13/01/2006
Conseil de sécurité
CS/8607

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Conseil de sécurité

5344e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: JAN PRONK ET SALIM AHMED SALIM PLAIDENT EN FAVEUR D’UN APPUI ACCRU DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE AU DARFOUR


Le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan et Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS), Jan Pronk, a dressé ce matin un tableau mitigé de la situation au Soudan, marquée par une « lente mais constante » mise en œuvre de l’Accord de paix global et des atrocités quotidiennes dans la région du Darfour.  


Pour le Représentant spécial, le processus de paix doit être plus inclusif, les lois en matière de sécurité doivent être alignées avec les exigences de la Constitution et le processus de démobilisation, désarmement et de réinsertion (DDR) doit être lancé.  Jan Pronk a aussi lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle fournisse davantage de ressources afin de faciliter le retour des réfugiés et des personnes déplacées et réhabiliter les infrastructures de base.


Notre stratégie de paix a échoué au Darfour, a reconnu Jan Pronk.  Il n’y a toujours pas de paix au Darfour où la situation est chaotique, a-t-il affirmé en précisant que la violence, les assassinats, les viols et les violations des droits de l’homme se produisent quotidiennement.  Les parties au Darfour ont échoué dans la recherche d’un accord de paix et il semble qu’elles aient même perdu le sens de l’urgence.  De nombreuses zones ont désormais été « nettoyées » et les millions de villageois ayant trouvé refuge dans les camps ont trop peur pour les quitter.  Le règne de la terreur continue.


Jan Pronk a estimé qu’il faudrait déployer une force plus importante qui doit être en mesure de se défendre, de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites.  L’approche qui doit être adoptée pour le Darfour doit notamment reposer sur l’imposition de sanctions sur les mouvements des troupes et les livraisons d’armes à l’encontre des auteurs d’atrocités et de ceux qui les ont commanditées, notamment les dirigeants responsables des carnages de 2003 et de 2004 et ceux qui ont refusé de mettre un terme à ces atrocités en 2005.


De son côté, l’Envoyé spécial de l’Union africaine, Salim Ahmed Salim, a estimé nécessaire de créer une zone tampon pour faciliter l’assistance humanitaire au Darfour et d’établir des couloirs sécurisés pour l’acheminement des vivres et des équipements non militaires, afin de renforcer le cessez-le-feu humanitaire, ainsi que la conclusion d’un accord de cessez-le-feu global et permanent.  Des négociations à cette fin devraient comprendre le désarmement des milices janjaouites et des autres milices armées, ainsi que des dispositions sur le statut des forces gouvernementales et de celles des mouvements et des arrangements en matière de sécurité sur le Darfour.


Pour donner un nouvel élan aux négociations d’Abuja, Salim Ahmed Salim a souhaité que l’on envisage des sanctions crédibles et efficaces contre toutes les parties qui violeraient les dispositions de l’accord de cessez-le-feu humanitaire.  Par ailleurs, il importe, a-t-il souligné, de reconnaître le rôle important joué par les pays frontaliers, notamment l’Érythrée, la Libye et le Tchad.  Il a estimé que la tension actuelle entre le Tchad et le Soudan risque d’avoir des incidences sur le processus de négociation dans la mesure où le Tchad en est le co-médiateur, doit faire l’objet d’un règlement.  L’Envoyé spécial de l’Union africaine a plaidé pour le renforcement de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) et pour un appui financier accru afin qu’elle puisse mettre en œuvre son mandat conformément aux récentes propositions de la mission d’évaluation conjointe à laquelle participaient notamment, outre l’Union africaine et l’ONU, le Canada, les États-Unis et l’Union européenne. 



RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN


Exposés


M. JAN PRONK, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan et Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS), a rappelé les développements intervenus au Soudan et dans le Darfour depuis le signature à Nairobi, le 9 janvier 2005, de l’Accord de paix global dont la mise en œuvres reste « lente mais constante ».  Ainsi, il a fait observer qu’en un an, deux Constitutions avaient été adoptées, l’une pour le Soudan et l’autre pour le Sud-Soudan tandis que le redéploiement de l’armée soudanaise du Sud-Soudan a été amorcé.  Deux nouveaux gouvernements ont été formés, ainsi que toutes les institutions.


Il reste cependant beaucoup à faire, a précisé M. Pronk.  Le processus de paix doit être plus inclusif, les lois en matière de sécurité doivent être alignées avec les exigences de la Constitution et le processus de démobilisation, désarmement et réinsertion (DDR) doit être lancé.  De même, le manque de ressources bloque le retour des réfugiés et des personnes déplacées et la réhabilitation des infrastructures.  Sans l’aide financière de la communauté internationale, nous ne serons pas en mesure de répondre aux besoins et attentes du peuple soudanais.


M. Pronk s’est inquiété de la situation dans la région de Abyei où les Miserya et les Dinka doivent apprendre à vivre ensemble.  À l’est, à proximité de la frontière avec l’Éthiopie, il est probable que la violence reprenne dès le retrait du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS).  Les attaques menées par l’Armée de résistance du Seigneur à l’encontre des civils et des travailleurs humanitaires  paralysent nos activités dans le Sud où la population doute désormais de la sincérité du Nord qui fait preuve de peu de transparence.  Les autorités de Khartoum se refusent à fournir quelque information que ce soit sur la question du pétrole.  Le Nord, de son côté, doute de la volonté du MPLS de donner sa chance au référendum, six ans après la conclusion de l’Accord de paix. 


Une redistribution inégale du pouvoir est également à l’origine du conflit dans le Darfour.  Il n’y a toujours pas de paix au Darfour.  La poursuite de la violence, des assassinats, des viols et des violations des droits de l’homme ne constituent pas seulement une tragédie pour le peuple du Darfour mais une violation des exigences contenues dans les résolutions du Conseil de sécurité.  Les parties au Darfour ont échoué et le délai fixé au 31 décembre pour parvenir à un accord de paix est passé sans que personne n’y prête attention.  Il semble que les parties ont perdu le sens de l’urgence, a fait remarquer le Représentant spécial.  Elles parlent mais n’obtiennent pas de résultats et l’on se demande si elles se préoccupent vraiment du sort de plus de deux millions de personnes vivant dans les camps de réfugiés.


Le Représentant spécial a souhaité que les parties au Darfour s’inspirent du processus qui a conduit à la signature de l’Accord de paix global entre le Sud et le Nord, dont le point de départ a été la mise en place du cessez-le-feu.  Le cessez-le-feu a permis de lancer des négociations sur la répartition des richesses et du pouvoir.  Il a estimé par ailleurs que la Mission de l’Union africaine avait accompli un travail remarquable mais qu’elle a subi un manque de ressources et de moyens considérables pour prévenir les attaques. 


La situation dans le Darfour est chaotique, de nombreuses zones ayant été « nettoyées » et les auteurs des crimes commis entre 2003 et 2004 disposent désormais d’un libre passage dans les campagnes.  Les millions de villageois ayant trouvé refuge dans les camps ont trop peur pour les quitter.  La terreur continue de régner et les réfugiés ne font plus confiance à personne.  Seules des garanties internationales comme celles fournies par l’Union africaine peuvent faire la différence.


M. Pronk a estimé qu’il faudrait déployer une force beaucoup plus importante pour être en mesure de fournir ces garanties.  Un telle force ne doit pas être en attente mais intervenir là où les individus sont menacés.  Cette force doit être solide et en mesure de se défendre et prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites qui auraient dû être désarmées par le Gouvernement soudanais.  Ceci n’a pas été fait malgré les demandes contenues dans les résolutions du Conseil de sécurité.  Cette force élargie devrait rester sur le terrain suffisamment longtemps pour instaurer la confiance, au moins trois à quatre ans après la conclusion d’un accord de paix.  Son mandat doit être suffisamment vaste pour prévenir des cas de non-respect.  L’approche qui doit être adoptée pour le Darfour doit être multidimensionnelle et traiter de questions touchant aux droits de l’homme, humanitaires, politiques, juridiques et économiques.  Cette approche doit reposer sur l’imposition de sanctions sur les mouvements des troupes et les livraisons d’armes et à l’encontre des auteurs d’atrocités et de leurs commanditaires, notamment les dirigeants responsables des carnages de 2003 et de 2004 et ceux ayant refusé de mettre un terme à ces atrocités en 2005.


Trois années de violence et de « nettoyage » dans le Darfour montrent clairement que notre stratégie de paix a échoué.  Tout ce que nous avons fait c’est de ramasser les morceaux.  La responsabilité ultime revient aux auteurs de ces crimes mais nous devons faire plus pour les arrêter et mettre un terme à l’impunité, a insisté M. Pronk.


M. SALIM AHMED SALIM, Envoyé spécial de l’Union africaine pour les pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour, a rappelé que le déploiement de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) et son engagement pour le retour d’une paix durable au Darfour constituait la plus importante initiative lancée par l’Organisation panafricaine depuis sa création.  Le Darfour est par conséquent un exemple de ce que l’Union africaine peut faire pour assumer son rôle de chef de file dans la mobilisation internationale pour apporter une assistance humanitaire et mettre un terme aux tueries et à la situation catastrophique qui prévaut dans cette région du Soudan. 


M. Salim a salué le soutien que le Conseil de sécurité apporte aux initiatives africaines, faisant référence en particulier aux négociations d’Abuja qui entrent dans leur septième série.  J’ai pris mes fonctions lors de la cinquième série de négociations en juillet 2005, a-t-il rappelé, indiquant qu’au terme de cette rencontre, une Déclaration de principe relative à la fin du conflit au Darfour avait été adoptée.  Ce développement significatif nous a permis de nous engager dans les négociations sur les questions de fond identifiées par la Médiation, a-t-il poursuivi, notant qu’à ce moment là, l’espoir était grand de voir la sixième série de négociations, prévu en septembre 2005, parvenir à de réelles avancées sur le partage du pouvoir, des richesses et les questions de sécurité.  La division intervenue dans l’opposition armée, entre le Mouvement/Armée de libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) laissait alors craindre une fragmentation, a constaté l’Envoyé spécial, avant d’assurer que toutes les parties s’étaient engagées à parvenir à un accord global sur toutes les questions en suspens au cours de la septième série de pourparlers qui se tiennent à Abuja depuis le 28 novembre 2005.

Les dissensions au sein du M/ALS et au sein du MJE ont pu être dépassées au cours de négociations consacrées aux questions de procédures grâce à la Médiation et à des initiatives de l’Union africaine, des États-Unis, de la Libye, du Tchad, de l’Érythrée et des Nations Unies.  Poursuivant sur les travaux des différentes commissions, il s’est félicité des avancées réalisées par la Commission sur le partage des richesses, avant de déplorer le manque de progrès concernant la Commission sur le partage du pouvoir, en particulier sur le statut du Darfour.  Les deux mouvements plaident pour un référendum après la création d’une région tandis que la position du Gouvernement soudanais diffère sur ce point, tout comme sur la revendication du M/ALS et du MJE qui souhaitent disposer d’un second poste de vice-président.  La troisième Commission, chargée des arrangements en matière de sécurité, est également confrontée à des problèmes liés à la persistance de l’insécurité dans le Darfour et à la méfiance des deux mouvements qui remettent en question la bonne foi du Gouvernement.  Les parties s’attardent désormais sur les décisions du Conseil de sécurité et de l’Union africaine, perdant de vue le fait que celles-ci avaient pour objectif, à l’origine, de faciliter le cours des négociations.


La Médiation a identifié quelques questions en suspens sur lesquelles des mesures pourraient être envisagées afin de faciliter la conclusion d’un accord sur les arrangements en matière de sécurité, a fait valoir M. Salim, mentionnant notamment la nécessité de créer une zone tampon pour l’assistance humanitaire et d’établir des couloirs sécurisés pour l’acheminement de biens et de vivres à caractère non militaire, et ce, afin de renforcer le cessez-le-feu humanitaire, ainsi que la conclusion d’un accord de cessez-le-feu global et permanent.  Des négociations à cette fin devraient comprendre le désarmement des milices janjaouites et des autres milices armées, ainsi que des dispositions sur le statut des forces gouvernementales et de celles des mouvements et des arrangements en matière de sécurité sur le Darfour.  Déplorant ensuite que les négociations aient, à ce jour, été constamment marquées par un manque de flexibilité des parties et une absence de confiance presque totale, M. Salim a indiqué qu’au vu des constatations de la Médiation, il restait encore des semaines de négociations avant qu’un accord final ne soit conclu car, a-t-il observé, il semble que les mouvements M/ALS et MJE attendent la conclusion des négociations sur le partage du pouvoir avant de s’engager plus avant sur les arrangements en matière de sécurité. 


Aussi, l’Envoyé spécial de l’Union africaine a-t-il suggéré, dans la perspective de donner un nouvel élan aux négociations d’Abuja, que des sanctions crédibles et efficaces soient envisagées contre toutes les parties qui violeraient les dispositions de l’accord de cessez-le-feu humanitaire.  Par ailleurs, a-t-il dit, les parties devraient clairement être mises en garde contre le fait qu’elles seront tenues pour responsables, par le Conseil de sécurité, de tout retard dans les négociations d’Abuja.  Par ailleurs, a-t-il dit, il importe de reconnaître le rôle important joué par les pays frontaliers, notamment l’Érythrée, la Libye et le Tchad, mais également d’assurer une plus grande cohésion entre les positions de ces partenaires régionaux.  La tension actuelle entre le Tchad et le Soudan, susceptible d’avoir des incidences sur le processus de négociation dans la mesure où le Tchad en est le co-médiateur, doit faire l’objet d’un règlement, a observé M. Salim.  D’autre part, l’Envoyé spécial de l’Union africaine, tout en saluant les efforts conjoints de l’Union africaine et des partenaires internationaux, a prôné une meilleure coordination et concertation afin de parler d’une seule et même voix avec les parties.  Enfin, M. Salim s’est inquiété du coût élevé des négociations et a invité les partenaires à accroître leurs contributions afin de réduire la part pesant sur les ressources de l’Union africaine, avant de plaider pour le renforcement de la MUAS et pour un appui financier accru afin qu’elle puisse mettre en œuvre son mandat conformément aux récentes propositions de la mission d’évaluation conjointe à laquelle participaient, outre l’Union africaine et l’ONU, notamment le Canada, les États-Unis et l’Union européenne. 


Rapport du Secrétaire général sur le Soudan (S/2005/821)


Ce rapport fait état des progrès dans la mise en œuvre de l’Accord de paix global du respect du cessez-le-feu et de l’exécution du mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS).  Il fait également le point de la situation depuis le 12 septembre 2005.


Le processus de paix est sur la bonne voie, mais l’application de l’Accord de paix global continue de susciter de graves préoccupations.  Les relations entre le Parti du congrès national et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) se développent mais la méfiance persiste des deux côtés.  Dans ses observations, le Secrétaire général rappelle aux parties qu’il n’y a pas d’autre option que le cadre de l’Accord de paix global.  L’une des questions les plus litigieuses concerne l’application de la décision de la Commission du tracé de la frontière dans la zone d’Abyei et la création du Conseil exécutif de la zone.  La présidence n’a pas encore mis en œuvre la décision de la Commission frontalière d’Abyei portant délimitation des frontières de la région.


D’autres questions litigieuses ont trait à des questions sociales profondément enracinées relatives à l’administration de la capitale nationale et à la détermination et à la répartition des recettes pétrolières.  Au Sud-Soudan, la sécurité est également devenue une question de plus en plus préoccupante.  Le Secrétaire général prie instamment le Gouvernement d’unité nationale et le Gouvernement du Sud-Soudan de prendre les mesures voulues pour faire face au problème de l’insécurité dans la région.  Parallèlement, le Gouvernement du Sud-Soudan nouvellement installé devrait encourager la poursuite de la réconciliation dans l’ensemble de la région.  Les groupes armés qui sont restés « indépendants » constituent une source de préoccupation croissante à l’approche de la date limite du 9 janvier 2006 fixée pour l’intégration totale prévue par l’Accord de paix. 


Au Darfour, la sécurité sur le terrain doit être améliorée d’urgence et la recherche d’une paix politique durable, y compris un cessez-le-feu permanent, doit être intensifiée.  La septième série de négociations d’Abuja doit se poursuivre assidûment jusqu’à ce qu’un accord soit conclu.  Le Gouvernement et les mouvements rebelles doivent œuvrer en vue d’un règlement rapide et coopérer pleinement avec la Mission de l’Union africaine au Soudan.  Ceux qui continuent d’entraver le règlement pacifique du conflit doivent savoir qu’ils devront en répondre.  Par ailleurs, l’aide humanitaire doit être accrue et sa fourniture assurée sans entrave.  Le Gouvernement doit être conscient que c’est une responsabilité qu’il partage avec la communauté internationale.


Dans l’est du Soudan, le retrait de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) de la région de Hameshkoreib risque de créer un vide du pouvoir.  Compte tenu des tensions qui existent actuellement entre l’Érythrée et l’Éthiopie, les organisations non gouvernementales pourraient avoir du mal à poursuivre l’aide humanitaire qu’elles fournissent à cette région à travers l’Érythrée.  Le Secrétaire général prie instamment les dirigeants du Front Est de faciliter une évaluation de la situation sécuritaire et humanitaire de la région de façon à permettre un accès humanitaire à partir du Soudan.


Compte tenu de la fluidité de la situation sur le terrain et des incertitudes susmentionnées, l’ONU devra maintenir une présence multifonctionnelle dans l’est du Soudan, y compris des observateurs militaires des Nations Unies et des éléments de protection des forces, au-delà de la date limite du 9 janvier 2006 fixée dans l’Accord de paix global pour le redéploiement de l’APLS.  Au 13 décembre 2005, l’effectif de la composante militaire de la MINUS était de 4 291 hommes, soit 40% de l’effectif total autorisé qui est de 9 880 personnes.  Selon les plans révisés, le nombre total de militaires déployés devrait dépasser les 7 000 d’ici à la mi-février 2006.


Le plan de travail pour le Soudan a été révisé en octobre et le total des besoins en financement est maintenant chiffré à 1 milliard 980 millions de dollars.  Toutefois, seul un tiers des contributions annoncées à Oslo a été versé.  La communauté internationale devrait, à son tour, honorer ses engagements et les principaux partenaires doivent ensemble s’employer à exercer une influence politique maximale et apporter une aide pratique et financière pour influer sur tous les aspects du processus de paix.


Rapport mensuel du Secrétaire général sur le Darfour (S/2005/825)


Ce rapport aborde en premier lieu l’insécurité au Darfour et souligne que, si les actes de violence signalés au Darfour ont diminué d’octobre à novembre, le nombre confirmé de civils victimes de la violence a pratiquement doublé passant à 120 morts en novembre contre 70 en octobre.  Outre ces morts résultant principalement d’attaques ayant des motifs politiques et de banditisme, le Secrétaire général évoque deux événements politiques qui ont sensiblement contribué à exacerber la violence et l’insécurité pendant la période considérée.


Tout d’abord, une lutte interne pour le pouvoir s’est poursuivie au sein du principal mouvement armé au Darfour, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (M/ALS), indique le rapport, et les changements d’allégeance de certains chefs militaires ont créé un vide du pouvoir dans certaines régions du Darfour, de sorte que nombreux étaient ceux qui pensaient que ce clivage au sein du M/ALS risquait de provoquer des accrochages intertribaux entre les Fur et les Zaghawa, les tribus respectives des deux chefs rivaux du M/ALS, Abdul Wahid al-Nur et Minni Arko Minawi.


En deuxième lieu, l’arrivée récente de déserteurs militaires du Tchad dans le Darfour-Ouest a contribué à déstabiliser encore la situation complexe qui régnait dans la région en matière de sécurité.  Ces déserteurs rejoignent les groupes d’opposition armés tchadiens basés au Darfour qui se livrent à toute une série d’exactions telles que la contrebande transfrontière, le vol de bétail et le banditisme.  En novembre, c’est dans le Darfour-Sud qu’ont été signalés le plus grand nombre d’actes de violence dirigés contre la population locale et les organisations internationales, indique le Secrétaire général.  De graves accrochages intertribaux ont également eu lieu entre les Falata et les Massalit dans cette région et, entre le 6 et le 17 novembre, des milices ont lancé des attaques contre plus d’une douzaine de villages massalit au sud-ouest de Gereida qui ont fait une soixantaine de morts, ce qui représentait en 2005 le bilan le plus lourd pour un seul incident.  Des huttes ont été incendiées, des champs et des récoltes ont brûlé et 15 000 personnes au total ont été déplacées.  Une attaque de cette envergure, menée pendant plus d’une semaine dans une zone où la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) était présente, témoigne de manière choquante de l’incapacité dans laquelle se trouve toujours le Gouvernement de protéger sa propre population et de celle de l’ensemble de la communauté internationale de prévenir ces crimes abominables, constate le Secrétaire général.


Outre la question de l’insécurité, le rapport se penche également sur la situation qui prévaut en matière de droits de l’homme et humanitaire, pour lesquelles les organismes d’aide humanitaire et les organisations non gouvernementales au Darfour ont dû faire face à de nouveaux déplacements massifs tout en s’efforçant de maintenir leurs opérations de grande envergure dans un climat de grande insécurité.  La partie consacrée au processus de paix au Darfour fait état des efforts de médiation qui se sont poursuivis, en particulier dans le courant du mois de novembre, afin de faire progresser les pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour.  À cet égard, le Secrétaire général mentionne les efforts déployés par son Représentant spécial, par la MINUS, par l’Union africaine, l’Union européenne, ainsi que par l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.  Poursuivant sur l’appui des Nations Unies à la Mission de l’Union africaine au Soudan, le rapport indique qu’à la fin de la période considérée, la MUAS comptait au total 6 848 membres au Darfour, dont 700 observateurs militaires, 1 211 agents de la police civile, 47 fonctionnaires recrutés sur le plan international, 11 personnes affectées à l’appui de la Commission du cessez-le-feu et une force de protection de 4 879 hommes.  La MINUS est demeurée en liaison étroite avec la MUAS, grâce à des contacts réguliers avec le chef de la Mission à Khartoum et son personnel au Darfour, et dans le cadre de réunions périodiques entre la cellule d’assistance des Nations Unies et la Mission de l’Union africaine à Addis-Abeba, note-t-il.


Dans ses observations, le Secrétaire général estime qu’au cours des 18 derniers mois, les mesures prises par le Conseil de sécurité face à la crise du Darfour ont été cohérentes et énergiques.  Cependant, malgré le large éventail de mesures, adoptées sur une longue période, les informations émanant du terrain confirment que la situation s’est nettement détériorée depuis septembre, déplore-t-il, ajoutant que les besoins les plus pressants de millions de victimes de la guerre, notamment en matière de protection et de sécurité, demeurent pour l’essentiel non satisfaits.  Si d’innombrables vies ont été sauvées grâce à une gigantesque opération de secours humanitaire menée sous la conduite de l’Organisation des Nations Unies, les principales victimes de la violence et des violations flagrantes des droits de l’homme continuent de vivre dans la peur et la terreur, constate-t-il, avant d’observer que l’immense majorité des milices armées n’a pas été désarmée et que le Gouvernement n’a pris aucune mesure concrète pour traduire en justice, voire simplement identifier, l’un des chefs de milice ou les auteurs de ces attaques, contribuant ainsi à maintenir un climat d’impunité.


De l’avis du Secrétaire général, seul un règlement politique pourra, en dernier ressort, mettre un terme à la violence et permettre à quelque 2 millions de personnes déplacées et de réfugiés de rentrer chez eux.  Il considère que la série de pourparlers en cours à Abuja est tellement importante et doit être déterminante, malgré les graves difficultés rencontrées avant l’ouverture de ces pourparlers du fait du clivage au sein du MLS.  Un dialogue soutenu et une stratégie de réconciliation à long terme associant toutes les parties devront donc être mis en place une fois qu’un accord aura été signé à Abuja, poursuit-il, estimant en outre que toutes les parties au Darfour devront manifester leur volonté politique résolue de parvenir à une réconciliation véritable.  Toutes ces initiatives devront aller de pair avec un renforcement de la présence internationale chargée de la sécurité, qui devrait prendre les mesures voulues pour faire face à la détérioration de la sécurité sur le terrain, conclut-il.


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