09/03/2005
Communiqué de presse
FEM/1502



Commission de la condition de la femme

Quarante-neuvième session

15e & 16e séances – matin & après-midi


LES INÉGALITÉS ET DISCRIMINATIONS ENTRE GARÇONS ET FILLES S’EXERCENT DÈS LA NAISSANCE, CONSTATE LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME


La Commission de la condition de la femme s’est aujourd’hui penchée sur les perspectives d’avenir pour la promotion de l’égalité entre les sexes à travers les yeux des jeunes des deux sexes.  La Directrice exécutive adjointe de l’UNICEF, Mme Rima Salah, était modératrice de la table ronde organisée sur ce thème.


Les représentants d’institutions du système des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales ont dans un premier temps confirmé l’existence de discriminations entre les garçons et les filles qui s’exercent dès qu’ils sont mis au monde.  La Secrétaire générale de l’organisation suédoise « Young Folk’s Association », Frida Ohlsson, a relevé par exemple que les jeunes garçons étaient suivis de plus près à l’école, étaient par la suite mieux payés sur le marché du travail et bénéficiaient d’une meilleure image dans les médias, tandis que les femmes restaient dans l’ombre.  Ces stéréotypes doivent être renversés, a-t-elle insisté d’autant plus que, selon elle, les filles pensent qu’elles n’ont pas autant de possibilités que les garçons et se sentent limitées par leur différence. 


Dans les zones rurales des pays en développement, a expliqué de son côté Srdjan Stakic, qui est spécialiste de la jeunesse et de l’adolescence au sein du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), 14% des filles sont mariées avant même l’âge de 10 ans, leur première relation sexuelle s’opérant pour 30% d’entre elles sous la contrainte.  De leur côté, les jeunes filles handicapées souffrent d’une double discrimination en raison du handicap et du genre, a expliqué pour sa part Catalina Devandas Aguilar de la Banque mondiale.  Le handicap fait l’objet d’une discrimination systématique et être une femme est un facteur de risque. 


Mme Devandas Aguilar a également abordé la question de la sexualité des femmes handicapées en expliquant que les modèles féminins existants ne correspondent pas aux besoins.  Les personnes handicapées n’ont pas non plus accès aux informations et aux services médicaux en raison d’une infrastructure inadaptée et d’un manque de ressources.  Les femmes handicapées sont plus vulnérables aux abus et discriminations et bien souvent, on ne prend pas leurs plaintes au sérieux.  La stérilisation des femmes handicapées est très courante chez les femmes souffrant d’un handicap mental.


De même, Felicitas Martinez Solano, Directrice du Centre de coordination nationale des femmes autochtones du Mexique, a dressé le même constat préoccupant concernant les femmes autochtones qui n’ont aucune connaissance de leurs droits collectifs et individuels.  Dès leur naissance, elles sont destinées à un avenir peu prometteur.  Le travail de la femme autochtone n’est pas reconnu: il est au contraire dévalorisé.  Les filles autochtones sont confrontées dès leur plus jeune âge à la violence domestique, à une éducation précaire et à la malnutrition.  Pour Ingrid Tharasook, qui contribue à un forum virtuel sur la période post-tsunami en collaboration avec l’UNICEF, il est crucial que les jeunes soient informés et éduqués à la parité entre les sexes. 


En début de séance, la Commission avait poursuivi son débat de haut niveau consacré au Suivi du Programme d’action de Beijing en entendant les Ministres du Libéria, de la République centrafricaine, du Vanuatu et du Soudan.  Outre les représentants du Bénin, de la Géorgie, du Sri Lanka, du Tadjikistan, du Tchad, les représentants des institutions suivantes ont également pris la parole: Comité international de la Croix-Rouge (CICR), du Caucus des femmes africaines et du Caucus Asie/Pacifique, Human Rights Advocates, Amnistie internationale, Caucus pour la paix, Conférence panindienne, Fédération internationale de la planification familiale, Caucus Asie-Pacifique, Coalition des femmes œcuméniques 2000, Organisation mondiale du Travail et Global Union Caucus.


Dans l’après-midi, la Commission était saisie de deux projets de résolution portant respectivement sur Les femmes autochtones au-delà de l’examen décennal de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing et sur la situation des femmes et des filles en Afghanistan.


Demain jeudi 10 mars, la Commission tiendra une table ronde sur l’intégration de la dimension du genre dans les politiques macroéconomiques.


SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »


Déclarations


Mme GABRIELLE NANCHEN, Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a déclaré que, 10 ans après Beijing, elle était animée de sentiments mitigés.  Si les besoins et perspectives des femmes demeurent fermement à l’ordre du jour international, il reste néanmoins de nombreuses raisons pour appeler l’attention sur la situation des femmes, a-t-elle dit.  La mise en œuvre de l’engament du CICR, a-t-elle souligné, constitue une entreprise exceptionnelle qui a une influence à tous les niveaux de l’institution ainsi que sur le théâtre de ses opérations.  Mme Nanchen a estimé que le sort des femmes touchées par la guerre ne pourra être amélioré tant qu’il n’existera pas de volonté politique.  Si les femmes continuent de souffrir des situations de conflits armés, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas assez de lois pour les protéger, mais parce que ces lois ne sont pas suffisamment respectées, a-t-elle considéré.  La guerre n’est plus, si elle l’a jamais été d’ailleurs, l’affaire des hommes, a-t-elle estimé.  Des populations entières sont prises dans le chaos des situations de conflits, et le viol, même s’il n’est pas forcément visible, compte parmi les blessures de la guerre, a-t-elle expliqué, ajoutant que les guerres exposaient les femmes à des risques importants, certains communs à leur communauté, d’autres à leur sexe.


Mme VABAH KAZAKU GAYFLOR, Ministre de la parité et du développement du Libéria, a expliqué dans quelle mesure son Gouvernement avait mis en œuvre le Programme d’action de Beijing.  Le Libéria a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes en 1998 et a établi un Comité législatif sur la parité et le développement de l’enfance en 2003.  Le Gouvernement a adopté une loi sur les droits des femmes à l’héritage dans le cadre des mariages civils et coutumiers.  Nous avons aussi organisé une conférence nationale sur les femmes en 2004 et avons élaboré un Plan d’action stratégique pour les femmes.  Les dispositions relatives aux élections prévoient que les partis politiques doivent réserver 30% de postes aux femmes.  Au niveau du Gouvernement, quatre femmes occupent des postes à l’Assemblée nationale, trois au Cabinet et une femme siège à la Cour suprême.  À la suite de l’Accord de paix, nous avons réhabilité 9 000 ex-combattants dont des femmes et des fillettes et avons rapatrié plus d’un demi million de personnes, la majorité étant des femmes et des enfants.  Nous avons adopté les Objectifs de du Millénaire pour le développement en tant que cadre de politique national.


Mme RACHEL GOGOUA, Caucus des femmes africaines, a déclaré que les femmes et les enfants payaient le lourd tribut des conflits armés en Afrique.  Elle a lancé un appel à la communauté internationale pour que les ressources financières destinées à l’armement soient allouées à l’amélioration de la condition de la femme.  La situation de la femme ne sera pas améliorée si la solidarité internationale ne se renforce pas, a-t-elle dit, ajoutant: « Unissons nos efforts pour changer le cours de l’histoire ».


Mme ANUJ KAPILASHRAMI, Caucus Asie/Pacifique, a déclaré que le Programme d’action de Beijing est essentiel à la pleine réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Toutefois, les objectifs de réduction de la pauvreté ne seront pas atteints si les femmes n’ont pas accès aux services de santé.  Les gouvernements doivent également reconnaître l’importance de l’accès aux soins de santé génésique comme étant indispensable à leur habilitation.  Nous demandons instamment aux gouvernements de mettre un terme à la privatisation des services de soins de santé et d’étendre la gratuité des soins.  Nous leur demandons de faciliter l’accès à des soins de santé que ce soit des soins de santé de base, la fourniture de traitements contre les maladies sexuellement transmissibles y compris le VIH/sida, et les infections de l’organe reproductif.  Nous leur demandons de révoquer toute mesure coercitive et de fournir un accès aux moyens contraceptifs d’urgence.  Les gouvernements doivent protéger le droit de la femme à décider de se marier ou pas, d’avoir des enfants ou pas.  Nous leur demandons aussi de reconnaître, de respecter et de protéger les diverses formes d’unions, y compris les mariages entre personnes du même sexe et les familles monoparentales.


Mme CORA TRUE-FROST, Coordonnatrice du Groupe des ONG sur les femmes, la paix et la sécurité, qui rassemble des milliers de membres de la société civile, a demandé aux États Membres de soutenir les femmes dans les situations de conflit en saisissant l’occasion de tirer partie des femmes de la société civile présentes lors de cette session et en assurant la transparence des débats sur les projets de résolution, en renforçant ces propositions afin d’y inclure de manière claire les dispositions sur le respect des objectifs de la résolution 1325 du Conseil de sécurité, du Programme d’action et de la Déclaration de Beijing.  Elle a dit attendre avec intérêt la possibilité de tenir un débat de fond sur les objectifs de Beijing.


Table ronde sur le thème « Perspectives d’avenir pour la promotion de l’égalité entre les sexes: à travers les yeux des jeunes des deux sexes »


Exposés


      MmeRIMA SALAH, Directrice exécutive adjointe de l’UNICEF, a, en tant que modératrice de la réunion, relevé que le Plan d’action de Beijing note que la discrimination débute dès les premiers jours de la vie.  Les partenariats de jeunes sont tout autant importants dans les programmes de développement, notamment au vu de la vulnérabilité des fillettes et des jeunes femmes.  Il faut que les jeunes aient voix au chapitre et conditionnent les décisions politiques. 


Mme FRIDA OHLSSON, Secrétaire générale de l’organisation non gouvernementale suédoise « Young Folk’s Association », qui compte 9 000 membres, a déclaré que les jeunes garçons étaient suivis de plus près à l’école, étaient ensuite mieux payés et étaient mieux couverts par les médias, tandis que les femmes restaient dans l’ombre et passives.  Ces stéréotypes de nos parents et grands-parents qui existent toujours doivent être renversés, a-t-elle estimé.  La représentante a estimé que les filles pensent qu’elles n’ont pas autant de possibilités que les garçons et se sentent limitées par leur différence.  Mme Ohlsson s’est livrée à une analyse comparée des interventions et prises de décisions, entre filles et garçons, au sein des associations de jeunes.  Son association, a-t-elle dit, donne aux hommes et aux femmes les mêmes opportunités.  Elle a indiqué qu’en 2005, sa dynamique serait revue, de manière à travailler sur des bilans à court terme, en tenant compte des analyses de situation et en relevant l’opinion de chacun.  Nous avons des responsabilités en matière d’égalité à l’égard des générations futures, a-t-elle considéré, ajoutant: « Nous devons commencer aujourd’hui ».


M. SRDJAN STAKIC, spécialiste de la jeunesse et de l’adolescence au sein du Fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population (FNUAP), a rappelé que dans les zones rurales, de trop nombreuses filles étaient mariées avant l’âge de 10 ans, leur première relation sexuelle s’opérant sous la contrainte.  Ce sont des filles violées par leurs maris, a-t-il dit.  Pourquoi ne manifesterions-nous pas dans la rue pour dénoncer ce crime? a-t-il interrogé, précisant qu’il ne lançait pas ainsi un appel à la révolte générale mais souhaitait souligner à ses collègues des Nations Unies qu’il ne fallait pas laisser la hiérarchie éteindre leur passion.  Nous devons nous souvenir que la sécurité de l’emploi ne devrait pas être un facteur de décision lorsqu’il s’agit de promouvoir les droits des femmes, a-t-il ajouté.  Il s’est dit fier d’avoir travaillé sur des projets, d’abord lancés en Europe orientale, qui ont servi de modèle dans le monde entier.  De l’avis de M. Stakic, les changements n’interviendront pas à l’initiative des Nations Unies, des gouvernements ou des organisations non gouvernementales mais plutôt des individus.  En tant qu’individu, je suis responsable de mes actions, a-t-il affirmé.


S’exprimant au nom des jeunes handicapés, CATALINA DEVANDAS AGUILAR, de la Banque mondiale, a précisé que le handicap fait l’objet d’une discrimination systématique et de ce fait, limite notre marge d’action.  En tant que femmes, nous souffrons d’une double discrimination en raison du handicap et de notre sexe.  Être une femme est un facteur de risque, a-t-elle estimé.  Pendant l’enfance, les filles handicapées sont surprotégées et donc assistées par leurs familles.  En outre, elles ne participent pas à la prise de décisions et sont moins appelées à participer aux activités scolaires et sociales.  Les filles handicapées ne disposent pas non plus de modèle d’éducation sur leur sexualité, qui tienne compte de leurs particularités.  Les personnes handicapées n’ont pas non plus accès aux informations et aux services médicaux en raison d’une infrastructure inadaptée et d’un manque de ressources.  Les filles sourdes par exemple ne sont pas informées de manière adéquate des dangers de la pandémie du VIH/sida.  Les femmes handicapées sont plus vulnérables aux abus et discriminations et, bien souvent, on ne prend pas leurs plaintes au sérieux.  La stérilisation des femmes handicapées est très courante chez les femmes souffrant d’un handicap mental.


M. MICHAEL FLOOD, du Centre australien de recherche sur la sexualité, la santé et la société, a souligné que les jeunes hommes et les garçons développaient des schémas de comportement adoptés dès l’enfance et qui persistaient à l’âge adulte.  Les jeunes hommes sont moins favorables à l’égalité entre les sexes que les jeunes femmes, a-t-il en outre constaté.  Des programmes de sensibilisation des jeunes hommes et des garçons à l’égalité entre les sexes doivent, pour être efficaces, être intensifs et supposent une participation active qui dure dans le temps, a-t-il observé.  Selon lui, les programmes de prévention efficace doivent comporter des messages positifs, se fonder sur des normes et des comportements sains, se concentrer sur ce que l’on peut faire.  Les efforts doivent ciblés des lieux de travail où les hommes sont majoritaires, a-t-il précisé.  Il faut reconstruire les cultures masculines, a-t-il également considéré, plaidant notamment en faveur d’une transformation des relations de pouvoir patriarcal.  Selon lui, il convient d’éviter d’avoir une vision de la participation des hommes et des garçons en faveur des actions de promotion de l’égalité entre les sexes où le sexe masculin serait de situation de faiblesse.  Les hommes doivent être considérés comme des partenaires et non comme des délinquants sexuels, a-t-il expliqué.  Lorsque l’on travaille avec des hommes et des garçons, on risque de saper certaines conceptions de la masculinité et de la sexualité, a-t-il prévenu.  Nous devons remplacer les normes sexistes par des normes basées sur l’égalité, a-t-il poursuivi, mettant l’accent sur la nécessité d’intervenir au niveau des sous-cultures et des bandes qui encouragent la violence contre les femmes. 


Mme FELICITAS MARTINEZ SOLANO, Directrice de National Coordination of Indigenous Women du Mexique, a estimé que la pauvreté que connaît de nombreux pays est le fruit de relations de pouvoir déséquilibrés en raison des guerres commerciales et des discriminations, dans le cadre d’un système discriminatoire imbriquées dans le tissu social, la femme autochtone n’étant informée d’aucun droit collectif ou individuel.  Dès leur naissance, les autochtones sont destinées à un avenir peu prometteur.  Le travail de la femme autochtone n’est pas reconnu mais est au contraire dévalorisé.  La violence domestique, l’éducation lacunaire et la malnutrition apparaissent dès le plus jeune âge.  Malgré les efforts consentis depuis Beijing en faveur de femmes autochtones, il reste beaucoup à faire comme l’inclusion de politiques spécifiques en faveur des jeunes femmes autochtones.


M. EDFORD GANDU MUTUMA, Président des Jeunes avocats africains pour les droits de Lentswe LaRona, a affirmé que les jeunes avaient conscience de pouvoir tracer leur avenir et résoudre ainsi l’un des problèmes pressants d’aujourd’hui en réalisant l’égalité entre les hommes et les femmes.  Les jeunes ont besoin d’être aidés pour développer le pays à tous les niveaux et créer un futur prospère, a-t-il dit.  Nous avons l’occasion de créer un leadership qui n’est pas sexiste et sexuel, mais qui fasse sien les questions de parité et qui rejette les systèmes et les mécanismes d’inégalités, a-t-il souligné.  Les femmes sont souvent marginalisées, surtout lorsqu’elles sont handicapées, et considérées comme sous-personnes, a-t-il ajouté.  Évoquant la pandémie de VIH/sida, il a estimé que l’égalité des jeunes était très importante en matière de sexualité.  Les jeunes hommes commencent à comprendre l’importance de l’égalité et commencent à participer à des mouvements en ce sens, a-t-il observé.  Selon lui, pour résoudre l’inégalité entre les sexes, les deux parties prenantes doivent être mises en présence.  Il convient, a-t-il conclu, d’améliorer les connaissances, les capacités et la culture pour changer les attitudes.


Dialogue


Répondant aux questions du Costa Rica, Mme Calatalina Devandas Aguilar a indiqué qu’il était nécessaire de bâtir des alliances pour le développement qui soient intégrées.  Le handicap est une question transversale qui doit être présente dans toutes les politiques, étant donné que nous sommes marginalisés dans tous les domaines mais également parce que les femmes handicapées ont aussi des besoins particuliers.  Mme Felicitas Martinez Solano a plaidé en faveur d’un plan d’action qui soit le fruit d’une concertation unique entre les organisations.  Nous voulons instaurer une communication claire et précise avec une bonne connaissance des réalités du terrain.  Nous devons parvenir à un développement intégré pour les peuples autochtones.  En Afrique, a expliqué M. Edford Gandu Mutuma, la plupart des projets sont des projet pilotes.  Les jeunes doivent encore être sensibilisés à la parité.  Mme Ingrid Tharasook a encouragé les États Membres à travailler à l’élimination des stéréotypes dans les médias.



Suite du débat de haut niveau


M.  NESTOR MAMADOU NALI, Ministre de la santé publique et de la population de la République centrafricaine, a affirmé que la Constitution du 27 décembre 2004 garantissait aussi bien à l’homme qu’à la femme des droits égaux dans tous les domaines, Constitution qui, a-t-il ajouté, garantit également la sacralité et le respect absolu de la vie humaine, ainsi que l’inviolabilité de la personne humaine.  D’autres textes juridiques sont en faveur de la protection et de la promotion des droits de la femme, a-t-il ajouté, citant le Code du travail, le Code électoral, le Code de nationalité et le Code de la famille, ce dernier, entré en vigueur en 1998, ayant permis de réviser de nombreuses dispositions et pratiques traditionnelles défavorables aux femmes et à la petite fille.  Sur le terrain, les organisations non gouvernementales s’occupant des questions féminines de protection et de promotion des femmes sont très nombreuses, a-t-il dit, citant notamment le Réseau d’échanges des femmes de l’Afrique centrale (RESEFAC).  Le Ministre a également déclaré que les obstacles à surmonter étaient essentiellement d’ordre culturel.  Ils doivent être résolument aplanis par une éducation soutenue des hommes quant à leur responsabilité dans la vie familiale, conformément à l’éthique religieuse correctement interprétée et au droit civil, a-t-il estimé.  Les femmes doivent aussi être éduquées de façon approfondie sur leurs droits certes, mais aussi sur leurs devoirs dans ce partenariat, a-t-il poursuivi.


Mme KRISTINA ZINNEN, HumanRights Advocates, a attiré l’attention sur le sort des femmes migrantes qui voyagent de plus en plus seules et subissent de nombreuses violations de leurs droits humains dans les pays du Golfe.  Beaucoup de pays violent leurs obligations internationales.  Des pays comme la Malaisie interdisent aux travailleurs migrants de devenir membres de syndicats.  Nous sommes déçu d’apprendre que le droit à créer des syndicats a été rejeté du projet de résolution sur les travailleurs migrants.  Nous demandons à la Commission des droits de l’homme de demander au Rapporteur des Nations Unies sur les travailleurs migrants de faire une étude sur le droit au travail et le statut de travailleur migrant.


Mme SARAFATOU INOUSSA OLODO (Bénin) a affirmé que son pays s’était, depuis 1990, résolument engagé dans la lutte contre la discrimination entre les sexes avec l’adoption de sa Loi fondamentale qui institue l’égalité entre les sexes à tous les niveaux.  Depuis lors, a-t-elle ajouté, la volonté politique s’est affirmée dans ce sens et, avec elle, la détermination du Gouvernement, des partenaires au développement, des organisations non gouvernementales et toutes les autres organisations de la société civile.  Cette synergie d’actions s’est concrétisée par la mise en place d’un cadre institutionnel et d’un environnement juridiques favorables à l’égalité du genre, a-t-elle poursuivi, précisant que le Bénin pouvait aujourd’hui se réjouir d’avoir un code des personnes et de la famille, une loi réprimant les mutilations génitales et une loi sur la santé sexuelle et de la reproduction.  Parmi les défis à surmonter subsistent néanmoins la réduction de l’écart entre le taux de scolarisation des filles et celui des garçons, la réduction du taux d’analphabétisme des femmes et l’élimination de la mortalité maternelle et néonatale, a-t-elle considéré.


Mme AMAL BASHA, Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme, a évoqué les progrès réalisés en faveur des femmes comme l’entrée en vigueur du Protocole facultatif à la Convention CEDAW, la criminalisation de crimes sexuels comme le viol par la Cour pénale internationale et la prise de conscience de la féminisation accrue de la pauvreté.  Toutefois, les pays ayant émis des réserves à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, soit un tiers des États parties, continuent de perpétuer de très graves violations des droits humains des femmes.  Il est essentiel de lancer une campagne de ratification de la Convention, de promouvoir la levée des réserves.  Il faut que la Commission de la condition de la femme crée un mécanisme de lutte contre les discriminations à l’égard des femmes.


Mme ISABELLA DONALD, Ministre du plan de réforme complet du Vanuatu, a indiqué que le plan d’action de son Gouvernement pour la mise en place des objectifs de Beijing prévoyait la sensibilisation à l’égard des questions de genre, la nécessité de disposer de données ventilées par sexe, une législation visant à réduire la violence contre les femmes et les enfants et à protéger la famille, ainsi que l’autonomisation économique des femmes.  Le Gouvernement travaille étroitement avec les organisations non gouvernementales, en particulier les groupes de femmes, pour protéger et promouvoir les droits des femmes, a-t-elle ajouté.  Elle a notamment souligné que le Gouvernement s’était engagé dans un projet de loi sur la protection de la famille, lequel qualifie de crime la violence domestique.


Mme SARAH SULLIVAN, Amnistie internationale, s’est dite déçue du fait que la Commission de la condition de la femme ait été incapable de renforcer la lutte des gouvernements et du milieu associatif en faveur de la parité au cours de sa session.  La Déclaration politique adoptée n’apporte pas grand-chose aux engagements actuels.  Nous avons lancé une campagne de lutte contre la violence contre les femmes qui est présente partout en temps de paix comme en temps de guerre. Le viol, les sévices sexuels sont infligés à des millions de femmes et de filles tous les jours.  La violence sexuelle  dépasse toutes les frontières et les clivages.  La cause sous-jacente en est la discrimination fondée sur le sexe.  Dans certains pays, les discriminations sont inscrites dans les lois et dans d’autres, les lois nationales ne sont pas suffisantes. Nous soulignons que les gouvernements ont l’obligation de prévenir, enquêter et punir les actes de violence contre les femmes.  Les femmes, de leur côté, ont le droit de faire des choix libres au sujet de leur santé sexuelle et reproductive.


Mme KETEVAN MAKHARASHVILI (Géorgie) a souligné que son pays avait connu depuis son indépendance une crise sociale et économique exceptionnelle, aggravée par des conflits ethniques, rendant ainsi difficile de grands progrès dans le domaine social.  En 2003, la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté dépassait les 50%, a-t-elle dit, tandis que 17% vivaient dans une situation d’extrême pauvreté.  Depuis novembre 2003, a-t-elle expliqué, le nouveau Gouvernement a accéléré le processus de reformes, réaffirmant ses engagements internationaux, notamment concernant la promotion des femmes.  Le nombre des organisations non gouvernementales s’occupant des questions d’égalité des sexes s’est accru, passant de 34 avant Beijing à 175 aujourd’hui, a-t-elle souligné.  Des progrès ont été réalisés dans la participation des femmes au pouvoir de décision, précisant qu’en 2004, 9,4% des sièges du Parlement étaient occupés par des femmes, contre 7% auparavant.  Selon elle, il reste néanmoins beaucoup de travail à effectuer pour parvenir à l’égalité entre les sexes.  Le processus de parité doit être intégré de manière plus efficace, en particulier dans la politique économique du Gouvernement, a-t-elle expliqué.


Mme HISAKO MOTOYAMA, Caucus pour la paix, a estimé que les conflits en cours et les dépenses d’armement alimentent la pauvreté mondiale qui, elle-même ainsi que les injustices économiques, alimentent les conflits armés.  Il est inacceptable qu’après que les pays développés se soient engagés à verser 0,7% de leur PIB à l’aide publique au développement, ces mêmes pays n’aient toujours pas honoré cette obligation, à quelques exceptions près.  Dans toute action militaire et dans tout conflit armé, ce sont les femmes qui souffrent le plus.  Nous demandons l’universalité de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la rédaction d’une convention d’interdiction des armes nucléaires et un traité d’interdiction de la militarisation de l’espace.  Nous leur demandons de renoncer à la guerre et au recours à la force et les invitons à renforcer le Chapitre VI des Nations Unies sur le règlement pacifique des différends. 


Mme S. SUMANASEKERA (Sri Lanka) a affirmé que de nombreux changements politiques et lois avaient été mis en œuvre pour assurer la promotion des droits des femmes dans son pays depuis 10 ans.  Elle a ainsi cité un amendement au Code pénal prévoyant une nouvelle peine renforçant les châtiments contre les auteurs de crimes sexuels.  Une politique éclairée de la santé, apportant des soins gratuits, a beaucoup contribué à la santé des femmes, a-t-elle dit.  Néanmoins, des progrès restent à être réalisés dans le domaine de l’intégration de la sexospécificité.  Les femmes ont beaucoup souffert en raison d’un conflit interne prolongé, a-t-elle par ailleurs rappelé.  Évoquant les ravages causés par le tsunami, qui a détruit les trois quarts des côtes du pays, elle a souligné que le Ministère de l’autonomisation des femmes et du bien-être social s’était engagé à aider les femmes à reconstruire leurs vies, en collaboration avec les organisations non gouvernementales et les groupes de la société civile.


Mme MANORAMA BAWA, Conférence panindienne des femmes, a relevé que depuis Beijing, le pourcentage de femmes au dessus du seuil de pauvreté n’a pas vraiment augmenté tandis que les femmes subissent de plein fouet la violence basée sur le sexe.  Nous nous félicitons de l’adoption de la Déclaration politique tant le Programme d’action de Beijing est un outil crucial et le meilleur dont nous disposons La simple reconnaissance de ce Programme d’action ne suffit pas.  Il faut une plus grande représentation des femmes au sein des organes publics et politiques et leur accorder la propriété foncière.


Mme ALIBVERDIEVA KIMATGUL (Tadjikistan) a affirmé que les bases juridiques étaient encore insuffisantes dans son pays pour parvenir à une égalité entre les sexes.  Le travail des hommes continue de se différencier de celui des femmes par les activités et les salaires, a-t-elle regretté, soulignant une féminisation de la pauvreté.  Un programme de microcrédit, auquel participent 50 000 femmes, a été mis en place, a-t-elle indiqué.  Elle a en outre mis l’accent sur le travail important accompli, aux côtés du Gouvernement, par les organisations non gouvernementales de femmes, dont le nombre dépasse 200, contre les fléaux que constituent les violences contre les femmes, la traite des femmes ou le VIH/sida.


Mme CARMEN BARROSO, Fédération internationale pour la planification de la famille, a insisté sur l’importance de placer la femme au coeur des efforts de développement, ce qui a été souligné lors de la Conférence du Caire mais également de Beijing et lors de leur conférences d’examen à mi-parcours.  Nous disposons aujourd’hui de l’opportunité de réaffirmer ces engagements et d’aller plus loin.  Il faut un engagement politique véritable profond à tous les nouveaux.  Après Beijing, les femmes ont été au centre des politiques de développement nationales.  Les Programmes d’action du Caire et de Beijing se renforcent réciproquement.  Nous devons être conscients du rôle de la santé reproductive dans la réduction de la pauvreté et de la croissance économique si nous voulons atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. 


Mme FATIME KIMTO, Ministre de l’action sociale et de la famille du Tchad, a affirmé que son Ministère était l’organe chargé de la coordination de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation du Programme d’action de Beijing.  Différentes actions ont été menées par le Gouvernement avec l’appui des partenaires au développement, a-t-elle souligné.  Elle a précisé que l’égalité entre les sexes était consacrée depuis 1996 dans la Loi fondamentale.  La Ministre a rappelé que son pays était l’un des États d’Afrique où le taux de mortalité maternelle était le plus élevé (822 décès pour 100 000 naissances).  Une loi sur la santé de reproduction a ainsi été promulguée et un programme mis en œuvre.  La Ministre a en outre déclaré que l’absence de paix et de sécurité dans son pays affectait beaucoup plus la condition de la femme et de l’enfant.  Compte tenu des conditions de vulnérabilité des femmes migrantes et du fait qu’aucune considération ne soit accordée à leur statut, le Gouvernement du Tchad interpelle la communauté internationale pour qu’un regard favorable soit porté sur cette catégorie de population, a-t-elle dit.


Mme ANNIE SERRANO, Caucus Asie/Pacifique, a évoqué les nombreux abus dont sont victimes les femmes d’Asie qu’elles soient autochtones, Dalit, femmes migrantes, lesbiennes ou femmes handicapées ou membres de minorités.  Malgré les promesses faites par les gouvernements à Beijing, les résultats sont inégaux.  La situation des femmes continue de s’éroder tandis qu’elles plongent dans la pauvreté chronique.  Nous estimons que cette session ne se concentre pas assez sur les droits humains de la femme qui est une question transversale.  Nous demandons donc aux gouvernements de prendre des mesures pour que les femmes jouissent de leurs droits humains, bénéficient d’une part équitable des ressources mondiales et  mettent pleinement en œuvre la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes et la paix.


M. NASRELDIN AHMED WALI, Ministre plénipotentiaire du Soudan, a affirmé que dans son pays, les femmes pouvaient être membres de partis politiques et participaient activement à la vie politique, notamment auprès du Gouvernement.  Le Soudan déploie tous les efforts possibles pour mettre en œuvre le Programme d’action de Beijing, a dit le Ministre, précisant que son pays était l’un des premiers à avoir créé des écoles pour les filles, primaires et secondaires.  Le Soudan est en train de combler le fossé entre filles et garçons, a-t-il ajouté.  Le Ministre a également souligné que l’an passé, trois femmes avaient reçu des médailles pour des prix scientifiques.  En matière de lutte contre la pauvreté, des projets ont été élaborés en faveur des femmes rurales et des femmes âgées, a-t-il déclaré.  Les femmes, a-t-il estimé, travaillent mieux et dans de meilleures conditions.  Le Soudan invite la communauté internationale à porter son appui aux programmes post-conflits, a-t-il affirmé.


Mme SUZANNE MATALLE, Coalition femmes œcuméniques 2000, a expliqué que le mouvement a renforcé ses efforts devant la recrudescence de la violence.  Notre église a dû faire face au patriarcat et a mis du temps avant de fournir une réponse adéquate aux problèmes de notre temps comme le sida.  Dix ans après l’adoption du Programme d’action de Beijing, il y a encore plus de violence, de traite des êtres humains qui sont davantage exacerbées par les politiques néolibérales.  Nous demandons aux gouvernements de garantir la participation des femmes à tous les niveaux de la prise de décisions, de permettre l’accès des femmes aux soins de santé reproductifs qui sont des éléments incontournables pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.


Mme ELENA GASTALDO, de l’Organisation internationale du Travail (OIT), rappelant que les femmes représentaient la moitié de la population mondiale, a affirmé que la non-discrimination dans l’emploi était essentielle pour réaliser les objectifs de l’Agenda du travail décent de l’OIT.  Les quatre domaines clefs pour progresser dans l’égalité entre les sexes dans le monde du travail sont la non-discrimination en matière d’emploi et d’occupation, une égale rémunération pour un travail équivalent, une protection de la maternité et un partage égal entre les hommes et les femmes des responsabilités familiales, a-t-elle souligné.  La représentante a estimé en outre que la mondialisation, si elle avait créé de nouvelles opportunités, avait aussi exacerbé la situation des plus pauvres dans le monde, dont la majorité sont des femmes.


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