17/12/2007
Conseil de sécurité
CS/9203

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Conseil de sécurité

5805e séance - matin


LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL EN SOMALIE APPELLE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À UNE ACTION SIMULTANÉE SUR LES FRONTS POLITIQUE ET SÉCURITAIRE POUR METTRE FIN À UN CONFLIT DE 17 ANS


Le Représentant spécial du Secrétaire général en Somalie a déclaré, ce matin, aux membres du Conseil de sécurité qu’ils devaient se prononcer sur l’une des trois options suivantes: le statu quo, le retrait de la communauté internationale ou le lancement immédiat d’une action simultanée sur les fronts politique et sécuritaire.  Le conflit en Somalie, a expliqué M. Ahmedou Ould-Abdallah, n’est pas un problème propre à l’Union africaine, à la Ligue des États arabes ou à l’Organisation de la Conférence islamique.  Ce n’est pas une guerre de libération, un conflit ethnique ou religieux.  Ce n’est pas non plus une guerre entre clans mais le fait d’un petit groupe de gens d’horizons divers motivés par l’appât du gain et du pouvoir.


L’action simultanée proposée par le Représentant spécial pour mettre fin à un conflit de 17 ans qui a forcé trois millions de Somaliens à quitter le pays et le déplacement d’un million d’autres à l’intérieur des frontières de la Somalie, consiste, sur le front politique, à engager des discussions auxquelles participeraient le Gouvernement fédéral de transition, l’opposition et tous les autres Somaliens, y compris ceux de la diaspora.  Sur le front de la sécurité, le Représentant spécial a appelé à un appui technique, logistique et financier à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) qui se résume, à l’heure actuelle, à la présence de bataillons ougandais. 


Pour remplacer l’AMISOM, il a estimé qu’un groupe des partenaires de la Somalie devrait déployer une présence de paix - entérinée par une grande conférence internationale - qui signerait le retour de la Somalie sur la scène.  Dans ce cadre, M. Ould-Abdallah a voulu qu’un rôle de premier plan soit réservé à l’Arabie saoudite et à « un ou deux » membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). 


Si les tendances à la violence et à la négligence internationales persistent, les conséquences seraient catastrophiques pour la paix dans la région mais aussi et surtout pour l’image et la réputation des Nations Unies, a-t-il prévenu.  De nombreux Somaliens, a dit en écho le représentant de la Somalie, qui se trouvent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, s’interrogent sur la passivité du Conseil de sécurité alors qu’il a fait preuve de célérité face à d’autres conflits. 


À l’instar du Secrétaire général, qui s’était exprimé sur la question dans une lettre adressée au Président du Conseil de sécurité le 20 septembre dernier*, de nombreuses délégations ont argué que les conditions ne sont pas réunies pour le déploiement d’une mission de l’ONU et comme il ne faut écarter aucune option, selon les mots du représentant de la France, elles ont réclamé l’envoi rapide d’une mission d’évaluation technique.  Il faut passer de la bonne volonté aux actes, a encouragé le représentant de l’Italie et Président du Conseil de sécurité pour le mois de décembre qui a rappelé que le mandat de l’AMISOM a été conçu comme une mesure transitoire.


En attendant, les délégations ont appelé le Gouvernement fédéral de transition à respecter les recommandations du Congrès de réconciliation nationale qui, au cours de sa session du 15 juillet au 30 août à Mogadishu, avait demandé l’élaboration d’une feuille de route pour mettre en œuvre les dispositions restantes de la Charte fédérale de transition de 2004, en particulier la tenue des élections en 2009.  Dans ce cadre, les délégations ont appelé au renforcement du Bureau politique des Nations Unies en Somalie dont le mandat expire au début de l’année prochaine. 


Face à la situation humanitaire « catastrophique » dans le pays, le représentant de la Norvège et Président du Groupe de contact international sur la Somalie a estimé qu’il est peut-être temps d’envisager un pacte entre les institutions fédérales de transition, la société civile et d’autres institutions, d’une part, et les Nations Unies et les institutions internationales, d’autre part, pour sécuriser la fourniture de l’aide au peuple somalien.  Un tel pacte énoncerait des principes, des engagements et des directives sur les bonnes pratiques.  Dans ce cadre, le Gouvernement fédéral de transition devra inciter les groupes qui ont renoncé à la violence à s’y joindre. 


Dans leurs interventions, les membres du Conseil et le représentant du Portugal, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, ont aussi souligné l’importance de faire respecter l’embargo sur les armes imposé à la Somalie dès 1992 et de lutter contre les violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire et les actes de piraterie.  À ce propos, des délégations comme celle du Congo se sont dites inquiètes de l’arrêt, au début de l’année prochaine, des escortes de navires humanitaires assurées par la Marine française.


*S/2007/566



LA SITUATION EN SOMALIE


Exposé


M. AHMEDOU OULD-ABDALLAH, Représentant spécial du Secrétaire général en Somalie, a souligné que le conflit en Somalie n’est ni un problème de l’Union africaine, ni de la Ligue des États arabes, ni même de l’Organisation de la Conférence islamique.  Ce conflit n’est pas non plus une guerre de libération ethnique ou religieuse.  Ce n’est absolument pas une guerre entre clans car les changements d’alliances au sein et entre ces clans montrent que d’autres facteurs sont en jeu.  En Somalie, a expliqué le Représentant spécial, les seigneurs de la guerre, les activistes et leurs milices privées perpétuent le chaos et la violence pour leurs propres intérêts.  En fait, un petit groupe constitué de gens de divers horizons et motivés par l’appât du gain et du pouvoir, se bat pour combler le vide politique.  Certains d’entre eux ne veulent absolument pas la paix.


Rappelant que ce conflit a commencé en 1991, le Représentant spécial a souligné que trois millions de Somaliens ont dû quitter leur pays alors qu’un million d’autres se retrouvent déplacés dans leur propre pays.  La situation dure depuis 17 ans malgré 14 accords de paix.  Trois approches possibles existent, a dit le Représentant spécial.  La première est le maintien du statu quo.  La deuxième serait d’organiser le retrait de la communauté internationale et la troisième serait une action immédiate et efficace sur les fronts politique et sécuritaire.


Les politiques mises en œuvre jusqu’ici n’ont pas pu rétablir la stabilité et elles ont peut-être alimenté le conflit en raison des effets secondaires de l’assistance internationale.  Une augmentation de l’assistance humanitaire et un accès plus facile aux populations dans le besoin ne feraient pas cesser la violence tant que l’instabilité règnera, a prévenu le Représentant spécial.  Malgré des millions de dollars, la réconciliation continue d’échapper à la Somalie.  Mais la situation militaire ne peut être invoquée comme prétexte au statu quo.  Une attitude attentiste ne ferait que retarder l’échéance.


Pour ceux qui pensent que la Somalie est un problème inextricable, a poursuivi le Représentant spécial, le retrait est la seule solution possible.  Or, la décision d’intervenir dans certaines situations de conflit a toujours des répercussions considérables sur l’opinion publique.  C’est la raison pour laquelle il faut appeler à une action efficace qui impliquerait de nouvelles initiatives, a estimé le Représentant spécial.


La crise somalienne est un problème international et l’ONU doit mobiliser un consensus.  Sur le front politique, a encore estimé le Représentant spécial, le Gouvernement fédéral de transition doit prendre des mesures concrètes pour assurer l’unité, resserrer le rang et rétablir la confiance de l’opposition pour former un gouvernement d’unité nationale.  Sans grande conférence ni médiateur indépendant, l’opposition devrait faire partie du processus politique et assumer ses responsabilités.  Les discussions, dans ce cadre, devraient avoir lieu dans un endroit proche de la Somalie et de la plupart des observateurs.  Il a estimé que les dirigeants politiques, les membres de la communauté économique de la région et les Somaliens de la diaspora devraient également y prendre part à ces discussions.  Dans ce cadre, le Représentant spécial a annoncé qu’il est en train de préparer un ordre du jour, d’identifier une liste de participants et de réfléchir à un calendrier.


Sur le front de la sécurité, le Représentant spécial a plaidé pour le renforcement de l’AMISOM.  Le temps presse et une nouvelle présence de paix est devenue indispensable, a-t-il dit.  M. Ould Abdallah a estimé que l’Arabie saoudite devrait être invitée à jouer un rôle de premier plan tout comme un ou deux pays de l’OTAN.  Il a ainsi indiqué qu’avec l’appui du Secrétaire général, il a l’intention de poursuivre sur cette voie.  Un groupe des partenaires de la Somalie devrait déployer une présence de paix.  Ce dispositif, qui serait entériné par une grande conférence internationale, devrait marquer le retour de la Somalie sur la scène internationale.


Le moment est venu pour la communauté internationale d’adopter une ligne de conduite claire.  Si les tendances à la violence et à la négligence externe persistent, les conséquences seraient catastrophiques pour la paix dans la région, l’image et la réputation des Nations Unies et surtout le peuple somalien.  Une conjugaison d’appui, de pression et d’action efficace, aideraient les patriotes somaliens à se libérer des guerres, des fantômes du passé et à s’unir dans un pays fort, indépendant et pacifique, a conclu le Représentant spécial.


Déclarations


M. AHMED DHAKKAR (Somalie) s’est félicité de la position prise par le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie et a assuré à ce dernier le soutien de son pays.  La seule option, pour le Conseil de sécurité et les Nations Unies, est de s’acheminer dans la bonne direction, a-t-il affirmé.  De nombreux Somaliens, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, a-t-il fait remarquer, s’interrogent sur la facilité avec laquelle le Conseil de sécurité procède, rapidement et dans la bonne direction, pour faire face à des conflits dans d’autres régions du monde.  Le représentant a insisté sur la nécessité pour le Conseil de sécurité d’agir avec diligence dans trois domaines.  Il faudrait tout d’abord mettre en œuvre les mesures déjà adoptées.  Le Conseil de sécurité, a-t-il ajouté, devrait être en mesure de trouver une formule acceptable, permettant de progresser en Somalie dans la bonne direction en matière politique et de sécurité.  Il a souhaité que le système des Nations Unies ne tarde pas à prendre des mesures concrètes pour la Somalie.  Enfin, il a mis l’accent sur l’ampleur de la crise humanitaire dans son pays et a, à cet égard, souligné que sa délégation appuyait les recommandations du Représentant spécial, tout en rappelant la confiance que les Somaliens plaçaient dans le système des Nations Unies.


M. LIU ZHENMIN (Chine) a encouragé le Gouvernement fédéral de transition à poursuivre le dialogue avec tous les partis politiques.  Il a espéré que le Premier Ministre pourra surmonter les difficultés actuelles.  Les efforts faits par le Gouvernement sont loin d’être suffisants, a-t-il admis, en appelant toutes les factions à prendre à cœur les aspirations du peuple somalien et à ne pas fixer de condition préalable au dialogue.  L’avenir du pays dépend des efforts du peuple somalien mais l’assistance internationale est indispensable, a reconnu le représentant.  C’est pourquoi, il a appelé au renforcement du Bureau des Nations Unies en Somalie.  S’inquiétant de la situation en matière de sécurité, il a encouragé l’AMISOM, en soulignant le besoin pressant d’améliorer sa situation par un appui logistique, financier et technique.  Cette présence est essentielle pour la sécurité interne et pour le retrait de l’Éthiopie, a insisté le représentant, qui a dit attendre les conclusions du Secrétariat sur les propositions d’intervention.  Se montrant très préoccupé par la situation humanitaire, il a prévenu que comparativement à la situation au Darfour, très peu a été fait pour la Somalie.  Les institutions somaliennes doivent coopérer avec celles de l’ONU et ces dernières doivent respecter strictement la souveraineté de la Somalie, a conclu le représentant.


      M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a estimé que la Somalie demeurait un défi pour la communauté internationale.  Il a affirmé que les Nations Unies avaient un rôle unique à jouer dans ce pays, à la fois sur le plan politique mais également pour coordonner la réponse humanitaire.  Se félicitant de la récente visite du Coordonnateur des secours d’urgence et Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, le représentant a souligné que la réponse à la crise humanitaire devrait être la priorité immédiate.  Il a rappelé que l’accès des organisations humanitaires constituait un élément vital de cette réponse et a insisté pour que le Gouvernement fédéral de transition garantisse la distribution sans entrave de l’assistance humanitaire ainsi que la protection des bénéficiaires de cette aide et des personnes déplacées.  Le représentant du Royaume-Uni a également salué la nomination du nouveau Premier Ministre somalien, espérant que cela donnerait un nouvel élan au processus politique.  Par ailleurs, il a souligné l’importance de la mise en œuvre des conclusions du Congrès national de réconciliation, y compris l’établissement d’une feuille de route pour la tenue d’élections à la fin de la période de transition.  Il a en outre soutenu l’idée d’envoyer une mission d’évaluation technique en Somalie tout en faisant part de l’appui de sa délégation à l’AMISOM.


M. BASO SANGQU (Afrique du Sud) a jugé indispensable que l’assistance humanitaire soit acheminée en Somalie, tout en faisant observer que la réponse humanitaire ne peut remplacer les progrès politiques et ceux accomplis en matière de sécurité.  Il faut envisager, a-t-il prôné, un plan d’urgence pour le déploiement d’une force de maintien de la paix en Somalie.  L’AMISOM n’a pas encore pu faire grand chose car son mandat la décrit comme une étape préalable au déploiement d’une mission de l’ONU.  Il a espéré que le Conseil répondra à la demande de l’Union africaine, en regrettant les réticences de certains membres du Conseil.  Il faut encourager un processus politique et le déploiement d’une opération de maintien de la paix, a-t-il insisté, en disant attendre avec impatience l’envoi d’une mission d’évaluation du Département des opérations de maintien de la paix.


M. HASAN KLEIB (Indonésie) a salué les efforts du Représentant spécial pour promouvoir le dialogue, les consultations et la réconciliation dans le pays ainsi que son rôle pour créer une meilleure unité de l’action de la communauté internationale.  Il s’est aussi félicité de la nomination d’un nouveau Premier Ministre en Somalie.  Il a espéré que le Gouvernement fédéral de transition renforcerait un dialogue inclusif et les consultations avec les parties prenantes.  Il s’est dit en faveur d’une approche basée à la fois sur le domaine politique et celui de la sécurité.  Sur le plan politique, il a estimé que les Somaliens devaient d’abord achever les tâches établies dans la Charte fédérale de transition, et surtout la préparation d’un recensement de la population et la tenue d’élections en 2009.  Sur le plan de la sécurité, il a fait part de l’appui de sa délégation au déploiement d’une force de maintien de la paix multidimensionnelle de l’ONU.  Alors que ce déploiement est encore à l’examen, a-t-il poursuivi, il est essentiel de fournir une plus grande assistance technique logistique et financière à l’AMISON.  Il a en outre affirmé qu’il fallait renforcer le Bureau des Nations Unies pour la Somalie, notant que celui-ci devrait aider au développement d’un plan pour le possible déploiement d’une mission de l’ONU.  En outre, il a accueilli favorablement l’idée de créer un groupe de travail interinstitutions et interdépartemental pour la Somalie au sein du Secrétariat, notamment pour élaborer une stratégie cohérente de maintien de la paix pour ce pays.  Par ailleurs, M. Kleib a déclaré que la communauté internationale devrait contribuer au retrait de toutes les forces étrangères qui ne font pas partie de l’AMISON en Somalie.  Enfin, soulignant la grave situation humanitaire dans le pays, il a appelé à l’arrêt des attaques ciblant les civils et a appelé la communauté internationale à augmenter son aide pour la Somalie.


M. PETER BURIAN (Slovaquie) a estimé que la communauté internationale doit faire tout son possible pour fournir l’assistance humanitaire à tous ceux qui en ont besoin.  Il a appelé les parties somaliennes à faciliter l’accès de cette assistance.  La priorité est la protection des civils, a-t-il insisté en soulignant l’importance qu’il y a à respecter les droits de l’homme et le droit international humanitaire.  Le représentant s’est dit inquiet des restrictions que le Gouvernement a imposées aux médias indépendants, en reconnaissant en outre que la catastrophe humanitaire ne peut être atténuée que par la réconciliation nationale et la stabilisation.  Il s’est félicité de la nomination récente du nouveau Gouvernement et a appelé le Président et le Premier Ministre à encourager le dialogue politique avec l’opposition et les personnalités indépendantes.  Le Gouvernement doit mettre en place des institutions démocratiques inclusives, en particulier en prévision des élections de 2009.  Le représentant a dit avoir pris note des recommandations du Représentant spécial sur les mesures simultanées concernant les volets politique et de sécurité.  Il est tout aussi indispensable, a-t-il dit, de lutter contre les violations de l’embargo sur les armes.  Il a conclu en félicitant l’AMISOM pour le rôle qu’elle compte jouer en Somalie.  Il a dit attendre le déploiement rapide des troupes burundaises tout en appuyant les appels à un appui international.


M. JOHAN VERBEKE (Belgique) a estimé que la situation en Somalie exigeait une approche intégrée de la part de la communauté internationale.  Sur le plan politique, il a noté que la nomination du nouveau Premier Ministre, M. Nur Hassan Hussein, ouvrait une nouvelle fenêtre d’opportunité pour progresser dans le processus de transition.  Il a encouragé celui-ci à inviter toutes les forces politiques qui renoncent à la violence et acceptent la Charte fédérale de transition et à participer à un processus politique inclusif.  Le Gouvernement fédéral de transition, a-t-il souligné, a la responsabilité première de mettre en œuvre les conclusions du Congrès national de réconciliation et d’établir une feuille de route pour achever la transition, y compris la préparation d’un référendum constitutionnel et d’élections d’ici à 2009.  S’agissant de la situation humanitaire, M. Verbeke a regretté que celle-ci s’aggrave de manière constante, alors que la population est de plus en plus dépendante de l’aide mais qu’il existe des problèmes d’accès.  Il a souhaité que le nouveau Premier Ministre réaffirme l’engagement de son gouvernement en vue de faciliter l’aide humanitaire et qu’il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin à l’impunité dans son pays.


En outre, le représentant a estimé que la stabilisation de la situation en matière de sécurité restait le préalable essentiel à une amélioration de la sécurité.  Il a partagé l’avis du Secrétaire général selon lequel l’envoi d’une force de maintien de la paix n’était pas envisageable dans les circonstances actuelles.  Il a fait part du soutien de sa délégation à l’AMISOM, la Mission de l’Union africaine en Somalie, et de la nécessité de renforcer celle-ci, notamment sur le plan financier.  Il a encouragé les Nations Unies à étudier de nouvelles formes d’appui à cette force, soit en matière d’assistance technique, soit sur le plan du concept des opérations.  Il a aussi appuyé la recommandation du Secrétaire général de renforcer le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie, soulignant que la communauté internationale devait poursuivre et intensifier son engagement en Somalie.


M. LESLIE KOJO CHRISTIAN (Ghana) a demandé aux partis politiques de faire preuve de bonne foi dans la mise en œuvre des recommandations de la Conférence de Mogadishu.  Il a demandé à l’opposition de participer aux discussions tout en appelant le Gouvernement fédéral de transition à lui tendre la main.  Il a aussi appelé à une approche coordonnée et harmonisée pour fournir un appui à l’amélioration de la situation politique et humanitaire.  Il a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle aide l’AMISOM à accélérer le déploiement de ses troupes.  Dans le même temps, a argué le représentant, le Conseil et le Secrétariat devraient donner la priorité à des plans d’action pour remplacer l’AMISOM, compte tenu des défis que doit relever la Somalie.  Tout en déplorant les violations des droits de l’homme, il s’est félicité du mandat du Groupe de contrôle qui, de l’avis de sa délégation, devrait permettre de faire respecter l’embargo sur les armes.


Réaffirmant le plein soutien de sa délégation au Représentant spécial, M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a affirmé que la crise somalienne était une crise globale, à la fois politique, humanitaire et sécuritaire, qui menace la stabilité de la région.  Il a insisté sur l’urgence de répondre au drame humanitaire dans le pays, alors que plus de 600 000 personnes ont quitté leur foyer en 2007 et que les combats continuent dans la capitale.  Le Gouvernement fédéral de transition a la responsabilité de protéger les civils et l’ensemble des combattants doit respecter le droit international humanitaire, a-t-il insisté.  M. Lacroix a souhaité que l’assistance humanitaire soit renforcée et que les conditions de travail des humanitaires soient améliorées.  Il a aussi fait remarquer que cette amélioration devait s’étendre à d’autres professions, comme les journalistes et a appelé à la libération sans délai d’un journaliste français enlevé dimanche.


Toutefois, le représentant de la France a fait valoir que la crise ne pourrait être résolue sans dialogue politique.  Il a affirmé que le nouveau Premier Ministre devrait lancer un dialogue entre le Gouvernement fédéral de transition et l’opposition, en Somalie et ailleurs.  Il a précisé que ce dialogue devait être le plus inclusif possible.  M. Lacroix a également estimé que le Conseil de sécurité devrait soutenir sans réserve les efforts déployés par le Représentant spécial du Secrétaire général pour une reprise du dialogue.  Dans ce cadre, il a souligné l’utilité des réunions discrètes d’un petit nombre de décideurs, autour de sujets spécifiques.  S’agissant de la sécurité, M. Lacroix a dit que l’idée d’une force ad hoc sous mandat des Nations Unies méritait réflexion.  La situation est telle que le Conseil de sécurité ne peut se permettre d’exclure aucune option, que ce soit le soutien renforcé à l’AMISOM, le déploiement d’une force ad hoc ou même d’une mission, a-t-il ajouté.  À ce sujet, il a souhaité qu’une mission d’évaluation technique soit envoyée sur place rapidement.  Le désengagement n’est pas envisageable mais le statu quo n’est pas une option non plus, a-t-il fait observer, en souhaitant que le Conseil de sécurité approfondisse les options présentées par le Représentant spécial ce matin.


M. ALFREDO SUESCUM (Panama) a estimé que la Somalie est l’une des situations les plus affligeantes dont le Conseil est saisi.  Or, ce Conseil ne semble pas trouver de solutions efficaces pour améliorer la situation.  Il a pourtant reçu des rapports exhaustifs sur les situations humanitaires et des droits de l’homme, a-t-il rappelé.  Les événements politiques, qui viennent de souligner la fragmentation du monde politique somalien, doivent inciter la communauté internationale à apporter un plus grand appui.  Le risque est de voir se désintégrer le Gouvernement somalien et les tentatives internationales de stabilisation.  Le Gouvernement, la communauté internationale et l’opposition doivent mettre en œuvre les conclusions du Congrès de la réconciliation nationale.  Le Conseil doit devenir actif, a exhorté le représentant en rappelant que le mandat de l’AMISOM va bientôt expirer sans que le Conseil n’ait trouvé les moyens d’appuyer ou de remplacer la mission que ce soit par une force multinationale ou une opération de maintien de la paix.  Le représentant a donc appuyé l’envoi d’une mission d’évaluation technique en avertissant que l’inaction peut nuire au Conseil.  Il est impératif qu’il agisse de manière énergique et rapide, a-t-il conclu, en appelant le Gouvernement à respecter les droits de l’homme et le droit international humanitaire.


M. KONSTANTIN K. DOLGOV (Fédération de Russie) s’est inquiété de l’évolution de la situation en Somalie, notamment en matière de sécurité.  Saluant la nomination d’un nouveau Premier Ministre, il a estimé que celui-ci devrait œuvrer pour former un gouvernement capable de répondre à cette crise et que des mesures concrètes devraient être prises pour normaliser la situation.  Il a souhaité que des progrès réels soient réalisés afin d’établir un dialogue politique et de parvenir à la réconciliation nationale.  Soulignant la menace d’un conflit régional, il a fait observer qu’il était indispensable de respecter l’embargo sur les armes et a estimé que les pays voisins pouvaient jouer un rôle constructif dans la situation en Somalie.  Dans ce contexte, il a déclaré que le maintien du statu quo n’était pas acceptable, partageant ainsi l’avis du Représentant spécial du Secrétaire général.  Sa délégation appuie les activités de l’AMISOM, a-t-il indiqué, en se déclarant convaincu que son déploiement complet permettrait de faire progresser la réconciliation nationale.  Le représentant a aussi jugé essentiel de poursuivre le travail sur les modalités et les préparations préliminaires d’une éventuelle mission de maintien de la paix de l’ONU.  Il a précisé qu’un tel déploiement dépendrait des progrès réels et des améliorations réalisés en matière de sécurité en Somalie.


M. JORGE VOTO-BERNALES (Pérou) a estimé que la tenue du Congrès de réconciliation nationale a été un pas en avant et qu’il faut poursuivre le dialogue entre les partis, y compris les groupes d’opposition.  Le Gouvernement somalien doit faire preuve de volonté politique et adopter une attitude d’ouverture.  Il doit aussi mettre en œuvre les recommandations du Congrès, en particulier la mise au point d’une feuille de route pour appliquer les dispositions restantes de la Charte fédérale de transition.  Toutes les parties doivent comprendre que la paix dépend d’un processus politique inclusif.  Venant à la situation humanitaire, le représentant a regretté le manque d’accès du personnel humanitaire en dénonçant les restrictions qui lui sont imposées et les actes de piraterie.  Toutes les parties doivent respecter scrupuleusement le droit international humanitaire et les droits de l’homme, a-t-il insisté avant d’appuyer fermement le renforcement des capacités de l’AMISOM.


Mme JACKIE WOLCOTT SANDERS (États-Unis) s’est félicitée de la nomination d’un nouveau Premier Ministre en Somalie et a espéré que le Gouvernement fédéral de transition pourrait maintenant se concentrer sur la reprise d’un dialogue politique inclusif.  Elle a aussi émis l’espoir que, grâce à son expérience dans le domaine humanitaire, le nouveau Premier Ministre contribuerait à mieux répondre aux besoins des Somaliens qui, a-t-elle insisté, sont confrontés à une crise humanitaire grave.  Le Gouvernement fédéral de transition, a-t-elle souligné, devrait agir rapidement pour l’élaboration d’une nouvelle constitution et les préparatifs d’élections en 2009.  Elle a aussi souhaité que toutes les parties prenantes participent de nouveau au processus politique et au dialogue national.  Elle a rappelé que sa délégation avait déjà exhorté le Gouvernement fédéral de transition à tendre la main aux parties prenantes et à reprendre le processus de transition.  Elle a affirmé que les progrès effectués à cet égard permettraient d’isoler les éléments extrémistes qui ne veulent pas de reprise du dialogue dans le pays.


La représentante a fait remarquer qu’en 2007, les États-Unis avaient été le principal bailleur de fonds humanitaire pour la Somalie et que le pays continuerait à être le principal bailleur de fonds bilatéral pour l’AMISOM.  Soulignant le rôle de l’AMISOM, elle a exhorté tous les membres de l’Union africaine qui avaient promis des contingents à cette Mission à le faire rapidement.  Par ailleurs, elle a souligné la nécessité d’élaborer un plan d’action conjoncturelle pour préparer une éventuelle mission en Somalie, afin que l’ONU soit prête à assurer ce déploiement lorsque les conditions le permettraient.  Par ailleurs, la représentante s’est dite préoccupée par les actes de piraterie au large des côtes de la Somalie, notamment en ce qui concerne les cargaisons humanitaires, et a indiqué que sa délégation était prête à examiner un projet de résolution sur ce sujet l’année prochaine.  Enfin, s’agissant de la situation humanitaire, elle a estimé qu’il était nécessaire de poursuivre la coordination des activités afin de s’assurer que l’assistance parvienne à ceux qui en ont le plus besoin.


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a estimé que la situation actuelle en Somalie rend difficile le déploiement de Casques bleus.  Il s’est cependant félicité que le Secrétaire général ait déclaré que des efforts en cours visent l’éventuel déploiement d’une mission de l’ONU.  En attendant, a dit le représentant, la communauté internationale doit renforcer l’AMISOM.  Assurer la stabilité en Somalie nécessite un travail politique et de sécurité, a-t-il insisté, en rappelant que son pays a toujours appelé à un dialogue national fondé sur l’inclusion.  Il a félicité le Représentant spécial pour ses efforts dans ce sens.  La Somalie doit en effet continuer à élargir le processus de consultations politiques, élaborer une constitution, établir une feuille de route pour mettre en œuvre la Charte fédérale de transition et ouvrir la voie au recensement avant les élections.  Le dialogue est important et toutes les parties doivent renoncer à la violence et faciliter l’accès du personnel humanitaire, a dit le représentant en se demandant pourquoi les Somaliens sont abandonnés à leur sort alors que la population du Darfour semble capter toute l’attention.  Il a conclu en appelant à la proposition du Bureau des Nations Unies en Somalie.


Soulignant la gravité de la situation en Somalie, M. LUC JOSEPH OKIO (Congo) a mis en avant les nombreux problèmes humanitaires dans le pays qui affectent toute la population.  Il a également noté les violations de l’embargo sur les armes qui, selon lui, alimentent les groupes extrémistes, ainsi que la poursuite des actes de piraterie.  Il a indiqué que l’initiative française, dans ce dernier domaine, allait bientôt prendre fin et a averti que sans d’autres initiatives, le phénomène de la piraterie pourrait s’aggraver.  Comparant la Somalie à un malade, il a affirmé que celui-ci nécessitait un traitement de choc et l’implication de plusieurs spécialistes.  Sans dialogue inclusif, rien ne peut être fait, a-t-il insisté.  Par ailleurs, le représentant a souhaité que les aspects régionaux de la crise somalienne soient mieux pris en compte, à la fois dans les conséquences que cette situation peut engendrer mais aussi dans les solutions à y apporter.  Il a argué que, dans l’immédiat, le Conseil de sécurité devait apporter son appui au nouveau Gouvernement et au nouveau Premier Ministre.  En outre, il a fait valoir que les conclusions du Congrès national de réconciliation devaient être mises en œuvre, ce qui de l’avis de sa délégation permettrait de franchir un grand pas vers la stabilisation de la situation dans ce pays.  Le représentant du Congo a aussi souhaité que soit renforcé le Bureau des Nations Unies pour la Somalie.  Il a de même estimé qu’il faudrait soutenir les efforts de l’AMISOM et envisager sérieusement le déploiement d’une force internationale.  Avant de conclure, il a demandé la libération immédiate du journaliste français enlevé en Somalie.


M. MARCELLO SPATAFORA (Italie) a estimé que l’ampleur des souffrances en Somalie est devenue inacceptable.  Les termes utilisés par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires résonnent toujours dans ces murs, a dit le Président du Conseil qui a salué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les organisations non gouvernementales et la communauté internationale en général, tout en reconnaissant que sans une stratégie multidimensionnelle, la crise ne sera pas résolue.  La situation en Somalie, a-t-il dit, est une grave menace à la paix et à la sécurité internationales qui nécessite une réaction appropriée du Conseil.  Il a souscrit aux propos du Représentant spécial qui a demandé un changement radical des attitudes et le renforcement des efforts.  Le but ultime doit être de déployer une opération de maintien de paix lorsque les conditions seront remplies.  Dans ce contexte, le représentant a espéré que le dialogue entre le Conseil et le Département des opérations de maintien de la paix donnera des résultats.  Il a rappelé, à cet égard, que le Conseil a demandé un plan préliminaire et l’envoi d’une mission d’évaluation technique, il y a quatre mois déjà.  Une implication renforcée de l’ONU permettra aux pays africains d’accélérer le déploiement de l’AMISOM, qui est une solution à court terme, a souligné le Président du Conseil.  Ce qui est en jeu ici, c’est la crédibilité du partenariat entre l’Union africaine et l’ONU, a-t-il insisté avant de rappeler que son pays avait déjà versé quelque 10 millions d’euros à l’AMISOM.  Il est temps, a-t-il conclu, de passer de la bonne volonté à l’action.


M. JOÃO MANUEL GUERRA SALGUEIRO (Portugal) a appelé, au nom de l’Union européenne, à des efforts urgents de toutes les parties pour parvenir à un processus politique inclusif.  Il a également réitéré le soutien de sa délégation à l’adoption d’une approche globale à la crise en Somalie, intégrant à la fois les aspects politique, sécuritaire et humanitaire.  Saluant la nomination du nouveau Premier Ministre, M. Nur Hassan Hussein, le représentant du Portugal a encouragé celui-ci à inviter toutes les forces politiques, en Somalie et ailleurs, à renoncer à la violence et à accepter la Charte fédérale de transition.  Il a affirmé que l’Union européenne envisageait une contribution de taille à la période de transition, sur la base de progrès faits dans le processus politique.  Il a rappelé que le Gouvernement fédéral de transition devrait mettre en œuvre les conclusions du Congrès national de réconciliation et établir une feuille de route pour la période de transition, y compris la préparation d’un référendum constitutionnel et d’élections d’ici à 2009.  Par ailleurs, M. Salgueiro a souligné la nécessité pour les parties concernées d’assurer l’accès humanitaire en Somalie, de respecter les droits de l’homme et le droit international humanitaire, de protéger les civils et de faciliter le retour des personnes déplacées.  Il a indiqué que l’Union européenne s’engageait à augmenter son assistance humanitaire, si l’accès humanitaire n’était pas entravé.  Il a aussi appelé le Gouvernement fédéral de transition à enquêter sur les abus des droits de l’homme en Somalie et à traduire en justice les responsables de ces actes. 


Le représentant a argué que l’AMISOM était à l’heure actuelle la seule option pour assurer le retrait des forces étrangères de Somalie.  Il a souligné la nécessité de renforcer cette Mission, y compris financièrement.  Il a encouragé l’ONU à soutenir l’AMISOM et à progresser également pour la planification conjoncturelle d’une éventuelle mission de maintien de la paix en Somalie.  Il a aussi assuré le soutien de sa délégation pour le Représentant spécial du Secrétaire général ainsi que pour le Plan d’action international qu’il a élaboré.  Enfin, il a indiqué que l’Union européenne était prête à étudier les moyens de répondre au phénomène de la piraterie au large des côtes de la Somalie, en soulignant la nécessité de continuer à fournir une protection au Programme alimentaire mondial (PAM) après janvier 2008, date à laquelle prendra fin l’initiative française dans ce domaine.


M. JOHAN L. LØVALD (Norvège), Président du Groupe de contact sur la Somalie, s’est félicité de ce que le nouveau Premier Ministre somalien se soit fixé comme priorités l’amélioration de la situation humanitaire et de sécurité ainsi que le renforcement du processus de réconciliation nationale.  Il a voulu que ce processus de réconciliation nationale inclue véritablement toutes les forces politiques somaliennes.  Pour rétablir sa crédibilité, a poursuivi le représentant, le Gouvernement doit être en mesure de fournir les services sociaux de base.  Il a donc appelé la communauté internationale à se montrer plus déterminée à alléger les souffrances du peuple somalien.  Il est peut-être temps, a-t-il dit, d’envisager un pacte entre les institutions fédérales de transition, la société civile et d’autres institutions, d’une part, et les Nations Unies et les institutions internationales, d’autre part, pour sécuriser la fourniture de l’aide au peuple somalien.  Un tel pacte énoncerait des principes, des engagements et des directives sur les bonnes pratiques.  Dans ce cadre, a-t-il insisté, le Gouvernement devra inciter les groupes qui ont renoncé à la violence à joindre ce pacte, après avoir appelé le Gouvernement à renouveler son engagement en faveur de la Charte fédérale de transition et à la tenue des élections en 2009.  Venant à la situation en matière de sécurité, il a estimé qu’il faudrait renforcer ou remplacer l’AMISOM par une mission de maintien de la paix plus conséquente, ce qui permettrait à l’Éthiopie de retirer ses forces.


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