28/08/2007
Conseil de sécurité
CS/9105

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5735e séance – matin & après-midi


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RECONNAÎT L’IMPORTANCE DE LA PRÉVENTION FACE AUX MENACES CONTRE LA PAIX ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES


Ban Ki-moon, qui se rendra au Soudan la semaine prochaine, affirme qu’il faut

faire plus pour passer de la culture de réaction à une culture de prévention efficace


Le Conseil de sécurité a reconnu aujourd’hui, au terme d’un débat public, l’importance qu’il y a à régler les différends par des moyens pacifiques et à prendre les mesures préventives voulues pour faire face à toutes menaces contre la paix et la sécurité internationales. 


Ouvrant ce débat, consacré au rôle du Conseil de sécurité dans la prévention et la résolution des conflits, en particulier en Afrique, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a annoncé qu’il se rendrait du 3 au 6 septembre au Soudan afin d’évaluer les conditions difficiles dans lesquelles fonctionnera la prochaine opération hybride Union africaine-ONU ainsi que la situation tragique des populations au Darfour que celle-ci entend aider.


Le Secrétaire général, qui a souligné la nécessité de consacrer plus de ressources à la prévention des conflits et au renforcement des capacités de médiation de l’ONU, a également affirmé qu’il présenterait au cours des prochains mois des propositions sur le renforcement des capacités du Département des affaires politiques mettant l’accent sur les activités de bons offices.  Il faut faire plus pour passer de la culture de réaction à la culture de prévention efficace, a affirmé Ban Ki-moon.  Le défi de la prévention doit être pris au sérieux, a-t-il déclaré, soulignant que le règlement des conflits en Afrique est une priorité absolue de son travail.  Il faut, pour cela, une volonté politique soutenue et des ressources suffisantes, a-t-il ajouté. 


Au terme du débat public qui a suivi, et auquel ont pris part plus d’une trentaine de délégations, le Conseil de sécurité s’est à nouveau déclaré déterminé à renforcer son rôle dans le domaine de la prévention et du règlement des conflits sous toutes leurs formes.


Dans une déclaration lue par son Président, Pascal Gayama (Congo), et au nom de tous ses membres, le Conseil de sécurité a reconnu le rôle important que jouent les organisations régionales dans la prévention, la gestion et le règlement des conflits, se félicitant ainsi de la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et l’Union africaine.


Le Conseil de sécurité, dans sa résolution 1625 (2005), avait exprimé sa détermination à renforcer les capacités de l’ONU dans la prévention des conflits et à surveiller de près les situations susceptibles de déboucher sur des conflits armés.  C’est pourquoi, il avait estimé qu’il était important d’établir des stratégies efficaces et globales visant à prévenir les évolutions négatives sur le plan de la sécurité et dans les secteurs économique, social et humanitaire et en matière de gouvernance et de droits de l’homme, dans les pays qui font face à des crises.


Ce débat public cherchait donc, comme le précisait le document de réflexion* soumis aux membres du Conseil de sécurité, à promouvoir une stratégie globale de prévention et de résolution des conflits en tirant profit des mécanismes internationaux, régionaux ou sous-régionaux existants, et en renforçant la cohérence, dans l’action, de tous les acteurs de la prévention des conflits.


Dans son rapport d’activité sur la prévention des conflits armés**, le Secrétaire général préconisait une démarche globale comprenant trois approches.  La première, la « prévention structurelle », ferait face aux sources des conflits en empêchant les crises d’éclater ou de se reproduire, la seconde, concernant la « prévention opérationnelle », mettrait en œuvre, en cas de crise immédiate, l’alerte rapide, les bons offices, les réponses aux besoins humanitaires, la protection des civils et les sanctions, tandis que la troisième, portant sur la « prévention systémique », viserait à empêcher les risques de débordement du conflit. 


Le Conseil de sécurité, dans sa déclaration présidentielle, a soutenu cette démarche globale et mondiale.  Dans ce contexte, il juge indispensable une coordination efficace entre les organes, programmes, fonds et organismes des Nations Unies pour renforcer la cohérence des mécanismes existants et trouver un juste équilibre entre opérations de maintien de la paix et activités de prévention.


De même, le Conseil souligne l’importance d’une approche régionale de la prévention des conflits  et se félicite de la contribution de plus en plus grande des organisations régionales face aux problèmes touchant la paix et la sécurité.  Il souligne en outre la nécessité d’une relation plus solide et plus structurée entre le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et salue l’œuvre accomplie par l’Union africaine pour mettre en place le Conseil des Sages et le système continental d’alerte rapide, éléments selon lui essentiels de l’architecture de paix et de sécurité en Afrique.


Auparavant, la Présidente de l’Assemblée générale, Sheikha Haya Rashed Al Khalifa (Bahreïn), dans un message lu par le représentant d’Haïti Léo Mérorès, avait rappelé qu’en créant la Commission de consolidation de la paix en 2005, l’Assemblée avait fait un grand pas dans le domaine de la prévention des conflits.  L’action de la Commission est un élément central de ce qui est fait pour consolider la paix et empêcher le retour des conflits, avait-elle ajouté.   De son côté, le Président par intérim du Comité d’organisation de la Commission de consolidation de la paix, Leslie Kojo Chritian, a estimé important d’accroître la coopération entre le Conseil de sécurité et la Commission. 


Les représentants des pays suivants ont pris la parole: Panama, Pérou, Slovaquie, Italie, États-Unis, Royaume-Uni, Ghana, Afrique du Sud, Qatar, Chine, Belgique, Fédération de Russie, Indonésie, France, Congo, Portugal (au nom de l’Union européenne), Soudan, Norvège, Suisse, Canada, Namibie, Argentine, Ouganda, Guatemala, Viet Nam, Kenya, République démocratique du Congo (RDC), Croatie, Honduras, Algérie, Japon, Bénin, République-Unie de Tanzanie, Jamahiriya arabe libyenne et Gabon.


* Document de réflexion publié sous la cote S/2007/496

** Rapport publié sous la cote A/60/891



MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES


Rôle du Conseil de sécurité dans la prévention des conflits, en particulier en Afrique


Déclarations


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, a rappelé que le règlement des conflits en Afrique est une priorité absolue de son travail.  Il a ensuite souligné la nécessité de consacrer plus de ressources à la prévention des conflits et au renforcement des capacités de médiation de l’ONU.  M. Ban a appelé à des approches nouvelles pour des activités de plus en plus complexes et multidimensionnelles, compte tenu de la nature actuelle des conflits armés.  Il faut aussi, a-t-il poursuivi, s’attaquer aux causes sous-jacentes des conflits.  En la matière, il a annoncé la parution prochaine de son rapport sur les causes des conflits et la promotion de la paix et du développement durables en Afrique qui contiendra un examen global des recommandations de 1998.  Au cours des prochains mois, le Secrétaire général présentera aussi des propositions sur le renforcement des capacités du Département des affaires politiques qui mettront l’accent sur les activités de bons offices.  Il vaut mieux agir de façon volontariste avant qu’une crise n’éclate, a souligné le Secrétaire général, en rappelant que le Département des affaires politiques a déjà créé une équipe permanente d’experts en médiation et est en train de créer une banque de données sur les accords de paix et des enseignements tirés du rétablissement de la paix.


Les organisations régionales, a poursuivi le Secrétaire général, peuvent apporter une contribution importante comme au Soudan où l’ONU travaille avec l’Union africaine.  Le but est de développer les capacités respectives et avec l’adoption de la résolution 1769, une ère nouvelle s’est ouverte dans cette coopération comme en atteste l’opération hybride au Darfour.  Le maintien de la paix, a encore dit M. Ban Ki-moon, n’est qu’un début car il faut trouver une solution politique.  Cela a pris trop de temps et il est clair aujourd'hui qu’il faut faire plus pour passer de la culture de réaction à une culture de prévention efficace.  Du 3 au 6 septembre, a aussi annoncé le Secrétaire général, je me rendrai au Soudan pour évaluer les conditions difficiles dans lesquelles les forces vont fonctionner et la situation tragique des personnes que l’Opération entend aider.  Il s’agit, s’est-il expliqué, de consolider les progrès pour pouvoir avancer.  Il s’agira de souligner l’engagement des Nations Unies en faveur de l’Accord de paix global et de manifester notre solidarité aux collègues sur le terrain.


Dans ce monde, la prévention doit dépasser la simple diplomatie, a estimé le Secrétaire général, en soulignant que bien souvent en Afrique, les tensions naissent des crises identitaires et d’un accès inégal aux ressources politiques et économiques.  Cela vient peut-être de la manière dont les frontières coloniales ont été dessinées, a-t-il avancé.  C’est pourquoi, a-t-il préconisé, il est essentiel de parvenir à des solutions qui soient les plus représentatives possibles comme la promotion des droits de l’homme et de l’état de droit, l’organisation des élections, la consolidation des institutions démocratiques, la formation de la police ou encore la lutte contre le trafic d’armes.  L’ONU y travaille en soutenant des organisations comme l’Union africaine.  La prévention et le développement, a conclu le Secrétaire général, s’alimentent mutuellement.  Il faut donc tout faire pour accélérer la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement. 


En la matière, le monde est sur la bonne voie sauf en Afrique.  Le Secrétaire général a donc appelé à des réflexions nouvelles pour extirper les nations les plus pauvres de leur situation actuelle.  Il faut traiter les conflits et les problèmes de gouvernance mais aussi consolider la paix dans les pays sortant d’un conflit, a encore dit le Secrétaire général.  Dans ces pays, la consolidation de la paix est en fait un acte de prévention, a-t-il ajouté, en soulignant le rôle de la Commission de consolidation de la paix et du Conseil des droits de l’homme.  Se félicitant que le nombre des conflits armés aient diminué de 40% grâce aux activités accrues de maintien et de rétablissement de la paix, et de prévention des conflits, M. Ban a néanmoins estimé que cela ne suffit pas, compte tenu du nombre toujours alarmant des victimes de conflits violents.  Nous avons l’obligation de prendre plus au sérieux le défi de la prévention et il faut, pour cela, une volonté politique soutenue et des ressources suffisantes, a prévenu le Secrétaire général. 


M. LÉO MÉRORÈS (Haïti), qui faisait lecture de la déclaration de la Présidente de la soixante et unième session de l’Assemblée générale, SHEIKHA HAYA RASHED AL KHALIFA (Bahreïn), a rappelé que lors du Sommet mondial de 2005, les Chefs d’État et de gouvernement réunis à New York avaient souligné l’importance qu’il y avait à prévenir les conflits armés et réaffirmé solennellement leur détermination à renforcer les capacités de l’ONU à cet égard.  La prévention des conflits armés est l’un des buts essentiels de l’ONU et est au cœur même de nombre des actions engagées par l’Organisation.  En créant la Commission de consolidation de la paix en 2005, l’Assemblée générale a fait un grand pas dans le domaine de la prévention des conflits, a dit la Présidente.  L’action de la Commission est un élément central de ce qui est fait pour consolider la paix et empêcher le retour des conflits, a-t-elle ajouté.  Elle a en outre souligné le besoin de renforcer les moyens dont est doté l’ensemble du système des Nations Unies pour la médiation et les bons offices.  Il faut faire en sorte que l’ONU dispose des outils dont elle a besoin pour jouer ce rôle crucial, dans le respect entier de la souveraineté de tous les États Membres, a-t-elle affirmé.  La Présidente a de même assuré que c’est à chaque État qu’il revient en dernière analyse d’assumer la responsabilité de prévenir les conflits.  Elle a conclu en disant son espoir que la coopération et la coordination entre les principaux organes des Nations Unies s’intensifient dans ce domaine vital, qui reste au cœur des buts de l’Organisation.


M. LESLIE KOJO CHRISTIAN (Ghana), Président par intérim du Comité d’organisation de la Commission de consolidation de la paix, a rappelé que l’objectif ultime de la Commission était d’aider les pays émergeant d’un conflit à jeter les bases de leur relèvement.  La Commission de consolidation de la paix s’est concentrée sur deux pays africains, a-t-il souligné, citant le Burundi et la Sierra Leone.  La Commission de consolidation de la paix a entamé des discussions avec des acteurs onusiens et non onusiens pour appuyer le développement de stratégies de prévention des conflits intégrées, a-t-il ajouté.  Le Président par intérim s’est également félicité de la façon libre et transparente dont s’est déroulé le premier tour des élections générales en Sierra Leone.  Les efforts de règlement et de prévention, a-t-il insisté, peuvent aider à prévoir que ces pays ne retombent dans ces conflits.  Il a estimé qu’il était important d’accroître la coopération entre le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix.  Le premier rapport annuel de la Commission, a-t-il indiqué, mettra l’accent sur les moyens d’approfondir la réflexion visant à préciser le mandat de la Commission. 


M. ALFREDO SUESCUM (Panama) a souligné que si la résolution des conflits incombe en premier lieu aux parties elles-mêmes, il ne faut pas négliger pour autant le rôle du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.  Le représentant a appelé ces deux organes à tirer davantage parti du Chapitre VI de la Charte de l’ONU relatif au règlement pacifique des différends car, a-t-il dit, les conflits ne sont que l’échec de la diplomatie ou d’un dialogue lancé sans le sérieux nécessaire.  L’augmentation du nombre des missions de maintien de la paix est donc un indicateur inquiétant, a-t-il estimé, en jugeant important de renforcer les mécanismes de prévention des conflits.  Le rôle prévu, dans ce cadre, par le Chapitre VIII de la Charte, s’est-il réjoui, a été renforcé par les accords conclus entre l’ONU et l’Union africaine qui témoignent de l’émergence à l’ONU d’une culture de prévention.  Mais le fossé est toujours là entre les aspirations et la réalité. 


Les mesures préventives doivent être mises en œuvre lors de l’étape la plus précoce d’un conflit.  Il faut aussi aborder, comme il se doit, les causes sous-jacentes des conflits et en la matière, a dit le représentant, il est dommage que le Conseil de sécurité ne traite de ces causes que dans l’étape postconflit.  Il est temps de reformuler et de coordonner les mécanismes existants pour renforcer les activités préventives.  Dans ce cadre, le représentant a souligné l’importance qu’il y a à impliquer les femmes, à renforcer les institutions de l’état de droit et la coopération avec les tribunaux internationaux, et à promouvoir la coopération internationale dans la lutte contre le trafic des armes légères et de petit calibre. 


M. LUIS ENRIQUE CHÁVEZ (Pérou) a estimé que la pauvreté et l’exclusion sociale, politique ou religieuse, constituaient les principaux facteurs qui engendrent l’instabilité et les conflits en Afrique.  Il a déclaré en outre que mener des actions préventives efficaces en Afrique ne pourrait avoir des chances de succès que si les besoins essentiels des populations sont assurés.  La responsabilité principale en incombe aux gouvernements africains, a-t-il indiqué.  Selon lui, les institutions financières internationales et les pays coopérants ont également une tâche à accomplir dans cette œuvre.  Le représentant a estimé que le Conseil de sécurité disposait d’instruments multiples pour que ses capacités de prévention permettent d’aboutir à des résultats efficaces.  Il a en outre fait remarquer que le règlement et la prévention des conflits nécessitaient la prise de mesures concrètes.  Il a ainsi jugé nécessaire de lutter de façon plus déterminée contre l’utilisation illégale des ressources naturelles qui profite aux groupes armés.  De même, il a mis l’accent sur la nécessité de lutter contre le trafic des armes de petit calibre et a plaidé, à cet égard, pour la mise en œuvre d’un instrument international contraignant.


M. DUŠAN MATULAY (Slovaquie) a estimé que de nombreuses missions de maintien de la paix auraient pu être évitées s’il y avait un système opérationnel de prévention des conflits.  La résolution 1625 a établi un programme ambitieux et la prévention doit être sérieusement examinée dans le cadre des réformes en cours.  Le Conseil, a reconnu le représentant, a démontré sa capacité à s’attaquer aux questions de prévention, notamment en entretenant le débat sur la réforme de la sécurité en Afrique.  À cet égard, le représentant a annoncé la tenue à Capetown, en novembre prochain, d’un atelier organisé par l’Afrique du Sud et son pays.  De tels débats thématiques, a-t-il voulu, devraient devenir partie intégrante des efforts de l’ONU.  Il est clair, a-t-il poursuivi, qu’il faut améliorer la coopération des Nations Unies avec les organisations régionales qui peuvent contribuer à l’alerte rapide.  Leur contribution est indispensable aux efforts de médiation même si ces efforts ne peuvent remplacer l’implication des autorités nationales elles-mêmes.  Le Sommet mondial de 2005, a conclu le représentant, a consacré le concept de responsabilité de protéger.  Cette responsabilité peut être assumée au mieux par des politiques qui se sont révélées efficaces, ailleurs et en Slovaquie notamment, telles que le strict respect des normes internationales en matière de droits de l’homme et d’état de droit, la bonne gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité.  La responsabilité de protéger implique aussi la responsabilité des autorités nationales à identifier les risques éventuels et à demander à temps l’aide de la communauté internationale. 


M. ALDO MANTOVANI (Italie) a affirmé que l’action du Conseil de sécurité pour mettre en œuvre la résolution 1625 doit être fondée sur la reconnaissance selon laquelle la responsabilité première pour la prévention des conflits relève des États Membres.  Le Conseil, a-t-il ajouté, devrait encourager et soutenir les efforts des acteurs nationaux.  Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité d’établir un partenariat clair entre les Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales fonctionnant dans le cadre du Chapitre VIII de la Charte de l’ONU.  Il s’est félicité, à cet égard, des exemples de coopération récents avec l’Union africaine et de la décision du Conseil de sécurité de déployer une opération hybride au Darfour.  De l’avis de sa délégation, la prévention des conflits doit également relever d’un engagement de la part de l’ensemble du système des Nations Unies.  Le représentant a jugé que le Conseil de sécurité devait surtout travailler étroitement avec le Secrétaire général, qui doit pouvoir compter sur le soutien déterminé de tous les membres du Conseil dans la promotion de la diplomatie préventive des Nations Unies. 


M. ALEJANDRO D. WOLFF (États-Unis) a prôné le renforcement de la coopération qui existe entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales.  Il s’est donc félicité du communiqué conjoint de juin 2006.  Faisant part des efforts déployés par les États-Unis en matière de prévention des conflits, le représentant a attiré l’attention du Conseil sur l’« Initiative globale des opérations de paix » (GPOI) qui s’attaque à la disparité qui existe dans le domaine du maintien de la paix entre la demande en troupes et l’offre de soldats formés.  Le représentant a aussi expliqué les tenants et les aboutissants de l’Arrangement d’appui au transport et à la logistique (TLSA) et ceux de l’Assistance et de la formation des contingents africains (ACOTA).  Conscient de l’importance du développement économique dans la prévention des conflits, les États-Unis, a encore rappelé le représentant, ont adopté la loi sur les opportunités et la croissance africaine (AGOA) et créé le Bureau du Coordonnateur pour la reconstruction et la stabilisation (CRS).  Ce qu’il faut désormais, a-t-il préconisé, c’est une meilleure coordination entre les efforts nationaux, ceux du Conseil de sécurité, de l’Union africaine et des organisations régionales et sous-régionales.


M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a observé des résultats mitigés depuis six décennies en matière de prévention des conflits.  Il a estimé que dans l’ensemble du continent africain, où il s’est rendu récemment, les séquelles et les coûts des conflits demeuraient trop évidents.  Le représentant s’est félicité de l’engagement pris par les pays africains d’entreprendre des efforts plus grands pour éviter que les conflits n’éclatent.  Il a mis en exergue deux mesures, selon lui historiques, sur lesquelles il convient désormais de s’appuyer: la résolution 1625 du Conseil de sécurité et l’accord signé en juin entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.  Ces deux décisions, s’est-il réjoui, établissent un cadre institutionnel et une volonté politique pour poursuivre les efforts.  Le représentant a en outre souligné qu’il était nécessaire pour les acteurs concernés de rester engagés et d’agir bien avant l’éventuelle apparition des conflits, de renforcer le partenariat des Nations Unies avec les organisations régionales et sous-régionales, de redynamiser les efforts de la planète en vue de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement.


M. ALBERT F. ARHIN CHRISTIAN (Ghana) a souligné que de plus en plus les États africains s’approprient les questions de la paix et des conflits qui les affectent.  Il a insisté sur le fait qu’à travers son Conseil de paix et de sécurité, l’Union africaine a créé un mécanisme intégré et global pour placer l’ensemble du continent sous une analyse et une observation permanentes et assurer ainsi une intervention à temps pour éviter la violence.  Il a aussi insisté sur le fait que la Constitution de l’Union africaine consacre les principes démocratiques, tandis que le Mécanisme d’examen par les pairs traite spécifiquement des questions de gouvernance.  Ces instruments démontrent clairement la détermination et l’engagement des pays africains à recourir à des solutions intra-africaines pour traiter des crises de la région.


L’Union africaine est décidée à jouer un rôle de premier plan, en prônant toutefois un partenariat étroit avec l’ONU, et la communauté internationale en général.  Illustrant la coopération de l’Union africaine avec l’ONU par de nombreux exemples, le représentant s’est aussi attardé sur le Plan d’action du G-8 pour l’Afrique, avant de saluer les partenariats bilatéraux.  Mais pourquoi, s’est-il interrogé, nos efforts n’ont-ils toujours pas l’impact voulu?  Le représentant a dénoncé à cet égard le manque de volonté politique et d’engagement à traiter des causes sous-jacentes des conflits.  Il a aussi dénoncé l’approche à « taille unique » dans la mise en œuvre des programmes de développement.  En Afrique, a-t-il dit, le Conseil doit s’intéresser aux causes sous-jacentes que sont les lacunes en termes de gouvernance ou la vulnérabilité économique, qui sont des menaces à la paix.


La communauté internationale, a insisté le représentant ghanéen, doit appuyer non seulement le renforcement des capacités dans le domaine du maintien de la paix, mais aussi dans les secteurs qui ont un impact direct ou indirect sur la prévention des conflits, à savoir le NEPAD, le commerce, l’aide publique au développement ou encore le commerce illicite des armes légères et de petit calibre.  La lutte contre la corruption est également un moyen important de rétablir la crédibilité des institutions publiques qui seraient ainsi mieux à même de résoudre les conflits internes avant qu’ils ne deviennent violents, a-t-il recommandé. 


M. DUMISANI S. KUMALO (Afrique du Sud) s’est félicité de l’annonce faite par le Secrétaire général de son voyage, début septembre au Soudan, qui, a-t-il dit, vient à point nommé pour que la population au Darfour ne soit pas oubliée.  La prévention des conflits ne peut, a-t-il estimé, être considérée isolément, et demeure liée à la paix, à la stabilité, à la bonne gouvernance et à l’établissement de la démocratie et au développement durable.  Il est vital, à ses yeux, de se fonder sur les processus nationaux et de mettre en œuvre des stratégies régionales.  Les stratégies de prévention des conflits doivent être développées et exploitées de façon à aboutir à des résultats tangibles, a-t-il assuré.  Il a estimé évident de réévaluer la façon dont les Nations Unies contribuent à la prévention des conflits.  Le rôle actif que joue l’Union africaine dans ce sens constitue un atout considérable pour compléter les efforts de l’ONU, a-t-il dit, ajoutant qu’il appartenait aux Nations Unies d’utiliser toutes leurs ressources pour que tous les efforts se conjuguent en vue de créer un monde plus sûr pour tous. 


M. MUTLAQ M. AL-QAHTANI (Qatar) a indiqué que sa délégation aurait voulu que le débat porte sur le « rôle du Conseil de sécurité dans la prévention des conflits en général », ce qui aurait permis de parler en particulier du conflit au Moyen-Orient.  Il a souligné l’importance qu’il y a à analyser les enseignements tirés des conflits qui ont eu lieu dans le passé en Afrique.  Il a rappelé, dans ce cadre, les mises en garde contre le déclenchement des conflits actuels, en s’interrogeant sur les raisons de leur multiplication.  Tient-elle à une négligence, à un manque de ressources ou au peu d’importance accordée par la communauté internationale et par les acteurs aux causes sous-jacentes à ces affrontements? s’est-il interrogé.  Il faut absolument, a préconisé le représentant, renforcer la coopération entre le Conseil de sécurité et l’Union africaine.  Le représentant a espéré qu’à l’avenir, les résolutions du Conseil relatives à ce type de coopération seront adoptées au titre du Chapitre VIII de la Charte de l’ONU pour que les mots soient assortis d’actes et que soient consacrées des actions de partenariat véritable.  Il faut aussi que l’ONU n’hésite pas à mettre son expertise et ses ressources au service des initiatives régionales telles que les missions de l’Union africaine au Darfour ou en Somalie tant il est vrai que ce sont des raisons politiques et financières qui ont empêché un déploiement efficace de la dernière mission, a-t-il fait observer.  Le représentant a aussi appelé les pays des Grands Lacs à mettre en œuvre les arrangements qu’ils ont signés.  Lors de sa dernière mission en Afrique, a conclu le représentant, le Conseil s’est aperçu de la nécessité de changer son approche et sa méthode de travail pour prévenir les conflits.  Cette approche doit être équilibrée et professionnelle et viser à remédier aux problèmes transfrontaliers, à la situation humanitaire, aux violations contre les droits de l’homme ou encore aux conflits ethniques.  Si nous voulons travailler avec sérieux, nous devons changer de tactique tout en veillant au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des pays concernés, a conseillé le représentant du Qatar, en jugeant qu’en la matière, la protection des enfants doit faire partie de toute stratégie globale de prévention des conflits. 


M. LIU ZHENMIN (Chine) a affirmé qu’une plus grande importance devrait être accordée à la diplomatie préventive.  Les progrès enregistrés dans ce domaine sont peu satisfaisants, a-t-il jugé, notant que la tendance était davantage au règlement des conflits plutôt qu’à leur prévention.  Le représentant a en outre plaidé en faveur d’un encouragement aux réformes, le Conseil de sécurité devant, par exemple, s’accorder aux circonstances changeantes de la situation internationale.  Il faudrait accorder une attention spéciale tant à la nature des conflits qu’à leurs causes sous-jacentes.  Le représentant a en outre souhaité une amélioration de la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales.  Le Conseil de sécurité devrait ainsi, selon lui, continuer à renforcer sa coopération avec l’Union africaine et son Conseil de paix et de sécurité.  Le Conseil de sécurité, le Conseil économique et social et la Commission de consolidation de la paix devraient montrer l’exemple à la communauté internationale en améliorant leur communication et leurs échanges.


M. JOHAN VERBEKE (Belgique) a plaidé pour une approche pragmatique et empirique, en se félicitant, en conséquence, du Communiqué conjoint, rendu public le 16 juin dernier par l’ONU et l’Union africaine.  Il a attiré l’attention sur la décision de réunir, au moins une fois par an, le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.  Un autre volet du travail du Conseil de sécurité en matière de prévention des conflits, a estimé le représentant, doit être la poursuite et l’approfondissement de la discussion entamée en juin dernier sur le thème « les ressources naturelles et les conflits ».  L’action que le Conseil de sécurité mène entre autres à travers les comités de sanctions, doit être renforcée et rendue plus cohérente.  Le Conseil devrait examiner à un stade plus précoce s’il y a lieu de prendre en compte la dimension des ressources naturelles.  L’instrument que constituent les groupes d’experts pourrait être renforcé par la création d’un centre d’expertise permanent au sein du Secrétariat.  Partant du constat qu’en matière de prévention de conflits, les structures trop formelles de coordination ou de consultation ont tendance à compliquer les opérations, le représentant a plaidé pour une approche pragmatique qui consisterait à renforcer davantage la coordination entre les instruments et organes existants car l’institutionnalisation de la prévention des conflits dans le système des Nations Unies est une question qui dépasse le seul cadre du Conseil de sécurité. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a affirmé que la voie vers le règlement des conflits passait par un processus permettant de surmonter les vieux problèmes bien connus de caractère politique, social et économique qu’approfondissent les situations de conflits.  Le représentant a plaidé en faveur d’un soutien plus appuyé aux actions entreprises par les pays africains eux-mêmes.  Il n’y a pas de recette miracle, a-t-il dit, soulignant la nécessité pour les amis de l’Afrique et l’Afrique elle-même de développer des efforts patients pour sortir du cercle vicieux de l’instabilité.  Il s’est également félicité du dialogue constructif entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine dans le domaine du règlement des crises aiguës.  L’alerte préalable dépend, selon lui, de l’utilisation des différents mécanismes d’alerte et de leur utilisation spécifique.  Les investissements matériels et intellectuels, ainsi que le renforcement potentiel de médiation des Nations Unies constituent une bonne base pour la communauté internationale pour réduire le nombre des conflits en Afrique, a-t-il estimé.  La communauté internationale doit veiller, a-t-il souligné, à ce que les mécanismes établis par l’Union africaine fonctionnement complètement. 


Mme ADIYATWIDI ADIWOSO ASMADY (Indonésie) a estimé qu’en matière de prévention des conflits, les Nations Unies ont besoin d’un système efficace d’alerte rapide.  Elle s’est félicitée de la création d’un Bureau intégré en Sierra Leone, première mission à avoir pour mandat spécifique de renforcer les capacités de prévention des conflits.  La prévention implique aussi, a dit à son tour la représentante, que l’on s’attaque aux causes sous-jacentes des conflits qui sont souvent de nature économique et sociale.  Elle a donc souligné la nécessité pour le Conseil de sécurité de coopérer davantage avec le Conseil économique et social.  Comme on ne peut prévenir tous les conflits, la représentante a plaidé pour la mise en place, pour l’Afrique, d’un mécanisme de formation des troupes, grâce auquel les Forces en attente africaines seraient pleinement opérationnelles.  Elle s’est donc félicitée de la création au sein du Secrétariat d’une équipe d’appui au maintien de la paix en Afrique dont le mandat vise à rendre opérationnelles les Forces en attente africaines.  Elle a conclu sur l’importance d’une coopération étroite entre l’ONU et l’Union africaine.  Elle a cependant estimé que les arrangements actuels doivent être clarifiés en ce qui concerne en particulier les domaines et l’ampleur du partenariat qui, selon elle, doit tenir compte de la présence et du rôle des organisations sous-régionales.  La représentante s’est, à son tour, félicitée du communiqué conjoint et de la décision de tenir une réunion annuelle regroupant l’ONU et l’Union africaine.


M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a affirmé que le Président français Nicolas Sarkozy présiderait à New York, en marge de l’ouverture de la soixante-deuxième session de l’Assemblée générale, en septembre prochain, une réunion du Conseil de sécurité consacrée au thème de l’Afrique face aux défis de la paix et de la sécurité internationales.  Il convient, a-t-il dit, d’étoffer la réflexion sur la prévention des conflits et, pour le Conseil de sécurité, de s’interroger sur ce qui fait la spécificité de la prévention.  Le Conseil doit être, selon lui, mieux et plus vite informé des signes avant-coureurs qui peuvent annoncer une crise, le Secrétaire général jouant, en la matière, un rôle considérable, notamment celui de médiateur.  Il a mis l’accent sur la nécessité d’une coopération accrue entre les Nations Unies et l’Union africaine, en particulier entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité.  Cette coopération, mais aussi celle entre l’Union africaine et les organisations régionales comme la CEDEAO, permet d’entreprendre des actions concrètes dans le domaine clef de la prévention des conflits, a-t-il dit.  L’ONU et le Conseil doivent continuer leur travail sur les causes de l’instabilité et mieux appréhender les questions comme l’exploitation illégale des ressources naturelles et le trafic des armes, en particulier légères et de petit calibre.  Le représentant a en outre plaidé en faveur d’un soutien résolu à l’amélioration des capacités des États en première ligne en Afrique, soulignant ainsi la nécessité de développer l’état de droit.  La protection des civils est aussi une condition pour éviter le développent des conflits et leur résurgence, a-t-il en outre estimé.  Le représentant a mis l’accent sur la nécessité de mieux prendre en compte les risques de reprise des conflits et de mieux lutter contre l’impunité. 


M. PASCAL GAYAMA (Congo) a estimé que compte tenu de la diversité des approches qu’il induit, le thème aujourd’hui risque toujours de se figer en idée généreuse, qui est aussi mobilisatrice en théorie que difficile à gérer.  En proposant ce thème, le Congo a voulu faire prendre conscience du caractère multidimensionnel inhérent à toute démarche, visant à prévenir les conflits.  À travers la résolution 1625, le Conseil s’est doté d’une base solide même si les opérations de maintien de la paix continuent de prendre le pas sur les programmes de prévention.  Le renforcement du rôle du Conseil dans la prévention peut se percevoir à trois niveaux, a estimé le représentant.  Le premier s’adresse aux institutions du système des Nations Unies où des organes comme l’Assemblée générale, le Conseil économique et social, la Commission de consolidation de la paix et le Conseil des droits de l’homme pourraient s’associer davantage au Conseil en un forum propre à manifester l’esprit de cohérence dont les Nations Unies ont besoin en matière de prévention.


Le deuxième niveau concerne les États ou groupes d’États qui doivent mettre en place des mécanismes ouverts à la société civile pour servir d’interface à la communauté internationale dans leurs rapports de partenariat.  Le troisième niveau est celui qui a trait aux relations entre l’ONU et les organisations régionales.  Cette coopération doit emprunter les canaux des mécanismes sous-régionaux existants dont ceux de la CEDEAO, du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement de la région des Grands Lacs et le Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale.  Le représentant a aussi cité le cadre décennal de renforcement des capacités de l’Union africaine.  Soulignant l’appui de son pays au concept ainsi revisité de sécurité collective, il a annoncé, en sa qualité de président du Groupe de travail sur la prévention des conflits, la tenue en novembre prochain d’un séminaire destiné à approfondir les vues dégagées au cours de ce débat. 


M. JOAO SALGUEIRO (Portugal), qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, s’est félicité de constater, au sein du système des Nations Unies, un renforcement de la culture de prévention des conflits.  Le contexte institutionnel récent de la réforme de l’ONU, notamment la création du Conseil des droits de l’homme et de la Commission de consolidation de la paix, soutient les pays sur la voie de la paix et du développement durables et les aident à prévenir l’éclatement ou la résurgence des conflits, a-t-il ajouté.  Le représentant a ajouté que l’Union européenne encourageait les États Membres à concentrer davantage de ressources au renforcement des mécanismes de prévention des Nations Unies.  Il s’est félicité des progrès notables enregistrés dans la coopération entre l’Union européenne et l’ONU pour la gestion des crises.  L’appropriation et la responsabilité sont des principes importants de la stratégie européenne pour l’Afrique, adoptée par le Conseil européen en décembre 2005, a-t-il expliqué.  Le renforcement des capacités africaines est crucial pour la prise en main par l’Afrique, a-t-il précisé.  Il a également souligné qu’une stratégie conjointe entre l’Europe et l’Afrique pour la prochaine décennie faisait actuellement l’objet de négociations et devrait être adoptée au cours de cette année.  Le représentant a par ailleurs mis l’accent sur le rôle de partenaire important que joue la société civile pour la prévention des conflits armés et la promotion des droits de l’homme.  Il ne saurait y avoir de paix sans la justice, a-t-il poursuivi, soulignant l’importance de l’État de droit et du rôle de la Cour pénale internationale.  Il a ainsi appelé les États qui ne l’auraient pas encore fait à adopter le Statut de Rome.


M. ABDALMAHMOOD A. MOHAMAD (Soudan) a appelé à l’adoption d’une approche objective et opérationnelle contribuant au renforcement du rôle du Conseil de sécurité dans la prévention des conflits.  Plus de deux ans se sont écoulés depuis l’adoption de la résolution 1625, a-t-il rappelé, avant de souligner la nécessité pour le Conseil de sécurité d’établir des priorités.  Alors que le recensement des causes des conflits et leur règlement doivent être la priorité, le Conseil continue de reléguer les solutions politiques au second plan.  Les opérations de maintien de la paix, a-t-il regretté, ne pourront jamais rétablir la paix à partir du vide.  Il est donc utile, a insisté le représentant, que le Conseil fasse des solutions politiques une priorité.  La prévention des conflits repose aussi sur le rôle immuable et important des organisations régionales et sous-régionales, ainsi que sur la reconnaissance des causes des conflits.  Le Conseil doit respecter ses principes en se référant au Chapitre VIII de la Charte de l’ONU, comme c’est le cas pour le déploiement de la force de l’Union africaine au Darfour.  La prévention exige aussi, a conclu le représentant, que l’ONU renforce son rôle dans le développement économique et social pour éviter les « dépenses colossales » des opérations de maintien de la paix.


M. JOHAN L. LOVALD (Norvège) a appuyé le rôle des organisations régionales dans la prévention et le règlement des conflits, notant que l’Union africaine supportait déjà un fardeau lourd pour assurer la paix et la sécurité sur le continent africain.  Il s’est félicité du fait que les pays africains jouaient un rôle de chef de file dans le règlement des différends en Afrique par des moyens pacifiques et dans la promotion d’actions de prévention en réponse aux menaces à la paix et à la sécurité régionales.  Le représentant a, de même, soutenu une coopération étroite entre les Nations Unies et d’autres partenaires, se réjouissant, à cet égard, de l’engagement pris par le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à travailler plus étroitement dans les domaines de la prévention des conflits et de leur règlement.  Il a également indiqué que son pays insistait sur l’augmentation du rôle des femmes dans les processus décisionnels en matière de prévention des conflits et de leur règlement.  Une approche par les Nations Unies plus complète et mieux coordonnée est de nature à renforcer les efforts régionaux entrepris par l’Union africaine pour sauvegarder la paix et la sécurité en Afrique, a-t-il conclu.


M. ANDREAS BAUM (Suisse) a encouragé le Conseil de sécurité à continuer d’explorer les moyens de renforcer la coopération et d’améliorer le partage des tâches avec l’Union africaine.  La prévention, la gestion et le règlement des conflits, a-t-il dit, commencent aux niveaux local et régional.  Ils doivent associer toutes les parties concernées et les accords de cessez-le-feu et de paix doivent être fondés sur une approche inclusive et être acceptés par tous.  La réconciliation ne peut se fonder uniquement sur la création d’un ordre nouveau, a poursuivi le représentant.  Elle exige que les injustices et les blessures du passé soient soumises au droit et que des indemnisations justes soient accordées.  Le Secrétariat de l’ONU doit donc maintenir des contacts réguliers avec les organisations et les institutions régionales concernées de façon à mener une réflexion commune et à dégager des bonnes pratiques et des approches novatrices.  Le représentant a aussi appelé à la consolidation du Département des affaires politiques pour le rendre en mesure de s’acquitter de son mandat de prévention des conflits.  La création d’une Unité d’appui à la médiation est un premier pas très important, a-t-il estimé.  Le renforcement de la prévention des conflits, de la médiation et des bons offices, a-t-il néanmoins prévenu, ne peut dépendre uniquement de la bonne volonté des pays contributeurs.  Elle requiert aussi de nouveaux fonds alimentés par des contributions statutaires.  À l’ONU, la prévention des conflits doit passer de l’activité souhaitable au statut d’activité principale de l’Organisation.  En tant que coprésident du Groupe des Amis de la prévention des conflits, le représentant a estimé que le moment est venu pour l’Assemblée générale de se pencher sérieusement sur cette question au cours de sa soixante-deuxième session, en s’appuyant sur le dernier rapport du Secrétaire général.


M. HENRI-PAUL NORMANDIN (Canada) s’est félicité de l’amélioration de la collaboration régionale, l’exemple de la nouvelle mission hybride Union africaine-ONU en étant l’exemple le plus récent.  Il est indispensable, a-t-il estimé, de collaborer davantage avec l’Union africaine et d’autres organisations régionales et sous-régionales et de leur apporter un meilleur soutien si l’on veut continuer de prévenir les conflits en Afrique d’une manière durable, opportune et efficace.  Le représentant a par ailleurs estimé que l’appui donné par le Sommet mondial au principe de responsabilité de protéger devrait maintenant prendre la forme d’actions internationales rapides, afin de prévenir les génocides, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, et ce, par l’amélioration de la capacité d’intervention des pays eux-mêmes et par des actions internationales plus rapides.  Il a demandé instamment au Conseil de sécurité de continuer à intégrer les thèmes transversaux dans ses travaux, notamment lorsqu’il traite des causes principales des conflits.  Il a invité également le Secrétaire général à exercer plus souvent les fonctions qui lui ont été attribuées par la résolution 1625 pour signaler les situations de crises, et à informer le Conseil de sécurité des situations de plus en plus préoccupantes qui pourraient bénéficier de l’attention du Conseil.  Il a enfin exhorté le Conseil à utiliser tous les outils de prévention des conflits à sa disposition pour s’attaquer aux conflits émergents dès les premiers signes.  Il est urgent de mettre en œuvre des actions régionales et infrarégionales coordonnées, et d’apporter un soutien international approprié et rapide à cette action pour maintenir la paix, a-t-il poursuivi.


Mme FRIEDA N. ITHETE (Namibie) a dit apprécier les efforts en cours pour renforcer les relations entre les Nations Unies, l’Union africaine et les organisations sous-régionales pour la promotion de la paix et d’un développement durables en Afrique.  Il faut éviter, a-t-elle poursuivi, d’arrêter l’assistance à un pays dès la fermeture d’une opération de maintien de la paix sans examiner les causes sous-jacentes qui pourraient replonger le même pays dans la violence.  Les gouvernements démocratiquement élus doivent être appuyés et renforcés, a plaidé la représentante, avant de souligner que le sous-développement est bien souvent la cause principale d’un conflit.  En l’occurrence, elle a espéré que la Commission de consolidation de la paix sera en mesure de combler les lacunes en coordonnant les efforts de reconstruction dans les pays sortant d’un conflit.  Elle a aussi souligné l’importance des approches régionales et sous-régionales dans la résolution des conflits afin de traiter en particulier les problèmes transfrontières comme la circulation des armes légères.  La représentante a conclu en jugeant important de créer un système efficace d’alerte rapide.


M. JORGE ARGUELLO (Argentine) a affirmé que la culture de prévention s’était consolidée comme étant une valeur partagée par les États Membres à partir du Sommet mondial de 2005.  Le représentant a ainsi souligné le besoin d’établir une vision partagée et celui d’une collaboration étroite entre les acteurs centraux qui, chacun, pourrait avoir un rôle.  Il a rappelé que le Secrétaire général proposait une méthodologie fondée sur six catégories d’action qui exigent les efforts coordonnés du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale, du Conseil économique et social et des différentes organisations de la famille de l’ONU et des organisations régionales.  Selon lui, le centre de gravité de ce débat doit être l’institutionnalisation, de la meilleure façon possible, des relations entre les Conseil de sécurité et toutes les entités participant à la prévention des conflits armés. 


M. FRANCIS K. BUTAGIRA (Ouganda) a regretté que certains conflits africains disparaissent trop vite du « radar international », en citant en particulier la situation en Somalie.  Il a donc appelé le Conseil à accorder la même attention à tous les conflits qui menacent la paix et la sécurité internationales.  S’attardant sur les causes de ces conflits, le représentant a d’abord indiqué qu’en Afrique, la pauvreté constitue une réelle menace à la paix et à la sécurité.  Le Conseil doit donc fournir l’appui nécessaire aux politiques que les États Membres formulent pour lutter contre ce fléau.  La démocratie, a-t-il poursuivi, peut être une bénédiction mais aussi une malchance surtout lorsqu’elle est envisagée selon un « modèle unique ».  Le représentant a dénoncé la tendance des démocraties occidentales à imposer leur modèle aux pays en développement, sans tenir compte de leurs particularités.  Les pays africains, qui abritent une multitude d’ethnies, ne peuvent promouvoir la démocratie sans avoir au préalable consolidé la nation. 


Une tribu en surnombre peut par exemple remporter les élections lorsque le modèle « un homme, une voix » est mis en œuvre.  Se sentant démunies, les tribus minoritaires peuvent ainsi recourir à la violence pour redresser les déséquilibres.  Les élections et le multipartisme sont utiles mais ils ne peuvent être le seul fondement de la démocratie en Afrique, a estimé le représentant.  Revenant au Conseil de sécurité, il lui a conseillé de renoncer au principe selon lequel lorsqu’il n’y pas de paix à maintenir, il n’y aura pas d’opération.  Il a donc réitéré ses appels en faveur d’un déploiement de soldats de la paix en Somalie pour remplacer la force africaine.  Indirectement, a-t-il dit, le Conseil est déjà impliqué dans le rétablissement de la paix en Somalie.  Il est donc incompréhensible, a ajouté le représentant, qu’il n’autorise pas maintenant directement une force de maintien de la paix de l’ONU.  Rappelant que des troupes ougandaises opèrent en Somalie, le représentant a plaidé pour que le Conseil de sécurité encourage l’appui logistique et financier nécessaire aux pays qui mènent des opérations de maintien de la paix au nom de l’ONU, en vertu du Chapitre VIII de la Charte.


M. JOSÉ ALBERTO BRIZ GUTIÉRREZ (Guatemala) a fait état de l’expérience vécue par son pays dans le domaine de la prévention des conflits qui est une responsabilité partagée et consacrée par la Charte de Nations Unies, a-t-il indiqué.  Mais la prévention des conflits incombe avant tout aux États, a-t-il ajouté.  Le représentant a, de même, souligné l’importance qu’il faudrait en la matière accorder à la création de capacités nationales et de mécanismes de dialogue.  La prévention des conflits doit être traitée sous l’angle du plein respect de l’État de droit, a-t-il en outre expliqué.  La Commission de consolidation de la paix doit œuvrer en symbiose avec le Conseil de sécurité, surtout en ce qui concerne l’évaluation des progrès et des facteurs multiples qui peuvent déterminer l’allure à laquelle s’opèrent les progrès accomplis.  M. Briz Gutiérrez a ensuite estimé qu’en matière de prévention des conflits, il était nécessaire de renforcer la coordination et la cohérence des actions menées par le système de l’ONU.  Tout en soutenant l’action de l’Organisation au Darfour, il a estimé qu’il était cependant nécessaire que le Conseil de sécurité ne rejette pas au deuxième plan l’attention qu’il doit porter à la situation qui règne entre le nord et le sud du Soudan.


M. HOANG CHI TRUNG (Viet Nam) a passé en revue le travail effectué par les Nations Unies en matière de prévention des conflits, avant de souligner que les énormes défis auxquels est confrontée l’Afrique ont conduit la communauté internationale à accorder un large appui aux efforts visant à lutter contre les causes sous-jacentes des conflits et à accélérer le développement social et économique du continent.  En signe de solidarité avec les pays africains, le Viet Nam, a dit le représentant, appuie pleinement les initiatives de l’Union africaine et des organisations sous-régionales concernées pour prévenir et résoudre les conflits à travers des négociations pacifiques et avec le concours des Nations Unies.  Le représentant a dit avoir suivi avec intérêt la mise en œuvre du NEPAD et a noté avec satisfaction les progrès enregistrés dans la lutte contre la faim, la pauvreté, le paludisme, la tuberculose et le VIH/sida ainsi que ceux qui ont été accomplis dans les domaines des infrastructures, de l’éducation, de la science et du développement des technologies.  Aux côtés de la communauté internationale, a promis le représentant, le Viet Nam continuera à explorer les voies et moyens de contribuer plus avant à la cause de la paix, du développement et de l’intégration des pays africains.


M. ZACHARY. D. MUBURI-MUITA (Kenya) a affirmé que son pays reconnaissait le bon travail réalisé par le Département des affaires humaines dans la corne de l’Afrique, et particulièrement en Somalie.  Les institutions humanitaires travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, a-t-il ajouté, demandant à la communauté internationale de les appuyer pleinement.  Le maintien de la paix coûte plus cher que la prévention des conflits, a-t-il également rappelé.  De l’avis de sa délégation, les ressources et les efforts des Nations Unies devraient se concentrer davantage sur la prévention des conflits par le biais des bons offices afin de s’attaquer aux causes potentielles des conflits.  Le représentant a en outre appelé le Conseil de sécurité et l’Union africaine à accroître leur coopération afin de permettre à cette dernière de traiter des questions régionales de sécurité, notamment par le biais de son Conseil de paix et de sécurité.


M. ATOKI ILEKA (République démocratique du Congo) a estimé que le partenariat entre l’Union africaine et les Nations Unies mérite d’être renforcé.  La création d’un mécanisme de consultation entre ces deux organisations doit être promue notamment par l’organisation de réunions régulières de concertation, a-t-il proposé.  Le représentant a aussi estimé qu’en matière de cohérence et en ce qui concerne le caractère opérationnel des mécanismes existants, le Comité consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale, dont la 26ème réunion ministérielle se tient dans une semaine au Cameroun, constitue un cadre idéal de concertation visant le rétablissement de la confiance au niveau régional.  Le représentant a poursuivi en jugeant qu’en matière de consolidation de la paix, les programmes de désarmement, de démobilisation, et de réintégration (DDR) sont sans conteste l’un des secteurs clefs d’intervention.  Il a rappelé, à cet égard, que la RDC a accueilli, du 12 au 14 juin dernier, la Deuxième Conférence internationale sur le DDR et la stabilité en Afrique.  Il a donc plaidé pour le maintien du Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique, qui a été à l’origine de ces conférences. 


La justice transitionnelle, a-t-il encore dit, joue un rôle déterminant dans la prévention et la résolution des conflits.  En l’occurrence, le seul recours aux Comités Vérité et Réconciliation ne suffit pas.  Le représentant a donc souligné le rôle de la Cour pénale internationale (CPI) dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix.  Il est important qu’à un certain stage des processus de paix, la justice prenne le dessus sur le politique et le diplomatique, a-t-il souligné.  Le représentant a saisi cette occasion pour plaider, une nouvelle fois, en faveur de l’institution d’un tribunal pénal international pour la RDC dont des millions d’innocents ont perdu la vie.  Cela aurait pour avantage d’éviter des situations scandaleuses où des assassins notoires, généraux félons et chefs de guerre, sont des interlocuteurs privilégiés de la Mission de l’ONU en RDC, donc des Nations Unies. 


Au chapitre des solutions, le représentant a encouragé la ratification ou l’adhésion rapide aux instruments juridiques tels que le Pacte sur la sécurité et la stabilité dans la région des Grands Lacs.  Le meilleur investissement pour la paix en Afrique réside, a-t-il néanmoins conclu, dans l’éducation, qui peut inculquer aux jeunes l’idéal de paix.  Il a aussi appelé au renforcement des activités de bons offices et des capacités de médiation du Secrétariat.  Le Bureau d’appui à la consolidation de la paix devrait aussi être renforcé par un accroissement substantiel des activités du Fonds de consolidation de la paix, a ajouté le Représentant permanent de la RDC.  On pourrait envisager un système susceptible d’assurer aux organisations régionales un financement durable et prévisible des opérations de maintien de la paix qu’elles entreprennent, a-t-il indiqué.  Une telle initiative peut se matérialiser à travers un partenariat entre les mécanismes de paix et de sécurité de l’ONU et ceux de l’Union africaine, a souligné M. Ileka. 


Mme MIRJANA MLADINEO (Croatie) a déclaré que la prévention des conflits constituait un des devoirs fondamentaux du Conseil de sécurité qui doit s’en acquitter au nom de tous les États Membres des Nations Unies.  Tous les États Membres, a-t-elle ajouté, ont la responsabilité d’agir au mieux de leurs connaissances et de leurs capacités pour traiter des causes des conflits dans l’espoir d’en empêcher le déclenchement.  La représentante a à cet égard estimé qu’un seul organe des Nations Unies ne pouvait tout assumer.  L’essentiel de ces questions relève de différents organes des Nations Unies, a-t-elle dit, plaidant en faveur d’une coopération plus efficace, seul moyen, selon elle, de réussir dans la prévention des conflits.  Une seule démarche ne saurait être applicable à toutes les situations, a-t-elle ajouté.  Elle a en outre insisté sur l’importance d’une compréhension profonde des raisons qui sont à l’origine de chaque conflit. 


M. IVÁN ROMERO-MARTÍNEZ (Honduras) a souligné le fossé qui existe entre les discours et la réalité en matière de prévention des conflits.  Après avoir énuméré tous les maux qui secouent la planète et les conflits qu’ils engendrent directement ou indirectement, le représentant a estimé qu’aujourd’hui, il faut trouver des mécanismes novateurs et faire preuve de la volonté politique nécessaire pour prendre les mesures ambitieuses visant à assurer la stabilité sociale et politique.  Il a félicité l’Union africaine et les organisations sous-régionales du continent pour le travail accompli.  Sa délégation est convaincue qu’il existe une volonté de prévention et un engagement de respecter les textes juridiques internationaux.  Il faut exploiter cette volonté et cet engagement pour réaliser les buts poursuivis, a préconisé le représentant.


M. YOUCEF YOUSFI (Algérie) a estimé, qu’au vu du coût exponentiel des opérations de maintien de la paix, il était impératif pour la communauté internationale de se doter d’une véritable stratégie de prévention des conflits qui gagnerait à aller au-delà de la détection des symptômes des crises pour englober des conflits non résolus, à l’instar du Sahara occidental et d’autres conflits.  Le rôle et la responsabilité du Conseil, a-t-il précisé, sont à cet égard primordiaux.  De l’avis de M. Yousfi, toute stratégie de prévention des conflits qui se veut efficace doit reposer sur au moins deux axes fondamentaux.  Le premier concerne la coordination des efforts des acteurs en vue d’assurer toutes les chances de succès à l’action discrète de la diplomatie préventive et des bons offices s’agissant des conflits en gestation.  De par ses responsabilités, c’est au Secrétaire général qu’échoit naturellement cette tâche, a-t-il souligné.  Cette coordination, a-t-il précisé, doit également prévaloir lorsqu’il s’agit de processus de stabilisation et de reconstruction après les conflits.  Le deuxième a trait à la mobilisation des ressources à la fois pour le renforcement des capacités des acteurs régionaux et pour le développement, a-t-il poursuivi, en mettant l’accent sur la nécessité de replacer la question du développement au cœur de toute stratégie de prévention des conflits.


M. TAKAHIRO SHINYO (Japon) a prôné une approche globale pour prévenir les conflits.  Cette approche, a-t-il dit, doit répondre aux problèmes politiques, économiques et sociaux tout en tenant compte des impératifs de l’état de droit.  Dans ce cadre, il faut assurer la cohérence de l’ensemble des efforts déployés.  Le Conseil doit davantage développer ses relations avec les organisations ou organes pertinents, aussi bien aux Nations Unies qu’en dehors du cadre de l’Organisation, a dit M. Shinyo.  Le représentant a cité, dans ce cadre, la Commission de consolidation de la paix, qui devrait hériter du suivi des débats thématiques que le Conseil a tenus et de la direction des activités liées à la prévention des conflits.  Il est important que le Groupe d’appui à la médiation renforce son partenariat avec les organisations régionales, y compris l’Union africaine, a-t-il recommandé.  S’agissant des opérations de maintien de la paix menées par les pays africains, le représentant a prévenu qu’une véritable appropriation de ce type de programme n’est possible que si ces pays sont capables de soutenir dans la durée leurs efforts.  La communauté internationale doit donc renforcer leurs capacités et celles des organisations pertinentes.  Dans le cas où le Conseil de sécurité envisage d’offrir un soutien financier, il doit le faire au cas par cas pour voir si cet engagement est compatible avec les règles en vigueur.  À cet égard, par souci de transparence, il faudrait demander leur avis aux principaux donateurs, a estimé le représentant.


M. JEAN-MARIE EHOUZOU (Bénin) a estimé que l’Unité de soutien à la médiation, basée au Département des affaires politiques, était un embryon de la structure que le Secrétariat doit développer pour fournir au Conseil de sécurité les éléments d’appréciation dont il a besoin pour assumer pleinement ses responsabilités dans le domaine de la prévention des conflits.  Selon lui, les bureaux sous-régionaux comme celui basé à Dakar doivent être établis dans toutes les zones à risques.  De même, une coopération plus étroite doit être envisagée avec les dispositifs d’alerte rapide des mécanismes régionaux de prévention des conflits pour un meilleur partage et une utilisation rationnelle de l’information.  Le représentant a également souligné que la coordination était essentielle pour plus d’efficacité dans la mise en œuvre des mesures de prévention systémique visant à maîtriser les facteurs externes qui favorisent l’éclatement des conflits comme le commerce illicite des armes, l’exploitation illégale des ressources naturelles, les trafics de tous genres et le blanchiment de l’argent.  Il s’agit aussi, a-t-il estimé, de conférer plus d’autorité à la légalité internationale qu’une implication plus active de la Cour pénale internationale peut contribuer à renforcer, surtout en ce qui concerne la lutte contre les violations du droit international humanitaire.


M. AUGUSTINE P. MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a estimé que le temps était venu pour le Conseil de sécurité et le Secrétaire général de lancer une initiative similaire à celle de la Commission de consolidation de la paix, chargée uniquement de développer une stratégie globale de prévention des conflits, en partenariat avec les organisations régionales.  De nombreuses initiatives intergouvernementales et non gouvernementales existent, mais elles sont fragmentées et sous–financées, a-t-il regretté.  Une stratégie globale complèterait les trois piliers de l’architecture de la paix que sont la prévention des conflits, leur règlement et la consolidation de la paix, a poursuivi M. Mahiga.  Parlant du suivi de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, le représentant a indiqué que le Secrétariat avait réussi à mobiliser l’appui politique et diplomatique des groupements régionaux et sous-régionaux ainsi que celui des partenaires internationaux.  En matière de prévention, a-t-il poursuivi, il est essentiel d’adopter une approche holistique qui reconnaisse le lien entre développement et sécurité.  Les liens tout aussi étroits entre sécurité, développement et droits de l’homme, ont révélé l’importance d’une approche intégrée de la prévention des conflits, de leur règlement et de la consolidation de la paix, a insisté le représentant tanzanien.  En la matière, a-t-il jugé, la création de la Cour pénale internationale a été une étape cruciale, et il en est de même de celle de la Commission de consolidation de la paix.  Les partenariats institutionnels sont importants, a ajouté le représentant, car au sein du système des Nations Unies, le Conseil de sécurité n’est qu’un acteur parmi d’autres de l’architecture de la paix.  Le défi à relever est donc de créer des partenariats effectifs entre le système de l’ONU et d’autres acteurs pour une bonne coordination des efforts de prévention des conflits.  Le partenariat entre l’ONU, l’Union africaine et les arrangements sous-régionaux ont été exemplaires dans le domaine du rétablissement et du maintien de la paix, et il faut se féliciter que cette importante collaboration s’élargisse à la consolidation de la paix, a estimé le représentant.


M. EMAD BEN-SHABAN (Jamahiriya arabe libyenne) a déclaré que la communauté internationale réalisait chaque jour l’importance de prévenir les conflits qui sévissent en Afrique et de les régler de façon pacifique.  Le représentant a dit que sa délégation souscrivait à la tendance actuelle visant à donner un rôle de plus en plus important aux organisations régionales pour maintenir la paix et la sécurité en Afrique.  Il a ainsi insisté sur le rôle joué à cet égard par l’Union africaine.  Il a souligné que son pays avait joué un rôle essentiel de médiation dans un certain nombre de conflits qui ont affecté l’Afrique.  Il a souhaité que davantage d’efforts soient consentis pour prévenir les conflits afin que l’Afrique puisse se consacrer entièrement au règlement de ses problèmes de développement. 


M. ALFRED MOUNGARA-MOUSSOTSI (Gabon) a souligné que la pauvreté constitue un risque permanent de mécontentement que peuvent facilement exploiter les ennemis de la paix pour déstabiliser les États.  C’est ce qui explique, a-t-il estimé, l’urgence d’aider les pays africains, tout comme ceux d’autres continents, en proie aux problèmes économiques.  Négliger cet aspect des choses comporte le risque non seulement de continuer à marginaliser les pays en développement mais encore de les exposer davantage aux conflits et, par conséquent, à la déstabilisation, a insisté le représentant.  Il a rappelé la création d’un Mécanisme d’alerte rapide (MARAC) et d’une Force multilatérale de l’Afrique centrale.  Mais, a-t-il reconnu, le fonctionnement de ces mécanismes se heurte aux difficultés financières que connaissant les États qui, du reste, sont confrontés à d’autres défis majeurs non seulement de développement mais également de santé, et principalement la pandémie du VIH/sida.  Le représentant a regretté que les efforts consentis par l’Afrique en République centrafricaine n’aient pas été relayés par les bailleurs de fonds, dans le cadre de la consolidation de la paix, et ce, en dépit des promesses faites lors de la Conférence internationale sur la lutte contre le VIH/sida de mai 2000. 


Dans ses efforts visant à promouvoir une culture de prévention des conflits, le Conseil, a insisté le représentant, devrait veiller au respect « par tous les États » des régimes d’embargos sur les armes qu’il décrète.  Il a conclu en soulignant le caractère vital d’une plus grande coordination entre le Conseil de sécurité et les arrangements régionaux.  De même, un appui concret aux mécanismes régionaux de promotion et de maintien de la paix contribuerait énormément à la prévention et au règlement des conflits, a ajouté le représentant.


Déclaration présidentielle


« Le Conseil de sécurité, ayant à l’esprit qu’en vertu de la Charte des Nations Unies, il a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, reconnaît qu’il importe que les différends soient réglés par des moyens pacifiques et que les mesures préventives voulues soient prises face à toutes menaces contre la paix et la sécurité internationales.


Le Conseil reconnaît le rôle important que jouent les organisations régionales dans la prévention, la gestion et le règlement des conflits, dans le respect du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies ainsi que de ses résolutions et des déclarations de son président consacrées à la question. À cet égard, il se félicite de l’intensification de la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et l’Union africaine.


Le Conseil rappelle que la prévention des conflits demeure une responsabilité première des États Membres.


Le Conseil réaffirme son attachement à l’application effective et intégrale de la résolution 1625 (2005) sur la prévention des conflits, en Afrique en particulier, prie le Secrétaire général de lui faire rapport dans les soixante jours sur les moyens de pousser plus loin l’application de la résolution 1625 (2005) et rappelle les déclarations de son président sur la question, en particulier celles publiées sous les cotes S/PRST/2006/39, 45 et 57 et S/PRST/2007/1, 3, 7, 22 et 24.


Le Conseil souligne par ailleurs que des efforts doivent être déployés en vue d’accroître la participation des femmes à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix, qu’il s’agisse d’y contribuer ou d’en recueillir les bienfaits. À ce propos, le Conseil demande que l’application de sa résolution 1325 (2000) soit poussée plus avant.


Le Conseil note la diversité des conflits, qu’il s’agisse de conflits entre États ou de conflits internes, ainsi que l’apparition de nouvelles menaces, et se déclare à nouveau déterminé à renforcer son rôle dans le domaine de la prévention et du règlement des conflits sous toutes leurs formes.


Le Conseil rappelle les déclarations antérieures de son président concernant les divers facteurs et causes qui contribuent à susciter, aggraver ou prolonger les conflits en Afrique, en particulier les facteurs et les causes mis en évidence et traités par le Conseil.


Le Conseil soutient la démarche globale et mondiale préconisée par le Secrétaire général dans son rapport sur la prévention des conflits armés (A/60/891), qui repose sur les éléments suivants : la prévention structurelle, qui consiste à s’attaquer aux causes profondes des conflits; la prévention opérationnelle, qui consiste à assurer l’efficacité des systèmes d’alerte rapide, des activités de médiation, de l’accès aux secours et des réactions humanitaires, ainsi qu’à protéger les civils et à imposer des sanctions ciblées en cas de crise imminente; et la prévention systémique, qui consiste à éviter que les conflits existants ne débordent dans d’autres États.


Dans ce contexte, une coordination efficace entre les organes, programmes, fonds et organismes des Nations Unies et en leur sein qui concourent à la formulation et à la mise en œuvre des politiques est indispensable pour renforcer la cohérence des mécanismes existants et trouver un juste équilibre entre opérations de maintien de la paix et activités de prévention. Une telle coordination doit tenir compte du débat actuel sur les moyens de renforcer la cohérence systémique de l’ensemble des organismes des Nations Unies.


Le Conseil se félicite de ce qui a été fait récemment dans le sens de la prévention à long terme des conflits, notamment des travaux sur les pratiques optimales et les politiques dans les domaines de la réforme du secteur de la sécurité; du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration; de la justice transitionnelle et de l’état de droit; des pratiques électorales; de la consolidation de la paix; de la gouvernance démocratique; du développement; de l’aide humanitaire et de la protection, du rapatriement librement consenti et en toute sécurité des réfugiés et déplacés. Il encourage à aller encore de l’avant dans ces domaines dans le sens d’une plus grande cohérence, et prie le Secrétaire général de proposer, dans le rapport demandé plus haut, des moyens de mieux coordonner les positions et l’utilisation des compétences des organes, programmes, fonds et organismes des Nations Unies concernés, notamment à la faveur d’interactions régulières avec les États Membres.


Le Conseil prend note des recommandations formulées par le Secrétaire général dans son rapport sur la prévention des conflits armés (A/60/891), se félicite des efforts qui ont été faits pour renforcer les capacités de l’Organisation en matière d’évaluation des risques et de prévention des conflits et encourage le Secrétaire général à poursuivre ces efforts en vue d’améliorer les activités de l’Organisation dans le domaine de l’alerte rapide et de l’appui à la médiation ainsi que ses autres activités de prévention, en Afrique et partout dans le monde. À cet égard, il souligne le rôle crucial des Conseillers spéciaux du Secrétaire général pour la prévention du génocide et des atrocités de masse et pour la prévention et le règlement des conflits ainsi que, selon qu’il y a lieu, la contribution d’organes des Nations Unies, comme la Commission de consolidation de la paix et le Conseil des droits de l’homme.


Le Conseil se félicite que le Groupe de travail sur la prévention et le règlement des conflits, particulièrement en Afrique, ait pris l’initiative de réfléchir plus à fond sur ces questions, en s’intéressant spécialement au problème de l’élaboration d’une stratégie globale et efficace de prévention des conflits, à l’occasion d’un séminaire qui se tiendra en novembre 2007.


Le Conseil souligne l’importance d’une approche régionale de la prévention des conflits, selon qu’il convient, se félicite à cet égard de la contribution de plus en plus grande des organisations régionales face aux problèmes touchant la paix et la sécurité et attend avec intérêt le rapport du Secrétaire général, en consultation avec les organisations régionales compétentes, en particulier l’Union africaine et, conformément à la déclaration PRST/2007/7, sur des propositions spécifiques concernant la façon dont l’ONU pourrait mieux appuyer des mécanismes propres à accroître la coopération et la coordination avec les organisations régionales concernant les arrangements au titre du Chapitre VIII, afin de contribuer notablement à la solution des problèmes communs de sécurité dans les zones à problèmes et de promouvoir l’approfondissement et l’élargissement du dialogue et de la coopération entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.


Le Conseil souligne la nécessité d’une relation plus solide et plus structurée entre le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine de façon à contribuer à la réalisation des objectifs de paix et de stabilité énoncés au Chapitre VIII de la Charte. Il se félicite ainsi de l’accord conclu par l’ONU et l’Union africaine à Addis-Abeba, le 16 novembre 2006, qui consolide les bases du partenariat nécessaire pour remédier aux causes profondes des conflits. Il réaffirme aussi le communiqué adopté conjointement avec le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine le 16 juin 2007 (S/2007/386).


Le Conseil salue l’œuvre accomplie par l’Union africaine pour mettre en place le Conseil des Sages et le système continental d’alerte rapide, éléments essentiels de l’architecture de paix et de sécurité en Afrique.


Le Conseil reconnaît aussi la contribution importante des organismes sous-régionaux et souligne la nécessité pour les organismes sous-régionaux africains de renforcer leurs capacités d’alerte rapide et de prévention des conflits afin que ces acteurs importants puissent répondre plus rapidement aux nouvelles menaces contre la paix chacun dans sa région.


En outre, le Conseil encourage les États Membres à redoubler d’efforts pour faire en sorte que des consultations adéquates se tiennent entre la société civile et les institutions nationales, d’une part, et l’Organisation des Nations Unies et la communauté internationale, de l’autre, de façon à être mieux à même de faire face aux questions de paix et de sécurité dans leur dimension mondiale. »


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