15/12/2008
Assemblée générale
AG/10799

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Assemblée générale

Soixante-troisième session

69e séance plénière – matin


AU LENDEMAIN DE DOHA, L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE RÉFLÉCHIT AUX MOYENS DE RELANCER LE DÉVELOPPEMENT DANS UN CONTEXTE DE CRISES MONDIALES


À l’occasion d’une réunion centrée sur le développement, et en présence de la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, l’Assemblée générale est revenue ce matin sur la Conférence chargée de l’examen du Consensus de Monterrey sur le financement du développement, qui s’est tenue à Doha du 29 novembre au 2 décembre derniers, dans un contexte de crises alimentaire, économique et financière.


Asha-Rose Migiro a exprimé sa préoccupation devant la récession à laquelle les pays développés font face et qui risque de ralentir la croissance enregistrée ces cinq dernières années par les pays en développement.  Dans ce contexte, la réussite du Cycle de négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est essentielle, a-t-elle ajouté, soulignant qu’il importe d’établir des accords commerciaux permettant aux pays pauvres d’avoir accès à des médicaments à des prix abordables ainsi qu’à des technologies propres.


Faisant écho à cet appel à la solidarité, le représentant de la France a affirmé que l’Union européenne, que son pays préside actuellement, ne ménageait aucun effort pour aider la communauté internationale à tenir ses engagements.  Premier bailleur d’aide publique au développement (APD), l’Union a aussi pris une part active à la négociation du Document final de la Conférence de Doha, que le représentant a qualifiée de « succès ».


Bien au contraire, a répliqué son homologue du Pakistan pour qui le suivi du Consensus de Monterrey a été l’occasion d’identifier « un sérieux déficit de mise en œuvre des engagements pris, en particulier le déclin continu de l’APD, les distorsions du commerce international et l’exclusion des pays à faible revenu de la gouvernance économique mondiale et du processus de prise de décisions ».


Le représentant pakistanais a dit qu’il aurait souhaité que la réunion d’aujourd’hui se fonde sur une évaluation rigoureuse des crises actuelles et fasse des recommandations concrètes sur les moyens d’y répondre.  Cette réunion, a-t-il insisté, aurait eu toute sa place dans le cadre du débat général de l’Assemblée, en présence des dirigeants du monde, plutôt qu’à la fin de la partie principale de ses travaux.


Il a néanmoins reconnu que la prochaine Conférence des Nations Unies sur les crises financière et économique mondiales, dont l’organisation a été agréée à Doha, jouerait ce rôle.  La représentante du Kazakhstan s’en est également félicitée comme de la tenue de la réunion de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC) pour examiner les causes sous-jacentes de la crise financière.


Défavorable à « l’accumulation de nouveaux sommets ou de réunions de haut niveau », le représentant de la France a argué que, pour l’Union européenne, il est plus important de se livrer à une « réflexion stratégique » sur les thèmes et les échéances « pour lesquels il apparaît opportun de réunir nos hauts responsables », afin qu’ils puissent donner, sous les auspices des Nations Unies, une véritable impulsion à la mise en œuvre des textes adoptés lors du Sommet du Millénaire.


Appelant lui aussi à des solutions innovantes, le représentant du Honduras a plaidé pour une réévaluation de la Banque mondiale et du Fond monétaire international (FMI), en vue de leur éventuelle modification.  En effet, s’est-il expliqué, les mesures qu’ils adoptent divergent parfois des objectifs de développements agréés.  Il est plus que jamais nécessaire, a renchéri son homologue de Cuba, d’établir un ordre international basé sur la solidarité, la justice sociale, l’équité et le respect des droits des peuples et de tout être humain.  Un tel ordre ne viendra que par une profonde transformation des systèmes financier, économique et commercial, a estimé la représentante cubaine.


Par ailleurs, l’Assemblée générale a adopté*, sans vote, une résolution par laquelle elle souligne qu’il importe de maintenir et d’étendre les domaines de coopération existant entre les Nations Unies et l’Organisation de coopération économique (OCE), une organisation intergouvernementale créée en 1985 par l’Iran, le Pakistan et la Turquie pour promouvoir une coopération économique, technique et culturelle.  Successeur de l’Organisation pour la coopération régionale en matière de développement, l’OCE compte 10 nations asiatiques.


* A/63/L.39/Rev.1


SUIVI DES TEXTES ISSUS DU SOMMET DU MILLÉNAIRE: RÉUNION PARTICULIÈRE CENTRÉE SUR LE DÉVELOPPEMENT


Déclarations


Mme ASHA-ROSE MIGIRO, Vice-Secrétaire générale de l’ONU, a déclaré que la récession à laquelle les pays développés feront sans doute face risque de ralentir la croissance enregistrée ces cinq dernières années par les pays en développement.  Elle a signalé que les exportations issues de ces pays et les transferts de fonds étaient en diminution, et que ce ralentissement survient alors que les pays en développement ne se sont toujours pas remis de la flambée des prix des denrées alimentaires et du carburant.  La Vice-Secrétaire générale a également évoqué les effets des changements climatiques.


L’éradication de la pauvreté est la plus grande priorité, a enchaîné Mme Migiro, selon qui le manque de progrès dans ce domaine risque de saper les efforts réalisés dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  La Vice-Secrétaire générale a notamment insisté sur la création d’emplois et sur l’importance de renforcer les systèmes de santé.  Peu d’avancées ont été enregistrées en matière de mortalité maternelle et infantile, a-t-elle insisté, avant de souligner l’importance du développement durable.  La réussite des pourparlers de Doha est essentielle, a ajouté la Vice-Secrétaire générale pour qui, il importe d’établir des accords commerciaux qui permettront aux pays pauvres d’avoir accès à des médicaments à des prix abordables ainsi qu’à des technologies propres.


En temps de crise, la solidarité internationale est essentielle, a déclaré Mme Migiro, qui a salué le travail entrepris par le Conseil économique et social, notamment l’organisation du Forum pour la coopération en matière de développement et l’Examen ministériel annuel.  Nous devons nous assurer que ces temps difficiles ne nous éloignent pas de nos objectifs communs, a-t-elle dit avant de conclure.


S’exprimant au nom de l’Union européenne (UE), M. PHILIPPE DELACROIX (France) a indiqué que l’Union avait participé très activement à la négociation du Document final de la Conférence de suivi du Consensus de Monterrey et s’est réjoui de son succès.  Pour l’Union, premier bailleur d’aide publique au développement (APD), cette Conférence a été l’occasion de réaffirmer avec force sa solidarité vis-à-vis de ses partenaires du Sud et ses engagements en matière d’APD, a-t-il dit.  L’UE continuera à ne ménager aucun effort pour aider la communauté internationale à tenir ses engagements, en particulier en Afrique subsaharienne, où les retards pris sont les plus importants. 


Une coopération renforcée, à tous les niveaux, est également indispensable pour exploiter les synergies au profit du développement durable et de la protection de l’environnement, a souligné le représentant.  Les changements climatiques sont aujourd’hui une réalité dont les impacts sont ressentis par tous, et l’Union a placé ce phénomène au cœur de son action comme en témoigne la Conférence de Poznań qui s’est tenue la semaine passée.  En outre, a souligné le représentant, la perte de biodiversité que la communauté internationale s’est engagée à réduire de manière significative avant 2010 est indissociable des problèmes de désertification, de déforestation et de changements climatiques.


Pour l’Union, il faut aussi rester attentif à la dimension sociale du développement et à la nécessité d’offrir à chaque être humain des conditions permettant son plein épanouissement à savoir, le respect de l’état de droit, la promotion des droits de l’homme, la parité entre les hommes et les femmes, la protection des enfants, l’éducation, la santé et la lutte contre les pandémies, les droits économiques et sociaux et le travail décent, notamment face à l’amplification des flux migratoires.  C’est avec l’ambition de répondre à ces défis que nous devrons envisager les travaux de l’Assemblée générale, de l’ECOSOC et de l’ensemble du système des Nations Unies, avec la volonté de rationaliser les agendas, a préconisé M. Delacroix. 


S’il s’est félicité de l’adoption de la résolution 62/277 sur la cohérence d’ensemble du système des Nations Unies, et des initiatives prises au cours des deux dernières années dans l’organisation des travaux de l’ECOSOC, le représentant a en revanche exprimé sa préoccupation devant l’accumulation de nombreuses propositions de nouveaux sommets ou de réunions de haut niveau au cours des prochaines années.  Il nous paraît très important de nous livrer à une réflexion plus stratégique sur les thèmes sur lesquels l’ONU peut apporter une réelle valeur ajoutée par rapport à d’autres forums internationaux et sur les échéances pour lesquelles il apparaît réellement opportun de réunir nos hauts responsables, afin qu’ils puissent apporter, dans le cadre de l’ONU, une véritable impulsion et une réelle valeur ajoutée à notre action commune pour la mise en œuvre des textes adoptés lors du Sommet du Millénaire.


M. JORGE ARTURO REINA IDIAQUEZ (Honduras) a déclaré que le monde est entré dans un moment de l’histoire dont il ne sortira pas inchangé.  Beaucoup dépendra de « comment et quand » nous agirons, a dit le représentant, avant de lancer un appel à la conscience pour résorber l’impact négatif de la crise actuelle.  Des millions de personnes dans notre région n’ont pas accès aux produits les plus fondamentaux et se voient obligées de survivre et de se livrer à une bataille quotidienne pour se nourrir, a-t-il déploré.  Il a exhorté l’Assemblée générale à jouer un rôle plus actif et plus dynamique et à établir un éventail de stratégies à long terme pour répondre à la crise.


La crise actuelle illustre de grands problèmes à savoir les messages que nous n’avons pas su lire, a enchaîné le représentant, qui a ensuite engagé la communauté internationale à harmoniser ses critères pour aller de l’avant.  Il a notamment demandé une évaluation de la Banque mondiale et du Fond monétaire international, en vue de leur éventuelle modification car ils ont parfois adopté des mesures qui divergent des objectifs fixés par les Nations Unies. 


M. Reina a engagé la communauté internationale à suivre les consignes élaborées par le Secrétaire général et a passé en revue les diverses initiatives lancées par les pays d’Amérique centrale à cette fin.  M. Reina a conclu en disant que si la migration n’était pas considérée comme un crime, il est fort probable que le fossé qui sépare les pays développés des pays en développement serait comblé.


M. ASAD MAJEED KHAN (Pakistan) a déclaré que les crises actuelles menacent sérieusement les efforts des pays en développement pour atteindre les objectifs agréés au plan international.  Un peu plus tôt ce mois-ci à Doha, a-t-il rappelé, nous avons constaté l’existence d’un sérieux déficit de mise en œuvre des engagements pris, en particulier le déclin continu de l’APD, les distorsions du commerce international et l’exclusion des pays à faible revenu de la gouvernance économique mondiale et du processus de prise de décisions.  Le représentant s’est cependant félicité de la décision prise à Doha de convoquer une Conférence des Nations Unies sur les crises financière et économique mondiales, ainsi que de l’accord pour renforcer le processus intergouvernemental sur le suivi de la mise en œuvre de la Déclaration de Doha.  Il a rappelé que son pays s’était toujours prononcé en faveur de mécanismes de mise en œuvre à même de surveiller efficacement, sous les auspices de l’ONU, le respect des engagements pris en matière de développement. 


Toutefois, le représentant a souligné qu’il aurait souhaité que cette réunion centrée sur le développement se fonde sur une évaluation rigoureuse et complète de la situation économique mondiale et fasse des recommandations concrètes sur les meilleurs moyens de faire face aux crises multiples que le monde subit aujourd’hui.  Cette réunion serait plus pertinente dans le cadre du débat général de l’Assemblée générale plutôt qu’à la fin de la partie principale de ses travaux.  Cela aurait permis à nos dirigeants, a poursuivi le représentant, de réfléchir ensemble à l’évolution des tendances et des perspectives économiques, et d’évaluer les progrès annuels dans la mise en œuvre des objectifs de développement.  La Conférence que la Déclaration de Doha appelle de ses vœux jouera donc ce rôle, a espéré le représentant.


Mme AIDA ALZHANOVA (Kazakhstan) s’est tout d’abord félicitée de la tenue prochaine, en 2009, du Sommet des Nations Unies et de la réunion de haut niveau du Conseil économique et social pour examiner les causes sous-jacentes de la crise financière.  De son avis, chaque État se doit de rester impliqué au sein des processus de développement et de rester engagé en faveur de son propre peuple.  Elle a ensuite indiqué que le Kazakhstan s’efforçait, entre autres, d’atténuer l’impact de la crise sur son développement et de protéger ses citoyens, notamment les groupes les plus défavorisés.  Mme Alzhanova a également passé en revue les différentes mesures mises en place par son pays pour stabiliser son marché interne, notamment l’adoption d’un Plan pour la stabilisation du système économique et financier. Quinze milliards de dollars ont par ailleurs été affectés à la stabilisation du marché de l’immobilier, a-t-elle indiqué, pour ensuite demander un plus grand engagement de la part des pays donateurs lors de l’examen du Programme d’action d’Almaty.


La représentante a expliqué que le Président du Kazakhstan avait engagé la communauté des affaires à intégrer une dimension environnementale et sociale dans leurs activités quotidiennes.  Elle a également signalé que, dans le cadre du Plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement 2009-2014, le Kazakhstan allait élaborer une politique économique qui favorise l’individu, établir un secteur privé socialement responsable et améliorer le système d’administration publique.


Mme ILEANA NÚÑEZ MORDOCHE (Cuba) a indiqué que la Déclaration de Doha n’était pas parvenue à fournir un diagnostic rigoureux et élargi de la gravité de la situation économique que traverse le monde et de ses implications pour les pays pauvres.  Soulignant ensuite l’impact des changements climatiques, elle a rappelé que dans le cas des petits États insulaires en développement, le dernier passage des ouragans avait entraîné des pertes économiques qui se sont traduites par des années de retard sur le plan du développement.  Le poids de la dette et l’impasse des négociations commerciales du Cycle de Doha complètent ce panorama décourageant, a ajouté la représentante.  Les solutions urgentes que nous attendons ne sont pas toujours adoptées et les pays riches ne font rien d’autre que d’offrir des remèdes palliatifs et temporaires, la plupart du temps, entachés de conditions diverses, au lieu de s’impliquer complètement dans la recherche et la mise en œuvre de mesures efficaces pour faire advenir les changements radicaux dont nous avons tant besoin. 


Pour Cuba, il est plus que jamais nécessaire d’établir un ordre international basé sur la solidarité, la justice sociale, l’équité et le respect des droits des peuples et de tout être humain.  La question est de savoir si les dirigeants du monde chaotique dans lequel nous vivons sont prêts à renoncer à leurs privilèges et à leur gaspillage, a lancé la représentante.  Un tel ordre ne viendra que par une profonde transformation des systèmes financier, économique et commercial, a-t-elle ajouté en conclusion.


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