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Assemblée générale
Soixante-deuxième session
10e & 11e séances plénières
Matin et après-midi
DÉBAT GÉNÉRAL DE LA SOIXANTE-DEUXIÈME SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE (SÉANCE EN COURS )
SUITE DU DÉBAT GÉNÉRAL DE LA SOIXANTE-DEUXIÈME SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
Déclarations
M. ÉMILE LAHOUD, Président de la République libanaise, a expliqué qu’il y a un an, à cette même tribune, il avait évoqué les « brutalités » perpétrées par Israël contre son pays ainsi que les 33 jours « atroces » de guerre. Il a ajouté qu’il avait émis l’espoir qu’une telle tragédie permette de relancer à terme le processus de paix au Moyen-Orient, basé sur l’Initiative arabe adoptée lors du Sommet de Beyrouth en 2002. Poursuivant, il a déploré que la violence perdure dans la région et que les efforts engagés pour réactiver le processus de paix soient restés sans effet. En prévision de la conférence de paix au Moyen-Orient qui se tiendra prochainement et d’un accord futur, le Président libanais a estimé que certaines réalités ne sauraient être ignorées. Il a ainsi plaidé pour une réponse durable, juste et globale à la crise pour que l’ensemble des résolutions pertinentes de l’ONU soient « pleinement » mises en œuvre et, enfin, pour le retour des Palestiniens sur leur terre conformément à la résolution 194 de l’Assemblée générale. M. Lahoud a rappelé avec fermeté que la réinstallation temporaire des Palestiniens dans des pays d’accueil, dont le Liban, était contraire à la légalité internationale telle que la représente l’ONU.
Passant ensuite à l’adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité contre l’agression israélienne du Liban, Émile Lahoud s’est demandé comment il était encore possible qu’un an après, les parties en soient toujours à la phase de cessation des hostilités. Nous n’en sommes toujours pas à l’étape du cessez-le-feu, a-t-il déploré, tandis qu’Israël continue de violer notre terre, notre mer et notre espace aérien. Appelant la communauté internationale à demeurer vigilante, le dirigeant libanais a affirmé que pour que la résolution 1701 soit pleinement appliquée, son pays devrait obtenir la restitution des fermes de Chebaa, les collines de Kfarshouba et certaines zones situées au nord du village de Ghajar, ainsi que la libération immédiate des prisonniers libanais détenus en Israël.
M. Lahoud a ensuite attiré l’attention sur l’établissement « controversé » du Tribunal spécial pour le Liban. Immédiatement après l’assassinat haineux de l’ancien Premier Ministre Rafik Hariri, a-t-il dit, nous avons commencé à chercher la vérité, et j’étais peut-être le premier à demander à Kofi Annan de créer une commission d’enquête internationale indépendante. M. Lahoud a souhaité que les auditions à venir soient menées de la manière la plus juste, la plus transparente et la plus impartiale possible afin de déterminer toute la vérité. S’agissant des futures élections présidentielles, le Président Lahoud a condamné les ingérences actuelles dans les affaires intérieures de son pays, une source supplémentaire de tensions qui, selon lui, pourraient avoir des conséquences sur la sécurité de la population libanaise.
Le Liban accueille favorablement toute aide extérieure, a indiqué le Président Lahoud, en rendant hommage à tous les pays qui se sont rangés aux côtés du Liban pendant la guerre de juillet dernier. Cependant, a-t-il ajouté, cette aide doit s’adresser sans discrimination à tous les Libanais en vue de prévenir toute division ou conflit entre eux. Le Président libanais a insisté pour que la contribution des États Membres appuie uniquement la restauration de la souveraineté du Liban et l’unité de son peuple, l’armée nationale libanaise –« héroïque dans sa lutte contre les organisations terroristes »–, soutenue par une « véritable assistance » pouvant assurer la sécurité des citoyens.
M. KESSAI H. NOTE, Président de la République des Îles Marshall, a indiqué que l’éducation, la santé et l’environnement étaient des priorités pour son pays mais que ces questions ne trouveraient pas de réponse si la communauté internationale ne faisait pas face au désastre écologique qui se prépare. Mon pays est préoccupé -ou plutôt terrifié- par la question de sa propre survie, a-t-il affirmé, demandant à l’Assemblée générale de prendre des mesures urgentes pour mettre un terme à la destruction engendrée par le réchauffement climatique. Il a rappelé que, depuis son élection il y a cinq ans, son gouvernement s’était attaché à faire comprendre au monde les menaces posées par la montée du niveau de la mer et le réchauffement climatique. Il a souligné que les dirigeants du monde avaient la responsabilité de préserver l’environnement et s’est félicité de l’initiative du Secrétaire général de tenir une Réunion de haut niveau sur ce sujet. Il a espéré que la Conférence de Bali, en décembre prochain, mènera aux accords nécessaires et a appelé les pays industrialisés à faire preuve d’esprit visionnaire. Il a aussi souhaité que la communauté internationale assiste les petits États insulaires en développement dans l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies d’adaptation.
S’agissant de paix et de sécurité, M. Note a salué l’adoption, en septembre dernier, de la Stratégie antiterroriste mondiale et a indiqué que son pays demeurait engagé dans ce combat au niveau national, mais également aux niveaux régional et international par le biais de la coopération. Dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération des armes nucléaires, il a estimé qu’il fallait raviver les efforts collectifs, rappelant que les essais nucléaires menés dans son pays, entre 1946 et 1958 alors que les îles étaient à l’ordre du jour du Conseil de tutelle des Nations Unies, continuaient à hanter la population. J’appelle, encore et encore, les Nations Unies, ses institutions et États Membres à nous aider dans la réhabilitation de notre environnement et la prise en charge des besoins médicaux de la population liés à l’exposition aux radiations, a-t-il insisté.
Le Président des Îles Marshall a par ailleurs noté que la survie de son pays dépendait aussi des ressources de l’océan. Il a regretté que la pêche illégale et non réglementée continue à menacer la plus grande source de revenus de son pays. Il a demandé l’assistance des États Membres pour obtenir l’expertise et les capacités nécessaires à la mise en place de mesures de gestion, de préservation des ressources marines et de développement du secteur de la pêche. Il a soutenu le moratoire sur la pêche au chalut de fond qui menace, selon lui, la biodiversité des océans. M. Note a fait valoir que les pays de la région du Pacifique coopéraient étroitement pour répondre aux vulnérabilités spécifiques de cette zone dans les domaines économique, social et environnemental. Il a souligné que la mise en œuvre réussie des engagements régionaux dépendait aussi du soutien des États Membres, des organisations régionales et internationales et des partenaires de développement notamment. Il s’est félicité dans ce contexte de la décision du PNUD, de l’UNICEF et du FNUAP d’établir huit nouveaux bureaux dans les îles du Pacifique.
Mme Gloria Macapagal-Arroyo, Présidente de la République des Philippines, a rappelé que les Nations Unies étaient un pilier du développement et jouaient un rôle de premier plan dans son pays. Celui-ci ne peut pas se permettre d’avoir peur de la mondialisation, a-t-elle poursuivi. Elle a souligné que l’économie philippine avait atteint une maturité et une stabilité nouvelles, avec une priorité accordée à un modèle de développement économique durable et respectueux de l’environnement. Les Philippines, a-t-elle ajouté, sont favorables au mécanisme de développement propre prévu par le Protocole de Kyoto, et notamment au développement du marché du carbone, ainsi qu’aux industries propres, aux biocarburants. L’industrie géothermique philippine, a-t-elle précisé, est ainsi l’une des deux plus importantes au monde.
Mme Macapagal-Arroyo a affirmé que son pays était résolu à participer au système de commerce mondial et à œuvrer pour renforcer l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), l’Association de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) ainsi que les relations régionales, dans le but de dynamiser l’économie des Philippines. Elle a insisté sur l’importance du volet développement du Cycle de Doha et sur la cohérence nécessaire entre les politiques des différentes institutions internationales de développement, comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), afin de renforcer les capacités et de les concentrer sur la compétitivité du commerce entre nations. L’ONU et ses partenaires, a-t-elle poursuivi, doivent renforcer la coopération sud-sud. L’impasse actuelle dans laquelle se trouvent les négociations de Doha peut être résolue par une formule appropriée combinant la suppression des subventions et l’amélioration de l’accès aux marchés.
Quand le système d’échanges multilatéraux est fragmenté, les règles qui régissent ces échanges deviennent plus complexes, a expliqué Mme Macapagal-Arroyo, et pour leur part, les Philippines sont favorables à un marché unique d’échanges des biens, des idées et des talents. Même si l’alliance des Philippines avec les États-Unis reste forte, les relations avec les pays voisins des Philippines, et notamment la Chine, sont décisives et représentent une véritable opportunité pour le pays, a-t-elle indiqué, en insistant sur le fait que ces relations ne concernent pas seulement le commerce mais aussi les personnes. À ce titre, la Présidente de la République des Philippines a indiqué que son pays accueillera l’année prochaine le Forum mondial sur les migrations et le développement.
Mme Macapagal-Arroyo a aussi rappelé le rôle essentiel joué par les Nations Unies dans le domaine des droits de l’homme et la contribution de son pays aux forces de maintien de la paix, militaires ou policières, à travers le monde. Au niveau national, elle a affirmé qu’elle s’était personnellement impliquée dans le processus de paix entre musulmans et chrétiens de l’île de Mindanao, avec l’aide de la communauté internationale. Les Philippines ne peuvent tolérer les violations des droits de l’homme, tant sur leur territoire que dans les autres pays, a-t-elle déclaré, et leurs efforts en ce sens les ont amenées à rechercher et obtenir un siège au Conseil des droits de l’homme. Mme Macapagal-Arroyo a conclu en lançant au Myanmar un appel en faveur de la libération immédiate de Daw Aung San Suu Kyi et de l’implication de toutes les parties dans un processus constitutionnel et démocratique.
M. TUILAEPA SAILELE MALIELEGAOI, Premier Ministre de l’État indépendant du Samoa, s’est félicité de la tenue de la Réunion de haut niveau sur les changements climatiques le 24 septembre dernier, qui a été l’occasion de démontrer qu’il existait des solutions et que les Nations Unies étaient l’institution idoine pour répondre aux défis de l’humanité. Il a regretté l’attitude de ceux qui exploitent les divisions traditionnelles entre pays développés et en développement, les différences politiques ou idéologiques pour masquer leur manque de volonté. Il a mentionné l’importance de l’Alliance du Pacifique pour la durabilité, une approche innovante du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) visant à faciliter aux pays insulaires du Pacifique l’accès à des ressources leur permettant d’atteindre leurs objectifs en matière d’adaptation aux changements climatiques.
Selon le Premier Ministre, l’histoire a montré qu’aucun pays, aussi puissant soit-il, n’avait été en mesure de régler ses problèmes seul. Il a défini les Nations Unies comme le meilleur cadre de coopération multilatérale permettant de trouver des solutions communes, souhaitant que la présence de l’Organisation dans le Pacifique, promise depuis longtemps, se concrétise dans l’intérêt du développement durable des nations insulaires. Il a rappelé que son pays venait d’organiser les Jeux du Pacifique, les plus importants depuis 43 ans, en soulignant notamment le soutien apporté par la Chine pour la réussite de cet événement.
Le Premier Ministre a signalé que le Conseil économique et social avait, en début d’année, décidé de retirer les Samoa de la catégorie des pays les moins avancés (PMA). Il a indiqué que cette évolution n’allait pas dispenser son pays de sa vulnérabilité habituelle liée à son caractère insulaire, à l’insuffisance de ses ressources naturelles et à la réalité des catastrophes naturelles. Il a exhorté ses partenaires traditionnels à poursuivre le soutien des efforts de développement de son pays à l’avenir. S’agissant de la participation des Samoa au maintien de la paix dans le monde, il a fait part de sa présence au Timor-Leste, au Libéria et au Soudan. Les Samoa font aussi partie de la Mission d’assistance régionale aux Îles Salomon sous l’égide du Forum du Pacifique.
M. DATO’SERI ABDULLAH AHMAD BADAWI, Premier Ministre de la Malaisie, a déclaré qu’en matière de changements climatiques, le pire était peut-être à venir. C’est pourquoi, il a insisté sur la nécessité de parvenir à un accord lors de la Conférence de Bali de décembre prochain, les initiatives nationales et régionales devant être intégrées à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. En ce qui concerne le régime post-Kyoto à compter de 2012, M. Badawi a plaidé la cause des pays en développement et des petits États insulaires en développement. Insistant sur la nécessité de faire prévaloir le principe des responsabilités partagées mais différenciées, il a ajouté que la participation active des pays en développement à la gestion des effets des changements climatiques devait s’effectuer en fonction de leurs moyens.
Le Premier Ministre de la Malaisie s’est ensuite penché sur ce qu’il a qualifié de « discorde » entre le monde islamique et l’Occident. Selon lui, la cause principale du conflit est la conception erronée des pays occidentaux quant aux réalités de l’islam, « une religion qui ne ferait qu’encourager l’extrémisme ». Appelant au rapprochement entre les peuples et les civilisations, M. Badawi a estimé qu’un dialogue international ouvert permettrait de mettre au jour l’universalisme et la tolérance intrinsèques à l’islam. Le Coran enseigne la paix, la fraternité et la coexistence, a-t-il affirmé, avant d’indiquer que l’origine des conflits était politique et non pas religieuse, comme l’a montré le rapport de novembre 2006 du Groupe de haut niveau sur l’Alliance des civilisations.
M. Badawi a déploré l’usage répété de la force dans des pays et régions comme l’Afghanistan, le Liban, les hauteurs du Golan ou encore l’Iraq. Sur ce dernier point, il a estimé que la situation actuelle dans ce pays était le résultat de l’occupation étrangère. Les Iraquiens devraient pouvoir décider seuls de leur avenir, a-t-il lancé, et ce, en se basant sur l’action d’un gouvernement d’unité nationale qui pourrait être établi par le biais de la réconciliation. Le dirigeant malaisien a affirmé que la communauté internationale avait la responsabilité d’accompagner l’Iraq sur la voie de la paix et de la stabilité, de sorte que l’unité de ce pays en tant que nation soit préservée et son intégrité territoriale maintenue.
S’agissant de la situation au Moyen-Orient, il a exhorté les dirigeants palestiniens et israéliens à faire preuve de courage pour qu’ils puissent répondre aux besoins et attentes de leur peuple. Bien sûr, a-t-il encore dit, une paix véritable ne pourra être réalisée que si les droits légitimes des peuples sont reconnus et protégés. La Palestine a été divisée par le passé, cela ne devra plus jamais se produire. Le règlement de la question palestinienne aurait pour effet d’ouvrir la voie à une plus grande entente entre les pays islamiques et l’Occident, a conclu M. Badawi.
M. RALPH GONSALVES, Premier Ministre, Ministre des finances, du plan, du développement économique, du travail, de l’information, des affaires judiciaires et des affaires de Saint-Vincent-et-les Grenadines, a déclaré que l’histoire récente avait démontré que le triomphalisme et l’unilatéralisme impérialistes n’étaient pas une solution pour régler les problèmes mondiaux actuels. Il a fait valoir que l’ONU ne devait jamais sacrifier ses principes et ne pas voir le monde à travers les yeux de tsars impérialistes ou de diplomates indifférents, pour qui la souffrance n’est qu’un événement télévisuel qu’on peut éliminer en changeant de chaîne. Il n’est pas idéaliste ou naïf de penser qu’en travaillant ensemble, les États engagés et véritablement concernés peuvent résoudre les problèmes qui assiègent notre planète imparfaite, a-t-il insisté. Il s’est félicité que la session actuelle de l’Assemblée générale soit dédiée à la question des changements climatiques, affirmant que les Nations Unies devaient agir maintenant et de manière décisive pour répondre à ce défi.
M. Gonsalves a souligné que, dès 1992, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques avait reconnu la vulnérabilité des petits États insulaires face au réchauffement du climat. Il a indiqué que la majorité des infrastructures de son pays se situaient, en raison de la géographie de l’État, à quelques centimètres seulement du niveau de la mer et près du littoral. Ces éléments de notre État pourraient être effacés par l’inexorable montée du niveau de la mer, a-t-il ajouté. Il a de plus noté que l’industrie de la banane des Caraïbes, déjà affectée par une mondialisation inéquitable, avait aussi été dévastée ces dernières années par la fréquence croissante d’ouragans. Il a affirmé qu’il était indispensable, pour répondre aux conséquences néfastes des changements climatiques, d’adopter un fonds d’adaptation pour les pays les plus touchés d’Afrique, d’Asie, des Caraïbes, d’Amérique latine et du Pacifique. Ce fonds, a-t-il poursuivi, doit inciter les pays développés à fournir des ressources financières additionnelles pour assister les pays en développement les plus vulnérables.
Tout en saluant la résolution du Conseil de sécurité autorisant le déploiement d’une force hybride ONU-Union africaine au Darfour, le Premier Ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines a estimé que celle-ci n’était pas suffisante, que son mandat était ambigu et que cette présence arrivait avec des années de retard. Revenant à la région des Caraïbes, M. Gonsalves a noté que celle-ci faisait face à la pire épidémie de maladies chroniques, non contagieuses. Il a noté que les maladies cardiaques, le cancer, le diabète et l’hypertension étaient responsables de plus de décès dans la région que le VIH/sida en 2004. Il a estimé que cette épidémie était en partie le fait de la mondialisation et d’une hégémonie culturelle basée sur la consommation de masse qu’elle répand. Il a de plus fait valoir que le coût associé au traitement de ces maladies était élevé et menaçait le budget national consacré à la santé. Enfin, dans le domaine du commerce international, il a plaidé pour un traitement spécial et différencié pour les pays en développement, afin notamment de progresser dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
Le Ministre a aussi affirmé que son gouvernement était fermement aux côtés du peuple du Myanmar dans sa lutte pour la démocratie. Il a d’autre part défendu le droit de Taiwan de participer aux activités des Nations Unies et autres entités internationales.
M. NAVINCHANDRA RAMGOOLAM, Premier Ministre de la République de Maurice, a souligné le caractère multiracial et multiculturel de son pays et s’est félicité de la tenue, en octobre prochain, du Dialogue de haut niveau sur la compréhension et la coopération interculturelles pour la paix. Il a également appuyé l’adoption récente par les Nations Unies d’une résolution visant à célébrer la Journée internationale de la non-violence en hommage à Mahatma Ghandi. Depuis son indépendance en 1968, la République de Maurice n’a cessé de placer la protection des droits de l’homme au cœur de sa politique nationale, a-t-il souligné, en créant notamment plusieurs organes de défense des droits de l’homme, des droits de l’enfant et de l’égalité des sexes. M. Rangoolam a fait part de son admiration pour le courage des moines bouddhistes et le courage d’Aung San Suu Kyi au Myanmar. Il est de notre devoir de faire savoir au peuple de ce pays que les nations libres du monde les soutiennent. Il est désormais temps de prendre des mesures plus sévères contre la junte militaire, a-t-il ajouté, en rappelant que son gouvernement avait pris la décision de ne plus acheter de riz au Myanmar dès 1997.
Concernant les changements climatiques, M. Rangoolam a affirmé que la montée du niveau des mers constituait un danger qui menaçait la plupart des petits États insulaires en développement (PEID) et que la République de Maurice était favorable à une « approche commune mais différenciée » des changements climatiques. Il a ainsi appelé à l’application effective des engagements, programmes et objectifs adoptés dans le cadre du Programme d’action de la Barbade et de la Stratégie de Maurice pour les PEID. Il s’est dit favorable à la mise en place d’un fonds spécial pour ces pays, afin de leur permettre de mettre en œuvre des mesures d’adaptation équivalentes à celles mises en œuvre dans le cadre du Fonds spécial pour les pays les moins avancés prévues par le Fonds pour l’environnement mondial. Il a par ailleurs insisté sur la nécessité d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) dès 2015. Maurice, pour sa part, est en bonne voie de réaliser tous les OMD dans les temps et y a consacré d’importantes ressources depuis 2005.
Réitérant sa croyance dans les vertus du multilatéralisme, M. Rangoolam a réaffirmé son soutien à la réforme des Nations Unies et notamment celle du Conseil de sécurité. La République de Maurice, a-t-il rappelé, est favorable à l’attribution de deux sièges permanents et cinq sièges non permanents à l’Afrique au Conseil de sécurité, et soutient l’attribution d’un autre siège permanent à l’Inde, pays dont la contribution à la paix et à l’aide bilatérale est significative. Il a par ailleurs réitéré l’appel de son pays au Royaume-Uni pour qu’un dialogue puisse s’engager dans le but de permettre à Maurice d’exercer sa souveraineté sur l’archipel des Chagos. Il s’est aussi félicité des progrès enregistrés par la Commission franco-mauricienne concernant la souveraineté sur Tromelin.
M. WINSTON BALDWIN SPENCER, Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères d’Antigua-et-Barbuda, a indiqué que son pays assumera la présidence du Groupe des 77 en 2008 et mettra tout en œuvre pour préserver l’intérêt collectif des pays en développement. Il a fait sienne une citation d’Albert Einstein qui estimait que le monde était dangereux non pas à cause de ceux qui font du mal, mais à cause de ceux qui observent et ne font rien. Il a fustigé le caractère déséquilibré du commerce international et de la gouvernance financière et internationale, qui maintient dans la pauvreté et l’insécurité des millions de personnes. Il a jugé essentiel l’avènement d’un système de commerce centré sur le développement, afin que petits et grands puissent profiter équitablement des bénéfices. Il a estimé que les nations développées paieront d’une façon ou d’une autre les conséquences de la paupérisation des sociétés les plus pauvres.
S’agissant de la question des changements climatiques, il a précisé que l’adaptation n’était pas un nouveau défi pour les petits États insulaires des Caraïbes. Ce qui est nouveau, a-t-il insisté, c’est l’urgence alors que les risques de catastrophes naturelles se multiplient, aggravant notre vulnérabilité. Le Ministre a insisté sur l’importance d’une action internationale visant à soutenir les efforts de réduction de ces risques, par le biais d’un ambitieux régime des changements climatiques, sous les auspices de la Convention-cadre des Nations Unies.
Le Premier Ministre s’est aussi inquiété de la prolifération des crimes dans les Caraïbes, liés notamment au trafic de stupéfiants à destination de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Il a exhorté le système des Nations Unies à reconnaître les liens entre mondialisation et crime en fournissant aux Caraïbes et aux États de la région une assistance pour les aider à lutter contre la criminalité. Il a dit le souci de son pays de jouer son rôle dans la lutte contre le terrorisme, en précisant qu’Antigua-et-Barbuda avait adopté une législation antiterroriste
en 2005. Il a déclaré que la lutte contre le terrorisme ne pouvait justifier une atteinte aux libertés individuelles et au respect des différences culturelles ou religieuses.
Il a rappelé que son pays comme les autres États membres de la Communauté des Caraïbes(CARICOM) avait célébré cette année le bicentenaire de l’abolition du commerce transatlantique des esclaves. Il a souhaité que l’on puisse avancer sur la question des réparations des dommages causés par 500 ans d’esclavage et de colonialisme, de façon à ce que ceux qui ont profité de ce crime soient appelés à répondre des conséquences qui subsistent aujourd’hui. Il a souhaité que cette question des réparations soit inscrite à l’ordre du jour des Nations Unies. Par ailleurs, il a dit les efforts de son pays pour promouvoir la parité entre les sexes alors qu’une première femme vient d’être élue membre du Parlement de son pays. Il a aussi mis l’accent sur la lutte contre les maladies chroniques non contagieuses en espérant que la communauté internationale aidera la CARICOM à soigner au moins 80% des ces malades chroniques d’ici 2012.
M. ŽELJKO ŠTURANOVIĆ, Premier Ministre de la République du Monténégro, a insisté sur le rôle prédominant des organisations multilatérales dans la préservation de la paix et de la sécurité ainsi que dans la promotion du développement. Il a affirmé que les relations de bon voisinage et la coopération régionale, composantes indissociables du processus de l’intégration européenne et euro-atlantique, constituent la pierre angulaire de la politique étrangère de son pays. Il s’est déclaré convaincu que l’avenir de son pays et des Balkans occidentaux se situe dans le cadre européen. Le Premier Ministre monténégrin a rappelé que son pays signera à la mi-octobre l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne. De même, il a reconnu l’importance des négociations en cours sur le statut du Kosovo.
Il a insisté sur l’importance du rôle des Nations Unies face au défi des questions climatiques, avec la Convention-cadre de l’Organisation que la République du Monténégro a ratifiée. Cette problématique des changements climatiques ne peut être résolue sans une approche commune, a précisé le Premier Ministre, rappelant ainsi les enjeux de la Conférence de Bali qui doit avoir lieu en décembre prochain et qui vise à l’adoption d’une solution durable en ce qui concerne les objectifs de l’après-Kyoto.
En tant que pays en plein développement, la République du Monténégro attend avec une impatience toute particulière les conclusions des négociations menées dans le cadre du Cycle de Doha, a rappelé le Premier Ministre, tout en réitérant les engagements pris par son pays en ce qui concerne les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Enfin, M. Šturanović a plaidé pour une ONU « plus cohérente, plus forte et plus efficace ». Cette vision s’inscrit dans le cadre de la réforme en cours du Conseil économique et social (ECOSOC) mais aussi dans celle du Conseil de sécurité qui doit prendre davantage en considération le groupe des pays de l’Europe orientale, a insisté le Premier Ministre monténégrin.
M. JOSAIA BAINIMARAMA, contre amiral, Premier Ministre et Commandant des forces militaires de la République des Fidji, a tout d’abord souligné l’importance de la contribution de son pays aux opérations de maintien de la paix. Il a rappelé que les Fidji avaient notamment offert de contribuer à la force hybride des Nations Unies et de l’Union africaine au Soudan. Tout en apportant son appui aux changements apportés au Département des opérations de maintien de la paix, il a exhorté le Secrétaire général à résister à la politisation des activités dans ce secteur.
M. Bainimarama est ensuite revenu sur la situation interne qui prévaut dans son pays, en sollicitant l’indulgence des États Membres et du Secrétaire général vis-à-vis du fait qu’il était aujourd’hui le dirigeant militaire responsable de la prise du pouvoir par la force aux Fidji. Il a rappelé que son pays, dont l’indépendance remonte à 1970, avait traversé une crise catastrophique de gouvernance. Les divisions qui ont marqué la démocratie aux Fidji ont transformé le pays en nation fracturée, a-t-il expliqué, et le peuple fidjien, partagé entre Fidjiens autochtones et Indo-Fidjiens, ne partagent plus d’identité commune. M. Bainimarama a rappelé la nature raciste et ethnonationaliste des coups d’États qui ont jalonné l’histoire du pays jusqu’à celui de l’année 2000, qui a suscité une réaction des forces armées de la République, dont il était le Commandant en chef. Le Gouvernement intérimaire désigné à la suite de ces événements, a encore expliqué M. Bainimarama, a souffert d’un contexte démocratique affaibli par plusieurs décisions désastreuses, parmi lesquelles la libération des auteurs du coup d’État et des élections générales peu crédibles en 2006.
La corruption, l’illégalité et la perte de confiance dans les institutions de gouvernement ont donc amené l’armée fidjienne à intervenir pour défendre le bien-être des Fidjiens, a poursuivi M. Bainimarama, en soulignant que les Fidji baignaient depuis des années dans une « culture de coups d’État » tant militaires que civils, exécutés dans l’intérêt d’un petit nombre et inspirés par le nationalisme, le racisme et la cupidité. Cette culture doit une fois pour toutes être éradiquée, a-t-il affirmé, en signalant qu’à l’exception de lui-même, le Gouvernement intérimaire actuel à Fidji était entièrement constitué de civils et que son objectif était la recherche d’un dialogue constructif avec le peuple fidjien et la communauté internationale. La restauration de la stabilité et de l’ordre, le renforcement des institutions, les réformes de l’économie et la tenue d’élections libres et équitables sont les quatre défis que s’est fixé le Gouvernement intérimaire, a insisté M. Bainimarama, notamment dans le cadre d’une initiative intitulée la « charte populaire pour le changement et le progrès ». Les pays qui demandent aux Fidji un retour immédiat à la démocratie comprennent-ils vraiment combien notre système est dysfonctionnel et inéquitable, s’est-il interrogé, en expliquant que le projet de charte populaire avait été bien reçu par les Fidjiens, et qu’une fois adoptée, cette charte constituerait un cadre à l’intérieur duquel les gouvernements successifs devraient agir. Le Gouvernement intérimaire est disposé à envisager un référendum en vue de l’adoption de cette charte, a-t-il précisé.
Eu égard aux mesures punitives prises contre Fidji par certains de ses proches voisins, M. Bainimarama a déploré l’hypocrisie des sanctions individuelles imposées aux membres de son gouvernement. La République de Fiji souffre d’un exode massif de ses ressortissants les plus qualifiés et cet exode a sévèrement érodé les capacités et les institutions, a-t-il conclu, en lançant un appel à l’aide aux Nations Unies pour que celles-ci l’aident à reconstruire son pays.
M. STEPHENSON KING, Premier Ministre, Ministre des finances, des affaires extérieures, des affaires intérieures et de la sécurité nationale de Sainte-Lucie, a regretté que, malgré les engagements pris en 2000 et 2005, beaucoup de travail restait à faire pour parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et qu’une évaluation honnête des réalisations et des échecs s’imposait. Il a indiqué que son pays avait fait des progrès considérables en faveur des OMD et avait déjà atteint, par exemple, l’objectif d’un accès universel à l’éducation primaire. Il a signalé que les indicateurs de santé, notamment l’espérance de vie et la réduction de la mortalité infantile, avaient connu une amélioration grâce à la mise en place d’un programme universel de santé gratuit. S’agissant du VIH/sida, il a fait part des efforts de son pays pour lutter contre cette pandémie mais a admis qu’elle demeurait un défi important pour Sainte-Lucie. Outre son action nationale, il a affirmé que son pays s’attaquait à ce problème à travers le partenariat pancaribéen contre le VIH/sida.
Sainte-Lucie accorde une grande importance au suivi du Consensus de Monterrey sur le financement du développement, a-t-il poursuivi, tout en estimant que ce financement était indispensable pour parvenir aux OMD. Tout en se félicitant des engagements pris ces dernières années en ce qui concerne l’Aide publique au développement (APD), il a déploré que l’assistance en faveur des pays en développement ait décliné en 2006 et que cette aide continue de faire l’objet de conditions imposées par les donateurs qui ne respectent pas les priorités nationales fixées par les pays en développement.
S’agissant des changements climatiques, le Premier Ministre a souligné que, pour les petits États insulaires, cette question était directement liée à leur développement et menaçait leurs sécurités sociale, économique et politique. Il a estimé qu’il était important que cette question soit discutée dans le cadre d’un forum approprié afin de ne pas perdre de vue les objectifs liés au développement. Les problèmes de la montée du niveau de la mer et des changements climatiques lui sont apparus comme des thèmes prioritaires qui doivent être traités de manière urgente. M. King a aussi rappelé que la communauté internationale n’avait pas encore rempli ses engagements relatifs à la Stratégie de Maurice pour les petits États insulaires en développement. Il a espéré que la Conférence de Bali sera l’occasion d’entamer des négociations pour traiter des effets des changements climatiques sur ces États.
M. MAHMOUD ABBAS, Président du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine et Président de l’Autorité palestinienne, a déclaré d’emblée sa confiance totale dans l’ONU, étant donné le rôle historique joué par l’Organisation vis-à-vis de la question palestinienne. Durant de longues décennies, a-t-il dit, les institutions onusiennes, à commencer par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), se sont attachées à tout faire, aux plans politique, économique et humanitaire, pour préserver l’avenir de générations entières de réfugiés palestiniens. Mahmoud Abbas a ainsi estimé que la relance du processus de paix sous l’égide des Nations Unies demeurait indiscutable.
Le leader palestinien a ensuite affirmé que les confrontations et guerres dans la région du Moyen-Orient faisaient peser la principale menace à la paix mondiale. Il nous faut régler sans tarder et de manière radicale cette situation, en mettant fin aux politiques stériles qui visent à retarder des solutions, aux demi-mesures, aux stratégies qui permettent seulement de contenir à moyen terme les dangers du conflit. Toutes ces actions, a lancé Mahmoud Abbas, n’ont fait que compliquer la donne et créer un climat propice à la guerre civile.
En dépit de ce sombre tableau, a-t-il ajouté, l’espoir est toujours vivant et nos peuples sont capables de dépasser la situation dramatique vers laquelle les forces d’occupation de la région veulent les pousser. M. Abbas a invoqué la nécessité absolue de parvenir à la démocratie, seul moyen de faire naître un avenir nouveau au Moyen-Orient, « un avenir de liberté et d’égalité ». Il a en outre insisté sur le besoin de « défendre l’islam », religion amalgamée au fanatisme religieux alors qu’il s’agit, en réalité, d’une religion d’amour et de fraternité. M. Abbas a estimé que les forces vives de la région avaient ainsi une responsabilité particulière pour renverser cette image négative, pour faire connaître le message de tolérance de l’islam qui s’oppose au terrorisme. L’islam est une religion de lumière, qui défend les valeurs communes à l’humanité, a affirmé le Président de l’Autorité palestinienne. Appelant à œuvrer sans relâche au renforcement de la compréhension entre les religions et les cultures, il a jugé que ce rapprochement était le seul moyen de faire échec au terrorisme, dont la stratégie est de créer un conflit entre les civilisations.
N’est-t-il pas temps de saisir l’occasion que nous offre la prochaine Conférence de paix pour négocier, avec le soutien du monde entier, la fin de l’occupation israélienne commencée en 1967, et réaliser la vision de deux États vivant côte à côte avec Jérusalem non seulement la capitale d’un État palestinien mais aussi celle des religions coexistant dans la paix et l’harmonie, a demandé M. Abbas. Celui-ci a appelé de ses vœux la fin des souffrances endurées depuis des décennies par les réfugiés palestiniens et que soit mis un terme à l’« expansion coloniale » et à l’édification du mur « raciste » de séparation israélien.
Mahmoud Abbas a ensuite déclaré que les solutions à la question palestinienne étaient déjà contenues dans les résolutions de l’ONU, dans l’Initiative de paix arabe et celle du Président Bush comme dans les différents plans prévus par la Feuille de route.
Évoquant sa dernière rencontre avec le Premier Ministre israélien Ehud Olmert, Mahmoud Abbas a fait savoir que les deux hommes s’entendaient désormais sur le besoin vital de mettre fin à « la spirale des occasions manquées ». Appréhendons ensemble cette prochaine Conférence de paix sur cette base claire et réaliste, a-t-il dit, ajoutant que le peuple palestinien serait consulté par référendum sur l’accord qui en résultera.
À suivre…
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