31/03/2006
Conseil de sécurité
CS/8684

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Conseil de sécurité

5406e séance – après-midi



LE CONSEIL DE SÉCURITÉ PROROGE DE SIX MOIS LE MANDAT DE LA MISSION DES NATIONS UNIES AU LIBÉRIA


Considérant que la situation au Libéria demeure une menace pour la paix et la sécurité internationales et agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité a décidé cet après-midi de proroger, jusqu’au 30 septembre 2006, le mandat de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL). 


Aux termes de la résolution 1667 (2006) qu’ils ont adoptée à l’unanimité cet après-midi, à l’issue de consultations, les 15 membres du Conseil ont décidé d’étendre à cette période mentionnée les dispositions du paragraphe 6 de la résolution 1626 adoptée en 2005 par le Conseil sur la situation du Libéria.  Par ces dispositions, le Conseil de sécurité autorisait une augmentation temporaire de l’effectif total autorisé de la MINUL, le portant au total à 15 250 militaires des Nations Unies, afin que l’appui fourni au Tribunal spécial pour la Sierra Leone ne réduise pas les capacités de la MINUL au Libéria durant la phase de transition.


Le Conseil de sécurité, qui a réaffirmé aujourd’hui son intention d’autoriser le Secrétaire général à redéployer, à titre temporaire, des contingents entre la MINUL et l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), a adopté sa résolution de ce jour en se félicitant de l’installation de la Présidente Ellen Johnson-Sirleaf et du Gouvernement nouvellement élu, et en se félicitant du transfert de l’ex-Président Charles Taylor sous la garde du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.


Dans ce cadre, le représentant de la France a exprimé la position de sa délégation.


Pour l’examen de la situation au Libéria, le Conseil était saisi du dixième rapport périodique du Secrétaire général sur la MINUL.


LA SITUATION AU LIBÉRIA


Dixième rapport périodique du Secrétaire général sur la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) (S/2006/159)


Le Secrétaire général présente ce rapport en réponse aux termes de la résolution 1626 (2005) du Conseil de sécurité dans laquelle le Conseil lui demandait de formuler en mars 2006, des recommandations au sujet du plan de retrait de la MINUL, en proposant des objectifs précis et un calendrier indicatif.  Après avoir fait le point sur la situation politique du Libéria, caractérisée par la tenue d’élections qui ont vu Ellen Johnson-Sirleaf accéder à la présidence du pays, Kofi Annan indique au Conseil de sécurité que Mme Johnson-Sirleaf a pris ses fonctions le 16 janvier dernier et que cette date marque l’achèvement de la période de transition de deux ans définie par l’Accord général de paix signé par les parties libériennes en août 2003.


Plusieurs tâches d’importance critique pour la pérennité de la paix et de la stabilité au Libéria ne sont pas encore complètement achevées, note cependant Kofi Annan, en citant notamment la réintégration des ex-combattants; la réinstallation des personnes déplacées et des réfugiés rentrés; la restructuration et la réforme des forces armées et de la police; la consolidation de l’autorité de l’Etat dans l’ensemble du territoire du Libéria et les travaux de la Commission vérité et réconciliation.  En Outre, le Gouvernement de transition n’a pas pu réunir les conditions nécessaires à la levée des sanctions sur le bois d’œuvre et les diamants.  La situation sur le plan de la sécurité reste fragile, constate Kofi Annan, et elle continue de dépendre fortement de la présence de la MINUL, le nouveau service de police nationale étant encore en formation et le recrutement des nouvelles forces armées ne faisant que commencer.  Il est essentiel, recommande le Secrétaire général, de mieux surveiller les frontières du Libéria, étant donné la situation très instable dans la sous-région, en particulier du fait du conflit en Côte d’Ivoire.


« Pour toutes ces raisons, la poursuite de la présence de la MINUL est indispensable pendant la consolidation de la paix et de la reconstruction, et je recommande donc la prorogation de son mandat pour un an, jusqu’au 31 mars 2007 », déclare le Secrétaire général.  Il recommande ensuite au Conseil de sécurité d’approuver les propositions visant à adapter des effectifs militaires de la MINUL, qui sont consignés dans ce rapport.  Pour que la police puisse imposer son autorité, le Secrétaire général recommande que les effectifs de police de la Mission soient accrus d’une unité de police supplémentaire qui serait déployée dans une grande agglomération et qui permettrait à la MINUL de  répondre efficacement et rapidement à des situations de troubles à l’ordre public, compte tenu des menaces potentielles et actuelles contre la stabilité et aux risques que ne manquera pas de susciter la mise en œuvre des réformes profondes qu’initiera la nouvelle Présidente du Libéria.  Dans ses observations contenues, Kofi Annan recommande aussi au Conseil de sécurité d’approuver des révisions du mandat de la MINUL ayant entre autres trait à des tâches prioritaires comme le maintien d’un environnement stable et sûr; l’aide à apporter au Gouvernement pour qu’il mène à terme le programme de réinsertion et de relèvement des ex-combattants; la facilitation du retour des réfugiés et des personnes déplacées; l’accélération de la formation et du développement institutionnel de la police libérienne; la restructuration des forces armés libériennes; le soutien au renforcement de l’autorité de l’État; le soutien au renforcement de la capacité des institutions étatiques; le soutien au rétablissement de la culture du respect des droits de l’homme et de l’état de droit; l’aide au renforcement du système judiciaire et le soutien à l’amélioration de la gouvernance.


Le Secrétaire général indique par ailleurs dans ce rapport qu’il soumettra au Conseil un calendrier de diminution progressive des effectifs de la MINUL, conformément à des critères spécifiques successifs.  Après avoir indiqué que le Gouvernement libérien devra affermir dans les mois qui viennent son partenariat avec les organismes de l’ONU, la communauté des donateurs, la CEDEAO et l’Union africaine afin de mieux contribuer à la consolidation de la paix et au relèvement et au développement du Libéria, Kofi Annan exhorte les partenaires extérieurs de ce pays à accorder une aide rapide et généreuse au Gouvernement dirigé par Mme Johson-Sirleaf.  Ceci est nécessaire pour s’assurer que l’important investissement que la communauté internationale a consenti ces dernières au Libéria porte ses fruits et conduise à une paix et un développement durables, estime le Secrétaire général.


Texte du projet de résolution ( S/2006/202)


Le Conseil de sécurité,


Rappelant ses résolutions antérieures et les déclarations de son président sur la situation au Libéria et dans la sous-région, en particulier ses résolutions 1626 (2005) du 19 septembre 2005 et 1638 (2005) du 11 novembre 2005,


Accueillant avec satisfaction le rapport du Secrétaire général en date du 14 mars 2006 (S/2006/159),


Se félicitant de l’installation de la Présidente Ellen Johnson-Sirleaf et du Gouvernement libérien nouvellement élu,


Soulignant qu’il reste à surmonter d’énormes difficultés pour mener à bien la réinsertion et le rapatriement des anciens combattants et restructurer le secteur de la sécurité au Libéria, ainsi que pour maintenir la stabilité au Libéria et dans la sous-région,


Remerciant la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) pour le soutien qu’elles ne cessent d’apporter au processus de paix au Libéria, ainsi que la communauté internationale pour l’aide, financière notamment, qu’elle fournit,


Se félicitant du transfert du l’ex-Président Charles Taylor sous la garde du Tribunal spécial pour la Sierra Leone et remerciant une fois de plus le Nigéria et son président, Olusegun Obasanjo, d’avoir accueilli provisoirement l’ex-Président Taylor au Nigéria,


Considérant que la situation au Libéria demeure une menace pour la paix et la sécurité internationales dans la région,


Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,


Décide de proroger le mandat de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) jusqu’au 30 septembre 2006;


Décide d’étendre les dispositions du paragraphe 6 de la résolution 1626 (2005) à la période visée au paragraphe 1 ci-dessus;


Réaffirme son intention d’autoriser le Secrétaire général à redéployer, à titre temporaire, des contingents entre la MINUL et l’ONUCI, conformément aux dispositions de la résolution 1609 (2005), en tant que de besoin;


Prend note de la lettre datée du 22 mars 2006 (S/2006/184) que le Secrétaire général a adressée au Président du Conseil de sécurité, et se déclare disposé à réexaminer les tâches et les effectifs militaires de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) d’ici la fin d’avril 2006 en vue de se prononcer sur son renforcement;


Prie le Secrétaire général de reconsidérer ses recommandations relatives à un plan de retrait de la MINUL et de lui présenter de nouvelles recommandations dans le prochain rapport qu’il lui remettra sur les progrès accomplis par la MINUL dans l’accomplissement de son mandat;


Décide de rester activement saisi de la question.


Explication de position:


M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a affirmé que son pays était déterminé à appuyer les efforts considérables engagés par les autorités libériennes et à soutenir pleinement la Mission des Nations Unies au Libéria dont le rôle a été et demeure essentiel au redressement de ce pays meurtri.  La France se félicite par ailleurs, a-t-il ajouté, de l’arrestation et du transfert au Tribunal spécial pour la Sierra Leone de Charles Taylor et rend une nouvelle fois un hommage appuyé à l’action décisive du Président Obasanjo du Nigéria et à la détermination des autorités libériennes à ce que la justice soit enfin rendue.  Selon le représentant, la stabilité de l’Afrique de l’Ouest forme un tout et vouloir distinguer la situation au Libéria de celle de la Côte d’Ivoire n’a aucun sens.  En outre, l’unité de la communauté internationale doit être totale, a-t-il dit, estimant que le Conseil de sécurité devait être particulièrement attentif à ce que disent les Africains et à ce que recommande le Secrétaire général.


Le représentant a ajouté que la France avait finalement accepté de donner son accord au projet de résolution sur la MINUL car il comprend un double engagement.  D’une part, l’Opération des Nations en Côte d’Ivoire (ONUCI) pourra à nouveau, et dès que cela sera nécessaire, bénéficier en urgence de renforts fournis par la MINUL.  D’autre part, a-t-il poursuivi, il est clair que le Conseil prendra d’ici au 30 avril prochain une décision sur le renforcement de l’ONUCI, un renforcement plus que jamais indispensable pour accompagner le processus de paix.  Ce renforcement, a-t-il dit, doit être autorisé dans les plus brefs délais car le calendrier du processus est tendu et la situation en Côte d’Ivoire reste particulièrement volatile.  Pour la France, a-t-il conclu, le Conseil vient de prendre l’engagement ferme de trancher la question des effectifs de l’ONUCI d’ici à la fin du mois d’avril.


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