25/10/2007
Assemblée générale
AG/10647

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Assemblée générale

Soixante-deuxième session

35e séance plénière - matin


LE DIALOGUE DE HAUT NIVEAU SUR LE FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT S’ACHÈVE PAR DES APPELS À DES PROGRÈS DÉCISIFS DANS LA MISE EN ŒUVRE DU CONSENSUS DE MONTERREY


Cinq après le Consensus de Monterrey sur le financement du développement, qui avait a été accueilli comme un « document historique scellant un partenariat nouveau ou un véritable contrat entre le Nord et le Sud », la centaine de délégations qui ont pris part au Dialogue de haut niveau de l’Assemblée générale, ont été obligées de reconnaître la persistance des inégalités, non seulement entre pays, mais aussi au sein des pays eux-mêmes, dans un contexte où la mondialisation est fragilisée par la volatilité des marchés financiers. 


Concluant un débat de trois jours, auquel ont également participé le Secrétaire général de l’ONU et des représentants des institutions de Bretton Woods et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Président de l’Assemblée générale a estimé que la diversité des idées et le nombre significatif de propositions ont mis en lumière les nombreux défis qui restent à relever pour assurer la mobilisation des ressources nationales et internationales aux fins du développement.


Le Consensus de Monterrey, qui a été adopté à l’issue d’une conférence internationale organisée en mars 2002 dans la ville mexicaine, identifie les six domaines prioritaires que sont l’élargissement de l’épargne et de l’assiette fiscale,au niveau national; l’augmentation des investissements étrangers directs (IED); l’accroissement de l’aide publique au développement (APD); la facilitation de l’accès aux marchés mondiaux; le règlement du problème de la dette et la réforme des institutions monétaires et financières.


L’évaluation de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey se fera à Doha, au Qatar, en 2008.  En attendant, au cours du Dialogue de haut niveau, les pays en développement ont rivalisé d’exemples pour montrer qu’ils avaient honoré leur part du contrat, en s’attachant à la bonne gouvernance démocratique, à l’adoption de politiques macroéconomiques saines et à l’assainissement du climat des affaires, comme en témoigne une croissance économique qualifiée par tous d’« extraordinaire ».


Ces pays se sont donc étonnés que les tendances de l’IED ne correspondent pas à cette nouvelle donne.  Soixante-dix pour cent des 400 milliards de dollars d’IED versés en 2006 se sont concentrés dans le secteur des matières premières de 12 pays en développement seulement.  De cette IED mondiale, l’Afrique ne reçoit que 3%.  Dans ces circonstances, le rôle de l’APD comme source incontournable du financement du développement a été confirmé.


Or, malgré les engagements pris à Monterrey en 2002 et à Gleneagles en 2005, les montants actuels de l’APD et les projections pour 2006-2010 demeurent en-dessous de l’objectif visant à ce que les donateurs y consacrent 0,7% de leur PNB.  Des délégations ont même imputé l’évolution positive qu’on avait constatée à partir de 2002 aux opérations d’allégement de la dette, à l’assistance technique ou à l’aide d’urgence.  Le coût de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) est pourtant estimé à 150 milliards de dollars par an.


Par conséquent, les initiatives liées aux sources novatrices de financement, comme la taxe de solidarité qui a permis le financement de la Facilité internationale pour l’achat de médicaments, ont été saluées, même si les pays du Sud ont souligné que de telles initiatives ne peuvent venir qu’en complément de l’APD.  La question de l’efficacité de l’aide a été soulevée par plusieurs délégations qui se sont attardées sur la Déclaration de Paris ou le Code de conduite de l’Union européenne, mais aussi sur les principes de l’appropriation nationale et de l’alignement des fonds sur les priorités des récipiendaires. 


Moteur de la croissance économique, le commerce international a suscité de nombreux commentaires.  Les appels se sont multipliés pour assurer une issue heureuse au Cycle de Doha, en ce qui concerne en particulier le commerce des produits agricoles et la suppression des subventions octroyées dans les pays du Nord.  Des initiatives d’assistance comme « Aide pour le commerce » ont été accueillies avec satisfaction. 


Le commerce est un moteur mais la dette est un frein, ont souligné les pays du Sud, en mettant l’accent sur les imperfections de l’Initiative pour les petits pays très endettés (PPTE) ou encore celle pour l’allègement de la dette multilatérale.  Plusieurs délégations ont réitéré leur appel à une annulation pure et simple de la dette alors que les pays à revenu intermédiaire ont attiré l’attention sur leur situation particulière.


Ressources nationales, IED, APD, commerce ou dette.  Ces questions, ont argué plusieurs délégations, peuvent trouver leur solution dans des négociations de bonne foi.  Elles ont donc appelé à une réforme approfondie des institutions de Bretton Woods, qui passe par le renforcement du pouvoir décisionnaire des pays en développement. 


Pour ce qui est de l’ONU, le Président de l’Assemblée a encouragé les États Membres à pleinement soutenir le travail des facilitateurs qu’il a chargés de diriger des consultations à l’issue desquelles sera présenté, d’ici à la fin de cette année, un projet de résolution sur les modalités de la Conférence de suivi de Doha.  Le Président a évoqué « l’importance critique de faire des progrès décisifs ».


La prochaine séance plénière de l’Assemblée générale se tiendra lundi 29 octobre à partir de 10 heures.  Elle sera consacrée à l’examen du rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).



DIALOGUE DE HAUT NIVEAU SUR L’APPLICATION DES TEXTES ISSUS DE LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE SUR LE FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT


Déclarations


Mme BYRGANYM AITIMOVA (Kazakhstan) a déclaré que la mondialisation avait ouvert de vastes possibilités sur les plans sociaux et économiques, mais qu’elle mettait aussi en relief le fossé qui sépare aujourd’hui les pays riches des pays pauvres.  Elle s’est déclarée convaincue que le Consensus de Monterrey avait été une étape déterminante en vue de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Le principal objectif du Kazakhstan est de stimuler la création d’emplois, en mettant l’accent sur des programmes industriels novateurs et sur le renforcement du secteur des services.  Le Gouvernement a également adopté des politiques macroéconomiques qui correspondent aux normes des marchés développés.  De plus, il a multiplié les accords bilatéraux et multilatéraux en vue de stimuler la croissance économique.  Par ailleurs, en tant que pays sans littoral, le Kazakhstan estime qu’il est important de tenir compte des besoins particuliers de cette catégorie de pays en matière de capacités logistiques et d’accès aux marchés internationaux.  La représentante a en conclusion émis l’espoir que le succès de la présente réunion permettrait de préparer la Conférence de Doha.


M. RAYMOND WOLFE (Jamaïque) a, après avoir rendu compte des efforts de son pays, souligné qu’ils ne connaitront le succès que dans le cadre d’un environnement économique favorable au niveau mondial et d’un réel appui des partenaires au développement.  Il a donc salué l’initiative des Gouvernements espagnol et salvadorien d’attirer l’attention sur les besoins spécifiques des pays à revenu intermédiaire grâce à une série de conférences de haut niveau tenues durant l’année.  Le représentant s’est dit inquiet des tendances concernant l’APD et l’IED qui continue de se concentrer dans un nombre limité de pays et qui devrait répondre de manière juste aux efforts de réforme entrepris dans les pays en développement.  Le représentant a aussi salué la recommandation du Secrétaire général invitant les institutions financières multilatérales à adapter l’éventail de leurs produits et services aux besoins changeants des pays à bas revenu et à revenu intermédiaire, en particulier en ce qui concerne la question de leur dette. 


Le représentant a aussi déclaré que le renforcement du partenariat global nécessite un système plus démocratique de la gouvernance démocratique globale. Dans ce cadre, il a jugé essentiels le renforcement des capacités de surveillance du FMI et une participation accrue des pays en développement aux décisions des institutions financières internationales.  Le représentant a conclu en se déclarant convaincu du rôle crucial que peuvent jouer les Nations Unies dans la mise en œuvre du Consensus de Monterrey.  Ce rôle passe, a-t-il dit, par une plus grande collaboration entre l’ONU, les institutions de Bretton Woods et l’OMC.  En la matière, il a jugé que l’ECOSOC et son Forum de la coopération au développement, est l’instance idoine. 


M. AHMED MEKKI AHMED (Soudan) a regretté que, malgré les promesses faites par les donateurs de doubler l’aide à l’Afrique, l’APD ait décliné dans son pays depuis le début des années 1990.  Entre 1989 et 1995, l’APD s’élevait à 22,2 dollars par habitant après avoir atteint 31 dollars en 1982, et à 29 dollars en 1990.  Le représentant a imputé cette situation aux sanctions unilatérales inéquitables imposées à son pays depuis le début des années 1990.  Il a ajouté que ce déclin de l’APD s’accompagne d’une augmentation de l’aide humanitaire.  Confronté à des difficultés et à des obstacles sérieux, le Soudan, a-t-il poursuivi, continue toutefois de mettre en œuvre des réformes micro et macroéconomiques, lesquelles ont fait baisser l’inflation de 130% dans les années 1990 à un taux à un chiffre depuis 2000.  Une attention accrue est portée au segment le plus vulnérable de la population, a affirmé le représentant, en attirant l’attention sur le Fonds pour le développement communautaire, qui élargit l’accès au microcrédit. 


Il a ensuite indiqué que les amendements apportés au code des investissements, conjugués au rétablissement de la paix, ont permis de créer un environnement favorable aux IED notamment dans les secteurs de l’agriculture et de l’énergie.  Toutefois, a-t-il déploré, ces efforts sont entravés par une dette considérable de plus de 27 milliards de dollars, dont 50% d’arriérés accumulés.  Sept ans après le satisfecit du FMI, le Soudan ne bénéficie toujours pas d’initiatives d’allègement de la dette, a dénoncé le représentant, en précisant que son pays continue malgré tout à mettre en œuvre des politiques économiques et financières saines.


CHEIKH TIDIANE GADIO, Ministre des affaires étrangères du Sénégal, citant les chiffres contenus dans le rapport du Secrétaire général, s’est réjoui de ce que l’investissement étranger direct soit passé de 18% à 48% de l’apport financier total entre 1970 et 2006.  Toutefois, a-t-il nuancé, on note une forte concentration de ces investissements au niveau de certaines régions, ainsi qu’une grande disparité entre pays d’une même région.  Le Ministre sénégalais s’est ensuite inquiété des limitations qui existent dans l’accès des produits du Sud aux marchés des pays développés et qui affectent les pays en développement.  Il a regretté la diminution de l’aide publique au développement en 2006.  En outre, il a fait observer que les allègements de la dette extérieure n’ont eu qu’un impact limité. 


Ces constats sont assez éloquents en ce qui concerne les limites existants dans les quatre principales sources de financement du développement, a-t-il souligné.  Ces limites justifient les faibles résultats que nous avons enregistrés depuis 2002.  M. Gadio a ainsi fait observer que les promesses de Monterrey ne seront tenues que si, en plus de la concrétisation des engagements d’alors, des instruments de mobilisation de ressources supplémentaires sont trouvés.  À cet égard, il a rappelé que le Groupe pilote sur les contributions de solidarité en faveur du développement, créé en 2006 et comprenant aujourd’hui 54 pays, s’est fixé comme objectif de contribuer à l’identification et à la diffusion de projets de financements innovants du développement.  Parmi les potentiels nouveaux mécanismes identifiés par le Groupe figurent notamment la Facilité internationale d’achat de médicaments, la Contribution sur les billets d’avion et le Fonds de solidarité numérique, a-t-il précisé.  Le Ministre a à cet égard rappelé que cette dernière initiative, proposée par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, a fait la proposition du « 1% de solidarité numérique », appelée « principe de Genève ».  Ce principe, a-t-il précisé, consiste à proposer à toute entreprise adjudicataire d’un marché public de verser 1% du montant de ce marché au Fonds de solidarité numérique en guise de contribution contre la fracture numérique.  M. Gadio a également souligné que le Président du Sénégal a proposé une formule, plus connue sous le nom de « Wade Formula », pour atténuer les terribles chocs que font subir aux fragiles économies les très fortes augmentations de prix du pétrole depuis 2003.  Aucune initiative ne doit, à ce stade crucial, être négligée si nous nous voulons de garder encore l’espoir d’une mise en œuvre réussie du Consensus de Monterrey, a-t-il conclu.


M. ZACHARY D. MUBURI-MUITA (Kenya) a déclaré que le Gouvernement de son pays avait pris un certain nombre d’engagements depuis la tenue de la Conférence de Monterrey.  Les institutions clefs de la gouvernance démocratiques ont été renforcées, de même que la législation, et des initiatives ont été lancées au niveau national en vue de relancer la croissance économique.  Il a donc appelé les pays développés à respecter les engagements qu’ils ont eux-mêmes pris dans le cadre du Consensus de Monterrey.  Il a demandé l’instauration d’un système commercial international équitable, catalyseur de la croissance économique des pays en développement.  Le représentant a également estimé que les institutions financières internationales, y compris celles de Bretton Woods, devraient être réformées, en particulier le Fonds monétaire international (FMI).


M. CAMILLO GONSALVES (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a appelé à l’abandon des approches monolithiques, inflexibles et procédurales s’agissant du financement du développement, lesquelles ont nui à la réalisation de nombreuses initiatives.  Il a rappelé que les agriculteurs de son pays qui se sont essayés à diversifier leur production grâce aux dons de la communauté internationale, se sont trouvés noyés dans une kyrielle de paperasseries et de conditionnalités imposées par l’extérieur et inadaptées au contexte local.  Les fermiers se sont véritablement perdus dans le monde de la bureaucratie, s’est-il indigné, avant d’insister sur le fait que les petits pays comme le sien ne dégageront des bénéfices que si la communauté des donateurs rationalise le fonctionnement de son appareil financier, en prenant davantage en considération les progrès réalisés par les pays en développement dans les domaines démocratique, de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption.  Il a poursuivi en regrettant que les pays à revenu intermédiaire et les petits États insulaires en développement n’aient pas profité de l’élan donné par le Consensus de Monterrey.  Au contraire, a-t-il estimé, ils ont été abandonnés aux mains de « deux maîtres », à savoir, d’une part, les créditeurs étrangers et des services de la dette faramineux, et d’autre part, les populations nationales pour qui les investissements sociaux et infrastructurels sont urgents et indispensables.


Ces pays, a-t-il poursuivi, sont exclus des programmes d’allègement de la dette de telle manière qu’ils en viennent à douter de la sincérité des engagements pris à Monterrey.  Les pays dont la dette compromet leur gouvernance et leur stabilité sont sommés de « faire le ménage chez eux » avant de pouvoir bénéficier d’un allègement de la dette, et les pays à revenu intermédiaire, qui, eux, sont stables et bien gouvernés, s’entendent dire que leur capacité pourtant marginale à éviter les catastrophes économiques les exclut de l’allègement de la dette.  Ils sont condamnés à porter sans fin le fardeau de la dette, alors qu’ils abritent 41% des pauvres dans le monde.  Le représentant a aussi dénoncé les barrières commerciales et la pratique des subventions qui sont en fait des investissements dans l’instabilité, les troubles et le sous-développement car il est clair aujourd’hui que pour lutter contre les conséquences mondiales de ces politiques, il faudra bien plus que 0,7% du PNB. 


M. RAYMOND HAROLD LANDVELD (Suriname) a indiqué que son pays a réalisé une croissance économique de 5% par durant les cinq dernières années grâce à de nouveaux investissements dans le secteur minier, la mise en œuvre de politiques macroéconomiques draconiennes et le renforcement de la coopération avec les donateurs bilatéraux et multilatéraux.  Il a aussi ajouté que le développement économique de son pays comme celui d’autres pays en développement est extrêmement vulnérable en raison de sa dépendance à certains secteurs et du fait qu’il est situé en dessous du niveau de la mer.  Or, a-t-il rappelé, les activités économiques comme la pêche et l’agriculture sont concentrées sur les côtes.  Il a proposé que cette question soit incluse dans l’agenda de la Conférence de Doha 2008 pour trouver des moyens novateurs pour financer l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation de ce phénomène.  Le représentant a reconnu la contribution du secteur privé et de la société civile au développement et à son financement et a, dans ce cadre, indiqué que son pays a organisé le premier forum mondial de la société civile sur les OMD.  Après avoir appelé aux progrès dans le Cycle de Doha, le représentant a conclu en déclarant qu’il est temps d’introduire un mécanisme de suivi de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey.  Il a aussi appelé à des efforts pour accroître l’efficacité de l’aide et explorer des voies inventives du financement du développement.  Enfin, nous devrions, a-t-il ajouté, renforcer les institutions financières internationales, en réformant leur gouvernance et en donnant aux pays en développement la voix et la place qui leur reviennent.


M. HASSAN SALEH (Liban) a déclaré qu’il est grand temps d’agir à plusieurs niveaux pour faire face au déclin de l’APD et au manque de progrès dans les négociations du Cycle de Doha.  Il est nécessaire au niveau national, a-t-il indiqué, de poursuivre les réformes adéquates en matière de lois et de régulations afin de créer un environnement propice aux activités économiques du secteur privé, tout en encourageant une synergie constructive avec le secteur public.  Convaincu de l’importance du développement d’un système national financier diversifié permettant le financement d’investissements productifs, il a rappelé qu’au Liban, les services financiers sont bien développés et qu’il existe des programmes spécialisés dans la fourniture de microcrédits et facilitant l’accès des PME aux mécanismes de financement.


Quant aux problèmes à résoudre au niveau international, le représentant s’est dit préoccupé par le fait que malgré les 400 milliards de dollars d’IED versés aux pays en développement en 2006, 70% des ces investissements ont été distribués dans le secteur des produits de base de quelque 12 pays en développement, en particulier dans le pétrole.  La coopération Sud-Sud représentant une source accrue d’IED, il a souligné que celle-ci ne doit pas être considérée comme un substitut à la coopération Nord-Sud mais plutôt comme un complément.  Il s’est également dit préoccupé par l’apparition de nouvelles formes de protectionnisme et par le manque de progrès dans le Cycle de Doha, lequel selon lui, affecte la croissance du commerce international et perd de sa capacité à devenir un moteur du développement.  Le déclin de l’APD demeure une source de préoccupation, a-t-il continué, tout en refusant que l’allègement de la dette, l’assistance technique et l’aide d’urgence soient inclus dans l’APD.  Insistant sur le besoin urgent d’augmenter le niveau de l’aide globale, il a exhorté les pays développés à honorer leurs engagements.  Le représentant s’est ensuite félicité des Initiatives pour les pays pauvres très endettés, il a appelé la communauté des donateurs à envisager l’allègement, l’annulation ou la restructuration de la dette des pays à revenu intermédiaire.


M. MARTIN BELINGA-EBOUTOU (Cameroun) a déclaré qu’il fallait redoubler de volonté politique pour mettre en œuvre les engagements pris en vertu du Consensus de Monterrey.  Il a estimé qu’il restait beaucoup à faire pour respecter le calendrier et les objectifs fixés d’ici à 2015.  L’absence de progrès dans les négociations de Doha demeure un problème majeur, a poursuivi le représentant, qui a expliqué que l’Afrique attendait de la communauté internationale une aide de niveau élevé.  Les pays membres du G-8 devraient en particulier accroître d’urgence leur aide à l’Afrique s’ils veulent, comme ils s’y sont engagés, la doubler d’ici 2010.  Les engagements que nous avons pris à Monterrey et qui portent sur le financement du développement concernent en fait le financement de la paix, a ensuite estimé la délégation.  Or, quel avenir de paix, de sécurité et de prospérité, dans un monde où 20% de la population possède 85% des biens de toutes sortes alors que l’immense majorité des individus manque des biens les plus essentiels?  Comment un monde qui compte plus d’un milliard d’analphabètes, le plus souvent exploités, vivant dans une extrême pauvreté et dans l’incapacité de participer à quoi que ce soit, comment un tel monde peut-il aspirer à la démocratie? s’est interrogé le représentant.  C’est en parfaite conscience de ce que le XXIe siècle sera celui du partage que le Président camerounais, Paul Biya, a, au Sommet du Millénaire, plaidé en faveur d’une éthique de la mondialisation qui placerait l’homme au centre de toutes nos politiques, a rappelé la délégation.  Cette « éthique de la solidarité partagée » doit nous permettre de mettre en œuvre les engagements pris aussi bien au Sommet mondial qu’à la Conférence de Monterrey, a conclu le représentant.


M. RIYAD MANSOUR, Observateur permanent de la Palestine, a déclaré qu’il était conscient du lien qui existait entre le Consensus de Monterrey et la réalisation des OMD.  Pour lui, l’instabilité est la principale cause du manque de performance au Moyen-Orient, a-t-il estimé.  Il a expliqué que l’aide de la communauté internationale avait permis à la Palestine de faire des pas importants vers des réformes économiques et sociales marquées par un souci d’ouverture.  Pourtant, la situation économique du peuple palestinien continue de s’assombrir, en raison des mesures arbitraires imposées par Israël, qui minent les efforts déployés par l’Autorité palestinienne.  Au mépris des résolutions des Nations Unies et du droit international, Israël a ainsi détruit les infrastructures de base palestiniennes, plaçant les populations des territoires occupés dans une situation désespérée, a affirmé M. Mansour.  Le fait qu’Israël ait retenu une partie des revenus palestiniens a creusé la crise et provoqué en 2007 une chute de 8% du PNB des territoires.  Bien que les pays donateurs aient promis de reprendre leur aide et Israël de restituer les produits des droits de douane, la situation ne s’est guère améliorée, s’est inquiété en conclusion le représentant.


M. FERNANDO VALENZUELA, Commission européenne, a déclaré que la réalisation des objectifs de développement est conditionnée à une augmentation et à un déploiement plus rapide de l’aide, associée à la mise en œuvre de réformes structurelles et institutionnelles dans les pays partenaires.  Il a affirmé que l’APD consentie par l’UE en 2006 a atteint le montant record de 48 milliards d’euros, et que cette tendance à la hausse se poursuit, même en y excluant les allègements de dette,- et représentera 70% de l’aide globale en 2010, et 0,56% du PNB européen.  L’objectif de 0,7% en 2015 fait partie des engagements pris par l’UE.  L’accroissement des ressources ne suffira pas si un examen approfondi de la manière dont on utilise les ressources n’est pas mené, a prévenu le représentant.  Nous ne pouvons accepter des situations telles qu’en Afrique où dans un pays, une vingtaine de donateurs achètent des médicaments en passant par 13 procédures d’achat différentes et où dans un autre pays, 600 projets de moins d’un million de dollars sont menés dans le seul secteur de la santé. 


L’UE, a-t-il rappelé, a adopté un code de conduite sur la division du travail dans les politiques de développement, dont le but est d’éviter une fragmentation excessive de l’aide aux niveaux international, national ou sectoriel.  Ce code de conduite évitera la prolifération des donateurs dans un même secteur ou dans un seul pays.  Il permettra aussi d’inverser la tendance à la négligence de certains secteurs.  La division du travail entre donateurs, a poursuivi M. Valenzuala, va permettre de mieux gérer l’aide, de réduire les coûts administratifs et de mieux cibler une aide moins volatile.


Le représentant s’est également prononcé pour la révision des modalités de l’aide.  En la matière, l’appui budgétaire est plus propice à l’appropriation nationale, à l’alignement sur les procédures nationales et à la réduction des coûts de transaction.  Il faut aussi, a indiqué le représentant, mettre en pratique le concept de prévisibilité de l’aide.  La Commission européenne a développé, pour ce faire, un « Contrat OMD » à l’intention des pays performants qui ont mis en œuvre avec succès l’appui budgétaire et prouvé leur engagement à réaliser les OMD.


M. Valuenza a reconnu que le commerce est un des moteurs de la croissance.  Il a donc plaidé pour un élargissement de l’accès aux marchés et la promotion de la concurrence.  La bonne nouvelle, a-t-il estimé, est que le Cycle de Doha a fait plus de progrès qu’on ne le croit.  Il est absolument essentiel que les membres de l’OMC fassent montre d’un esprit de compromis et constructif, et d’une volonté véritable pour parvenir à un accord équilibré.  L’UE, a-t-il affirmé, a fait preuve de souplesse sur la question de l’accès aux marchés des produits agricoles et elle demande aux grandes économies émergentes de faire leur part.  L’UE fera tout pour que soient prises en compte les questions d’aide pour le commerce, de l’accès sans droit ni quota ou encore des traitements préférentiels.  Le représentant a promis que l’UE tiendra sa promesse d’augmenter son assistance au commerce à 2 milliards d’euros par an d’ici à 2010.


M. FRANCOIS-XAVIER DE DONNEA, Union interparlementaire, a déclaré que l’APD ne suffit pas à elle seule pour parvenir à réaliser les OMD si elle ne s’accompagne pas de politiques destinées à favoriser la création d’entreprises, l’investissement et le commerce, avant de souligner que c’est un domaine dans lequel les parlements peuvent apporter une contribution directe, en particulier par le biais du processus budgétaire.  Il a reconnu que le problème le plus important dans la gestion des ressources d’APD, outre leurs frais d’administration trop élevés ou ses utilisations cachées comme l’annulation de la dette, a trait au manque de prise en charge par les pays eux-mêmes, qui se traduit par une inadéquation constante entre l’affectation de l’aide et les priorités nationales, et entraine par conséquent de mauvais résultats sur le terrain.


Les pays, a-t-il ajouté, auront plus de facilité à gérer leur APD si le contrôle qu’exerce le parlement est renforcé.  Il a argué que cette prise en charge serait un argument politique en faveur de futures augmentations de l’APD.  L’intervenant a en outre avancé deux conditions pour améliorer la prise en charge de l’APD au niveau parlementaire, à savoir la mise en place d’un examen approfondi plus régulier et un échange d’informations entre les pouvoirs exécutif et législatif, d’une part, et une meilleure connaissance du fonctionnement de l’APD par les parlementaires, d’autre part.  Il a à cet effet appelé tous les organismes donateurs à être particulièrement attentifs aux besoins des parlements des pays en développement et à prévoir plus de fonds pour renforcer leurs compétences.  Il s’est en outre réjoui de constater, notamment avec la création du Forum de la coopération au développement (DCF) de l’ECOSOC, que la nécessité d’associer les parlements au renforcement de l’efficacité de l’aide commence à être reconnue.


Sur le renforcement de la libéralisation du commerce par le biais du Cycle de Doha, il a fait remarquer que les parlementaires sont souvent les premiers à devoir répondre à tous ceux qui font les frais des ajustements douloureux liés à la libéralisation des échanges, avant de souligner que le blocage des négociations inquiète les parlementaires.  Il a indiqué que les parlementaires sont prêts à assumer leur part de responsabilité pour relancer les négociations.  Il a conclu en déclarant qu’un groupe de parlementaires qui suit de près les négociations de l’OMC a rencontré les ambassadeurs des pays du G-4 et les résidents des organes de négociation de l’OMC chargés de l’agriculture et des produits non agricoles.


M. SRGJAN KERIM, Président de la soixante-deuxième session de l’Assemblée générale, a déclaré que la diversité des idées et le nombre significatif de propositions faites lors de ce débat de haut niveau soulignaient les nombreux défis qui restent à relever dans le cadre des préparatifs de la Conférence de Doha, en 2008.  Expliquant qu’il rendrait un résumé détaillé des séances dans les prochains jours, il s’est contenté de faire quelques observations préliminaires sur des questions clefs.  Ainsi, de nombreuses délégations ont exprimé leur préoccupation devant les inégalités économiques grandissantes, non seulement entre pays, mais aussi au sein des pays eux-mêmes, dans un contexte où la mondialisation est actuellement fragilisée par la volatilité des marchés financiers. 


Au niveau national, il est devenu nécessaire, selon d’autres intervenants, de diversifier d’urgence l’assiette fiscale et de redistribuer plus équitablement les richesses.  Cela contribuerait à réduire les disparités et à augmenter les dépenses publiques en vue de revaloriser les infrastructures et les services de base, a souligné M. Kerim.  De même, la bonne gouvernance démocratique, des mécanismes de réglementation efficaces et transparents ou encore la pérennité de l’état de droit ont été mentionnés comme des éléments indispensables au financement du développement.


Pour un grand nombre de participants, les tendances actuelles de l’investissement étranger direct (IED) dans les pays en développement sont très encourageantes, a noté le Président.  Il reste toutefois un défi majeur à relever qui est celui de promouvoir l’IED dans les pays à faible revenu ou dans ceux dont la gouvernance est encore trop fragile.  Par ailleurs, l’importance critique de faire des progrès décisifs dans le cycle actuel des négociations commerciales multilatérales a été évoquée par de nombreuses délégations, pour qui elles sont déterminantes dans le développement et la réduction de la pauvreté.  La nécessité pour les pays développés de consacrer 0,7% de leur PNB à l’APD et de renforcer l’aide en direction de l’Afrique a aussi été identifiée comme une condition pour maintenir la crédibilité du Consensus de Monterrey et pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). 


Dans ce contexte, les orateurs ont réitéré le besoin de réfléchir à des sources innovantes de financement, a relevé M. Kerim.  En outre, le fardeau de la dette, malgré les efforts déployés pour l’alléger, continue de peser sur un certain nombre de pays en développement, en particulier les pays les moins avancés, se sont inquiété les participants, dont une majorité a plaidé pour l’élargissement de la participation de ces pays au commerce international et au processus de décision économique.  Enfin, les mesures d’adaptation aux changements climatiques doivent devenir indissociables des questions de financement du développement, a ajouté le Président.  En conclusion, il a vivement encouragé les États Membres à pleinement soutenir le travail des facilitateurs qu’il a nommés pour diriger les consultations en vue de proposer, d’ici à la fin de l’année, un texte de résolution qui définira les modalités de la Conférence de suivi de Doha, prévue l’an prochain.


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