16/05/2007
Conseil de sécurité
CS/9018

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5675e séance – matin


FACE À LA DÉTÉRIORATION DE LA SITUATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE, LE CONSEIL RAPPELLE AUX AUTORITÉS L’INTÉRÊT QU’ELLES ONT À ACCÉLÉRER LES RÉFORMES ET À COOPÉRER AVEC LE TPIY


Les membres du Conseil de sécurité n’ont pas pu cacher aujourd’hui au Président du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine, Nikola Špirić, leur sentiment de frustration devant la détérioration de la situation politique et sécuritaire dans ce pays.  Dans ce qui sera sa dernière intervention devant eux, le Haut Représentant pour la mise en œuvre des Accords de Dayton a en effet informé les membres du Conseil du retour, chez les dirigeants de la Republika Sprska et des autres composantes du pays, d’une rhétorique nationaliste, pendant les élections d’octobre 2006.  Cette rhétorique a été ravivée par une « exploitation sans scrupule » de l’arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ) reconnaissant le génocide de Srebrenica et attribuant à la ville un statut spécial, a indiqué le Haut Représentant.


Christian Schwarz-Schilling a aussi fait part des retards enregistrés dans la réforme de la police, de la défense, de l’administration publique et des médias audiovisuels ainsi que dans la coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), qui sont pourtant des conditions préalables à la signature par la Bosnie-Herzégovine de l’Accord de stabilisation et d’association qui vient d’être finalisé avec l’Union européenne et de son intégration à l’OTAN.


Une telle attitude est incompréhensible de la part d’un « pays qui a tant reçu de la communauté internationale », s’est indignée la représentante du Royaume-Uni, en dénonçant « l’irresponsabilité » de certains dirigeants bosniens, qui outre, l’arrêt de la CIJ, n’ont pas hésité à exploiter les propositions de règlement du Kosovo pour servir leur rhétorique nationaliste.  Il est déplorable, a-t-elle ajouté, que les mots « réconciliation, vérité et justice » ne soient jamais entendus de la bouche de ces dirigeants.


« Nous ne pouvons accepter l’évaluation selon laquelle en Bosnie-Herzégovine, il y aurait une communauté idéale et des politiciens irresponsables », s’est défendu Nikola Špirić, le Président du Conseil des ministres, dans un discours qu’il a voulu « optimiste » concernant un pays qui, pour lui, a définitivement quitté l’« ère de Dayton » pour passer à celle de Bruxelles.  La période actuelle exige plutôt un effort commun entre les habitants de Bosnie-Herzégovine et la communauté internationale, a-t-il estimé, avant de rejeter la proposition du Haut Représentant concernant la proclamation d’une « Journée de Srebrenica ».  Srebrenica mérite une attention particulière mais pas un statut spécial, a estimé le Président du Conseil des ministres.


Même si elle ne représente pas une condition préalable à l’intégration de la Bosnie-Herzégovine au processus euroatlantique, la réforme ou la modernisation de la constitution du pays a été encouragée par tous les membres du Conseil de sécurité pour pouvoir le doter d’institutions opérationnelles.  Dans le cadre de ces réformes, le Haut Représentant a dénoncé « ceux qui veulent changer l’ordre constitutionnel et territorial du pays ».  Un changement unilatéral des Accords de Dayton pourrait menacer la paix et la stabilité, a-t-il prévenu.   


Au titre des bonnes nouvelles, il a salué les élections d’octobre dernier et l’adhésion, en décembre 2006, de la Bosnie-Herzégovine au Programme du partenariat pour la paix de l’OTAN.  Sur le plan régional, le pays a, toujours en décembre 2006, signé l’Accord CEFTA sur la création d’une zone de libre échange en Europe du sud-est, et la semaine dernière, le Conseil de la coopération régionale, ex-Pacte de stabilité, a décidé d’installer son siège à Sarajevo, a indiqué M. Schwarz-Schilling. 


Le Haut Représentant s’est aussi félicité que le Conseil de sécurité ait fixé les modalités et les conditions du règlement de la question des fonctionnaires de police non certifiés.  Mais compte tenu des réformes qu’il reste à lancer, les membres du Conseil de sécurité ont salué la décision du Conseil de mise en œuvre de la paix de reporter de juin 2007 à juin 2008 la fermeture du Bureau du Haut Représentant qui sera désormais dirigé par Morislav Lajcak de la Slovaquie. 


Christian Schwartz-Schilling a salué le consensus du Conseil de sécurité sur le processus d’appropriation nationale de l’administration du pays et le rôle que la communauté internationale doit y jouer.  En tant que Président de la Commission des droits de l’homme et de l’aide humanitaire du Bundestag allemand, il a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle honore l’obligation juridique et morale de continuer à aider la Bosnie-Herzégovine.


LA SITUATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE


Déclarations


M. CHRISTIAN SCHWARZ-SCHILLING, Haut Représentant pour la mise en œuvre de l’Accord de paix en Bosnie-Herzégovine, a rappelé qu’en juin 2006, le Conseil de la mise en œuvre de l’Accord de paix a décidé de fermer le Bureau du Haut Représentant.  Cette décision a été prise dans le contexte d’une évolution positive et de progrès vers l’intégration à l’Union européenne et à l’OTAN.  Mais, a regretté le Haut Représentant, les nationalistes et leurs rhétoriques dépassées ne se sont pas calmés après les élections de l’automne.  Les tensions se sont accrues en raison de l’attitude des dirigeants de la Republika Sprska et de la Fédération, a-t-il indiqué.  Ces tensions sont restées vives après les réactions à l’arrêt de la Cour internationale de Justice, que certains politiciens ont voulu exploiter.  Compte tenu de cette décision, le Conseil de mise en œuvre de la paix a accepté de reporter la fermeture du Bureau au 30 juin 2008. 


La Bosnie-Herzégovine a une occasion unique de se rapprocher de l’Europe et ses dirigeants doivent la saisir.  Des progrès sont nécessaires dans la réforme de la police et de la coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.  Les dirigeants se sont pourtant rapprochés d’une solution de compromis en matière de réforme de la police, mais l’absence de volonté politique a empêché ce processus d’aboutir.  En fait, ces dirigeants manquent de vision d’avenir, a estimé M. Schwarz-Schilling. 


Par ailleurs, a poursuivi le Haut Représentant, la coordination s’est améliorée entre les institutions de la Bosnie et le Tribunal pénal international.  Mais les principaux fugitifs courent toujours, a-t-il relevé.  Les Serbes ne se sont pas acquittés de leurs obligations, alors qu’il s’agit d’une obligation morale et éthique car elle a une incidence sur la stabilité de la Bosnie-Herzégovine et de la région.  Le Haut Représentant a donc demandé au Conseil de sécurité de rappeler aux parties les obligations qui sont les leurs en vertu de l’Accord de paix.  Rien ne s’est produit depuis que la CIJ a émis son arrêt, il y a plus de deux mois, a-t-il noté.  Le Conseil doit étudier à nouveau la façon dont la Serbie pourrait être contrainte de respecter l’arrêt de la CIJ, a suggéré le Haut Représentant.


Les discours enflammés empoisonnent l’environnement politique, et la question de Srebrenica est revenue à la première page des journaux.  Il s’agit là d’une manipulation sans scrupule, a dit le Haut Représentant.  Un mécanisme de coordination de haut niveau a été mis en place, et des recommandations sont en train d’être mises au point pour que la situation s’améliore.  Les autorités bosniaques doivent prendre des mesures concrètes pour faire en sorte que les instituons judiciaires et de maintien de l’ordre fassent leur travail.  Il faut aussi que le droit au retour soit respecté.  Il faut également assurer à la population des conditions de vie satisfaisantes, a recommandé M. Schwartz-Schilling en précisant qu’il ne s’agissait cependant pas de modifier l’ordre constitutionnel et territorial de la Bosnie-Herzégovine.  Un changement unilatéral de l’Accord de Dayton ferait peser une grave menace sur la paix et la stabilité, et le Conseil doit le dire clairement, a insisté à cet égard le Haut Représentant. 


Revenant à l’arrêt rendu par la CIJ, il a demandé la proclamation d’une Journée de Srebrenica pour rendre hommage aux victimes du génocide.  Là aussi, les dirigeants de la Bosnie-Herzégovine doivent faire plus pour améliorer la situation à Srebrenica, a-t-il dit.  Le Haut Représentant a ensuite regretté que des retards aient été accumulés dans les réformes de l’économie, de l’administration publique et de la télévision.  Une réforme est aussi attendue dans le domaine de l’éducation, mais la plus importante reste la réforme constitutionnelle, a-t-il précisé.


Parlant de choses plus positives, le Haut Représentant a salué les élections d’octobre dernier, qui ont été tenues sans intervention internationale.  En décembre 2006, la Bosnie-Herzégovine a adhéré au Programme du partenariat pour la paix de l’OTAN, qui est une étape supplémentaire vers l’intégration euroatlantique, a-t-il indiqué.  Du point de vue régional, le pays a, en décembre 2006, rejoint d’autres pays dans l’Accord CEFTA, qui vise la création d’une zone de libre échange en Europe du Sud-Est, a-t-il ajouté.  La semaine dernière, le Conseil de la coopération régional, ex-Pacte de stabilité, a décidé d’installer son siège à Sarajevo, a ensuite indiqué le Haut Représentant. 


M. NIKOLA ŠPIRIĆ, Président du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine, a déclaré qu’en janvier dernier, il avait présenté à la Chambre des représentants de la Bosnie-Herzégovine le programme des quatre années à venir.  À cette occasion, il en a souligné les aspects les plus importants, à savoir la réforme de la police, la poursuite de la réforme du secteur de la défense, les efforts répétés à mener dans les domaines constitutionnel et économique ainsi que la coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).  S’agissant de la réforme de la police, M. Špirić a regretté qu’en dépit de négociations intensives, il n’ait pas été possible de parvenir à un accord à ce stade, et ce en raison de l’absence de volonté politique de la part de certaines parties prenantes.  Cet état de fait a posé obstacle à la signature de l’accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.


Comment dès lors parvenir à un tel accord? s’est demandé M. Špirić.  La seule solution envisageable est la poursuite d’un dialogue entre les dirigeants politiques du pays, l’absence d’un tel dialogue ayant produit les résultats désastreux que l’on sait par le passé, a-t-il prévenu.  Or, le dialogue est actuellement dans une impasse, a-t-il constaté, en mentionnant qu’il n’est en fait rétabli que lorsqu’il est conduit sous l’égide de la communauté internationale.  S’agissant de la réforme constitutionnelle, M. Špirić a regretté les divisions soulevées par l’examen de cette question, avant de rejeter la vision selon laquelle le fait de se ranger du côté du compromis signifierait un abandon inconditionnel de ses idées.


Le Président du Conseil des Ministres de Bosnie-Herzégovine s’est cependant félicité de l’admission de son pays au Partenariat du Programme pour la paix, qui constitue une avancée significative pour la Bosnie-Herzégovine en matière de défense.  Le Gouvernement a conclu par ailleurs avec succès les négociations techniques pour la signature de l’accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.  M. Špirić s’est déclaré satisfait de pouvoir dire que le pays était passé de l’ère de Dayton à celle de Bruxelles.  Il s’est ensuite dit convaincu que le renforcement de la confiance nationale était la solution à de nombreux problèmes.  S’agissant de la coopération avec le TPIY, il a réaffirmé qu’il était nécessaire de la poursuivre totalement pour obtenir des résultats concrets, écartant les accusations selon lesquelles cette coopération ne serait pas pleine et entière.


Évoquant ensuite le rôle joué par la communauté internationale, M. Špirić a salué ses efforts ainsi que ceux du Haut-Représentant.  Les représentants élus devraient être les principales parties prenantes de la vie politique de ce pays, a-t-il précisé.  En revanche, le Président du Conseil des Ministres de Bosnie-Herzégovine a souligné qu’il n’acceptait pas l’idée selon laquelle la conduite de la communauté internationale serait irréprochable en Bosnie-Herzégovine, tandis que les dirigeants locaux se comporteraient, pour leur part, de manière irresponsable.  Enfin, concernant le jugement de la Cour internationale de Justice sur Srebrenica, il a estimé que Srebrenica méritait certes une attention spéciale, mais pas un statut spécial qui, s’il lui était accordé, pourrait avoir de sérieuses conséquences pour le pays.


M. MARCELLO SPATAFORA (Italie) a rappelé que le 3 mai dernier, l’Union européenne avait approuvé le texte de l’Accord d’association et d’intégration, dont la signature par la Bosnie-Herzégovine dépend de progrès concrets qui y sont accomplis dans la réforme de la police et dans la coopération avec le Tribunal pénal international.  Le représentant a demandé aux dirigeants politiques de la Bosnie-Herzégovine d’assumer leurs responsabilités.  Il a, à son tour, souligné l’importance de la réforme constitutionnelle, qui est bloquée depuis plus d’un an.  Il a souscrit à l’arrêt de la CIJ sur le massacre de Srebrenica, en appelant néanmoins la Bosnie-Herzégovine à regarder vers l’avenir et à ne pas rester bloquée dans le passé.  Le représentant de l’Italie a, par ailleurs, demandé au Bureau du Haut Représentant de suivre étroitement la mise en œuvre des dispositions et des conditions posées par le Conseil de sécurité pour régler la question de la décertification des policiers.  Le représentant a conclu en saluant la décision qui a été prise de reporter la fermeture du Bureau du Haut Représentant.


M. DUSAN MATULAY (Slovaquie) a réaffirmé que le régime constitutionnel actuellement en vigueur en Bosnie-Herzégovine ne permettait pas un abandon immédiat des Principes de Bonn.  Dès lors, nous estimons que la poursuite de la réforme constitutionnelle dans le pays est vitale, et qu’un tel processus devrait s’appuyer sur le maintien d’un dialogue national avec toutes les composantes de la société.  Le rôle de la communauté internationale est irremplaçable à ce stade, a-t-il ajouté.  Le représentant s’est félicité de la formation d’un nouveau Conseil des ministres, qui est plus que jamais favorable à l’intégration euroatlantique, ainsi que de la finalisation du texte de l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.  La délégation slovaque a cependant souligné la nécessite de hâter la réforme de la police, et a salué au passage la solution proposée par le Conseil de sécurité concernant la question de la non-certification de certains officiers de police.


M. DUMISANI S. KUMALO (Afrique du Sud) s’est félicité de ce que la Bosnie-Herzégovine avance sur la voie d’une démocratie pleinement opérationnelle.  Il s’est ensuite inquiété de la persistance des tensions ethniques, comme l’atteste le débat sur la question de Srebrenica.  Les Balkans, a-t-il dit, sont une région où la composition ethnique des peuples de chacun des pays est la même.  L’instabilité interne dans un pays peut donc se répandre dans toute la région, a relevé M. Kumalo.  La Bosnie-Herzégovine, a encouragé le représentant, doit poursuivre sa réforme, en particulier celle ayant trait à la Constitution.  Il faut un accord politique sur la réforme de la police et l’intégration des forces armées du pays.  Le représentant de l’Afrique du Sud s’est également dit préoccupé par les difficultés rencontrées dans le retour des réfugiés et des personnes déplacées.  Il a déploré la conclusion du HCR selon laquelle les rapatriés appartenant aux groupes minoritaires vivent sans accès à des services de base.  La Bosnie-Herzégovine, a-t-il conclu, doit impérativement faire des progrès pour véritablement devenir un pays démocratique, multiethnique et stable, qui contribue à la paix, à la stabilité et au développement économique des Balkans. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) s’est félicité de l’esprit dans lequel travaille la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, sous l’égide du Haut Représentant du Secrétaire général, M. Schwartz-Schilling.  Le succès général de la normalisation de la situation continue cependant de dépendre des Accords de Dayton, qui se sont révélés un instrument efficace de stabilité pour le pays, a-t-il dit.  Il est important pour les parties bosniaques, a poursuivi le représentant, de construire un État multiethnique garantissant les droits constitutionnels de toutes les composantes de son peuple.  Le représentant de la Fédération de Russie a ensuite salué l’action du Président du Conseil des Ministres de Bosnie-Herzégovine pour l’appui qu’il a apporté aux réformes, qui doivent tenir compte des réalités du pays et des points de vue de toutes les parties.  Le représentant de la Fédération de Russie a émis l’espoir que dans le cadre du prochain examen de la situation, en octobre 2007, par le Conseil de mise en œuvre de la paix, les menaces réelles qui pèsent sur le pays seront prises en compte.  Il a à cet égard, notamment relevé l’usage, par certaines parties, d’une rhétorique hostile susceptible d’alimenter les tensions.  En ce qui concerne l’influence de la situation qui prévaut au Kosovo sur la Bosnie-Herzégovine, le représentant a estimé qu’il fallait poursuivre la recherche d’une solution négociée qui satisfasse l’ensemble des parties prenantes de la province.


M. LIU ZHENMIN (Chine) s’est félicité de ce que depuis 1994, la Bosnie-Herzégovine ait obtenu des résultats dans l’amélioration du respect de l’état de droit et d’autres domaines de gouvernance.  Il a cité la bonne tenue des élections et la formation du Gouvernement.  Il a aussi salué les progrès effectués dans le processus d’intégration à l’Union européenne.  Les progrès politiques sont difficiles, a-t-il reconnu, en espérant que toutes les parties en présence se montreraient attachées à ces progrès afin d’instaurer en Bosnie-Herzégovine un système politique plus mûr, et d’y parvenir à un développement harmonieux des communautés.  Le représentant a aussi salué le règlement, par le Conseil de mise en œuvre de la paix, de la question de la non-certification de certains policiers


M. BASILE IKOUEBE (République du Congo) a regretté que les élections récemment tenues en Bosnie-Herzégovine n’y aient pas mis fin à la rhétorique nationaliste.  Nous notons malgré tout que la plupart des institutions ont été mises en place, avec la formation du nouveau Gouvernement et l’installation d’une administration dans la plupart des cantons, a indiqué le représentant congolais.  Ces succès devraient permettre de relancer le processus de réforme constitutionnelle et les négociations avec l’Union européenne, dont les progrès ont été ralentis par des incertitudes politiques dans la région, a-t-il ajouté.   Beaucoup reste à faire pour aider la Bosnie-Herzégovine à réussir sa transition vers une nation réconciliée et intégrée au sein de l’Europe, a estimé M. Ikouebe.  Le processus de réforme constitutionnelle et économique doit cependant se poursuivre, ainsi que celui des changements à apporter aux domaines de la sécurité et de la défense.  Des efforts substantiels doivent également être déployés pour assurer la mise en œuvre de l’Accord du 18 mars 2006 sur la réforme constitutionnelle, qui demeure une étape historique dans la marche vers la paix, a estimé le représentant.  Par ailleurs, il est du devoir des autorités nationales de tout mettre en œuvre pour arrêter les fugitifs responsables de crimes de guerre en vue de les faire traduire devant le TPIY, car tout atermoiement en ce domaine continuera de peser sur la réconciliation nationale, a-t-il conclu.


M. JORGE VOTO-BERNALES (Pérou) a salué les progrès accomplis en Bosnie-Herzégovine, tout en regrettant les retards qu’ils ont subis et qui montrent la persistance des tensions politiques.  Le représentant a particulièrement salué les progrès effectués dans le processus d’intégration à l’Union européenne, tout en rappelant les conditions préalables que sont la réforme de la police et la coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.  Toutes les parties concernées doivent à la fois reconnaître l’importance de la réforme de la police et celle des adaptations à apporter à la Constitution actuelle, qui avait été rédigée dans un contexte différent de celui qui prévaut aujourd’hui, a dit M. Voto-Bernales.  Le représentant péruvien a aussi lancé un appel en faveur de la mise en œuvre de réformes économiques et budgétaires, ce qui jetterait les bases du développement du secteur privé.  En concluant sa déclaration, il a demandé à la communauté internationale d’attendre que les autorités nationales de Bosnie-Herzégovine accroissent d’abord leur contrôle sur le pays avant de commencer à envisager la fermeture du Bureau du Haut Représentant. 


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) s’est félicité de la formation d’un Gouvernement en Bosnie-Herzégovine et a espéré que les trois cantons qui ne s’étaient pas encore dotés d’un gouvernement le feront prochainement.  Il a ensuite émis l’espoir de voir les énergies se recentrer vers les efforts à mener en vue de parvenir à la signature de l’accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.  Le représentant du Qatar s’est ensuite félicité que le Conseil de mise en œuvre de la paix ait décidé de prolonger l’existence du Bureau du Haut Représentant jusqu’en 2008.  Parmi les questions prioritaires qui restent à traiter, figurent les réformes constitutionnelles, économiques, de la police et de la défense, ainsi que le problème des réfugiés, a-t-il relevé.  Il est important que les recommandations soient appliquées en ce qui concerne les crimes de guerre et les génocides qui ont été commis en Bosnie-Herzégovine et que les accusés soient traduits devant le TPIY, a ensuite souligné Nassir Abdulaziz Al-Nasser.  L’engagement de l’Union européenne et de l’OTAN continuera d’être déterminant dans le maintien de la stabilité dans le pays, a conclu le représentant du Qatar, avant d’ajouter que le moment était venu pour la Bosnie-Herzégovine de réussir son intégration euroatlantique.


M. JOHAN VERBEKE (Belgique) s’est dit inquiet de l’état de l’évolution politique interne de la Bosnie-Herzégovine, qui est caractérisée par la stagnation.  Il a appelé à la fin de toute rhétorique nationaliste et à la dépolitisation de certaines questions.  L’arrêt de la CIJ, a-t-il dit, ne doit pas servir de prétexte à la résurgence des tensions.  Il a demandé que des progrès soient accomplis dans la réforme de la police et dans la coopération des autorités avec le Tribunal pénal international, ces deux conditions étant les bases de l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.  La réforme constitutionnelle est également essentielle pour créer des institutions stables en Bosnie-Herzégovine et y assurer une répartition équitable des compétences, a ajouté le représentant, en se réjouissant du règlement de la question de la non-certification des fonctionnaires de police.  Après avoir appelé les dirigeants nationaux à mettre en œuvre les dispositions pertinentes, le représentant a conclu en saluant le report de la fermeture du Bureau du Haut Représentant, compte tenu de la situation actuelle.


M. LESLIE K. CHRISTIAN (Ghana) a déclaré que la tâche d’édification de la nation de Bosnie-Herzégovine n’a pas été facilitée par les divisions qui y subsistent entre les communautés ethniques.  Nous espérons à cet égard que les mesures nécessaires seront prises à l’avenir pour faire en sorte que la solution sur le statut final du Kosovo n’ait pas de conséquences néfastes sur la stabilité de la Bosnie-Herzégovine, a poursuivi le représentant, qui a estimé qu’avec un engagement soutenu de la communauté internationale, l’intégration du pays dans le cadre euroatlantique serait possible.  À cette fin, un renforcement de la confiance sera toutefois nécessaire, notamment en ce qui concerne les services judiciaires, a-t-il noté.  Le représentant du Ghana a ensuite posé la question du retour des réfugiés et des personnes déplacées, en souhaitant que les 130 000 personnes concernées bénéficient de l’assistance qui leur est nécessaire.


M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a souligné les tâches qui attendent encore la Bosnie-Herzégovine, en jugeant que la stagnation politique y met en danger les acquis.  Le manque de progrès dans la réforme de la police et dans la coopération avec le Tribunal pénal international risque de provoquer des reculs, a-t-il averti, en notant que sans un consensus politique et ethnique, la viabilité du pays serait compromise.  2006 n’a pas été une bonne année pour la Bosnie-Herzégovine, a constaté le représentant, en pointant du doigt la rhétorique nationaliste.  Compte tenu du passé tragique du pays, les décisions à prendre sont difficiles, a-t-il cependant reconnu.  Il a exhorté les dirigeants à coopérer entre eux et avec le Haut Représentant pour reprendre le processus de réforme institutionnel.  Il faut également qu’une participation active de la communauté internationale s’ajoute à ce processus, a-t-il souligné, en estimant que la communauté internationale se doit de guider la Bosnie-Herzégovine vers une démocratie libérale et une économie de marché.  La communauté internationale doit réaffirmer son appui aux parties et les aider à prendre les décisions difficiles qui leur permettront d’avancer, a insisté M. Arias.  L’Union européenne doit aussi faire sa part pour aider la Bosnie-Herzégovine à se rapprocher de Bruxelles, car les succès qui pourraient être accomplis en Bosnie-Herzégovine sont étroitement liés aux autres succès accomplis dans la région, a prévenu le représentant.


Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a rappelé que le rôle directeur joué par l’Union européenne avait été souligné par de nombreuses délégations.  Ces délégations ont aussi pointé du doigt le manque d’avancées dans les réformes entreprises par la Bosnie-Herzégovine, a-t-elle relevé, avant de dire qu’un pays qui a tant été aidé par la communauté internationale aurait du accomplir beaucoup plus de progrès.  La représentante a qualifié de « décevant » le manque de volonté politique de certains dirigeants politiques, qui multiplient les déclarations irresponsables.  Ainsi, la situation au Kosovo est utilisée par certains dirigeants nationalistes à des fins personnelles, alors que la situation en Bosnie-Herzégovine n’a rien à voir avec celle de cette province voisine, a fait remarquer Mme Pierce.  Évoquant ensuite la réforme constitutionnelle, elle a affirmé que l’organisation territoriale de la Bosnie-Herzégovine ne devrait pas être modifiée, et a rappelé que toute modification unilatérale menacerait le processus de consolidation des institutions démocratiques.  Nous préférerions qu’un accord soit recherché par l’ensemble des parties prenantes, aux niveaux régional et local, pour faciliter l’intégration euroatlantique, a dit la représentante du Royaume-Uni.  Les dirigeants de la Bosnie-Herzégovine devraient aussi s’efforcer de mettre en œuvre les accords de Dayton, a-t-elle souligné.  Abordant le massacre de Srebrenica, elle a déclaré qu’il s’agissait de l’une des pires atrocités commises en Europe au cours des dernières décennies.  Srebrenica ne devrait pas pour autant devenir une excuse instrumentalisée à des fins politiques, ou pour ne pas tenir compte de l’arrêt de la Cour internationale de Justice, a prévenu Mme Pierce.  Les dirigeants serbes doivent reconnaître les verdicts de la CIJ, et assurer le transfert des accusés devant cette juridiction, a-t-elle insisté en attirant l’attention sur le fait que trois mots étaient rarement entendus en ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine: réconciliation, vérité et justice.


M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a estimé que la situation qui règne sur les plans politique et sécuritaire en Bosnie-Herzégovine rappelle à la communauté internationale la nécessité d’y maintenir la plus grande vigilance afin d’y assurer la stabilité.  La communauté internationale doit être mobilisée et unie face aux tensions internes nées notamment des effets de la polarisation politique, qui s’est renforcée depuis les élections d’octobre 2006 et, des difficultés liées au projet de réforme de la police, a dit le représentant.  La communauté internationale doit rester unie, car elle est confrontée à un environnement régional encore incertain.  Elle doit aussi rappeler aux acteurs politiques de Bosnie-Herzégovine la nécessité d’un comportement responsable, a poursuivi le représentant de la France.  Se félicitant, dans ce cadre, de la décision de reporter la fermeture du Bureau du Haut Représentant, le représentant a souligné que l’intégration de la Bosnie-Herzégovine à l’Europe ne sera possible que lorsque les réformes à opérer dans la police et dans les médias audiovisuels publics seront mises en œuvre.  La France, a-t-il prévenu, sera particulièrement attentive à ce que des efforts de coopération avec le Tribunal pénal international soient poursuivis et intensifiés.  Le représentant s’est félicité qu’une solution acceptable par toutes les parties ait pu être trouvée sur la question de la décertification des policiers.  Il appartient maintenant aux autorités d’agir dans le cadre fixé par la lettre adressée par le Président du Conseil de sécurité au Haut Représentant, a-t-il indiqué.


M. HASAN KLEIB (Indonésie) a déclaré que la décision prise par l’Union européenne (UE) en décembre dernier de réduire les effectifs de l’EUFOR avait été importante, dans la mesure où elle signalait une amélioration générale du niveau de sécurité en Bosnie-Herzégovine.  Il a félicité le Gouvernement bosniaque d’y avoir contribué.  Rappelant que les Balkans avaient été une région souvent propice à l’émergence de très forts sentiments nationalistes, le représentant de l’Indonésie a déclaré que ce type de sentiment pouvait être une source de force pour un pays, au lieu d’y semer seulement les divisions.  La rhétorique incendiaire des campagnes politiques doit cesser, a-t-il poursuivi, en indiquant que l’intérêt d’une société multiethnique devait être placé au-dessus de toute autre préoccupation.  Il faut également renforcer la confiance entre la population locale et les rapatriés, qui doivent être convaincus qu’ils peuvent vivre en paix avec leurs voisins, a dit M. Kleib.  Sur le plan économique, il a déclaré que la lutte contre la pauvreté devait être intensifiée, en donnant la priorité à la création de petites et moyennes entreprises.


M. ALEJANDRO WOLFF (États-Unis) a déploré la résurgence de la rhétorique nationaliste en Bosnie-Herzégovine, qu’il a attribuée à des dirigeants irresponsables.  Il incombe, a-t-il dit, aux dirigeants bosniens de mettre de côté cette rhétorique et de se concentrer sur les mesures à prendre pour améliorer la vie de la population.  Le représentant a demandé la conclusion d’un accord sur la réforme de la police et l’intégration des forces armées, qui sont des conditions à l’intégration euroatlantique.  Il a aussi appelé les dirigeants bosniens à moderniser la Constitution du pays, car toute autre approche ne peut que mener à l’impasse.  Cette réforme, a-t-il conseillé, doit être progressive et fondée sur le consensus.  La communauté internationale est disposée à accompagner la Bosnie-Herzégovine, mais cette dernière doit elle-même montrer la voie à suivre.  Le Gouvernement doit mettre en place les dispositions édictées pour régler la question de la non-certification des fonctionnaires de police, a conclu le représentant des États-Unis.


S’exprimant au nom de l’Union européenne, M. THOMAS MATUSSEK (Allemagne), s’est félicité de la formation d’un nouveau gouvernement bosniaque au sortir des élections d’octobre 2006 et de la participation de la Bosnie-Herzégovine au Partenariat du Programme pour la paix.  Il a relevé que des progrès avaient été accomplis en ce qui concerne le dossier de la non-certification des policiers, grâce à une coopération étroite entre les membres du Conseil de sécurité et le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP).  Le représentant de l’Allemagne a ensuite affirmé que la finalisation du texte de l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne avait été une étape supplémentaire accomplie sur le chemin qui rapproche la Bosnie-Herzégovine de l’Europe.  Cependant, la conclusion d’un tel accord dépendra avant tout des progrès réalisés dans quatre domaines clefs, dans lesquels les avancées sont pour l’instant insatisfaisantes.  Il s’agit de l’établissement d’une administration publique, de la réforme de la police, de celle de médias et de la coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).  D’autre part, la détérioration du climat politique en Bosnie-Herzégovine et le retour d’une rhétorique nationaliste préoccupent l’Union européenne, a signalé M. Matussek.  S’agissant de la réforme constitutionnelle, il a indiqué que, bien qu’il ne s’agisse pas d’une précondition à la conclusion de l’Accord précité, elle était indispensable pour l’avenir de la Bosnie-Herzégovine et pour la facilitation de son intégration euroatlantique.


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