11/09/2006
Conseil de sécurité
CS/8823

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5520e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: DEVANT L’ESCALADE MILITAIRE AU DARFOUR, KOFI ANNAN PRÉVIENT LE GOUVERNEMENT SOUDANAIS QU’IL SERA TENU RESPONSABLE DE SES ACTES


Il demande instamment à Khartoum d’accepter que la Mission des Nations Unies au Soudan prenne la relève de celle de l’Union africaine


Devant l’escalade militaire dans la région soudanaise du Darfour et la recrudescence de la violence à l’encontre des populations civiles et des travailleurs humanitaires, le Secrétaire général a lancé, ce matin, une mise en garde sévère à l’attention du Gouvernement soudanais.  Estimant que l’attitude du Gouvernement soudanais fait subir des souffrances immenses aux populations, Kofi Annan a prévenu ce dernier qu’il sera tenu responsable de ses actions et notamment de son incapacité à ne pas assumer sa responsabilité de protéger ses propres populations.


Cet avertissement intervient alors que la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) se prépare à quitter la région du Darfour le 30 septembre prochain, avant même que le Gouvernement de Khartoum n’ait donné son accord au déploiement d’une mission des Nations Unies pour la relayer.  Devant le risque de voir se créer un vide sécuritaire, Kofi Annan a, ce matin, instamment demandé au Gouvernement soudanais d’accepter la résolution 1706 adoptée le 31 août dernier et de donner son consentement à ce que la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) prenne la relève de la MUAS au Darfour.  Le moment est venu pour que plus de voix se fassent entendre aux côtés de la mienne, notamment celles des gouvernements africains, pour influencer le Gouvernement soudanais, a déclaré Kofi Annan.


Les délégations ont appuyé les appels lancés par le Secrétaire général en estimant que seul le déploiement d’une force robuste des Nations Unies au Darfour permettrait de faire appliquer l’Accord de paix global.  Certaines délégations ont insisté pour que tous les auteurs de crimes soient tenus pour responsables en appliquant, au besoin, les sanctions prévues par la résolution 1706.  Les délégations ont aussi souhaité qu’une aide financière et logistique soit fournie à la MUAS pour qu’elle puisse remplir son mandat jusqu'à la fin du mois. 


De son côté, le représentant du Soudan a affirmé la détermination de son gouvernement à poursuivre un dialogue constructif avec les Nations Unies.  Il a regretté que le Secrétaire général ait omis de mentionner les efforts déployés par les autorités soudanaises pour faire appliquer l’Accord de paix au Darfour.  Le représentant a également regretté le manque d’objectivité dans l’analyse de la situation et les reproches selon lesquels le Gouvernement soudanais envisageait de poursuivre une solution militaire alors qu’il ne fait qu’exercer son droit à la légitime défense.  En adoptant la résolution 1706, le Conseil a pris une décision hâtive sans tenir compte de tous les aspects du climat politique au Soudan.


Outre les membres du Conseil, les représentants des pays et organisations suivantes ont pris la parole: Soudan, Ligue des États arabes et Organisation de la Conférence islamique.


RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN (S/2006/591 et S/2006/501/ADD.1)


Déclarations


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a déclaré que la tragédie du Darfour est arrivée à un point critique qui exige l’action urgente du Conseil.  Je suis heureux de voir que l’Union africaine, l’Organisation de la Conférence islamique et la Ligue des États arabes soient présents aujourd’hui à cette réunion du Conseil et il est important que le Soudan y participe également.  Nous avons tous entendu les rapports consternants faisant état de la reprise des combats.  Des milliers de troupes soudanaises ont été déployées dans la région en violation de l’Accord de paix pour le Darfour et la région a été soumise à des raids aériens répétés.  Le Gouvernement soudanais doit cesser toute action militaire immédiatement.  Le nombre total de personnes déplacées atteint désormais 1,9 millions tandis que près de 3 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire internationale.  Les combats ont rendu la tâche des travailleurs humanitaires difficile et en juillet, le Programme alimentaire mondial (PAM) a été dans l’incapacité de desservir 400 000 personnes qui avait désespérément besoin de cette aide.  Dans le Nord, quelque 350 000 personnes n’ont reçu aucune aide alimentaire depuis trois mois consécutifs.  Jamais l’accès aux populations n’a été aussi limité.  En outre, les travailleurs humanitaires font l’objet de violences physiques et de harcèlement moral.  Les acquis humanitaires des deux dernières années se perdent et à moins que la sécurité ne s’améliore, nous devrons réduire, de manière drastique, l’aide humanitaire.


Nous ne pouvons pas abandonner le Darfour et simplement observer l’enlisement de cette tragédie, a insisté Kofi Annan.  Pouvons-nous contempler un nouvel échec alors que nous avons adopté il y a un an même le concept de la «Responsabilité de protéger»?  Ces combats bafouent l’Accord de paix pour le Darfour.  La situation actuelle est un défi à plusieurs résolutions du Conseil.  D’un point de vue moral et juridique, cette situation est inadmissible et ceux qui commanditent de telles actions comme le déploiement de troupes supplémentaires croient malheureusement en la nécessité d’une action militaire.  Pourtant, avec tant de morts, il est évident que seul un accord politique peut mener à la paix dans la région.  Dans les jours à venir, nous allons rencontrer nos homologues de l’Union africaine pour discuter de l’expansion éventuelle de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) au Darfour et l’Union africaine s’est prononcée en faveur de la transition de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) à une opération des Nations Unies.  L’Union européenne, de son côté, a été claire et a insisté sur la nécessité de s’abstenir de toute tentative visant à faire dérailler les objectifs de paix.


Nous ne pouvons simplement pas tourner le dos à la MUAS.  Nous savons tous que le Gouvernement soudanais refuse cette transition et que sans cet assentiment, cette transition ne sera pas possible.  Je lui demande instamment d’accepter la résolution 1706 et de donner son consentement à cette transition et de mener le processus politique avec plus d’engagement.  L’attitude du Gouvernement soudanais fait connaître des souffrances immenses aux populations mais il risque de souffrir lui–même du fait de ne pas assumer sa responsabilité de protéger ses propres populations.  Il  sera soumis à l’opprobre de l’ensemble de la communauté internationale et de l’Afrique.  Le moment est venu que plus de voix se fassent entendre aux côtés de la mienne, notamment celles des dirigeants africains pour influencer le Gouvernement soudanais.  Il faut aussi qu’un message ferme et uniforme soit envoyé par le Conseil de sécurité. Il s’agit d’un moment décisif pour le Conseil.  Cette situation ne peut perdurer et le moment d’agir est venu.  Il s’agit d’un test crucial de l’efficacité du Conseil.  Je vous demande dans les termes les plus fermes, d’être à la hauteur de votre tâche, a conclu le Secrétaire général.


M. YASIR ABDELSALAM (Soudan) a déclaré que son gouvernement était toujours soucieux de poursuivre un dialogue constructif avec les Nations Unies.  Rappelant que son pays abritait l’une des plus grandes missions pour la paix, déployée dans le cadre de l’Accord de paix global, il a regretté le traitement de la situation au Darfour caractérisée, selon lui, par un manque de crédibilité.  Vous connaissez tous les obstacles qui ont entravé la dernière série de négociations pour la paix à Abuja, a-t-il affirmé.  Personne n’ignore que le Soudan était disposé à poursuivre les discussions alors que les mouvements rebelles ont quitté la table des négociations.  Or, a-t-il fait observer, la déclaration du Secrétaire général ne comporte aucune mention des efforts déployés par les autorités soudanaises pour faire appliquer l’Accord de paix au Darfour.  Pourtant, après le refus de signer l’Accord, un mouvement rebelle autodéclaré a perpétré une attaque.  Une plainte documentée a été déposée auprès du Conseil de sécurité par les autorités soudanaises, comportant les noms des auteurs de cette attaque.  Deux mois plus tard, le Conseil ne s’est toujours pas prononcé à ce sujet.  En juillet dernier, a-t-il poursuivi, une réunion a eu lieu entre le Secrétaire général et le Président soudanais qui se sont rencontrés pour mettre au point un accord.  Ce plan comportait des lignes directives claires afin de traiter les axes politiques, sécuritaires, humanitaires, et sociaux de la crise au Darfour.  Il a été transmis au Conseil, le Gouvernement soudanais espérant qu’il serait pris en compte comme un effort des autorités soudanaises pour régler la situation au Darfour.  Le Conseil ne s’est même pas réuni pour examiner ce plan, a-t-il déploré.  Ensuite, le Soudan a déclaré qu’il assisterait à la réunion du 28 août dernier mais avait demandé le report de cette réunion pour qu’il puisse se donner les moyens de répondre aux exigences du Conseil.  Il a reproché à certaines délégations d’avoir affirmé que le Soudan ne voulait pas assister à la réunion alors que notre pays ne souhaitait qu’un report de la réunion, a insisté le représentant.  Selon lui, si le Conseil n’avait pas tenu la réunion du 28 août dernier, il n’aurait pas adopté la résolution 1706.  Il a regretté le manque d’objectivité dans l’analyse de la situation et les reproches selon lesquels le Gouvernement soudanais envisageait de poursuivre une solution militaire alors qu’il ne fait qu’exercer son droit à la légitime défense.  En adoptant cette résolution, le Conseil a pris une décision hâtive sans tenir compte des différents aspects du climat politique au Soudan.  Il a choisi la voie de la confrontation mais le Soudan continuera de se montrer prêt à engager un dialogue avec la communauté internationale, a ajouté le représentant soudanais, qui a affirmé que la paix durable au Darfour est toujours un objectif stratégique pour son Gouvernement.


M. YAHYA A. MAHMASSANI, Observateur de la Ligue des États arabes, a lancé un appel à toutes les parties non signataires de l’Accord de paix pour le Darfour pour qu’elles signent cet Accord, s’engagent dans le processus de négociations et cessent l’escalade militaire.  Le représentant a indiqué que la Ligue coordonnait ses efforts avec l’Union africaine.  Il a lancé un appel à la communauté internationale également pour que soit mis un terme à la détérioration de la situation humanitaire au Darfour.  Le Conseil de la Ligue des États arabes a examiné la résolution 1706 du Conseil et a souligné la nécessité d’obtenir l’assentiment du Gouvernement soudanais avant de procéder à la transition entre la MUAS et la MINUS.  Nous appelons la communauté internationale à respecter ses engagements conformément à l’Accord de paix pour le Darfour.


M. ABDUL WAHAB, Observateur de l’Organisation de la Conférence islamique, a considéré que le déploiement d’une mission des Nations Unies sur le territoire soudanais devrait recueillir l’assentiment du Gouvernement soudanais.  Il a ajouté que l’OIC continuerait de jouer un rôle de coopération pour faciliter le dialogue entre le Conseil de sécurité et les autorités soudanaises.


M. WILLIAM J. BRENCICK (États-Unis) a indiqué que l’appel à agir lancé ce matin par le Secrétaire général devrait résonner jusqu’à Khartoum.  Le représentant soudanais prétend être ouvert au dialogue, a relevé le représentant américain, mais ou était-il lors de la réunion du Conseil le 28 août dernier, s’est-t-il interrogé.  Le représentant du Soudan, lors de sa longue intervention, n’a jamais indiqué que son Gouvernement s’engageait à coopérer pour permettre l’acheminement des fournitures humanitaires.  Combien faudra-t-il entendre de tels exposés avant que le Gouvernement soudanais prenne les mesures appropriées?  Au lieu d’assumer ses responsabilités, celui-ci choisit de faire marche arrière en exigeant le retrait de la Force de l’Union africaine et en décidant de déployer ses propres troupes.  L’envoi d’une mission des Nations Unies est dans ce contexte la meilleure solution.


M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a rappelé que la responsabilité première du Gouvernement d’unité nationale était de protéger ses citoyens.  Bien sûr, il faut travailler avec celui-ci pour veiller à ce que la souveraineté nationale du pays et sa stabilité politique ne soient pas menacées par le déploiement d’une force des Nations Unies.  C’est dans son intérêt que la résolution 1706 a été adoptée, un intérêt que le Gouvernement du Soudan n’a pas pris en compte, a-t-il déclaré.  Le représentant a ensuite assuré que le plan du Gouvernement soudanais avait été largement discuté, contrairement aux allégations de son représentant.   Cependant, la présence des forces soudanaises n’aurait pas obtenu la confiance des populations civiles au Darfour.  En conséquence, la résolution 1706 a été adoptée, comme la seule option envisageable dans la région.  Le déploiement des Casques bleus dans la région constitue une chance d’assister les autorités soudanaises dans l’application de l’Accord global de paix.  Mais le représentant a regretté la mauvaise volonté des autorités soudanaises, qui auraient souhaité poursuivre indéfiniment les consultations plutôt que de prendre une décision.  La résolution 1706 est la plus conciliante possible, a-t-il souligné.  Aussi, devons-nous tout mettre en œuvre pour faire en sorte qu’elle soit appliquée, en commençant par renforcer la MUAS et en prenant en compte la situation urgente des réfugiés et des personnes déplacées au Tchad.  M. Jones Parry a conclu en rappelant la nécessité de persuader le Président Bashir que les dispositions de la résolution 1706 étaient positives pour le Soudan, dont l’intégrité territoriale et la souveraineté seraient respectées.


M. PASCAL GAYAMA (République du Congo) a rappelé que dans un peu plus de 15 jours, la Mission de l’Union africaine parviendra aux termes de son mandat prévu le 30 septembre pour faire place à une opération des Nations Unies.  Le dialogue et la concertation auxquels le Congo n’a eu de cesse de convier l’ensemble des parties n’a jamais eu d’autre but que de répondre aux exigences d’une telle opération de l’ONU.  Pour ce qui est de l’Union africaine, ses 7 000 hommes attendent que se décident des politiques en faveur des populations civiles.  Le représentant a évoqué la Déclaration du Conseil de paix de l’Union africaine en date du 5 septembre qui réaffirme son soutien  à la MUAS et demande aux parties de respecter sculpturalement le cessez-le-feu, de garantir la protection et la sécurité du personnel de la MUAS, de s’abstenir de toute action visant à fragiliser le processus de paix et les efforts de mise en œuvre de l’Accord de paix pour le Darfour.  Cette Déclaration confirme également la tenue le 18 septembre à New York d’une réunion ministérielle sur le Darfour en marge de la soixante et unième session de l’Assemblée générale.


Le plan soumis il y a quelques semaines par le Soudan demeure insuffisant, a estimé le représentant, qui a également regretté le déploiement de factions armées sur le terrain.  La situation a empiré au point que l’action des institutions humanitaires s’en est trouvée entravée.  Chaque jour qui passe est une chance perdue pour les populations civiles.  La situation au Darfour aurait dû, depuis plusieurs mois déjà, donner lieu à une réponse concrète et adaptée et il est pour le moins regrettable qu’en dépit des contacts pris à Khartoum, l’accord décisif attendu du Gouvernement soudanais ne se soit pas encore manifesté.  Le Conseil serait pourtant mal avisé de baisser les bras.  Nous l’engageons à affiner davantage son approche du dossier et de ne pas négliger de s’investir toujours davantage dans le rapprochement avec les organisations régionales, en vertu du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.


M. LIU ZHENMIN (Chine) a déclaré que son gouvernement soutenait les efforts du Secrétaire général pour réaliser une paix durable au Darfour, où est actuellement déployée la plus grande mission de l’Union africaine.  À la suite de l’adoption de la résolution 1706, la Chine a suivi de près la situation au Darfour, a indiqué son représentant.  Malgré les divergences de vues sur les moyens de réaliser l’Accord global de paix, les parties se rejoignent sur deux points, a-t-il estimé: il est indispensable de permettre à la MUAS de poursuivre ses efforts jusqu’au 31 décembre et de recevoir l’approbation préalable du Gouvernement soudanais pour déployer la force des Nations Unies qui est censée lui succéder.  De l’avis de sa délégation, les parties doivent également poursuivre le dialogue afin de dissiper les soupçons du Gouvernement soudanais sur le déploiement d’une telle force.  Dans l’intervalle, il faut financer une aide humanitaire de toute urgence, les pays donateurs devant honorer leurs obligations, comme les a encouragés le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland.  Selon la Chine, aucune mission de maintien de la paix ne saurait être imposée à un état souverain, a insisté son représentant.


M. AUGUSTINE MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a déclaré que la situation au Darfour est arrivée à un moment crucial qui exige une action urgente.  La situation humanitaire est grave et la situation politique se trouve au point mort.  Au lieu de développements positifs, la situation devient plus fragmentée et plus violente.  L’option militaire ne fera qu’aggraver une situation déjà fragile au Darfour.  Le Gouvernement soudanais devrait comprendre l’utilité d’un règlement pacifique négocié après avoir enduré le plus long conflit militaire en Afrique.  La Mission de l’Union africaine vient à son terme et ses ressources se tarissent.  La situation qui se profile à la fin du mois est cauchemardesque et exige une action internationale.  En attendant, il devient urgent de couvrir les besoins de la MUAS jusqu’à la fin du mois de septembre et d’engager un dialogue avec le Gouvernement soudanais.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a rappelé que le Gouvernement soudanais avait choisi de régler de façon interne la crise du Darfour, une position que sa délégation ne partage absolument pas.  Toutefois, les décisions du Conseil de sécurité doivent prendre en considération les attentes du pays concerné, a souligné le représentant russe, qui estime qu’il faut réaliser une paix durable au Darfour en coopération avec Khartoum.  Aujourd’hui, nous avons la possibilité d’obtenir des informations de première main grâce à la présence de l’Union africaine, qui joue un rôle essentiel et constitue un garant de la stabilité dans la région.  Dans ce contexte, il serait préférable, a affirmé le représentant, de proroger le mandat de la MUAS jusqu’à la fin de l’année.  Dans l’avenir, le Conseil serait également inspiré de privilégier une solution diplomatique au conflit en poursuivant un dialogue constructif avec le Gouvernement soudanais.  La Fédération de Russie ne ménagera pas ses efforts à cet égard, a conclu son représentant.


M. PETER BURIAN (Slovaquie) a rappelé que lors de sa visite dans un camp de réfugiés et de personnes déplacées au Darfour et dans l’est du Tchad, la délégation du Conseil de sécurité avait pris la mesure des conditions inhumaines dans lesquelles vivent ces populations.  Le représentant a estimé que la résolution 1706 (2006), qui prévoit le déploiement d’une force robuste des Nations Unies, constituait une bonne base à l’action de la communauté internationale pour protéger les civils sur le terrain et faciliter la mise en œuvre de l’Accord global de paix.  Sa délégation s’est déclarée toutefois préoccupée par la réaction des autorités soudanaises et par l’annonce de l’expulsion prochaine des soldats de la Mission de l’Union africaine (MUAS).  Le Gouvernement du Soudan doit comprendre que l’opération des Nations Unies sur le terrain est le seul moyen viable de parvenir à réaliser à une paix durable au Darfour et que l’ONU est un acteur impartial et non une force occupante.  L’Organisation a toujours respecté la souveraineté de ses États Membres, mais a aussi une responsabilité de protéger les populations des génocides, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des nettoyages ethniques, comme l’a confirmé le Document final adopté lors du Sommet de septembre dernier.  Aussi, la Slovaquie est-elle troublée par les récentes mesures prises par le Gouvernement soudanais de poursuivre une solution militaire au Darfour, en violation de l’Accord de paix et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  La délégation a donc engagé celui-ci à se conformer aux dispositions de la résolution 1706 et à reprendre un dialogue constructif avec les Nations Unies pour faciliter la mise en œuvre de celle-ci.


M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a relevé que quelques heures après l’adoption de la résolution 1706, le Gouvernement soudanais a fait savoir son refus d’accepter une mission des Nations Unies.  Au contraire, a-t-il ajouté, celui-ci a continué à élaborer des plans militaires.  Pendant ce temps, les violences et souffrances augmentent tandis que la présence de la MUAS au-delà du 30 septembre est improbable.  Le Gouvernement de Khartoum doit comprendre qu’il a la responsabilité de protéger ses populations.  Il ne saurait y avoir d’option militaire au conflit, la seule solution passant par la mise en œuvre de l’Accord de paix pour le Darfour.  C’est la raison pour laquelle il est important de renforcer la MUAS jusqu’au 31 décembre. 


M. JEAN-MARC DE LA SABLIERE (France) a fait valoir l’importance que sa délégation attachait à l’Accord de paix d’Abuja qui demeure, a-t-il précisé, notre référence commune et la direction vers laquelle doivent tendre nos efforts pour réaliser la paix au Darfour.  Aussi, la France est-elle préoccupée par la poursuite de l’option militaire par les autorités soudanaises contre les mouvements rebelles armés, qui ne peut entraîner, selon elle, que de nouvelles souffrances pour les populations civiles.  Une telle option ne pourrait en outre que contrarier les efforts déployés par les Nations Unies pour ramener la paix au Darfour, a ajouté le représentant.  La résolution 1706, a-t-il rappelé, a été adoptée à la suite de la dégradation de la situation sur le terrain, notamment sur le plan humanitaire.  La seconde raison pour laquelle le Conseil a pris cette décision tenait à la demande que l’Union africaine avait faite en ce sens et à laquelle l’ONU se devait de répondre positivement.  Le Soudan doit donc accepter la mise en œuvre de cette résolution, conformément à la responsabilité de protéger qui incombe à la communauté internationale et qui a été réaffirmée par le Document final du Sommet de 2005.  La France poursuivra pour sa part ses efforts pour que le message de paix contenu dans cette résolution soit pleinement compris par les autorités soudanaises, a conclu M. de La Sablière.


M. KENZO OSHIMA (Japon) a jugé la situation au Darfour alarmante.  La situation exige la concertation de tous, ce qui fait malheureusement défaut.  Nous sommes profondément alarmés par les atrocités qui sont commises au quotidien contre la population civile et les conséquences de la violence sur la paix dans la région.  Le représentant a également insisté pour que tous les acteurs soient signataires de l’Accord de paix pour le Darfour.  C’est précisément pour trouver une solution à cette situation que la résolution 1706 a été adoptée.  Le passage à une mission des Nations Unies renforcée est, de l’avis de sa délégation, la meilleure option.  Pour cela, il sera essentiel de s’assurer de la coopération du Gouvernement du Soudan et, dans ce contexte, nous l’invitons à revoir sa position à la lumière de la résolution 1706.  Par ailleurs, la communauté internationale doit fournir une aide à la MUAS pour qu’elle puisse remplir son mandat jusqu'à la fin du mois.  Le représentant a rejeté toute option militaire et a mis le Gouvernement en garde contre une telle option.


M. LESLIE KOJO CHRISTIAN (Ghana) a souligné l’esprit de bonne volonté et de partenariat international qui sous-tend la résolution 1706 rappelant que celle-ci devrait être mise en œuvre au plus vite pour mettre un terme aux souffrances des populations civiles au Darfour.  Seule la présence d’une mission des Nations Unies au Soudan sera de nature à garantir leur sécurité, a insisté le représentant, ainsi que le respect de la souveraineté du pays.  Rappelant le caractère humanitaire de ladite Mission, le Ghana a vivement encouragé le Gouvernement soudanais à autoriser son déploiement le plus rapidement possible.


M. JAMAL NASSER AL-BADER (Qatar) a déclaré que malgré l’Accord de paix signé par le Gouvernement soudanais, certaines parties refusent toujours d’y adhérer.  Cette situation a mené à la recrudescence de la violence, notamment à la frontière avec le Tchad, empiétant sur le travail humanitaire des ONG et institutions des Nations Unies.  Le véritable obstacle à la paix durable provient des agissements de factions armées qui refusent la paix au Darfour.  Soulignant que la MUAS a accompli un travail important, le Qatar réitère son appui à une augmentation de ses ressources logistiques et financières par le biais des Nations Unies, a indiqué son représentant.  Le Gouvernement soudanais a présenté un plan d’ensemble qui comprend de nombreux volets positifs.  Malgré cela, le plan a été ignoré par le Conseil au profit de l’adoption de la résolution 1706.  Nous appelons une fois de plus le Conseil à étudier ce plan pour parvenir à un terrain d’entente.


Mme ROMY TINCOPA (Pérou) a regretté le refus des autorités soudanaises de comprendre qu’il est dans son intérêt et dans celui de sa population d’autoriser le déploiement de la force des Nations Unies dans le pays.  Nous estimons que le Conseil doit veiller à l’application de la résolution et en particulier des dispositions portant sur la protection des civils.  Sur la base de la résolution 1706, a rappelé la représentante, le Conseil doit en priorité assurer le déploiement rapide de la mission des Nations Unies au Darfour et le renforcement de la Mission de l’Union africaine (MUAS); faire respecter un cessez-le-feu durable; et rechercher des voies intelligentes en vue de renforcer l’aide humanitaire sur le terrain.  La délégation péruvienne espère qu’avec l’accord du Gouvernement soudanais et des organisations régionales, il sera possible de mettre rapidement en œuvre la résolution 1706.


Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) a souligné le besoin vital d’améliorer immédiatement la sécurité et l’accès humanitaire au Darfour et d’œuvrer au maintien durable des conditions de sécurité pour permettre aux populations civiles de reprendre progressivement une vie normale.  Coauteur de la résolution 1706 (2006) adoptée il y a deux semaines par le Conseil de sécurité, le Danemark a réaffirmé son appui à l’intégralité des éléments de ce texte, regrettant la réaction des autorités soudanaises devant la perspective d’un déploiement d’une force des Nations Unies dans la région.  Par le biais de contacts bilatéraux avec les acteurs clefs en Afrique, la communauté internationale s’efforce désormais de convaincre le Gouvernement du Soudan qu’il n’y a pas d’alternative plus souhaitable qu’une mission des Nations Unies au Darfour.  Toutes les options doivent être envisagées pour parvenir à un accord avec les autorités de Khartoum, a insisté la représentante, qui a, par ailleurs, estimé que la prorogation du mandat de la Mission de l’Union africaine (MUAS) ne servirait à rien, comme le soutiennent les amis du Gouvernement soudanais.  Pour le Danemark, les véritables amis d’un Gouvernement, quels qu’ils soient, sont ceux qui aident ce même Gouvernement à remplir sa plus haute obligation: celle de protéger ses citoyens de la famine, de la violence et de la mort, indifféremment de considérations ethniques, culturelles et religieuses.


Fermement attaché à la notion de justice internationale et de l’état de droit, le Danemark souligne que tous les auteurs de crimes devaient être tenus pour responsable, en appliquant, au besoin, les sanctions prévues par la résolution 1706, a déclaré sa représentante.  En adoptant la résolution 1593 qui déférait devant la Cour pénale internationale la situation au Darfour, le Conseil avait déjà montré qu’il n’acceptait pas l’impunité pour les crimes graves contre l’humanité.  Nous devons maintenant prouver que nous avons retenu les leçons du Rwanda, a ajouté la représentante, qui a conclu en ajoutant que le déploiement d’une force robuste des Nations Unies au Darfour était le seul moyen d’y faire appliquer l’Accord global de paix.


M. ADMANTIOS VASSILAKIS (Grèce) a souligné la nécessité d’une action immédiate du Conseil de sécurité au Darfour, où la situation humanitaire et sécuritaire s’est aggravée ces derniers temps.  Toute tentative de rechercher une solution militaire au conflit conduirait à un échec, a rappelé le représentant, qui s’est inquiété de la détermination des non signataires de l’Accord de paix et du Gouvernement soudanais de poursuivre les hostilités.  La réponse du Conseil doit maintenant consister à persuader Khartoum de la nécessité de renforcer la MUAS et de déployer les Casques bleus de l’ONU, ainsi qu’à faire pression sur les non signataires pour qu’ils participent à l’Accord de paix.  Tous les efforts diplomatiques en cours doivent se poursuivre pour convaincre le Gouvernement soudanais de se conformer à la résolution 1706, a insisté le représentant, à commencer par le renforcement de la MUAS.  À cet égard, la Grèce attend avec impatience les décisions du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine qui se réunira le 18 septembre prochain.


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