16/04/08
Conseil de sécurité
CS/9301

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Conseil de sécurité                                              

5868e séance – matin et après-midi                               


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ SE DÉCLARE RÉSOLU À RESSERRER LES RELATIONS ENTRE L’ONU ET L’UNION AFRICAINE


Le Président de la Commission de l’Union africaine, M. Alpha Omar Konaré, appelle la communauté internationale à agir d’urgence face à la crise alimentaire mondiale


Le Conseil de sécurité, au terme d’un débat sur la paix et la sécurité en Afrique, réunissant une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement, de ministres et d’ambassadeurs, s’est déclaré, cet après-midi, « résolu à prendre des mesures efficaces » en vue de resserrer davantage encore les relations entre les Nations Unies et les organisations régionales, en particulier l’Union africaine. 


Cette réunion, en présence du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a été marquée par l’intervention du Président de la Commission de l’Union africaine, M. Alpha Omar Konaré, qui, appuyé par plusieurs pays africains, a appelé la communauté internationale à agir de toute urgence pour faire face à la crise alimentaire mondiale actuelle, laquelle constitue, selon lui, un « problème de sécurité humaine ».  « Si la saison des pluies n’est pas bonne, nous risquons d’aller vers la plus grave des catastrophes », a-t-il dit.  « La faim tue et nous ne pouvons pas attendre le Sommet du G-8 du mois de juillet », a averti l’ancien Président du Mali, qui achève son mandat à la tête de la Commission.


La crise politique au Zimbabwe a également fait l’objet de plusieurs commentaires, en particulier de la part du Premier Ministre du Royaume-Uni, M. Gordon Brown, pour qui les électeurs de ce pays ont envoyé un « message ferme en faveur de la démocratie ».  « Une élection volée ne saurait être une élection démocratique », a-t-il prévenu, tandis que le représentant des États-Unis a demandé à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) de déployer tous les efforts pour exhorter le Gouvernement du Zimbabwe et les autorités électorales à régler la crise.  Profondément préoccupé par l’incertitude créée par la non-publication des résultats électoraux, le Secrétaire général a estimé qu’un deuxième tour était nécessaire et devait être mené « de manière transparente et juste avec des observateurs internationaux ». 


En adoptant à l’unanimité la résolution 1809 (2008), le Conseil de sécurité s’est également dit « résolu » à renforcer ses relations avec les organes compétents des organisations régionales, en particulier le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.  Il « encourage » en outre la « participation continue des organisations régionales et sous-régionales au règlement pacifique des différends, notamment grâce à la prévention des conflits, à l’instauration de la confiance et aux efforts de médiation ».


Le Conseil de sécurité reconnaît aussi la nécessité de « rendre plus prévisible, souple et durable le financement des organisations régionales qui entreprennent des missions de maintien de la paix mandatées par l’ONU ».  Il se félicite ainsi de la proposition du Secrétaire général visant à créer, dans les trois prochains mois, un groupe d’experts Union africaine-ONU de haut niveau, chargé d’« examiner en profondeur les moyens d’appuyer et notamment de financer les opérations de maintien de la paix réalisées par des organisations régionales », notamment en ce qui concerne le financement, le matériel et la logistique de départ.


Le Secrétaire général, dont deux rapports, l’un sur les relations entre l’ONU et les organisations régionales, en particulier l’Union africaine*, l’autre sur l’application de la résolution 1625 (2005) sur la prévention des conflits**, servaient de base à la discussion, a affirmé que la prévention et le règlement pacifique des conflits devaient demeurer une priorité dans l’ordre du jour commun de l’Union africaine et des Nations Unies.  M. Ban a assuré que des mesures concrètes étaient prises pour développer une architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine, passant par diverses activités dont celles de bons offices, de la négociation, de l’alerte précoce et des capacités de prévention des conflits.


Introduisant le débat qu’il présidait, le chef de l’État sud-africain, M. Thabo Mbeki, a rappelé que l’Union africaine avait montré son engagement à résoudre les conflits africains.  Néanmoins, des ressources financières insuffisantes et non prévisibles constituent à ses yeux « la contrainte la plus importante qui limite la capacité de l’Afrique à donner effet à ces engagements et à contribuer à résoudre ses propres conflits ».  « La question du financement des opérations régionales de maintien de la paix est essentielle pour déterminer la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine », a-t-il observé.


« La demande africaine de ressources est énorme », a estimé pour sa part, le Président de la République-Unie de Tanzanie, M. Jakaya Kikwete, qui assure actuellement la présidence de l’Union africaine, lançant ainsi un appel à la communauté internationale pour qu’elle fasse davantage dans ce domaine.  Il a également appelé les Nations Unies à établir des mécanismes en vue de renforcer les capacités de l’Union africaine à résoudre les conflits aussi promptement que possible.


Parmi les sept chefs d’État et de gouvernement qui se sont exprimés lors de ce débat, le Président de la République démocratique du Congo (RDC), M. Joseph Kabila Kabange, a plaidé en faveur de la création d’un fonds spécial pour le maintien de la paix en vue de permettre un « financement durable des opérations de maintien de la paix des organisations régionales, notamment l’Union africaine ».  Son homologue de la Côte d’Ivoire, M. Laurent Gbagbo, a estimé, quant à lui, que l’ONU devrait « décentraliser les pouvoirs ».  Il faut confier à l’Union africaine et à ses partenaires, comme la SADC, le règlement des conflits qui naissent aujourd’hui et sont d’un type nouveau. 


Enfin, le Président de la Somalie, M. Abdullahi Yusuf Ahmed, a demandé au Conseil de sécurité de décider l’envoi d’urgence dans son pays d’une force internationale afin de l’aider à réaliser la réconciliation, la stabilisation, le désarmement et la paix durable. 


* Rapport publié sous la cote S/2008/186

** Rapport publié sous la cote S/2008/18


PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE


Lettre datée du 8 avril 2008, adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent de l’Afrique du Sud auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2008/229)


Rapport du Secrétaire général sur les relations entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales, en particulier l’Union africaine, aux fins du maintien de la paix et de la sécurité internationales (S/2008/186)


Rapport du Secrétaire général sur l’application de la résolution 1625 (2005) sur la prévention des conflits, en Afrique en particulier (S/2008/18)


Déclarations


M. THABO MBEKI, Président de l’Afrique du Sud, a affirmé que ce débat visait à discuter une fois de plus de la nécessité d’examiner les meilleures voies possibles pour renforcer les relations entre les Nations Unies et les organisations régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Il a espéré qu’à la fin de ce débat, le Conseil de sécurité sera en mesure d’adopter des mesures concrètes pour renforcer les relations entre l’ONU et les organisations régionales, en particulier l’Union africaine.  L’Union africaine a montré son engagement pour résoudre les conflits africains, a-t-il dit, citant le fonctionnement effectif du Conseil de paix et de sécurité et le système d’alerte précoce, la reconstruction et le développement postconflit, le Groupe des sages et l’idée de constituer une force africaine d’intervention.  La disponibilité de ressources suffisantes et prévisibles demeure la contrainte la plus importante qui limite la capacité de l’Afrique à donner effet à ces engagements et à contribuer à résoudre ses propres conflits, a-t-il assuré.  De l’avis du Président sud-africain, la question du financement des opérations régionales de maintien de la paix est essentielle pour déterminer la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Il s’est ainsi félicité de la proposition du Secrétaire général d’établir un groupe de personnalités éminentes pour étudier en profondeur les moyens de financer et de soutenir les opérations de maintien de la paix entreprises par les organisations régionales.  Le débat d’aujourd’hui devrait donner une indication claire sur le type de mécanismes et de processus à mettre en place en vue de réaliser cet objectif, a-t-il déclaré.  Une même attention doit être accordée à ses yeux à l’établissement d’un partenariat efficace entre les Nations Unies, en particulier le Conseil de sécurité, et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.  Le Président sud-africain a en outre mis l’accent sur la nécessité d’étudier l’expérience à la fois des Nations Unies et des pays hôtes des missions de maintien de la paix de l’ONU.  Cela est véritablement nécessaire si nous devons améliorer l’efficacité de ces missions, a-t-il assuré.


M. B. LYNN PASCOE, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a présenté les deux rapports du Secrétaire général.  S’agissant du rapport sur la mise en œuvre de la résolution 1625 (2005), il a indiqué qu’il insistait sur la nécessité de mettre au point une stratégie large pour renforcer les capacités nationales et régionales pour la diplomatie préventive, qualifié comme moyen le plus efficace de promouvoir la paix et la sécurité internationales.  Afin d’améliorer les capacités de l’ONU dans ce domaine, il a expliqué que le Secrétaire général proposait de renforcer le Département des affaires politiques et que cela nécessitait des ressources supplémentaires que seuls les États Membres pouvaient fournir. 


Ce rapport, a-t-il indiqué, présente des suggestions sur la mise en œuvre de la résolution 1625 et invite notamment le Conseil de sécurité à dépêcher des missions d’évaluation sur le terrain et à utiliser plus fréquemment la formule Arria.  Dans ce rapport, le Secrétaire général recommande également de prendre en compte les rapports des groupes d’experts pour diffuser les enseignements tirés et développer une relation plus forte et plus structurée avec le Conseil de sécurité et de paix de l’Union africaine, a-t-il ajouté. 


S’agissant du rapport du Secrétaire général sur la relation entre les Nations Unies et les organisations régionales, en particulier l’Union africaine, M. Pascoe a noté que celui-ci décrivait les nombreuses facettes de la coopération de l’ONU en ce qui concerne les activités relatives à la paix et à la sécurité.  Il a fait valoir que le document suggérait une division plus claire du travail, qui reconnaît les avantages comparatifs de chaque organisation lorsqu’on traite d’un conflit en particulier.  M. Pascoe a aussi affirmé que le Secrétaire général y proposait de mieux appuyer les accords de coopération avec les organisations régionales et suggérait l’établissement d’un groupe de personnalités éminentes ONU-Union africaine pour élaborer des recommandations concrètes pour financer les opérations de maintien de la paix entreprises par les organisations régionales.


M. JAKAYA KIKWETE, Président de la République-Unie de Tanzanie et Président en exercice de l’Union africaine, a affirmé que cette réunion était essentielle pour renforcer le partenariat entre l’Union africaine et les Nations Unies.  Les initiatives régionales sont des éléments constitutifs importants pour la sécurité mondiale, a-t-il assuré.  L’expérience dans différentes situations de conflit a prouvé que nous étions en mesure d’obtenir des succès remarquables, a-t-il déclaré, notant qu’il restait néanmoins beaucoup à faire.  L’Afrique a mûri, a-t-il souligné, mettant l’accent sur la capacité de l’Union africaine à rendre des mesures sur les conflits qui surviennent sur le continent.  Le Président tanzanien a toutefois insisté sur le manque de ressources humaines et financières pour que l’Union africaine puisse s’acquitter de ses fonctions essentielles.  L’ONU pourrait apporter son concours pour surmonter ces contraintes en Afrique, a-t-il dit.  La demande africaine de ressources est énorme, a-t-il assuré, lançant un appel à la communauté internationale pour qu’elle fasse davantage dans ce domaine.  Le Président Kikwete a également souhaité que les processus de décisions soient plus rapides au sein de l’ONU.  Il a en outre lancé un appel à l’ONU pour établir des mécanismes visant à aider l’Union africaine.  La prévention et le règlement des conflits exigent des décisions rapides de la part de l’Union africaine, mettant une fois de plus l’accent sur le manque de ressources et de financement, a-t-il souligné.  Le Président a, en particulier, salué la proposition du Secrétaire général de mettre en place dans les trois mois un groupe de travail ONU-Union africaine pour examiner les modalités d’appui aux organisations régionales. 


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a rendu hommage à l’Afrique du Sud pour avoir convoqué cette réunion sur la paix et la sécurité en Afrique.  Il a déclaré que depuis son entrée en fonctions en janvier 2007, il avait consacré plus de temps aux problèmes de l’Afrique qu’à ceux d’autres continents.  La prévention et le règlement pacifique des conflits doit demeurer une priorité sur l’ordre du jour commun de l’Union africain et des Nations Unies.  Dans ce contexte, il s’est félicité de l’annonce de la formation d’un nouveau Gouvernement au Kenya et a exhorté toutes les parties à demeurer engagées à résoudre les causes à long terme des récents troubles.  Il s’est dit profondément préoccupé par l’incertitude créée par la non-publication des résultats électoraux au Zimbabwe.  Sans une solution transparente à cette impasse, la situation pourrait se détériorer davantage avec des conséquences graves pour la population du Zimbabwe, a-t-il dit.  Affirmant que la communauté internationale continuait à observer cette situation, le Secrétaire général a exhorté les dirigeants de la Communauté pour le Développement de l’Afrique australe (SADC) à poursuivre leurs efforts.  Il a estimé que si un deuxième tour était nécessaire, celui-ci devrait être mené de manière transparente et juste avec des observateurs internationaux. 


M. Ban a en outre souligné qu’il faudrait accélérer les progrès pour la paix et la stabilité au Darfour et en Somalie.  À cet égard, il a déclaré que le partenariat entre l’Union africaine et les Nations Unies demeurait crucial.  Il a rappelé que la Déclaration sur le renforcement de la coopération ONU-Union africaine, signée en 2006 par le Président Konaré et l’ancien Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, était un outil permettant aux Nations Unies d’assister le renforcement des capacités de l’Union africaine.  Nous avons déjà fait des progrès considérables pour faire de cette vision une réalité, a-t-il ajouté.  Le Secrétaire général a assuré que des mesures concrètes étaient prises pour développer une architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui passe par diverses activités dont celles de bons offices, de la négociation, de l’alerte précoce et des capacités de prévention des conflits.  Il a aussi indiqué qu’une équipe aidait à rendre opérationnelle la Force africaine en attente.  Le Secrétaire général a également indiqué que la création d’un Groupe de personnalités éminentes et le lancement d’une équipe d’experts de médiation avaient mieux équipé les deux organisations en matière de diplomatie préventive.


Le Secrétaire général s’est enfin félicité de la coopération croissante entre le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Conseil de sécurité.  Il a salué la réunion commune de ces deux Conseils, qui se tiendra demain, la deuxième du genre et la première à avoir lieu au Siège des Nations Unies.  Il a en outre rendu hommage au Président sortant de la Commission de l’Union africaine, M. Alpha Oumar Konaré, et s’est dit impatient de travailler en étroite collaboration avec son successeur, M. Jean Ping.  Il a déclaré qu’il n’épargnerait aucun effort pour rendre le partenariat entre ces deux institutions complémentaire, efficace et inclusif.  Enfin, il a fait part de sa détermination à renforcer la coopération avec toutes les organisations régionales afin de créer des mécanismes efficaces de prévention et de règlement des conflits ainsi qu’un système mondial de maintien mondial de la paix fiable.


M. GORDON BROWN, Premier Ministre du Royaume-Uni, a mis l’accent sur la nécessité d’aboutir à un nouveau consensus sur l’appui aux organisations régionales nécessaire en vue d’empêcher les conflits, les résoudre et éviter qu’ils ne se reproduisent.  L’Union africaine a besoin d’un appui plus important, a-t-il assuré.  Le Darfour montre qu’il est urgent de répondre à ces besoins, a-t-il dit, rappelant également l’échec de la communauté internationale au Rwanda en 1994.  Nous devons viser des sources de financement plus prévisibles et plus fiables, a-t-il affirmé.  Le Premier Ministre s’est félicité notamment de la proposition du Secrétaire général de créer un groupe de haut niveau pour examiner l’établissement d’un fonds d’affectation spécial supervisé par les Nations Unies.  M. Brown a également évoqué la crise politique au Zimbabwe, notant que le peuple du Zimbabwe avait envoyé un message ferme en faveur de la démocratie.  Une élection volée ne serait pas une élection démocratique, a-t-il estimé, ajoutant que la crédibilité du système démocratique dépendait d’un gouvernement légitime.  Un message clair doit être envoyé, a-t-il dit, précisant que son pays était prêt à appuyer le Zimbabwe pour que ce pays puisse reconstruire un avenir. 


M. ROMANO PRODI, Premier Ministre de l’Italie, a affirmé qu’un long chemin avait déjà été parcouru sur la route de la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales, citant à cet égard des exemples qu’il a qualifiés de positifs dans le monde entier, comme en Europe, dans les Balkans, au Liban, en Afrique ou en Afghanistan.  Nous sommes tous d’accord sur un principe de base: plus la coopération entre les niveaux régionaux et internationaux est étroite, plus les actions de la communauté internationale dans les situations de crise sont efficaces, a-t-il déclaré.  S’agissant de l’Union africaine, qui est selon lui la réalité la plus intéressante sur le continent africain, M. Prodi a mis l’accent sur la nécessité de poursuivre les efforts pour renforcer les relations avec elle.  L’Union africaine, avec l’assistance de tous, devrait continuer sur la voie de la création de structures permanentes permettant de résoudre des crises dans les domaines politiques, militaires et civils, a-t-il déclaré.  De l’avis du Premier Ministre de l’Italie, un continent qui aspire légitimement à jouer un rôle global devrait aspirer également à se doter lui-même de tous les instruments nécessaires pour mettre de l’ordre dans sa maison, a-t-il dit.  M. Prodi s’est félicité du fait que l’Afrique ne cherche pas seulement une assistance mais joue aussi un rôle en première ligne dans les efforts internationaux en vue de ramener la paix sur le continent.  Ensemble avec l’Union africaine, une solution politique a été identifiée au Kenya, tandis que nous œuvrons à trouver une solution rapide à la crise profonde que traverse le Zimbabwe, a-t-il souligné.  En bâtissant un cadre institutionnel africain plus solide, les structures visant à coordonner toutes les organisations régionales doivent aussi être renforcées, a-t-il ajouté.


M. LAURENT GBAGBO, Président de la Côte d’Ivoire, a d’abord rendu hommage au Président sud-africain et à son attachement à la paix.  Avant de se rendre au Siège des Nations Unies, à New York, a-t-il dit, la Côte d’Ivoire a fixé le premier tour de ses élections au 30 novembre 2008.  Le Président Gbagbo a affirmé que cela constituait une « victoire pour nous tous » et a demandé à la communauté internationale d’appuyer le pays afin d’en finir avec cette période qui n’honore pas la Côte d’Ivoire.  Il a rappelé que l’ONU avait été créée pour régler les problèmes de conflits entre États.  Toutefois, il a estimé qu’en Afrique, on assistait à des conflits à l’intérieur des États et qui « visent à la destruction de l’État ».  Il a à cet égard cité les cas du Congo, de la Sierra Leone et de la Somalie.  Le Président Gbagbo a fait part de son admiration pour les efforts entrepris par les Africains pour régler les conflits régionaux.  Dans ce cadre, il a souhaité saluer tous les Présidents de l’Union africaine, et particulièrement M. Konaré Président de la Commission de l’Union, et son successeur actuel, M. Ping.


Le Président de la Côte d’Ivoire a demandé l’appui de l’ONU, affirmant que l’Organisation devait décentraliser les pouvoirs, affirmant qu’il s’agissait d’une « question de responsabilité et de structure ».  Il faut confier à l’Union africaine et à ses partenaires, comme la SADC, le règlement des conflits qui naissent aujourd’hui et sont d’un type nouveau, a-t-il proposé.  Il a déclaré que la réforme de l’ONU passait aussi par cette nouvelle réorganisation du travail au niveau mondial.  Avec l’appui de l’ONU, il faut faire en sorte que les organisations régionales jouent un rôle plus grand, a-t-il insisté.  Le Président Gbagbo a cité le cas de son pays, rappelant qu’à chaque fois que des progrès significatifs avaient été faits, des Africains étaient en première ligne.  Ainsi, il a souligné la médiation sud-africaine de 2005 et les progrès réalisés aujourd’hui par le biais d’une facilitation du Burkina Faso.  Les Africains ont beaucoup à donner à l’Afrique en ce qui concerne la paix et ils doivent être épaulés par l’ONU, a-t-il conclu.


M. WANG YI, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Chine, a estimé que cette discussion relative à la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales, particulièrement l’Union africaine, était d’une grande importance pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Rappelant qu’en vertu de la Charte des Nations Unies, la responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales incombait en premier lieu au Conseil de sécurité, il a affirmé que les défis mondiaux actuels exigeaient aussi une réponse forte et collective aux niveaux national, régional et international.  Il a constaté qu’à l’heure actuelle, 60% des points à l’ordre du jour du Conseil de sécurité concernaient l’Afrique, continent où sont déployées les deux tiers des opérations de maintien de la paix de l’ONU.  Sans stabilité et développement en Afrique, la paix et la prospérité mondiales ne pourront être réalisées, a-t-il déclaré. 


Le Vice-Ministre a affirmé que l’Union africaine avait obtenu une reconnaissante croissante pour le rôle important qu’elle joue dans le maintien de la paix et de la stabilité en Afrique.  Il s’est félicité de la coopération de l’Union africaine avec l’ONU ces dernières années, marquées par des progrès dans des pays comme le Burundi, le Libéria, la Somalie et le Soudan.  Pour que le XXIe siècle connaisse la fin des turbulences et de la pauvreté en Afrique, la communauté internationale et l’Afrique doivent œuvrer en étroite coopération et, ce, par le biais d’un partenariat entre l’ONU et l’Union africaine.  Il a déclaré que la coordination devrait être renforcée, notamment, sur la base de l’égalité, du respect mutuel et de la complémentarité.  Il a précisé que tout en gardant son autorité, le Conseil de sécurité devrait donner la priorité aux efforts visant à appuyer le rôle clef de l’Union africaine dans la résolution des conflits régionaux.  Il a aussi fait valoir que la coopération entre les deux institutions devrait inclure les trois piliers de la sécurité, du développement et des droits de l’homme.  M. Wang a souhaité que, dans le cadre de cette coopération, une haute priorité soit donnée au renforcement des capacités, citant entre autres la formation du personnel, le renforcement des institutions, le partage des expériences et l’assistance logistique.  La Chine, a-t-il assuré avant de conclure, appuie pleinement le projet de résolution dont est saisi aujourd’hui le Conseil de sécurité.


M. HASSAN WIRAJUDA, Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie, a rappelé que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et dans la prévention des conflits était une activité ancienne et reconnue dans la Charte des Nations Unies.  Nous n’avons plus le luxe de travailler de façon isolée et indifférente, a-t-il déclaré.  De l’avis de sa délégation, la coopération régionale peut faire beaucoup pour régler les conflits et établir la paix et la sécurité, condition nécessaire au développement économique.  Il a ainsi souligné que l’Association des nations du Sud-Est de l’Asie (ANASE) avait beaucoup contribué à régler les conflits et à prendre à charge ce fardeau qui aurait autrement incombé aux Nations Unies.  La collaboration entre l’Union africaine et les Nations Unies a le potentiel de transformer les situations de conflit et d’apporter la paix, la stabilité et la prospérité sur le continent.  Les organisations régionales doivent, a estimé le Ministre indonésien des affaires étrangères, être renforcées et coopérer davantage les unes avec les autres, les Nations Unies pouvant à cet égard apporter leur appui politique et technique.  Le Ministre s’est dit favorable à l’extension des relations entre l’ONU et les organisations régionales dans le cadre d’un réseau d’organisations régionales qui seraient reliées entre elles en son centre par l’ONU.


M. JOSEPH KABILA KABANGE, Président de la République démocratique du Congo (RDC), a indiqué que sa présence était le signe d’une reconnaissance à l’ONU pour l’appui apporté à son pays et à la sous-région en matière de résolution des conflits.  Il a invité le Conseil de sécurité non seulement à appuyer les efforts régionaux, mais aussi à les intégrer dans sa vision globale comme des composantes régionales de sa mission universelle.  Même si la pacification du pays était loin d’être complète, a-t-il dit au sujet de la RDC, nous mesurons déjà les gains incommensurables que rendent possibles la bonne gouvernance et ses conséquences, la cohésion sociale et la stabilité macroéconomique.  Leur avènement progressif s’accompagne du retour à la croissance économique, du regain de la confiance des Congolais en leur pays et en eux-mêmes et de l’afflux des investisseurs, créateurs de richesses et d’emplois.  Il a assuré de la détermination sans limite de son pays à consolider la démocratie, à conforter l’État de droit, à parachever le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), à finaliser la formation d’une armée et d’une police professionnelles, nationales et républicaines, et à rendre opérationnel un système de justice qui garantisse la paix sociale et pour créer au niveau de la région des Grands Lacs et plus largement en Afrique centrale un environnement politique dépourvu de tout facteur objectivement nuisible à la cohabitation pacifique des pays et des peuples.


Parmi ses propositions, le Président de la République démocratique du Congo a souligné la nécessité d’inclure la lutte contre l’exploitation des ressources naturelles en Afrique parmi les domaines privilégiés de coopération entre l’ONU et l’Union africaine et d’appuyer la décision du Conseil de Paix et de sécurité du 14 décembre 2006 relative au mécanisme de coordination et de consultation entre le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Conseil de sécurité.  Il a souhaité que le soutien de l’ONU s’étende notamment aux missions de maintien de la paix de l’Union africaine dans ses différents États membres, en particulier dans le domaine de la communication et de la logistique, et à la mise sur pied de la Force en attente et de la Commission militaire africaine ainsi qu’à une plus grande opérationnalité des brigades déjà constituées au niveau des organisations sous-régionales telles que la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) et la SADC.  Il importe aussi, a-t-il ajouté, d’aider les organisations régionales à vulgariser les instruments relatifs aux droits de l’homme et à renforcer les capacités institutionnelles par l’éducation et la formation.  Il a estimé que le Bureau de consolidation de la paix devrait être renforcé et que le Fonds de consolidation de la paix devait accroître ses activités.  Il a suggéré la création d’un fonds spécial pour le maintien de la paix pour permettre un financement durable des opérations de maintien de la paix des organisations régionales, notamment l’Union africaine.  En outre, il a souligné qu’il était indispensable de recourir aux poursuites judiciaires pour punir les auteurs de crimes graves, sans négliger l’aspect des réparations aux victimes si l’on voulait créer les conditions d’une véritable réconciliation, et rétablir l’intangibilité de la dignité humaine.


M.DJIBRILL YIPÈNÈ BASSOLÉ , Ministre des affaires étrangères et de la coopération régionale du Burkina Faso, a rappelé que les dirigeants africains avaient mis en place des mécanismes régionaux et sous-régionaux de prévention, de gestion et de règlement des conflits qui, au fil du temps, ont prouvé leur utilité et efficacité.  C’est donc dire que la volonté et le leadership politiques sont une réalité et que le cadre institutionnel et les instruments juridiques existent.  Commentant les recommandations du Secrétaire général publiées dans son rapport du 14 janvier et du 1er avril 2008, il a dit que s’il est vrai qu’il faut créer des mécanismes de coordination, il convient cependant de reconnaître que ceux-ci n’ont de raison d’être que de trouver des solutions efficaces aux problèmes qui leur sont soumis.  Il faut dans cet esprit trouver des mécanismes innovants et efficaces de renforcement de la collaboration entre l’ONU et l’Union africaine notamment en vue de mobiliser des fonds.  Nous soutenons à cet égard la proposition du Secrétaire général de créer un groupe d’experts Union africaine/ONU chargé d’examiner la question.  Nos attentes, a ajouté le Ministre, portent aussi sur l’aide au renforcement des capacités de réaction rapide et il appartient, par conséquent, d’apporter un appui aux troupes africaines en attente, aussi bien dans le domaine de la formation que des équipements.  Le premier pas le plus important réside aussi dans la justesse du diagnostic et le renforcement des capacités de détection et d’analyse des signes avant-coureurs des conflits est donc primordial.


Le Ministre par ailleurs a rendu hommage au travail réalisé au plan régional par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDAO) qui s’est dotée d’un mécanisme de prévention et de règlement des différends, à savoir le Conseil de médiation et de sécurité.  Nous sommes toutefois préoccupés, a-t-il ajouté, par la situation au Nord-Mali et au Nord-Niger et par les menaces que font peser le trafic des stupéfiants et la circulation illicite d’armes légères.  Il a cité comme exemple de coopération réussie entre la CEDAO, l’Union africaine et l’ONU, la signature de l’Accord politique d’Ouagadougou qui a ouvert une véritable sortie à la crise en Côte d’Ivoire.  Mais avant tout, a-t-il encore ajouté, c’est l’adhésion des principaux acteurs au processus qui en a été le moteur.  Citant le Représentant spécial du Secrétaire général en Côte d’Ivoire, le Ministre a évoqué l’originalité de ce processus qui a bénéficié « d’une appropriation nationale, d’un leadership sous-régional et d’un accompagnement international ».


M. PHAM BINH MINH, Envoyé spécial du Président du Viet Nam, a déclaré que les changements mondiaux rapides et complexes soulignaient la nécessité d’une relation plus forte entre l’ONU et les organisations régionales.  C’est pourquoi, il a souligné l’importance d’accorder un rôle croissant à ces organisations en matière de sécurité et de paix internationales.  Notant les nombreuses initiatives et résolutions visant à renforcer cette coopération, il a estimé que, dans le cadre de leur mise en œuvre, cette coopération devrait se baser sur la complémentarité des capacités et des avantages comparatifs.  Il a fait valoir que les organisations régionales étaient bien placées pour comprendre les causes fondamentales des conflits et avaient des avantages uniques pour détecter les menaces potentielles et y faire face par des moyens pacifiques.  Il a aussi estimé que les Nations Unies devraient accorder une plus grande attention à la question de la fourniture d’une assistance politique financière et physique aux efforts de maintien de la paix des organisations régionales qui manquent de ressources.


En Afrique où se déroulent la plupart des conflits, l’Union africaine, avec l’aide des opérations de maintien de la paix de l’ONU, avait contribué aux processus de médiation, de réconciliation et de reconstruction dans de nombreux pays, dont l’Angola, le Burundi, la République démocratique du Congo, le Libéria ou encore l’Ouganda.  Il s’est félicité de la Déclaration ONU-Union africaine adoptée en 2006 et a estimé que l’Union africaine devrait être appuyée pour jouer un rôle plus important, en bénéficiant d’une coopération financière et logistique de la part de l’ONU afin de renforcer les capacités de ses forces de maintien de la paix.  Il a cité la MINUAD et laMission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) comme deux exemples qui mettent en évidence la nécessité d’une telle coopération.  Enfin, il a fait valoir qu’en Asie du Sud-Est, l’Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) jouait un rôle important dans le maintien de la paix et la coopération dans la région.  Il a aussi indiqué que l’ANASE s’employait à créer des liens et des échanges avec d’autres organisations régionales du monde.  Il a rappelé que l’ANASE venait de recevoir le statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale et que les deux organisations avaient signé un mémorandum relatif à leur coopération, afin d’améliorer la contribution de l’ANASE au travail de l’ONU.


M. ABDULLAHI YUSUF AHMED, Président de la Somalie, a loué le rôle du Conseil de sécurité à chaque moment de la lutte civile en Somalie.  Il a rappelé la volonté et la détermination politiques du Conseil lorsqu’il a invoqué la doctrine moralement contraignante d’une intervention humanitaire, mettant ainsi un terme à une famine désastreuse.  La Somalie a besoin encore une fois de l’intervention courageuse de cette instance. en envoyant d’urgence une force internationale pour aider le Gouvernement fédéral de transition à exécuter sa mission, a-t-il déclaré.  Le conflit en Somalie est un conflit d’idéologies extrêmes et d’intérêts prédateurs dans le domaine de l’économie et du commerce, a-t-il estimé.  De l’avis du Président de la Somalie, la solution au problème de son pays doit comprendre trois éléments essentiels, à savoir le rétablissement de l’État, le renforcement du processus de réconciliation et la stabilisation et la sécurité.  Il a expliqué que le plus grand Congrès de la réconciliation de l’histoire de la Somalie s’était tenu à Mogadishu, avec la participation de plus de 3 000 délégués.  Ce Congrès, a-t-il souligné, a permis d’apporter des solutions de correction aux affaires de gouvernement et de préparer un plan prévoyant des élections justes démocratiques. 


Le Président a réitéré sa position en faveur de la paix et de la réconciliation en Somalie.  Il a indiqué que son seul objectif était de rétablir dans son pays la paix et la légalité et qu’il souhaitait assister à la renaissance de la Somalie en tant qu’État progressiste et démocratique, en paix avec lui-même, ses voisins et le reste du monde.  Il a estimé que la sécurité était essentielle, mais ne pourrait être établie sans le soutien de la communauté internationale.  Il a affirmé que le problème de la sécurité en Somalie se compliquait par la poursuite de l’embargo sur les armes décidé par les Nations Unies.  Le Conseil de sécurité doit, a-t-il insisté, assister les efforts du Gouvernement de transition en vue de la stabilisation du pays, en réexaminant les mérites de l’embargo sur les armes en Somalie et en le levant rapidement, en autorisant le déploiement d’une force de maintien de la paix des Nations Unies avec le mandat d’aider la Somalie à réaliser la réconciliation, la stabilisation, le désarmement et la paix durable, et en aidant la Somalie à établir des organes de sécurité gouvernementaux.  Enfin, le Président somalien a souligné que la prévalence d’actes de piratage le long des côtes de la Somalie gênait la sécurité maritime et le commerce international.  Il a ainsi affirmé qu’il autorisait la communauté internationale à agir et à combattre le piratage jusqu’à ce que son pays soit en mesure d’assurer la sécurité de ses eaux territoriales.


Mme RAMA YADE, Secrétaire d’État auprès du Ministre des affaires étrangères de la France, chargée des affaires étrangères et des droits de l’homme, a déclaré que la paix et la sécurité sur le continent africain constituaient des défis communs qu’il fallait relever ensemble.  Elle a rappelé que c’est animé de cette conviction, que le Président Sarkozy avait pris l’initiative, en septembre dernier, d’organiser une réunion de haut niveau du Conseil de sécurité sur la paix et la sécurité en Afrique.  Il n’y aura pas de mondialisation réussie sans une Afrique forte et assurée d’elle-même, a-t-elle affirmé, en notant que ces efforts devaient être soutenus par la communauté internationale.  La France croit au partenariat renforcé entre l’ONU et l’Union africaine, a-t-elle poursuivi.  Soulignant les progrès faits en Afrique et la contribution de l’Union africaine dans la réponse aux crises, elle a toutefois noté les défis considérables auxquels restait confronté le continent.  Elle a cité en exemple la question de la sécurité alimentaire, notant la flambée des prix des aliments de base qui frappent les populations africaines les plus vulnérables.  Elle a toutefois estimé que la sécurité alimentaire était une condition de la paix, de la stabilité et du développement en Afrique et a appelé la communauté internationale à se mobiliser pour trouver une solution à cette situation. 


Mme Yade a insisté sur l’importance de la diplomatie préventive, se félicitant du système d’alerte précoce mis en place par l’Union africaine.  Concernant la réponse aux crises, elle a estimé qu’il faudrait juger de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales sur les résultats.  Elle a par exemple estimé qu’au Darfour, L’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) devrait être en mesure d’accomplir son mandat.  Par ailleurs, elle a argué qu’il fallait accompagner les processus de paix et de réconciliation nationale jusqu’à la tenue d’élections libres et transparentes, comme en Côte d’Ivoire.  Il faudrait, a-t-elle précisé, accompagner les évolutions démocratiques et favoriser le respect des droits de l’homme.  Elle a souligné que l’attente d’une ouverture démocratique pouvait avoir des conséquences en termes de paix civile, comme ce fut le cas au Kenya et comme c’est le cas au Zimbabwe.  Mme Yade a mis l’accent sur le partenariat entre l’Union européenne et l’Afrique, conclu à Lisbonne en décembre dernier.  Elle a affirmé que l’Union européenne était très engagée dans le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. 


M. PIERRE CHEVALIER, Envoyé spécial du Ministre des affaires étrangères de la Belgique, a indiqué que son pays croyait fermement à la valeur ajoutée de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales.  Une telle coopération doit être fondée sur une bonne compréhension mutuelle de ce qui doit faire l’objet de cette coopération et de ce qu’on peut légitimement en attendre, a-t-il dit.  De l’avis de M. Chevalier, c’est en se basant sur les expériences communes et en tirant les leçons que nous pourrons améliorer la coopération entre les organisations régionales.  L’opération hybride Union africaine-ONU au Darfour est en soi une expérience unique, a-t-il ainsi souligné.  Une vision politique forte et commune des deux organisations impliquées s’avère indispensable, a-t-il estimé.  La Belgique, a-t-il assuré, restera fortement engagée dans son soutien aux pays et aux peuples de la région des Grands Lacs et continuera à travailler étroitement avec l’ONU, les organisations régionales africaines et l’Union européenne.  Il a affirmé que la Belgique était particulièrement préoccupée par l’aggravation des tensions au Zimbabwe et qu’elle se joignait à d’autres, notamment au Secrétaire général, pour appeler à la publication urgente des résultats de l’élection présidentielle, afin de prévenir une détérioration de la situation.


M. MELES ZENAWI, Premier Ministre de l’Éthiopie, a rappelé que la responsabilité principale pour assurer la paix et la sécurité internationales incombait au Conseil de sécurité.  Il a souligné que l’Afrique connaissait un grand nombre de conflits et faisait donc souvent l’objet de réunions du Conseil de sécurité.  Il a en outre mis en avant les efforts déployés par les Africains eux-mêmes afin de résoudre les conflits du continent.  Tout en reconnaissant la primauté du Conseil de sécurité en matière de paix et de sécurité, il a estimé qu’il y avait encore d’autres possibilités de collaboration fructueuse qui devaient être explorées entre l’ONU et l’Union africaine.


Il s’est tout particulièrement félicité de la proposition du Secrétaire général d’établir un groupe de personnalités éminentes qui aura pour mandat de formuler des recommandations sur le financement des forces de maintien de la paix en Afrique.  Il a argué que de telles solutions pourraient sauver de nombreuses vies en Afrique.  Toutefois, en raison du temps que pourrait prendre ce processus,

il a prié le Conseil de sécurité d’appuyer, dans l’intervalle, les forces de maintien de la paix déployées par l’Union africaine, notamment en Somalie.  Avec l’appui du Conseil de sécurité, l’Afrique sera en mesure de mieux assister le peuple de la Somalie et de lui permettre de parvenir à la paix, a-t-il conclu. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé qu’il n’était possible de surmonter les menaces actuelles que connaissent les États africains qu’en agissant de manière collective et en unissant les efforts de ces États et de la communauté internationale qui les appuie.  La complémentarité des efforts de l’ONU et de l’Union africaine prouve son efficacité, a-t-il déclaré.  Les organisations régionales et sous-régionales participent à la prévention et au règlement des situations de conflits et font montre d’une capacité plus grande à résoudre les problèmes africains, a-t-il estimé.  Il est indispensable, à ses yeux, que les mécanismes créés sur le continent pour prévenir et régler les conflits fonctionnent à plein régime.  De même, il est indispensable, a-t-il insisté, d’améliorer la pratique selon laquelle les structures régionales rendent des comptes régulièrement aux Nations Unies.  La responsabilité principale de l’exécution des mandats, a-t-il rappelé, revient aux organisations régionales et à leurs membres.  Il s’est en outre prononcé en faveur d’un renforcement des relations entre le Conseil de sécurité des Nations Unies et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et a indiqué que sa délégation voterait en faveur du projet de résolution.


M. GIADALLA ETTALHI (Jamahiriya arabe libyenne) s’est félicité de la tenue de ce débat, qui sert de préambule à la réunion que tiendront demain le Conseil de sécurité et le Conseil de sécurité et de paix de l’Union africaine.  Il a insisté sur l’importance du rôle joué par les organisations internationales, en particulier en matière de prévention et de résolution des causes profondes des conflits.  Il a fait part de l’engagement de son pays en faveur du règlement des conflits du continent africain.  Toutefois, il a estimé qu’il fallait un cadre international plus efficace pour prévenir les conflits.  Rappelant l’importance de la dimension régionale africaine dans un système de sécurité collective, il a souligné la nécessité d’adopter des mesures pratiques pour la prévention des conflits et les efforts visant à régler les différends sur le long terme.


Soulignant le rôle croissant de l’Union africaine, le représentant a indiqué qu’il faudrait également reconnaître les conditions difficiles dans lesquelles elle travaille et son manque de ressources.  Il a souligné que la paix et la stabilité en Afrique étaient des éléments indispensables du système de sécurité collective.  Ainsi, il a estimé qu’on ne pouvait pas séparer le mandat du Conseil de la paix et de la sécurité de l’Union africaine de celui du Conseil de sécurité des Nations Unies et de ses procédures.  Il s’est félicité des suggestions faites par le Secrétaire général et a suggéré de renforcer les ponts jetés par la première rencontre en ces deux Conseils l’année dernière.  Il a accueilli favorablement le partage des expériences et de l’information sur les conflits actuels ainsi que la recherche d’autres moyens de coopération pour prévenir de tels conflits.  Il a enfin affirmé que la coopération ONU-Union africaine devrait renforcer les capacités préventives de l’Afrique et soutenir l’Union africaine en matière financière et de logistique.


M. MOMPATI S. MERAFHE, Vice-Président du Botswana, a estimé que la paix était indivisible et que la recherche de solutions aux conflits était de la responsabilité de tous.  Il est impératif et urgent pour nous d’assumer la responsabilité collective de ces défis, a-t-il dit.  Le Vice-Président du Botswana a assuré que l’Afrique avait la volonté et la détermination politiques de travailler avec les autres pour trouver des solutions visant à prévenir et à régler les confits.  Quand l’Union africaine déploie une mission de la paix dans un pays africain, il est évident qu’elle le fait au nom du Conseil de sécurité et de la communauté internationale dans son ensemble, a-t-il dit.  De l’avis du Vice-Président du Botswana, les organisations régionales ont également un rôle crucial à jouer pour renforcer les capacités des Nations Unies à répondre de manière plus efficace et à temps à la prévention des conflits armés, ce qui, a-t-il ajouté, est vital pour sauver des vies humaines et améliorer la crédibilité des Nations Unies.  Les questions de paix et de sécurité en Afrique sont urgentes et importantes, a-t-il dit, soulignant la nécessité d’agir et de parvenir à des résultats, encourageant ainsi le Conseil de sécurité à adopter le projet de résolution.


M. NEVEN JURICA (Croatie) a reconnu le rôle principal du Conseil de sécurité en matière de maintien de la paix et de la sécurité mondiales.  Toutefois, il a estimé que cet objectif ne pouvait être réalisé qu’avec un engagement actif sur les plans national et régional.  Les trois niveaux de responsabilités –international, régional et national- doivent être capables d’agir en harmonie, a-t-il précisé.  Le représentant a également estimé que c’était aux organisations régionales d’établir les liens entre le plan national et celui global.  En outre, ces organisations, en raison de leurs connaissances uniques, étaient bien placées pour évaluer et comprendre les situations nationales.  Dans cette perspective, il est indispensable de renforcer les capacités de ces organisations afin d’améliorer leur efficacité à prévenir les conflits, les gérer et les résoudre, a-t-il souligné.


Insistant particulièrement sur l’importance de la prévention des conflits, le représentant a affirmé que les capacités de ces organisations régionales dans ce domaine devraient être renforcées, notamment par les systèmes d’alerte précoce qui permettent d’identifier les crises potentielles.  Il a ainsi salué la réunion organisée par la SADC la semaine dernière sur la situation au Zimbabwe, tout en faisant part de l’inquiétude de sa délégation sur l’avenir de ce pays.  S’agissant du Kenya, il a affirmé que l’intervention d’une équipe de médiation dirigée par l’ancien Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, avait été un bon exemple de médiation.  Enfin, il a mis l’accent sur le danger de laisser apparaître une culture d’impunité, notant qu’il n’y avait pas de paix durable sans justice.


M. ZALMAY KHALILZAD (États-Unis) a affirmé que son pays appuyait les transitions démocratiques et le développement économique dans de nombreux pays africains, en travaillant en particulier dans les situations postconflit à renforcer les institutions démocratiques, et, à travers l’Afrique, en aidant les organisations de la société civile dans leur lutte contre la violence sexiste et sexuelle, la traite et les violations des droits de l’homme.  Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies sont à la limite du possible, a assuré le représentant, notant que l’offre d’agents de la paix bien équipés ne répondait pas à la demande.  Il est nécessaire, a-t-il ajouté, de trouver les moyens d’utiliser efficacement les ressources existantes pour renforcer les capacités, notamment les capacités régionales et pour faire plus.  Cela exige du temps et des solutions aussi bien à court qu’à long termes, a-t-il dit.  Le Conseil de sécurité, a-t-il suggéré, doit revoir la façon dont sont planifiées et soutenues les opérations de maintien de la paix.  Elles doivent disposer d’objectifs clairs et de ressources, a-t-il souligné, estimant qu’elles devaient constituer un moyen de parvenir à une fin plutôt qu’un substitut de solution ou une excuse pour retarder celle-ci.  Nous devons chercher à mettre fin aux opérations de maintien de la paix qui ne sont pas viables, a-t-il insisté.  Les Nations Unies et l’Union africaine, a rappelé le représentant, s’étaient lancées au Darfour dans une coopération historique à travers le déploiement de la MINUAD.  Bien qu’il soit prématuré de juger si cette coopération est un succès ou non, les premiers résultats suggèrent que la MINUAD

ne doit pas devenir un modèle à suivre dans d’autres endroits, a-t-il estimé.  Les États-Unis continuent d’appeler à un déploiement immédiat et complet de la MINUAD, a-t-il affirmé, soulignant que le Gouvernement du Soudan devrait lever toutes les restrictions et éviter les retards afin de permettre aux troupes et à l’équipement de l’opération hybride ONU-Union africaine d’être déployés.


Le représentant a par ailleurs expliqué que l’Union africaine devrait renforcer ses capacités à planifier et à exécuter des opérations de maintien de la paix viables, et qu’elle devrait être aidée en ces sens.  L’Union africaine doit renforcer ses capacités administrative, logistique et militaire et assurer une meilleure efficacité financière et une meilleure transparence, a-t-il ajouté, soulignant l’aide américaine apportée dans ce domaine.  De même, les Nations Unies doivent établir des priorités dans leurs efforts pour aider l’Union africaine à combler ses lacunes concernant notamment la gestion financière et administrative.  Des améliorations dans ce secteur aideront sans aucun doute les pays donateurs à se sentir plus à l’aise pour octroyer des ressources à des missions de l’Union africaine comme celle de l’AMISOM.  En outre, le représentant a mis l’accent sur la nécessité de travailler avec les membres de l’Union africaine pour accroître leur capacité nationale de maintien de la paix.  Il s’est félicité de l’examen des moyens réalistes visant à régler les défis financiers rencontrés par les missions régionales de maintien de la paix et a appuyé, à cet égard, l’établissement d’un groupe de personnalités éminentes de l’Union africaine, des Nations Unies et d’autres parties prenantes.  Il s’est dit en outre favorable à une collaboration plus étroite entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Le représentant s’est déclaré extrêmement préoccupé par la situation actuelle au Zimbabwe.  Il est clair que le peuple du Zimbabwe a voté, à une très large majorité, en faveur du changement, a-t-il expliqué, se disant préoccupé par l’escalade de la violence à motif politique perpétrée par les forces de sécurité et les milices au pouvoir.  Il a demandé à la SADC de déployer tous les efforts pour exhorter le Gouvernement du Zimbabwe et les autorités électorales à régler la crise.


M. MUSTAFA OSMAN ISMAIL, Conseiller et Envoyé spécial du Président du Soudan, a salué l’initiative de l’Afrique du Sud et de son Président, de tenir cette réunion de haut niveau.  Il a aussi souligné la détermination de l’Afrique pour réformer le Conseil de sécurité afin qu’il réponde aux réalités politiques mondiales.  Il a affirmé que les délibérations consacrées au Darfour montraient la volonté de tous de coopérer.  En outre, M. Ismail a estimé que la fourniture de ressources et de financement prévisibles et constants était un défi.  Il s’est dit d’accord avec la suggestion du Secrétaire général de créer un groupe de personnalités éminentes Union africaine-ONU pour trouver les ressources nécessaires aux efforts de maintien de la paix entrepris par les Africains.  Le Groupe ne devrait pas uniquement s’occuper de financement direct mais aussi envisager la possibilité de créer un fonds spécial à cette fin, a-t-il ajouté. 


Par ailleurs, M. Ismail a déclaré qu’il fallait accorder la priorité au règlement pacifique des différends.  Dans ce cadre, il a souligné l’importance de renforcer les capacités nationales et d’établir une coopération réelle avec les organisations régionales, en tenant compte de la nécessité de renforcer la diplomatie préventive et la prévention des conflits.  Il a regretté que la prise de mesures préventives soit parfois un processus plus lent pour le Conseil de sécurité que d’envoyer une opération de maintien de la paix.  Il a aussi souligné la nécessité de s’attaquer aux causes sous-jacentes des conflits en Afrique que sont la pauvreté, le manque de ressources et certains phénomènes naturels qui font obstacle aux efforts de développement des pays africains.  Enfin, l’Envoyé spécial du Président du Soudan a déclaré qu’il faudrait appuyer les capacités régionales en matière de maintien de la paix, arguant que ces organisations connaissent les pays en question, les raisons de ces luttes ainsi que la culture et l’héritage des gens sur place.  S’agissant de l’impunité, il a estimé qu’il faudrait faire pression sur les groupes de rebelles et les convaincre de la nécessité de la paix.  Il a déclaré qu’il ne fait pas accorder d’impunité à ceux qui profitent de la situation au Darfour.


M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a reconnu la contribution précieuse des organisations régionales pour prévenir et résoudre les conflits.  Il a réaffirmé l’appui de sa délégation en faveur de la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine pour faire face aux défis dans la région.  Toutefois, il s’est dit préoccupé par le déploiement de la MINUAD et l’incapacité de fournir les ressources nécessaires à l’AMISOM, regrettant, en ce qui concerne cette dernière, que le Conseil de sécurité n’ait pas répondu aux demandes d’assistance.  Toujours en ce qui concerne la Somalie, le représentant a également exprimé son inquiétude quant aux actes de piraterie le long des côtes somaliennes, qui entravent l’acheminement de l’aide humanitaire.  Le Panama, a indiqué son représentant, souscrit aux propositions du Secrétaire général visant à intensifier la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et à renforcer le système d’alerte précoce de l’Union africaine.  Il a toutefois estimé qu’il était nécessaire de renforcer cette collaboration pour d’autres aspects stratégiques et il a, à cet égard, salué l’élaboration d’une Force africaine de réserve qui permet de répondre à des situations potentiellement explosives.  S’agissant du Zimbabwe, il a salué les efforts de la SADC pour résoudre cette crise mais a néanmoins estimé que les agissements du Gouvernement en place ressemblaient à ceux d’un régime autocratique qui refuse de reconnaître le résultat des élections et résiste à abandonner le pouvoir.  Le représentant a affirmé que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales devrait viser à protéger la population civile et particulièrement les groupes les plus vulnérables.  Il s’est ainsi félicité du travail commun du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU et de l’Union africaine dans le but de mettre en place un cadre normatif pour la protection des civils en Afrique.  S’agissant de sa propre région, il a souligné la bonne collaboration entre l’Organisation des États américains et l’ONU mais a noté que les mécanismes régionaux existants devraient être constamment examinés pour rendre cette coopération la plus efficace possible.


M. ALPHA OMAR KONARÉ, Président de la Commission de l’Union africaine, a, en premier lieu, dit vouloir témoigner de l’intérêt porté par le Secrétaire général à l’Afrique et du temps qu’il a consacré aux questions qui touchent le continent.  S’agissant de la question du financement, il a fait remarquer qu’il ne s’agit pas de la part de l’Union africaine d’une politique de main tendue.  Il est important de faire confiance à l’Afrique et aux Africains, a-t-il affirmé.  Il faut mobiliser des ressources pour aider l’Afrique à éteindre des feux en Somalie ou au Darfour, a-t-il poursuivi.  On n’insiste pas assez, de l’avis de M. Konaré, sur le fait qu’en Somalie ou au Darfour des moyens ont manqué.  Si ces moyens étaient parvenus à temps, nous aurions eu la possibilité d’agir sur le plan politique, a-t-il estimé.  Le Président Konaré a par ailleurs mis l’accent sur la nécessité de consolider l’architecture continentale de paix et de sécurité, de renforcer les capacités de planification, d’asseoir le système d’alerte précoce, d’établir des forces en attente.  Il est indispensable également de refuser qu’il y ait des zones de non-droit en Afrique, a-t-il déclaré, précisant que l’appel du Président somalien devait être entendu.  Il faut aller dans le sens des recommandations du Secrétaire général, comme la mise en place d’un panel, a-t-il ajouté, plaidant en outre pour une accélération des travaux de la Commission de consolidation de la paix.  Les Nations unies, a-t-il également déclaré, sont interpellées par la crise alimentaire et la crise financière actuelles.  Il s’agit d’un problème de sécurité humaine.  Cette crise n’est pas conjoncturelle, mais structurelle, a-t-il insisté.  Si la saison des pluies n’est pas bonne, nous risquons d’aller vers la plus grave des catastrophes, a-t-il dit.  Le Secrétaire général doit, a estimé M. Konaré, avoir tous les moyens politiques pour agir dans cette situation urgente.  Il n’y aura pas d’Objectifs du Millénaire pour le développement si nous ne pouvons pas franchir ce cap, a-t-il fait remarquer.  La faim tue et nous ne pouvons pas attendre le Sommet du G-8 du mois de juillet, a-t-il averti.


M. AHMED OUYAHIA, ancien Premier Ministre et Représentant spécial du Président de l’Algérie, a exprimé les regrets du Président algérien, M. Abdelaziz Bouteflika, de ne pas pouvoir participer personnellement à cette réunion et a fait lecture de son message.  Se félicitant de la tenue de cette réunion, il a estimé urgent d’améliorer les capacités et de renforcer l’action des organisations régionales, et notamment de l’Union africaine, dans le domaine du maintien de la paix.  Il a affirmé que le maintien de la paix était un défi aussi important que le développement pour l’Afrique et a constaté les progrès réalisés en Sierra Leone, au Libéria, au Burundi, en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo.  Il a estimé que cette tendance devrait s’élargir grâce à l’engagement collectif de l’Afrique au service de la paix, incarné par l’action du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.  Par ailleurs, M. Ouyahia s’est félicité de la coopération entre cette organisation et l’ONU, citant le transfert d’autorité de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) à la force hybride ONU-Union africaine, la MINUAD.  M. Ouyahia a également souligné que la mise en place d’une architecture de la paix de l’Union africaine marquait la volonté de l’Afrique de se prendre en charge et de favoriser des solutions politiques intégrant les valeurs de conciliation et assurant la viabilité des compromis réalisés.  Il a aussi indiqué qu’il pourrait être utile d’adopter une interprétation plus ambitieuse du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies relatif aux accords régionaux afin de prendre en compte les données locales et favoriser des réactions appropriées aux contextes spécifiques.  Toujours dans le domaine de la coopération, M. Ouyahia a estimé que les opérations de maintien de la paix de l’ONU en Afrique devraient bénéficier d’un traitement identique aux autres missions menées par les Nations Unies, en particulier pour la prise en charge et le financement.  Il a à cet égard appuyé l’idée identifiée par les chefs d’État de l’Union africaine d’organiser des missions dirigées par cette organisation, menées avec l’accord du Conseil de sécurité et financées par des contributions évaluées par les États Membres de l’ONU.  Il a déclaré que cette solution permettrait de renforcer la coopération entre l’Union africaine et l’ONU, de confirmer l’autorité du Conseil de sécurité dans sa supervision des initiatives régionales et de régler durablement les contraintes de financement. 


Mme LAURE OLGA GONDJOUT, Ministre des affaires étrangères, de la coopération, de la francophonie et de l’intégration régionale du Gabon, a affirmé que le rapport du Secrétaire général sur les relations entre l’ONU et les organisations régionales, en particulier l’Union africaine, en vue du maintien de la paix et de la sécurité internationales, proposait des pistes intéressantes de réflexion.  Beaucoup reste à faire, a-t-elle dit, notant néanmoins que l’Afrique avait démontré sa capacité à mobiliser ses ressources pour tenter de résoudre les crises sur le continent.  De l’avis du Ministre, les initiatives africaines se heurtent à l’insuffisance des ressources tant financières qu’humaines.  Le Gabon soutient, a-t-elle dit, la proposition du Secrétaire général de créer un groupe d’experts éminents pour approfondir la réflexion sur le financement prévisible et stable des opérations de maintien de la paix.  L’envoi de missions conjointes et de missions bons offices pourrait contribuer à dénouer nombre de crises en gestation, a-t-elle également estimé.  La Ministre a enfin lancé un appel urgent à la communauté internationale pour qu’elle aide les pays en développement en proie à la crise alimentaire mondiale. 


Mme ZAINAB HAWA BANGURA, Ministre des affaires étrangères et de la coopération de Sierra Leone, a déclaré que son pays demeurait un témoignage de l’importance critique d’une approche régionale de la résolution et prévention des conflits.  Elle a salué la décision qualifiée d’historique du Conseil de sécurité et de sa résolution 1181 (1998) qui a reconnu l’importance de la contribution de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour soutenir les efforts du Gouvernement de Sierra Leone pour le rétablissement d’une administration efficace, d’un processus démocratique, de la réconciliation , de la reconstruction et de la réhabilitation, en mettant l’accent sur le caractère impératif des partenariats.  Avec deux tiers des pays les plus pauvres de la planète, le continent africain a fait l’expérience de toute une myriade de conflits civils qui ont abouti à la pauvreté abjecte et à l’exclusion sociale et économique.  Elle a particulièrement souligné l’importance de la nouvelle Commission de consolidation de la paix, en estimant que le renforcement de la collaboration entre cette Commission et les comités permanents de l’Union africaine ne pouvait que gagner par le biais de la coordination et de consultations régulières. 


En outre, la Ministre a exhorté l’ONU à s’adapter aux changements que connaît le continent africain, en citant notamment l’évolution des programmes et structures de l’Union africaine.  Elle a rappelé que dans l’esprit du Chapitre VIII de la Charte de l’ONU, l’Union africaine avait défini des mécanismes de renforcement de ses capacités de maintien de la paix, comme la Force en attente, le système d’alerte rapide continentale ou encore le Groupe des sages.  Ces efforts nécessitent une coopération étroite avec l’ONU, a-t-elle estimé, en mentionnant tout particulièrement la lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre.  La Ministre a souligné la nécessité de renflouer le Fonds pour la paix de l’Union africaine pour assurer un financement flexible, prévisible et durable des opérations de maintien de la paix de l’Union africaine et pour assister les États Membres de l’Union africaine qui ont adhéré au Mémorandum sur le Système de forces et moyens en attente des Nations Unies.  Parmi les autres recommandations, elle a notamment insisté sur l’importance d’appuyer les initiatives individuelles et collectives des pays africains pour améliorer la productivité agricole, de manière à assurer une sécurité alimentaire durable dans l’esprit des objectifs de développement agricole du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). 


M. MAJOZI V. SITHOLE, Ministre des finances du Swaziland, a déclaré qu’au cours des dernières années, l’expérience avait montré le rôle crucial des organisations régionales dans le maintien de la paix.  Il a affirmé qu’elles avaient un avantage comparatif important par rapport au Conseil de sécurité puisqu’elles étaient mieux placées pour comprendre la spécificité des situations nationales.  Reconnaissant la responsabilité principale du Conseil de sécurité en matière de paix et de sécurité internationales, il a toutefois estimé que le Conseil ne pouvait pas accomplir ce mandat seul.  Dans ce contexte, il a mis l’accent sur l’importance d’une collaboration étroite entre l’ONU et les organisations régionales, notamment avec l’Union africaine, qui peut selon lui nettement améliorer la gestion des situations de conflits en Afrique.  Le Ministre a cependant souligné les défis auxquels est confrontée l’Union africaine, insistant sur les difficultés de déploiement de missions, entre autres.  Il a notamment regretté que l’ONU soit parfois lente à mettre en place certaines missions en Afrique.  S’agissant du financement, le Ministre a salué la proposition du Secrétaire général de mettre en place un mécanisme viable et prévisible pour assurer les ressources des forces de maintien de la paix.  Le groupe que le Secrétaire général propose de mettre en place devrait commencer à travailler rapidement.  Par ailleurs, le Ministre a mis l’accent sur les progrès réalisés dans l’architecture de la paix de l’Union africaine et a souhaité le soutien de la communauté internationale dans ce domaine.  Enfin, il a joint sa voix à celles d’orateurs précédents pour indiquer qu’il était indispensable d’accorder une attention aux problèmes actuels comme la crise alimentaire mondiale, qui risque de créer de graves problèmes pour les pays africains. 


M. DIEUDONNÉ KOMBO-YAYA, Ministre des affaires étrangères de la République centrafricaine, a affirmé que l’architecture africaine dans le domaine de la prévision, de la gestion et du règlement était le résultat de l’engagement des chefs d’État de faire de la paix et de la sécurité, du reste inséparables, la priorité des priorités.  Le Ministre s’est félicité de la coopération agissante entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Il s’est par ailleurs félicité de la proposition du Secrétaire général de créer un groupe d’experts éminents Union africaine-ONU chargé d’examiner en profondeur les moyens d’appuyer et notamment de financer les opérations de maintien de la paix réalisées par les organisations régionales.  La République centrafricaine appuie totalement le projet de résolution qui, selon le Ministre, ouvre des perspectives nouvelles pour le continent africain.


M. OJO MADUEKWE, Ministre des affaires étrangères du Nigéria, a souligné l’importance de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et s’est félicité des propositions ciblées mises en avant par le Secrétaire général dans ce domaine.  Il a indiqué que le financement devrait être une haute priorité du partenariat stratégique entre l’ONU et l’Union africaine.  Il a fait valoir que les organisations régionales avaient des qualités spécifiques, telles que la proximité géographique, la connaissance des conditions locales et l’expérience commune, qui leur permettaient de mieux traiter certains aspects des situations de conflit.  Il a affirmé que l’Union africaine avait démontré son engagement à résoudre pacifiquement les problèmes du continent.  Il a indiqué que le partenariat entre les deux institutions devrait être fait sur la base du respect mutuel, de l’appui de chaque partie et de la responsabilité partagée.  Le Ministre a également demandé que les questions des contraintes de développement et de croissance de l’Afrique soient traitées.  Il a indiqué que le soutien pour l’architecture de paix de l’Union africaine était la clef du maintien de la paix et de la sécurité sur ce continent.  De l’avis de M. Maduekwe, le renforcement de la relation entre l’Union africaine et l’ONU doit passer par le développement d’un mécanisme qui assure un financement prévisible des opérations de maintien de la paix en Afrique.  Il a aussi souhaité que cet élargissement du partenariat mène au déploiement d’une force hybride en Somalie.  Enfin, il a souligné que les mesures préventives et les mécanismes de consolidation de la paix étaient essentiels, en insistant sur l’importance d’un renforcement des capacités et des institutions et de la mobilisation adéquate des ressources pour le développement durable.


M. RONNIE SHIKAPWASHA, Ministre des affaires intérieures de la Zambie, a affirmé que cette réunion du Conseil de sécurité intervenait à un moment où le monde demandait au continent africain de prendre ses responsabilités s’agissant de ses propres conflits.  La volonté de l’Afrique de trouver des solutions a renforcé son rôle, a-t-il dit.  Néanmoins, l’Afrique pâtit d’un manque de ressources et de capacités pour trouver des solutions durables à ses conflits, a-t-il estimé.  Il faut donc financer les opérations de maintien de la paix, notamment pour le démarrage, l’équipement et la logistique, a-t-il assuré, en préconisant une remise à plat des mécanismes de financement de ces opérations.  La Somalie, a ajouté le Ministre, appuie un système d’alerte précoce pour prévenir les crises politiques et militaires, lesquelles, a-t-il précisé, sont souvent à l’origine des conflits en Afrique.  


M. CHEIKH TIDIANE GADIO, Ministre des affaires étrangères du Sénégal, a affirmé que la complexité des conflits actuels nécessitait une synergie complémentaire entre les organisations régionales et l’ONU, telle que définie par le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  Il s’est félicité du partenariat entre l’ONU et l’Union africaine, rappelant que l’Afrique fournissait près de 38% des soldats de la paix et était le continent où se trouvait la plupart des opérations de maintien de la paix.  Soulignant l’importance du financement pour les missions déployées par l’Union africaine, il a rappelé que cette organisation ne disposait pas toujours des moyens de supporter ce fardeau.  L’exemple du Darfour soulève par ailleurs l’équilibre à trouver entre l’urgence d’agir et le respect dû aux organisations régionales, a-t-il fait valoir.  Tout en notant la noblesse de l’approche d’une « solution africaine aux conflits africains », le Ministre a affirmé que cela ne devrait pas prolonger les souffrances des populations du continent.  Il a aussi souhaité que l’on se penche sérieusement sur la question du financement des opérations de maintien de la paix, en prenant en compte la phase de démarrage et la viabilité à long terme de celles-ci.  Il a par exemple indiqué que l’Accord de Dakar, conclu le 13 mars dernier avec le Tchad, avait besoin de moyens importants pour sa pérennisation.  Dans ce contexte, le Ministre sénégalais des affaires étrangères a soutenu la proposition du Secrétaire général de mettre en place un groupe de personnalités ONU-UA pour le financement de ces opérations.  Il a également souligné que le renforcement des capacités de l’Afrique dans le maintien de la paix devait aussi bénéficier d’une grande attention.  Les organisations régionales doivent se donner les moyens d’être plus sensibles aux signes avant-coureurs de tension et prendre les mesures qui s’imposent en collaboration avec les Nations Unies, a-t-il insisté.  Enfin, M. Gadio a conclu en exhortant la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour faire face à la crise humanitaire qui frappe déjà bon nombre de pays africains. 


Mme ROSEMARY MUSEMINALI, Ministre des affaires étrangères du Rwanda, a souligné que l’Union africaine avait manifesté sa bonne volonté et sa résolution à agir activement dans le maintien de la paix en Afrique et dans d’autres régions du monde.  Si les États membres de l’Union africaine sont aptes à mobiliser des effectifs des opérations de maintien de la paix, ils sont en revanche incapables de les équiper, a-t-elle souligné.  Les Nations Unies doivent donc, a-t-elle estimé, accepter de jouer leur rôle central en équipant ces missions et en leur fournissant la logistique nécessaire.  Il faut que l’on puisse assurer une plus grande participation des organisations régionales dans la solution des conflits, a-t-elle ajouté.  Elle a mis l’accent sur la nécessité d’envisager des financements plus fiables grâce aux contributions des États membres.  Les mesures de financement actuelles doivent être réexaminées, a-t-elle dit.  Évoquant la situation dans son propre pays et dans la région des Grands Lacs, la Ministre a estimé que la négation du génocide constituait une menace considérable à la paix et à la sécurité.  Nous devons tous être vigilants pour démasquer les menaces et les manœuvres politiques qui vont dans ce sens, a-t-elle déclaré, demandant au Conseil de sécurité de les décourager.


M. JOAO BERNARDO DE MIRANDA, Ministre des affaires étrangères de l’Angola, a rappelé le rôle fondamental que jouent les organisations régionales dans la prévention des conflits.  Il a souligné l’importance de renforcer les capacités de l’Union africaine en ce qui concerne le maintien de la paix.  Il a indiqué les mesures concernant les structures de paix et sécurité, citant la Force en attente, le système d’alerte précoce ou encore le Groupe des sages.  Pour que le partenariat entre l’ONU et l’Union africaine soit renforcé, il faudrait aborder les questions de sécurité sans les dissocier des problèmes de développement, a-t-il estimé.  La paix et le développement social sont interdépendants et complémentaires, a-t-il fait valoir.  La convergence de ces éléments, a-t-il dit, est cruciale pour le succès des opérations de maintien de la paix.  S’agissant de son propre pays, le Ministre a rappelé qu’après la signature des Accords de paix, l’Angola avait entrepris des efforts considérables pour sa reconstruction et son développement durable.  Constatant le taux de croissance de 19% du pays ainsi que les perspectives encourageantes, le Ministre a déclaré que l’expérience de l’Angola montrait que la consolidation de la paix résultait de plusieurs facteurs tels que la cohérence des politiques de réconciliation nationale, la mise en œuvre de réformes économiques et le renforcement de l’autorité de l’État.  M. Miranda a rappelé que six ans après la fin du conflit dans son pays, l’Angola avait consolidé ses gains de paix et allait tenir, pour la deuxième fois, des élections législatives et présidentielles en 2008 et 2009 respectivement. 


M. IBRAHIM ALI HASSAN, Ministre adjoint des affaires étrangères de l’Égypte, a estimé qu’il manquait un mécanisme institutionnel permettant de consolider la coopération entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine qui tienne compte des particularismes des pays africains.  M. Hassan a indiqué que son pays avait depuis longtemps identifié un tel besoin et avait proposé pendant sa présidence du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, en décembre 2006, d’établir un mécanisme de consultations et de coordination entre le Conseil de sécurité des Nations Unies et le Conseil africain.  Cette coopération, a-t-il ajouté, peut prendre la forme d’échanges d’informations, l’envoi de missions d’établissement des faits et le lancement de missions conjointes.  Le Ministre adjoint a aussi estimé qu’il serait nécessaire d’adopter des normes appropriées et de convenir des conditions faisant qu’une mission de maintien de la paix africaine doit être considérée comme une « mission des Nations Unies ».  Une telle coordination, a-t-il aussi estimé, devrait inclure les organisations sous-régionales en Afrique, qui jouent un rôle vital dans le règlement des différends et dans le maintien de la paix régionale.  Il est également nécessaire de renforcer la coopération entre les Nations Unies, la Ligue des États arabes et l’Organisation de la Conférence islamique.  M. Hassan a souligné, dans ce contexte, la coopération en cours qui a lieu entre l’Union africaine et la Ligue des États arabes, qui contribue au règlement des crises dans un certain nombre de pays africains comme le Soudan, la Somalie ou encore les Comores.


Mme OLUBANKE KING-AKERELE, Ministre des affaires étrangères du Libéria, a affirmé que son pays était un exemple par excellence d’une initiative originale, en l’occurrence du Groupe de contrôle de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et de la communauté internationale, par le biais de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), pour rétablir la paix.  La Ministre a également évoqué la crise alimentaire actuelle qui, selon elle, n’est pas seulement une crise mondiale mais aussi une question de sécurité majeure pour le continent.  Elle représente une menace sérieuse à la paix et à la sécurité susceptible de saper les gains enregistrés si elle n’est pas réglée de façon urgente, a-t-elle déclaré, demandant au Conseil de sécurité de s’attaquer à ce problème.  La Ministre, faisant référence à la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la guerre et la paix, a souhaité qu’un mécanisme de contrôle soit créé à cet effet.  Elle a par ailleurs souligné l’importance de la collaboration entre l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations Unies dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et le trafic des petites armes et des armes légères.  Par ailleurs, il ne peut y avoir de sécurité durable sans développement et pas de développement durable sans sécurité, a conclu la Ministre.


Mme BERNADETTE SIMVURA, Ministre des relations extérieures du Burundi, a rappelé que son pays avait bénéficié au cours des 15 dernières années de l’appui et de l’accompagnement des Nations Unies, du Conseil de sécurité en particulier, de l’Union africaine, notamment de son Conseil de paix et de sécurité.  Du maintien de la paix, avec la participation des Nations Unies et de l’Union africaine, le Burundi se situe aujourd’hui à la phase de consolidation de la paix, a-t-elle souligné.  De même, a-t-elle estimé, la participation du Burundi à cette réunion tient sa pertinence du fait que le Burundi participe à des opérations de maintien de la paix.  Elle a ainsi précisé qu’un bataillon des Forces nationales de défense du Burundi se trouvait en Somalie au sein des forces de l’AMISOM.  La Ministre a souhaité que les résolutions qui seront prises à la suite de cette réunion conjointe du Conseil de sécurité et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine bénéficieront de tout l’appui politique et financier nécessaire à leur mise en application.


Intervenant au nom de l’Union européenne et des pays associés, Mme SANJA ŠTIGLIC (Slovénie) a déclaré que l’Union européenne était activement engagée en faveur du multilatéralisme.  Elle a souligné l’importance des organisations régionales et de leur potentiel en termes de diplomatie préventive, de maintien, de promotion et de consolidation de la paix en situation postconflit.  Elle a indiqué qu’un des objectifs principaux de l’Union européenne était de parvenir à une société internationale plus forte, avec des institutions internationales qui fonctionnent bien et un ordre international s’appuyant sur des règles avec l’ONU.  Elle a estimé que les organisations régionales ne pouvaient que renforcer les efforts de l’ONU par le biais d’un rôle actif dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, dans l’esprit du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, comme le rappelle la résolution 1631 (2005) du Conseil de sécurité.  Dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense, et en addition d’initiatives individuelles de certains de ses États membres, a-t-elle ajouté, l’Union européenne appuie les efforts de maintien de la paix en Afrique, en particulier en République démocratique du Congo, en Guinée-Bissau, ainsi qu’au Tchad ou en République centrafricaine.


Par ailleurs, la représentante de la Slovénie a indiqué que le deuxième Sommet Union européenne-Union africaine, tenu à Lisbonne en 2007, avait permis d’établir les bases d’un partenariat stratégique qui s’est traduit par l’adoption de trois documents clefs: une Stratégie conjointe Union européenne-Union africaine, un Plan d’action et la Déclaration de Lisbonne.  Les résultats de ce partenariat seront examinés à l’issue du troisième Sommet de l’Union européenne en 2010.  Elle a mentionné l’ouverture d’une délégation de l’Union européenne auprès de l’Union africaine, à Addis-Abeba, pour aider à intensifier le dialogue politique entre les deux organisations régionales et d’autres partenaires, mais aussi pour mieux coordonner et exécuter la coopération de l’Union européenne sur le terrain.  Comme deuxième priorité, elle a cité la mise en œuvre de l’architecture africaine de paix et de sécurité, en particulier par le biais de la Force africaine en attente, le système d’alerte rapide au niveau du continent, et les mécanismes régionaux.  La troisième priorité énumérée consiste à fournir des moyens prévisibles et durables pour le financement des opérations africaines d’appui à la paix de manière à s’assurer que l’Union africaine et les mécanismes régionaux seront en mesure de planifier et de conduire ces opérations.  Mme Štiglic a jugé essentiel d’inclure la société civile dans la prévention des conflits compte tenu de sa capacité d’encourager les liens entre la société et le Gouvernement et de favoriser l’appropriation locale.  En outre, elle a précisé que l’Union européenne considérait la Commission de consolidation de la paix comme une réalisation importante de la réforme de l’ONU, en saluant les progrès réalisés au terme de la première année de consolidation de la paix au Burundi et en Sierra Leone alors que la Guinée-Bissau devrait constituer la prochaine mission de cette Commission.


M. VANU GOPALA MENON (Singapour), qui s’exprimait au nom de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), a indiqué que l’ANASE et l’Union africaine étaient des exemples d’organisations régionales qui ont contribué à la paix internationale.  Le représentant a souhaité davantage d’interactions entre les deux organisations.  Il a rappelé que l’Union africaine constituait le principal forum pour la coopération entre les gouvernements africains en vue notamment d’assurer une bonne gouvernance, ainsi que la paix et la sécurité sur le continent.  L’ANASE appuie tous les efforts faits pour renforcer le partenariat entre l’Union africaine et les Nations Unies, a-t-il souligné.  Le représentant a évoqué la constitution l’an dernier d’une charte qui, a-t-il dit, offre une vision commune de développement, permettant à l’ANASE de devenir une organisation plus efficace, régie par des règles bien précises.  Il a plaidé en faveur d’un renforcement entre les Nations Unies, l’Union africaine et l’ANASE en vue de préserver la paix et la sécurité internationales et de promouvoir le développement durable.


M. YAHYA A. MAHMASSANI, Observateur permanent de la Ligue des États arabes, a souligné les liens historiques entre la Ligue et l’Union africaine et mis l’accent sur la coopération entre ces deux institutions.  Plus de 80% des citoyens des États membres de la Ligue se trouvent en Afrique et plus de 50% de ces États membres sont aussi membres de l’Union africaine, a-t-il précisé.  Les organisations régionales sont dans une position unique pour contribuer à la prévention et au règlement des conflits car elles connaissent la région et les spécificités des conflits.  En outre, il a noté que le Ligue des États arabes et l’Union africaine prenaient des mesures positives en faveur de la résolution des conflits et que cette coopération s’était avérée efficace en ce qui concerne différentes crises.  Il a par ailleurs indiqué que la coopération avec les Nations Unies était au centre des intérêts politiques des organisations régionales pour régler les différends par des moyens pacifiques.  Pour améliorer ce partenariat,M. Mahmassani a jugé nécessaire que le Conseil de sécurité déploie davantage d’efforts et établisse d’autres partenariats.  Il a aussi souhaité qu’il fournisse un appui technique aux États membres de l’Union africaine pour qu’ils puissent agir après les conflits et renforcer leur coopération en matière de formation dans le domaine du maintien de la paix et leurs capacités à gérer les situations de conflit et les prévenir.  Le représentant a aussi mis l’accent sur les liens étroits entre la sécurité et le développement en Afrique et affirmé que ces questions devaient être traitées ensemble.  Il faut faire preuve de volonté politique et offrir un appui plus important à l’Union africaine pour que cette organisation puisse agir pour prévenir les conflits, a-t-il affirmé.


M. YUKIO TAKASU, Président de la Commission de consolidation de la paix, a affirmé que la Commission était activement engagée dans le soutien aux efforts d’établissement de la paix postconflit.  Il a indiqué que la Commission faisait de son mieux pour renforcer la coopération avec ses partenaires au-delà même du système des Nations Unies, tels que les organisations régionales et sous-régionales, les institutions financières internationales, les donateurs bilatéraux et la société civile.  Sachant que la plupart des conflits ont des dimensions régionales importantes, il est indispensable, a estimé M. Takasu, d’engager les organisations régionales et sous-régionales dans ce processus.  Ces organisations, a-t-il ajouté, jouent un rôle important dans les domaines de la prévention des conflits et de l’établissement de la paix.  Dans le même temps, leurs activités sont d’autant plus efficaces lorsqu’elles sont pleinement intégrées dans le travail global de la Commission de consolidation de la paix et bien coordonnées avec lui.  Rappelant que les trois premiers pays dont la Commission avait la charge, le Burundi, le Sierra Leone et la Guinée-Bissau, étaient africains, M. Takasu a souligné que l’Union africaine avait pris une part importante aux délibérations de la Commission, à la fois à New York et sur place.  Il a notamment proposé que l’Union africaine participe plus activement au processus de rédaction et de mise en œuvre des stratégies intégrées de consolidation de la paix.


M. LESLIE KOJO CHRISTIAN (Ghana) a salué le soutien continu de l’ONU et de la communauté internationale au règlement des conflits en Afrique, à la fois en termes de déploiement des missions de maintien de la paix et de contribution des institutions humanitaires qui assistent les personnes déplacées en raison des conflits.  Rappelant le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies relatif aux arrangements régionaux, il a estimé essentiel de renforcer le partenariat entre le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, notamment par la pleine mise en œuvre du cadre de coopération conclu en 2006 entre les deux institutions.  En outre, constatant que le manque de ressources avait entravé le déploiement de missions en Afrique, M. Christian a appelé la communauté internationale et l’ONU à accélérer leurs efforts pour mieux répondre à ce problème.  Il a rappelé que la prévention était moins coûteuse que la résolution des conflits et a, à cet égard, souligné la nécessité de traiter des causes profondes de l’instabilité.  Le représentant a ainsi appelé la communauté internationale à soutenir le cadre de l’Union africaine pour la reconstruction postconflit et le développement, adopté en 2006, pour s’attaquer aux causes des conflits.  M. Christian a enfin indiqué que son pays avait souscrit au Mécanisme d’examen par les pairs, dans le contexte du NEPAD, processus par lequel le Ghana est soumis à un examen externe de sa gouvernance.  Ce n’est que par ces processus constructifs que l’Afrique renaîtra plus forte et plus résiliente, a-t-il conclu.


M. FRANCIS BUTAGIRA (Ouganda) a mis l’accent sur le renforcement de la coopération entre le Conseil de sécurité des Nations Unies et la Commission paix et sécurité de l’Union africaine.  Les trois objectifs de la Commission paix et sécurité de l’Union africaine, a-t-il rappelé, sont le renforcement de normes agréées par les membres de l’Union africaine, l’harmonisation des arrangements de sécurité au niveau régional et la fourniture par les gouvernements africains d’un financement durable et prévisible aux efforts de paix de l’Union africaine.  Regrettant des insuffisances dans la réalisation de chacun de ces objectifs, M. Butagira a demandé que les efforts de maintien de la paix de l’Union africaine soit couverts par le budget ordinaire des Nations Unies, en rappelant que l’Union africaine agissait en accord avec les recommandations du Conseil de sécurité des Nations Unies et dans le cadre des objectifs de maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Il a exhorté la communauté internationale à faire preuve d’autant de générosité envers l’Afrique que celle démontrée au Kosovo, en Bosnie-Herzégovine, au Timor-Leste et en Afghanistan.  À titre d’illustration, il a précisé que 30 000 soldats de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) étaient stationnés au Kosovo alors qu’il n’y avait que 17 000 Casques bleus dans l’immense République démocratique du Congo.  L’ONU, a-t-il ajouté, traîne ses pieds pour assumer ses responsabilités et se déployer en Somalie.  Le représentant a appelé la communauté internationale à aider les États africains à faire face à leurs problèmes socioéconomiques de base, notamment dans le domaine de la santé et de l’éducation, en rappelant que la pauvreté, l’aliénation et la deshumanisation pouvaient mener au terrorisme.  Il est important également de conclure un mémorandum d’accord entre la Commission de consolidation de la paix des Nations Unies et le NEPAD pour parvenir à une coopération efficace par le biais d’un réseau d’institutions et de mécanismes de planification et par le biais d’un réseau d’institutions et de mécanismes d’évaluation de la reconstruction postconflit en Afrique. 


M. ARAYA DESTA (Érythrée) a souligné l’importance de l’amélioration de la coopération institutionnelle entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Il a estimé que le défi est de se fonder sur la coopération existante de façon à régler les crises et les conflits sur le terrain avec des engagements réels.  Ainsi, il a mis l’accent sur la nécessité de s’inspirer des priorités africaines, d’avoir une évaluation politique et sécuritaire commune d’une situation de conflit donnée, d’être en mesure de définir clairement le rôle de chaque institution, de mener des opérations conjointes avec des objectifs bien définis, de développer une stratégie globale visant à résoudre les conflits.  Le représentant a en outre estimé que la paix et la sécurité internationales peuvent être assurées en maintenant l’intégrité des accords de paix et en conservant l’autorité des organes habilités par les accords de paix pour exercer leurs mandats.


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