29/06/2005
Communiqué de presse
SG/SM/9970
ECOSOC/6156



LE SOMMET MONDIAL DE 2005 DEVRAIT ABOUTIR À DES DÉCISIONS COURAGEUSES POUR METTRE UN TERME DÉFINITIF À LA PAUVRETÉ, DÉCLARE KOFI ANNAN


Vous trouverez ci-après le discours prononcé par le Secrétaire général, M. Kofi Annan, à l’occasion du débat de haut niveau du Conseil économique et social qui se tenait aujourd’hui à New York:


Je suis heureux de pouvoir m’adresser à vous à un moment si important pour notre travail en faveur du développement et nos efforts de revitalisation de l’ONU. Si vous me le permettez, je dirai tout d’abord quelques mots à propos de l’économie mondiale, avant de vous soumettre quelques réflexions au sujet du Sommet mondial de 2005 et de la contribution que le Conseil économique et social pourrait apporter à cette manifestation historique.


L’économie mondiale demeure robuste. Une de ses caractéristiques les plus frappantes est que, ces dernières années, la croissance a été dynamique dans beaucoup de pays en développement et de pays en transition. Un autre élément remarquable est la reprise de la croissance en Afrique subsaharienne. Dans beaucoup de pays d’Afrique, la croissance annuelle du revenu par habitant atteint 3%, et pourrait être supérieure à 5 % cette année.


Ces tendances sont encourageantes. Mais il n’est pas garanti qu’elles se maintiendront. La hausse des prix du pétrole et, surtout, les déséquilibres que présente l’économie mondiale sur les plans du commerce et de la fiscalité pourraient être de sérieux ralentisseurs.


Qui plus est, le plus difficile reste à faire: transformer la croissance en un moteur de développement pour tous. Dans la plupart des pays en développement, les taux de chômage et de sous-emploi demeurent élevés. En Afrique, les taux de croissance actuels, et même ceux qui sont prévus pour l’avenir, ne suffiront pas pour que les objectifs du Millénaire pour le développement puissent être atteints.


Le message est clair: la croissance économique est nécessaire, mais pas suffisante. Pour qu’elle soit un meilleur instrument de lutte contre la pauvreté, il faudra des politiques plus avisées, davantage de ressources, et des partenariats plus étroits. Ce n’est qu’à ces conditions que l’économie mondiale aidera à démarginaliser les laissés-pour-compte et donnera aux hommes et aux femmes du monde entier, surtout ceux qui en ont le plus besoin, la possibilité de récolter les bienfaits de la mondialisation.

Monsieur le Président,


Le Sommet mondial offre une occasion comme il ne s’en présente que rarement de donner un coup de fouet aux efforts de réalisation des objectifs du Millénaire. Il nous offre aussi une chance de faire progresser le développement en général et de régler les grands problèmes qui se posent, en particulier des problèmes aussi fondamentaux que l’écart entre riches et pauvres, qui ne cesse de se creuser, l’inégalité des sexes, et le manque de participation des pays en développement à la gestion de l’économie mondiale.


Aujourd’hui, il y a une lueur d’espoir.


J’espère que les autres donateurs suivront l’exemple de l’Union européenne, qui a décidé d’augmenter considérablement l’aide publique au développement ces 10 prochaines années, et a notamment adopté un calendrier pour la réalisation de l’objectif consistant à ce que les pays consacrent 0,7% de leur PNB à l’APD d’ici à 2015. Je me réjouis surtout que la moitié des ressources supplémentaires doivent aller à l’Afrique.


L’engagement qu’ont pris les pays du G-8 de se mettre d’accord sur un allègement considérable de la dette des pays les plus pauvres est également de très bon augure.


J’espère que la même volonté politique permettra de mener à bien les négociations commerciales de Doha, de sorte que les pays en développement puissent lutter à armes égales sur les marchés mondiaux.


Cela étant dit, les pays en développement doivent aussi faire leur part. Ils doivent élaborer des stratégies nationales suffisamment énergiques pour que les objectifs de développement puissent être atteints. Ils doivent encourager une gestion responsable et transparente des affaires publiques, adopter des politiques propres à stimuler le secteur privé et investir dans l’éducation et la santé pour mettre en valeur leur capital humain.


Il s’agit là de mesures indispensables. Mais, comme je l’ai souligné dans mon rapport intitulé « Dans une liberté plus grande », le développement ne sera ni concret ni durable si la sécurité et le respect des droits de l’homme ne sont pas assurés. Nous savons bien que les pays en développement subissent plus que leur part des conflits armés, de la prolifération des armes de petit calibre et des violations des droits de l’homme. Leurs perspectives de développement seraient aussi très compromises en cas de faillite des régimes mis en place pour maîtriser la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques. En effet, étant donné ce que coûterait la course aux armements, il y a fort à parier que plus de ressources encore seraient détournées des activités de développement. De plus, si une arme nucléaire était effectivement utilisée, les effets sur l’ensemble de l’économie mondiale seraient catastrophiques.


Mon rapport met notamment l’accent sur les liens entre ces différents éléments. L’espoir que je nourris est que les États Membres se rendront compte que pour amener les autres à coopérer sur les questions auxquelles ils accordent le plus d’importance, ils doivent eux-mêmes faire preuve de bonne volonté au sujet des questions que les autres jugent prioritaires. C’est ensemble et simultanément que nous devons avancer sur les trois fronts du développement, de la sécurité et des droits de l’homme.


Le Sommet mondial de 2005 est aussi l’occasion de renforcer le Conseil économique et social.


Principal organe d’élaboration des politiques de développement et de coordination de ces politiques, le Conseil a de nombreux atouts. Il est bien placé pour favoriser une approche intégrée du développement. Il est le seul organe habilité à coordonner les activités des organismes des Nations Unies et à traiter avec les organisations non gouvernementales, qui sont pour nous des partenaires de plus en plus importants. Avec son réseau de commissions techniques et régionales, il a d’importants moyens à sa disposition. Sa principale mission, aujourd’hui, est de veiller à ce qu’il soit donné effet aux engagements pris, dans le domaine du développement, aux conférences et réunions au sommet qui se sont tenues sous l’égide des Nations Unies ces 15 dernières années. Les propositions que j’ai faites dans mon rapport intitulé « Dans une liberté plus grande » sont axées sur les trois dimensions interdépendantes de ce travail de mise en œuvre.


Premièrement, nous devons faire converger les axes de mise en œuvre. Nous devons mobiliser les gouvernants, les décideurs et tous les moyens du système des Nations Unies pour que nos bilans périodiques débouchent sur des mesures concrètes qui se renforcent les unes les autres. C’est pourquoi j’ai proposé que le Conseil économique et social tienne chaque année des sessions d’évaluation au niveau ministériel. Si toutes les parties intéressées participent activement, ces sessions pourront entretenir la dynamique.


Deuxièmement, nous devons établir un lien beaucoup plus systématique entre les débats d’orientation et les activités opérationnelles sur le terrain. Nous avons besoin d’un lieu d’échange, de rencontre, de rassemblement où se réunissent tous les acteurs du développement et où tous les aspects de la coopération au développement puissent être étudiés du point de vue de leur logique et de leur cohérence, et dans l’optique de déterminer s’ils cadrent avec les politiques préconisées et sont de nature à donner, à long terme, des résultats concrets au niveau des pays. C’est dans cet esprit que j’ai invité le Conseil à tenir deux fois par an un forum de haut niveau sur la coopération au développement.


Troisièmement, nous devons faire face aux menaces et aux défis dans le domaine économique et social avec toute la diligence que nous mettons à réagir aux problèmes de paix et de sécurité. Qu’il s’agisse d’un tsunami en Asie, d’une famine en Afrique ou d’une crise de la dette en Amérique latine, nos interventions doivent être axées non seulement sur les secours d’urgence, mais aussi sur le développement en général. Nous ne pouvons prédire l’avenir, mais nous pouvons et devons nous y préparer en mettant en place des systèmes d’alerte rapide efficaces et en créant une véritable culture de la prévention. Ces tâches aussi sont des tâches de coordination que le Conseil est bien placé pour exécuter. Mais ce ne sont certainement pas des tâches qui peuvent attendre une session annuelle. C’est pourquoi j’ai recommandé que le Conseil se réunisse rapidement quand il se produit des événements qui risquent de compromettre les progrès du développement.


Ces propositions ont pour objet de rendre le Conseil plus souple et plus dynamique, et donc plus utile à ceux qui comptent sur lui pour orienter leur action. J’ai aussi invité le Conseil à resserrer ses liens avec le Conseil de sécurité pour pouvoir traiter plus systématiquement des aspects économiques et sociaux des conflits. De même, j’ai suggéré qu’il collabore de près avec la Commission de la consolidation de la paix dont j’ai proposé la création, afin de cimenter les résultats des efforts qu’il déploie depuis des années pour sensibiliser le monde aux problèmes économiques et sociaux particuliers qui se posent au sortir d’un conflit.


C’est avec beaucoup d’intérêt que je continuerai de travailler avec vous pour que le Conseil économique et social soit en mesure de faire toutes ces choses et de jouer pleinement le rôle qui lui revient.


Le projet de texte à soumettre au Sommet, présenté par le Président de l’Assemblée générale ce mois-ci, est un pas important vers l’adoption de mesures décisives en septembre. Les États Membres ont certes des divergences de vues, mais il me semble qu’ils devraient pouvoir se mettre d’accord sur beaucoup des grandes questions, notamment celles qui concernent directement le Conseil économique et social. Nous devons faire absolument tout ce que nous pouvons, au cours des semaines cruciales qui nous séparent du Sommet mondial de 2005, pour que cette réunion aboutisse à des décisions courageuses propres à mettre un terme définitif à la pauvreté. Je vous souhaite tout le succès possible dans les travaux que vous allez mener pour déterminer quelle pierre le Conseil apportera à cet édifice. Je vous remercie.


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