13/07/2007
Conseil économique et social
ECOSOC/6293

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Conseil économique et social


LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL TIENT UNE RÉUNION SUR LE PASSAGE DE LA PHASE DES SECOURS À CELLE DE L'AIDE AU DÉVELOPPEMENT


(Publié tel que reçu)


Genève, 13 juillet (Service de l’information des Nations Unies) –- Le Conseil économique et social a tenu, cet après-midi, une réunion sur le thème du «passage de la phase des secours à celle de l’aide au développement ».  Deux réunions-débats étaient organisées dans ce cadre, portant, l'une, sur le cas de la République démocratique du Congo et, l'autre, sur celui du Burundi.


Après une présentation générale par le Vice-Président du Conseil économique et social, M. Hjálmar Hannesson, Mme Sally Fegan-Wyles, Directrice du Bureau du Groupe de développement des Nations Unies, a ouvert la réunion-débat sur le cas de la République démocratique du Congo. 


Cette première réunion-débat a notamment compté avec la participation de M. Ross Mountain, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo, qui s'est félicité de ce que le système des Nations Unies ait appuyé avec succès le récent processus électoral dans le pays, opération la plus complexe de ce genre jamais menée par les Nations Unies.  Il a en outre salué la mise sur pied par la communauté internationale et les autorités congolaises de programmes d'actions prioritaires qui viennent renforcer le sentiment de responsabilité nationale, améliorer la cohérence et générer des financements prévisibles et mieux ciblés.  M. Olivier Kamitatu Etsu, Ministre de la planification de la République démocratique du Congo, a souligné que cette période postélectorale est pour les responsables congolais synonyme d'engagements solides en faveur du développement du pays, de la stabilité des institutions, de la consolidation de la paix et de la bonne gouvernance.  Il a attiré l'attention sur la nécessité d'incorporer un volet de renforcement des capacités institutionnelles dans tous les programmes et projets mis en œuvre par les institutions des Nations Unies et de renforcer la coordination de l'aide.


Dans le débat qui a suivi ont notamment été soulignées l'importance de régler d'urgence la question des personnes déplacées et de la violence sexuelle et la nécessité de renforcer rapidement les institutions de la République démocratique du Congo.  Les délégations du Luxembourg, du Portugal au nom de l'Union européenne, de la Belgique, du Mexique et du Royaume-Uni ont participé au débat.


Présidée par M. Idriss Jazaïry, Vice-Président du Conseil économique et social, la seconde réunion-débat - consacrée au Burundi - était animée par M. Daniel López Acuña, Directeur des programmes de relèvement et de transition et des interventions sanitaires en situations de crise à l'Organisation mondiale de la santé.  Il a notamment souligné que les enjeux de la transition au Burundi sont considérables, compte tenu du risque de retour du conflit.


M. Antoine Baza, Conseiller au Cabinet du Vice-Président du Burundi, a fait observer que la réussite des programmes de développement dans les situations d'après-conflit dépend pour beaucoup de la maîtrise nationale et de l'application des principes de la démocratie et de la bonne gouvernance; d'un environnement géopolitique immédiat favorable au processus de paix; et du soutien de la communauté internationale.  Mme Bintou Keïta, du Fonds des Nations Unies pour l'enfance au Burundi, a pour sa part expliqué que sur le terrain, les sections et le personnel de l'ancienne l'Opération des Nations Unies au Burundi ont fusionné avec les sections spécialisées et le personnel des Nations Unies dans le pays, permettant ainsi la création d'une équipe unique chargée de mettre en œuvre le plan d'action humanitaire commun.  Mme Carolyn McAskie, Sous-Secrétaire générale à l'appui à la consolidation de la paix, a quant à elle expliqué le travail de la Commission de la consolidation de la paix au Burundi et attiré l'attention sur les problèmes de financement.


Au cours du débat sur le thème de cette seconde réunion, nombre d'intervenants ont salué les efforts déployés par le Burundi pour se relever.  A également été soulevée la question de la complémentarité du financement de l'aide humanitaire et de l'aide au développement à long terme.  Les délégations du Portugal au nom de l'Union européenne, de la Fédération de Russie, de la Chine et du Japon se sont exprimées.


Lors de sa prochaine séance plénière, lundi prochain à 10 heures, le Conseil ouvrira son débat sur les questions humanitaires.


Présentation de la réunion consacrée à la question du passage de la phase des secours à celle de l'aide au développement


M. HJÁLMAR HANNESSON, Vice-Président du Conseil économique et social, a rappelé que l'ECOSOC s'intéresse aux questions de transition depuis plus de dix ans.  Au départ, ce thème était abordé sous l'angle du «passage du témoin» entre l'aide humanitaire d'urgence et l'aide au développement à plus long terme.  Puis, au fil du temps, il est apparu évident que la transition entre les deux phases ne s'opérait pas de manière si tranchée ni harmonieuse: elle implique plutôt une diminution graduelle de l'aide humanitaire au profit de l'enracinement progressif de l'aide au développement et de la prise en charge par les autorités nationales et les autres parties concernées des activités de coordination et de gestion de l'assistance.  Dans ce contexte, a souligné le Vice-Président du Conseil, les Nations Unies assument un rôle prépondérant d'assistance aux gouvernements dans l'organisation de leurs efforts de reconstruction.  Le défi consiste à jeter les bases d'un développement durable tout en conservant une capacité de réaction aux besoins humanitaires.  Cette tâche, très complexe, requiert un savant dosage entre différents types d'activités d'aide, adapté au gré des circonstances.  Le débat de cet après-midi doit donc permettre de mieux comprendre les difficultés inhérentes à la gestion de la transition.  Dans un premier temps, a rappelé M. Hannesson, le Conseil s'intéressera aux activités innovantes déployées dans le cadre de la transition en République démocratique du Congo; dans un second temps, il se penchera sur les défis de la consolidation de la paix au Burundi. 


Le cas de la République démocratique du Congo


Exposés des panélistes


MME SALLY FEGAN-WYLES, Directrice du Bureau du Groupe de développement des Nations Unies, a fait observer que le cas de la République démocratique du Congo constitue un exemple probant du partenariat croissant entre les Nations Unies et la Banque mondiale.  La discussion de cet après-midi permettra d'en apprendre davantage sur ce partenariat, ainsi que sur l'aide apportée au Gouvernement en matière d'évaluation des besoins de la nation, de détermination des priorités, de mobilisation des ressources et de rassemblement de la communauté internationale autour des priorités nationales, a-t-elle précisé.  À bien des égards, l'exemple de la République démocratique du Congo est intéressant.  M. Ross Mountain, en tant que Représentant spécial adjoint du Secrétaire général en République démocratique du Congo, incarne la volonté des Nations Unies de donner une certaine marge de manœuvre aux dirigeants des équipes des Nations Unies; il connaît bien la situation et les besoins du pays, a précisé Mme Fegan-Wyles.  Il y a actuellement onze représentants spéciaux adjoints du Secrétaire général, a-t-elle précisé, se félicitant des efforts déployés par les Nations Unies pour créer une véritable équipe onusienne.


M. ROSS MOUNTAIN, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général en République démocratique du Congo, a rappelé que le pays a tenu pour la première fois en quarante ans des élections législatives.  On peut se féliciter de ce que le système de l'ONU, par l'intermédiaire de la MONUC et du Programme des Nations Unies pour le développement, ait appuyé avec succès le récent processus électoral, l'opération la plus complexe de ce genre menée par les Nations Unies.  Le succès vient aussi du fait que le peuple congolais voulait sortir d'une trop longue période d'anarchie.  La République démocratique du Congo, qui est l'un des plus grands pays du monde et doté de grandes richesses naturelles, est malheureusement aussi le lieu de l'une des plus graves crises humanitaires au monde.  Après des années de conflit, les indicateurs sociaux y sont désastreux: l'espérance de vie y est ainsi tombée à 43 ans et 1200 personnes y meurent par jour de maladies évitables.  En 2003, un accord de partage du pouvoir a permis l'instauration d'un gouvernement de transition et la tenue d'un référendum constitutionnel.  En juillet et novembre 2007, des élections présidentielle et législative seront appuyées par la force de maintien de la paix des Nations Unies.  Le pays revient de loin, a observé M. Mountain, et la communauté internationale doit maintenir son appui pour éviter les erreurs qui sont couramment commises dans ce genre de situations.


Des programmes d'actions prioritaires (PAP) ont été mis sur pied par la communauté internationale et les autorités congolaises pour renforcer la responsabilité nationale, améliorer la cohérence et générer des financements prévisibles et mieux ciblés.  En matière de cohérence, a notamment expliqué M. Mountain, on sait que la coopération pour le développement entraîne des frais de transaction très élevés pour les gouvernements bénéficiaires.  Cette situation, due aux efforts isolés déployés par les différents donateurs, entraîne un surcroît de travail pour tous les partenaires.  En République démocratique du Congo, la Banque mondiale et les dix-huit institutions des Nations Unies se sont mises d'accord pour travailler en parfaite coordination dans le respect des principes de Paris.  C'est ainsi que fut institué un plan cadre pour l'aide au développement.  Ce cadre a été synchronisé par le biais du document de stratégie nationale de développement de la République démocratique du Congo, déjà largement accepté par les acteurs locaux.  Après quelques mois, tous les autres grands donateurs ont entériné le plan-cadre, ce qui signifie que 85% de l'aide publique au développement à destination du pays est désormais fédérée dans un cadre unique. 


M. Mountain a par ailleurs indiqué que, dans le cadre de l'action des Nations Unies en République démocratique du Congo, il a été décidé de cibler en priorité le secteur agricole, dont dépendent 70% de la population sa subsistance.  Une autre action urgente a été engagée dans le domaine de l'éducation et de la santé, avec notamment l'abolition des frais de scolarité primaire et l'introduction d'une série de services sanitaires de base gratuits.  Grâce à ces mesures, parmi d'autres, les Nations Unies sont parvenues à mettre sur pied un ensemble de programmes très concrets basés sur les priorités en matière de développement fixées par les Congolais eux-mêmes.  Cette méthode est la clé du succès de la réussite de la période de transition en République démocratique du Congo, a conclu M. Mountain.


M. OLIVIER KAMITATU ETSU, Ministre du Plan de la République démocratique du Congo, a expliqué qu'au lendemain de l'organisation d'élections libres, démocratiques et transparentes, la République démocratique du Congo a profondément changé.  Il s'est dit fier de parler aujourd'hui d'un Congo nouveau disposant d'un Président élu, d'une Assemblée nationale et d'un Sénat élus, des Gouverneurs de Province et des Assemblées provinciales élus.  Cette période postélectorale est pour les responsables congolais synonyme d'engagements solides pour le développement du pays, la stabilité des institutions, la consolidation de la paix et la bonne gouvernance, a-t-il précisé.  Il a à cet égard souligné que les défis sont conséquents.  80% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté fixé à un dollar par jour, l'espérance de vie est de 43 ans et le taux de mortalité des enfants en dessous de 5 ans est 34 fois plus élevé que celui des pays développés.  Toutefois, ces obstacles majeurs ne peuvent occulter les facteurs fondamentaux qui ont permis, avec l'appui de la communauté internationale, particulièrement la Mission de maintien de la paix, la réussite du processus électoral, a-t-il souligné.  En dépit de la volonté affichée par une population déterminée à choisir librement ses dirigeants, la mission de maintien de la paix s'effectue aujourd'hui encore dans un contexte où la crise et les conflits ont fragilisé les institutions et affaibli l'appareil d'État qui n'a plus la capacité de faire face aux demandes essentielles de la population en termes de sécurité et d'accès aux services sociaux de base, a poursuivi M. Kamutatu.  C'est ici que le rôle du leadership des Nations Unies, à travers la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) et le système des agences des Nations Unies, trouve sa place et sa pertinence pour contribuer à la stabilisation de la situation, aider à la mise en place d'une meilleure gouvernance, répondre aux urgences des secteurs-clés tels que la santé, la nutrition et l'eau, et appuyer le pays dans ses choix stratégiques de développement.


Le Ministre a souligné que dans la situation complexe de la République démocratique du Congo où les situations d'extrême urgence côtoient les exigences de développement durable de la période postélectorale, l'élargissement du Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires (CERF) constitue plus que jamais un atout indéniable pour renforcer les chances de succès du Gouvernement.  M. Kamitatu a attiré l'attention sur l'importance de l'appropriation nationale de la stratégie de développement.  Que ce soit au niveau de la consolidation de la paix et de la bonne gouvernance, de la consolidation de la stabilité économique et de la croissance, de l'amélioration de l'accès aux services sociaux de base et de la réduction de la vulnérabilité, de la lutte contre le VIH/sida et de la dynamique communautaires, qui constituent les cinq piliers de l'action publique, toutes ces stratégies appellent un soutien aux capacités des institutions nationales, a souligné le Ministre.  Il a ensuite fait part des premiers résultats encourageants observés et s'est notamment réjoui que l'inflation soit en régression constante et que la croissance économique se situe à 6,5% contre un taux négatif de -2,1% en 2000.  Un cadre d'assistance a été élaboré pour améliorer la prédictibilité de l'aide et de la coordination.  En outre un Plan d'actions prioritaires prévu sur 18 mois a été élaboré comme réponse gouvernementale à l'effort des donateurs, constituant une excellente amorce de cette nouvelle dynamique de partenariat que le Gouvernement entend promouvoir à partir du choix de certaines actions jugées prioritaires.  Pour conclure, M. Kamutatu a préconisé que soit systématiquement pris en compte un volet de renforcement des capacités institutionnelles congolaises dans tous les programmes et projets mis en œuvre par les agences des Nations Unies et que la coordination de l'aide extérieure soit renforcée dans le sens de l'opérationnalisation de la Déclaration de Paris.


Commentaires et questions des membres du Conseil


Une délégation s'est félicitée de l'évolution politique favorable en République démocratique du Congo et a remercié M. Mountain pour l'action qu'il mène, au nom des Nations Unies, en faveur du peuple congolais.


Une autre délégation a souligné que les décisions en matière de relèvement et d'assistance au développement doivent se concentrer sur la survie lors de la phase humanitaire; assurer la consolidation de la paix et la reconstruction durant la phase de transition; et mettre l'accent sur les stratégies nationales et les objectifs du Millénaire pour le développement dans la phase de développement.  À cet égard, il faut que le système des Nations Unies remplisse son rôle de coordonnateur de la communauté internationale et intensifie ses efforts en matière de collaboration interinstitutions, ainsi que de simplification et d'harmonisation des procédures administratives et des structures du financement - ces dernières jouant un rôle prépondérant dans le contexte de la transition du secours au développement.


Il a aussi été relevé que la participation de la société civile est importante pour assurer la bonne gestion publique, en particulier en matière financière. 


Une délégation a voulu savoir quels avaient été les principaux défis et obstacles entre instances de coordination et autorités nationales.


Réponses des panélistes


M. KAMITATU, Ministre de la planification de la République démocratique du Congo, a indiqué qu'un véritable système d'information va être mis en place pour aboutir à l'informatisation des données permettant de les regrouper toutes en temps réel.  Il ne s'agit pas là uniquement d'un outil statistique mais bien d'un véritable outil de coordination, a-t-il souligné.  S'agissant de la transition de l'aide au développement, il a affirmé que le retour des personnes déplacées constitue une priorité absolue pour son pays.  On peut avoir les plus beaux textes de lois, encore faut-il les appliquer, a-t-il par ailleurs souligné, ajoutant que pour ce faire, il faut un cadre institutionnel solide.  À cet égard, réhabiliter l'armée, la police et la justice constitue également une priorité absolue, a-t-il précisé.  Pour ce qui est des violences commises contre les femmes, il a indiqué que le principal problème est l'impunité.  Tant que la justice n'est pas rétablie sur le territoire, aucun frein ne peut être mis à ces actions, a-t-il insisté.  Il importe donc d'œuvrer rapidement à la consolidation de la paix et de réhabiliter l'armée, la police et la justice.  Le Ministre s'est d'autre part réjoui de la prise en charge par la Banque mondiale de 23 000 écoles.  En matière d'éducation, a-t-il précisé, l'objectif est d'arriver progressivement à la gratuité de la scolarité au niveau du primaire.  Pour conclure, il a insisté sur l'urgence de trouver les meilleures réponses pour consolider les efforts qui ont déjà été déployés.


M. MOUNTAIN a estimé que la question de l'impunité est au cœur du problème préoccupant que représente le fléau de la violence sexuelle.  La justice civile et militaire doit absolument être renforcée, un thème qui fait l'objet d'une conférence en ce moment même à Kinshasa.  L'accent doit également porter sur la réinsertion des anciens combattants, la situation restant préoccupante à cet égard.  D'autre part, il faut garder à l'esprit que les communautés ont beaucoup souffert aux mains des combattants.


S'agissant de l'accès aux services de base, une approche par étapes s'impose.  Comment peut-on assurer la scolarisation primaire des enfants?  L'enseignement primaire gratuit est certes un objectif majeur du Gouvernement, mais les problèmes induits imposent une démarche méthodique et étalée dans le temps.  Enfin, il faut d'une manière générale savoir rester à l'écoute des besoins exprimés par la population: à défaut, il ne sera pas possible de poursuivre des objectifs réalistes.  Reste qu'il est indéniable que la République démocratique du Congo s'est remise sur le bon chemin, a conclu M. Mountain.


Concluant le débat sur l'examen du cas de la République démocratique du Congo, MME FEGAN-WYLES, Directrice du Bureau du Groupe des Nations Unies pour le développement, a fait observer que le système des Nations Unies doit intervenir pour alléger la lourde tâche de la reconstruction qui incombe au Gouvernement.


Le cas du Burundi


Exposés des panélistes


Introduisant le débat sur le cas du Burundi, M. IDRISS JAZAÏRY, Vice-Président du Conseil économique et social, a fait observer que le Burundi est un cas d'école s'agissant de la transition des secours au développement, bien que la phase transitionnelle en tant que telle soit ou devrait être déjà terminée.  Il a également tenu à rappeler qu'à l'instar de celui de la Sierra Leone, le cas du Burundi est actuellement examiné par la Commission de consolidation de la paix.  Il a donc exprimé l'espoir que cette dernière saurait être à la hauteur de ses nobles objectifs.


M. DANIEL LÓPEZ ACUÑA, Directeur des programmes de relèvement et de transition et de l'action sanitaire dans les situations de crise à l'Organisation mondiale de la santé, a ouvert le débat en déclarant que les enjeux de la transition au Burundi sont considérables, compte tenu du risque de retour du conflit dans ce pays.  La situation économique du Burundi est très difficile, sans compter le problème des centaines de milliers de réfugiés.  Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est gravissime et le paludisme ainsi que la diphtérie, entre autres, font des ravages, a souligné M. López Acuña.  La violence sexuelle est omniprésente et la sécurité alimentaire n'est pas assurée, a-t-il poursuivi.  Le développement socioéconomique est donc au centre de tous les efforts qu'il convient de déployer dans ce pays.  Les défis sont colossaux mais des perspectives existent néanmoins, a conclu M. López Acuña.


M. ANTOINE BAZA, Conseiller principal chargé des questions politiques et diplomatiques au Cabinet du Premier Vice-Président de la République du Burundi, a présenté les principaux défis auxquels doit faire face le Burundi dans la phase de transition des secours au développement.  Il a fait observer que la crise a été tellement grave et les capacités intérieures si débordées que la communauté internationale s'est sentie interpellée et les Nations Unies ont joué un rôle très important dans la phase de transition.  Elles ont contribué pour beaucoup à la mise en place d'un gouvernement intérimaire en procédant notamment à l'intégration des ex-combattants, à la supervision des élections et aux négociations de l'accord de paix final.  Le Gouvernement fait de son mieux pour faire face aux défis liés à la consolidation de la paix, mais le chemin est encore long, a souligné M. Baza.  Parmi les défis à relever figure notamment la nécessaire galvanisation d'une armée et d'une police nationale intégrée, conformément aux exigences de la démocratie et de l'État de droit.  Il convient à cet égard de tenir compte des accords de paix et de cessez-le-feu qui contiennent des dispositions sur la représentation des différentes ethnies.  En outre, les éléments à intégrer dans les forces de sécurité doivent venir de différents horizons, de l'armée, de différentes polices.  D'autre part, il faut procéder au désarmement, à la démobilisation, à la réinstallation et à la réinsertion des ex-combattants.  Le Gouvernement a mis en place une commission technique de désarmement de la population civile, a-t-il indiqué à cet égard, et des résultats ont déjà pu être constatés.  Il a ensuite attiré l'attention sur les défis liés aux réformes politiques et administratives, comme la nécessaire mise en œuvre de la démocratie et de la bonne gouvernance, les défis liés à la reconstruction nationale et la relance économique, qui passent par la mise en œuvre du plan d'action prioritaire relatif au cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, et les défis liés à l'intégration régionale.


M. Baza a indiqué que le Burundi a développé une stratégie globale pour faire face à ces défis, comprenant notamment un cadre stratégique de relance économique et de lutte contre la pauvreté et un plan d'actions prioritaires pour la consolidation de la paix au Burundi.  Parmi les atouts dont dispose le Gouvernement dans sa tâche, figurent notamment l'Accord d'Arusha, qui reflète un certain consensus de tous les acteurs politiques, et la tenue des élections démocratiques libres et transparentes qui n'ont donné lieu ni à litige ni à contestation des résultats.  En outre, le soutien de la communauté internationale à l'ensemble du processus de paix burundais est essentiel, a-t-il ajouté, soulignant notamment l'implantation d'un bureau intégré des Nations Unies à Bujumbura pour appuyer la consolidation des acquis et le travail de la Commission de consolidation de la paix.  La réussite des programmes de développement d'après-conflit dépend également de la maîtrise nationale et de l'application des principes de la démocratie et de la bonne gouvernance et d'un environnement géopolitique immédiat favorable au processus de paix.  Pour conclure, M. Baza a demandé au système des Nations Unies et aux partenaires de continuer de s'investir au Burundi.  Le peuple burundais leur en saura gré, a-t-il souligné.


MME BINTOU KEÏTA, Représentante du Fonds des nations Unies pour l'enfance au Burundi, a précisé que le rôle des Nations Unies au Burundi est cadré par la mission intégrée dont il a été question.  Dans ce dispositif, le coordinateur est aussi le coordonnateur résident.  Les sections et le personnel de l'ancienne Opération des Nations Unies au Burundi (ONUB) ont fusionné avec les sections spécialisées et le personnel des Nations Unies dans le pays.  On dispose ainsi d'une équipe unique chargée de mettre en œuvre le plan d'action humanitaire commun, dans le contexte du Plan cadre des Nations Unies pour l'aide au développement au Burundi.  Les trois axes d'action sont la consolidation de la paix, le désarmement et la réforme de la sécurité et la promotion des droits de l'homme et lutte contre l'impunité.  L'appui au Gouvernement (et au pays au sens large) est assuré par l'application de ce cadre intégré de consolidation de la paix.  Des équipes conjointes aident le Gouvernement à faire face aux moments de crise humanitaire ou sécuritaire en appliquant ses programmes prioritaires et le plan de consolidation de la paix.  Des missions conjointes d'évaluation sont menées sur le terrain.


L'un des rôles importants des institutions au Burundi consiste à faciliter le dialogue national en regroupant autour d'une même table toutes les parties prenantes des secteurs privé ou public, a poursuivi la représentante de l'UNICEF.  En termes d'accompagnement, une grande table ronde a été organisée en mai dernier avec les pays donateurs et les partenaires régionaux.  Les promesses de financement faites à cette occasion s'élèvent à environ 650 millions de dollars.  Pour assurer la coordination de cette aide, les institutions du système des Nations Unies ont détaché un personnel d'encadrement auprès des institutions gouvernementales.  Enfin, les défis du processus pour la période à venir concernent notamment la protection des enfants et des femmes et la lutte contre l'impunité.


MME CAROLYN MCASKIE, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies à l'appui à la consolidation de la paix, s'est réjouie de la création, il y a plus d'un an, de la Commission de consolidation de la paix.  Par la création d'une telle Commission, les Nations Unies montrent qu'elles sont prêtes à agir dans le sens de la consolidation de la paix, a-t-elle souligné.  Elle a ensuite fait observer que la consolidation de la paix n'est pas un concept vague ou abstrait; elle renvoie au contraire à des activités bien concrètes appelées à être déployées pendant et après un conflit en visant le long terme.  Elle a rappelé que le Burundi a été le premier pays à se prêter à cet exercice; c'est un cas d'école, a-t-elle souligné.  Fort heureusement, le processus de paix n'a laissé personne à l'écart et les Burundais sont donc dans la bonne voie vers la paix, a-t-elle affirmé.  Le Gouvernement burundais est fermement engagé à avancer sur la voie du développement et d'énormes progrès ont déjà été réalisés sur le terrain, a ajouté Mme McAskie. 


Abordant plus précisément le rôle de la Commission de consolidation de la paix, la Sous-Secrétaire générale a souligné qu'elle doit apporter quelque chose de nouveau; elle peut par exemple apporter une valeur ajoutée en aidant le pays concerné à définir les priorités les plus pressantes.  Quant à la question de savoir à quel moment on parvient à la consolidation de la paix, il est difficile de se prononcer, a indiqué Mme McAskie.  Elle a par ailleurs fait observer que les mécanismes de financement interviennent trop tard et s'est interrogée sur le travail que peut effectuer le Fonds permanent pour la consolidation de la paix avec un budget de 250 millions de dollars pour tous les pays sortant de conflits, alors que le budget d'aide du Burundi s'élève à lui seul, à titre de comparaison, à 300 millions de dollars par an.  Ce Fonds est certes un bon point de départ, un excellent catalyseur, mais le financement doit s'inscrire dans le long terme, a-t-elle insisté.  En outre, commission et Fonds n'ont pas le monopole; de nombreuses parties prenantes sont à l'œuvre dans l'instauration et la consolidation de la paix.  Il faut faire preuve d'imagination, éviter de tomber dans le piège du passé, procéder à une analyse rigoureuse et élargir la base des donateurs, a souligné Mme McAskie.  Les ressources doivent être à la hauteur des nobles objectifs que nous nous fixons, a-t-elle insisté.


Questions et observations des membres du Conseil


Une délégation s'est félicitée des efforts déployés par toutes les parties prenantes au redressement et à la consolidation de la paix au Burundi, ainsi que de la coopération régionale engagée dans ce contexte.  Quels défis reste-t-il à relever à très court terme, a demandé cette délégation, et à quelles difficultés se heurte la participation de la société civile?


Une autre délégation s'est enquise des mesures prises par la direction de la mission intégrée des Nations Unies au Burundi pour garantir l'indépendance des activités humanitaires dans le pays.


Une autre question a porté sur la complémentarité du financement de l'aide humanitaire et de l'aide au développement à long terme.


Réponses des panélistes


M. BAZA, du Cabinet du Premier Vice-Président du Burundi, a fait observer que pour un pays comme le Burundi qui sort d'une si longue guerre, tous les domaines sont prioritaires: santé, éducation, reconstruction des infrastructures… Le désarmement de la population et la réinsertion des sinistrés de guerre, comme les réfugiés qui reviennent massivement, sont également des priorités.  Et pour relever tous ces défis, il faut de l'argent, a-t-il souligné.  M. Baza a également rappelé qu'il importe de tenir compte, dans la reconstruction, du renforcement des capacités, condition nécessaire pour assurer le relèvement à long terme. 


MME BINTOU KEITA, de l'UNICEF, a précisé que le PAM, l'UNICEF et le HCR parviennent tous à travailler ensemble hors de toute considération politique à l'aide aux réfugiés et personnes déplacées.  Leur action respective se complète, a-t-elle fait valoir.


MME MCASKIE, Sous-Secrétaire générale à l'appui à la consolidation de la paix, s'est réjouie de ce que le Gouvernement burundais ait inclus la société civile dans les efforts de consolidation de la paix.  Elle s'est par ailleurs dite disposée à participer à une réunion entre la Commission de consolidation de la paix et les membres de l'ECOSOC.  En ce qui concerne la question des disparités de financement, elle a préconisé l'adoption d'un modèle de financement différent afin de pallier ce problème.  Les pays donateurs ne peuvent pas soutenir tous les pays, a-t-elle souligné; les bailleurs de fonds suivent une certaine logique et doivent faire des choix.


M. LÓPEZ ACUÑA, de l'OMS, a relevé que ces discussions ont bien montré l'extrême complexité des problèmes à régler simultanément dans les périodes d'après-guerre.  La tâche pour les Nations Unies est de trouver les meilleures solutions possibles en tant compte des facteurs existants et en recherchant les complémentarités.  L'action, dans le cadre du passage de la phase des secours à celle de l'aide au développement, doit s'inscrire dans la durée, a-t-il souligné. 


Conclusion


En guise de conclusion, M. IDRISS JAZAÏRY, Vice-Président du Conseil, a estimé que les débats de l'après-midi ont montré qu'il n'existe pas de panacée s'agissant du passage de la phase des secours à celle de l'aide au développement.  Chaque situation doit être analysée avec soin compte tenu en particulier de la dimension sécuritaire et des exigences de l'indispensable lutte contre l'impunité.  Et chaque situation requiert un soutien financier, politique et diplomatique de la part de tous les partenaires, du système des Nations Unies, des institutions financières internationales, du gouvernement concerné et de la société civile.  Un engagement à long terme est nécessaire pour aider les pays à construire et reconstruire des infrastructures cruciales, comme un solide système d'éducation.  M. Jazaïry a à cet égard souligné que cet engagement a souvent fait défaut par le passé.  Il s'est ainsi réjoui que la communauté internationale semble aujourd'hui prête à poursuivre les efforts longtemps après que les médias aient quitté le lieu des conflits et des catastrophes humanitaires.  À cet égard, l'action du Bureau de la coordination des affaires humanitaires devrait peut-être être coordonnée par un comité centralisateur qui permette d'assurer la pleine participation de toutes les parties concernées, a suggéré M. Jazaïry.


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