27/02/2006
Assemblée générale
FEM/1539

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CINQUANTIÈME SESSION DE LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME: DÉLÉGATIONS ET EXPERTS TIRENT UN BILAN MITIGÉ DES ACTIONS POUR L’ÉGALITÉ


La Commission de la condition de la femme a ouvert sa cinquantième session aujourd’hui qui sera placée jusqu’au 10 mars sous le thème de la participation des femmes au développement et leur participation à tous les niveaux de prise de décisions.  La Commission, a été établie en juin 1946 afin de formuler des recommandations au Conseil économique et social afin de promouvoir les droits des femmes dans les domaines politiques, économiques, civils, social et culturel.


Revenant sur les circonstances ayant mené à la création de la Commission, sa Présidente, Mme Carmen Marla Gallardo Hernandez d’El Salvador a relevé que les efforts conjoints de la communauté internationale avaient permis d’élever le niveau de vie de la femme dans certaines régions du monde.  Toutefois, l’ensemble de nos engagements n’a pas été réalisé, a-t-elle relevé.  Cette cinquantième session est une nouvelle étape qui doit nous permettre de renforcer le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes.  La Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Louise Fréchette, a également fait le même constat en relevant que dix ans après Beijing, beaucoup restait à faire en matière de représentation des femmes au niveau des postes décisionnels nationaux ou internationaux, y compris au sein des Nations Unies.


Rachel Mayanja, la Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, a plus particulièrement attiré l’attention de la Commission sur les situations de violence sexuelle faites aux femmes, notamment auDarfour et en Afghanistan par exemple, où elles sont complètement exclues des pourparlers de paix alors qu’elles subissent de plein fouet les conséquences de la guerre.  Elle a demandé instamment aux délégations de renforcer leur législation pour lutter contre le phénomène de la violence à l’égard des femmes.


Pour la Directrice exécutive du Fonds de développement pour les femmes (UNIFEM), Mme Noeleen Heyser, la lacune la plus importante est l’absence de mécanismes institutionnels permettant d’avancer résolument vers l’égalité entre les sexes malgré le consensus sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Nous sommes en train de payer le prix de ce vide institutionnel avec la féminisation grandissante de la pauvreté des femmes et l’ampleur que prend le trafic des êtres humains.


Les délégations ayant pris la parole dans le cadre du débat général ont convenu que malgré les engagements pris, les femmes connaissent une pauvreté sans précédent.  Elles continuent d’être victimes d’exclusion, de violence en tous genres, notamment dans le monde en développement.  Certaines délégations ont estimé que la création d’un environnement propice à la réalisation des OMD passait par un accès accru à l’éducation et aux nouvelles technologies ou par l’accès aux soins de santé reproductive et aux mesures de prévention de l’infection au VIH.


Dans l’après-midi, Ministres, experts et représentants de la société civile se sont rencontrés dans le cadre de deux tables rondes parallèles consacrées à l’intégration d’une perspective sexospécifique dans les stratégies nationales de développement.  Les conférenciers ont fait part de leur expérience mais également des obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des programmes d’action et des stratégies de développement nationales qui intègrent une démarche sexospécifique.


Le Bureau, qui a été élu au cours de la session précédente, est composé des vice-présidents suivants: Mme Szilvia Szabo (Hongrie); Mme Adekunbi Abibat Sonaike (Nigéria), M. Thomas Woodroffe (Royaume-Uni) et M. Dicky Komar (Indonésie) qui assumera également les fonctions de Rapporteur.


La Commission avait adopté ce matin son programme de travail et son ordre du jour[1].  Elle avait également approuvé les nominations de Mme Nadjeh Baaziz (Algérie), M. Westmorland Palon (Malaisie), et de Mme Hedda Samson (Pays-Bas) comme membres du Groupe de travail sur les communications qui est également composé de M. Abdelouahab Osmane (Algérie), Mme Lara Romano (Croatie) et M. Jorge Cumberbach Miguén de Cuba.  Le Groupe de travail examine les communications confidentielles et non confidentielles relatives à la condition de la femme, y compris les réponses des gouvernements, et prépare un rapport qu’il soumet à la Commission. 


Les Ministres des pays suivants se sont exprimés au cours de la séance: Autriche (au nom de l’Union européenne), Suède, Italie, Nigéria, Antigua-et-Barbuda, Indonésie, Namibie, République-Unie de Tanzanie et El Salvador.  La Présidente de la Commission de la condition de la femme, la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, le Président du Conseil économique et social, la Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, la Directrice de la Division de la promotion de la femme, la Directrice exécutive du Fonds de développement pour les femmes (UNIFEM), la Présidente du Comité pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) ont également pris la parole, ainsi que l’Afrique du Sud (au nom du Groupe des 77 et de la Chine) et la Chine.


SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES ET L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »


Déclarations


Mme CARMEN MARIA GALLARDO HENRNADEZ (El Salvador), Présidente de la Commission de la condition de la femme, a relevé qu’en soixante ans, la Commission avait joué un rôle de catalyseur des efforts de la communauté internationale.  Depuis 1995, elle a suivi systématiquement la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing et plus particulièrement les mesures pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, les mesures pour atténuer l’impact que les catastrophes naturelles ont sur elles, celles pour leur permettre de sortir de la pauvreté ainsi que le rôle des hommes pour garantir l’égalité entre les sexes et l’incidence du VIH/sida sur les femmes.  Au cours de cette session, un groupe d’experts analysera la féminisation des migrations internationales tandis que le débat général donnera l’occasion de se pencher sur les femmes dans les processus de prises de décisions et le rôle des femmes dans le développement.  La Présidente a fait part des efforts de coopération déployés par les diverses commissions de l’ECOSOC comme par exemple ceux entre la Commission de la condition de la femme et la Commission de la population en mettant l’accent sur l’importance de la participation et de la contribution des organisations non gouvernementales dans la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing.


Les mutations et la revitalisation en cours des Nations Unies exigent la participation de tous les États Membres et des peuples.  Il nous faut réaffirmer l’esprit qui, en 1945, a présidé à l’adoption d’une résolution historique proclamant l’importance de veiller au principe de l’égalité entre les sexes.  Les efforts conjoints de la communauté internationale ont permis d’élever le niveau de vie de la femme dans certaines régions du monde.  Toutefois, nous n’avons toujours pas réalisé l’ensemble de nos engagements.  Cette cinquantième session de la Commission est une nouvelle étape qui doit nous permettre de renforcer le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes.


Mme LOUISE FRÉCHETTE, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, saluant les réalisations de la Commission au cours des soixante dernières années afin de faire progresser le rôle de la femme à tous les niveaux, a rappelé qu’elle avait ouvert la voie à l’adoption de la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et contribué tant aux travaux préparatoires qu’au suivi des quatre conférences mondiales sur les femmes.  Vous avez joué un rôle critique pour sensibiliser à tous les faits et tendances qui affectent les femmes, depuis le VIH/sida jusqu’aux migrations internationales, a-t-elle dit, s’adressant aux membres de la Commission.  Tout en notant des progrès, l’intervenante a fait remarquer que dix ans après Beijing, beaucoup restait à faire en matière de représentation des femmes au niveau des postes décisionnels nationaux ou internationaux, y compris au sein des Nations Unies.  Elle a invité les participants à cette session à contribuer à la revitalisation des travaux de la Commission. 


M. ALI HACHANI (Tunisie), intervenant en sa qualité de Président du Conseil économique et social, a salué le processus de réformes engagé au sein de la Commission, le liant étroitement au processus historique de réforme en cours au sein de l’ECOSOC afin de renforcer le suivi des grandes conférences sur le développement social et sur le développement durable.  Il a exhorté la Commission à fournir des propositions pragmatiques à l’ECOSOC dans le cadre de son processus de réformes, soulignant à ce titre l’importance pour la Commission de jouer un rôle catalyseur dans l’intégration du rôle de la femme au développement, ce, en synergie avec les autres commissions techniques de l’ECOSOC. 


Pour M. Hachani, la collaboration horizontale entre les diverses commissions techniques de l’ECOSOC devrait contribuer à l’amélioration des réponses apportées par l’ECOSOC, le Président jugeant en outre que les recommandations de la Commission sur la question de l’instauration d’un environnement propice à l’égalité des sexes et à la promotion de la femme, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et du travail contribueraient à la qualité des débats importants portés à l’agenda de l’ECOSOC pour cette année. 


Mme RACHEL MAYANJA, Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, a rappelé que la Commission a été créée en 1946 au moment où le monde connaissait des changements drastiques.  Ce monde nouveau a demandé lors de la première session en 1947 non seulement d’élever la condition féminine mais de permettre aux femmes de jouer un rôle sur un pied d’égalité à l’édification d’un monde meilleur.  La Commission a travaillé dur pour placer les questions relatives aux femmes au cœur du mandat de l’Organisation.  Nous devons également être francs dans la mesure où aucun pays n’a pleinement mis en œuvre le Programme d’action de Beijing et reconnaître que l’égalité de facto entre les femmes et les hommes n’existe pas.  Nous devons nous demander comment mettre en œuvre les engagements globaux en profitant de l’élan de réforme qui existe aux Nations Unies aujourd’hui.


La réforme des Nations Unies est l’occasion d’intensifier la mise en œuvre des engagements en faveur des femmes en gardant à l’esprit le langage et l’esprit de Beijing.  La sécurité et le développement sont interdépendants et aucun d’entre eux n’est viable sans la primauté du droit et le respect des droits de l’homme.  Le Sommet de septembre a renforcé les engagements pris lors de celui du Millénaire et lors de la Conférence mondiale de Beijing en reconnaissant la sexospécificité comme un outil permettant de parvenir à l’égalité entre les sexes.  La Conseillère a passé en revue les grands résultats du Sommet de septembre au cours duquel les délégations se sont engagées à réaliser les Objectifs du Millénaire et en particulier l’égalité entre les sexes.  La Sommet a souligné le rôle des femmes dans l’édification de la paix, un rôle resté marginal jusqu’ici.  Dans le Darfour par exemple, elles restent complètement exclues des pourparlers de paix alors qu’elles subissent de plein fouet les conséquences de la guerre; violence sexuelles, insécurité, malnutrition, absence d’accès aux soins de santé…  Il en est de même en Afghanistan a insisté la Sous-Secrétaire générale qui a tenu à porter ces questions à l’attention de la Commission.


La réforme du Conseil de sécurité et la création d’une Commission de la consolidation de la paix constituent un point d’entrée pour renforcer la participation des femmes aux situations post-conflit, a estimé Mme Mayanja.  Celle-ci  a demandé aux délégations de déployer davantage d’efforts pour mettre en œuvre la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité.  La violence contre les femmes comme violation persistante des droits de la femme a reçu une attention particulière au cours du Sommet de septembre et une étude sera soumise lors de la soixante et unième session, a-t-elle poursuivi.  Dans ce contexte, je vous demande de renforcer votre législation pour lutter contre ce phénomène.  Le Sommet a demandé également une participation accrue des femmes aux processus de prise de décisions, a relevé la Conseillère qui s’est félicitée de l’élection récente de trois femmes présidentes.  Mais dans le monde, elles ne représentent que 14% des ministres et dans la plupart des pays elles sont sous représentées en politique.


Mme CAROLYN HANNAN, Directrice de la Division de la promotion de la femme, présentant les rapports relatifs au suivi de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes et de la session extraordinaire de l’Assemblée générale intitulée « Les femmes en l’an 2000: égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle », a rappelé que ces documents examinaient l’état d’avancement de la participation des femmes au développement ainsi que sur leur participation, sur un pied d’égalité, à tous les niveaux de la prise de décisions.  Une des questions cruciales que la Commission aura à examiner -outre son programme de travail pluriannuel- sera l’impact des migrations internationales sur la condition des femmes, a indiqué Mme Hannan, rappelant que des consultations d’experts ont eu lieu en préparation à la présente session, notamment en Turquie et à Addis-Abeba.  Elle a insisté ensuite sur les recommandations soumises quant à la désignation d’un rapporteur spécial chargé d’examiner les lois discriminatoires à l’égard des femmes en vue d’harmoniser les régimes juridiques et de les mettre en conformité avec les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et autres documents directifs et mécanismes existants.


Mme NOELEEN HEYSER, Directrice exécutive du Fonds de développement pour les femmes (UNIFEM), a regretté que les progrès aient été disparates et qu’il y ait eu des retours en arrière.  Malgré le consensus sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), il n’existe pas d’accord sur des mécanismes institutionnels permettant d’avancer résolument vers l’égalité entre les sexes.  Nous sommes en train de payer le prix de ce vide institutionnel.  La pauvreté des femmes continue de se transmettre de génération en génération, le trafic des femmes est grave, l’infection des femmes et des jeunes filles par le VIH/sida s’aggrave.  Toutefois les femmes sont de plus en plus présentes à des postes de décision comme nous l’avons vu lors des élections récentes de trois femmes présidentes.  Nous sommes également encouragées par les avancées réalisées par notre propre Organisation qui a amélioré ses performances en faveur de l’égalité entre les sexes.  


L’émancipation des femmes est en bonne place des documents d’orientation politique des Nations Unies, même si cela n’est malheureusement pas suivi d’actions concrètes.  Il existe toujours un déficit sur le terrain.  Pour atteindre les OMD, nous devons augmenter le volume de l’aide au développement ainsi que l’efficacité de celle-ci.  Nous devons aussi transformer les rapports de force aux niveaux individuel, collectif et institutionnel.  Il faut également des ressources suffisantes et la participation des communautés locales à la mise en œuvre des engagements pris.  Les femmes doivent disposer de « centres de pouvoir » où elles se fassent entendre.  Il nous faut changer les règles du jeu.


Mme ROSARIO MANALO, Présidente du Comité pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), a indiqué que 180 pays avaient adhéré à la Convention et que 76 États avaient accédé au Protocole facultatif, soit une progression de cinq membres en comparaison au mois de mars dernier.  Au cours de la trente-quatrième session, le Comité a examiné les progrès réalisés dans huit États membres qui avaient soumis des rapports à cette fin, a-t-elle dit, exhortant les États à rendre publics leurs rapports et conclusions.  Elle a défendu toutefois une plus grande diffusion des informations relatives à la Convention, proposant ensuite la tenue de trois sessions annuelles de trois semaines chacune pour les années 2006 et 2007.  Lors de sa trente-cinquième session, en mai, le Comité poursuivra l’examen de ses méthodes de travail, a-t-elle dit, jugeant indispensable une plus grande synergie avec le Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme.


Mme MARIA RAUCH-KALLAT, Ministre de l’Autriche pour la santé et les femmes, au nom de l’Union européenne et des pays associés, est revenue sur les progrès enregistrés par la Commission de la condition de la femme qui tire son pouvoir de la collaboration entre les gouvernements, experts et représentants de la société civile et autres organes représentatifs du système des Nations Unies.  La mise en œuvre totale des résultats de Beijing doit être notre objectif ultime dans le cadre de l’élaboration du prochain programme de travail pluriannuel de la Commission, a–t-elle insisté.  Nous maintiendrons, dans ce cadre, un dialogue actif avec les ONG. 


La Ministre a regretté le poids des attitudes discriminatoires et préjugés qui malheureusement ne peuvent pas changer aussi vite que les lois, d’où la nécessité d’engager les garçons et les hommes dans ce processus.  L’Union, a-t-elle précisé, a mis en place de nombreux mécanismes pour réaliser l’égalité entre les sexes qui combinent sexospécificités et mesures spéciales comme la création en 2004 d’une base de données ventilées par sexe sur la prise de décisions aux niveaux européen et national.  La présidence européenne vient de lancer un ensemble d’indicateurs sur la santé des femmes tandis que le Conseil de l’Europe a approuvé en septembre la création d’un observatoire sur l’égalité entre les sexes qui sera fonctionnel en 2007.  La Ministre a insisté sur la nécessité d’éliminer la violence envers les femmes et les filles ainsi que les pratiques coutumières comme les mariages précoces, les crimes d’honneur et les mutilations génitales. 


M. SABELO SIVUYILE MAQUNGO (Afrique du Sud), intervenant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a salué le travail accompli par le Bureau de la Conseillère spéciale chargée de la promotion de la femme, estimant que les deux thèmes retenus pour cette session, à savoir participation des hommes et des femmes sur un pied d’égalité au développement et à la prise de décisions, à tous les niveaux, venaient à propos dans le cadre du soixantième anniversaire de la Commission.  Dénonçant ensuite une féminisation sans précédent de la pauvreté, le représentant a déploré que les femmes continuent d’être victimes d’exclusion, de violence en tous genres, pour 70% d’entre elles dans le monde en développement, ajoutant que la création d’un environnement propice à la réalisation des OMD passe par un accès accru à l’éducation et aux nouvelles technologies. 


Prônant une approche multisectorielle mettant l’accent sur l’éducation, la santé et l’emploi, le représentant de l’Afrique du Sud a indiqué que le Groupe des 77 et la Chine entendait faire en sorte que les obstacles croissants à la participation des femmes au développement soient corrigés.  Il a interpellé les participants quant à la nécessité d’améliorer les conditions de travail des femmes migrantes et des femmes vivant en milieu rural, encourageant par ailleurs la mise en place de conditions idoines pour permettre l’intégration économique des femmes en agissant, entre autres, sur la facilitation des transferts de fonds.  De plus, le représentant a insisté sur les priorités visant à faire en sorte que les femmes ne soient plus les premières victimes des conflits dans les pays en développement. 


M. JENS ORBACK, Ministre de la Suède pour l’égalité entre les sexes, a estimé que l’intégration des sexospécificités était indispensable pour renverser le rapport de subordination entre l’homme et la femme.  Le Ministre s’est élevé  contre la prostitution et sa légalisation qui, a–il dit, jette la honte sur nos sociétés.  Personne ne devrait être autorisé à acheter le corps d’un autre.  Depuis la mise en œuvre en Suède de la loi interdisant l’achat de services sexuels, a-t-il précisé, le nombre de clients et donc de femmes et de jeunes filles recrutées à des fins d’exploitation sexuelle est en diminution.  Le Ministre a plaidé pour que les femmes exercent un contrôle total sur leur corps et dans ce cadre, a affirmé que l’accès à la santé reproductive est crucial. 

L’accès à des avortements légaux et sûrs et des mesures de prévention face au VIH/sida sont essentiels.  Les décès liés aux avortements sont plus nombreux quand ces avortements sont réalisés dans l’illégalité.  Soyons clair, une société qui nie aux femmes d’exercer son droit sur son propre corps lui nie ses droits fondamentaux mais également met sa vie en péril.


Mme STEFANIA PRESTIGIACOMO, Ministre chargé de l’égalité des chances de l’Italie, a souligné l’importance du thème relatif à la participation des femmes au processus de prise de décisions, l’un des thèmes clés mis en avant par l’Italie lors de sa présidence de l’Union européenne en 2003.  Saluant les élections de trois femmes à la présidence de leur pays, notamment au Libéria, elle a invité la Commission à se mettre d’accord sur des critères d’égalité des chances dans les processus électoraux, dans le cadre d’un programme prévoyant des formations en direction des femmes afin de renforcer leurs capacités.  Le Parlement italien a rendu plus sévère les lois prévues dans le cas de pratiques traditionnelles nuisibles, a-elle dit, mais nous avons surtout mis l’accent sur la sensibilisation. 


Poursuivant ensuite sur l’appui aux initiatives locales, dans les pays africains, dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida, la Ministre a assuré que son pays continuerait à promouvoir des programmes en appui à la plateforme de Beijing par le biais des agences, fonds et programmes de l’ONU, en particulier dans les domaines de la santé génésique, de la participation des femmes aux processus de résolution des conflits, ou encore des trafics en tous genres et de l’exploitation et de la violence sexuelles.


Mme MARYAM INNA CIROMA, Ministre des questions féminines du Nigéria, est revenue sur la politique nationale adoptée en 2000 qui est revisitée à l’heure actuelle pour s’assurer que les mécanismes existants favorisent l’égalité entre les sexes.  Une réforme juridique est également en cours et toutes les lois discriminatoires seront revues.  Nous avons lancé un agenda commun pour améliorer la place des femmes en politique.  Nous disposons aussi de programmes de microcrédit et un travail est en cours sur la mortalité des femmes parturientes.  La question de l’infibulation est presque complètement résolue grâce à une approche intégrée que nous avons mis en place il y quelques années.  Le Gouvernement fait de plus en plus appel aux femmes dans le cadre des processus de paix et de règlement des conflits.


Mme JACQUI QUINN-LEANDRO, Ministre du travail, de l’administration publique et de l’autonomisation d’Antigua-et-Barbuda, réaffirmant l’engagement de son pays à la pleine mise en œuvre de la Déclaration et de la plateforme de Beijing, a estimé que le programme de travail des cinq prochaines années devaient renforcer ces deux documents, en particulier s’agissant de la participation des femmes dans le processus de développement, de prise de décisions et dans le monde du travail.  Les bas salaires, la pauvreté et l’absence de règles adéquates pour promouvoir leur rôle sont à l’origine de la sous-représentation des femmes dans la vie publique et politique. 


Indiquant ensuite que des efforts ont été faits à Antigua-et-Barbuda afin de renforcer le rôle des femmes, la Ministre a souligné que la présidence du parlement était occupé par une femme, de même que la police nationale est dirigée par une femme, ce, tandis que deux femmes siègent au Gouvernement et que deux ont été récemment nommées ambassadeur.  Un groupe d’experts a été désigné l’année dernière afin de définir les critères d’adaptation des Objectifs du Millénaire pour le développement au profit de l’amélioration de la condition de la femme, a-t-elle encore expliqué. 


Mme MEUTIA HATTA SWASONO, Ministre pour l’émancipation des femmes de l’Indonésie, a relevé les lacunes qui persistent entre les engagements pris et leur mise en œuvre sur le terrain aux niveaux national, régional et internationale.  Elle est ensuite passée à l’expérience de son pays en décrivant divers projets de lois comme celui sur la protection des témoins.  Pour lutter contre la violence envers les femmes, elle a précisé que son Ministère avait signé un accord avec d’autres ministères concernés pour apporter une réponse concertée aux victimes.  Un programme d’action sur la traite des femmes et des enfants a été adopté.  En politique, la représentation de femmes est faible, soit 11% au Parlement et 19% dans les instances locales et régionales.  Il nous faut aussi aborder d’autres questions émergentes comme celles de femmes migrantes sans papiers, la pornographie et le vieillissement des femmes.


Mme MARLENE MUNGUNDA, Ministre de la promotion de la femme et du bien-être de l’enfant de la Namibie, a souhaité que la présente session permette de donner un nouvel élan à la participation des femmes au développement ainsi qu’à la prise de décisions, sur un pied d’égalité.  En dépit de certaines avancées ces dernières décennies, les femmes continuent d’être victimes de mauvais traitements, d’exclusion et de pratiques discriminatoires fondées sur le sexe, a fait valoir la Ministre, rappelant que le Sommet mondial de 2005 avait réaffirmé l’importance du rôle des femmes dans la réalisation des OMD et dans la lutte contre les maladies.  Il importe de créer un environnement propice à la réalisation de l’égalité des chances entre les sexes, a-t-elle dit, plaidant pour un accès égal à la santé, à l’éducation, à l’emploi et à l’initiative économique.  De plus, a-t-elle dit, pour renforcer ces chances, il est indispensable d’accroître le rôle des femmes dans le processus de prise de décisions à tous les niveaux sans considération de croyance, de religion, a-t-elle insisté. 


Mme SOPHIA MATTAYO SIMBA, Ministre du développement communautaire, de la femme et de l’enfance de la République-Unie de Tanzanie, a plaidé pour des efforts concertés afin de promouvoir une plus grande représentation des femmes aux niveaux de responsabilité les plus élevés au plan national et international, entre autres à la tête des Nations Unies.  Rappelant qu’une femme venait d’être élue Vice-Présidente du Parlement en Tanzanie, elle a également cité les différents départements ministériels dirigés par des femmes, reconnaissant toutefois l’importance de ne pas s’en tenir aux postes occupés mais d’approfondir les mesures visant à lutter contre les inégalités.  Promouvoir l’équité et éliminer la pauvreté sont les deux éléments clés pouvant permettre de parvenir à une meilleure égalité entre les sexes, a fait valoir la Ministre, insistant sur l’accent mis par le Gouvernement tanzanien afin de réaliser la parité dans le domaine de l’éducation. 


Mme EVELYN JACIR DE LOVO, Ministre de la promotion de la femme d’El Salvador, soulignant de nouveau l’importance accordée à la réalisation des Objectifs de développement lors du Sommet mondial de 2005, en particulier pour ce qui est de l’avancement de la femme, a mis en avant le plan d’action du Gouvernement salvadorien, 2004-2009, pour réaliser l’intégration des Objectifs du Millénaire pour le développement en relation avec la mise en œuvre de changements institutionnels pour renforcer le rôle des femmes dans le développement.  L’incorporation de la perspective de sexospécificité dans le développement est essentielle et suppose la mobilisation de ressources adéquates, a insisté la Ministre, donnant l’exemple des programmes mis en œuvre dans son pays en appui au développement des capacités des femmes en milieu rural.


Mme ZHAO SHAOHUA (Chine) a insisté sur les défis graves à relever dans la mise en œuvre de la plateforme de Beijing, soulignant entre autres les conflits armés, l’inégalité d’accès à l’éducation, la pandémie du VIH/sida.  En 2005, la Chine a amendé la loi sur la protection des droits des femmes afin d’incorporer les changements, a-t-elle dit, soulignant ensuite les modifications faites dans le droit relatif au travail, à la propriété, entre autres, afin de les mettre en conformité avec la plateforme de Beijing.  Rappelant ensuite que son pays a accueilli, du 29 août au 1er septembre, un événement commémorant les dix ans de la Déclaration de Beijing, elle a déploré que le développement économique, notamment en Chine, ne soit pas synonyme de progrès équitable pour les hommes et les femmes. 


Tables rondes


Au cours d’une première table ronde, le représentant de l’Islande a mis l’accent sur l’importance d’un leadership fort pour faire progresser la situation économique et sociale d’un pays et engager des réformes sur le rôle des femmes.  Les agences de développement multilatérales doivent revoir leurs politiques en matière d’intégration de la perspective du genre dans leur mode de travail, ont admis plusieurs intervenants, tandis que la Ministre chargée du genre de la Finlande évoquait une pratique de son Gouvernement qui évalue l’impact, par le biais d’enquêtes, de l’intégration de la problématique hommes/femmes dans les programmes soutenus par le Ministère des affaires étrangères de son pays.  Cette initiative a été saluée par la représentante du Japon qui a également insisté sur la nécessité d’évaluer les programmes de coopération bilatérale et multilatérale mis en œuvre afin de constamment les adapter aux impératifs définis dans le cadre de Beijing, du Sommet du Millénaire et du Sommet mondial de 2005.


Insistant à son tour sur le rôle des organisations multilatérales dans la promotion de l’agenda de Beijing, Maria Rauch-Kallat, la Ministre autrichienne pour la santé et les femmes, intervenant au nom de l’Union européenne, a prôné la poursuite du dialogue avec les pays en développement pour intégrer la question du genre dans les programmes de lutte contre la pauvreté, pour associer la société civile, et enfin, pour appuyer le plaidoyer contre les violences à l’égard des femmes.  Pour Cuba, l’accent doit être mis davantage sur la mobilisation de ressources en faveur du développement afin d’en faire bénéficier les couches les plus pauvres de la société et contribuer à leur intégration socioéconomique.  Les femmes sont davantage touchées par les mots qui ravagent les sociétés, notamment le VIH/sida, l’illettrisme, le difficile accès aux structures de santé, ont déploré les représentantes du Swaziland et du Népal, jugeant qu’il fallait accélérer les mesures pour accroître le rôle des femmes dans le processus de développement et de prises de décisions. 


En effet, si de nombreuses délégations du monde en développement ont exposé, comme la Ministre du Sénégal de la condition féminine, les mesures prises par leurs Gouvernements respectifs pour renforcer la participation des femmes dans les gouvernements, les administrations, les parlements, y compris par l’adoption de programmes de discrimination positive, elles ont été nombreuses à s’interroger, à l’instar de la Vice-Ministre angolaise de la famille et de la promotion de la femme, sur les raisons pour lesquelles en dépit de ces progrès, les objectifs restent loin d’être atteints.  La représentante de Saint-Kitts-et-Nevis a poursuivi en souhaitant une prise de conscience quant à la nécessité d’agir et de ne plus se contenter d’engagements vains.  Afin de corriger les insuffisances, la Ministre angolaise a prôné un échange d’information entre États Membres sur les pratiques optimales et souligné l’importance de repenser le rôle des hommes dans la promotion de la femme. 


Pour sa part, la Ministre namibienne chargée de la condition de la femme et de l’égalité des chances, Marlene Mungunda, a mis en avant le développement de stratégies d’évaluation des programmes globaux intégrant les Objectifs du Millénaire, recommandant que ces programmes soient harmonisés au plan régional, par exemple au niveau de la Communauté des États de l’Afrique australe (SADC).  Pour ce qui est du renforcement des capacités et de l’échange d’expériences, la représentante d’Israël a donné l’exemple des activités du Centre Golda Meir qui développe des programmes de sensibilisation et de soutien à l’autonomisation des femmes, programmes ouverts aux représentants des pays en développement et à la société civile.  La volonté politique des décideurs est au cœur des chances d’intégration de la dimension sexospécifique dans les stratégies de développement, a observé une représentante de la société civile, Shanti Dairiam, de l’organisation International Women’s Rights Action Watch, qui a estimé que si les stratégies commerciales des pays développés étaient contraires aux opportunités des femmes et des plus pauvres dans les pays en développement, les chances de succès des stratégies seraient compromises. 


Au cours de la deuxième table ronde, tout en reconnaissant que l’égalité entre les sexes est un facteur crucial dans la poursuite des Objectifs du Millénaires pour le développement (OMD), délégations, experts et représentants de la société civile ont, cet après-midi, identifié les lacunes qui se posent dans l’élaboration de stratégies de développement égalitaires.  L’obligation de reddition mais également la collecte de données ventilées par sexe, l’allocation de ressources budgétaires suffisantes et l’identification de nouvelles questions ont été invoquées à de nombreuses reprises.


Pour Mme Amina Touré qui représentait le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), l’égalité entre l’homme et la femme permet d’accélérer la réalisation des OMD.  Selon elle, l’approche plurisectorielle pose un problème au niveau des pays mais également des Nations Unies, tout comme l’est encore la collecte des données et le suivi des allocations budgétaires.  De même, a-t-elle relevé, la législation nationale doit être en adéquation avec les textes internationaux.


L’obligation de reddition a été abordée à maintes reprises, notamment par la délégation norvégienne.  Il semble que tout le monde soit engagé en faveur de l’égalité entre les sexes mais que personne n’ait de compte à rendre, a relevé la délégation.


Mme Tone Bleie, de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) a expliqué que les commissions régionales facilitent le dialogue et se concentrent sur le renforcement des capacités ce qui doit permettre de lancer un certain nombre d’initiatives nouvelles.  C’est dans cette même perspective que Mme Monique Essed, Women’s Environment and Development Organization, a expliqué qu’il fallait désormais tenir compte de nouveaux objectifs et aborder de nouvelles questions lors de l’élaboration de plan nationaux de développement.  Lorsque l’on parle de la féminisation de la pauvreté par exemple, il faudrait aussi parler d’égalité de salaire et d’accès à l’emploi des femmes.  


La délégation du Mexique a identifié un nombre important de questions nouvelles comme le rôle des femmes migrantes, l’autonomie économique qui reste liée à l’existence de bons emplois et le respect du principe de salaire égal à travail égal.  Une autre question qui selon elle devrait être abordée porte sur la masculinité et la coresponsabilité des hommes et des femmes face à la discrimination.  Elle a lancé un appel aux délégations pour que les gouvernements aillent au-delà des bonnes paroles et a regretté que l’ensemble des pays ne soit pas représenté cet après-midi.


La délégation suédoise a insisté sur l’importance d’un travail décent dans la poursuite des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Le revenu des femmes a en effet quatre fois plus d’incidence sur le bien-être des enfants que lorsque ce revenu est entre les mains des pères.  Les droits en matière de procréation dans le cadre des politiques de développement sont décisifs et doivent devenir des objectifs au plan national.  Il a également été question de l’importance d’allouer les crédits budgétaires adéquats et du coût de la violence.


En revanche Mme Posadskaya-Vanderbeck de l’Open Institute Society, a estimé que rien de ce qui a été abordé aujourd’hui n’était nouveau, notamment la question de la reddition.  La vraie question qui se pose est de savoir comment analyser les résultats obtenus.  Pour cela, il faut que des organes soient chargés de suivre les résultats et il faut des ressources financières.  Il faut aller plus loin que la prise en compte des besoins des femmes.  De même, la réalisation des OMD ne concerne pas que les habitants des pays en développement mais qu’en est–t-il des pauvres des pays développés et des personnes réfugiées et déplacées, a-t-elle interrogé.


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[1] Document portant la cote E/CN.6/2006/1.


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