18/07/2005
Communiqué de presse
ECOSOC/6169



Conseil économique et social

Session de fond de 2005

29e séance – après-midi


LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EXAMINE LES RAPPORTS DES GROUPES CONSULTATIFS SPÉCIAUX SUR HAÏTI, LE BURUNDI ET LA GUINÉE-BISSAU


Le Conseil économique et social (ECOSOC) a consacré aujourd’hui son débat général aux questions de coordination et aux questions relatives au programme en examinant, à la lumière des rapports des Groupes consultatifs spéciaux, les situations en Haïti, au Burundi et en Guinée-Bissau.


L’objectif ultime des efforts visant à renforcer la cohérence de l’ECOSOC doit être d’aider des pays tels qu’Haïti, le Burundi et la Guinée-Bissau à se remettre sur la voie du développement pour leur permettre d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, a ainsi souligné Patrizio Civili, Sous-Secrétaire général pour la coordination des politiques et les affaires interinstitutions.  Le progrès dans le raffermissement de la paix est donc crucial.  Mais, si une plus grande cohérence est nécessaire, celle-ci ne doit pas empêcher une certaine souplesse, a-t-il ajouté, évoquant les changements à attendre lors du Sommet de septembre dans le fonctionnement du Conseil, notamment dans ses fonctions de coordination et de gestion.


L’ECOSOC a deux rôles importants à jouer en Haïti, a estimé Roland Pierre, Ministre haïtien de la planification et de la coopération externe, celui de faciliter le processus de développement et celui, stratégique, d’intégrer les dimensions de paix et de développement.  Comme le souligne le rapport du Groupe consultatif sur Haïti1, des progrès importants restent à faire dans le pays, que ce soit en matière de gouvernance économique, de transports, d’environnement, d’énergie, d’agriculture, d’éducation, de justice, de système foncier, ou d’établissement de la paix. 


Le Groupe consultatif spécial sur Haïti, dont les recommandations s’adressent à l’ECOSOC, à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et à l’équipe de pays des Nations Unies, aux autorités haïtiennes et à la communauté des donateurs, reconnaît que la principale responsabilité pour la mise en place d’un gouvernement stable et démocratique est entre les mains du peuple haïtien.  La communauté internationale doit toutefois jouer un rôle d’appui par le biais de l’ECOSOC, a-t-il ajouté.


Dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté, plusieurs domaines importants ont été dégagés, qui doivent faire l’objet d’un renforcement institutionnel, a noté pour sa part Adama Guindo, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général à Haïti et Coordonnateur-résident/humanitaire des Nations Unies: la sécurité, le développement de la démocratie locale et de la décentralisation, l’appui apporté aux partis politiques en vue des élections et le renforcement des institutions électorales.


Les membres du Conseil ont par ailleurs entendu les présentations des rapports du Groupe consultatif spécial pour le Burundi2 et du Groupe consultatif spécial pour la Guinée-Bissau3.  Le premier souligne que le Burundi doit continuer à recevoir un appui maintenant qu’il se trouve à la croisée des chemins dans le processus de paix et qu’il entre dans la phase post-transition.  La situation de la Guinée-Bissau demeure, quant à elle, fragile mais si la communauté internationale y prête un intérêt soutenu, des progrès sont possibles.


Le Conseil économique et social reprendra son débat général sur cette question, demain mardi 19 juillet à 10 heures.  Il entamera également un débat sur l’« application et le suivi des textes issus des grandes conférences et réunions au sommet organisées sous l’égide de l’ONU ». 


1. Rapport publié sous la cote E/2005/66

2. Rapport publié sous la cote E/2005/82

3. Rapport publié sous la cote E/2005/70


QUESTIONS DE COORDINATION, QUESTIONS RELATIVES AU PROGRAMME ET AUTRES QUESTIONS


Déclaration


M. PATRIZIO CIVILI, Sous-Secrétaire général pour la coordination des politiques et les affaires interinstitutions, a évoqué l’ordre du jour régissant le cadre des efforts pour renforcer la cohérence du Conseil.  Des progrès sensibles ont été effectués, a-t-il observé, notamment au cours de la présente session.  Le segment de haut niveau a permis d’examiner l’agenda pour le développement et les objectifs de développement internationaux; le segment de la coordination cherche à obtenir une réponse de tout le système des Nations Unies; le segment des activités opérationnelles vise à optimiser les contributions du système pour les activités opérationnelles dans le cadre du développement; et le segment humanitaire reflète les approches adoptées dans le domaine de la coordination pour encourager le développement à long terme.  Le Secrétariat appuie ces efforts en structurant ses rapports, un rapport unique ayant ainsi été élaboré pour les segments de haut niveau et de coordination. 


M. Civili a ensuite souligné que le segment général était doté du programme le plus large et le plus complexe, englobant des éléments spécifiques et parfois disparates.  Il ne sera pas aisé d’englober tous les points dans le programme mais un lien pourra être établi entre les différentes questions de façon plus précise.  L’agenda du segment général porte notamment sur un suivi plus intégré des conférences et les dimensions de fond doivent s’appuyer sur les résultats obtenus au segment de haut niveau.  Le segment général doit examiner le suivi de plusieurs conférences des Nations Unies et il est responsable de la gestion des organes subsidiaires, essentiellement les commissions techniques.  La question de la gestion doit contribuer à l’amélioration du système du Conseil pour le développement.  M. Civili a rappelé qu’il convenait désormais d’entretenir une vision à long terme.  Le segment général étudiera le rapport annuel des chefs de secrétariats, ainsi que les questions de coordination à l’échelle du système.  L’objectif ultime doit être d’aider des pays tels que Haïti, la Guinée-Bissau ou le Burundi à se remettre sur la voie du développement pour atteindre les objectifs de développement.  Le progrès dans le raffermissement de la paix est donc crucial.  Une plus grande cohérence est nécessaire, mais elle ne doit pas empêcher une certaine souplesse.  Nous abordons un changement crucial dans le fonctionnement du Conseil, a souligné M. Civili, à savoir les fonctions de coordination et de gestion.  Les décisions prises lors du Sommet de septembre devraient permettre au Conseil de rentrer dans une nouvelle phase, a-t-il conclu.


PROGRAMME À LONG TERME D’AIDE À HAÏTI


Déclarations


Introduisant le rapport du Groupe consultatif spécial sur Haïti (E/2005/66), M. ALLAN ROCK (Canada), son Président, a indiqué que ce Groupe consultatif incluait les représentants permanents du Bénin, du Brésil, du Chili, d’Haïti, d’Espagne et de Trinité-et-Tobago, ainsi que du Pakistan en qualité de Président du Conseil économique et social, et avait été chargé par l’ECOSOC de suivre le développement à long terme d’Haïti.  Il a rappelé que les travaux du Groupe avait commencé en novembre dernier et recevait des informations de la part des représentants du Secrétariat, des fonds et des programmes des Nations Unies et du Gouvernement d’Haïti.  Il a précisé que le Groupe s’était rendu dans le pays en avril 2005, en même temps que le Conseil de sécurité, rencontrant notamment plus de 200 personnes.  Reconnaissant que la principale responsabilité pour la mise en place d’un gouvernement stable et démocratique revenait au peuple haïtien, M. Rock a toutefois affirmé que la communauté internationale devait jouer un rôle d’appui à long terme.  Il a fait part des recommandations du Groupe s’adressant à l’ECOSOC, à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et à l’équipe de pays des Nations Unies, aux autorités haïtiennes et à la communauté des donateurs.  Ainsi, le représentant a estimé que beaucoup restait à faire pour renforcer la légitimité des institutions publiques et que l’administration devait être plus proche des citoyens et garantir la prestation de services utiles et concrets.  Il s’est dit d’avis que le Gouvernement se concentre sur un petit nombre de domaines pour convaincre la population qu’une action est menée.  Il a demandé d’envisager des « gains rapides » recensés par l’Équipe spéciale du Secrétaire général pour le Millénaire qui seront adaptés au contexte haïtien tout en préparant la voie pour des investissements à long terme des domaines clefs.  Il a souhaité que les initiatives prises pour moderniser l’économie aient des incidences positives pour les pauvres.  De plus, il a insisté sur la primauté du droit, notant que la révision des codes juridiques serait un élément clef dans la réforme de la justice.  Il a fait valoir que des travaux avaient commencé pour jeter les bases d’un document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP), dont le Gouvernement pourrait faire son document de planification à moyen terme.  M. Rock a aussi appelé, entre autres, les associations de femmes, les chefs d’entreprise, les universitaires et autres représentants de la société civile, à engager un dialogue suivi au plan national.  Affirmant que la période actuelle de transition était cruciale, il a demandé que la communauté internationale renouvelle son engagement envers Haïti.  Suite à la requête du Premier Ministre haïtien, sa délégation a présenté un projet de résolution au nom de tous les membres du Groupe consultatif pour prolonger son mandat, en demandant à l’ECOSOC de continuer à lui accorder son appui. 


M. ROLAND PIERRE, Ministre de la planification et de la coopération externe d’Haïti, a affirmé que le rapport du Groupe consultatif sur Haïti permettait de faire deux constats: six ans plus tard, une force des Nations Unies de 7 000 hommes est en Haïti pour maintenir la paix et la stabilité et le besoin d’un programme à long terme de développement est toujours d’actualité.  Comme le souligne le rapport, des progrès importants restent à faire en Haïti, que ce soit dans la gouvernance économique, les transports, l’environnement, l’énergie, l’agriculture, l’éducation, la justice, le système foncier, et l’instauration de la paix.  Selon le Ministre, l’ECOSOC a deux rôles importants à jouer: celui de faciliter le processus de développement et celui, stratégique, d’intégrer les dimensions de paix et de développement qui constituent depuis des années des éléments indissociables de la situation haïtienne.


Le premier rôle, celui de facilitateur, couvre trois dimensions principales: le renforcement des capacités de prise en charge du Gouvernement, la dynamisation de la mise en œuvre des programmes arrêtés et une plus grande mobilisation des bailleurs.  Selon le Ministre, l’ECOSOC devrait ainsi accompagner le Gouvernement dans l’élaboration des programmes et inciter les bailleurs à associer le Gouvernement aux réflexions initiales devant conduire aux choix définitifs des projets.  En outre, mobiliser les bailleurs, les porter à fournir des supports plus importants, élargir le cercle des partenariats traditionnels, est une des facettes du rôle de facilitation.  Le second rôle, celui d’intégration, se réfère aux liens étroits qui existent actuellement en Haïti entre les notions de paix et de développement et qui vont certainement se maintenir dans un futur prévisible.  La résolution 1542 du Conseil de sécurité donne ce rôle à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), a-t-il indiqué.  Il y aura nécessité, a-t-il ajouté, de continuer à observer des paramètres relatifs à la stabilité pour prévenir les dérives, recommander au plus tôt les interventions appropriées, bref avoir un pilotage en continu plutôt que par à coups.  L’ECOSOC, de concert avec le Conseil de sécurité, devrait pouvoir jouer ce rôle, a-t-il estimé.


Selon le Ministre, l’ECOSOC doit être un facilitateur, un intermédiaire au sens véritable du terme qui ne gère aucun portefeuille de projets.  Il entretiendra des relations à la fois avec le Gouvernement et avec les bailleurs de fonds, a-t-il poursuivi.  Ses relations au niveau du Gouvernement se feront principalement avec une cellule stratégique placée au sein du Ministère de la planification et de la coopération externe.  Le Gouvernement réitère son attachement au projet de résolution sur le renouvellement du mandat du Groupe consultatif spécial de l’ECOSOC pour Haïti et compte dores et déjà sur l’appui de tous pour son adoption par consensus, a-t-il conclu.


M. ADAMA GUINDO, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général à Haïti et Coordonnateur-résident/humanitaire des Nations Unies, a souligné l’importance du rapport du Groupe consultatif sur Haïti, qui reflète parfaitement les priorités dégagées par la mission sur le terrain.  L’équipe de pays des Nations Unies a discuté avec le Gouvernement et la société civile afin de dégager la planification à long terme du développement autour de la stratégie de lutte contre la pauvreté.  Une campagne nationale de sensibilisation aux Objectifs du Millénaire pour le développement a été lancée, et des tournées ont été organisées pour favoriser un dialogue avec les populations permettant de connaître leur vision de la pauvreté.  Compte tenu de la nature intérimaire du gouvernement en place, le Premier Ministre va organiser deux jours de séminaire avec les partis politiques pour détailler la gestion de la coopération internationale, de la question de la pauvreté et de l’environnement.  Une attention particulière a été portée à la planification budgétaire. 


Dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté, plusieurs domaines importants ont été dégagés, qui doivent faire l’objet d’un renforcement institutionnel: premièrement, la sécurité; le développement de la démocratie locale et de la décentralisation; l’appui apporté aux partis politiques en vue des élections; et le renforcement des institutions électorales, le Conseil électoral actuel étant toujours provisoire et devant donc être pérennisé.  Le Gouvernement intérimaire a demandé à l’équipe de pays de réfléchir à ces questions afin d’assurer la stabilité du processus démocratique après les élections.


Mme JANICE MILLER (Jamaïque), intervenant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a salué le rapport du Groupe consultatif sur Haïti, rappelant que les travaux de ce dernier avaient été relancés pour suivre et fournir des conseils sur la stratégie de développement à long terme d’Haïti.  Notant que ce pays avait des besoins spécifiques, elle a demandé que le Groupe consultatif continue à prendre en compte ces particularités et que la stratégie à long terme soit axée sur des domaines comme l’éducation, la consolidation de la paix, l’éradication de la pauvreté, l’intégration sociale, l’emploi, le commerce, le redressement et le développement durables.  Elle a souligné la nécessité pour le peuple haïtien de participer à ce processus.  De plus, elle a souhaité une meilleure coordination et cohérence par les donateurs pour répondre aux vrais besoins d’Haïti ainsi qu’une souplesse des procédures de décaissements de l’aide afin de mettre en place rapidement les projets.  Reconnaissant les efforts accomplis par le pays pour rétablir sa stabilité économique et financière, Mme Miller a suggéré de considérer un allègement sensible de la dette pour Haïti.


Par ailleurs, la représentante a mis l’accent sur l’importance de la tenue d’élections plus tard cette année, affirmant que celles-ci ne devaient pas être entravées par un manque de sécurité.  Elle a ainsi suggéré de porter une plus grande attention à la justice et à l’état de droit, aux programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration ainsi qu’aux droits de l’homme et à l’amélioration des conditions de vie des pauvres.  En outre, elle a souligné que le Groupe consultatif devait continuer à travailler avec Haïti en ce qui concerne la gouvernance économique, les infrastructures de transport, la protection de l’environnement, l’énergie, l’agriculture ou encore la fourniture de droit de propriété.  Elle a soutenu la prorogation du mandat du Groupe consultatif, demandant que des ressources financières adéquates soient fournies pour qu’il continue son travail, en collaboration avec les autorités haïtienne, pour répondre aux besoins à long terme du pays. 


Mme JOANNA MOIR (Royaume-Uni), qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a affirmé que l’élaboration d’une stratégie de réduction de la pauvreté en Haïti constituerait un des mécanismes clefs visant à aider le Gouvernement de transition et ses successeurs, à rester sur la voie d’un développement à long terme et à faire en sorte que la communauté internationale fournisse le soutien nécessaire.  L’ECOSOC a un rôle à jouer dans ce domaine, a-t-il précisé.  De même, l’Union européenne se félicite de la création d’une unité de planification stratégique par le Gouvernement intérimaire afin de se consacrer au développement à long terme du pays.  La représentante a par ailleurs souligné que les activités de désarmement, de démobilisation et de réinsertion devaient être soutenues sur le long terme et être complétées par des activités visant à élaborer des structures et des capacités pour l’état de droit.


Selon la représentante, si les élections ne constituent pas une panacée, celles-ci seront néanmoins critiques pour la stabilité et le développement économique futurs.  Appuyer le processus électoral est une tâche essentielle pour l’avenir du pays, a-t-elle ajouté.  À cet égard, l’Union européenne enverra sur place une mission exploratoire.  En outre, elle s’est engagée à débloquer 10 millions d’euros pour soutenir l’organisation des élections, tandis qu’une autre contribution de 8 millions d’euros est à l’étude.


M. BENEDICTO FONSECA FILHO (Brésil) a rappelé que si les causes profondes des troubles en Haïti, y compris la pauvreté, nécessitaient une approche à long terme, d’autres approches pourraient être suivies à court terme afin de faciliter le processus de transition.  La tenue d’élections libres cette année constitue le défi le plus urgent, a-t-il souligné.  La MINUSTAH doit donner à la mission les moyens de s’engager pleinement au cours de la période électorale puis au cours de la période d’installation du Gouvernement.  Cependant, il n’y aura pas de réelle stabilité sans une amélioration née de la création de conditions de vie sûres, d’un dialogue politique pour parvenir à la réconciliation politique, et d’une promotion du développement social et économique.  La relance de l’économie haïtienne est cruciale pour assurer une transition politique souple, a souligné le représentant, avant d’appeler les donateurs à décaisser les fonds promis.  Le Groupe consultatif du Conseil sur Haïti peut continuer à jouer un rôle important en termes par exemple de renforcement des capacités, ce qui va dans le sens d’une prorogation du mandat, a conclu le représentant.


M. ANTHONY DAVID EDGHILL (Trinité-et-Tobago), s’associant à l’intervention du Groupe des 77 et de la Chine et rappelant que son pays était membre du Groupe consultatif sur Haïti, a souligné les conditions socioéconomiques terribles d’Haïti qui nécessitent selon lui des mesures à court, moyen et long termes de la part des donateurs, des pays développés de la région mais aussi de ceux en développement dans le cadre de la coopération Sud-Sud.  Il a indiqué que ces mesures devaient être prises immédiatement si l’on voulait parvenir à la réalisation des OMD dans les délais fixés, particulièrement concernant la pauvreté extrême dans le pays.  Notant les progrès effectués par Haïti en matière de gouvernance économique,  il a toutefois noté les problèmes liés au manque de personnel qualifié et à l’infrastructure des transports.  Il a aussi estimé qu’il fallait restaurer l’état de droit, notamment par la formation du personnel judiciaire.  Rappelant qu’Haïti sortait d’un conflit interne, il a fait observer que l’absence de sécurité constituait un grave problème et que le lien entre sécurité et développement n’avait jamais été aussi évident que dans ce pays.  Il a ainsi insisté sur la nécessité de programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion durables s’adressant aux anciens membres de forces armées mais aussi aux groupes armés illégaux qui continuent à terroriser les habitants.  S’agissant de la situation économique et sociale, il a souhaité que la communauté internationale accélère les décaissements des prêts engagés en juillet 2004, lors de la Conférence des donateurs à Washington, appelant également les institutions de Bretton Woods à envisager une annulation de la dette bilatérale et multilatérale du pays.  Il a aussi souhaité que la présence des Nations Unies, de ses institutions, fonds et programmes, soit plus active.  Enfin, il a exprimé son appui à la prorogation du mandat du Groupe consultatif sur Haïti, estimant que la communauté internationale devait soutenir fermement les Haïtiens pour leur permettre d’améliorer leur qualité de vie dans tous les domaines. 


Mme ANN LOW (États-Unis) a affirmé l’engagement de son pays en faveur du rétablissement de la situation en Haïti.  Étant fortement impliqués dans ce processus, les Etats-Unis demandent au Groupe consultatif d’éviter tout chevauchement avec les organismes existants.  Le Groupe consultatif ne devrait pas chercher à élargir son mandat à des domaines relevant du Conseil de sécurité, a-t-elle soutenu, jugeant qu’il était inapproprié pour le Groupe d’avoir inclus des recommandations sur la MINUSTAH dans son rapport.


M. PIROGOV (Fédération de Russie) s’est déclaré préoccupé de l’absence d’une stratégie de développement claire pour Haïti.  Le nouveau gouvernement devra déterminer ses priorités à court, moyen et long termes en matière de développement en tenant compte du travail déjà réalisé pour l’élaboration de la stratégie globale de réduction de la pauvreté, a-t-il déclaré.  Les autorités haïtiennes devront également appuyer activement le Groupe consultatif.  Par ailleurs, le représentant a jugé que le Groupe n’avait pas réussi à éviter les doubles emplois avec d’autres organismes des Nations Unies.  La Mission relève du Conseil de sécurité et il faut respecter strictement le règlement, qui ne permet pas au Groupe consultatif de sortir du mandat qui lui a été attribué par le Conseil économique et social, a-t-il conclu.


M. Rock, Président du Groupe consultatif spécial pour Haïti (Canada), a répondu que le Groupe consultatif allait redoubler d’efforts pour se concentrer sur le développement à long terme d’Haïti.  Par ailleurs, il a rappelé que le mandat du Groupe consistait à examiner la stratégie de développement à long terme pour Haïti, ce qu’il était impossible de faire sans formuler de recommandations sur les équipes de pays.  Les États Membres des Nations Unies envisagent activement l’établissement d’une Commission de consolidation de la paix, a rappelé M. Rock, or ce projet ne pourra réussir que si nous entretenons une vue plus large de ce qui est nécessaire du point de vue pratique pour que la situation d’Haïti s’améliore.  Nous devons opter pour une approche pratique, même si j’ai pris bonne note des remarques juridictionnelles qui ont été émises, a-t-il dit.  Le Groupe consultatif sur Haïti, a travaillé avec le Conseil de sécurité et ses recommandations reflétaient cet engagement partagé, afin qu’Haïti puisse s’engager sur la voie du rétablissement, a-t-il conclu.



GROUPES CONSULTATIFS SPÉCIAUX POUR LES PAYS AFRICAINS QUI SORTENT D’UN CONFLIT


Déclarations


M. XOLISA MABHONGO (Afrique du Sud) a résumé le rapport du Groupe consultatif spécial du Conseil économique et social pour le Burundi (E/2005/82) mettant en relief la situation difficile de cette région.  Toutefois, il a souhaité débuter son intervention en attirant l’attention sur des bonnes nouvelles.  Il a ainsi noté que des élections locales et législatives s’étaient déroulées avec succès les 3 et 4 juillet derniers.  Indiquant qu’un climat de sécurité avait prévalu, il a estimé que ceci augurait bien de l’avenir du pays après cette phase de transition.  Selon lui, le Burundi a maintenant traversé la partie la plus difficile et mérite les encouragements de la communauté internationale pour persévérer dans cette voie.  Il a souligné les progrès en ce qui concerne le désarmement et la réintégration tout en considérant que ces domaines nécessiteraient des efforts supplémentaires pendant au moins encore quatre ans.  Il a insisté sur la situation des réfugiés et des personnes déplacées qui reste un grand enjeu pour le pays.  De plus, il a insisté sur la persistance de l’insécurité alimentaire et a rappelé que le Programme alimentaire mondial (PAM) avait lancé un appel alors que les stocks alimentaires vont s’épuiser d’ici septembre. 


S’agissant du secteur économique, il a souligné les progrès dans la mise en œuvre des réformes financières mais a considéré que la réduction de la pauvreté dépendait de sa capacité à améliorer la gouvernance économique, à promouvoir le développement rural et à diversifier ses activités.  Il a regretté que l’appui fourni par les partenaires et donateurs soit en dessous des annonces faites en janvier 2004, à Bruxelles.  Il a de plus souligné les efforts du pays pour réduire la pauvreté alors que la dette et son service restent très élevés, entravant les capacités du Burundi à prendre des initiatives novatrices dans le secteur économique.  Le représentant a notamment suggéré la tenue d’une table ronde avec les partenaires du pays.  Il a lancé un appel pour une aide au développement généreuse et constante pour que la période de paix devienne irréversible, affirmant qu’il y existait une obligation morale d’appuyer les nouvelles autorités démocratiquement élues afin de soutenir le développement durable de ce pays qui a tant souffert de la guerre et ce, dans la quasi indifférence internationale. 


Reprenant la parole au nom du Groupe des 77 et de la Chine, la représentante de la Jamaïque a estimé que les travaux du Groupe avaient grandement contribué au redressement du Burundi, félicitant le pays pour la tenue d’élections législatives et communales, qui ont jeté les fondements de la stabilité politique et qui devraient contribuer au processus de paix.  Le Burundi est un pays moins avancé (PMA) qui, après 10 ans de conflit, est enfin sur la voie de la paix, en dépit de la persistance de graves problèmes socioéconomiques et de l’insécurité alimentaire.  L’éventuel retour de réfugiés ainsi que les problèmes de santé constituent autant de difficultés auxquelles le pays doit faire face.  Il revient à la communauté internationale d’aider le pays durablement pour qu’il ne retombe pas dans le conflit.  L’appui international doit donc être à la mesure des besoins du pays.  Lors de la dernière réunion du Conseil économique et social sur cette question, il a été indiqué que l’engagement des donateurs était moindre que prévu.  Ces engagements doivent être désormais mis en œuvre pleinement afin de contribuer à la stabilité et à la paix.  Le Groupe des 77 et la Chine préconisent donc un décaissement accru de fonds et appelle au financement complet de l’appel consolidé des Nations Unies. 


La représentante a ensuite rappelé que le Burundi devait faire face à la diversification de son économie et au fardeau de la dette, qui n’était pas viable.  L’achèvement du Plan de réduction de la pauvreté devrait permettre au pays d’être éligible à l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), a-t-elle estimé.  Le Groupe des 77 et la Chine appellent à organiser une table ronde des donateurs avec les partenaires de développement, y compris les institutions de Bretton Woods, concernant la transition au développement à long terme.  Le Groupe des 77 et la Chine appuient également pleinement la poursuite des travaux du Groupe consultatif spécial.


La représentante du Royaume-Uni, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a salué les progrès réalisés au Burundi au cours de l’année écoulée.  Toutefois, la sécurité alimentaire, la lutte contre le VIH/sida, les efforts en vue d’assurer une bonne gouvernance et une gestion des finances saines, connaissent une situation critique, a-t-elle dit.  L’Union européenne est déterminée à assister le Burundi à ce stade critique pour jeter les fondements d’une paix à long terme, a-t-elle ajouté, précisant qu’elle n’était pas convaincue de la pertinence de tenir une table ronde des avec les partenaires en développement, y compris les institutions de Bretton Woods, comme le recommande le Groupe consultatif spécial.


Le représentant de la Fédération de Russie a remercié le Groupe consultatif pour son travail.  Les élections qui doivent se tenir prochainement au Burundi marqueront le début de la transition, a-t-il déclaré, et elles devraient permettre à ce pays de s’engager plus rapidement sur la voie du développement durable.  Le représentant a ensuite salué les efforts fournis par le Groupe pour concrétiser les résultats du Forum du partenariat pour le Burundi à Bruxelles, ainsi que la recommandation qu’il a émise, visant à élaborer une feuille de route qui préciserait les liens mutuels entre les divers programmes de développement exécutés au Burundi.  Le représentant a également remercié le Groupe consultatif pour avoir attiré l’attention de la communauté internationale sur la nécessité de fournir une aide permettant d’élaborer un document de stratégie de réduction de la pauvreté.


M. LÉONIDAS NKINGIYE (Burundi) a expliqué que les récentes élections locales et législatives avaient permis de clarifier le visage politique du Burundi.  Il a rappelé que les prochaines élections sénatoriales et surtout les présidentielles, le 19 août 2005, mettront fin à la transition.  Elles mettront également fin à l’incertitude que redoutaient les donateurs bilatéraux et multilatéraux, a-t-il espéré.  Il a aussi rappelé l’annonce faite par les nouvelles autorités concernant des négociations avec le PALIPEHUTU-FNL et a invité la sous-région et la communauté internationale à tout faire pour que ces pourparlers aboutissent à des conclusions rapides. 


Mettant l’accent sur la difficile situation économique du pays, il a rappelé que 80% des recettes en divises du Burundi provenaient du café et a déploré la chute du prix de cette denrée cet hiver.  De plus, il a expliqué que la plupart des indicateurs de développement économique et social montraient de mauvais résultats, la pauvreté et la malnutrition ayant augmenté alors que le VIH/sida continue son expansion notamment.  Il a jugé le plan macroéconomique préoccupant en notant que la monnaie locale avait été dépréciée de plus de 400% entre 1992 et 2004 et en soulignant le grand défi que constituait la dette.  De plus, il a fait valoir que les besoins restaient supérieurs aux ressources publiques, demandant que les donateurs honorent les engagements pris en matière d’aide.  Par ailleurs,

il a affirmé que les programmes de DDR, de lutte contre le sida, de développement et de reconstruction du pays dans son ensemble méritaient une attention accrue.  Saluant le travail du Groupe consultatif spécial, il a appuyé sa suggestion de réunir une table ronde avec les partenaires du Burundi pour le développement du pays et a estimé que ce Groupe méritait une prorogation de son mandat. 


Mme LIV ZHONGXIN (Chine) a affirmé que les élections au Burundi et en Guinée-Bissau avaient été un succès.  Ces deux peuples ont progressé sur la voie conduisant à la démocratie et à la paix, a-t-elle ajouté, les félicitant.  Néanmoins, ces deux pays demeurent confrontés à de grandes difficultés et devraient bénéficier d’une assistance accrue de la part des pays donateurs, a-t-elle estimé.  Selon la représentante, le renforcement des partenariats internationaux, la préservation du processus de paix, une assistance technique, l’élaboration d’une stratégie de réduction de la pauvreté constituent des éléments importants.  Elle a ainsi souligné que son pays avait offert au Burundi et à la Guinée-Bissau, à la mesure de ses moyens, un appui politique énergique ainsi qu’un appui économique et technique.


M. ADO VAHER, Fonds des Nations Uniespour L’enfance (UNICEF), a rappelé que le conflit ayant dévasté le Burundi avait eu des effets dévastateurs sur les enfants et les personnes les plus vulnérables.  Tout en saluant les récents efforts et améliorations mis en œuvre dans le pays, il a souligné que les femmes et les enfants continuaient à souffrir, notamment en raison des maladies ou de l’exploitation sexuelle.  La fourniture de services sociaux s’est détériorée, même si des partenariats productifs ont été forgés avec l’équipe de pays des Nations Unies et la société civile.  Des résultats ont ainsi été obtenus, a-t-il assuré, citant notamment le retour de 500 000 enfants à l’école, l’augmentation du taux de vaccination et du traitement contre la malaria, la démobilisation et réintégration de 3 000 enfants soldats et le renforcement des capacités d’appui aux victimes de violence sexuelle.  Le représentant a également évoqué l’aide apportée aux 80 000 personnes déplacées revenant dans le pays.  La situation générale s’améliore avec le recul des combats mais de graves problèmes subsistent, a-t-il déclaré.  Le manque de stabilité et de sécurité pose problème.  En outre, a-t-il fait observer, les droits des enfants continuent à être violés, en raison de cas d’exploitation sexuelle, du travail des enfants et des orphelins créés par le VIH /sida et le conflit.  Les services de base se sont effondrés, phénomène aggravé par la rotation du personnel et le paiement irrégulier des salaires.  Le représentant a fait remarquer que le retour des réfugiés pose des problèmes liés à la propriété foncière, d’autant que les personnes déplacées doivent également être réinstallées.  Il a estimé qu’une transition réussie nécessite la sécurité et l’allocation de revenus.  Un financement prévisible des activités de redressement est donc nécessaire, or ce n’est pas toujours le cas.  Le Burundi mérite une attention accrue de la part des donateurs, a assuré le représentant, avant d’appeler à traduire en actions les engagements pris.  Enfin, il a appuyé les recommandations formulées par le Groupe consultatif.  L’UNICEF utilisera son expérience pour œuvrer au respect des droits et à la satisfaction des besoins des femmes et des enfants au Burundi, a-t-il conclu.


Mme ODUNEYE (Nigéria), s’exprimant au nom de l’Union africaine, a félicité les Burundais pour son attachement à la paix.  Elle a estimé que le Groupe consultatif spécial devait poursuivre ses efforts dans le pays jusqu’à l’entrée en fonction du nouveau gouvernement.  De plus, elle a appelé les donateurs à appuyer la transition au Burundi, leur demandant de respecter les engagements pris en ce qui concerne le volume d’aide, en janvier 2004 à Bruxelles.


M. XOLISA MFUNDISO MABHONGO (Afrique du Sud), qui présentait le rapport du Groupe consultatif spécial pour la Guinée-Bissau, a affirmé que celui-ci était le fruit des travaux du Groupe depuis sa création en octobre 2002.  Il décrit également la manière dont le Groupe consultatif s’est acquitté de son mandat et définit certaines tâches restant à accomplir selon un calendrier et s’achève sur un aperçu des défis que le pays doit relever, a-t-il ajouté.  Selon lui, de bonnes nouvelles sont à signaler dans ce rapport.  Il a rappelé que le premier tour des élections présidentielles s’était déroulé avec succès le 19 juin 2005, le second tour devant avoir lieu dans quelques jours.  Le pays est en outre en bonne voie pour mettre en œuvre les programmes du Fonds monétaire international (FMI).  Toutefois, la situation économique et politique demeure fragile, a-t-il ajouté. 


Il a par ailleurs fait état de la progression d’une épidémie de choléra au cours des derniers mois.  Il s’est ainsi félicité de l’assistance apportée par les gouvernements du Portugal et de Cuba et a appelé d’autres pays à faire de même.  Le Groupe consultatif continue d’estimer que ses recommandations initiales demeurent pertinentes, a-t-il souligné.  Selon lui, deux d’entre elles sont importantes pour le développement du pays.  La première vise à aider le Gouvernement à formuler un plan d’assistance technique pour le renforcement des capacités, la seconde à formuler et à mettre en œuvre un programme complet de diversification économique.  Le Groupe consultatif continue également à appeler les partenaires de la Guinée-Bissau à approuver les réformes des forces armées.  La Guinée-Bissau mérite l’attention et le suivi de la communauté internationale dans les mois qui viennent, a-t-il assuré.  Il est crucial d’appuyer le développement politique, économique et social du pays, a-t-il dit, notant que le Groupe aurait deux tâches à accomplir immédiatement après les élections: s’efforcer d’accroître le nombre des donateurs pour la Guinée-Bissau et mobiliser des appuis en vue de la Conférence des donateurs, qui devrait se tenir fin 2005.


M. MICHEL BALIMA, Coordonnateur-résident des Nations Unies en Guinée-Bissau, a évoqué le succès des dernières élections présidentielles, dont la transparence a été garantie par les observateurs internationaux.  Plus de 80% des électeurs ont participé au scrutin, dont le deuxième tour sera organisé le 24 juillet prochain.  Le résultat du premier tour a finalement été accepté par tous les candidats, ce qui a contribué à réduire les tensions.  M. Balima a salué le rôle de la communauté internationale, qui a joué un grand rôle pour garantir le processus électoral.  Tous les acteurs, internationaux comme nationaux, ont joué un rôle positif dans ce processus.  La mission des observateurs internationaux était cruciale, et elle le reste lors du deuxième tour, qui risque d’être très serré.  La situation du pays dépend donc fortement du résultat de l’élection présidentielle et de l’action qui sera menée par le Président élu pour garantir la consolidation des gains réalisés en matière de gouvernance politique et fiscale.  Les institutions internationales et les Nations Unies continuent à travailler en collaboration étroite.  Le FMI et la Banque mondiale ont salué les bons résultats du gouvernement de transition en matière de gouvernance fiscale.  M. Balima a souligné le rôle important joué par le Fonds d’urgence économique géré par le PNUD, avant de remercier les pays ayant participé au Fonds d’affectation spéciale qui a permis de renforcer la stabilité en assurant un versement des salaires.  Les services sociaux de base ont ainsi pu reprendre.


M. Balima a ensuite évoqué la situation sociale et économique de la Guinée-Bissau.  Le budget public est appuyé à 80% par la communauté internationale et la population vit dans une grande pauvreté, a-t-il rappelé, alors que les infrastructures sociales sont dans un état très médiocre.  Le fossé de financement pour le budget s’élève à 46 millions de dollars, tandis que la dette s’établit à un milliard de dollars.  Des mesures en vue de l’annulation immédiate de la dette extérieure doivent être prises, le résultat du Sommet du G-8 ayant constitué un ferme espoir.  Un investissement fort constitue le pilier fondamental du développement.  Le pays a également dû faire face à des épidémies, notamment une épidémie de choléra.  L’OMS a apporté une aide précieuse, mais des ressources sont nécessaires pour favoriser le renforcement institutionnel à long terme.  Une grande partie des sols n’est pas exploitée en raison du manque de matériel, ce qui nécessite là encore des investissements, notamment dans les industries de transformation, par exemple dans le domaine de la pêche.  Ces mesures devraient permettre de remédier au grave problème que représente le chômage des jeunes, a-t-il espéré.  Saluant le travail de l’équipe de pays des Nations Unies qui a appuyé le Gouvernement de Guinée-Bissau, il a souligné la nécessité pour la communauté internationale de s’engager dans la réforme des infrastructures militaires.


S’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, la représentante de la Jamaïque a rappelé que le Groupe consultatif spécial sur la Guinée-Bissau avait était le premier de ce genre et avait fourni un travail utile depuis 2002.  Elle a  toutefois estimé que le pays avait encore besoin de manière urgente d’une assistance soutenue de la part des communautés internationale et des donateurs pour parvenir à ses objectifs de développement.  Elle a félicité le pays pour la tenue du premier tour des élections présidentielles, le 19 juin dernier, demandant que le second tour soit mené dans le même climat de paix.  Convaincue que le pays avançait dans la bonne direction, elle s’est toutefois préoccupée par le fait que les progrès risquent d’être entravés par la crise financière persistante.  C’est pourquoi, elle a appelé la communauté internationale à aider la Guinée-Bissau à restaurer la paix et à parvenir à un développement durable.  Elle a appelé au respect immédiat des engagements pris pour soutenir l’Afrique, y compris ceux faits à Gleneagles, lors du Sommet du G-8.  Elle a aussi soutenu la proposition du Groupe spécial d’élargir la base de donateurs pour la Guinée-Bissau ainsi que celle de jouer un rôle actif dans la promotion et la planification de la table ronde des donateurs.  Notant que certaines recommandations du Groupe consultatif n’avaient pas encore été pleinement mises en œuvre, elle a insisté sur l’importance d’un plan d’assistance technique d’ensemble pour le renforcement des capacités.  Par ailleurs, elle a demandé au système des Nations Unies et aux donateurs d’aider le pays à se diversifier, afin qu’il ne dépende pas d’une seule exportation qui soit tributaire des fluctuations de prix.  Sa délégation, a-t-elle assuré, appuie pleinement la prorogation du mandat du Groupe consultatif.   


La représentante du Royaume-Uni, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, s’est félicitée de l’organisation pacifique du premier tour des élections présidentielles en Guinée-Bissau, le mois dernier.  L’Union européenne demeure toutefois préoccupée par la situation dans le pays, a-t-elle ajouté, évoquant un certain nombre de remous politiques et des problèmes graves en matière de sécurité, notamment la crise militaire d’octobre 2004.  Selon elle, la Guinée-Bissau doit continuer à recevoir une attention soutenue de la part des Nations Unies et de la communauté internationale afin de réaliser avec succès le processus de transition.  La réforme du secteur de la sécurité doit être une priorité majeure pour le Gouvernement de la Guinée-Bissau et la commuté internationale, a-t-elle estimé.


La représentante a reconnu les difficultés dues au fait que le pays ne reçoit pas de la part des donateurs un montant prévisible et suffisant de ressources qui lui permette d’assurer les services de base.  Elle a par ailleurs encouragé le Groupe spécial à consacrer ses efforts non seulement au plaidoyer, mais également à l’examen des aspects de la coordination du programme de soutien à la Guinée-Bissau, ainsi qu’au travail en partenariat étroit avec les autres entités du système des Nations Unies.  Elle a estimé que le mandat du Groupe spécial devrait être prorogé jusqu’à la session de fond de l’ECOSOC de 2006.  Toutefois, elle a ajouté que cette prorogation devait être réévaluée à la lumière de l’évolution quant à l’établissement de la Commission de consolidation de la paix.


Mme MARIA ANTONIETA PINTO LOPES D’ALVA (Guinée-Bissau) a remercié le Conseil économique et social pour avoir maintenu les travaux du Groupe consultatif sur la Guinée-Bissau à l’ordre du jour.  Elle a salué le travail effectué par le Groupe, ainsi que le lien qu’il a établi entre la stabilité politique et le développement socioéconomique, lequel implique la participation de la communauté internationale dans l’établissement d’une paix durable.  Elle a ensuite souligné que la population était lasse du climat d’incertitude.  Des élections législatives se sont tenues de façon pacifique en 2004, et des élections présidentielles sont en cours.  Le peuple est conscient de la nécessité de compléter le processus de transition et de rétablir l’ordre constitutionnel dans le pays.  Cependant, la situation demeure fragile dans le pays et après les élections, celui-ci aura besoin de l’appui énergique de la communauté internationale, notamment de celui des instituions financières.  Après avoir remercié les Nations Unies pour le rôle actif qu’elles ont joué dans la préparation des élections, elle a évoqué les problèmes auxquels fait toujours face le pays, dont une grave épidémie de choléra qui n’est toujours pas entièrement maîtrisée en dépit de l’aide apportée par Cuba et le Portugal.


Elle a ensuite affirmé la volonté de son Gouvernement de tenir une conférence des donateurs à la fin de 2005, et a invité tous les donateurs à y participer.  Elle a également remercié le PNUD pour avoir étendu le Fonds de gestion économique pour les situations d’urgence, qui a permis de mobiliser des ressources.  Son maintien serait extrêmement utile pour conforter la situation dans le pays.  La représentante a ensuite évoqué les mesures prises par le Gouvernement pour créer un environnement favorable au développement social et économique, y compris la gouvernance politique et la gestion financière, et a rappelé que les ressources limitées du pays l’obligeaient à faire appel à l’aide extérieure.  Elle a ensuite appuyé les recommandations émises par le Groupe consultatif, notamment en ce qui concerne le Plan de diversification destiné à réduire la dépendance du pays à un produit d’exportation unique.  Le pays ne sera pas en mesure d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement à temps, et la paix et la stabilité sont nécessaires pour les atteindre, a précisé la représentante, qui a donc appuyé la prorogation du mandat du Groupe consultatif.


Soulignant les bons résultats du Groupe consultatif le représentant de la Fédération de Russie a soutenu l’approche de partenariats préconisée dans le rapport, qu’il juge constructive pour les relations entre la Guinée-Bissau et la communauté des donateurs.  Il a affirmé que la création d’un Fonds d’urgence économique pour répondre aux besoins du pays à court terme avait joué un grand rôle dans la stabilisation du pays et permis d’attirer le financement des donateurs lors de la phase suivant la sortie du conflit.  Toutefois, il s’est interrogé sur l’efficacité du Groupe consultatif, rappelant que le rapport notait que la communauté internationale avait ignoré certaines recommandations faites préalablement.  Il a réaffirmé que le Groupe consultatif devait être un instrument temporaire spécial de l’ECOSOC et que la prorogation indéfinie de son mandat affaiblissait son action.  Il a suggéré que le Conseil prennent en compte les négociations sur la création d’une Commission pour la consolidation de la paix, qui pourrait notamment s’occuper de ces groupes consultatifs pour les pays sortant de conflits, estimant également que ces Groupes consultatifs constituait de bonnes bases pour une coopération entre l’ECOSOC et le Conseil de sécurité sur ces sujets. 


*   ***   *