29/03/2006
Conseil de sécurité
CS/8675

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Conseil de sécurité

5399e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA CÔTE D’IVOIRE ESTIME QUE SON PAYS ENTRE DANS UNE NOUVELLE ÈRE


Il souligne l’importance de la table ronde du 25 février dernier entre les quatre principaux dirigeants politiques ivoiriens


Le Ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, Youssouf Bakayoko, s’est félicité ce matin devant le Conseil de sécurité de la tournure positive que prenait la situation politique en Côte d’Ivoire, en estimant que son pays vivait une nouvelle ère depuis la résolution 1633 (2005) du Conseil qui a conduit à l'avènement, le 28 décembre 2005, du Gouvernement du Premier Ministre, Charles Konan Banny.   


Après avoir remercié le Conseil de sécurité pour toutes les initiatives prises depuis l'éclatement, le 19 septembre 2002, de la crise ivoirienne, il a présenté la situation du processus de réconciliation qu’il a qualifiée de positive malgré les défis.  À cet égard, il a demandé des efforts prioritaires pour le financement du processus électoral; le processus de démobilisation, désarmement et réintégration (DDR); le renforcement de la sécurité sur toute l’étendue du territoire afin de garantir la sécurité des électeurs; les problèmes humanitaires et des droits de l’homme; le renforcement des capacités des institutions judiciaires en vue d’assurer l’état de droit; l’appui à l’économie et aux finances de l’État en vue de résorber le chômage élevé chez les jeunes; et le retour des personnes déplacées.


Évoquant les mesures importantes qui ont permis de ramener la confiance dans le pays, le Ministre ivoirien des affaires étrangères a cité le séminaire gouvernemental de Yamoussoukro du 9 au 11 février 2006 pour définir les modalités de mise en œuvre de la feuille de route du Groupe de travail international et la table ronde du 25 février qui a réuni Laurent Gbagbo, Henri Konan Bedie, Alassane Ouattara et Guillaume Soro.  Cette table ronde, a-t-il précisé, avait porté sur les questions essentielles que sont les liens entre la résolution 1633 (2005) et la Constitution ivoirienne; le démantèlement des milices; l'identification des élections; la Radio-télévision ivoirienne (RTI); la Commission électorale indépendante (CEI) et le code de bonne conduite. 


Par ailleurs, il a estimé que le retour à Abidjan le 14 mars 2006 après 17 mois d’absence, de Guillaume Soro, Secrétaire général des Forces nouvelles et Ministre d'État -qui fait suite au retour d'exil des leaders de l'opposition, Konan Bedie et Alassane Ouattar– démontrait que le mur de méfiance qui caractérisait jusque là la vie politique ivoirienne était en train de se briser.  Parmi les autres progrès, il a cité le processus de redéploiement de l’administration dans les régions sous contrôle des Forces nouvelles dans les domaines de l’éducation nationale et l’enseignement supérieur ou encore le lancement d’un programme de désarmement, démobilisation et réintégration le 21 février.  Enfin, il a particulièrement insisté sur la sécurité à Bouaké en précisant qu’une bonne sécurité de cette partie de la Côte d’Ivoire équivalait à assurer davantage la sécurité du Libéria, voire au delà en Sierra Leone. 


LA SITUATION EN C Ô TE D’IVOIRE


Déclaration


M. YOUSSOUF BAKAYOKO, Ministre des affaires étrangères de la Côte d'Ivoire, a d'abord remercié le Conseil de sécurité pour toutes les initiatives opportunes prises depuis l'éclatement, le 19 septembre 2002, de la crise que connaît son pays.  Il a déclaré que la Côte d'Ivoire vivait une nouvelle ère depuis la résolution 1633 (2005) du Conseil de sécurité qui a conduit à l'avènement du Gouvernement le 28 décembre 2005, dirigé par le Premier Ministre Charles Konan Banny.  Il a regretté les événements de la mi-janvier qu'il a qualifiés « d'électrochoc ».  Cela a été l’occasion de mesurer la fragilité du processus de réconciliation et l'importance pour tous d'appuyer fermement par des actions fortes les efforts du Gouvernement ivoirien afin de sortir de la crise et d’appliquer la feuille de route élaborée par le Groupe de travail international (GTI). 


Évoquant les actes majeurs ayant permis de ramener la confiance, le Ministre a cité le séminaire gouvernemental qui s'est tenu à Yamoussoukro du 9 au 11 février 2006 pour définir les modalités de mise en œuvre de la feuille de route et la table ronde du 25 février qui réunissait les quatre principaux dirigeants politiques ivoiriens, Laurent Gbagbo, Henri Konan Bedie, Alassane Ouattara et Guillaume Soro. 


Le Ministre a précisé que cette table ronde des quatre dirigeants ivoiriens avait porté sur les questions essentielles que sont les liens entre la résolution 1633 (2005) et la Constitution ivoirienne, le démantèlement des milices, l'identification des élections, la Radio-télévision ivoirienne (RTI), la Commission électorale indépendante et le code de bonne conduite. 


Les quatre dirigeants ont réaffirmé que la Constitution et la résolution 1633 n'étaient pas antinomiques et ont invité le Chef de l'État et le Premier Ministre à trouver les solutions idoines aux conflits entre les dispositions des deux textes.  Sur le démantèlement des milices et le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants (DDR), ils ont admis la nécessité de la reprise immédiate du dialogue entre les états-majors des Forces de défense et de sécurité (FDS) et des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN). 


Concernant l'identification des élections, a rappelé le Ministre, les quatre dirigeants se sont réjouis de la possibilité technique de conduire simultanément les opérations d'identification et de recensement électoral et ont invité le Gouvernement à tendre vers la gratuité des audiences foraines pour permettre une opération d'identification massive et équitable des populations et assurer à tous l'exercice du vote. 


Enfin, a-t-il indiqué, ils ont pris acte des dispositions prises par le Gouvernement pour assurer la couverture de l'ensemble du territoire par les émissions de la RTI et de l'élection du Bureau de la Commission électorale indépendante (CEI) entrée en fonctions le 7 mars et de l'arbitrage du Haut Représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d'Ivoire.  Il a précisé que les quatre dirigeants avaient aussi décidé de la création d'un quatrième poste de vice-président en faveur du Front populaire ivoirien (FPI), le parti au pouvoir, dans le souci d'une représentation équilibrée des forces politiques en présence.   S'agissant du code de bonne conduite, les quatre dirigeants ivoiriens ont admis la nécessité de se retrouver régulièrement pour faire en sorte que la vie politique se déroule dans un climat apaisé dans le respect des valeurs de la fraternité et de la démocratie. 


M. Bakayoko a également déclaré que ces deux réunions avaient permis de définir les modalités d'application de la résolution 1633 et de la feuille de route du GTI en créant ainsi le climat et l'engagement politique nécessaires à leur exécution.  Il a précisé que l'installation du Bureau de la CEI avait été perçue par les partis politiques comme le signal du début de leurs activités politiques en vue des élections d'octobre 2006. 


À ces actes positifs, a-t-il insisté, il faut ajouter le retour à Abidjan le 14 mars 2006, de Guillaume Soro, Secrétaire général des Forces nouvelles et Ministre d'État, Ministre chargé du Programme de la reconstruction et de la réinsertion, après 17 mois d'absence dans la capitale.  De l’avis de M. Bakayoko, la présence de Guillaume Soro, qui a été précédée par le retour d'exil des leaders de l'opposition, Konan Bedié et Alassane Ouattara, démontre que le mur de méfiance qui caractérisait jusque là la vie politique en Côte d'Ivoire est en train d'être brisé.  En outre, le Gouvernement a mis en marche le processus électoral et l'identification. 


Le Ministre a déclaré que l’esprit nouveau né du Sommet de Yamoussoukro a permis sur un plan administratif d’engager partiellement le processus de redéploiement de l’administration dans les régions sous contrôle des Forces nouvelles dans les domaines de l’éducation nationale et l’enseignement supérieur.  Ainsi, il a été possible d’organiser les examens scolaires qui n’avaient pas eu lieu depuis plus de trois ans dans les régions sous contrôle de Forces nouvelles. En outre, l’Université de Bouaké, siège des Forces nouvelles, a été réouverte officiellement hier le 28 mars 2006.  Par ailleurs, le Ministre a précisé que les questions de sécurité devaient être réglées en priorité et pour cela, un des éléments centraux demeure les conditions de vie et de travail des soldats de l’armée nationale.  Dans cette optique, un programme de DDR a été lancé le 21 février dernier.


Regrettant les évènements des 15, 16 et 17 janvier 2006 au cours desquels des travailleurs humanitaires ont été malmenés, le Ministre a indiqué qu’une Commission interministérielle est en cours de création et servir de cadre de concertation opérationnelle de l’action humanitaire au plan national. 


Tout en se félicitant de la tournure positive que prend la situation politique en Côte d’Ivoire, force est de reconnaître que des tâches énormes fixées par la feuille de route attendent le Gouvernement, a ajouté le Ministre.  À ses yeux, les efforts prioritaires doivent porter sur le financement du processus électoral à toutes les étapes; le processus de DDR; le renforcement de la sécurité sur toute l’étendue du territoire afin de garantir la sécurité de tous les électeurs; les problèmes humanitaires et des droits de l’homme; le renforcement des capacités des institutions judiciaires en vue d’assurer l’état de droit dans le pays après trois ans de guerre; et l’appui à l’économie et aux finances de l’État en vue de résorber le taux de chômage élevé chez les jeunes et de procéder au retour des personnes déplacées et des réfugiés.


Le Ministre a particulièrement insisté sur la sécurité à Bouaké et dans la région de l’ouest du pays dans la mesure où cette région fait frontière avec le Libéria qui partage de nombreuses similitudes  ethniques et culturelles.  Assurer une bonne sécurité de cette partie de la Côte d’Ivoire équivaut à assurer davantage la sécurité du Libéria, et au-delà, en Sierra Leone.  Pour ces raisons, le Gouvernement ivoirien appuie fortement la proposition du Secrétaire général de renforcer le nombre de Casques bleus en Côte d’Ivoire.


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