26 janvier 2007
Assemblée générale
AG/10569

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Assemblée générale

Soixante et unième session

85e séance plénière – matin                                


L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE RÉITÈRE SA CONDAMNATION DE TOUT DÉNI DE L’HOLOCAUSTE DANS UN TEXTE QUI COMPTE 103 COAUTEURS SUR 192 ÉTATS MEMBRES


À la veille de la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, l’Assemblée générale a adopté ce matin une résolution qui « condamne sans réserve tout déni de l’Holocauste et engage vivement tous les États Membres à rejeter sans réserve le déni de l’Holocauste en tant qu’événement historique, qu’il soit total ou partiel, ou toute activité menée en ce sens »*. 


La résolution, qui a été présentée par le représentant des États-Unis au nom de 103 États Membres sur les 192 que compte l’Assemblée générale, a été adoptée par consensus avec les réserves de la République islamique d’Iran.  Le représentant de ce pays a expliqué sa position tout comme ses homologues de l’Égypte, de l’Indonésie, du Venezuela, d’Israël, de l’Allemagne, au nom de l’Union européenne, de la Fédération de Russie, des États-Unis et du Costa Rica.


La Présidente de l’Assemblée générale, Sheikha Haya Rashed Al Khalifa, a jugé que le texte est un rappel fort de l’opposition de l’Assemblée générale à toute forme de crime contre l’humanité.  Pour la dignité de toute l’humanité, nous devons renforcer notre résolution à prévenir de telles atrocités, quels que soient le lieu ou le moment.  Il faut, a-t-elle encore souligné, tirer une leçon des paroles d’Edmund Burke qui a dit: « Tout ce qu’il faut pour que le mal triomphe, c’est que les hommes de bonne volonté ne fassent rien ».


Le 27 janvier a été proclamé Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste par une résolution du 1er novembre 2005**, qui fait observer que la mémoire de l’Holocauste est essentielle pour prévenir de futurs actes de génocide.  « Ignorer l’historicité de ces terribles évènements accroît le risque qu’ils se reproduisent », ajoute la résolution.  


Dans ses critiques, le représentant de l’Iran a estimé que le texte adopté aujourd’hui aurait dû faire également mention des génocides de Nagasaki, d’Hiroshima, des Balkans et du Rwanda.  Les génocides ont émaillé l’histoire de l’humanité, a-t-il dit, en rejetant toute démarche visant à restreindre l’examen historique de ces tragédies.  La conférence sur la réalité de l’Holocauste que son pays a organisée les 11 et 12 décembre 2006 a été vivement critiquée par les représentants des États-Unis, d’Israël et de l’Allemagne, au nom de l’Union européenne, ainsi que les propos tenus régulièrement par le Président iranien sur le droit d’exister de l’État juif.


Malheureusement, les leçons de l’histoire restent ignorées dans certaines parties du monde, a regretté le représentant d’Israël.  Le Président iranien, a-t-il rappelé, est en train de nous dire qu’il n’y a pas eu d’Holocauste et que si jamais il y en a eu, il faut achever le travail.  L’Iran agit de la façon la plus hypocrite qui soit, a estimé le représentant israélien, en soulignant la responsabilité de la communauté internationale de faire en sorte que les leçons de l’Holocauste ne soient jamais oubliées.  La Shoah avertit tous les peuples des profonds dangers de la haine, du totalitarisme et du racisme.


L’Assemblée générale a, par ailleurs, été saisie d’une lettre du Secrétaire général*** l’informant que 16 États Membres sont actuellement en retard dans le paiement de leurs contributions au sens de l’Article 19 de la Charte des Nations Unies.


*     A/61/L.53

**    A/RES/60/7

***   A/61/709



CULTURE DE PAIX


Explications de position


M. HOSSEIN GHARIBI (République islamique d’Iran) a condamné dans des termes clairs le génocide de tout groupe et a réaffirmé qu’il ne saurait y avoir de justification au génocide.  Il a toutefois dénoncé les tentatives de certaines délégations de traiter d’un point qui n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour de la présente session de l’Assemblée générale, compte tenu de son manque de pertinence.  Il a estimé que l’intention réelle de ces délégations n’est ni sincère ni authentique.  Les coauteurs, a-t-il cru comprendre, ont présenté ce projet de résolution dans le seul but de défendre leurs intérêts politiques par tous les moyens, notamment en utilisant à mauvais escient cette Assemblée.  Si l’intention est réellement de condamner le génocide, le projet aurait dû reconnaître que l’Assemblée l’a déjà fait à maintes reprises.  En outre, a poursuivi le représentant, il n’y a pas de justifications aux tentatives d’Israël d’exploiter les génocides passés pour justifier de nouveaux génocides.  Ces fléaux ont marqué l’histoire de l’humanité et il ne faut imposer aucune démarche restrictive dans leur examen, a encore dit le représentant.  Ce n’est qu’en étudiant avec rigueur ce qui s’est passé dans le passé que l’on pourra éviter la résurgence des crimes. 


Cela exige aussi, a-t-il ajouté, la sincérité.  Les efforts peuvent en effet être sapés si l’on émet des jugements politiques et si l’on ferme la porte à toute recherche sur les racines du phénomène.  Le génocide ne saurait être manipulé à des fins politiques.  Or, il faut constater, a déclaré le représentant, que le régime israélien n’a eu de cesse d’exploiter les souffrances du peuple juif pour poursuivre ses tueries contre la population palestinienne.  La communauté internationale doit réagir à ces crimes et interdire toute manipulation de sentiments, car la sincérité aurait voulu que le texte mentionne aussi les génocides d’Hiroshima, de Nagasaki, des Balkans et du Rwanda.  Dans ces conditions, a annoncé le représentant, l’Iran ne peut que se dissocier de ce texte. 


M. MAGED A. ABDELAZIZ (Égypte) s’est joint au consensus pour souligner la conviction de son pays que l’Holocauste est une des périodes les plus sombres de l’histoire de l’humanité.  L’adoption de la résolution est un nouveau rappel que la seule manière d’éviter ce crime est de renforcer une culture de paix, de coexistence ou de prévention de la souffrance des autres.  L’ONU a une responsabilité particulière à cet égard et elle doit renforcer le dialogue entre les civilisations et les religions, en se fondant sur le caractère égal des souffrances et l’état de droit.  Les souvenirs douloureux de l’Holocauste doivent rappeler l’importance de lutter contre le racisme, l’intolérance et la xénophobie sous toutes leurs formes.  Toute politique d’intolérance coûtera cher à l’humanité, a prévenu le représentant.


L’Holocauste est un des crimes les plus horribles perpétrés contre l’humanité et rappelle le danger inhérent à tout préjugé et à toute discrimination, a renchéri Mme ADIYATWIDI ADIWOSO ASMADY (Indonésie).  Elle a souligné que l’Holocauste n’est pas la seule tragédie humaine, en pointant le doigt sur les autres tragédies qui ont été planifiées dans le cadre de conflits.  La représentante a rendu hommage à toutes les victimes de tels actes et exprimé la
détermination de son pays à contribuer aux efforts de la communauté internationale pour les prévenir.  Elle a rappelé l’importance de la moralité dans l’exercice de la liberté d’expression.  Elle a cité en exemple la controverse des caricatures du prophète Mahomet, en appelant au respect mutuel.  Le dialogue, ouvert et franc, est la meilleure manière de promouvoir ce respect ainsi que la tolérance et la compréhension. 


M. MARCO PALAVIANA (Venezuela) a rappelé que les bombardements de Hiroshima et Nagasaki ont également constitué des actes génocidaires dont il ne fallait pas oublier les victimes.  Il a évoqué ensuite la situation dans les territoires palestiniens, estimant qu’au nom de la légitime défense, les victimes de l’Holocauste se sont muées en exécuteurs d’un nouvel Holocauste contre les Palestiniens.  Citant le massacre de civils palestiniens à Beit Hanoun et Gaza le 16 novembre dernier, il a estimé que ces faits s’inscrivent dans « un Holocauste par étapes ».  Pour lui, les horreurs du passé doivent constituer le meilleur argument pour exiger un plus grand respect du droit international, du droit international humanitaire et des droits de l’homme.  Évoquant la situation en Iraq, il a estimé qu’une invasion menée au nom de la démocratie pouvait aussi s’apparenter à un Holocauste.  Nous devons tous assurer le respect du droit international en défense du droit à la vie, a-t-il conclu.


M. DAN GILLERMAN (Israël) a déclaré que l’adoption du projet de résolution marquait un jalon historique pour l’Assemblée générale.  Selon lui, cette résolution traduit le fait que les leçons de l’Holocauste sont universelles.  Malheureusement, a-t-il noté, ces leçons sont ignorées dans certaines parties du monde.  Un membre de l’Assemblée générale continue de nier cette réalité, a-t-il regretté, alors que la communauté internationale réaffirme le caractère historique de l’Holocauste.  Le Président iranien est en train de nous dire qu’il n’y a pas eu d’Holocauste et que si jamais il y en a eu un, nous devons achever le travail, a ajouté le représentant d’Israël.  Selon lui, la délégation iranienne agit de la façon la plus hypocrite possible et la communauté internationale a une responsabilité considérable pour que les leçons de l’Holocauste ne soient jamais oubliées.  La Shoah, a-t-il dit, constitue un avertissement pour tous les peuples des profonds dangers de la haine, du totalitarisme et du racisme.


Le fait d’appuyer cette résolution revient à affirmer que l’Holocauste ne peut être remis en question.  Approuver ce texte constitue, selon le représentant israélien, une affirmation que l’Holocauste ne peut faire l’objet d’une remise en cause ni de débat.  Les leçons de la Shoah constituent un fardeau universel tel qu’elles ne peuvent être portées seulement par le peuple juif.  C’est précisément la raison pour laquelle, a-t-il rappelé, les nations du monde entier ont appuyé la résolution sur la mémoire des victimes de l’Holocauste l’an dernier et pour laquelle elles appuient cette année celle sur sa négation.


Lundi prochain, nous commémorerons pour la deuxième fois la Journée internationale en mémoire des victimes de l’Holocauste, a rappelé le représentant, en arguant que ce sera l’occasion de réaffirmer l’attachement aux droits de l’homme.  La résolution d’aujourd’hui rappelle à ceux qui nient l’Holocauste qu’ils ne peuvent échapper à la vérité, a-t-il dit.  Citant Winston Churchill en 1936, il a déclaré que « l’ère de la procrastination, des demi-mesures, des expédients apaisants qui égarent, des retards, approchait de son terme.  À la place, nous entrons dans le temps des conséquences ».  Je m’adresse aux survivants pour leur dire: cette résolution est pour vous.  Elle s’adresse à tous ceux qui cherchent à vous priver de votre mémoire, a-t-il ajouté.  Le monde entier prie avec vous en ce jour du sabbat, vous n’êtes pas seuls, a conclu le représentant israélien en lançant « Shabbat Shalom ».


M. THOMAS MATUSSEK (Allemagne), qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a d’abord évoqué la responsabilité centrale de l’Allemagne dans l’Holocauste.  Il a noté que l’Union européenne et les Nations Unies étaient le fruit de « la catastrophe de la guerre et du génocide ».  Les peuples, selon lui, ont alors été mobilisés par la ferme résolution que cela ne se reproduise jamais plus.  La commémoration des victimes de l’Holocauste doit être une partie constitutive de notre héritage commun, a-t-il poursuivi, et la mesure de l’engagement de chaque État en faveur d’un monde bannissant le génocide.  Nous devons comprendre la responsabilité que nous imposent les victimes de l’Holocauste.  Particulièrement aujourd’hui, alors que des survivants de moins en moins nombreux peuvent transmettre leur expérience personnelle du génocide, il est vital de trouver de nouveaux moyens de garder vivante la mémoire de ces crimes terribles pour les générations futures, a-t-il ajouté.


En commémorant l’Holocauste, a poursuivi le représentant, nous réaffirmons notre responsabilité de combattre l’antisémitisme, le racisme et toute forme d’intolérance politique, ethnique ou religieuse, a noté le représentant.  L’antisémitisme, a-t-il ajouté, a été le contexte historique central de l’Holocauste.  Le racisme, l’intolérance et la haine peuvent générer à nouveau des atrocités et des crimes génocidaires.  Il est du devoir de chaque membre de la communauté mondiale d’empêcher cela, a-t-il ajouté.  Mais la condition préalable prioritaire pour répondre à ce devoir est la disposition à faire face à la vérité, a souligné le représentant.  Cela consiste aussi à ne pas s’éloigner de la vérité ni à déformer les faits historiques.  De telles distorsions constituent un échec honteux de la responsabilité que nous partageons tous pour libérer le monde de telles atrocités, a conclu le représentant.


De son côté, M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a nié à tous le droit d’oublier la tragédie de l’Holocauste.  Personne ne doit rester passif face à l’intolérance et à la xénophobie, a-t-il dit, avant de rappeler que les Nazis ne comptaient pas s’arrêter aux juifs mais élargir leur action à d’autres peuples dont les Slaves.  Le génocide perpétré par le régime d’Hitler concerne donc toute l’humanité.  Le représentant a aussi condamné les tentatives de réviser l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale.  Oublier les héros de cette période de l’histoire n’est-il pas une tentative d’ériger en héros les complices du nazisme, s’est-il interrogé.  Ceux qui prônent la révision de l’histoire doivent réaliser que ce n’est pas par hasard que l’Assemblée générale a proclamé la Journée internationale, le 27 janvier qui est le jour même où l’Armée rouge a libéré Auschwitz, l’un des plus grands camps de la mort.  La Fédération de Russie rejettera toujours ceux qui veulent minimiser l’héroïsme de ceux qui ont combattu le régime nazi.  C’est la raison pour laquelle la Fédération de Russie s’est portée coauteur de la résolution, a expliqué le représentant.


M. ALEJANDRO D. WOLFF (États-Unis) a estimé que l’Assemblée générale doit être fière d’avoir adopté la résolution par consensus, en jugeant honteux qu’une délégation ait décidé de la rejeter.  Demain, a-t-il rappelé, sera célébrée la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz.  Il a jugé qu’il faut saisir cette occasion pour réaffirmer l’engagement envers les droits de l’homme.  La résolution, a-t-il ajouté, n’est pas un exercice rhétorique mais un moyen efficace de lutter contre tout déni de l’Holocauste.  Malgré la vérité indéniable de la tragédie, nous assistons, a-t-il regretté, à des efforts de prétendus savants, voire de dirigeants, pour nier l’Holocauste.  La vraie intention de cette résolution n’est pas d’interdire la réflexion intellectuelle mais bien de prévenir la résurgence de telles tragédies.  


Le représentant a dit déceler un lien entre le déni de l’Holocauste et le refus de voir Israël exister et celui de tenir compte de ses préoccupations légitimes en matière de sécurité.  Pour étayer ses propos, il a cité la teneur de la conférence organisée par l’Iran et les propos tenus, à plusieurs reprises, par son Président.  Certains dissimilent leurs intentions en invoquant à la liberté d’expression, a-t-il accusé, en arguant qu’il s’agit en fait de nier des faits historiques pour défendre un agenda caché et inciter à la haine.  Il a dénoncé les comparaisons fallacieuses faites par le représentant de l’Iran.  Ce qui a été fait aux juifs par les nazis est unique dans l’histoire de l’humanité et la résolution renforce ce message.  Tous les États Membres doivent prendre des mesures pour qu’il soit entendu.  Nous sommes unis pour dire au monde que nous ne permettrons pas que le génocide se reproduise, a conclu le représentant.


M. SAUL WEISLEDER (Costa Rica) s’est joint au consensus pour rendre hommage à ceux qui portent encore les tatouages des camps de la mort.  Il a espéré que la résolution contribuera à la lutte de l’humanité contre toute résurgence de cette tragédie. 


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