15/08/2006
Conseil de sécurité
CS/8810

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Conseil de sécurité

5512e séance – matin


SE MONTRANT FAVORABLES À UNE NOUVELLE MISSION DE L’ONU AU TIMOR-LESTE, LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DÉBATTENT DE SES MODALITÉS


Des délégations s’élèvent contre l’octroi de toute amnistie aux auteurs des crimes commis dans ce pays pendant les périodes de crise


« La réconciliation doit se fonder sur la vérité et la nécessité, pour ceux qui ont commis des violations des droits de l’homme, de répondre de leurs actes, qu’il s’agisse d’une responsabilité pénale ou politique.  La Commission spéciale d’enquête indépendante offrira une bonne base à cette fin, en ce qui concerne les évènements récents.  Le rétablissement proposé d’une structure permettant d’enquêter sur les infractions graves de 1999, de même qu’un suivi actif du rapport de la Commission accueil, vérité et réconciliation constitueraient une reconnaissance du fait qu’il est indispensable de combattre l’impunité dans certaines circonstances pour la prévenir dans d’autres », déclare M. Kofi Annan dans le rapport qu’il a soumis au Conseil de sécurité sur la situation au Timor Leste.


Soutenant les conclusions du Secrétaire général et abondant dans le sens de la lutte contre l’impunité, de nombreuses délégations ont estimé ce matin, au cours de l’examen par le Conseil de sécurité des recommandations du Secrétaire général visant le déploiement d’une nouvelle mission intégrée et multidimensionnelle de l’ONU au Timor-Leste, que les auteurs des violences commises en 1999 et au cours de la crise qui a récemment secoué ce pays devaient répondre de leurs actes.  Ces délégations, dont celles de l’Argentine, du Danemark, du Pérou, de la Slovaquie et de la Finlande -qui s’exprimait au nom de l’Union européenne-, ont estimé que la recherche de la réconciliation nationale ne devait pas occulter l’obligation qu’a la communauté internationale de faire en sorte que les auteurs des crimes graves commis au Timor-Leste en soient tenus responsables.  Pour le représentant du Danemark, le soutien et la légitimité apportés par la communauté internationale à la Commission bilatérale pour la vérité et la réconciliation, doivent être conditionnés par la révision et l’annulation de toute clause d’amnistie, une telle mesure étant « incompatible avec les exigences et les dispositions du droit international », comme l’indique le rapport du Secrétaire général.


Bien que la majorité des délégations qui se sont exprimées ce matin au Conseil de sécurité aient soutenu la proposition du Secrétaire général d’inclure une composante militaire, de taille réduite mais solide, au sein de la nouvelle mission qui sera déployée au Timor-Leste, et bien qu’elles aient toutes approuvé la réforme du secteur de la sécurité, le déploiement d’une force de police internationale substantielle, et le renforcement, l’amélioration des structures judiciaires et la professionnalisation de leur personnel, les représentants du Brésil, des Philippines, du Cap-Vert, du Ghana et de l’Argentine ont insisté sur le

respect de la souveraineté du Timor-Leste.  « Il faut éviter que la nouvelle mission de l’ONU prenne la forme d’une tutelle imposée de l’extérieur à un État souverain et Membre des Nations Unies », a souligné le représentant brésilien.  Les vues du Gouvernement et du peuple timorais, a-t-il insisté, doivent être prises en compte et respectées dans le mandat qui sera accordé à la future mission de l’ONU. 


Les raisons des violences qui ont secoué le Timor-Leste tiennent en grande partie à la pauvreté dont souffre le pays, et qui y exacerbe les conflits sociaux et les tensions politiques.  Il est donc du devoir de la communauté internationale et du Conseil de sécurité non seulement d’assurer les conditions de la paix aux Timorais, mais aussi de les aider à créer des conditions propices à un développement économique et social durable, ont dit ces représentants, soutenus par celui de Cuba qui a estimé que la récente crise timoraise résultait en grande partie de la pauvreté.  La délégation des Philippines a proposé que la situation au Timor-Leste soit examinée en priorité par la nouvelle Commission de la consolidation de la paix.


Pour sa part, la représentante des États-Unis a souligné que dans le cadre d’une nouvelle mission de l’ONU au Timor-Leste, son pays n’était pas favorable à l’envoi de troupes de l’ONU, dans la mesure où une force internationale composée de troupes australiennes, néo-zélandaises et portugaises, soutenue par un contingent de police malaisien est déjà en place au Timor-Leste.  Soutenant la position des États-Unis, le représentant de l’Australie a déclaré que son pays, qui a déployé 2 000 soldats et policiers au Timor-Leste à ses propres frais, est prête à y maintenir une grande partie de ces effectifs pour permettre à la nouvelle mission de l’ONU de se consacrer à des tâches d’appui civil et gouvernemental dans lesquelles l’Organisation jouit d’une bonne expertise et d’avantages comparatifs indéniables.  La représentante de la Nouvelle-Zélande a, quant à elle, indiqué que tout en soutenant le déploiement d’un large contingent de police onusienne, son pays estimait que la présence de cette force au Timor-Leste devrait être d’une durée limitée, de manière à permettre à la police timoraise de prendre le relais dans les meilleurs délais.


Outre les délégations déjà citées, le Conseil de sécurité a entendu une présentation de l’Envoyé spécial du Secrétaire général au Timor-Leste, Ian Martin, ainsi qu’une déclaration du Ministre des affaires étrangères du Timor-Leste, José Luis Guterres.  Les représentants de la République-Unie de Tanzanie, du Royaume-Uni, de la République du Congo, de la Chine, du Japon, de la France, du Qatar, de la Fédération de Russie, de la Grèce, du Portugal, de l’Indonésie, de la Malaisie et de Cuba sont également intervenus.  Le Secrétaire exécutif de la Communauté des États lusophones a indiqué que les États membres de la Communauté sont prêts à participer à toute opération internationale pour la consolidation de la paix et le redressement du Timor-Leste.  



LA SITUATION AU TIMOR-LESTE


Rapport sur le Timor-Leste présenté par le Secrétaire général en application de la résolution 1690 (2006) du Conseil de sécurité (S/2006/628)


Par sa résolution 1690 (2006) du 20 juin 2006, le Conseil de sécurité avait prorogé le mandat du Bureau des Nations Unies au Timor-Leste (BUNUTIL) jusqu’au 20 août 2006 et avait prié le Secrétaire général de lui présenter, d’ici au 7 août, un rapport sur le rôle de l’Organisation des Nations Unies au Timor-Leste, à l’expiration du mandat du BUNUTIL, compte tenu de la situation actuelle et de la nécessité de renforcer la présence de l’Organisation.  Le présent rapport décrit les principaux faits nouveaux survenus depuis le précédent, en date du 20 avril 2006, et contient des recommandations sur le rôle futur de l’ONU au Timor-Leste.  Il est largement inspiré des conclusions et recommandations de la mission d’évaluation dirigée par l’Envoyé spécial du Secrétaire général, Ian Martin, qui a séjourné au Timor-Leste du 26 juin au 9 juillet.


L’autodétermination du Timor oriental et l’instauration du nouvel État du Timor-Leste ont constitué des engagements importants pour l’ONU et la communauté internationale, dans son ensemble, s’est étroitement associée à cette entreprise, rappelle le document.  La crise récente n’a pas annulé ces efforts ni révélé le Timor-Leste comme un État défaillant.  Des progrès importants ont été accomplis depuis l’indépendance dans les principaux secteurs du renforcement des capacités institutionnelles.


Mais l’ONU et la communauté internationale ont tiré les enseignements d’autres situations et se sont vu rappeler de la manière la plus claire, par la crise au Timor-Leste, que l’édification de nations et la consolidation de la paix étaient des tâches de longue haleine.  Cela est particulièrement vrai du temps nécessaire pour mettre en place un nouveau service de police et un système de justice.  Nous devons maintenant non seulement demeurer déterminés à aider le Timor-Leste mais montrer aussi que nous nous engageons à poursuivre notre effort sur le long terme, souligne le rapport.


Quels que soient les succès qui ont été obtenus ou pourraient être obtenus grâce à l’action des différentes missions de maintien de la paix, ces acquis seront compromis si l’absence de développement socioéconomique laisse la population du Timor-Leste, en particulier les jeunes, dans la pauvreté et le chômage, prévient le Secrétaire général.  Initialement tributaire des donateurs, le Timor-Leste indépendant a commencé son existence par un recul économique résultant de destructions généralisées.  Aujourd’hui, le revenu à générer, du fait de l’exploitation des ressources de la mer du Timor, a apporté la promesse de budgets en augmentation mais les efforts de développement à long terme à déployer pour investir les ressources budgétaires disponibles dans des programmes visant à réduire la pauvreté rurale et le chômage urbain sont aussi cruciaux que tous ceux qui pourraient être faits par une nouvelle mission des Nations Unies.


Le rapport indique ensuite qu’un rôle international accru dans le secteur de la sécurité et d’autres domaines doit pleinement respecter la souveraineté nationale du Timor-Leste et le processus d’édification de la nation, qui s’intensifie actuellement, doit être entièrement contrôlé et dirigé par les Timorais.  En réinvestissant dans ce processus, la communauté internationale devrait pouvoir s’attendre à ce que les dirigeants politiques du Timor-Leste, ayant réfléchi sur la crise, s’efforcent ensemble d’élargir le fonctionnement politique du pays afin d’établir une démocratie ouverte et pluraliste, processus auquel tous les Timorais se sentiront associés.  L’organisation d’élections crédibles l’année prochaine doit constituer un élément central de ce processus mais il faudra prendre un grand nombre d’autres mesures, touchant notamment la décentralisation du processus décisionnel et le plein engagement de la société civile.


Le nouveau Gouvernement timorais représente un compromis politique; il doit examiner les griefs qui sont à l’origine de la crise, et élaborer des stratégies afin de remédier à ses causes profondes. Il existe un risque que certaines parties passent immédiatement à la dynamique compétitive de la politique préélectorale au lieu de réfléchir sur les erreurs passées et d’engager un dialogue afin d’instaurer un consensus aussi large que possible sur les principales préoccupations nationales. Il est temps que les dirigeants timorais dépassent les conflits récents et les anciennes divisions qui remontent aux années 70, afin de permettre aux Timorais de regarder ensemble vers un avenir meilleur. Les tensions est-ouest qui ont surgi lors des violences ne sont peut-être pas profondes mais elles ont acquis une réalité qui exige maintenant d’être surmontée par le biais des efforts énergiques des dirigeants politiques et religieux si l’on veut réconcilier les communautés, notamment à Dili.


Comme chacun sait maintenant, la réconciliation doit se fonder sur la vérité et la nécessité pour ceux qui ont commis des violations des droits de l’homme de répondre de leurs actes, qu’il s’agisse d’une responsabilité pénale ou politique.  La Commission spéciale d’enquête indépendante offrira, le Secrétaire général en est convaincu, une bonne base à cette fin en ce qui concerne les événements récents.  Le rétablissement proposé d’une structure permettant d’enquêter sur les infractions graves de 1999 de même qu’un suivi actif du rapport de la Commission accueil, vérité et réconciliation constitueraient une reconnaissance du fait qu’il est indispensable de combattre l’impunité dans certaines circonstances pour la prévenir dans d’autres.


Le rapport précise enfin que le nouveau Gouvernement et celui qui sera issu des élections de 2007 devront surmonter de graves difficultés s’ils veulent instaurer la pleine confiance du peuple timorais dans ses dirigeants politiques et dans la capacité de l’État de maintenir la primauté du droit.  Les dirigeants et le peuple timorais doivent savoir que l’ONU sera prête à leur offrir ses bons offices, de même que l’appui d’une nouvelle mission prolongée au Timor-Leste, en même temps qu’une équipe de pays des Nations Unies, en tant qu’amie et partenaire candide et autocritique prête à les aider dans cette tâche.


Déclarations


M. IAN MARTIN, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Timor-Leste, a affirmé que les évènements qui s’étaient produits en mai dernier ne constituent pas un retour en arrière.  Aujourd’hui, a-t-il souligné, le Timor-Leste est un État souverain qui dispose d’un Gouvernement démocratiquement élu et qui est engagé sur la voie de la reconstruction économique.  L’appui des Nations Unies, par le biais du Bureau des Nations Unies pour le Timor-Leste (BUNUTIL), en particulier, a beaucoup contribué au relèvement et à la stabilisation du pays.  Ce qui est aujourd’hui envisagé, c’est un partenariat entre la communauté internationale et le Timor-Leste, afin de s’assurer que les programmes lancés par le Gouvernement timorais soient complétés par l’assistance du système des Nations Unies, a ajouté l’Envoyé spécial.  Il a toutefois prévenu qu’à cette fin, la bonne gouvernance du secteur de la sécurité, de la justice et des institutions démocratiques est essentielle.  Le succès des élections prévues l’année prochaine sera un élément important, mais il ne suffira pas, a dit l’Envoyé spécial, en estimant que le plus gros échec avait été celui du secteur de la sécurité.  La situation à Dili et en dehors a montré les faiblesses d’une police qui n’est pas encore dotée de prérogatives exécutives.  Pour le système judiciaire, le défi est plus grand que jamais et le rôle des institutions gouvernementales doit être renforcé, a-t-il poursuivi.  Le nouveau Gouvernement, aidé par l’Église et la société civile, fait également face à des divisions politiques et à des tensions sociales, en particulier entre l’Ouest et l’Est du pays.  À cet égard, la traduction en justice des auteurs de crimes est un élément déterminant dans la réconciliation nationale, à laquelle travaille la Commission justice et réconciliation.  En conclusion, M. Martin a lancé un appel aux membres du Conseil pour qu’ils continuent à appuyer les efforts actuellement déployés par les Nations Unies au Timor-Leste.


M. TUVAKO N. MANONGI (République-Unie de Tanzanie) a rappelé en premier lieu qu’une fois la situation d’urgence au Timor-Leste était passée, l’établissement d’une nouvelle mission de maintien de la paix dans ce pays était indispensable, garantissant par là-même le soutien de la communauté internationale et la défense de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.


Le représentant a par ailleurs indiqué que la mission d’évaluation au Timor-Leste avait dégagé plusieurs domaines d’activités prioritaires: la réconciliation de communautés profondément divisées par la violence était essentielle, à laquelle venaient s’ajouter la mise en place d’une armée nationale et celle d’une force de police professionnelle, l’établissement de l’état de droit assorti d’un système juridique compétent et impartial s’accompagnant du traitement des violations des droits de l’homme, et enfin l’amorce d’une intervention efficace contre la pauvreté.  Enfin, il a précisé que l’énormité de cette tâche exigeait l’apport de ressources et de compétences internationales et que les Nations Unies seraient appelées à jouer un rôle de premier plan.


M. MATEO ESTREMÉ (Argentine) a déclaré que son pays continuerait à soutenir le Timor-Leste dans la recherche de la stabilité et l’instauration de l’état de droit.  L’Argentine, a-t-il dit, appuie les conclusions du rapport du Secrétaire général et en approuve les recommandations.  La présence de l’ONU au Timor-Leste devra néanmoins être conçue de manière à respecter la souveraineté de ce pays, a tempéré le représentant argentin, en avouant que la création d’une nouvelle mission au Timor-Leste illustre les difficultés que rencontre la communauté internationale dans l’appui à l’édification d’une nouvelle nation.  Nous devrons tirer les leçons du retrait prématuré de la première opération onusienne, a invité le représentant, en soutenant, par ailleurs, tous les efforts déployés par le Timor-Leste et l’Indonésie pour parvenir à une bonne coexistence.  Le cadre de la réconciliation devra cependant être conforme aux exigences du droit international, notamment en ce qui concerne les crimes commis lors de la marche du Timor-Leste vers l’indépendance, a voulu le représentant, qui a aussi appuyé la recommandation du Secrétaire général visant à ce que la nouvelle mission de l’ONU ait une petite composante militaire.  Il a invité le Conseil à envoyer un message fort à toutes les parties timoraises en ce qui concerne le domaine de la sécurité.


M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) s’est félicité de la proposition du Secrétaire général de conclure un accord entre la communauté internationale et le Timor-Leste afin de renforcer les efforts déployés par le Gouvernement timorais.  La tâche centrale est maintenant de reconstituer une police dotée de prérogatives exécutives, a souligné le représentant, qui a rappelé qu’il y avait un calendrier clair pour transfert de ces prérogatives à la police nationale en prévision des élections l’année prochaine.  Il a ensuite estimé nécessaire d’établir, pour une courte période, une force internationale chargée de rétablir l’ordre dans le pays.  Étant donné que la mission va devoir se concentrer sur le secteur de la sécurité et de la consolidation des institutions, il est important d’établir une unité formée à ces questions, ainsi qu’une unité de la justice et des droits de l’homme pendant la période de transition, a ajouté le représentant qui a souligné, pour finir, l’importance d’une composante information pour éviter l’escalade de mai dernier qui avait en partie résulté de la circulation de rumeurs infondées.


M. BASILE IKOUEBE (Congo) a déclaré que sa délégation soutenait les recommandations du Secrétaire visant la mise en place d’une nouvelle mission de maintien de la paix de l’ONU, intégrée et multidimensionnelle, au Timor-Leste.  Le Congo est également en faveur des recommandations faites par le Secrétaire général dans son rapport pour ce qui est de la justice et de la réconciliation au Timor-Leste, ainsi que toute autre démarche entreprise en vue de donner à la mission de l’ONU les moyens d’assurer les tâches qui lui sont assignées dans l’objectif du passage rapide de la responsabilité totale de la conduite des affaires nationales au Gouvernement et au peuple timorais.  Pour ce qui concerne les poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes commis au Timor-Leste résidant actuellement en Indonésie, il conviendrait d’établir un dialogue avec les autorités de ce pays pour déterminer les meilleurs moyens de procéder à la lutte contre l’impunité dans le respect à la fois des normes internationales en la matière et de la souveraineté de chaque pays, a indiqué le représentant congolais.


M. LIU ZHENMIN (Chine) a souligné la responsabilité particulière des Nations Unies à l’égard du Timor-Leste, un pays qui est souvent présenté comme la création de l’Organisation.  Il a ensuite salué les efforts déployés par les Nations Unies pour consolider les gains acquis depuis l’indépendance.  La Chine, a-t-il dit, estime que le Gouvernement timorais et ses partenaires devraient placer les intérêts nationaux au-dessus de toute autre considération pour faciliter la réussite des élections prévues pour l’année prochaine.  Il est nécessaire de consolider les institutions, a poursuivi le représentant, en se déclarant favorable à l’envoi d’une mission pluridimensionnelle et intégrée pour aider le Timor-Leste dans cette tâche.  Il convient qu’une telle mission dispose d’une configuration qui lui permette de faire face à la crise, dans le respect des politiques gouvernementales.  Il est indispensable de restructurer les secteurs de la justice et de la sécurité, a reconnu, à son tour, le représentant.  Un fonctionnement efficace de la Commission vérité et réconciliation permettra de parvenir à rétablir un dialogue national, a-t-il estimé, par ailleurs, en assurant le Timor-Leste de la disposition de son pays à continuer à lui fournir une assistance et à contribuer à la stabilité du pays.


M. LARS FEABORG-ANDERSEN (Danemark) a déclaré que le Danemark soutenait les recommandations du Secrétaire général relatives aux questions des droits de l’homme, de la justice, et de la réconciliation au Timor-Leste.  Parmi ces recommandations, le Danemark appuie particulièrement celle ayant trait au mandat de la nouvelle mission de l’ONU au Timor-Leste, qui devrait apporter un soutien à la reprise des fonctions d’enquête de l’ancienne Unité d’investigation des crimes graves.  Cependant, a poursuivi le représentant, le soutien international et la légitimité fournie à la Commission bilatérale pour la vérité et la réconciliation (CTF) doivent être conditionnés par une révision de la clause d’amnistie.  Comme le dit en effet le Secrétaire général, cette clause n’est pas compatible avec les exigences et les normes de droit international.  Le droit international interdit en effet l’octroi d’amnisties aux responsables de crimes et de violations graves de ses textes, a indiqué le représentant danois.  La nouvelle mission de l’ONU au Timor-Leste devrait soutenir les efforts visant à assurer que la justice ait le dernier mot en ce qui concerne tous les crimes, anciens, actuels ou à venir, commis au Timor-Leste.  Les meurtres et les violences commis lors de la dernière crise qui a secoué le territoire de ce pays doivent donc être punis, a indiqué le représentant.


M. KENZO OSHIMA (Japon) a rappelé que le rapport du Secrétaire général indiquait qu’en dépit des progrès enregistrés, le Gouvernement et la société timorais faisaient toujours face à d’immenses défis, notamment dans les domaines du rétablissement de la justice et de la sécurité et du relèvement économique.  Il a ensuite affirmé qu’au moment de proposer une prolongation du BUNUTIL, il serait indispensable de prendre en compte les propositions du Secrétaire général.  La politique adoptée par les Nations Unies depuis l’indépendance n’est pas mauvaise et les troubles survenus en mai dernier ne lui sont pas imputables.  Toutefois, a tempéré le représentant, certaines lacunes sont à souligner, notamment le fait que les violences auraient pu être évitées si les faiblesses des secteurs de la justice et de la sécurité avaient été identifiées en amont.  Il a souscrit sans réserve au principe directeur d’un accord entre le Timor-Leste et les partenaires internationaux de développement.  Afin d’assurer le fonctionnement efficace d’une mission de maintien de la paix en vertu d’un tel accord, il faudrait envisager la création d’un conseil consultatif politique, a néanmoins suggéré le représentant.  Il s’est enfin déclaré favorable à l’adoption d’une résolution visant à prolonger la mission des Nations Unies, qui devrait être dotée des forces internationales de sécurité fournies au titre des arrangements bilatéraux. 


M. MICHEL DUCLOS (France) a déclaré que la France s’associait à la déclaration que ferait la délégation de la Finlande au nom de l’Union européenne.  Les troubles qu’a connus récemment le Timor-Leste ont conduit à la désintégration de la police dans la ville de Dili et en province, comme l’a indiqué l’Envoyé spécial du Secrétaire général.  La population timoraise est confrontée à des divisions qui créent des conditions pires que celles qui prévalaient avant l’indépendance, a constaté M. Duclos.  La France soutient donc la création d’une nouvelle mission de l’ONU au Timor-Leste et elle fait siennes les recommandations du Secrétaire général, qui répondent aux vœux du Gouvernement timorais.  La France remercie l’action de l’Australie, de la Malaisie, de la Nouvelle-Zélande, du Portugal, du Japon et de tout autre pays dont l’intervention a permis de ramener l’ordre au Timor-Leste.  L’adoption d’une résolution sur le Timor-Leste est désormais possible.  Sur certains détails, la France fixera sa position après avoir entendu le Ministre des affaires étrangères et de la coopération du Timor-Leste, M. José Luis Guterres, qui prend part à la réunion du Conseil de sécurité, a indiqué M. Duclos.


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a estimé que la détérioration de la situation sécuritaire montre que le Timor avait encore grand besoin de la communauté internationale.  La crise est complexe, a-t-il reconnu en arguant que c’est l’interaction entre les différentes questions en suspens qui a contribué au déclenchement de la crise du printemps dernier.  Le représentant s’est ensuite félicité de la réponse internationale sur le plan de la sécurité, qui a été efficace et rapide.  Ceci devrait nous inciter à œuvrer rapidement pour répondre aux exigences de stabilisation, accroître l’investissement dans le pays et renforcer les chances des Timorais, en particulier les jeunes, de trouver un emploi.  Un nouvel élan sur des bases saines est indispensable, a poursuivi le représentant, qui a donc préconisé l’envoi d’une nouvelle mission de l’ONU afin d’offrir l’expertise nécessaire à la mise en place et à la consolidation des institutions démocratiques.  En conclusion, il a soutenu l’idée du Secrétaire général de créer une force pour une durée préliminaire d’un an, dont la prorogation serait soumise à l’examen de rapports périodiques.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que la Fédération de Russie se félicitait de la formation d’un nouveau Gouvernement timorais, dirigé par M. José Ramos-Horta.  Nous notons le rôle important que jouent les forces fournies par l’Australie, le Portugal, la Malaisie et la Nouvelle-Zélande dans le retour au calme.  Beaucoup de questions restent encore sans réponse au Timor-Leste qui, a estimé le représentant, a besoin d’une présence internationale de grande échelle pour se remettre sur pied.  La nouvelle mission de l’ONU devra comprendre une importante composante de police et une composante conséquente d’administration de la justice.  La Fédération de Russie appuie également la recommandation du Secrétaire général visant à doter la nouvelle mission d’une composante militaire solide.  La délégation russe reste ouverte à toutes suggestions ayant trait à l’octroi d’un mandat qui soit réellement opérationnel à la future mission onusienne, a assuré le représentant.


M. ADAMANTIOS TH. VASSILAKIS (Grèce) a d’abord rendu hommage à l’envoi et au déploiement immédiats de forces militaires et de forces de police par le Portugal, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Malaisie au Timor-Leste en réponse à la demande formulée par le Président et le Gouvernement de ce pays.  Il a rappelé au passage que la vigilance était toujours de mise, et que l’établissement d’une nouvelle mission de maintien de la paix s’accorderait avec une stratégie de maîtrise nationale, appuierait les initiatives du nouveau Gouvernement et assurerait un cadre de sécurité générale pour les autres organisations des Nations Unies et les acteurs humanitaires travaillant sur le terrain. 


Le représentant a noté qu’une nouvelle mission des Nations Unies améliorée, multidisciplinaire et globale pourrait également fournir une aide indispensable aussi bien en matière de réforme des forces de police que de refonte du système juridique et de promotion d’un dialogue politique et d’une réconciliation au plan national, propice à l’instauration d’un climat de confiance en prévision des élections présidentielles et parlementaires de l’année prochaine.


Mme JACKIE SANDERS (États-Unis) a salué la proposition du Secrétaire général de mettre en place une approche intégrée en ce qui concerne les causes profondes de la crise au Timor-Leste, ainsi que celle visant à ce que des conseillers des Nations Unies travaillent étroitement avec les Ministres timorais de la défense et de l’intérieur pour mettre en œuvre cette approche intégrée au sein de l’armée et de la police.  En revanche, la délégation n’est pas favorable à l’envoi dans le pays de troupes des Nations Unies, dans la mesure où une force internationale est déjà en place et que ses effectifs sont, selon elle, suffisamment nombreux et bien équipés.  Afin de faciliter la réconciliation nationale et la paix, les États-Unis sont d’accord pour que les auteurs de crimes commis au printemps dernier soient tenus pour responsables.  La Commission spéciale indépendante d’enquête devra pour cela prendre en considération les responsabilités individuelles et institutionnelles, ainsi que les facteurs ayant contribué à l’aggravation des violences, notamment les allégations selon lesquelles d’anciens responsables timorais auraient illégalement distribué des armes, a conclu la représentante.


Mme ROMY TINCOPA (Pérou) a déclaré que son gouvernement saluait la désignation de M. Ramos-Horta au poste de Premier Ministre du Timor-Leste et se félicitait de la formation d’un nouveau gouvernement susceptible de favoriser le retour à la stabilité dans ce pays.  La délégation du Pérou appuie un grand nombre des recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général.  « Nous appuyons l’idée de la création d’une force militaire restreinte au sein de la nouvelle mission de l’ONU et soutenons le déploiement d’une force de police civile substantielle sur le territoire timorais », a indiqué la représentante.  Le Pérou appuie l’octroi d’un mandat fort et robuste à la nouvelle mission de l’ONU, comme le recommande le Secrétaire général dans son rapport.  Notre pays tient par ailleurs à souligner l’importance de l’autonomisation des femmes au Timor-Leste, de façon à mieux les faire participer à la reconstruction du pays et aux actions de réconciliation et de retour à la paix civile.  Notre délégation tient à ce que les auteurs des crimes commis au Timor-Leste durant le processus d’indépendance et au cours de la dernière crise soient traduits en justice.  L’impunité ne doit pas avoir de place dans le cadre de soutien que la communauté internationale entend lancer au Timor-Leste.


M. DUŠAN MATULAY (Slovaquie) a rappelé qu’avec l’approche des élections législatives et présidentielles en 2007, le Timor-Leste allait se retrouver à un carrefour décisif de son histoire.  Il a estimé que la création d’une nouvelle mission au Timor-Leste permettrait de consolider les gains acquis avec l’aide des Nations Unies dans ce pays, d’aider le Gouvernement timorais à assurer la stabilité politique, d’appuyer les élections présidentielles et législatives, de maintenir la sécurité publique, de reconstituer les forces de défense ainsi que l’économie, tout en luttant contre la pauvreté et en s’attachant à promouvoir les droits de l’homme.  Parallèlement, a-t-il indiqué, le Gouvernement et le peuple timorais seraient amenés à assumer la maîtrise totale et la responsabilité pleine et entière du processus de transformation.  Le représentant a voulu que la recherche de la réconciliation nationale n’occulte pas l’obligation de ceux qui ont commis des violations de droits de l’homme de rendre des comptes.


M. NANA EFFAH-APENTENG (Ghana) a souligné que pour relever efficacement tous les défis qui se posent au Timor-Leste, il faudrait que les initiatives locales soient relayées par les efforts des partenaires régionaux et internationaux.  Six ans ne suffisent pas en effet pour consolider la paix et les institutions démocratiques.  C’est pourquoi nous devons nous efforcer de trouver un équilibre pour éviter que les situations des mois derniers ne se reproduisent.  L’ONU est très bien placée pour cela, a estimé le représentant, indiquant que sa délégation soutient l’envoi d’une force de police civile des Nations Unies pour renforcer le professionnalisme des services de sécurité timorais.  Par ailleurs, le lien entre la pauvreté et la sécurité ne saurait être ignoré.  En conséquence, outre le renforcement des institutions nationales et du secteur de la sécurité, il faudrait accorder la priorité à la fourniture de services de base.  La situation humanitaire des personnes déplacées doit également être prise en compte pour évite d’ajouter au mécontentement de la population civile.  À cette fin, l’idée d’un pacte basé sur les besoins des Timorais entre le Gouvernement et les partenaires internationaux de développement a été saluée par le représentant.


M. JOSÉ LUIS GUTERRES, Ministre des affaires étrangères et de la coopération du Timor-Leste, a transmis au Conseil de sécurité tous les remerciements de son pays envers la Malaisie, le Portugal, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ont rapidement déployé des forces pour mettre fin à la montée de l’insécurité lors de la crise qu’a connue le Timor Leste.  Le rapport soumis par le Secrétaire général donne un bon aperçu et une bonne analyse des évènements qui ont secoué le Timor-Leste il y a quelques mois.  Étant donné que les échecs de la police et les échecs institutionnels du PNTL et du F-FDTL sont au cœur de cette crise, une approche holistique doit être adoptée pour envisager la réforme du secteur et des structures de sécurité dans notre pays, a dit le Ministre timorais.  Concernant la justice, les fonds débloqués par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans le cadre de son programme de soutien à la justice, sont pour le moment très insuffisants, pour nous permettre de couvrir les dispositions des actions de soutien dont a besoin le Bureau du Procureur général, compte tenu des manifestations de violences auxquelles était confronté notre pays, a dit M. Guterres.  Le Timor-Leste a également besoin d’un nombre substantiel de spécialistes des droits de l’homme pour soutenir ses institutions, notamment le Parlement et le Bureau du Procureur général, qui doivent désormais veiller au respect de la justice et promouvoir le respect des droits de l’homme, a indiqué le Ministre.


Notre Gouvernement tient à féliciter la Commission internationale d’enquête sur les crimes commis au Timor-Leste pour le travail qu’elle a accompli.  La Commission a ouvert des investigations sur les incidents qui se sont produits au cours de la période du 28 au 29 avril, puis du 23 au 25 mai, et qui ont contribué au déclenchement et à l’aggravation de la crise, a dit M. Guterres.  Le Gouvernement timorais se félicite à cet égard des recommandations du Secrétaire général sur les questions de justice et de réconciliation.  Le Gouvernement étudie les recommandations et, le moment venu, prendra les mesures appropriées.  Nous pensons qu’une forte présence internationale sera indispensable pour permettre le maintien de l’ordre à Dili et sur tout le territoire du Timor-Leste, a ensuite déclaré le Ministre timorais.  La présence de la police de l’ONU nous est nécessaire pour conseiller, soutenir et former notre force nationale de police, surtout en ce qui concerne le maintien de l’ordre au cours de la période électorale que nous préparons, a dit M. Guterres.  Les projets de texte relatifs à la tenue des scrutins présidentiel et parlementaire qui ont été soumis par le Gouvernement au Parlement en vue d’engager un débat public sur la question, devraient être approuvés et adoptés au mois de septembre.  Le Gouvernement et le Parlement ont, d’un commun accord, décidé que ces élections devraient se tenir avant le mois de mai 2007, a annoncé le Ministre timorais des affaires étrangères.  Notre Gouvernement s’engage à organiser des scrutins justes, libres, transparents et crédibles, et a, à cet égard, consulté la société civile, les églises et toutes les autres parties prenantes.  Nous avons lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle nous soutienne dans cette importante entreprise.  Le Timor-Leste est un des pays les plus pauvres au monde, a rappelé le Ministre, soulignant que cette pauvreté est en grande partie responsable des affrontements qui ont endeuillé et déstabilisé notre pays.


Mme KIRSTI LINTONEN (Finlande) s’exprimant au nom de l’Union européenne, a rappelé que malgré les progrès enregistrés, la tension est toujours là et les besoins humanitaires considérables.  À ce jour, plus de 150 000 personnes sont encore déplacées au Timor-Leste et un grand nombre d’armes disparues se trouvent peut-être entre les mains d’individus ou de groupes organisés.  Le climat de peur est un signe évident de la fragilité de la situation et de la nécessité d’analyser les causes sous-jacentes d’une crise qui est loin d’être réglée.  En la matière, a-t-elle estimé, le rôle de la Commission spéciale indépendante d’enquête sera primordial tout autant que l’exigence de justice pour les crimes commis en 1999.  La tenue d’élections présidentielles et parlementaires en 2007 souligne quant à elle l’importance de la réconciliation politique et nationale.


Il est essentiel, a poursuivi la représentante, que les fonctions de la nouvelle mission multidimensionnelle et intégrée des Nations Unies soient soigneusement identifiées et que son mandat soit décidé de manière à éviter des chevauchements inutiles avec les institutions, fonds et programmes des Nations Unies ou avec d’autres partenaires de développement qui font déjà une contribution précieuse au développement du Timor-Leste.  Une coordination efficace, des responsabilités et une division du travail claires sont des conditions préalables au succès de la mission, a-t-elle prévenu.   


M. KEVIN CHEOK (Singapour) a déclaré que la construction d’une nation est une œuvre délicate qui peut connaître des revers, comme cela vient d’être démontré par la crise qui a secoué le Timor-Leste.  Mais cela ne doit pas nous décourager, a dit M. Cheok.  Le rapport du Secrétaire général a bien identifié les zones d’action prioritaires pour la communauté internationale au Timor-Leste, a-t-il estimé.  Notre délégation remercie l’Australie, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande et le Portugal pour les efforts qu’ils ont déployés en vue de ramener l’ordre au Timor-Leste.  La réforme du secteur de la sécurité est indispensable à l’instauration de la stabilité intérieure dans ce pays, a dit le représentant.  Un autre besoin urgent et crucial est celui de la réconciliation politique, a ensuite estimé M. Cheok, en soulignant que ce processus devrait rapidement être lancé afin que les élections prévues en 2007 se tiennent dans une bonne atmosphère.  Singapour soutient le déploiement d’une large force de police de l’ONU au Timor Leste, ainsi que la création d’une composante militaire au sein de la future mission de l’ONU.  Ces deux composantes devraient être en charge du maintien de l’ordre jusqu’à ce que la police timoraise soit remise sur pied.


M. JOÃO SALGUEIRO (Portugal) a souligné que malgré la stabilisation de la situation, le Timor-Leste fait toujours face à des problèmes de sécurité et humanitaire grave.  Un climat de peur persiste, comme en témoignent les 150 000 personnes déplacées.  Il est de plus difficile de réaliser une réconciliation politique durable lorsque des milliers d’armes disparues sont aux mains d’individus ou de groupes aux intérêts politiques différents. 


Il a fermement appuyé les recommandations du rapport du Secrétaire général concernant les composantes police et militaire de la mission de suivi au Timor-Leste, en jugeant important que, pour des raisons de sécurité du personnel, elle soit appuyée par une force militaire d’une taille appropriée qui serait placée sous le commandement et la supervision des Nations Unies.  Le Portugal, a-t-il averti, aurait beaucoup de mal à comprendre toute autre solution qui ignorerait le choix souverain du Timor-Leste, les recommandations du Secrétaire général ou les enseignements tirés du passé sur la nécessité d’une chaîne de commandement claire et d’une sécurité adéquate du personnel des missions d’opération de maintien de la paix. 


Le représentant a ensuite salué la mise sur pied de la Commission d’enquête spéciale indépendante pour le Timor-Leste.  L’exigence de justice pour les crimes graves commis en 1999 est une question fondamentale, a-t-il ajouté.  Le climat actuel d’impunité est le plus grand obstacle à une réconciliation nationale durable et à la stabilité politique, a-t-il estimé en jugeant impératif d’établir la vérité et d’ancrer le principe de reddition des comptes, conformément aux normes internationales des droits de l’homme.


M. REZLAN ISHAR JENIE (Indonésie) a souligné qu’en dépit des difficultés auxquelles est confronté le Timor-Leste, ce pays continuait de jouir d’excellentes relations avec l’Indonésie.  En tant que pays limitrophe, l’Indonésie souhaite voir se développer un Timor-Leste stable, prospère et démocratique.  Consciente cependant que les défis qui subsistent vont largement au-delà des seules capacités nationales du Timor-Leste, la délégation indonésienne estime que la nouvelle mission des Nations Unies, dont elle soutient pleinement la création, devrait se concentrer sur les réels besoins du Gouvernement et du peuple timorais.  Ceux-ci comprennent la promotion de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale; le renforcement des capacités étatiques et institutionnelles; la réduction de la pauvreté et l’assistance humanitaire; et la démocratisation, notamment par le biais du processus qui conduira à la tenue des élections présidentielles et parlementaires de 2007.  Évoquant ensuite la question de la justice et de la réconciliation au Timor-Leste, le représentant a indiqué que son Gouvernement était engagé aux côtés de ce pays pour améliorer la qualité de leurs relations et de leur coopération.  Dans cette perspective, les deux pays ont conclu un accord pour régler la question des violations des droits de l’homme commises en 1999.  Ainsi, à la suite de consultations, la Commission réconciliation et vérité a été établie en 2005.  Celle-ci a accompli des progrès significatifs, notamment en identifiant 14 groupes d’affaires prioritaires.  Elle se consacre maintenant à l’établissement des faits.  Son mandat a été prorogé jusqu’à juillet 2007, afin de permettre aux deux pays de poursuivre les efforts visant à consolider la paix, la stabilité et la démocratie dans le pays, a indiqué en conclusion le représentant.


M. PIRAGIBE DOS SANTOS TARRAGÔ (Brésil) a déclaré que la crise qui vient de secouer le Timor-Leste a démontré l’erreur faite par la communauté internationale lors du retrait prématuré de la première opération des Nations Unies dans ce pays, au lendemain de son accession à l’indépendance.  Le Brésil estime que le Conseil a la responsabilité d’assurer la sécurité du peuple du Timor-Leste, et il espère que le Conseil de sécurité se montrera à la hauteur de ses responsabilités.  La communauté internationale doit cependant respecter la souveraineté du peuple et du Gouvernement du Timor-Leste.  La nouvelle opération de l’ONU dans ce pays devra veiller à ne pas donner l’image d’une mission de tutelle imposée à un pays indépendant et membre des Nations Unies.  Le Brésil est prêt à contribuer à la nouvelle mission de l’ONU en lui fournissant des troupes et des personnes civiles, une fois que les besoins sont identifiés et exprimés, a indiqué le représentant.


M. LAURO L. BAJA (Philippines) a estimé que les facteurs suivants devraient être pris en compte dans l’analyse de la crise au Timor-Leste: l’appropriation de ce pays par son peuple et son Gouvernement devrait être prise en compte dans toute décision du Conseil de sécurité de déployer une opération de maintien de la paix pluridimensionnelle et intégrée.  Les causes profondes de la crise sociale, économique et historique devraient être examinées en vue de rechercher une solution appropriée.  Des progrès supplémentaires dans la consolidation des institutions démocratiques auraient sans doute été accomplis si la Mission des Nations Unis au Timor-Leste n’avait pas été retirée prématurément, a estimé le représentant philippin, qui s’est félicité de l’envoi sur place de forces internationales en vertu d’accords bilatéraux.  Les Timorais devraient maintenant maintenir un dialogue au niveau national, qui pourrait porter ses fruits si un cadre de consultation de la paix était établi.  Les Philippines ont estimé en conclusion que la Commission de la consolidation de la paix devrait examiner la situation au Timor-Leste de façon prioritaire.


M. HAMIDON ALI (Malaisie) a formulé l’espoir que le peuple timorais allait rapidement acquérir la maturité politique indispensable à la construction et au fonctionnement d’une démocratie.  La Malaisie est favorable à la création d’une nouvelle mission de l’ONU intégrée et multidimensionnelle au Timor Leste, a annoncé le représentant, en appelant la communauté internationale à apporter à ce pays le soutien dont il a besoin pour construire une économie viable et durable, capable de créer des emplois pour sa population.  Ceci pourrait contribuer à la baisse des tensions sociales, a-t-il suggéré, avant de demander aussi à la communauté internationale de respecter, lors de son intervention dans ce pays, les droits et les choix du peuple timorais.  La Malaisie, qui est intervenue en déployant des forces de police civile pour soutenir le retour à l’ordre lors de la crise qui a secoué le Timor-Leste, reste disposée à fournir des forces de police à la nouvelle mission des Nations Unies au Timor-Leste, a indiqué M. Hamidon Ali.


Mme LIMA DA VEIGA (Cap-Vert) a déclaré que son Gouvernement avait toujours appuyé la lutte des Timorais pour bâtir un avenir prospère et établir un dialogue pacifique avec leurs voisins.  Mais il faut pour cela examiner les causes profondes de la crise qui s’abat aujourd’hui sur le pays et un appui solide de la communauté internationale est indispensable si l’on veut mener à bien cette tâche immense.  La situation actuelle exige, de l’avis de la délégation, une révision des arrangements actuels en vigueur concernant les forces internationales.  Aussi, le Cap-Vert appuie-t-il l’envoi d’une mission des Nations Unies dotée d’une police civile solide, qui permettrait de sécuriser le pays en perspective des élections prévues en 2007.  Toutefois, les défis de paix et la sécurité ne pourront être relevés que si les problèmes qui se posent en matière de développement sont résolus conjointement.  Il est donc nécessaire de promouvoir un développement qui soit favorable aux pauvres et qui prenne en compte la situation préoccupante des jeunes et des femmes.  Le Cap-Vert et le Timor-Leste ont établi des relations bilatérales pour réaliser des progrès dans les domaines d’intérêt commun, a précisé le représentant.


M. RODRIGO MALMIERCA DÍAZ (Cuba) a déclaré que la crise qui s’est produite au Timor-Leste résulte essentiellement du sous-développement et des conséquences de la longue période de colonialisme qu’a subie ce pays.  Il ne peut y avoir de paix sans développement, et il ne peut y avoir de développement sans paix.  Le Gouvernement du Timor-Leste a fait connaître ses vues sur la forme que devrait avoir une présence internationale sur le territoire de son pays.  Les Nations Unies et le reste de la communauté internationale doivent respecter ces choix.  Il est de leur devoir d’aider le Gouvernement du Timor-Leste à former des ressources humaines et à amorcer le développement du pays.  Malgré les conditions qui lui sont imposées depuis longtemps, Cuba, qui vit depuis plusieurs décennies sous un embargo, a apporté au Timor-Leste son expertise en matière de santé et de développement social.  La coopération cubaine a permis la construction d’un grand centre de santé et d’autres structures médicales.  Environ 150 étudiants timorais sont actuellement à Cuba pour poursuivre leurs études et se spécialiser dans des secteurs de pointe dans le domaine de la santé.  Cuba reste prêt à poursuivre son soutien au peuple ami du Timor-Leste.


Mme ROSEMARY BANKS (Nouvelle-Zélande) a estimé qu’en dépit des progrès accomplis en matière de stabilisation au Timor-Leste, une présence internationale serait nécessaire pour stabiliser le pays à long terme.  Sa délégation souscrit sans réserve aux recommandations du Secrétaire général concernant l’approche intégrée préconisée par le Secrétaire général et la prorogation du mandat du BUNUTIL.  La mise en place de la nouvelle mission des Nations Unies devra toutefois se faire de façon coordonnée, notamment avec l’appui des partenaires internationaux.  La représentante a ensuite soutenu l’appel lancé en faveur d’un examen global du secteur de la sécurité.  La Nouvelle-Zélande, a indiqué sa représentante, fait siennes les recommandations du Secrétaire général visant à doter la nouvelle mission de l’ONU au Timor-Leste d’une composante militaire, et souligne qu’il est important que la présence militaire jouisse d’un appui généralisé et d’une légitimité internationale clairement reconnue.  La police des Nations Unies, quant à elle, aura un rôle à jouer à court terme, la Nouvelle-Zélande estimant à cet égard que la police timoraise devrait prendre le relais dès que possible.  La reconstitution de la police timoraise doit se faire de manière progressive mais rapide, a insisté la représentante.  Par ailleurs, pour être vraiment efficaces, toutes les instances gouvernementales doivent conjuguer leurs efforts afin de respecter les aspirations de l’ensemble des Timorais.  C’est la raison pour laquelle Mme Banks a préconisé en conclusion l’utilisation systématique des deux langues officielles, le portugais et le tetun.


M. ROBERT HILL (Australie) a en premier lieu indiqué que son pays avait été à l’avant-garde des efforts consentis par la communauté internationale au Timor-Leste, et qu’en association avec la Malaisie, la Nouvelle-Zélande et le Portugal, il avait envoyé des troupes ainsi que des forces de police pour faire face à la crise au Timor-Leste.  Son pays a également contribué pour un montant de 8 millions de dollars australiens au titre de l’aide humanitaire.  Depuis 1999, l’Australie a engagé plus de 450 millions de dollars australiens pour l’aide au développement au Timor-Leste, a rappelé son représentant, précisant que son pays entend allouer 450 millions de dollars australiens au cours de la période de 2006-2007.  Cette assistance permettra de renforcer les institutions de gouvernance, l’administration du droit et de la justice, l’administration publique et la gestion du secteur financier ainsi que l’acheminement amélioré de services aux populations rurales.


Le représentant a indiqué que son pays avait accueilli avec intérêt le principe de l’établissement d’une assistance électorale au Timor-Leste, en prévision des élections de 2007, sous forme d’institutions électorales politiquement neutres, indépendantes et professionnelles qui soient acceptées par toutes les parties prenantes et qu’il considérait l’instauration de la sécurité publique comme une condition préalable de l’édification tant d’une démocratie que d’une économie.  S’agissant de la force militaire, il a précisé que les effectifs australiens avoisinaient à l’heure actuelle 2 000 hommes.  M. Hill a fait remarquer que bien qu’une diminution de ces effectifs était prévue compte tenu de l’évolution positive au Timor-Leste depuis la crise, son pays se tenait prêt à participer, sur le plan régional, et à ses propres frais, à une force qui disposerait de capacités de déploiement rapide et assurerait la sécurité des Nations Unies.


M. LUIS FONSECA, Secrétaire exécutif de la Communauté des pays lusophones(CPL), a déclaré que la CPL soutenait les efforts déployés par l’Envoyé spécial du Secrétaire général au Timor-Leste, M. Ian Martin.  Le Conseil des Ministres de la CPL, réuni le 18 juin à Lisbonne, a adopté une déclaration appuyant le déploiement d’une nouvelle mission de l’ONU au Timor-Leste, a indiqué M. Fonseca.  Une mission ministérielle a ensuite été dépêchée au Timor-Leste, et les résultats de ses entretiens et observations ont été débattus le 18 juillet dernier par la CPL lors d’une réunion au Cap-Vert.  Les États membres de la CPL ont manifesté leur disponibilité à participer à toute intervention internationale, approuvée dans un cadre multilatéral, au Timor-Leste.  Le déploiement d’une telle mission devra respecter pleinement la souveraineté timoraise et les choix du Gouvernement et du peuple du Timor-Leste, a souligné M. Fonseca.  La CPL approuve le rapport du Secrétaire et en appuie les recommandations, a-t-il ajouté.  La mission ministérielle de la CPL au Timor-Leste a, pour sa part, conclu que le soutien rapide au développement économique était essentiel au retour à la stabilité dans le pays.  La promotion d’une bonne gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité doivent également faire l’objet de soins particuliers.  Quatre ans d’indépendance ne suffisent pas à l’établissement d’une nation viable et solide. Le Timor-Leste reste fragile, et les États de la CPL participeront aux efforts internationaux de soutien au Timor-Leste.


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