15/10/2007
Conseil de sécurité
CS/9143

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5760e séance – matin                                       


LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT RÉSISTER À LA TENTATION DE RÉDUIRE SON ENGAGEMENT EN AFGHANISTAN, AFFIRME TOM KOENIGS DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ


Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, M. Tom Koenigs, a dressé, ce matin, devant les membres du Conseil de sécurité, un tableau de la situation dans ce pays, plaidant, comme le Secrétaire général dans son rapport, en faveur de la mise au point d’une stratégie et d’un plan de sécurité civils et militaires intégrés et efficaces.


Si une réponse militaire coordonnée demeure indispensable pour vaincre les groupes d’insurgés et terroristes, à moyen terme, le succès dépendra de la participation des communautés locales et de l’instauration d’un climat de sécurité durable propice au développement, écrit le Secrétaire général dans son rapport.


Les pays devraient résister à la tentation de réduire leur engagement en Afghanistan, a souligné M. Koenigs, pour qui l’OTAN et Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) ont à travailler avec le Gouvernement afghan et la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) pour établir une stratégie politique militaire intégrée et un plan de sécurité partagé suffisamment solide pour combattre la violence et ramener la paix dans le pays.  Le succès d’une telle stratégie intégrée repose sur une participation plus importante des civils afghans et des responsables militaires dans la planification des opérations de sécurité, a-t-il ajouté.


M. Koenigs, qui est également Chef de la MANUA, s’est en outre déclaré profondément troublé par la décision du Gouvernement afghan, le 8 octobre, d’exécuter 15 prisonniers.  Il a ainsi exhorté le Gouvernement afghan à restaurer le moratoire sur la peine de mort.  Il a de même estimé que la campagne d’intimidation, d’enlèvements et d’exécutions menée par les éléments antigouvernementaux contre les personnes ayant des liens avec le Gouvernement afghan ou la communauté internationale représentait sans doute la menace la plus grande pour la population civile.  Il est impératif, selon lui, que la protection des civils demeure au premier plan des efforts entrepris en Afghanistan.  Le Représentant spécial a également observé que seule une bonne gouvernance contribuerait à mettre fin à la culture de la corruption et de l’impunité, qui ont jusqu’ici altéré gravement la confiance du public.


Lors du débat qui a suivi l’exposé de M. Koenigs, son dernier devant le Conseil de sécurité en sa qualité de Représentant spécial, le délégué afghan a souligné que la coordination stratégique dans les quatre domaines clefs que représentent la sécurité, la lutte contre les trafiquants de drogue, la coopération régionale et la gouvernance sera essentielle pour réaliser l’objectif d’un Afghanistan stable et pacifique. 


Selon le représentant afghan, les événements violents des deux dernières semaines illustrent de manière évidente la campagne actuelle des ennemis de la paix en Afghanistan.  Ces actes haineux, a-t-il assuré, ne permettront pas d’affecter la détermination des autorités afghanes à réaliser les objectifs fixés.  Il a également souligné que l’élimination du fléau de la production de pavot était un objectif que l’Afghanistan ne pouvait réaliser seul.  Il a ainsi plaidé en faveur d’un effort plus fort et plus ferme de la part des pays consommateurs et de transit.  Une attention plus importante doit être portée sur la nécessité de briser les liens entre la production, le trafic des drogues illégales et le financement des activités terroristes, a-t-il dit.  Enfin, il a mis l’accent sur la nécessité de redoubler d’efforts pour améliorer l’assistance au développement, insistant sur l’importance de tenir les promesses et d’apporter les fonds annoncés dans les temps. 


De son côté, le représentant des États-Unis a invité la communauté internationale à rester unie pour continuer à soutenir l’Afghanistan.  Il a souhaité l’accélération de la mise en place d’institutions étatiques, la création d’une agriculture solide qui permette de réduire la culture d’opium, le renforcement de l’état de droit, de la sécurité et des droits de l’homme.  Il a souligné le rôle primordial que joue la MANUA et a fait état de progrès significatifs, tout en estimant que le pays traversait une période de transition critique et difficile. 


Le représentant du Pakistan a jugé, pour sa part, que les ressources affectées à la reconstruction et au développement étaient insuffisantes.  Il a également estimé essentiel de résister à la tentation d’internationaliser les défis que pose la sécurité à l’intérieur de l’Afghanistan.  Le cœur de la violence et du conflit émane des groupes terroristes, de militants étrangers, comme Al-Qaida, et d’une poignée de Taliban, a-t-il ajouté, précisant que ces éléments devaient être combattus, et ce, tout en épargnant les civils.  Le représentant a également estimé qu’une stratégie fructueuse en Afghanistan devait être globale et comprendre des mesures politiques, économiques et administratives. 


La coopération entre le Pakistan et l’Afghanistan porte sur tout l’éventail des relations, a-t-il par ailleurs expliqué, citant, entre autres, les domaines du renseignement, du commerce ou des transports.  Toutefois, il convient de demeurer prudent face aux machinations de ceux qui, à l’extérieur, veulent semer la méfiance entre les deux peuples, a-t-il souligné.  Son homologue de l’Iran a, quant à lui, souhaité que soit déléguée la responsabilité de la sécurité aux force de sécurité afghanes.  Les sommes dépensées pour entretenir la présence de forces étrangères devraient être allouées la reconstruction des infrastructures, a-t-il également affirmé.


Enfin, pour la Norvège, il n’y aurait pas de réussite en Afghanistan si la légitimité des institutions du pays n’était pas renforcée aux yeux de la population.  Il a estimé que la principale préoccupation de la communauté internationale devait être la cohérence de ses efforts de développement et de reconstruction avec les priorités afghanes.  Notant que la nécessité d’une meilleure coordination avait déjà été exprimée l’année dernière, il a déploré que le défaut de coordination soit encore à l’ordre du jour.  La coordination nécessite un chef de file, a-t-il poursuivi, en affirmant que ce rôle devait être confié à l’ONU. 


Les représentants des États-Unis, du Qatar, de la Chine, de la France, de la Belgique, Pérou, du Congo, du Panama, de l’Afrique du Sud, de la Slovaquie, du Royaume-Uni, de l’Indonésie, de la Fédération de Russie, de l’Italie, du Ghana, de l’Afghanistan, du Portugal (au nom de l’Union européenne), du Canada, des Pays-Bas, du Japon, de l’Iran, de l’Inde, de la Norvège et du Pakistan ont pris la parole.


LA SITUATION EN AFGHANISTAN


Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales (S/2007/555)


Le Secrétaire général, dans ce rapport daté du 21 septembre 2007, rend compte des activités menées par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) depuis son dernier rapport du 15 mars 2007.  La priorité la plus urgente, selon lui, doit être la mise au point pour l’Afghanistan d’une stratégie et d’un plan de sécurité civils et militaires intégrés et efficaces.  Si une réponse militaire coordonnée demeure indispensable pour vaincre les groupes d’insurgés et terroristes, le succès dépendra, à moyen terme, de la participation des communautés locales et de l’instauration d’un climat de sécurité durable propice au développement, affirme-t-il.


Le Secrétaire général souligne que la transition en Afghanistan se trouve soumise à des pressions croissantes sous l’effet de l’insurrection, de la faiblesse de la gouvernance et de l’économie de la drogue. Le Gouvernement afghan, avec l’appui de la communauté internationale, devra faire preuve de volonté politique en prenant les mesures audacieuses nécessaires pour retrouver l’initiative dans chacun de ces domaines et regagner la confiance de la population par des moyens tangibles.


Le Secrétaire général estime qu’en l’absence d’un effort plus résolu de sa part, d’une cohésion accrue de l’action des donateurs – en particulier d’une meilleure coordination entre les éléments militaires et civils de la présence internationale en Afghanistan – et d’un ferme engagement des pays voisins, nombre des acquis de la période qui a suivi la conférence de Bonn dans le domaine de la sécurité, du renforcement des institutions et du développement risquent de piétiner, voire de s’inverser.


De l’avis du Secrétaire général, un facteur déterminant du maintien des acquis en matière de sécurité à long terme est le renforcement des moyens, de l’autonomie et de l’intégrité des forces de sécurité nationales afghanes, en particulier de la police nationale.


De même, un programme de gouvernance au niveau des provinces et des districts efficace, intégré, cohérent et piloté par le Gouvernement devrait être mis au point en partenariat avec la communauté internationale.  Le Gouvernement doit se préparer à prendre dès maintenant des décisions difficiles pour assurer la crédibilité des nouvelles institutions, écrit le Secrétaire général.  Il ne sera possible d’élargir le rayon d’action du pouvoir central et de stabiliser le pays que si le Ministère de l’intérieur s’attaque résolument à la corruption et améliore l’image de la police au sein de la population.


Le Secrétaire général estime également que, sur la base des réalisations de la Conférence sur l’état de droit, le Gouvernement afghan devrait mettre la dernière main à la stratégie concernant le secteur judiciaire et commencer à exécuter le nouveau programme national pour la justice financé par le Fonds d’affectation spéciale pour la reconstruction de l’Afghanistan.  Il devrait simultanément s’attaquer à l’impunité dont semblent jouir les fonctionnaires perçus comme abusant de leurs fonctions.  La Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) devrait appuyer les efforts déployés par le Gouvernement en vue de faire appliquer la loi et mettre en œuvre le projet de démantèlement des groupes armés illégaux dans les zones moins touchées par l’insurrection.


Par ailleurs, affirmant que l’augmentation continue de la production d’opium fait peser une menace de plus en plus grave sur la reconstruction et la formation de la nation en Afghanistan, le Secrétaire général considère que le Gouvernement doit accorder la priorité à l’interdiction et traduire en justice les trafiquants de drogues.  La communauté internationale, avec l’appui d’un Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) renforcé, devrait s’unir autour d’un plan véritablement piloté par l’Afghanistan et allant au-delà des efforts d’éradication qui, pris isolément, se sont révélés inefficaces.


Le Secrétaire général observe en outre que la mise au point définitive et le futur financement de la Stratégie de développement national doivent rester la principale priorité des donateurs.  Une fois la Stratégie lancée, en principe en mars 2008, il sera indispensable, pour en assurer la crédibilité, de gérer les attentes de l’opinion de manière judicieuse, d’assurer un suivi aux niveaux des provinces et des districts et d’entreprendre une nouvelle initiative de concertation faisant fond sur les consultations initiales, écrit-il.


S’agissant des élections présidentielles, prévues pour 2009, le Secrétaire général estime que le Gouvernement afghan comme l’Assemblée nationale doivent se pencher d’urgence sur le prochain cycle électoral de sorte que la loi électorale soit adoptée avant la fin de 2007.


Déclarations


M. TOM KOENIGS, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), qui effectuait, en cette qualité, son dernier exposé devant le Conseil de sécurité, a affirmé que, pour la région, un des objectifs clefs demeurait les efforts visant à compléter les relations bilatérales pour améliorer et élargir les démarches multilatérales afin d’assurer la stabilité de l’Afghanistan.  Le Représentant spécial a souligné que ces deux derniers mois, le niveau de violence avait diminué.  Toutefois, a-t-il ajouté, sur une base mensuelle, le nombre d’incidents violents a progressé de 30% par rapport à l’an dernier.  Ces incidents ont contribué à une augmentation significative du nombre de victimes civiles, a-t-il dit, notant qu’au moins 1 200 personnes ont été tuées depuis le mois de janvier de cette année.  Selon M. Koenigs, la Force internationale d’assistance à la sécurité représente le système de défense le plus capable du Gouvernement contre les insurgés.  Les pays, a-t-il dit, devraient résister à la tentation de réduire leur engagement.  L’OTAN et la Force internationale doivent travailler avec le Gouvernement de l’Afghanistan et la MANUA afin de faire en sorte qu’une stratégie politique militaire intégrée et un plan de sécurité partagé pour l’Afghanistan, tenant pleinement compte de la dimension militaire, de la lutte contre l’insurrection, de la gouvernance, du développement, de la reconstruction et de l’aspect humanitaire, constituent des sources solides pour tous pour combattre la violence et ramener la paix en Afghanistan au cours des mois d’hiver et tout au long de 2008.  M. Koenigs a estimé que le succès d’une telle stratégie intégrée reposait sur une plus grande inclusion des civils afghans et des responsables militaires dans la planification des opérations de sécurité des commandements régionaux et des quartiers généraux de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) et de l’OTAN.


M. Koenigs s’est en outre déclaré profondément troublé par l’exécution, sur décision du Gouvernement afghan, de 15 prisonniers, le 8 octobre dernier.  Il a ainsi exhorté le Gouvernement afghan à restaurer le moratoire sur la peine de mort et à respecter les normes internationales sur l’illégalité de la peine de mort lorsqu’un procès juste ne peut pas être garanti.  Bien que les attentats-suicide connaissent la publicité la plus importante, la menace la plus grande pour la population civile est peut-être, à ses yeux, la campagne d’intimidation, d’enlèvements et d’exécutions menée par les éléments antigouvernementaux contre les personnes considérées comme ayant des liens avec le Gouvernement afghan ou la communauté internationale.  Il est impératif, selon lui, que la protection des civils demeure au premier plan des efforts entrepris en Afghanistan.


Le Représentant spécial a de même souligné que l’on ne pouvait enregistrer davantage de retards dans la réalisation des deux défis de la gouvernance et de la communication, dont dépend tout progrès en Afghanistan.  Seule une bonne gouvernance contribuera à mettre fin à la culture de la corruption et de l’impunité, qui ont jusqu’ici altéré dangereusement la confiance du public.  M. Koenigs a également fait état d’une augmentation de 34% de la production d’opium en 2007.  Une approche confuse de la communauté internationale, associée à un manque de leadership aux niveaux national, provincial et de district, ont permis aux trafiquants de drogue de prospérer, a-t-il observé.  Il s’est félicité du récent engagement pris par le Gouvernement et ses partenaires internationaux par le biais du Groupe d’action politique en faveur du plan d’action en 12 points du 10 octobre servant de base à la mise en œuvre de la Stratégie nationale de contrôle de la drogue.  Pour être couronnées de succès, ces actions exigent un leadership déterminé et une grande volonté politique de la part du Gouvernement, soutenu par le rôle renforcé des Nations Unies ainsi que la coopération de tous les partenaires internationaux.


Par ailleurs, M. Koenigs a exhorté la communauté internationale à garantir son soutien, de manière cohérente, à la préparation des élections parlementaires et présidentielles.  Le Représentant spécial a encouragé les donateurs à fournir les ressources nécessaires au recensement électoral et la Commission électorale indépendante.  M. Koenigs a enfin mis l’accent sur le rôle central de coordination que doit jouer la MANUA.  En vue de renforcer ses bureaux régionaux et provinciaux, la MANUA demandera, dans sa proposition de budget 2008, une augmentation modérée de postes internationaux, y compris un groupe consultatif militaire et un groupe consultatif de police, a-t-il expliqué, souhaitant, sur ce point, un appui de la part des membres du Conseil de sécurité.


M. ALEJANDRO WOLFF (États-Unis) a invité la communauté internationale à rester unie pour continuer à soutenir l’Afghanistan.  Il a souhaité l’accélération de la mise en place d’institutions étatiques, la création d’une agriculture solide qui permette de réduire la culture d’opium, le renforcement de l’état de droit, de la sécurité et des droits de l’homme.  Il a souligné le rôle primordial que joue la MANUA et a fait état de progrès significatifs, tout en estimant que le pays traversait une période de transition critique et difficile.  Il s’est notamment félicité du fait que six millions d’enfants, dont deux millions de filles, soient actuellement scolarisés.  C’est un chiffre record, a-t-il dit.


Le représentant a estimé que la sécurité constituait toujours un énorme défi, du fait des attentats suicides de plus en plus nombreux auxquels ont recours les Taliban, dans l’objectif de terroriser la population et de miner les efforts du Gouvernement afghan.  Il est d’une importance vitale que l’Afghanistan réussisse, a-t-il lancé, en rappelant que le pays avait été le sanctuaire de la menace terroriste mondiale d’aujourd’hui.  Il a estimé que l’élimination de cette menace serait une victoire stratégique, non seulement pour les Afghans, mais aussi pour les Nations Unies.


Soulignant la volonté des Afghans de jouer un rôle accru pour assurer leur sécurité, il a déclaré que l’Armée nationale était une institution respectée, forte désormais de 35 000 hommes, sur un objectif de 70 000.  Il s’est félicité des actions conjointes menées avec la FIAS, sous commandement de l’OTAN, tout en insistant sur la nécessité d’aller plus loin, en renforçant le soutien à la FIAS, dont il a rappelé qu’elle disposait d’un mandat de l’ONU.  Il est essentiel de poursuivre l’unité et l’engagement de la communauté internationale, pour aider le peuple afghan à achever la transition de la tyrannie à la liberté, a-t-il déclaré.  Une assistance accrue requiert une meilleure coordination, a-t-il poursuivi, en souhaitant la nomination d’un Envoyé de l’ONU, pour coordonner les efforts internationaux et les donateurs.


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a souligné que l’avenir de l’Afghanistan dépendait de la réalisation des objectifs de l’Accord de Bonn.  Le paysage politique en Afghanistan est constitué d’un réseau interdépendant qui rassemble tous les groupes politiques, a-t-il expliqué.  Ainsi, le pays a besoin d’une véritable unité interne et d’une véritable conscience politique de tous les côtés.  La situation de violence sape la confiance dans l’avenir de l’Afghanistan, a-t-il fait remarquer.  La dégradation de la situation en matière de sécurité dans le pays doit être réglée dès que possible, a-t-il ajouté.  De l’avis du représentant, la communauté doit jouer un rôle central.  Le représentant s’est également dit préoccupé par le fait que des civils aient perdu la vie, en raison d’erreurs commises dans la lutte contre le terrorisme en Afghanistan.  Il a salué le rôle joué par le Gouvernement afghan, mais, a-t-il dit, celui-ci doit être à même d’élaborer un nouveau mécanisme afin qu’il puisse faire face à tous les opposants au régime et discuter avec eux. 


M. LIU ZHENMIN (Chine) s’est félicité que l’Afghanistan ait atteint l’autosuffisance alimentaire.  Il a également salué les efforts de scolarisation, dont le taux a atteint un niveau record, et de la baisse de la mortalité infantile et maternelle.  Il a cependant souligné que de nombreux défis non résolus constituaient une menace considérable pour le pays, citant la nécessité d’un renforcement des institutions, d’un développement économique accru, et d’une lutte plus efficace contre le trafic de stupéfiants.  Il a estimé que la sécurité restait le problème prioritaire et a appelé la communauté internationale à débloquer davantage de ressources pour y faire face.  La formation d’équipes de fonctionnaires solides et qualifiés, et la réalisation d’objectifs concrets dans le domaine économique contribueront à renforcer la confiance de la population et à faire diminuer l’insécurité, a-t-il dit.


M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a souligné que les autorités afghanes peinaient à instaurer l’état de droit dans certaines régions du pays.  Cette situation offre un terreau sur lequel prospèrent les Taliban et d’autres groupes extrémistes, a-t-il dit.  Le représentant a également déploré une dégradation de la situation des droits de l’homme.  Les attaques virulentes de certaines personnalités à l’encontre de la Commission indépendante des droits de l’homme sont inquiétantes, a-t-il déclaré.  La France, a-t-il ajouté, s’est jointe à l’appel de l’Union européenne pour que les autorités afghanes rétablissent d’urgence un moratoire sur la peine de mort.  Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité de la réforme de la sécurité et de la justice, exprimant par ailleurs la confiance de son pays au Président Karzaï.  Une telle volonté politique ne pourra se traduire dans les faits que si la communauté internationale se mobilise pleinement, a-t-il poursuivi.  De l’avis de M. Ripert, il convient de poursuivre vers la voie d’une réelle intégration de l’Afghanistan dans son environnement régional.  Il a, par ailleurs, souligné l’engagement de la France en Afghanistan, mettant en particulier l’accent sur la formation opérationnelle de l’Armée afghane.


M. JOHAN VERBEKE (Belgique) a soutenu la nécessité d’une approche globale et d’une meilleure coordination des efforts internationaux en Afghanistan.  Il a fait part de sa préoccupation face à l’augmentation de la production d’opium, en appelant le Gouvernement à assumer ses responsabilités.  La lutte contre le trafic de drogue, a-t-il souligné, est également essentielle dans le cadre de la lutte contre la corruption et de la promotion de la bonne gouvernance.  Il a soutenu l’organisation simultanée des prochaines élections présidentielle et législatives.  Il a par ailleurs regretté l’exécution, la semaine dernière, de 15 condamnés, et a demandé au Gouvernement afghan de rétablir au plus vite un moratoire sur les exécutions en vue d’abolir la peine de mort.  Il a vigoureusement condamné les récents attentats suicides, en soulignant que seul le respect de l’état de droit permettrait à la population afghane de garder confiance dans l’avenir.


M. Verbeke a indiqué que son pays, qui contribue depuis 2002 à la FIAS, avait renforcé son contingent, qui comprend désormais 367 hommes et femmes, déployés à Kaboul et à Kunduz.  La Belgique va prendre le commandement de l’aéroport international de Kaboul, a-t-il précisé, avec pour priorité la formation du personnel afghan pour qu’il puisse à terme prendre en main la gestion de cet aéroport.  Il a enfin estimé que le Comité 1267 de sanctions contre les Taliban, Al-Qaida et les autres entités associées constituait un puissant instrument de lutte contre le terrorisme et contribuait à la stabilisation de l’Afghanistan.


M. JORGE VOTO-BERNALES (Pérou) a estimé que l’Afghanistan avançait dans une direction imprévue il y a quelques mois.  Cette tendance, a-t-il dit, oblige à revoir les stratégies établies.  Il a, en outre, souligné que, de façon générale, la situation en matière de sécurité était affectée par une activité terroriste importante et les actions de groupes armés illégaux.  L’État afghan doit ajuster sa politique de sécurité en fonction de cette situation, a-t-il observé.  De même, a-t-il estimé, il convient de revoir considérablement, et de manière approfondie, la situation de la politique nationale afghane.  La protection des civils, des droits de l’homme et le respect du droit international humanitaire doivent rester au cœur des opérations de sécurité, a-t-il également assuré.  Le représentant a, par ailleurs, mis l’accent sur la nécessité d’aider l’ONUDC afin de surmonter le défi posé par les drogues.  Il faut obtenir des résultats réels et immédiats pour l’économie du pays, a-t-il souligné, notant que plus de 3 millions d’Afghans vivaient de cette activité.  Il a enfin mis l’accent sur la nécessité pour le Gouvernement afghan de lutter contre l’impunité et la corruption. 


M. LUC JOSEPH OKIO (Congo) a salué les progrès réalisés, notamment dans les domaines de l’économie et de la santé, tout en déplorant l’insécurité grandissante.  Il a fait part de sa préoccupation face à la capacité de nuisance des Taliban et des autres groupes extrémistes qui ont fait, a-t-il rappelé, 1 200 victimes civiles depuis le début de l’année.  Le représentant a noté avec inquiétude la progression de la culture du pavot et de l’opium qui, a-t-il noté, sont des sources importantes de financement des Taliban.  Il a appuyé la mise en place d’un plan pilote de lutte contre la drogue, tout en insistant sur la nécessité d’y intégrer les impératifs d’une économie de substitution.


M. Okio a estimé que les difficultés rencontrées par la Sixième Commission de lutte contre la corruption créée par le Président Karzai témoignaient de l’étendue du fléau.  Trop souvent, le « système clientéliste » vient saper les efforts pour éradiquer la corruption, a-t-il dit.  Il a ainsi soutenu les projets de réforme de la police, de l’armée et du secteur judiciaire.  Il a par ailleurs salué l’engagement commun de l’Afghanistan et du Pakistan à coordonner leurs efforts dans la lutte contre le terrorisme, ou le trafic d’opium, ainsi que l’accord de coopération signé par les autorités de Kaboul avec l’Iran.  Il a attiré l’attention sur le sort des millions d’Afghans toujours exilés en Iran et au Pakistan, en demandant un engagement cohérent de la communauté internationale, pour faciliter les retours volontaires ou garantir des solutions alternatives pour certains groupes qui ne pourront pas retourner dans leur pays. 


M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a constaté avec préoccupation que, depuis le dernier débat du Conseil de sécurité sur l’Afghanistan, les actes de violence en Afghanistan ont augmenté par rapport à 2006.  Ceux-ci sont manifestement liés aux activités criminelles, à la corruption institutionnelle et aux actions des trafiquants de drogue, a-t-il expliqué.  La situation en matière de sécurité dans la région ne s’est pas améliorée, a-t-il souligné, estimant qu’il était peut-être temps d’envisager un changement de stratégie dans la façon dont la communauté internationale s’acquitte de sa mission.  Il y a lieu, a-t-il estimé, de trouver d’autres solutions, des variantes à toute politique qui compromettrait le soutien et la bonne volonté du peuple afghan vis-à-vis de l’engagement de la communauté internationale.


M. DUMISANI KUMALO (Afrique du Sud) a noté les timides avancées de l’Afghanistan dans les domaines de l’état de droit, de la dissolution des bandes armées illégales.  La sécurité, a-t-il poursuivi, reste la principale menace qui pèse sur le pays.  Il s’est inquiété du sombre tableau dressé par le Secrétaire général dans son rapport concernant le trafic des stupéfiants, dont la production a connu une progression alarmante.  Il a également déploré que la population civile soit la première victime de la dégradation de la situation sécuritaire, en saluant les efforts de la MANUA pour être davantage à l’écoute des populations civiles dans les conflits armés.


Reconnaissant le lien entre production de stupéfiants et développement, le représentant a invité le Gouvernement afghan à fournir aux agriculteurs une économie de substitution et à offrir des alternatives viables à la culture d’opium.  Soulignant l’importance de la coopération régionale, il a salué l’amélioration des relations de l’Afghanistan avec ses voisins, notamment le Pakistan. 


M. DESAN MATULAY (Slovaquie) a estimé que le pays avait fait des progrès considérables en six ans en matière économique et sociale.  Mais, a-t-il ajouté, la situation continue de se dégrader.  Le représentant a ainsi expliqué cette situation par la présence en force des Taliban dans certaines provinces et l’augmentation de la culture du pavot.  La détérioration de la situation en matière de sécurité doit être examinée de manière prioritaire, a-t-il assuré, notant qu’il convenait de faire davantage pour accroître les effectifs de l’Armée afghane et lutter contre la corruption.  Le représentant a également invité le Gouvernement afghan à prendre des mesures novatrices et incitatives, évoquant, par exemple, la création d’un fonds de bonne performance pour les administrations provinciales qui réussissent à éliminer la culture du pavot. 


M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a souligné les progrès réalisés depuis 2001 en Afghanistan.  L’émergence d’une démocratie est toujours un processus long et délicat, a-t-il déclaré.  Il s’est félicité de la coopération accrue avec le Pakistan.  Le représentant s’est dit choqué par les méthodes utilisées par ceux qui tentent de ramener l’Afghanistan aux heures les plus sombres du passé. 


Le représentant a estimé qu’une réponse coordonnée à l’insurrection devait aller de pair avec l’effort de reconstruction.  Chaque perte civile est une perte de trop, a-t-il déclaré, en saluant les nombreux efforts des forces de l’ONU pour tenter de les réduire.  Il a affirmé que la lutte contre la corruption était une condition préalable à l’établissement d’une police efficace.  Soulignant que la réponse ne pouvait être exclusivement militaire, il a souhaité que les Taliban exprimant la volonté de se réintégrer dans la société aient la possibilité de le faire.  Concernant la production et le trafic d’opium, il a noté que, dans le nord, où la situation dans les domaines de la sécurité et de la bonne gouvernance était moins préoccupante, des progrès avaient été enregistrés.  Il a appelé la communauté internationale à s’inspirer de cet exemple pour s’attaquer à l’augmentation de la production de stupéfiants dans le sud du pays.  Il a enfin salué le travail de M. Tom Koenigs, dont il a rappelé qu’il intervenait pour la dernière fois devant le Conseil de sécurité en sa qualité de Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan.


M. RADEN MOHAMMAD MARTY MULIANA NATALEGAWA (Indonésie) a affirmé que son pays attachait une grande importance à la protection des civils et au respect des principes du droit international humanitaire là où des opérations de sécurité sont menées.  L’Indonésie, a-t-il ajouté, souligne l’importance du dialogue politique et de la réconciliation avec toutes les factions.  Il a également mis l’accent sur la nécessité d’aider chaque Afghan à accepter un nouvel Afghanistan.  Il est important, a-t-il dit, d’inclure tous les Afghans dans les processus économique et politique à tous les niveaux.  L’accroissement important de la production de pavot a aggravé la situation en matière de sécurité de l’Afghanistan et compromet la reconstruction du pays, a-t-il en outre expliqué.  La coopération de l’Afghanistan avec ses pays voisins est très importante, a-t-il ainsi observé.  De l’avis du représentant, la communauté internationale doit soutenir le plan entrepris par les autorités afghanes visant à régler ce problème.  Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité pour l’Afghanistan d’adopter une loi électorale d’ici la fin de l’année 2007.  Il a enfin jugé indispensable que la MANUA et les autres acteurs internationaux engagés en Afghanistan puissent disposer des mandats et des ressources nécessaires pour s’acquitter de leurs tâches.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a noté les progrès réalisés depuis 2001, tout en exprimant son inquiétude face à l’insécurité persistante en Afghanistan.  Il a jugé impératif de ne pas s’écarter de l’orientation prise par la communauté internationale d’isoler les combattants extrémistes, et notamment ceux qui sont inscrits sur la liste du Comité des sanctions de l’ONU.  Il a estimé que l’activité des extrémistes et des terroristes était alimentée par des sources de financement spécifiques, notamment le trafic de stupéfiants, dont il a déploré la production croissante.  Le représentant a par ailleurs encouragé les efforts régionaux.  Il a ainsi souligné le rôle de l’Organisation de Shanghaï pour la coopération, en indiquant que, lors de son dernier sommet, son pays avait proposé d’organiser une conférence régionale sur l’Afghanistan.  M. Churkin a prôné une collaboration accrue entre cette organisation et l’OTAN.  Il a par ailleurs souhaité que soit maintenu l’équilibre ethnique établi dans les institutions.  Il a enfin souligné le rôle actif joué par son pays pour contribuer au redressement économique du pays.


M. MARCELLO SPATAFORA (Italie) a mis l’accent sur la nécessité de demeurer uni dans l’aide apportée au peuple afghan et de se rallier derrière le rôle central et impartial des Nations Unies.  Le représentant a estimé que la coordination constituait le mot clef et la seule recette du succès, citant, par exemple, la coordination entre le Gouvernement afghan et la Force internationale d’assistance à la sécurité, avec les pays donateurs.  L’Italie, a-t-il ajouté, souscrit à l’idée exprimée par le Secrétaire général dans son rapport selon laquelle toutes les mesures doivent être orientées vers la confiance et doivent être prises en collaboration avec le Gouvernement afghan.  Le représentant a également affirmé que la MANUA devait bénéficier du soutien et des ressources nécessaires pour s’acquitter de son mandat difficile.  M. Spatafora a enfin regretté l’interruption soudaine du moratoire sur l’application de la peine de mort.  Il a ainsi souligné la disposition de son pays à aider le Gouvernement afghan à mettre en place un système judiciaire efficace correspondant aux normes internationales les plus élevées.


M. LESLIE KOJO CHRISTIAN (Ghana) a salué les progrès réguliers enregistrés par l’Afghanistan, notamment dans les secteurs judiciaire, de l’éducation et de la santé.  Il a cependant souligné les défis considérables qui restent à relever, en raison de l’insurrection dans le sud et l’est du pays.  Il a déploré que certains fonctionnaires soient liés au trafic de stupéfiants.  Il a également estimé que la situation en matière de sécurité contribuait à accroître les violations des droits de l’homme, en citant notamment les violences faites aux femmes, l’état des prisons et les entraves à la distribution de l’aide humanitaire.


Le représentant a salué, dans ce contexte, l’amélioration des relations de l’Afghanistan avec ses pays voisins, notamment l’Inde et le Pakistan, espérant que cela pourrait changer la dynamique dans l’ensemble de la région.  Il a invité les autorités afghanes à accélérer la réforme du secteur de la sécurité, afin de tirer profit du nouvel élan de coopération avec les pays voisins.  Le statu quo a des répercussions négatives qui vont bien au-delà des frontières de l’Afghanistan, a-t-il affirmé, en appelant la MANUA à jouer un rôle accru.  Il a ainsi souhaité qu’elle soit dotée de ressources humaines et matérielles supplémentaires.


M. ZAHIR TANIN (Afghanistan) s’est déclaré satisfait des résultats enregistrés, il y a moins d’un mois, avant le début du débat général de l’Assemblée générale, de la Réunion spéciale de haut niveau sur l’Afghanistan, car, a-t-il dit, elle a témoigné d’un consensus écrasant de la part des États Membres pour estimer que l’Afghanistan devait rester une priorité de la communauté internationale et des Nations Unies.  Il s’est en outre félicité de l’unité qui a été constatée sur la nécessité d’améliorer la coordination dans les quatre domaines clefs que représentent la sécurité, la lutte contre les trafiquants de drogue, la coopération régionale et la gouvernance.  Une telle coordination sera essentielle pour réaliser l’objectif d’un Afghanistan stable et pacifique, a-t-il ajouté.  De l’avis du représentant, des progrès significatifs ont été enregistrés en Afghanistan depuis la signature de l’Accord de Bonn, il y a six ans.  Grâce au soutien du Conseil de sécurité et d’autres partenaires au sein de la communauté internationale, l’Afghanistan ne sert plus de base pour les terroristes internationaux, a-t-il expliqué.  Le pays, a-t-il dit, est devenu la ligne de front depuis laquelle les pays ont uni leurs efforts pour lutter contre le terrorisme.  Toutefois, des défis redoutables continuent de menacer un Afghanistan stable et prospère, a-t-il estimé.  C’est pourquoi, a-t-il souligné, l’Afghanistan s’est fixé comme priorités d’éliminer le terrorisme, d’améliorer l’état de droit et la gouvernance, de renforcer le processus de reconstruction et d’éliminer la menace des stupéfiants.


Le représentant a déclaré que les événements des deux dernières semaines illustraient de manière évidente la campagne actuelle des ennemis de la paix en Afghanistan et visaient à déstabiliser la situation du pays.  Ces actes haineux, a-t-il assuré, ne permettront pas d’affecter la détermination des autorités afghanes à réaliser les objectifs fixés.  C’est ainsi, a-t-il ajouté, que les forces de sécurité afghanes continuent d’opérer dans les conditions les plus difficiles, avec les forces des partenaires internationaux de l’Afghanistan, pour consolider la sécurité à travers le pays et arrêter l’explosion de violence.  Il a indiqué que des progrès substantiels avaient été enregistrés pour affaiblir le commandement et le contrôle de la structure des réseaux terroristes en Afghanistan.  Des mesures ont en outre été prises pour renforcer le régime de sanctions contre les terroristes, conformément à la résolution 1267 du Conseil de sécurité.  De l’avis du le représentant, il est essentiel d’avoir une armée et une police nationale efficace pour lutter contre le terrorisme.  Il a ainsi demandé une assistance continue pour accroître la formation et le renforcement des forces de sécurité.  Il a de même mis l’accent sur la nécessité d’accroître la fourniture des services de base à la population et d’élargir les opportunités de création d’emplois à travers des projets de reconstruction et de développement à grande échelle afin d’apporter des changements réels dans la vie quotidienne des citoyens.  Il a appelé les partenaires internationaux de l’Afghanistan à garantir une plus grande coordination militaire avec les forces de sécurité nationales lors des opérations de combat, afin d’éviter que des civils ne perdent la vie.  Davantage doit être fait aux niveaux régional et international pour s’attaquer au terrorisme, a-t-il poursuivi, notant que la présence d’une infrastructure terroriste à l’extérieur du territoire de l’Afghanistan était, pour son pays et pour la région, une source continue de préoccupation.


La coopération régionale est indispensable pour garantir le succès des efforts entrepris en Afghanistan, a-t-il par ailleurs assuré, affirmant que, cette année, son pays avait maximisé ses efforts visant à consolider ses relations avec ses voisins et dans la région en matière de sécurité, de commerce, d’investissement, de coopération frontalière et de lutte contre le trafic de drogue.  Le représentant a également déclaré que les stupéfiants constituaient un autre défi important.  L’élimination de ce fléau est un objectif que l’Afghanistan ne pourra pas réaliser tout seul, a-t-il dit.  Il a ainsi plaidé en faveur d’un effort plus fort et plus ferme de la part des pays consommateurs et de transit.  Une attention plus importante doit être portée sur la nécessité de briser les liens entre la production, le trafic des drogues illégales et le financement des activités terroristes, a-t-il dit.  Enfin, il a mis l’accent sur la nécessité de redoubler d’efforts pour améliorer l’assistance au développement, insistant sur l’importance de tenir les promesses et d’apporter les fonds annoncés dans les temps.  Il est essentiel d’accroître l’assistance financière pour atteindre les objectifs de développement, a-t-il ajouté.  Le représentant a enfin appelé les partenaires internationaux de l’Afghanistan à accroître leur niveau de coordination et coopération entre eux et avec le Gouvernement afghan.  


M. JOAO SALGUEIRO (Portugal), s’exprimant au nom de l’Union européenne, a souligné les défis auxquels doit faire face l’Afghanistan, malgré les progrès enregistrés.  Il a reconnu le rôle central des Nations Unies et s’est félicité des efforts de la MANUA.  Il a estimé que la Force internationale d’assistance à la sécurité, sous la direction de l’OTAN, avait été cruciale.  L’augmentation de la production de stupéfiants pose une menace grave au pays et souligne la nécessité pour l’Afghanistan d’être dotée d’une police efficace.  C’est dans cet objectif, a-t-il indiqué, que l’Union européenne a déployé en juin dernier la Mission européenne de police (EUPOL), qui contribue à la réforme de la police, en complément du programme de la Commission européenne pour la réforme du secteur judiciaire.


L’insurrection ne peut être vaincue par les seuls moyens militaires, a déclaré M. Salgueiro, en saluant la présence accrue des Nations Unies dans les provinces.  Il a également soutenu, non seulement la MANUA, mais aussi le rôle croissant de toute la famille des Nations Unies à travers ses programmes et fonds.  Il s’est par ailleurs félicité du rapprochement entre l’Afghanistan et le Pakistan.  Rappelant l’opposition de l’Union européenne à la peine de mort, il a regretté profondément l’exécution récente de 15 personnes et a exhorté les autorités à rétablir le moratoire sur la peine de mort, en vue de son abolition.  Il a souhaité que soit adoptée avant la fin de l’année 2007 la loi électorale, dont il a souligné le caractère vital pour préparer les élections présidentielles de 2009.


M. JOHN MCNEE (Canada) s’est félicité notamment de la capacité croissante de l’Armée nationale afghane à permettre aux Afghans de vivre dans la sécurité.  La situation demeure certes difficile, mais, a-t-il constaté, des progrès concrets ont été réalisés dans des domaines indispensables.  De l’avis du représentant, les efforts internationaux doivent se conjuguer à l’action résolue du Gouvernement afghan.  La corruption doit être combattue fermement, a-t-il dit.  De même, la mise en œuvre du Conseil des nominations de haut niveau, l’un des principaux objectifs du Pacte pour l’Afghanistan, démontrerait l’engagement du Gouvernement afghan contre la corruption.  Le Canada, a-t-il ajouté, continue de soutenir les efforts visant à renforcer l’état de droit en Afghanistan, déployés avec le concours du Gouvernement afghan et des partenaires de la communauté internationale, condition essentielle, a-t-il estimé, au développement, à une paix ainsi qu’à une stabilité durables.  Le représentant a en outre souligné que son pays appuyait fermement la décision du Gouvernement afghan de s’opposer à la légalisation de la production d’opium.  Il convient, a-t-il dit, d’adopter une stratégie intégrale et de mettre en place un système de justice efficace et fournir des possibilités économiques à long terme. 


Il n’y a pas de raison d’être excessivement pessimiste en ce qui concerne la situation de l’Afghanistan, a estimé M. PIET DE KLERK (Pays-Bas), en citant les millions de réfugiés qui sont rentrés chez eux, les millions d’enfants, notamment des filles, qui vont à l’école.  Il a cependant ajouté que de nombreux défis restaient à relever.  Le représentant noté la synergie des objectifs de l’ONU et de la FIAS.  La FIAS, dont il a rappelé que son pays y contribuait avec 1 800 hommes, est une mission de stabilisation moderne, qui a placé au cœur de ses préoccupations la sécurité humaine, la bonne gouvernance et le développement social et économique, a-t-il dit.  Ce n’est cependant pas une entité de reconstruction, a-t-il poursuivi.  Il a souhaité une plus grande complémentarité entre l’ONU, l’OTAN et l’Union européenne, dont il a salué le lancement de la mission de police.  Il a également encouragé la MANUA à continuer à ouvrir de nouveaux bureaux dans les provinces du Sud. 


Nous sommes tous en Afghanistan parce que nous y avons un intérêt pour rétablir la sécurité et parce que c’est notre responsabilité envers le peuple afghan, a rappelé le représentant.  Mais il a également justifié la présence internationale par le fait que l’Afghanistan est l’un des pays les plus pauvres de la planète.  Il a invité la communauté nationale à prendre en compte le mécontentement croissant et l’impatience de la population, qui attend des autorités centrales et provinciales qu’elles assurent les services de base promis depuis 2002.  Le représentant a estimé qu’il n’y avait pas de solution simple à la question des stupéfiants, un domaine, a-t-il ajouté, vers lequel convergent tous les problèmes qui sapent les efforts de l’Afghanistan: absence de gouvernance, corruption, influence des insurgés.  Prônant une approche intégrée, il a estimé que l’éradication devait être précédée du développement de cultures de substitution viables.  Il a rejeté la pratique de la pulvérisation, mesure sans discernement et dangereuse pour la santé.  Il a déclaré en conclusion que la communauté internationale devait rester présente en Afghanistan, au nom de la solidarité internationale, de notre propre sécurité nationale, et de l’obligation morale.


M. YUKIO TAKASU (Japon) a affirmé que les défis énormes auxquels l’Afghanistan avait à faire face en matière de sécurité, de lutte contre le trafic de drogue et de lutte contre la corruption, n’étaient pas encore surmontés.  Des efforts soutenus et coordonnés de la part de la communauté internationale sont essentiels, a-t-il estimé.  Le représentant a également souligné le rôle central des Nations Unies pour coordonner les efforts internationaux visant à relever ces défis.  Il s’est dit en outre préoccupé par le nombre accru d’enlèvements et d’attentats-suicide.  Parmi les différents efforts entrepris pour améliorer la situation en matière de sécurité, la réforme du secteur de la sécurité joue un rôle important, a-t-il dit.  Il a par ailleurs indiqué que le Japon avait l’intention d’accroître son aide à l’Afghanistan dans le domaine de l’éducation.  Rappelant que son pays présiderait le G-8 en 2008, le représentant a assuré que l’Afghanistan constituerait un des sujets de discussion prioritaires.  


M. MOHAMMAD KHAZAEE (République islamique d’Iran) a estimé que, malgré des développements positifs, l’Afghanistan devait cependant faire face à des défis considérables, tels que l’insécurité croissante, les activités terroristes menées par les Taliban, Al-Qaida et le trafic de drogue.  Il a estimé essentiel de déléguer la responsabilité de la sécurité aux forces de sécurité afghanes.  Il a également souhaité que les sommes dépensées pour entretenir la présence de forces étrangères soient allouées à la reconstruction des infrastructures.  L’Iran, nation elle-même victime du terrorisme haineux d’Al-Qaida, a toujours condamné fermement ses actes terroristes, a-t-il lancé, en soulignant l’intérêt vital de son pays pour un Afghanistan stable, sûr et prospère, débarrassé du terrorisme et de l’extrémisme.  Les forces étrangères finiront par quitter le pays, mais l’impact de leurs politiques erronées continuera de peser sur les Afghans et sur l’ensemble de la région, a-t-il poursuivi.  Il a dénoncé les contacts établis avec les responsables de l’insécurité, estimant qu’ils étaient contre-productifs parce qu’ils seraient interprétés comme une prime aux terroristes.


Le trafic des stupéfiants, en tant que source financière du terrorisme, a créé un terreau favorable pour les terroristes et a favorisé les alliances de circonstance entre trafiquants et  terroristes, a-t-il dit, en estimant indispensable de rompre ce lien pour établir un Afghanistan stable et démocratique.  Constatant l’inefficacité des stratégies actuellement mises en œuvre, le représentant a souhaité que des mesures plus fermes soient prises, notamment par les forces étrangères qui ont reçu mandat pour intervenir dans ce domaine.  Il a assuré que l’Iran luttait avec la plus grande détermination contre le trafic de drogue afin, a-t-il ajouté, que ceux qui vivent à des milliers de kilomètres, en Europe ou ailleurs, ne soient pas touchés par ce fléau.  Il a indiqué que son pays avait perdu 4 000 soldats ou policiers dans cette lutte.  L’Iran a été l’un des partenaires les plus sérieux et les plus sincères du peuple et du Gouvernement afghans ces dernières années, a rappelé son représentant, en réaffirmant le soutien sans réserve de son pays au Président Karzai.  L’Iran accueille à bras ouverts des millions de réfugiés, malgré le fardeau considérable que cela représente pour lui, a ajouté son représentant. 


M. NIRUPAM SEN (Inde) a affirmé que son pays était déterminé à appliquer les critères du Pacte pour l’Afghanistan et à relever les défis politiques, de sécurité et de développement auxquels se heurte le pays.  Selon lui, les objectifs communs doivent s’appuyer sur les succès significatifs enregistrés en Afghanistan tout en reconnaissant que beaucoup de chemin reste à parcourir.  La détermination de la MANUA est remarquable, a-t-il dit.  Le défi principal concerne la situation en matière de sécurité, laquelle, a-t-il précisé, pourrait, à court terme, saper les efforts collectifs.  Le représentant a souligné que son pays appréciait la position du Gouvernement afghan selon laquelle le défi du terrorisme nécessitait une solution politique internationale solide et une réaction militaire nationale plus forte.  Le terrorisme ne peut pas être combattu de façon parcellaire, a-t-il également observé.  Le représentant a, par ailleurs, mis l’accent sur les mesures prises par l’Inde en faveur de la reconstruction et du développement de l’Afghanistan.  Le programme d’assistance de l’Inde, mis en place depuis la Conférence de Berlin, atteint désormais 750 millions de dollars, a-t-il précisé. 


M. JOHAN LOVALD (Norvège) a estimé qu’il n’y aurait pas de réussite en Afghanistan si la légitimité des institutions du pays n’était pas renforcée aux yeux de la population.  Il a estimé que la principale préoccupation de la communauté internationale devait être la cohérence de ses efforts de développement et de reconstruction avec les priorités afghanes.  Notant que la nécessité d’une meilleure coordination avait déjà été exprimée l’année dernière, il a déploré que le défaut de coordination soit encore à l’ordre du jour.  Nous gaspillons nos ressources et nous perdons du temps, a-t-il déclaré, en soulignant le risque de compromettre l’efficacité et la crédibilité de la communauté internationale. 


La coordination nécessite un chef de file, a poursuivi le représentant, en affirmant que ce rôle devait être confié à l’ONU.  Il a souhaité que la MANUA soit dotée de l’autorité et des ressources nécessaires pour lui permettre de s’acquitter efficacement de ce rôle.  Le représentant a prôné simultanément le renforcement de la Mission et la nomination d’un Envoyé spécial pour assurer la coordination entre Kaboul et les autres capitales.  Il a cependant estimé que les divergences de vues sur la désignation du nouvel l’Envoyé spécial ne devaient pas bloquer les efforts pour fournir à la MANUA davantage de financement et de troupes, aussi bien à Kaboul que dans tout le reste du pays.


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a fait état de la poursuite d’une multitude de problèmes internes en Afghanistan, citant les questions de la gouvernance, du trafic des stupéfiants, de l’absence de développement et de l’insécurité.  Le trafic de drogue est un danger grave et fort présent, a-t-il insisté.  Le renforcement des capacités des institutions nationales afghanes et leur utilisation pour lutter contre l’insurrection et la diminution de la présence étrangère seraient bienvenues, a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de disposer de forces nationales de sécurité représentatives de toutes les communautés ethniques, bien formées et bien équipées.  La cadence du développement économique et de la reconstruction demeure lente et faible, en particulier ce qui concerne les emplois rémunérés dans les régions rurales.  Les ressources affectées à la reconstruction et au développement sont insuffisantes, a-t-il ajouté.  Sur le plan de la sécurité, il est essentiel, a-t-il dit, de résister à la tentation d’internationaliser les défis que pose la sécurité à l’intérieur de l’Afghanistan.  Le cœur de la violence et du conflit émane des groupes terroristes, de militants étrangers, comme Al-Qaida, et d’une poignée de Taliban, a-t-il ajouté, précisant que ces éléments devaient être combattus, et ce, tout en évitant les victimes civiles.


Le représentant a également estimé qu’une stratégie fructueuse en Afghanistan devait être globale et comprendre des mesures politiques, économiques et administratives.  La coopération entre le Pakistan et l’Afghanistan porte sur tout l’éventail des relations, a-t-il par ailleurs expliqué, citant, entre autres, les domaines du renseignement, du commerce ou des transports.  Il a également rappelé que son pays était celui qui avait perdu le plus d’hommes dans la guerre contre le terrorisme en Afghanistan, notant en particulier que plus de 100 000 hommes étaient mobilisés le long de la frontière.  Il n’existe pas de pays aussi proches que le Pakistan et l’Afghanistan, a-t-il dit, affirmant que chacun avait besoin l’un de l’autre.  Toutefois, il convient, a-t-il estimé, de demeurer prudent face aux machinations de ceux qui, à l’extérieur, veulent semer la méfiance entre les deux peuples. 


Reprenant la parole après le débat, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan et Chef de la MANUA, a remercié le Conseil du large appui exprimé à la MANUA.  Il a expliqué que la Mission avait un double défi à relever: outre son rôle classique de maintien de la paix, elle doit aussi œuvrer à établir la paix dans les provinces du sud, où elle se trouve au cœur du conflit.  Il a estimé que la bonne gouvernance était le défi le plus important et le plus difficile.  M. Koenigs a également souligné l’importance de la lutte contre le trafic de stupéfiants et le renforcement de la coopération régionale.  La lutte contre l’insurrection ne peut réussir que si les capacités du Gouvernement afghan sont renforcées, a-t-il ajouté.  Il faut gagner les esprits et les cœurs, a-t-il déclaré, en estimant que seul un gouvernement perçu comme légitime serait en mesure de relever les défis après la fin de l’insurrection.


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