17/03/2006
Secrétaire général
SG/SM/10377
RD/994
OBV/545

Department of Public Information • News and Media Division • New York

L’INTOLÉRANCE EST APPRISE, ELLE PEUT ÊTRE DÉSAPPRISE, DIT KOFI ANNAN INVITANT LES CITOYENS ORDINAIRES À DÉNONCER L’INTOLÉRANCE «  ORDINAIRE  »


On trouvera ci-après le message du Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, le 21 mars:


Le 21 mars 1960, la police du régime d’apartheid sud-africain a ouvert le feu sur une pacifique manifestation organisée à Sharpeville pour protester contre des lois discriminatoires sur le plan racial.  Des dizaines de manifestants ont été tués et le nombre des blessés était bien plus élevé.  Nous commémorons aujourd’hui l’anniversaire du massacre de Sharpeville, non seulement pour honorer la mémoire des personnes qui ont péri, mais aussi pour attirer l’attention sur les souffrances plus vastes que la discrimination raciale cause dans le monde entier. 


Le thème central retenu pour la commémoration de cet anniversaire, à savoir « Combattre la discrimination quotidienne », nous met au défi de prendre des mesures efficaces pour lutter contre les pratiques discriminatoires qui sont répandues dans nos sociétés.  Nous savons tous que les pires atrocités perpétrées par l’être humain ont été motivées en grande partie par des considérations raciales, mais les ravages collectifs causés par le racisme ordinaire sont fréquemment oubliés.  En vérité, les crimes les plus horribles commis par l’humanité ont souvent ancré leurs racines dans un sectarisme banal.  


Qu’il s’agisse des insultes proférées dans les écoles, des injustices commises lors des recrutements et des licenciements sur le lieu de travail, de l’attitude sélective adoptée par les médias ou la police dans le traitement de la criminalité ou des inégalités observées dans la prestation des services publics, les mauvais traitements infligés à des groupes raciaux ou ethniques sont non seulement courants dans nos sociétés, ils sont souvent acceptés passivement.  Il est indéniable que cette forme de racisme quotidien reste omniprésente.  Mais il est scandaleux qu’elle ne se heurte à aucune opposition. 


Nous ne devons pas tolérer une discrimination larvée qui s’installe dans la vie quotidienne.  Nous ne pouvons pas non plus nous résigner à la considérer comme un attribut regrettable de la nature humaine.  La haine n’est pas inscrite dans notre patrimoine génétique.  L’intolérance est apprise, elle peut donc être désapprise.  Les garanties juridiques jouent un rôle fondamental dans ce combat, mais c’est l’éducation qui doit être mise au premier plan.  L’éducation peut favoriser une prise de conscience et cultiver un esprit de tolérance.  Elle devrait commencer à la maison –qui est, au demeurant, le lieu d’origine de nombreuses attitudes racistes–, se poursuivre à l’école et être intégrée dans notre discours public.  Dans cette lutte contre l’intolérance, les citoyens doivent être simultanément des professeurs et des élèves. 


Par l’intermédiaire de ses programmes de sensibilisation, de l’élaboration d’une législation internationale et des fonctions de surveillance qu’elle exerce à l’égard des droits, l’Organisation des Nations Unies a un rôle important à jouer.  Mais nous devons tous nous engager dans cette bataille.  À l’occasion de cette Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, il est opportun de réaffirmer que la clef de la victoire réside en fin de compte dans la mobilisation des citoyens ordinaires qui dénoncent l’intolérance « ordinaire ».  Ce sont eux qui doivent refuser de tolérer les actes discriminatoires dans leur vie quotidienne.  Ce sont eux qui doivent faire comprendre que la discrimination ne peut aucunement être « banalisée ».  Et ce sont eux qui ont le plus à gagner dans une société qui s’édifie sur la base de la reconnaissance des droits de tous ses membres et des obligations de respect à leur égard.


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