 avril pour mettre au point un plan visant à maximiser le déploiement de personnel de police et militaire d’ici à la fin 2008.  Si ce plan était pleinement déployé, la MINUAD pourrait atteindre 80% de ses capacités d’ici à la fin de l’année, soit le déploiement de 15 300 troupes sur les 19 555 prévues, de 3 018 policiers sur les 3 772 prévus et de 12 unités de police sur les 19 prévues. 


Le Secrétaire général adjoint a détaillé les mesures à prendre pour atteindre ces objectifs, dont le succès dépend du renforcement des capacités en ingénierie de la Mission, de l’amélioration du mouvement des biens à partir du Port-Soudan jusqu’au Darfour, la fourniture par le Gouvernement du Soudan d’emplacements permettant d’installer de nouveaux camps militaires qui auront accès à l’eau.  M. Guéhenno a aussi précisé que la mise en œuvre de ce plan amélioré dépendait également des pays contributeurs de troupes, en particulier ceux qui n’ont pas encore pris de mesures en vue du déploiement de leurs troupes.  Nous dépendons également des pays donateurs, et un certain nombre d’entre eux, « le Groupe des amis de la MINUAD », ont fait de bons progrès en matière de formation et d’équipement des pays contributeurs de troupes.  Nous aurons également besoin de la coopération de la part du Gouvernement.


M. Guéhenno a enfin insisté sur les capacités de la Mission, rappelant que neuf mois après l’adoption de la résolution 1769 de 2007, il existait des lacunes dans des domaines critiques.  Nous avons besoin de trois unités héliportées, d’une unité de reconnaissance aérienne, d’une unité de transport de moyenne capacité, d’une unité de transport à forte capacité et d’une unité logistique chargée de fonctions multiples.


Le Secrétaire général adjoint a conclu en évoquant le processus politique mené par les deux Envoyés spéciaux ainsi que le recensement de la population mené entre le 22 avril et le 6 mai qui, a–t-il précisé, n’a pas pu être mené à bien en raison des conditions de sécurité.  Les Envoyés ont par ailleurs continué d’axer leurs consultations avec les parties sur le lancement d’un dialogue et les questions liées à la sécurité.  Leur objectif est d’initier de telles consultations à la fin du mois de mai.  Les Nations Unies et l’Union africaine déploient conjointement des efforts en vue de recruter le plus tôt possible un médiateur en chef qui sera basé à plein temps au Soudan.


*     S/2008/304


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