13 juin 2006
Conseil de sécurité
CS/8745

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5457e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: AVIS FAVORABLE SUR LE RETOUR D’UNE FORCE MILITAIRE ET DE POLICE DE L’ONU AU TIMOR-LESTE


« Le Timor-Leste n’est pas un État failli.  C’est un jeune État de quatre ans qui fait ses premiers pas dans la démocratie », a assuré aujourd’hui au Conseil de sécurité, l’Envoyé spécial du Secrétaire général, Ian Martin, qui, revenu d’une mission, a offert une analyse détaillée de la situation sécuritaire et politique du pays, après les troubles des 28 et 29 avril et des 23, 24 et 25 mai derniers.  Parmi les quatre solutions qu’il a proposées pour contribuer à la stabilisation du Timor-Leste, Ian Martin a cité le déploiement d’une force militaire et de police de l’ONU.  L’Envoyé spécial a ainsi appuyé une demande du Gouvernement timorais*, qui a reçu l’aval des 23 participants au débat. 


Les événements d’avril et de mai derniers reflètent les lacunes du leadership national, mais aussi celles de la communauté internationale, qui n’a pas soutenu les institutions de manière appropriée, a reproché le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, en résumant le sentiment général.  On a parlé trop tôt d’un succès au Timor-Leste, a, par exemple, renchéri le représentant de la France, qui a ajouté néanmoins qu’il est beaucoup trop tôt pour parler d’un échec.  Michel Duclos a estimé qu’en se retirant du Timor-Leste, avec les conséquences déstabilisatrices que tout retrait suppose, le Conseil de sécurité a sous-estimé les fractures politiques.  


La crise actuelle repose sur la domination du parti Fretilin que certaines autres factions politiques n’acceptent pas, a diagnostiqué l’Envoyé spécial du Secrétaire général.  Les partis d’opposition accusent le Fretilin de ne pas jouer franc jeu et craignent que les élections de 2007 ne se déroulent pas dans la transparence.  Outre le déploiement d’une force de l’ONU pour maintenir l’ordre et rétablir la confiance parmi la population, Ian Martin a proposé une implication active de l’ONU dans le processus électoral et la création d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les incidents des derniers mois.  Les manettes de cette initiative ont été confiées à la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a annoncé Kofi Annan.  Son Envoyé spécial a aussi proposé un appui international renforcé aux institutions nationales et à la réconciliation nationale, sous les bons offices de l’ONU. 


La gravité de la situation est une grande source de tristesse, mais la situation demeure récupérable, a assuré le Ministre des affaires étrangères et de la défense du Timor-Leste, Jose Ramos-Horta, dans un message lu par son représentant.  Le Ministre rend aussi compte, dans son message, des préparatifs du dialogue politique prévu dans les deux prochaines semaines.  Si la paix a pu être rétablie, l’ordre reste précaire, les institutions d’État et la culture démocratique fragiles, a-t-il alerté en affirmant qu’« une présence et un drapeau des Nations Unies » pourraient réduire les tensions politiques. 


En attendant d’entamer les négociations sur le mandat et le format de la future mission, la majorité des membres du Conseil ont suivi la recommandation du Secrétaire général de proroger, pour une nouvelle période d’un mois, le mandat du bureau des Nations Unies au Timor-Leste (BUNUTIL).  Compte tenu des événements, ils semblent avoir renoncé à l’idée de remplacer le Bureau par un petit bureau intégré, tel que proposé le 5 mai dernier, par le représentant spécial du Secrétaire général, Sukehiro Hasegawa. 


Indépendant depuis 2002, le Timor-Leste a été en proie à des troubles à la suite d’un conflit entre des soldats déserteurs et des troupes régulières qui s’est doublé de dissensions entre Timorais de l’est et de l’ouest.  Le 25 mai dernier, le Conseil avait, à la demande du Gouvernement timorais, appuyé le déploiement des forces portugaises, australiennes, néo-zélandaises et malaisiennes, en comptant sur leur coopération avec le BUNUTIL. 


Avant de devenir l’hôte du Bureau en 2005, le Timor-Leste avait accueilli successivement depuis 1999, la Mission des Nations Unies au Timor Oriental (MINUTO), la force multinationale (INTERFRET), l’Administration transitoire des Nations Unies au Timor Oriental (ATNUTO) et la Mission d’appui des Nations Unies au Timor Oriental (MANUTO).


LA SITUATION AU TIMOR-LESTE


Déclarations


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, s’est dit gravement préoccupé par l’évolution de la situation au Timor-Leste depuis les incidents des 28 et 29 avril derniers.  La violence que le pays a connue est particulièrement douloureuse car le Timor-Leste est un « enfant » de la communauté internationale, comme en attestent les quatre missions que l’ONU y a déployées.  Aujourd’hui, a prévenu le Secrétaire général, ces processus sont en danger.  Les derniers évènements reflètent des lacunes de la part du leadership du Timor-Leste, mais aussi de la communauté internationale, qui n’a pas soutenu les institutions de manière appropriée.  La constitution d’une nation est la base de la démocratie et la primauté du droit n’est pas un processus simple, a rappelé Kofi Annan.  Il reste encore beaucoup à faire aussi bien pour le pays, que pour la communauté internationale. 


Les Nations Unies, a promis le Secrétaire général, n’abandonneront pas le Timor-Leste.  Il a lancé un appel au Conseil de sécurité pour qu’il appuie le retour à la normale dans le pays.  Il a attiré l’attention sur le rapport de son Envoyé spécial, qui met en lumière les problèmes liés à la sécurité, mais aussi les problèmes liés à la situation politique générale.  En concluant, le Secrétaire général a fait part d’une lettre que lui ont adressée les autorités timoraises, demandant aux Nations Unies de créer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les incidents des 28 et du 29 avril et des 23, 24 et 25 mai.  Le Secrétaire général a demandé à la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme de prendre la tête du mouvement pour créer cette commission et informer le Conseil des progrès accomplis.  


M. IAN MARTIN, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Timor-Leste, a déclaré au Conseil de sécurité qu’il avait eu des discussions avec la classe politique timoraise dès son arrivée à Dili.  M. Martin a indiqué qu’il avait également rencontré les responsables militaires timorais et le corps diplomatique accrédité au Timor-Leste.  Alors que nous étions à Dili, les deux instances constitutionnelles qui conseillent le Gouvernement ont décidé de créer un cadre de concertation sur la crise.  À la suite de leurs consultations, les Ministres de la défense et de l’intérieur ont démissionné.  Le maintien de la sécurité exige beaucoup de coordination entre les responsables des forces étrangères qui sont au Timor-Leste, a dit M. Martin, en félicitant l’Australie, la Malaisie, le Portugal et la Nouvelle-Zélande.  Nous pensons que les incendies volontaires qui ont éclaté à Dili seront bientôt sous contrôle.  Les responsables militaires timorais se sont engagés à ne plus lancer d’actions offensives contre les rebelles et à se mettre sous les ordres du Président Gusmao.  Cependant, a dit M. Martin, un certain nombre d’armes ont été distribuées à des anciens combattants de la lutte d’indépendance.  Tant que ces armes ne sont pas récupérées, il est à craindre que la stabilité ne revienne pas aussi vite que nous le souhaiterions.  Les prochaines élections sont prévues en 2007, mais certaines parties estiment qu’elles ne peuvent accepter le maintien du Premier Ministre Alkatiri au pouvoir jusqu’à cette date, a indiqué M. Martin.  Il est à craindre que des violences se produisent entre certaines factions, a-t-il averti.


Les soldats de l’ex-Falintil, originaires de l’est du pays, sont ceux qui se plaignent le plus de discriminations.  La composition de la police fait aussi l’objet de plaintes, certains groupes estimant que certaines recrues de la police ont autrefois travaillé en faveur de l’Indonésie.  La structure nationale de commandement s’est désintégrée, en ce qui concerne la police, a dit l’Envoyé spécial du Secrétaire général.  Il faudrait donc revoir la composition même de cette police.  Une faille dangereuse existe dans le maintien de l’unité nationale.  En termes politiques, la crise actuelle repose sur la domination du parti Fretilin, que certaines autres factions politiques n’acceptent pas.  Les partis d’opposition accusent le Fretilin de ne pas jouer franc jeu et redoutent que les prochaines élections ne se déroulent pas dans la transparence.  Le Président Gusmao reste garant du multipartisme aux yeux de la majorité de la population, et s’efforce de jouer ce rôle d’arbitre.  Certains groupes ont voulu le pousser à agir contrairement à la Constitution, mais il a résisté à ces appels. 


Le fait que des soldats aient tué des officiers de police non armés qui étaient sous la protection de l’ONU a beaucoup perturbé les Timorais.  L’ONU s’efforce cependant de leur faire comprendre qu’elle restera à leurs côtés dans cette épreuve.  Les enquêtes sur cet incident doivent faire toute la lumière sur les responsabilités de ce massacre.  L’examen et le rétablissement du secteur de la sécurité sont primordiaux.  L’ONU devrait jouer le rôle principal en ce qui concerne le rétablissement de la police, comme l’ont demandé les autorités du Timor-Leste.  L’attitude de la police en période d’élection devra faire l’objet d’une attention particulière.  Il est choquant que des scènes de pillage et d’incendie soient visibles à Dili quatre ans après l’indépendance.  La communauté internationale doit apporter son soutien au Timor-Leste, qui n’est pas encore un État en faillite, a dit M.  Martin.


M. JOSE LUIS GUTERRES (Timor-Leste) a lu le message du Ministre des affaires étrangères et de la défense du Timor-Leste, dans lequel il remercie la communauté internationale et les pays amis d’avoir déployé tous les efforts pour favoriser le retour au calme dans son pays.  Passant en revue les résultats des différentes interventions, en particulier dans le domaine du désarmement des combattants, le Ministre rend hommage au « poids moral » du Président Gusmao.  La gravité de la crise actuelle est une grande source de tristesse, mais la situation demeure récupérable, assure le Ministre, dans son message.  Il réfute d’ailleurs, détails à l’appui, toutes les rumeurs selon lesquelles le pays a connu une paralysie de son secteur économique.  À part Dili, tous les autres secteurs ont continué à fonctionner, a souligné le Ministre, en reconnaissant néanmoins le risque d’une résurgence de la violence.  Il se dit, en effet, préoccupé par les très mauvaises conditions de vie de la police nationale, ce qui est une négligence impardonnable de la part du Gouvernement. 


Le Ministre rend compte aussi des efforts déployés sur le plan politique, qui prévoit un dialogue global au cours des deux prochaines semaines.  Il sera coprésidé par le Président et les deux Évêques du pays.  Le fait d’avoir reconnu que toutes les solutions doivent se fonder sur la Constitution montre à quel point tous les protagonistes tiennent à la consolidation de leurs institutions.  Ils ont aussi reconnu la nécessité de mettre en place une commission d’enquête indépendante pour étudier les évènements du mois d’avril et du mois de mai. 


Si la paix a pu être rétablie, la situation en matière de maintien de l’ordre reste précaire.  Les institutions d’État et la culture démocratique restent fragiles.  En conséquence, un soutien international par l’intermédiaire d’une force de police des Nations Unies s’impose, dit encore le Ministre, dans son message.  Il est essentiel d’avoir une présence et un drapeau des Nations Unies pour réduire les tensions politiques.  Les forces étrangères actuelles devraient donc être remplacées par une force des Nations Unies qui devrait comprendre un grand nombre de pays de la région. 


Le Ministre poursuit en souhaitant que la durée du mandat soit suffisante pour permettre aux institutions d’État de sortir de la situation fragile dans laquelle elles se trouvent en ce moment.  Le mandat devrait viser le maintien de l’ordre, ajoute le Ministre, en reprenant le paragraphe contenu dans la lettre qu’il a envoyée au Secrétaire général.  La décision appartient au Conseil et le peuple du Timor-Leste attend, conclut le Ministre.  


M. ROBERT HILL (Australie) a déclaré que son pays était heureux d’avoir joué un rôle important lors des interventions de la communauté internationale au Timor-Leste.  Le déploiement australien visait à rétablir l’ordre et la stabilité, a indiqué le représentant, en notant cependant que le Timor-Leste aurait besoin d’un engagement de longue durée de la communauté internationale.  Les violences sont devenues sporadiques à Dili, a dit le représentant, en indiquant que les auteurs des violences qui ont marqué le mois dernier devaient être traduits devant les tribunaux.  L’Australie a réagi rapidement face à la situation humanitaire, en versant 4 millions de dollars pour venir en aide aux personnes dans le besoin.  Nous estimons qu’une nouvelle mission de l’ONU au Timor-Leste devra être placée sous le Chapitre VII de la Charte de l’ONU.  Il faut renforcer les institutions du pays, ainsi que le fonctionnement de ses structures publiques, a estimé le représentant.  L’Australie demande que l’ONU mène une enquête approfondie sur les violences qui viennent de secouer le Timor-Leste, a ensuite dit le représentant.  Nous pensons que la police timoraise doit être placée sous l’autorité d’un seul chef de police, et l’ONU doit aider le Gouvernement timorais à renforcer son cadre juridique et ses institutions judiciaires. 


M. JOAO SALGUEIRO (Portugal) est revenu sur les appels qu’il a lancés, le 5 mai dernier, pour l’apport d’un appui au renforcement des institutions du Timor-Leste.  Les Nations Unies doivent être là pour les Timorais, a-t-il dit, en rappelant le déploiement par son pays d’une force de police paramilitaire qui devra aussi fournir une formation à une unité d’intervention rapide.  La situation actuelle nécessite un renouvellement de la présence des Nations Unies.  Toutefois, le représentant a voulu qu’en la matière, l’on écoute d’abord les Timorais.  Nous sommes devant une crise politique profonde qui est loin d’être terminée, d’autant plus que de nombreuses armes ont disparu.  Les solutions politiques doivent rester aux mains des Timorais et une mission des Nations Unies devrait viser à faciliter le dialogue politique, la réconciliation nationale et la pacification du processus électoral.  Le représentant a conclu en qualifiant la création d’une commission d’enquête indépendante d’étape nécessaire au renforcement de l’État de droit.  Il a dit attendre les observations du Secrétaire général concernant le respect du principe de reddition des comptes au Timor-Leste.  


Mme ROSEMARY BANKS (Nouvelle-Zélande) a déclaré que la situation restait fragile au Timor-Leste.  La Nouvelle-Zélande se félicite de la coordination qui existe entre les pays qui ont dépêché d’urgence des contingents au Timor-Leste, et elle garantit que ses forces resteront aussi longtemps que nécessaire sur le terrain.  Nous sommes prêts à soutenir les initiatives de la communauté internationale, tout en insistant sur le respect de l’implication des autorités timoraises dans toutes les décisions concernant leur pays.  La construction d’une nation n’est pas une tâche aisée, a dit la représentante.  Elle a exhorté le Conseil de sécurité et la communauté internationale à prendre des engagements à long terme en faveur du Timor-Leste.


M. RADZI RAHMAN (Malaisie) a rappelé que le Timor-Leste avait été salué comme un « grand succès des Nations Unies ».  La communauté internationale a donc l’obligation de consolider ses acquis, a-t-il estimé.  Rappelant que son pays a répondu à l’appel du Timor-Leste, en déployant 333 militaires sur le terrain, le représentant a jugé réconfortant d’entendre que la situation s’est améliorée.  Mais n’oublions pas, a-t-il dit, que les troubles civils ont été un réveil indiquant que le Timor-Leste est toujours dans la première phase de la constitution de ses institutions étatiques.  La communauté internationale doit contribuer à ce processus et le Conseil doit, en collaboration avec le pays, évaluer de manière approfondie les problèmes sous-jacents de la violence, comme la pauvreté, le chômage, ou la lenteur du développement économique et y trouver des solutions durales.  Les Nations Unies doivent assurer une large présence dans le pays et compte tenu de la fragilité du pays, en particulier à la veille des élections, le Conseil doit envisager la mise en place d’une force de maintien de la paix à part entière.  Le déploiement d’une force serait essentiel tant que l’ONU ne sera pas certaine que les forces nationales sont pleinement rétablies, a insisté le représentant.


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a déclaré que sa délégation craignait qu’une crise humanitaire de grande ampleur n’éclate au Timor-Leste.  Le Qatar félicite les quatre États qui ont dépêché des forces au Timor-Leste, bien que des violences continuent à se produire à Dili.  Le Qatar appelle les Timorais à faire preuve de tolérance et d’esprit d’unité.  Il serait dommage que les investissements faits par l’ONU et la communauté internationale au cours des dernières années soient perdus du fait des violences.  Le Qatar, a assuré son représentant, soutiendra une nouvelle implication de l’ONU au Timor-Leste.


M. TUVAKO N. MANONGI (République-Unie de Tanzanie) a entendu les appels à ne pas céder au désespoir et a donc estimé que le Timor-Leste mérite un soutien ferme et collectif de la part de la communauté internationale.  Il a lancé un appel aux dirigeants du pays pour qu’ils prennent des mesures pour s’attaquer aux causes mêmes du conflit, et ce, dans le cadre constitutionnel.  Il s’est félicité de la création future d’une commission d’enquête indépendante.  Maintenant qu’il est admis que les forces de l’ONU ont été retirées trop tôt du pays, il faut, a conclu le représentant, appuyer l’idée du déploiement d’une présence forte. 


M. CÉSAR MAYORAL (Argentine) a déclaré que la désignation de Ian Martin, comme Envoyé spécial du Secrétaire général, se révèle parfaitement justifiée, du fait de sa connaissance des problèmes du Timor-Leste.  L’Argentine se joindra aux autres pays pour soutenir le redressement de ce pays, a dit le représentant, qui a demandé que des enquêtes soient menées pour connaître les responsables des troubles qui ont éclaté au Timor-Leste.  Il a remercié les quatre pays qui ont envoyé des troupes et des secours humanitaires d’urgence au Timor-Leste.  Il est clair que la communauté internationale devra déployer une forte présence de police civile et des éléments militaires dans le pays pour y assurer la bonne tenue des élections de 2007.  Le mandat du BUNUTIL devra être revu pour l’adapter aux besoins, a dit le représentant argentin. 


Mme ROMY TINCOPA (Pérou) a regretté les incidents et la violence dont a été témoin dernièrement le Timor-Leste, avant d’exprimer sa reconnaissance à tous les acteurs nationaux et étrangers, qui sont intervenus pour ramener le calme.  Elle s’est attardée sur l’aide humanitaire opportune apportée par certaines organisations internationales, en souhaitant que cette assistance se poursuive.  L’instabilité que connaît le pays exige une assistance internationale, a-t-elle dit, en estimant que les Nations Unies ne peuvent se détourner du Timor-Leste au moment où il a besoin d’une aide cruciale.  Elle a appelé les autorités du Timor-Leste à prendre ses responsabilités et à présenter un plan de développement crédible pour apaiser les tensions sociales et se mettre sur la voie d’un État viable à long terme.  Le Conseil de sécurité doit tout faire pour consolider les investissements auxquels il a consentis, a-t-elle ajouté, en estimant que le mandat d’une présence doit être solide et viser le renforcement de la démocratie, l’assistance au secteur de la sécurité et l’aide aux préparatifs électoraux.  La représentante a aussi demandé aux Timorais d’agir de manière responsable par le dialogue politique et dans la confiance, d’enquêter sur les actes de violence qui ont eu lieu et de mettre en œuvre, au plus vite, les recommandations de la Commission réconciliation et vérité.


M. L.K. CHRISTIAN (Ghana) a déclaré qu’il n’était dans l’intérêt d’aucune faction timoraise de déstabiliser le pays.  Les parties devraient déposer les armes et se lancer dans le dialogue et la concertation, en vue de bâtir une nation prospère et viable.  Le triste spectacle de milliers de personnes déplacées est un revers sévère pour le Timor-Leste, que la communauté internationale a mené à l’indépendance, a dit le représentant.  Le Ghana lance un appel à l’aide internationale pour qu’elle vienne au secours des personnes déplacées par les violences.


M. KENZO OSHIMA (Japon) a déclaré que son pays pensait que le Timor-Leste était un succès de l’ONU et un modèle de paix et de coopération au développement.  Tout au long du processus menant à l’indépendance, les Timorais ont fait preuve de résistance et de responsabilité, en se laissant guider par d’éminents dirigeants.  Les partenaires multilatéraux et bilatéraux n’ont pas été en reste.  Il était donc permis de penser que le Bureau de l’ONU devait progressivement se retirer.  Aujourd’hui, nous voyons des points de fragilité, a reconnu le représentant, en regrettant que le désordre ait été aggravé par des tensions politiques entre les dirigeants du pays.  Il faut aller au-delà du rétablissement de l’ordre et de la loi et traiter des causes sous-jacentes des problèmes actuels.  Il est donc important d’assurer la réconciliation politique.  Les Nations Unies pourraient faciliter ce processus qui doit être maîtrisé par les Timorais eux-mêmes.  Concernant la création d’une commission d’enquête, la participation de l’ONU doit être étudiée avec soin, en tenant compte du principe d’appropriation nationale. 


Le représentant a aussi commenté la crise humanitaire qui secoue le pays.  Il a rappelé l’appel d’urgence d’OCHA, avant d’annoncer une contribution japonaise de 5 millions de dollars.  Parallèlement aux solutions politiques, il faut affronter les problèmes économiques et sociaux, tel que le chômage des jeunes, qui continuent à causer des troubles.  Le Conseil ne peut éviter d’aborder ces questions puisqu’elles sont la raison des troubles politiques et de la violence.  Le Timor-Leste doit être considéré comme un cas d’école de la Commission de consolidation de la paix, a estimé le représentant, en appelant la communauté internationale à examiner ses activités passées et à envisager la manière d’améliorer le rôle des Nations Unies au Timor-leste.  Il a conclu en appuyant la prorogation du mandat du BUNUTIL, en attendant des recommandations plus avant sur l’éventuel déploiement d’une autre présence de l’ONU.


M. KONSTANTIN DOLGOV (Fédération de Russie) a déclaré que sa délégation était préoccupée par la dégradation de la situation au Timor-Leste, qui se caractérise par des affrontements de nature ethnique.  Nous saluons le travail accompli par les États qui sont intervenus sur le terrain et la mission menée par l’Envoyé spécial Ian Martin.  La Fédération de Russie attend que le Secrétaire général fasse des recommandations sur les mesures à prendre au Timor-Leste. 


M. LI JUNHUA (Chine) a salué le rôle des quatre pays qui ont répondu à l’appel du Timor-Leste pour rétablir le calme.  Il a ensuite déclaré que les troubles de ces six dernières semaines font se demander si le « grand succès des Nations Unies » n’était qu’un mirage et si tous les efforts déployés étaient vains.  Le Timor-Leste est un enfant qui fait ses premiers pas et qu’il faut aider à marcher pour qu’il ne tombe, a répondu le représentant.  Il a appelé toutes les forces politiques du pays à donner la priorité à l’intérêt général et à laisser de côté les différends du passé.  Elles doivent régler leurs problèmes dans le cadre démocratique et constitutionnel, a-t-il dit, avant d’appeler la communauté internationale à continuer à offrir au pays les différents types d’assistance.  Il faut être pleinement conscient de la fragilité et de la délicatesse de la situation dans le pays et veiller à un équilibre minutieux, pour éviter d’ajouter aux problèmes, en imposant des points de vue.  L’ONU, a encore dit le représentant, doit étudier les causes de ces troubles et prendre des mesures ciblées pour régler les problèmes.  Les Nations Unies doivent préparer leur future présence sur la base des points de vue des dirigeants du pays.  Comme la situation n’est pas encore tout à fait rétablie, et qu’il le faut pour préparer une nouvelle mission, le représentant a appuyé la prorogation du mandat du BUNUTIL.


Mme WOLCOTT SANDERS (États-Unis) a dit que son pays félicitait les États qui ont dépêché des forces au Timor-Leste.  Dans les circonstances actuelles, il ne saurait être question de laisser le mandat du BUNUTIL expirer le 20 juin, a dit la représentante.  Les États-Unis soutiennent les demandes d’enquête sur les causes de la violence qui a secoué le Timor-Leste.  Les États-Unis estiment par ailleurs que la police timoraise a été politisée lors de sa formation et qu’il faut reprendre cette formation, en la confiant cette fois à un seul pays, a indiqué la représentante.  Notre délégation déplore aussi le pillage des archives nationales du Timor-Leste.  La Commission vérité et réconciliation en a besoin, et nous nous réjouissons que l’ONU détienne des copies des documents qui ont été volés, a dit la représentante.


M. PASCAL GAYAMA (Congo) a rappelé les efforts déployés par les Nations Unies au Timor-Leste et les résultats qu’elles ont enregistrés.  Il a donc regretté les « évènements déstabilisateurs » de ces derniers temps et les conséquences qui perdurent.  Il a condamné ces actes de violence qui mettent en péril la vie de la nation et les espoirs de la communauté internationale.  Cette dernière doit donc continuer à accompagner les efforts de normalisation du Timor-Leste.  Revenant à la déclaration présidentielle du 24 mai dernier, qui soutenait la demande lancée par le Gouvernement timorais, le représentant a estimé que le rapport de l’Envoyé spécial du Secrétaire général sera d’un concours primordial dans la prise de décisions au niveau du Conseil.  De plus, les propositions faites par le Secrétaire général pourraient utilement être remises à l’ordre du jour, notamment en ce qui concerne la Commission d’enquête indépendante et l’implication de l’ONU dans la réforme du secteur de la sécurité et dans l’appui aux institutions et à la réconciliation nationale.  Le représentant a prôné l’apaisement, tout en prenant acte des efforts déjà fournis par les autorités, les ex-soldats et les leaders religieux. 


M. MICHEL DUCLOS (France) a déclaré que l’ONU ne devait plus se retirer trop tôt de situations où l’Organisation joue un rôle capital.  Tout retrait de l’ONU a des conséquences sur l’équilibre entre acteurs locaux et sur les donateurs internationaux.  Tout retrait de la présence de l’ONU a des conséquences déstabilisatrices, comme nous le voyons au Timor-Leste, et les stratégies de sortie devraient être soigneusement revues.  Dans le cas du Timor-Leste, le Conseil de sécurité n’a pas eu une analyse profonde des questions politiques, et a sous-estimé les fractures qui existaient entre Timorais.  L’homme est un animal politique, a dit Aristote.  Les questions politiques ne peuvent donc être résolues, si on réduit l’assistance économique ou politique à un pays.  Le Conseil devra donc se réengager au Timor-Leste après une période de réflexion marquée par des actions intensives du Secrétariat, qui doit poursuivre les contacts avec les personnalités et les acteurs concernés.  Le Secrétariat devra soumettre au Conseil des actions réalistes tenant compte des réalités qui règnent au Timor-Leste.  On a parlé trop tôt de succès en ce qui concerne ce pays, mais il est aussi trop tôt pour parler d’échec, a dit M. Duclos. 


M. DUŠAN MATULAY (Slovaquie) a regretté qu’après un succès, des problèmes ethniques et des clivages politiques aient sapé les efforts de la communauté internationale au Timor-Leste.  Il a appelé les parties à agir dans l’intérêt du peuple, en posant le diagnostic d’une gouvernance faible, d’une grande pauvreté et d’une démocratie fragile.  Ces problèmes, a-t-il dit, exigeront des autorités nationales qu’elles déploient des efforts considérables pour consolider leur État.  Les Nations Unies doivent y participer activement, a estimé le représentant, en promettant de participer, de manière constructive, aux négociations sur la future mission des Nations Unies. 


            M. ADAMANTIOS VASSILASKIS (Grèce) a déclaré que la Grèce se ralliait à la déclaration que fera l’Autriche au nom de l’Union européenne.  La Grèce regrette les violences qui ont fait tant de morts au Timor-Leste et ont replongé le pays dans l’instabilité et la fragilité.  Nous regrettons que la communauté internationale ait retiré ses forces du Timor-Leste de manière prématurée, a dit le représentant, en invitant le Conseil à revoir la gestion de ses missions de paix et le retrait des troupes. 


M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a salué l’action des quatre États qui ont répondu à l’appel du Timor-leste.  Il est évident que l’ONU doit en faire plus et d’une manière durable.  Toutes les parties doivent travailler ensemble pour faire face aux défis électoraux de 2007.  Il faut être prêt à faire tout ce qu’il faudra pour amener la stabilité, le progrès politique, le développement économique et le rétablissement de la sécurité.  Ce sera difficile et il faut, pour que les élections aboutissent à une période stable, faire plus sur la gouvernance, l’état de droit et l’amélioration des capacités institutionnelles.  Le Conseil, a poursuivi le représentant, doit réfléchir à la manière de réagir au mieux.  Il s’est dit en faveur d’une prorogation de 30 jours du BUNUTIL pour poursuivre les discussions. 


Tout nouveau retard dans le suivi risquerait de gaspiller l’élan actuel et de mettre en jeu la crédibilité des Nations Unies, a prévenu le représentant.  Une mission de police et une mission politique seraient la solution, mais un message de calme et de soutien doit continuer d’être transmis.  Si nous pouvions établir une liste de ce qui est nécessaire, les différents pays pourraient présenter leur offre, a dit le représentant, en estimant que l’exemple du Japon est un exemple à suivre.  Il a dit attendre les recommandations du Secrétaire général et a prévenu que d’une manière ou d’une autre, l’ONU devra participer à la Commission d’enquête pour déterminer les causes des troubles.  La situation actuelle rappelle à tous les responsabilités de l’ONU, qui doit faire plus pour renforcer la paix dans les situations post-conflit, en tenant compte de tous les facteurs fondamentaux de cette paix.  C’est pourquoi, la Commission de consolidation de la paix est une initiative si importante, a conclu le représentant. 


Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) a souligné la nécessité d’apporter une aide au renforcement des institutions du Timor-Leste, en particulier dans le domaine de la sécurité.  Elle a aussi souligné l’importance de la réconciliation nationale, avant de réclamer la création d’une Commission d’enquête indépendante pour établir la vérité sur les derniers évènements.  Mme Loj a aussi dit attendre les recommandations du Secrétaire général sur une éventuelle force de l’ONU.  En attendant, sa délégation se prononce en faveur de la prorogation du mandat du BUNUTIL. 


M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a déclaré que le Brésil appelait les Timorais à s’engager dans le dialogue et la réconciliation, en vue de ramener la paix dans leur pays.  Il est essentiel que la communauté internationale aide le Timor-Leste à se doter de mécanismes politiques et juridiques solides, a dit le représentant.  Des solutions parcellaires ne sauraient apporter un équilibre et une paix durable au Timor-Leste, a-t-il fait remarquer.  Le Conseil de sécurité devrait envoyer un message fort et sans équivoque aux parties en présence pour leur faire comprendre son engagement à long terme en faveur du retour à la paix au Timor-Leste, a-t-il poursuivi.  La prochaine mission de l’ONU dans ce pays devra être soigneusement préparée, a recommandé le représentant brésilien, en invitant la communauté internationale à soutenir une expression politique libre au Timor-Leste et à y promouvoir un esprit de tolérance permettant de régler les problèmes par le dialogue entre les différentes parties en présence.


M. GERHARD PFANZELTER (Autriche), s’exprimant au nom de l’Union européenne, a appelé toutes les parties à éviter les violences et à contribuer au retour de l’ordre public.  Il les a aussi appelées à s’engager dans un dialogue pour trouver une solution à la crise actuelle et à ses problèmes sous-jacents.  Il a félicité les pays qui ont répondu à l’appel à l’aide du Timor-Leste.  Les derniers évènements, a-t-il dit, ont révélé une crise politique grave et des lacunes dans l’approche de la réforme du secteur de la sécurité.  Prévenant qu’il y a encore beaucoup à faire pour traiter de manière globale les problèmes et assurer ainsi la réconciliation politique, qui est un facteur indispensable à la constitution d’une nation, le représentant a souligné qu’une présence internationale reste nécessaire.  Cette présence, a-t-il dit, doit promouvoir la réconciliation politique, mettre un terme aux divisions et maintenir la loi et l’ordre.  Il faudra tout faire pour renforcer les capacités de l’administration, a poursuivi le représentant, avant de souligner que les élections de 2007 sont un défi important et que l’appui international sera essentiel.  Concernant le format de la future mission de l’ONU, le représentant autrichien a voulu que les souhaits du Gouvernement timorais et l’évaluation du Secrétaire général soient parmi les éléments à prendre en compte.  Il est important que les Nations Unies aient le temps de terminer leur travail, a-t-il ajouté, en parlant de la durée du futur mandat.  Il a conclu en rappelant l’aide de 18 millions d’euros que la Commission européenne entend consacrer aux projets de développement économique et démocratique et sur les 63 millions d’euros qui ont été bloqués pour la période 2008-2013. 


M. BAYANI MERCADO (Philippines) a dit que son pays félicitait la Malaisie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Portugal pour leur rapide intervention au Timor-Leste.  Le soutien international est indispensable si on veut maintenir le Timor-Leste sur la bonne voie, et l’ONU ne devrait pas baisser les bras dans ce pays qui a longtemps été considéré comme un grand succès, en ce qui concerne le maintien de la paix et le soutien à la construction d’un État, a dit le représentant philippin.  Le Timor-Leste a besoin d’une solide force de police qui soit efficace et impartiale.  Les Philippines remercient les autorités timoraises pour la confiance faite au Gouvernement de Manille, à qui il a été demandé de se charger de la formation de la nouvelle police timoraise, a conclu le représentant. 


Mme FILIMONE KAU (Fidji) a souligné que la consolidation de la paix prend du temps et des ressources.  Elle exige qu’une attention particulière soit accordée au désarmement.  La création des capacités et la mise en place de nouvelles structures institutionnelles sont essentielles pour assurer la paix, la stabilité et le développement durable, a dit le représentant, en jugeant qu’il appartient maintenant à l’ONU de continuer à s’occuper de la stabilisation du pays.  Une présence soutenue des Nations Unies serait la bienvenue, a-t-il précisé, en ajoutant qu’en toutes choses, l’ONU tienne compte de la souveraineté du pays.  Il a conclu en exprimant la disposition de son pays à fournir des troupes à la future mission de l’ONU. 


M. PRAYONO ATIYANTO (Indonésie) a indiqué que l’Indonésie avait suivi avec beaucoup d’attention la situation au Timor-Leste, en y souhaitant un retour à la normale.  L’Indonésie soutient les dirigeants du Timor-Leste dans la recherche d’une solution durable à cette crise.  Les rapports entre nos deux pays sont cordiaux, et nos dirigeants se rencontreront à Bali le 19 juin prochain pour parler de questions communes à l’Indonésie et au Timor-Leste, a dit le représentant.  D’un commun accord, nous avons fermé notre frontière commune pour éviter toute complication de la situation qui règne à Dili, a rappelé le représentant indonésien.  Il est urgent, a-t-il insisté, que l’ONU facilite la reprise du processus démocratique au Timor-Leste.  L’Indonésie appelle également la communauté internationale à apporter toute l’aide nécessaire au Timor-Leste, a-t-il indiqué, en ajoutant que son pays voulait vivre en paix avec son voisin.


M. VANU GOPALA MENON (Singapour) a rappelé que sa délégation avait mis en garde contre les économies de bout de chandelle.  Malheureusement aujourd’hui, les évènements soulignent la nécessité de mettre fin aux faux calculs.  Le représentant a donc soutenu l’appel des dirigeants timorais au déploiement d’une mission de l’ONU.  La communauté internationale doit envoyer un message clair et fort en dotant la future mission d’un mandat de maintien de la paix.


M. CHOI YOUNG-JIN (République de Corée) a regretté que le Timor-Leste ait sombré dans la violence.  Ce pays peut et devrait se tenir droit sur ses jambes, mais avant que cela ne puisse se faire, la communauté internationale doit l’aider.  Le Timor-Leste a besoin d’aide pour avoir des institutions solides et durables et pour bâtir une véritable économie.  La République de Corée s’inquiète de la dégradation de la situation humanitaire, et appelle tous les États Membres à répondre à l’appel d’urgence de l’ONU.  La crise actuelle révèle de plein jour la fragilité de la société et de l’État timorais.  Sept cents soldats coréens ont participé pendant quatre ans au maintien de la paix au Timor-Leste sous le drapeau de l’ONU, et notre pays restera de nouveau à la disposition des Nations Unies pour une nouvelle opération, a dit le représentant.


* S/2006/383


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