19 mai 2006
Conseil de sécurité
CS/8724

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Conseil de sécurité

5441e séance – matin


JAN EGELAND PRÉVIENT DES DÉBORDEMENTS QU’UN ÉCHEC À METTRE EN ŒUVRE L’ACCORD DE PAIX POURRAIT PROVOQUER AU DARFOUR ET AU TCHAD


Il est indispensable que toutes les parties concernées mettent rapidement et pleinement en œuvre l’Accord de paix au Darfour, signé à Abuja le 5 mai dernier, faute de quoi la situation humanitaire risque de s’aggraver dans la région, a prévenu ce matin devant le Conseil de sécurité le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence.


Tout juste de retour d’une mission au Soudan, Jan Egeland a déclaré que de nombreux obstacles subsistaient à cet égard, notamment les restrictions de mouvement imposées au personnel humanitaire, le sous-financement des opérations humanitaires et la poursuite des attaques et des violences contre les civils par les forces gouvernementales et rebelles.


Les tensions récurrentes le long de la frontière entre le Soudan et le Tchad rendent d’autant plus urgente la nécessité de renforcer la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS), mais également la nécessité de faciliter la transition prochaine vers une opération des Nations Unies dans le pays, a souligné le Secrétaire général adjoint.


LA SITUATION AU TCHAD ET AU SOUDAN


Exposé


M. JAN EGELAND, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a déclaré qu’au lendemain de la signature de l’Accord de paix au Darfour signé le 5 mai dernier, et qui est porteur d’espoir, les semaines à venir seraient déterminantes pour des millions de personnes au Darfour.  La situation humanitaire dans la région est devenue intenable, avec la multiplication des attaques et des violences, qui contraignent les travailleurs humanitaires à se retirer des zones dangereuses.  Face à des tels enjeux, il serait extrêmement regrettable d’échouer à atteindre les objectifs que la communauté internationale s’est fixée: appliquer l’Accord de paix et faire signer les parties qui ne l’ont pas encore fait; renforcer immédiatement et de manière  significative la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS); prendre des mesures concrètes pour faciliter la transition vers une opération des Nations Unies; et veiller à sécuriser la situation humanitaire pour plus de trois millions de personnes.


M. Egeland a déclaré que dans le cas contraire, il se produirait des déplacements massifs et des attaques contre des civils, comme cela a été le cas à Gereida, où le nombre de personnes déplacées se situe désormais entre 100 000 et 120 000, à la suite des exactions perpétrées par les forces gouvernementales et rebelles.  Face à l’afflux de plus en plus nombreux à Gereida de populations totalement démunies et à des problèmes d’accès constants, la communauté humanitaire n’est guère en mesure de leur apporter l’aide dont ils ont véritablement besoin.  Ainsi, la route principale de Nyala est bloquée de façon répétée, tandis que les autorités locales bloquent les livraisons de combustibles et de pompes à eau.


Il est encore trop tôt pour juger de l’impact de l’Accord de paix sur le terrain, a déclaré le Secrétaire général adjoint, même si les représentants locaux de l’Armée de libération du Soudan l’acceptent en dépit de quelques réserves, et que le Gouvernement a assuré M. Egeland de sa volonté de mettre en œuvre les dispositions.  Cependant, une série de manifestations dans les trois états du Darfour ont débouché sur des violences à plusieurs reprises.  Au cours d’un tragique incident qui s’est produit à Kalma, des membres du personnel de la MUAS, qui étaient désarmés, ont été pris en otage et un employé soudanais a été assassiné.  Cela souligne la nécessité de renforcer les dispositifs de sécurité autour du site.  Le retour du Conseil norvégien des réfugiés comme coordonnateur du camp de Kalma permettrait en outre d’aider la population à se préparer à la saison des pluies, susceptible de déclencher une épidémie de choléra, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur le plan humanitaire.  M. Egeland a par ailleurs émis l’espoir que la police civile de la MUAS pourrait revenir à Kalma, dont elle a dû se retirer il y a quelques jours.


Le Coordonnateur des secours d’urgence a ensuite souligné le rôle de la MUAS, plus nécessaire que jamais, qui mène des patrouilles de surveillance et veille à l’application de l’Accord de paix.  Une présence plus importante et plus forte contribuerait à créer le type d’environnement sûr qui permettrait aux personnes déplacées de rentrer chez elles.  Il faudra toutefois s’assurer que tous les retours s’effectuent volontairement et dans la dignité, a-t-il ajouté.


Sur une note positive, M. Egeland a déclaré que le moratoire déjà convenu sur les restrictions de déplacement au Darfour serait pleinement mis en œuvre.  Le Gouvernement a par ailleurs l’intention d’aménager un accès à la communauté humanitaire dans la région du Darfour.  Mais il faut également que les autorités locales traduisent concrètement ces mesures sur le terrain.  Le refus notamment du Gouvernement de mettre en œuvre les dispositions pertinentes de l’Accord a des conséquences négatives, notamment dans l’est du pays, où la situation humanitaire s’est aggravée.  Certes, de nouvelles contributions ont permis de réduire le sous-financement des opérations humanitaires de 80 à 60%.  Toutefois, a poursuivi le Coordonnateur des secours d’urgence, des fonds supplémentaires sont toujours nécessaires pour compléter le panier de la ménagère.  Il a d’ailleurs souligné que si les contributions additionnelles en céréales n’étaient pas fournies, elles ne permettraient pas de tenir jusqu’à la fin du mois d’octobre.  Le Programme alimentaire mondial (PAM) demande 53 000 tonnes cubes de céréales pour les mois de septembre et d’octobre.  Les promesses de contributions doivent donc être faites maintenant et pas dans deux mois. 


Le Coordonnateur a précisé que quelque 389 millions de dollars manquent toujours au Darfour avec les conséquences que l’on sait sur les activités des institutions des Nations Unies.  Espérant que le Gouvernement soudanais saura combler certains manques tels que le paiement des salaires des enseignants, le Coordonnateur a rappelé qu’il a approuvé l’affectation d’une somme de 21 millions de dollars pour couvrir les besoins les plus urgents qui ont découlé de la dernière vague de déplacements des populations.  Quelque 983 millions de dollars manquent toujours au Plan de travail 2006 pour l’ensemble du Soudan, a-t-il aussi précisé.  Plusieurs secteurs vitaux ont reçu moins de 20% des sommes demandées.  Les programmes humanitaires dans le Sud-Soudan ne sont financés qu’à hauteur de 17%.  Il a donc lancé un appel aux donateurs qui ont fait des contributions moindres que l’année dernière ainsi qu’aux pays de la région du Golfe. 


Dénonçant ensuite les attaques perpétuelles contre le personnel humanitaire, il a appelé le Gouvernement soudanais à assurer d’urgence le respect de la loi dans les régions qu’il contrôle.  Les factions rebelles et les milices doivent cesser les attaques contre les véhicules et le personnel humanitaire.  De larges parties du Darfour sont toujours hors de portée de l’assistance humanitaire.  Les ONG font ce qu’elles peuvent mais les populations locales demeurent gravement menacées par les milices.


Venant à la situation au Tchad, le Coordonnateur a souligné que dans l’est du pays, les attaques contre le personnel humanitaire et les populations civiles sont au moins aussi graves sinon pires qu’au Darfour.  Toutes ces attaques sont menées en toute impunité, a-t-il dénoncé, en ajoutant que les institutions des Nations Unies et les ONG ont été forcées de réduire leur personnel et leurs programmes dans de nombreuses zones.  Les déficits budgétaires sont aussi une source de préoccupation, a-t-il dit.  Seulement 25% des 179 millions de dollars demandés ont été débloqués.  Le Coordonnateur a dit attendre des donateurs des contributions supplémentaires pour l’opération au Tchad.  Toujours à propos de l’est du Tchad, il a attiré l’enrôlement forcé par les divers groupes armés des réfugiés et les personnes déplacées, y compris des enfants.  Cela, a-t-il averti, compromet le caractère civil et humanitaire des camps et accroît leur vulnérabilité aux attaques.  Les réfugiés et les personnes déplacées sont aussi menacés par les attaques des milices et des rebelles et par une totale absence d’autorité dans la région.  Au moins 13 000 personnes ont fui le Tchad vers le Darfour, au cours des dernières semaines. 


La communauté humanitaire s’attend à ce que la situation se détériore, a prévenu le Coordonnateur.  Le Président tchadien a lui-même clairement indiqué qu’il n’avait ni la capacité d’assurer la sécurité et la protection des civils dans cette région ni les organisations humanitaires qui pourraient l’aider à le faire.  Nous sommes, a prévenu le Coordonnateur, face à un vide extrêmement dangereux dont profitent rebelles, milices et autres.  C’est pourquoi, des actions doivent être entreprises maintenant pour prévenir un scénario dans lequel de plus en plus de civils seront attaqués et déplacés, les camps de réfugiés militarisés et impliqués dans le conflit et le personnel humanitaire rapatrié.  Un certain nombre d’options peut être examiné, dont l’octroi d’une assistance au Gouvernement tchadien pour lui permettre d’assumer ses responsabilités.  En matière de sécurité, le Haut Commissariat aux droits de l’homme est en train d’étudier différentes options.


Au Darfour et dans l’est du Tchad, a conclu le Coordonnateur, les secours humanitaires sont devenus le seul moyen de subsistance de quatre millions de personnes.  Les jours à venir seront déterminants.  Ils peuvent mener à la réconciliation et à la reconstruction tout comme ils peuvent aboutir à un anéantissement des efforts visant à protéger et à secourir des millions de personnes.  Nous devons faire tout ce qui est notre pouvoir pour ouvrir la voie de la réconciliation, a encore dit le Coordonnateur.


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