12/07/2006
Conseil économqiue et social
ECOSOC/6220

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Conseil économique et social

Session de fond de 2006 - matin


L'ECOSOC TIENT UN DIALOGUE AVEC LES RESPONSABLES DES FONDS ET PROGRAMMES DE L'ONU SUR LES ACTIVITÉS OPÉRATIONNELLES


(Publié tel que reçu)


Genève, 12 juillet -- Le Conseil économique et social a poursuivi ce matin l'examen des questions relatives aux activités opérationnelles qu'il avait entamé hier matin en procédant à un partage de données d'expériences dans le cadre d'un dialogue avec les chefs exécutifs des fonds et programmes des Nations Unies. 


Introduisant le débat, M. Léo Mérorès, Vice-Président du Conseil économique et social, a souligné l'importance de ce dialogue avec des intervenants jouant un rôle de premier plan dans le cadre de la réforme du système, en particulier pour promouvoir l'idée d'une équipe unique des Nations Unies par pays, a-t-il souligné.


M. José Ocampo, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a déclaré que la réalisation des objectifs internationaux de développement demandera une mobilisation totale des énergies de tout le système onusien en soutien aux efforts déployés au niveau des États.  À cet effet, l'ECOSOC doit chercher une meilleure cohérence au niveau de la formulation des politiques et de l'application des accords internationaux au plan régional et national.  Il doit également occuper une place centrale en matière de coordination et de cohérence au sein non seulement des Nations Unies mais en général.


M. Kemal Dervis, Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement, a attiré l'attention sur la richesse de compétences qui existe parmi toutes les institutions des Nations Unies.  Une diversité qui représente également une difficulté, a-t-il indiqué, et dont il ne faut pas qu'elle pèse sur les pays.  Il est important d'intervenir au niveau des pays comme un groupe cohérent, a-t-il souligné, l'idée étant d'avoir une équipe de pays qui agisse véritablement comme une équipe, mettant en œuvre des mesures propres à chaque pays.  L'Administrateur adjoint du PNUD, M. Ad Melkert, a pour sa part mis en évidence le rôle des coordinateurs résidents, ainsi que les mesures qui ont été prises et qui devraient être prises pour renforcer leur rôle et leurs fonctions.


Mme Thoraya Obaid, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population, a insisté sur l'importance d'arriver à une présence rationalisée dans les pays, tout en élaborant un programme conjoint.  Des mesures d'harmonisation, comme la création de bureaux conjoints et de services d'appui communs partagés, sont nécessaires.  Il s'agit d'assurer l'efficacité des efforts pour atteindre les objectifs des Nations Unies pour le développement: une présence rationalisée doit être placée dans le contexte d'une présence mieux coordonnée, plus efficace dans les pays, a estimé Mme Obaid.


Mme Ann Vaneman, Directrice générale du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, a souligné que son organisation avait acquis une grande expérience lui permettant de déduire certains principes d'action, notamment la nécessité d'assurer des financements adéquats et de mieux coordonner l'action humanitaire, toujours dans la perspective du passage de mesures d'urgence à un développement à long terme.  Les investissements et la coordination ne sont pas des buts en soi, a-t-elle dit, mais des instruments pour une amélioration réelle des situations des victimes des crises.


M. Jim Morris, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, a notamment déclaré qu'aucun mandat ne pourra jamais remplacer la volonté d'œuvrer en commun à la réalisation d'objectifs ambitieux.  L'action en faveur du développement exige la coopération de toutes les institutions concernées, et devrait être conduite, non pas par des gestionnaires, mais bien par de vrais leaders régionaux.


Des représentants d'États ont commenté les interventions des chefs de secrétariat, soulignant en particulier l'importance de coordonner les différents fonds et programmes des Nations Unies.  Un représentant a toutefois attiré l'attention sur le risque que la création des bureaux conjoints entraîne une perte de prestige des institutions spécialisées, émettant l'hypothèse qu'une dose de saine concurrence entre ces institutions pourrait s'avérer profitable.  À l'inverse, un représentant a estimé que ces programmes ne devraient pas entrer en compétition. 


Des représentants des États suivants ont pris part à la discussion: États-Unis, Fédération de Russie, Guinée-Bissau, Guinée, Bangladesh, Afrique du Sud, Bénin, Thaïlande, République démocratique du Congo, Royaume-Uni, France, Nigéria et Pakistan.  Un représentant du Mouvement indien Tupaj Amaru a également pris la parole.


Au cours du débat, de nombreux intervenants ont souhaité apporter leur soutien au peuple indien face aux événements d'hier.


Poursuivant cet après-midi, à 15 heures, son débat sur les activités opérationnelles pour le développement, le Conseil tiendra une réunion-débat ayant pour thème: «le rôle de la coopération du système des Nations Unies pour le développement dans la création d'emplois et dans la recherche d'un travail décent: résultats, cohérence et appui à l'échelle du système des activités menées au titre du Plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement».


Dialogue avec les chefs de secrétariat des fonds et programmes des Nations Unies sur les activités opérationnelles au service de la coopération internationale pour le développement



Documentation


Le Conseil est notamment saisi, dans le cadre de l'examen des activités opérationnelles, de rapports soumis par les fonds et programmes du système des Nations Unies, à savoir le Programme des Nations Unies pour le développement, le Fonds des Nations Unies pour la population, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance et le Programme alimentaire mondial.


Le rapport commun de l'Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) (E/2006/5) souligne le niveau de coopération entre le PNUD et le FNUAP, aussi bien ensemble qu'en tant que membres du Groupe des Nations Unies pour le développement (GNUD).  Il comprend une partie commune et deux parties traitant distinctement des activités du PNUD, d'une part, et du FNUAP, d'autre part.  Le rapport fait état des mesures prises pour mettre en œuvre les réformes proposées par le Secrétaire général et des dispositions relatives à l'examen triennal des activités opérationnelles de développement.  Ces mesures ont notamment trait aux technologies de l'information et de l'échange de connaissances, le PNUD mentionnant avoir élargi l'un de ses propres réseaux de savoir sous-thématique en matière de droits de l'homme (le Huritalk) et le FNUAP construisant un «capital connaissance» constitué d'ensembles de connaissances qui permettent de saisir, synthétiser et partager les savoirs résultant de l'expérience acquise par l'Organisation.  En matière de simplification et d'harmonisation des règles et des procédures, il est notamment fait mention de la tenue en juin 2005 d'un atelier inter-institutions, organisé par le GNUD et destiné à tirer des enseignements des activités des bureaux et à recenser les mesures permettant de simplifier davantage les procédures.


S'agissant de la cohérence, de l'efficacité et de la pertinence des activités opérationnelles en faveur du développement, le rapport souligne que le rôle du Plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement (PNUAD) en tant que base d'un programme de pays unique cohérent pour l'ensemble des organismes de l'ONU pourrait être renforcé grâce à l'adoption d'un PNUAD unique et de sa matrice de résultats en lieu et place d'une multitude de documents de programme de pays.  Il est à noter que le groupe du GNUD chargé des programmes se penche actuellement sur la question et présentera au GNUD, en 2006, une proposition en ce sens.  En matière de parité des sexes, le rapport informe que d'ici à 2010, les hauts responsables du PNUD devront rendre compte de la réalisation de la parité des sexes (50/50) à tous les niveaux; le FNUAP, de son côté, aide à collecter des données et à mener des recherches visant à sensibiliser à la violence à caractère sexiste, et il cherche avec ses partenaires à créer des mécanismes nationaux de surveillance et d'atténuation de ce phénomène.  Enfin, le rapport souligne que le PNUD, en sa qualité de coordonnateur des objectifs du Millénaire pour le développement dans le système des Nations Unies, participe à des activités de sensibilisation aux niveaux mondial, régional et national et que, pour sa part, le FNUAP a pris une part active aux travaux du Projet Objectifs du Millénaire, notamment grâce à ses équipes qui se consacrent à la pauvreté et à la santé maternelle.


Le rapport de la Directrice générale du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (E/2006/6) fait le point sur l'action menée par l'UNICEF pour contribuer à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement et donner suite au Document final du Sommet mondial de 2005, et des informations sont présentées concernant la direction prise par l'UNICEF en vue de collaborer plus étroitement avec les autres membres du système des Nations Unies et de faire ainsi en sorte que l'aide au développement produise des résultats durables pour les enfants.  Le rapport traite ainsi dans le détail de questions liées aux structures et mécanismes de l'UNICEF, précisant notamment que l'Organisation continue de consolider ses partenariats, tant au niveau des dirigeants que dans le cadre de la collaboration entre les programmes sur le terrain.  Il donne un aperçu du financement de l'UNICEF, relevant que le niveau des ressources ordinaires a eu tendance à continuer d'augmenter en 2005, de même que celui des autres ressources, grâce à la mobilisation sans précédent des donateurs après le tsunami et d'autres catastrophes.  Par ailleurs, l'UNICEF contribue au renforcement des capacités des pays, en les aidant à améliorer leur planification nationale afin que soient davantage pris en considération les intérêts des enfants.  Dans le secteur de la santé, l'UNICEF a élaboré, en partenariat avec la Banque mondiale et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), une méthode de définition des priorités, dite de «budgétisation des coûts marginaux face aux goulets d'étranglement», qui permet d'identifier les problèmes liés aux coûts d'exécution dans le système de santé puis d'évaluer les coûts marginaux des mesures à prendre pour résoudre ces problèmes.  Le rapport présente le système des coordonnateurs résidents de l'UNICEF, ainsi que les activités de programmation commune par pays. 


L'égalité des sexes est l'un des objectifs du Millénaire pour le développement et constitue un élément stratégique essentiel concourant à la réalisation des autres objectifs.  L'UNICEF continue donc de tenir compte de cette perspective dans les activités qu'elle entreprend dans le cadre de sa programmation axée sur les droits de l'homme.  En partenariat avec d'autres organismes des Nations Unies, elle développe et renforce ses capacités de promotion des droits des femmes et des enfants par des interventions touchant à la législation, aux politiques et aux budgets aux niveaux national, régional et mondial.  Le rapport présente les multiples aspects de la collaboration de l'UNICEF avec la Banque mondiale, que ce soit en matière de collaboration dans le domaine des programmes (lutte contre le VIH/sida, éducation des filles, protection des enfants, notamment), ou de transferts de fonds.  Enfin, relativement aux suites données aux conférences internationales, l'UNICEF participe aux côtés de partenaires de l'ONU au suivi, à l'échelle du système, de la Déclaration du Millénaire, du Sommet mondial de 2005 et d'autres conférences internationales et sessions extraordinaires de l'Assemblée générale qui se sont tenues récemment. 


Le Conseil est également saisi du rapport du Conseil d'administration du Fonds des Nations Unies pour l'enfance concernant la réunion commune des Conseils d'administration du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, du Programme des Nations Unies pour le développement/ Fonds des Nations Unies pour la population et du Programme alimentaire mondial (E/2006/34 (Part I)/Add.1), qui donne un aperçu du contenu des thèmes abordés lors de la réunion.  Les délégations ont notamment souligné le rôle essentiel qui incombait au système des Nations Unies en matière de renforcement des capacités et ont appelé de leurs vœux une collaboration plus étroite avec le Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques et avec la Banque mondiale.  A aussi été abordé le thème du passage de la phase des secours à celle du développement, surtout lors

des catastrophes naturelles: les questions et le débat avec les délégations ont tourné autour de la protection, du cadre d'évaluation des besoins après une catastrophe, les enseignements tirés et le rôle de l'État, entre autres aspects.  Les discussions ont aussi porté sur le suivi des recommandations de l'Équipe spéciale mondiale en matière de lutte contre le VIH/sida et la simplification et l'harmonisation, surtout au niveau de la programmation. 


Le rapport annuel du Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM) pour 2005 (E/2006/14) contient une vue d'ensemble de la suite donnée par le PAM aux initiatives et aux résolutions adoptées par le système des Nations Unies.  En 2005, le PAM s'est attaché à resserrer ses partenariats avec les organismes des Nations Unies, d'autres organisations internationales et les organisations de la société civile à trois égards importants: il a contribué aux travaux des principaux organes interinstitutions de coordination dans le domaine humanitaire et dans le domaine du développement; il a coopéré aux opérations des organismes des Nations Unies et des organisations non gouvernementales associées dans le but de renforcer l'action entreprise conjointement pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement et les cinq objectifs stratégiques du Programme; et il s'est fait le défenseur de la cause des pauvres et des populations vulnérables à l'occasion des grandes conférences et réunions internationales.  Parmi les principaux résultats de la participation du PAM aux mécanismes interinstitutions de coordination en 2005, le rapport cite notamment l'approbation par le Comité permanent interorganisations des nouveaux arrangements visant à combler les principales lacunes qui caractérisent actuellement l'intervention humanitaire internationale et l'avancement des efforts de simplification et d'harmonisation de la coopération aux programmes de développement par le biais du Groupe des Nations Unies pour le développement.


La coopération opérationnelle et les efforts de plaidoyer du PAM, conjugués à l'action des organismes des Nations Unies et des organisations non gouvernementales, ont tendu principalement à satisfaire les besoins des réfugiés et des bénéficiaires dans des domaines comme la sécurité alimentaire, les secours d'urgence, la nutrition, le VIH/sida et l'éducation.  Il y a lieu de signaler en particulier la signature en 2005 d'un nouveau mémorandum d'accord avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance; la participation accrue aux processus nationaux d'élaboration de stratégies pour la réduction de la pauvreté, souvent en collaboration avec la Banque mondiale; et la consultation qui a été organisée en octobre 2005 avec les principales organisations non gouvernementales internationales associées au Programme sur le thème «Le partenariat pour l'élimination de la faim chez les enfants».  Le PAM a également pris une part active aux travaux concernant l'atténuation des risques de catastrophes et la préparation aux situations d'urgence dans le contexte de la Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes qui a eu lieu à Kobé (Japon) en janvier 2005


Le Conseil économique et social était également saisi des rapports du Conseil d'administration du Programme des Nations Unies pour le développement et du Fonds des Nations Unies pour la population sur les travaux de sa deuxième session ordinaire de 2005 (E/2005/35, Supplément n°15, troisième partie) et de sa première session ordinaire de 2006 (DP/2006/15 et DP/2006/16); et du rapport du Conseil d'administration du Programme alimentaire mondial sur les travaux de ses première et deuxième sessions ordinaire et de sa session annuelle de 2005 (E/2006/36, Supplément n°16).



Introduction du débat


M. LÉO MÉRORÈS, Vice-Président du Conseil économique et social, a souligné l'importance du dialogue de ce matin, soulignant qu'il devrait permettre d'avoir une vue d'ensemble et de se faire une idée beaucoup plus précise des principaux faits nouveaux intervenus récemment dans le fonctionnement du système des Nations Unies pour le développement dans le contexte des réformes en cours.  Les intervenants de ce matin représentent les organisations membres du Comité exécutif du Groupe des Nations Unies pour le développement et jouent de ce fait un rôle de premier plan, en particulier pour ce qui est de promouvoir l'idée d'une équipe des Nations Unies unique par pays.  Leurs organisations ont un rôle essentiel, à savoir celui de démontrer que les réformes sont faisables, a indiqué M. Mérorès.


M. JOSÉ OCAMPO, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a déclaré que la réforme des Nations Unies est devenue particulièrement urgente.  En effet, la réalisation des objectifs internationaux de développement demandera une mobilisation totale des énergies de l'ensemble du système des Nations Unies en soutien aux efforts déployés au niveau des États.  D'autre part, les engagements pris par les États en matière d'aide publique au développement, dans le sillage du Sommet mondial de 2005, représentent un défi pour les Nations Unies en termes de renforcement de la capacité du système à prodiguer un soutien efficace aux programmes de développement nationaux.  Il convient donc de renforcer l'action des Nations Unies.  À cet effet, l'ECOSOC a reçu de nouveaux mandats lors du Sommet: il doit chercher une meilleure cohérence au niveau de la formulation des politiques, au niveau des accords internationaux et de leur application au plan régional et national ainsi qu'au niveau des activités opérationnelles et du cadre normatif des Nations Unies.


L'ECOSOC est ainsi confronté au défi de l'intégration des institutions spécialisées dans la coordination du système des Nations Unies au niveau national.  Un autre défi est celui du financement, dont il a déjà été question hier, a rappelé M. Ocampo.  Les discussions qui vont s'engager s'inspireront notamment des orientations de la résolution 59/250 de l'Assemblée générale, qui demandait l'établissement d'un programme de travail visant l'application de mesures concrètes de rationalisation et de simplification d'ici à 2007.  Ces orientations reflètent à leur tour les termes de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide, a précisé M. Ocampo.  Une autre source d'inspiration réside dans les priorités définies par le Groupe des Nations Unies pour le développement en 2006.  Enfin la discussion devra également porter sur les partenaires nationaux des Nations Unies chargés d'appliquer les réformes dans le contexte fortement évolutif du développement.  C'est dans ce contexte que s'inscrivent les contributions des orateurs invités, a précisé le Secrétaire général adjoint.



Présentations des chefs de secrétariat des fonds et programmes des Nations Unies


M. KEMAL DERVIS, Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a souhaité mettre en évidence la richesse de compétences qui existe parmi les institutions des Nations Unies.  Cette diversité est également porteuse de difficultés si l'on ne veille pas à ce qu'elle ne pèse pas trop sur les pays; il est en effet important d'intervenir dans les pays en tant que groupe cohérent, a souligné M. Dervis.  L'idée est d'avoir une équipe de pays agissant

précisément comme une équipe et mettant en œuvre des mesures propres à chaque pays, a-t-il déclaré.  M. Dervis a insisté sur l'importance d'harmoniser les programmes afin d'éviter les double-emplois.  Le fardeau administratif pour les pays doit être minimal et le rôle du coordonnateur résident doit être renforcé, a-t-il poursuivi.  Il s'est en outre déclaré partisan de la création d'un bureau commun et a attiré l'attention sur le fait que ce qui est bon pour certains pays n'est pas nécessairement bon pour d'autres.


MME ANN VENEMAN, Directrice générale du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), a notamment souligné que ces dernières années, le Fonds a acquis une grande expérience dont il peut dégager certains principes d'action, notamment la nécessité d'assurer des financements adéquats et de mieux coordonner l'action humanitaire, toujours dans la perspective de passer d'une réaction d'urgence à des mesures de développement à long terme.  Le besoin de mieux accompagner l'aide humanitaire a entraîné la création d'un groupe spécialisé et le lancement de deux études sur la violence contre les femmes et les enfants lors des conflits.  Les investissements et la coordination ne sont pas des buts en soi, mais des instruments pour une amélioration réelle de la situation des victimes de crises, a souligné Mme Veneman.


MME THORAYA OBAID, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a insisté sur l'importance de parvenir à une présence rationalisée dans les pays, fondée sur l'élaboration de programmes conjoints.  Des mesures d'harmonisation, comme la création de bureaux communs et de services d'appui communs, sont nécessaires, a-t-elle précisé.  Il s'agit d'assurer l'efficacité des efforts pour atteindre les objectifs des Nations Unies pour le développement : une présence rationalisée doit être placée dans le contexte d'une présence mieux coordonnée et plus efficace dans les pays, a déclaré Mme Obaid.  Citant l'exemple du Cap-Vert, qui fait l'objet d'un programme conjoint du PNUD, du FNUAP, de l'UNICEF et du PAM, elle a mis en évidence le fait qu'une présence rationalisée implique davantage que la mise en place d'un bureau commun: il faut créer des arrangements avec les pays hôtes et travailler avec des institutions des Nations Unies qui ont des programmes plus petits.  Ce projet pilote au Cap-Vert existe depuis six mois et il faut attendre avant de tirer des conclusions, mais à ce stade déjà, quelques leçons tirées de l'expérience du Cap-Vert peuvent être mises en évidence, s'agissant notamment de la nécessité d'un engagement très fort du gouvernement concerné pour assurer la réussite d'un programme.  La mise en œuvre d'un modèle de bureau commun ne doit pas entraver la poursuite des mandats propres à chaque organisation, a toutefois souligné Mme Obaid.


M. JIM MORRIS, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), a déclaré qu'aucun mandat ne pourra jamais remplacer la volonté d'œuvrer en commun à la réalisation d'objectifs ambitieux.  Il faut un engagement émotionnel en faveur des partenariats, afin que chaque décision soit positive pour les bénéficiaires.  Il faut que la réforme se fasse au bénéfice des personnes qui se trouvent dans le besoin, faute de quoi elle ne servira à rien.  Les institutions présentes au sein du Groupe des Nations Unies pour le développement et qui appuient les stratégies nationales de développement doivent être plus efficaces, afin qu'à leur tour les gouvernements deviennent plus performants pour leurs populations.  Le PAM s'engage essentiellement dans des situations de crise, 20% de ses activités étant consacrés plus explicitement au développement, étant entendu qu'il est souvent délicat de distinguer développement et secours d'urgence.  Les processus mis en place par le PAM et les engagements que le Programme a pris en matière de coordination avec l'action menée par les gouvernements fonctionnent maintenant correctement, a indiqué M. Morris.  Les engagements pris dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement ont trait, avant tout, à la lutte contre la faim chez les enfants qui pourrait, en bonne partie, être éliminée, comme l'a montré l'action menée au Botswana, a indiqué M. Morris.  L'action dans ce domaine doit s'accompagner d'un effort pour l'éducation des enfants et en particulier des fillettes, a-t-il poursuivi, faisant valoir qu'une action somme toute assez simple (les frais de scolarité s'élèvent parfois à 30 dollars par année) permettrait d'engranger des résultats exponentiels.  Une telle action exigerait la coopération de toutes les institutions concernées et devrait être conduite non pas par des gestionnaires mais bien par de vrais leaders régionaux.  Les expériences en Afrique australe montrent la nécessité de créer un état d'esprit favorable à une véritable action conjointe, a souligné M. Morris.


M. AD MELKERT, Administrateur adjoint du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a souhaité mettre en évidence le rôle des coordinateurs résidents, en insistant sur l'importance de renforcer leurs rôle et fonctions.  Depuis deux ans, il y a eu une amélioration du processus de sélection et d'examen les concernant, a-t-il indiqué.  Le PNUD a créé plus de trente postes de directeurs de pays, laissant plus de temps aux coordinateurs résidents pour se concentrer sur les priorités inhérentes à leurs fonctions, a poursuivi M. Melkert.  Jusqu'à récemment, l'évaluation des performances des coordonnateurs résidents relevait d'un processus interne au PNUD; désormais, des mesures ont été prises afin d'intégrer également l'avis des membres de l'ensemble de l'équipe de pays concernée.  Le nouveau système d'évaluation réciproque a été lancé comme projet pilote dans vingt pays et sera introduit dans tous les pays dès septembre prochain, a précisé M. Melkert.  S'agissant des projets futurs, il a souligné l'importance d'investir dans la promotion de la mobilité inter-institutionnelle du personnel en milieu de carrière.  Il faut également accroître la part des coordinateurs résidents issus d'autres institutions que le PNUD.  Enfin, M. Melkert a regretté le manque de candidats disponibles pour exercer cette fonction.  En matière de répartition hommes-femmes, il a indiqué qu'à l'heure actuelle, 28% des coordonnateurs résidents sont des femmes.  Sur le nombre de candidats disponibles pour un éventuel futur mandat, 30% sont des femmes, a-t-il ajouté.


Commentaires et questions


Intervenant dans le cadre de l'échange qui a suivi les présentations des chefs de secrétariat des fonds et programmes des Nations Unies, un représentant a souligné que le futur système des coordinateurs résidents sera déterminant pour l'assistance au développement.  La cohérence et la coordination sont des termes ayant pris une signification quasi-mystique qui ne doit pas faire oublier un autre terme important, celui de concurrence, a souligné un autre intervenant, avant de préciser que le risque est en effet que la création des bureaux conjoints n'entraîne une perte de prestige des institutions spécialisées aux yeux des pays en voie de développement, habitués jusqu'ici à des actions fortes et marquantes de la part de ces institutions.  Peut-être une dose de saine concurrence entre ces institutions serait-elle finalement profitable, a insisté cet intervenant.  Il est important de ne pas être en concurrence ni en compétition, a affirmé un autre orateur, expliquant que si les mandats sont clairement définis, les actions se font dans ce cadre, et la compétition n'a donc pas lieu d'être.


Les différentes institutions qui seraient représentées dans les bureaux conjoints ont chacune leur spécialité: ne risquent-elles pas de la perdre, s'est inquiété une délégation?  Le Plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement permet de garantir et de protéger la spécificité de certains programmes, a pour sa part souligné une autre délégation.


Contrairement à ce que prône la doctrine libérale, a souligné le représentant du Mouvement indien Tupaj Amaru, le développement n'est pas seulement un problème de concurrence; c'est aussi un problème de planification des ressources.  Il a demandé si la dette extérieure des pays ne constituait pas un obstacle majeur au développement.  L'aide au développement, autrement dit la charité, est certainement insuffisante à cet égard, a-t-il insisté, ajoutant que les peuples autochtones doivent disposer d'une véritable autonomie de gestion de leurs ressources.  Quant à l'aide humanitaire, aux dons, ils entraînent une corruption généralisée; comment assurer dans ces conditions un développement véritablement durable, a poursuivi cet orateur?


Une délégation a souligné que si l'on veut que l'Organisation des Nations Unies réponde de façon concertée, il faut agir sur le levier de la complémentarité entre les différents fonds et programmes.  Dans les pays pauvres, l'étalage de l'administration sans résultats visibles mène à une critique des Nations Unies, a fait observer un autre intervenant.


Plusieurs délégations ont souligné l'importance d'assurer que le pays concerné ait son mot à dire en matière d'élaboration du programme conjoint le concernant.  Un modèle de rationalisation qui fonctionne bien au niveau national dans un pays donné n'est pas nécessairement applicable tel quel ailleurs, a-t-il en outre été souligné.


Dans les situations de guerre, l'objectif doit être non pas seulement le développement mais aussi l'instauration de conditions propice au retour à la paix, a-t-il été rappelé.


Un intervenant a fait état de l'expérience du PAM au Botswana et de son effet très positif sur la scolarisation et donc l'avenir des enfants de ce pays.  Relevant que des initiatives similaires ont été lancées voici bien des années (notamment en 1980 au Kenya) sans que les élèves ne reçoivent «le moindre biscuit» du PAM, cet intervenant s'est donc enquis des critères de sélection pour ces programmes et de la raison pour laquelle de tels programmes ne sont pas introduits dans davantage de pays. 


Une délégation a souhaité savoir quels sont, aux yeux des panélistes, les défis émergents et comment pourraient être améliorées la qualité et la prévisibilité du financement des projets.


Une autre délégation a attiré l'attention sur le danger de la réforme pour la réforme, soulignant le risque d'aboutir à une technocratie.


Une délégation a suggéré d'intégrer un plus grand nombre d'institutions à ce dialogue.



Réponses des panélistes


M. DERVIS a estimé qu'il convenait en toute circonstance de trouver un équilibre entre concurrence et gestion centralisée.  Il a mis l'accent sur la nécessité de rationaliser le travail des nombreuses organisations d'aide, ce qui permet notamment de réduire les coûts.  Quant à la concurrence au niveau des résultats, elle n'est pas une mauvaise chose: tout est question d'équilibre, a-t-il estimé.  Le financement est lui aussi soumis à une forme de concurrence, aux conséquences plus graves que celles relatives aux résultats, a tenu à souligner M. Dervis.  Les donateurs doivent à cet égard coordonner leur action et ne pas disperser les fonds en affectations spéciales, qui en entravent considérablement l'efficacité, a-t-il déclaré.


MME VENEMAN a pour sa part affirmé que les problèmes des pays en voie de développement sont trop grands pour admettre une véritable concurrence organisationnelle.  Une coopération rationnelle avec les États est en revanche nécessaire, a-t-elle déclaré.  Les Nations Unies ont déjà fait la preuve de leur capacité à agir en commun, comme en témoigne le Programme ONUSIDA.  Certaines équipes par pays sont plus efficaces que d'autres sur le plan de la cohérence, a par ailleurs fait observer Mme Veneman.  Elle a insisté sur la nécessité de coordonner les procédures, les objectifs et les résultats.  Il y a lieu de travailler avec les autres partenaires, comme les banques, pour l'évaluation des actions engagées, a poursuivi Mme Veneman.  Elle a confirmé l'importance que revêt l'image de marque pour les récoltes de fonds - une image qui est nécessairement appelée à souffrir un peu d'un effort de coordination et d'harmonisation, a-t-elle admis.


Pour MME OBAID, ce sont la passion et la compassion qui sont à la base de toute action en faveur du développement.  Elle a fait observer que la demande de rationalisation émane des États bénéficiaires eux-mêmes.  La question de la collégialité et de la coopération est, au fond, à la base de la discussion autour des «bureaux communs», a-t-elle souligné.  Les méthodes de gestion du coordinateur résident s'appuient sur des méthodes de rapport, d'audit, de normalisation et d'harmonisation des données semblables à celles appliquées dans les milieux d'affaires, a-t-elle ajouté.


M. MORRIS a souligné que la lutte contre la pauvreté demande une action conjointe et simultanée dans plusieurs directions (eau potable, éducation, etc.), tout comme la lutte contre le VIH/sida dépend de la coopération de nombreux partenaires dans le domaine de l'action sur le terrain.  Il serait mauvais qu'il n'existe que des institutions d'aide monolithiques, a déclaré M. Morris.  L'image de marque du PAM s'est améliorée, même si elle n'est pas l'institution la plus connue du système des Nations Unies, a-t-il en outre affirmé.  Quant aux fonds, il s'agit d'une question fondamentale pour le PAM, qui doit renégocier chaque année pour près de trois milliards de dollars de produits alimentaires.  En matière d'action pour l'alimentation scolaire, a précisé M. Morris, le PAM s'intéresse de près à une trentaine de pays très pauvres, essentiellement dans le cadre d'une intervention dans des situations de catastrophes.


M. MELKERT a souligné la nécessité d'assurer que le choix des coordinateurs résidents tienne compte des principes de répartition géographique.  La complémentarité est un atout indispensable à la réalisation des objectifs internationaux de développement, a-t-il affirmé.


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