20/09/2005
Secrétaire général
SG/SM/10115

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

TRANSCRIPTION DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LE MOYEN-ORIENT, PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’ONU, KOFI ANNAN, ET LES MINISTRES DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU QUATUOR, AU SIÈGE DES NATIONS UNIES, LE 20 SEPTEMBRE 2005


Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais): Le Quatuor s’est réuni aujourd’hui pour discuter du retrait israélien et des perspectives de progrès en matière de paix au Moyen-Orient.  Le Quatuor s’est félicité de l’heureuse conclusion du retrait et de l’occasion qu’il lui donne de relancer les efforts concernant la Feuille de route.


Le Quatuor rend hommage au courage politique du Premier Ministre Sharon et dit sa gratitude pour le comportement conscient et responsable des Palestiniens.  Le retrait est une mesure importante pour réaliser la vision de deux États démocratiques, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.


Le Quatuor s’est félicité de la coordination étroite entre les services de sécurité israéliens et palestiniens et de leur coopération avec le Coordonnateur américain chargé de la sécurité, le général Ward.  Tout en notant que les autorités palestiniennes ont condamné la violence, le Quatuor les incite à maintenir l’ordre public et à démanteler les capacités et les infrastructures terroristes et réaffirme l’importance de la réforme globale du secteur de la sécurité.


Le Quatuor encourage le travail de James Wolfensohn, l’Envoyé spécial du Quatuor pour le désengagement, visant à faciliter la discussion entre les parties afin de tirer parti du succès obtenu.  Le Quatuor continuera de diriger les efforts internationaux pour une croissance durable de l’économie palestinienne et d’aider à renforcer la capacité de l’Autorité palestinienne à assumer ses responsabilités en édifiant un État avec détermination et efforts.  Le Quatuor appuie la levée des restrictions sur la libre circulation, en fonction des besoins de sécurité d’Israël. 


Au-delà du désengagement, le Quatuor appelle à des mesures renouvelées en parallèle par les deux parties dans le cadre de leurs obligations au titre de la Feuille de route.  Le Quatuor engage les deux parties à revenir au programme de coopération qui avait été convenu à Charm el-Cheikh.  Les contacts entre les parties doivent être intensifiés à tous les niveaux. 


Le Quatuor a discuté des groupes armés et du processus politique.  L’Autorité palestinienne a condamné la violence et les groupes qui se sont lancés dans le terrorisme, leur demandant d’abandonner cette politique et de s’engager dans le processus de négociations. 


Nous avons convenu aussi qu’en fin de compte ceux qui souhaitent faire partie du processus politique ne devraient pas participer aux activités des groupes armés ou des milices car il y a une contradiction nette entre ces activités et l’édification d’un État démocratique. 


Le Quatuor réaffirme que tout accord sur les questions concernant le statut final doit être obtenu par la négociation et qu’un nouvel État palestinien doit être véritablement viable, contigu à la Cisjordanie et lié à Gaza.  Le Quatuor estime que l’extension des colonies de peuplement ailleurs doit prendre fin et Israël doit éliminer les bastions illégaux.  Le Quatuor prend note avec préoccupation de l’itinéraire du mur, notamment la confiscation de terres palestiniennes qui en découle et sape la confiance des Palestiniens dans la Feuille de route. 


Le Quatuor redit son engagement aux principes énoncés dans les déclarations précédentes y compris celles du 4 mai 2004, du 9 mai 2005 et du 23 juin 2005 et réaffirme son engagement en faveur d’un règlement juste, global et durable du conflit arabo-israélien sur la base des résolutions 242 et 338.


Je vais maintenant écouter vos questions.


Question (interprétation de l’anglais): Je voudrais vous remercier tous de cette séance et ma première question sera en russe car je suis un journaliste de Tass et je m’adresse au Secrétaire d’État américain et au Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie.


(interprétation du russe)


D’après vous, comment percevez-vous les perspectives de proclamation du Moyen-Orient comme zone exempte d’armes nucléaires suite à l’initiative de l’Egypte et ne pensez-vous pas que ce sujet, s’agissant des différents États de la région, est une démarche fondée sur une politique de deux poids deux mesures?


Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais): Pouvez-vous répéter la question s’il vous plaît? Nous avons un problème technique.


Le Porte-parole (interprétation de l’anglais): En anglais si possible?


Mme Rice (interprétation de l’anglais): Je n’ai pas compris la question ni en russe ni en anglais.


Question (interprétation de l’anglais): Dois-je poser la question en anglais?


(interprétation du russe)


Comment voyez-vous les perspectives d’une proclamation du Moyen-Orient en tant que zone exempte d’armes nucléaires suite à l’initiative de l’Égypte? Et ne pensez-vous pas que pour ce sujet, s’agissant des différents États de la région, ce que nous faisons est appliquer une politique de deux poids deux mesures?    


Mme Rice (interprétation de l’anglais): La question des armes de destruction massive ou des armes nucléaires au Moyen-Orient est une question ancienne.  Notre perspective est que c’est une région où au fur et à mesure que le processus de paix avance, progresse, où au fur et à mesure que la sécurité sera garantie pour tous les participants, alors il devrait y avoir des circonstances dans lesquelles la sécurité se fonderait sur des circonstances politiques où il y aurait deux États vivant côte à côte et généralement nous avons pensé que ce Moyen-Orient n’aurait pas besoin d’armes de destruction massive.


Mais la première question, je pense, ici, c’est de parvenir aux circonstances où il y ait confiance au Moyen-Orient, où il y ait sécurité au Moyen-Orient, et où les parties, toutes les parties, pas seulement les Israéliens et les Palestiniens, mais les Israéliens et leurs voisins arabes vivent dans une situation de paix.  Et c’est un problème politique.  Et je pense que la question des arrangements en matière de sécurité vient en second lieu. 


M. Lavrov (interprétation du russe): Quant à moi, je voudrais ajouter que la Russie appuie la proposition de la déclaration du Moyen-Orient comme une zone exempte d’armes de destruction massive.  C’est la position du Conseil de sécurité des Nations Unies car c’est justement ce soutien qui était exprimé dans la résolution qui a tiré les conséquences de la guerre en Iraq en 1991, à savoir la résolution 667 (1991), qui a énoncé clairement qu’il appuyait l’idée de transformer la zone du Moyen-Orient en une zone exempte d’armes nucléaires.


Je suis d’accord avec mon collègue des États-Unis, la Secrétaire d’État américaine, pour dire que pour la réalisation de cette initiative, bien sûr, il faut d’abord renforcer la confiance dans la région et c’est seulement dans un contexte de confiance que l’on pourra avancer sur la voie des règlements complets de la situation au Moyen-Orient.  Je pense que compte tenu de la complexité de la situation nous ne devons pas néanmoins trop dramatiser la situation.  Si nous progressons de façon régulière pour parvenir au règlement alors nous pourrons parvenir à notre objectif.


Je veux souligner l’importance du travail et l’importance de cette initiative arabe.  Bien sûr, dans ce contexte, on pourra avoir des discussions concrètes sur la réalisation de la proposition de la création d’une zone exempte d’armes nucléaires et de destruction massive au Moyen-Orient.


Question (interprétation de l’anglais): Comme vous le savez la situation économique et sociale à Gaza reste dramatique malgré le retrait israélien.  Gaza n’a ni port ni aéroport.  La frontière avec l’Egypte reste fermée.  Le retrait du Premier Ministre équivaudrait presque pour certains à donner un baril de poudre à l’Autorité palestinienne.


Si l’on permet à la situation de se poursuivre, cela pourrait saper l’autorité de l’Autorité palestinienne et renforcer le Hamas? Que font les États-Unis pour assurer que le Premier Ministre Sharon respecte ce qu’avait dit la Cour suprême israélienne à propos du mur de séparation qui complique encore les négociations?


Mme Rice (interprétation de l’anglais): En premier lieu, je crois que la façon dont le Quatuor comprend le retrait de Gaza est que c’était un succès démontrant que les Israéliens et les Palestiniens peuvent travailler ensemble dans le détail, dans les circonstances les plus difficiles.  Il y a eu une excellente coordination et coopération en matière de sécurité pour que le retrait puisse se faire pacifiquement et efficacement. 


La tâche maintenant consiste à profiter de l’impulsion donnée par ce retrait pour aider les Palestiniens à créer à Gaza un modèle d’Autorité palestinienne qui puisse gouverner. 


La communauté internationale est très engagée.  Nous avons parlé des réformes de la sécurité et de la mission Ward, qui essaie d’améliorer les capacités des forces de sécurité palestiniennes.  Nous avons parlé du besoin de libre circulation, non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie.  Nous y travaillons.  Nous avons également parlé des projets de l’Envoyé spécial James Wolfensohn destinés à améliorer les perspectives économiques du peuple palestinien, ces projets à impact rapide que nous avons tous généreusement financés afin que des activités et des emplois soient rapidement créés à Gaza. 


Le passage entre Gaza et l’Egypte est une question un peu plus complexe, mais Égyptiens et Palestiniens s’emploient à trouver une solution concernant Rafah.  Il devrait y avoir une solution.  Il importe que les Palestiniens parviennent, avec les Egyptiens, à contrôler cette frontière internationale de sorte que le passage des personnes et des biens ne constitue pas un risque pour la sécurité de qui que ce soit dans la région.  Ils sont en train de voir ce qu’il en est.  


S’agissant des activités israéliennes préjugeant du statut final, le Président Bush a été clair: nous ne voulons pas qu’Israël se lance dans des activités qui préjugent du statut final.  Les questions relatives à la frontière définitive relèvent du statut.  Nous avons conclu que les activités menées dans les colonies de peuplement, par exemple dans le secteur E1 ou avec la barrière de séparation, ont des répercussions sur la vie des Palestiniens.  La communauté internationale attend d’Israël qu’il respecte des obligations découlant de la Feuille de route et ne s’engage pas dans ce type d’activités.


Donc, les messages sont clairs.  La réunion a surtout porté sur la façon d’aller de l’avant et de profiter de l’impulsion donnée par le désengagement réussi de Gaza pour mettre en place les institutions qui formeront la base de l’Autorité palestinienne et pour améliorer la vie des Palestiniens.


Question (interprétation de l’anglais): Vous avez dit que cette réunion était axée sur la voie à suivre.  Il a été question de la façon d’améliorer l’économie à Gaza.  Mais comment cet élan se concrétise-t-il en dehors de Gaza? En a-t-il été spécifiquement question? A quelle vitesse le démantèlement ou des changements peuvent-ils s’opérer en Cisjordanie?


Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais): Nous avons discuté de tout cela.  De toute évidence, des choses se passent sur le terrain.  Nous ne sommes pas sûrs que cela conduise à des élections.  Bien sûr, nous suivons tout cela de près et voulons que cela soit réglé avant que quiconque ne prenne une autre initiative audacieuse.  Ce qui se passe en Cisjordanie est très présent dans notre esprit. 


Pour le Quatuor, Gaza était la première étape, la Cisjordanie est la suivante.  Nous comprenons que les Palestiniens ont besoin d’espoir. 


Mme Rice(interprétation de l’anglais): Je voudrais ajouter que nous avons également parlé de l’entente de Charm el-Cheikh, qui pouvait améliorer les déplacements en Cisjordanie.  C’est un programme qui a été défini quand le Premier Ministre a rencontré le Président Abbas.  Nous sommes favorables à de tels accords.  Nous avons également souligné que la situation devait s’améliorer en matière de sécurité.  On ne peut avoir un sentiment de chaos.  Il faut que les Palestiniens fassent davantage sur le front de la sécurité et commencent à s’attaquer au terrorisme.  Nous pensons qu’entre les obligations de la Feuille de route et les ententes conclues à Charm el-Cheikh, il y a beaucoup à faire pour préserver la dynamique.


Question (interprétation de l’anglais): Une question à Mme Rice: vous avez parlé des milices qui ne seraient pas candidates aux élections.  Le Premier Ministre Sharon a dit la semaine dernière qu’Israël n’apporterait pas son aide si le Hamas participait aux élections.  Qu’en pensez-vous?


Une question à l’Union européenne, peut-être le Ministre Straw pourrait répondre: L’Union européenne a déclaré hier que 250 millions d’euros seraient débloqués pour Gaza.  Comment garantir que cet argent ne sera pas injecté dans des projets qui échoueront?


Mme Rice(interprétation de l’anglais): Je voudrais dire que le Secrétaire général a dit clairement que l’on s’inquiétait du fait que dans tout processus démocratique, certaines règles doivent impérativement être observées.  On ne peut avoir une option armée au sein d’un processus démocratique.  Mais nous comprenons que le système politique palestinien est en transition vers un système démocratique et qu’il pourrait y avoir un processus palestinien.  Nous espérons que les élections pourront se dérouler, que chacun coopérera dans ce sens.  Les élections sont essentielles pour garantir le bon déroulement du processus palestinien.


Cela dit, nous avons constaté qu’il existait une contradiction fondamentale entre les activités armées et le processus politique.  Les activités armées sont extérieures au processus politique.  C’est une question de principe.  Tout le monde comprend bien qu’il s’agit d’une transition.  Ce sera un processus palestinien.  Je crois que nous devons donner aux Palestiniens une certaine marge de manœuvre pour que le processus politique puisse évoluer. 


M. Straw(interprétation de l’anglais): Quant à savoir si ce que donne l’Union européenne et les autres donateurs pourrait aboutir à des projets qui risquent d’échouer, je dirai que, ces dernières années, grâce au travail du Ministre des finances de l’Autorité palestinienne Salem Fayed, il y a une plus grande responsabilisation en matière de dépenses, grâce au financement des donateurs externes comme l’Union européenne.  L’Union européenne a surveillé les choses de très près pour être certaine que les sommes servent aux fins prévues.  Nous sommes toujours à l’écoute des plaintes alléguant que ce n’est pas le cas.  Le Commissaire Patten et le Commissaire Ferrero-Waldner, son successeur, veillent à ce que l’argent alloué est dépensé comme il faut.


Question (interprétation de l’anglais): Nous parlons d’une avancée vers la paix au Moyen-Orient.  Hier, vous vous êtes réunis pour discuter de la conférence internationale concernant le Liban.  Les conditions principales étaient les réformes institutionnelles, économiques et politiques ainsi que à la mise en œuvre de la résolution 1559 (2004) et 1595 (2005).  Y a-t-il des requêtes cachées, comme la signature d’un accord de paix entre Israël et le Liban?


Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais): La résolution 1559 exige le démantèlement des milices et le désarmement de toutes les milices au Liban. 


S’agissant des relations entre le Liban et la Syrie, pourriez-vous répéter la question?


Question (interprétation de l’anglais): La question concerne les réfugiés palestiniens au Liban et la signature d’un traité de paix entre le Liban et Israël.



Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais): Le démantèlement des milices palestiniennes au Liban relève de la résolution 1559 (2004).  Mais c’est quelque chose que les autorités libanaises devront traiter.  Et bien sûr, nous en avons discuté avec elles et elles le feront à leur manière et organiseront cela en temps et en heure.  Nous avons déjà discuté dans cette salle des autres aspects de la 1559 que nous avons mis en oeuvre. 


Quant à la signature d’un accord de paix entre le Liban et Israël, c’est une question dont les deux pays devront discuter.  Je ne suis pas certain que la partie libanaise soit prête à le faire tant qu’elle pense que les fermes de Shaba’a font encore l’objet d’une controverse.  Je pense que cela arrivera peut-être à terme mais je ne le vois pas pour un avenir proche.   


Question (interprétation de l’anglais): Cette question s’adresse au Secrétaire Rice et au Ministre des affaires étrangères Lavrov.


Le lendemain des pourparlers à six où la Corée du Nord a décidé de suspendre son programme nucléaire puis de le démanteler, elle dit qu’elle veut se procurer le réacteur à eau légère pour son programme civil nucléaire.  Cela veut-il dire que les choses sont nulles et qu’il faut recommencer à zéro?


Mme Rice (interprétation de l’anglais): Je crois que nous nous en tiendrons au texte de Beijing que les Coréens du Nord ont signé.  Le texte de l’accord précise que nous discuterons du réacteur à eau légère plus tard.  Il y a eu ensuite plusieurs déclarations qui indiquent quelle sera la séquence des événements.


La question ne se pose pas.  Souvenons-nous que la Corée du Nord ne fait pas partie du Traité de non-prolifération (TNP) et n’a pas accepté les garanties de l’AIEA.  Ils ont un programme militaire qui dépasse clairement les obligations internationales auxquelles ils se sont engagés lorsqu’ils étaient membres du TNP. 


Nous n’allons donc pas nous attarder sur cette déclaration.  Nous nous en tiendrons au texte de la déclaration de Beijing.  Je pense que nous pourrons faire des progrès mais je crois que tout le monde va s’en tenir à ce qui avait été convenu. 


M. Lavrov (interprétation du russe): J’estime moi aussi qu’il est indispensable de se fonder sur le texte de l’accord.  On a convenu de ce texte avec beaucoup de minutie et il a fait l’objet de compromis délicats.  Mais on y indique bien les différentes mesures qui devront être prises petit à petit pour pouvoir aborder la question de la coopération en matière de développement d’énergie nucléaire en Corée du Nord.


Je pense que nous ne devrions pas nous baser sur les déclarations verbales qui sont susceptibles d’être interprétées différemment.  Nous devons nous baser sur le texte de l’accord.  La priorité actuelle est de faire en sorte que cet accord soit mis en oeuvre.  Et cela implique un travail considérable et nous espérons que ces activités commenceront bientôt. 


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