16 janvier 2008
Conseil de sécurité
CS/9227

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Conseil de sécurité

5821e séance – après-midi


LE PRÉSIDENT SERBE BORIS TADIC AFFIRME DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ QUE SON PAYS NE RECONNAÎTRA JAMAIS L’INDÉPENDANCE DU KOSOVO


Le Président de la Serbie, M. Boris Tadic, a affirmé devant le Conseil de sécurité, cet après-midi, que son pays ne reconnaîtrait jamais l’indépendance du Kosovo, et qu’il préserverait son intégrité territoriale et sa souveraineté par tous les moyens démocratiques, les instruments juridiques et la diplomatie. 


M. Tadic, venu présenter publiquement la position de Belgrade sur le statut final du Kosovo, avant une réunion à huis clos du Conseil consacrée à ce sujet, a également assuré que la Serbie n’aurait jamais recours à la violence et à la guerre. 


M. Tadic a ainsi appelé le Conseil de sécurité à prêter attention au point de vue serbe et à décider la poursuite des négociations sur le statut futur du Kosovo et Metohija, la Serbie étant de son côté disposée à reprendre immédiatement les négociations, a-t-il précisé.


Le Président serbe, qui s’exprimait en présence également du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Joachim Rücker, a estimé que toute solution concernant le statut futur du Kosovo et Metohija devrait être fruit d’un compromis, l’ensemble des participants au processus devant continuer à adopter une approche prudente du problème et être guidés par un haut degré de responsabilité. 


Au cours des deux dernières années, a-t-il indiqué, son pays avait pris part de façon constructive aux négociations sur le statut futur de la « province sud » de la Serbie.  Un certain nombre de propositions en faveur d’une autonomie  aussi étendue que possible avaient été avancées, a-t-il expliqué, jugeant cette solution la mieux appropriée pour le Kosovo et Metohija.  Le Président serbe a en effet rappelé qu’une autonomie substantielle constituait un modèle expérimenté et durable qui a déjà fait ses preuves lorsque la Chine a résolu la question de Hong Kong et de Macao ou la Finlande le statut des Îles Aaland.  Il a été prouvé que de telles solutions sont conformes au droit international et qu’elles constituent la seule voie vers un compromis dans des conflits tels que celui du Kosovo, a-t-il déclaré.

Le Président serbe a cependant regretté que les négociations conduites sous les auspices de la troïka (États-Unis, Fédération de Russie et Union européenne) n’aient donné aucun résultat.  Pristina a refusé de parler du statut futur du Kosovo, qui avait été au préalable défini comme base de discussion, et a tenté en vain, à la place, d’imposer des négociations sur des relations entre États indépendants, a-t-il expliqué.


En outre, a constaté M. Tadic, la Serbie et son peuple ont vécu des périodes éprouvantes au cours des dix dernières années du XXème siècle en raison des erreurs tragiques de l’ancien régime.  Cela fait huit ans que la Serbie est désormais un pays démocratique et pacifique, qui a négocié de manière inlassable en proposant des solutions et des compromis, a-t-il dit, estimant qu’il n’existait aucune raison valable, aucun argument juridique pour que la Serbie et son peuple soient, dix ans plus tard, à nouveau punis pour la politique catastrophique menée par un mauvais régime.


Le Président serbe a ajouté que personne n’avait le droit de déstabiliser la Serbie et les Balkans par des décisions précipitées et unilatérales, lesquelles auraient, selon lui, des conséquences imprévisibles pour d’autres régions confrontées également à des problèmes de séparatisme ethnique. 


La Charte des Nations Unies garantit les principes du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États internationalement reconnus, a-t-il rappelé, soulignant que la Serbie en fait partie.  Si une démocratie légitime était, contrairement à sa volonté, privée d’une partie intégrale de son territoire, ceci équivaudrait à une violation de la Charte, entamerait la crédibilité de l’Organisation mondiale et porterait atteinte aux principes mêmes du droit international, a-t-il insisté.  Le Président serbe a ainsi demandé à tous d’éviter tout encouragement à l’adoption d’une décision unilatérale en faveur de l’indépendance du Kosovo.


Le Chef de l’État serbe a par ailleurs jugé que le rapport du Représentant spécial du Secrétaire général sur la situation et la mise en œuvre des normes au Kosovo ne reflétait pas la réalité, mettant en particulier l’accent sur les parties consacrées à la sécurité de la population serbe et au retour des personnes déplacées.


M. Tadic a ainsi cité le chiffre de 250 000 expulsés - dont 207 000 ayant été déplacés à l’intérieur de la Serbie - qui attendent tous de regagner leurs foyers.  Il a également fait part de la poursuite de violations des droits de l’homme et d’entraves à la liberté de circulation des Serbes et d’autre membres de communautés ethniques victimes de discriminations, ainsi que d’intimidations permanentes à l’égard des Serbes, y compris des attaques contre leurs biens et leur patrimoine culturel et religieux.  Jusqu’en janvier 2007, a-t-il ajouté, plus de 7 000 attaques de nature ethnique ont été perpétrées, 581 Serbes et 104 membres d’autres communautés ayant été tués depuis l’arrivée de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) et de la KFOR en 1999.


M. Tadic a terminé son intervention par la lecture d’une lettre d’un jeune du Kosovo qu’il a indiqué avoir reçue juste avant la réunion du Conseil de sécurité.  L’auteur de la lettre demandait au Président serbe de témoigner du sort des enfants du Kosovo. 



Rapport du Secrétaire général sur la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (S/2007/768)


Le Secrétaire général, dans son dernier rapport sur la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), affirme que le statu quo au Kosovo « n’est sans doute pas viable ».  « Les habitants du Kosovo nourrissent encore l’espoir qu’une solution au statut futur du territoire sera rapidement trouvée », écrit M. Ban Ki-moon, relevant que « si l’impasse continue, les événements sur le terrain pourraient imposer leur logique », une situation propre, alors, à compromettre gravement les réalisations et l’acquis des Nations Unies au Kosovo. 


« Le Conseil de sécurité et la communauté internationale doivent donc s’attacher en priorité à faire avancer le processus de la détermination du statut futur du Kosovo », poursuit le Secrétaire général, pour qui « l’incertitude et la perte d’une dynamique favorable »entraînent un « risque d’instabilité, aussi bien au Kosovo que dans la région » et créent un « risque potentiel pour la sûreté du personnel des Nations Unies ».


Le Secrétaire général qui, dans ce dernier rapport, traite des activités de la MINUK et de l’évolution de la situation au Kosovo au cours de la période allant du 1er septembre au 15 décembre 2007, juge néanmoins « encourageant le fait que les récentes élections au Kosovo aient été menées de façon régulière et équitable et conformément aux normes internationales ».  Il estime important que ces élections soient « suivies sans retard de la formation d’un nouveau gouvernement de coalition pluriethnique ».


Cependant, estime le Secrétaire général, la faible participation des Serbes du Kosovo à ce scrutin est regrettable.  C’est pourquoi il invite les représentants politiques des Serbes du Kosovo, de même que les autorités de Belgrade à lesencourager « à participer de façon constructive et active à la vie institutionnelle du Kosovo ».  De même, le Gouvernement du Kosovo et les dirigeants politiques doivent-ils « continuer à s’ouvrir aux Serbes du Kosovo et aux autres minorités ».


Le Secrétaire général salue également l’action de la troïka qui, selon lui, s’est attachée à faciliter des discussions intenses et substantielles entre Belgrade et Pristina sur le statut du Kosovo, mais constate entre les parties des « divergences de fond ».


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