13/07/2005
Communiqué de presse
ECOSOC/6165



Conseil économique et social

Session de fond de 2005

25e séance – matin & après-midi


LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL SOULIGNE LA NÉCESSITÉ DE COORDONNER LES OPÉRATIONS HUMANITAIRES SUR LE TERRAIN


Le Conseil économique et social (ECOSOC) a entamé aujourd’hui son débat consacré aux affaires humanitaires en insistant sur l’assistance économique spéciale, aide humanitaire et secours en cas de catastrophe.


De très nombreuses interventions ont fait référence au tsunami survenu dans l’océan Indien le 26 décembre 2004, saluant l’émergence d’une solidarité nationale tout en appelant à tirer les leçons des difficultés rencontrées.  Jan Egeland, Secrétaire général adjoint des Nations Unies pour les questions humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a introduit le débat en évoquant les rapports du Secrétaire général « Dans une liberté plus grande »* et sur « le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence des organismes des Nations Unies »**.  Il a jugé nécessaire de renforcer la capacité technique et logistique de base, d’obtenir un financement plus prévisible pour les activités d’urgence, et de faire le meilleur usage possible des ressources en améliorant la coordination à tous les niveaux, ce qui nécessite un leadership renforcé sur le terrain.  La plupart des intervenants ont insisté sur le rôle du coordonnateur humanitaire.  Il s’agit de leur permettre de mener des plans d’action plus inclusifs sur le terrain, a ainsi déclaré le représentant du Royaume-Uni, qui a également jugé indispensable de coordonner le travail des différents acteurs des Nations Unies, pas seulement sur le terrain mais aussi dès les premières phases de la planification.  Le représentant de la Suisse a réitéré son soutien au renforcement de la coordination, appuyant spécifiquement le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dans l’accomplissement de son mandat.  La représentante de la Norvège a cependant souligné que les réticences étaient encore fortes vis-à-vis des missions intégrées, les acteurs craignant que l’intégration soit synonyme de subordination.


Plusieurs représentants ont également souligné la nécessité de disposer d’un financement prévisible, souple et équitablement réparti entre les différents pays et les différentes phases de l’aide.  L’élargissement du Fonds central autorenouvelable d’urgence a été évoqué plusieurs fois.  Le renforcement de la mobilisation de financements devrait constituer la priorité de l’OCHA, a affirmé le représentant de la Fédération de Russie, tandis que le représentant du Mexique se déclarait préoccupé de l’attention sélective attribuée à certains pays en crise plutôt qu’à d’autres, mettant notamment en cause l’allocation des ressources en fonction, selon lui, de considérations politiques. 


Par ailleurs, les représentants de la Suisse et du Canada ont souligné la nécessité de protéger les populations civiles, qui se heurtent parfois à la mauvaise volonté des autorités nationales.  La représentante du Canada a estimé que lorsqu’un gouvernement n’assumait pas ses responsabilités, il revenait à la communauté internationale, sous la direction du Conseil de sécurité, de s’attaquer aux causes de la crise.  En revanche, le représentant de l’Inde s’est déclaré préoccupé par la tentative de dilution du principe de souveraineté des États dans le domaine de la protection des civils que représente, selon lui, le paragraphe 53 du rapport du Secrétaire général sur le « renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies»**.  Ce paragraphe stipule que « bien que la responsabilité de protéger les civils incombe avant tout aux États, une aide internationale est souvent nécessaire, avec l’accord des gouvernements nationaux, si l’État est incapable de protéger ses citoyens à lui seul ».  Il donne l’impression que la protection aux personnes déplacées peut être entreprise dans des situations où l’assentiment du gouvernement national ne peut être donné, a-t-il regretté.


Animée par Margareta Wahlstrom, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, la table ronde qui s’est tenue le matin sur le thème « Le passage de la phase du secours à celle de l’aide au développement » s’est articulée en deux parties: la transition après un conflit et la transition après une catastrophe naturelle.  Au lendemain de ces événements, commence la phase des secours, qui laisse peu à peu place à la phase d’aide.  Expliquant que la transition consistait dans le passage d’un travail effectué pendant les situations d’urgence pour protéger les individus, à une phase de protection et de renforcement des institutions nationales, Sally Fegan Wiles, Directrice du Groupe des Nations Unies pour le développement (GNUD), a appelé les Nations Unies à améliorer la rapidité de leur réaction au passage d’une phase à l’autre.  La représentante de la Jamaïque a souligné qu’il était difficile pour les pays en développement de conserver leurs acquis face à des événements aussi fréquents que les catastrophes naturelles.


De nombreux intervenants ont insisté sur l’importance pour les pays de gérer eux-mêmes la phase de transition après un conflit ou une catastrophe naturelle.  La reconstruction ne peut être durable que si elle est gérée par les acteurs locaux, a approuvé Kathleen Cravero, du Bureau pour la prévention des crises et du relèvement du PNUD.  Intervenant sur la question du financement, le représentant de la France a estimé que davantage de ressources financières devaient être fournies pour la phase suivant immédiatement l’extinction d’un conflit.


Le Conseil économique et social poursuivra demain, jeudi 14 juillet à 10 heures, son débat consacré aux affaires humanitaires.


*     A/59/2005

**    A/60/87-E/2005/78


TABLE RONDE OFFICIEUSE SUR « LE PASSAGE DE LA PHASE DE SECOURS À CELLE DE L’AIDE AU DÉVELOPPEMENT »


Déclarations


Introduisant le dialogue, M. JOHAN VERBEKE (Belgique), Vice-Président du Conseil économique et social, a rappelé que la transition était un sujet fréquemment évoqué depuis le début des années 90.  Au lendemain des conflits, commence la phase des secours, qui va peu à peu laisser la place à la phase d’assistance lorsque la transition est bien gérée, sachant que cette transition prend du temps.  Dès l’achèvement du conflit, des mesures de relèvement rapides sont nécessaires, par exemple pour aider les personnes déplacées à rentrer chez elles ou pour rouvrir les écoles et dispensaires.  Des processus à plus long terme sont également indispensables, comme la réforme de l’utilisation de la terre ou l’édiction de normes de construction, par exemple pour atténuer la vulnérabilité à des catastrophes futures.  Les solutions sont aussi variées que les sociétés auxquelles elles sont destinées. 


M. Verbeke a ensuite souligné que la transition devait impérativement être prise en charge par les pays, afin que les efforts de développement soient viables.  Les efforts d’assistance doivent être fournis en relation avec les acteurs nationaux pour reconstruire et renforcer les capacités nationales.  Les efforts doivent être concertés avec les bénéficiaires, pour déterminer comment l’aide doit être employée.  Cette tâche est extrêmement complexe et requiert un équilibre délicat entre les différents efforts d’assistance, équilibre qui varie en fonction de chaque pays.  Cependant, a poursuivi M. Verbeke, nous avons réalisé de grands progrès pour apprendre à surmonter la complexité et mieux gérer la transition, et le travail des États Membres du Conseil a permis de se rapprocher du jour où nous pourrons affirmer que nous comprenons la dynamique de la transition et que nous disposons des outils nécessaires à sa gestion.  Il nous reste à mettre à profit les enseignements clairs tirés de l’expérience, a-t-il ajouté.  Il a alors ouvert un débat organisé en deux parties, l’une autour de la transition dans les pays sortant d’un conflit et l’autre autour de la transition après un désastre.


Présentant les participants à cette table ronde, Mme MARGARETA WAHLSTROM, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, a affirmé que la prise en main des opérations au niveau national était essentielle lors de la phase de transition postconflit, mais que cela présentait une difficulté en raison de l’affaiblissement des institutions gouvernementales.  Elle a déclaré que la reconstruction et les programmes de transition devaient être avant tout axés sur les personnes.  Il s’agit de trouver un équilibre entre les défis à long terme et ceux à court terme, a-t-elle ajouté.  Elle a ainsi expliqué que la transition postconflit nécessitait des investissements à long terme, notamment dans le secteur des infrastructures, et ce, parfois sur plusieurs décennies, mais qu’il fallait également prendre en compte la nécessité de régler les questions urgentes liées à la vie quotidienne de la population.  Elle a insisté sur l’importance d’une attitude de collaboration ainsi que sur les bonnes pratiques en matière de coordination.  Notant qu’un tel cadre de travail exigeait un financement responsable et tangible, elle a indiqué qu’un des problèmes rencontrés par l’ONU, mais aussi par les gouvernements nationaux et les autres partenaires, constituait à transformer les investissements humanitaires en investissements à long terme.


M. PAUL GUSTAVE MAGLOIRE, Ministre de l’intérieur et des collectivités territoriales d’Haïti, s’est concentré sur l’expérience vécue par son pays l’an dernier.  Dans la nuit du 23 au 24 mai 2004, de nombreuses communautés ont été sérieusement affectés par les inondations au cours desquelles 1 500 personnes ont péri, 1 500 autres ont disparu, et 6 000 sont devenues sans abri.  Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2004, d’autres communautés ont été également victimes d’inondations, qui ont fait plusieurs milliers de disparus.  À la suite d’une réunion entre le Premier Ministre haïtien et les bailleurs de fonds, des fonds additionnels ont été mobilisés pour les communautés victimes de catastrophes naturelles au cours de l’année 2004.  Ces événements ont permis une mobilisation de ressources sans précédent pour les initiatives de gestion des risques et des désastres.  Ces ressources ont permis la construction de routes afin d’améliorer les communications entre les zones métropolitaines et les zones rurales.


Il y a eu en Haïti une prise de conscience pour la gestion de l’environnement, a ajouté le Ministre, citant, par exemple, une meilleure préparation face aux catastrophes naturelles.  Il a indiqué, à la lumière des coupures de communications survenues au cours des catastrophes de 2004, que des efforts ont été faits dans ce domaine.  Ainsi, la semaine dernière, lors du passage d’une tempête tropicale, les effets ont été moindres.  Une campagne de sensibilisation pour les populations vulnérables a été lancée dans les zones à risques, a-t-il également expliqué.  Selon lui, l’approche locale de la gestion nationale est nécessaire.  Les Gonaïves nous ont révélé que la force d’un mécanisme unique de financement est importante, a-t-il en outre affirmé.  L’absence de mécanisme unique a rendu plus difficile la tâche du Gouvernement, a dit le Ministre, précisant que les fonds disponibles sont souvent le résultat de consultations entre les bailleurs de fonds et le Gouvernement.  Les prises de décisions se font le plus souvent en fonction de projets individuels ou de secteurs, a-t-il souligné.  Toutefois, ce type d’approche engendre une énergie considérable pour mettre au point les projets, a-t-il ajouté.  Selon lui, la réduction des risques nécessite des interventions à long terme.  La reforestation est importante, car il faut retrouver un pourcentage raisonnable de couverture végétale.  De même, il convient d’assurer une protection plus systématique des zones à risques.  Ce ne sont pas les menaces en soi qui déterminent l’impact des phénomènes mais l’activité humaine avec son environnement physique qui est responsable, a-t-il conclu. 


Mme SALLY FEGAN WILES, Directrice du Groupe des Nations Unies pour le développement (GNUD), a expliqué que la transition consistait dans le passage d’un travail effectué pendant les situations d’urgence pour protéger les individus, à une phase de protection et de renforcement des institutions nationales.  Pour améliorer notre réaction aux transitions, nous devons être conscients de l’existence de ce passage, a-t-elle ajouté, or la communauté internationale, y compris les Nations Unies, effectue ce passage avec lenteur.  Cependant, l’Organisation a commencé à prendre en compte les besoins de reconstruction bien plus tôt, depuis quelques années, a-t-elle précisé, nous œuvrons pour accélérer cette réaction et des progrès ont été accomplis.  Mme Fegan Wiles a rappelé que la transition n’était pas un transfert automatique mais nécessitait un travail concerté entre le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et le GNUD.  Comme nos travaux ne peuvent pas se succéder de façon nette, il existe forcément une période pendant laquelle nous travaillons en parallèle, a-t-elle expliqué.  Les Nations Unies fournissent divers types d’appui aux partenaires internationaux et il est évident que l’assistance humanitaire se poursuit pendant la phase de transition.


Après les conflits, a poursuivi M. Fegan Wiles, les Nations Unies devaient rétablir la normalité, vérifier la capacité de leurs partenaires à prendre en charge leurs affaires car cela constitue une lourde tâche, puis contribuer au renforcement des capacités nationales.  Toutes nos missions intégrées savent qu’il est très important d’avoir rapidement des signes visibles des avantages de la paix afin d’éviter la reprise des hostilités, a-t-elle expliqué, et nos missions comprennent donc le rétablissement des routes et des infrastructures sociales fondamentales.  Les Nations Unies travaillent également au renforcement des capacités nationales.  D’abord, elles assistent les gouvernements pour qu’ils se rétablissent, y compris en versant les salaires des fonctionnaires pendant une brève période.  Les Nations Unies s’y refusaient auparavant mais elles ont changé de position en Afghanistan.  Nous travaillons très étroitement avec la Banque mondiale pour nous assurer que nos contributions se complètent, par exemple au Soudan.  Les Nations Unies appuient également le renforcement des capacités en aidant les gouvernements à gérer les propres affaires et à identifier leurs propres besoins, ce qui est souvent difficile, alors même que l’établissement de priorités reste crucial.  Enfin, nous aidons les gouvernements à avoir accès aux partenaires internationaux, a-t-elle ajouté.  Au Libéria, à Haïti et au Soudan, nous avons réalisé des évaluations des besoins postconflictuels en utilisant notamment une matrice-cadre des résultats énonçant les besoins prioritaires.  Cette matrice permet de convaincre les donateurs et d’assurer le suivi des résultats concrets.  Cependant, il reste des défis à relever: les Nations Unies ne font pas encore suffisamment pour développer les capacités nationales pour que les gouvernements puissent gérer leurs propres besoins, alors qu’il s’agit de la première des priorités.  De même, la mise en œuvre des actions sur le terrain est encore trop lente, a-t-elle conclu.


M. JACQUES FORSTER, Vice-Président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a soutenu que des actions humanitaires peuvent être nécessaires pendant les périodes de transition postconflit afin de s’assurer que la dignité des gens soit respectée, qu’il s’agisse de leur santé physique ou mentale, de la protection contre les abus de pouvoir ou la discrimination ou encore de la reconnaissance que les populations doivent jouer un rôle central dans la recherche de solutions à long terme.  Il a insisté sur l’importance du droit international humanitaire dans la période de transition, notamment en ce qui concerne les détenus ou l’obligation de clarifier les cas des personnes disparues après un conflit.  Rappelant que les actions humanitaires étaient essentielles juste après la fin des hostilités, par exemple en matière d’aide alimentaire, il a estimé que ce travail de secours des organisations humanitaires devrait être prolongé également après cette période.  Il faut éviter de créer un fossé entre la fin des actions humanitaires et le début de l’assistance au développement qui peut être retardée en raison de la situation en matière de sécurité ou de manque de ressources, a-t-il poursuivi.  S’il a considéré que cette aide au développement ne devait pas relever des organisations humanitaires, il a souhaité que celle-ci ne subisse pas de pression pour mettre fin à leurs activités lorsqu’il n’existe pas d’autres alternatives pour permettre aux gens de vivre dignement.  Toutefois, M. Forster a mis de l’avant les avantages d’actions humanitaires indépendantes, impartiales et neutres comme étant souvent la réponse la plus adéquate pendant les périodes de transition.  Il a ainsi affirmé que la présence d’un intermédiaire neutre était essentielle dans une société qui souffre encore de nombreuses tensions, et que les organisations humanitaires pouvaient bénéficier d’une certaine confiance de l’ensemble des parties.  Enfin, il a expliqué que ceux qui survivent à un conflit ont besoin de sécurité, précisant qu’ils craignent les pillages et les viols, sont menacés par les mines et doivent être aidés à surmonter progressivement une douleur physique et psychologique. 


M. JAMES ADAMS, Vice-Président de la Banque mondiale, a affirmé que le développement était la meilleure protection face à une situation d’après conflit.  La reconstruction après un conflit joue toujours un rôle important au sein de la Banque mondiale, a souligné le Vice-Président, citant en particulier son action dans la reconstruction des capacités économiques et la gestion des finances publiques.  La Banque mondiale travaille en étroite collaboration avec les partenaires en développement pour mettre en place des stratégies unifiées dans les États faisant face à des situations d’après conflit.


Le Vice-Président a énuméré les différents efforts entrepris par la Banque mondiale dans les périodes de postconflit, évoquant notamment le financement de la réintégration des réfugiés et des personnes déplacées qui rentrent.  Il a affirmé que la Banque mondiale était prête, en collaboration avec les Nations Unies, à travailler pour mettre en place des capacités d’État pour les États fragiles en situation d’après conflit.  La Banque mondiale finance directement des activités qui sont réalisées directement par les institutions des Nations Unies, a-t-il indiqué.  Selon lui, la Banque mondiale et le système des Nations Unies ont des rôles qui se renforcent mutuellement avec des mandats complémentaires dans les domaines humanitaires et du maintien de la paix.


Dialogue interactif


Le représentant de la France a souligné l’importance de la période suivant immédiatement l’extinction d’un conflit.  Pendant cette période absolument cruciale, nous devons renforcer nos efforts, y compris en ce qui concerne l’allocation de ressources, a-t-il affirmé.  Les perspectives de reconstruction à long terme sont souvent privilégiées au détriment de la brève période de consolidation.  De plus, la fourniture d’aide à court terme n’est parfois pas rationnelle du point de vue économique et les impératifs de court et long termes sont parfois contradictoires.  Pourtant, il est vital d’apporter un plus fort soutien à court terme afin de consolider les faibles acquis au cours de la période suivant immédiatement la fin du conflit.


S’agissant de la transition de la phase de secours à celle d’aide au développement après un conflit, le représentant de la Fédération de Russie, a affirmé que le vecteur principal de la coopération internationale, sous l’égide des Nations Unies, devait être marqué par la prévention et le renforcement des capacités concernées des pays et des régions.  À cet égard, il a souligné l’importance de la Stratégie internationale de réduction des catastrophes comme outil clef ainsi que la nécessité de renforcer l’appropriation nationale des réponses par la coordination.  De plus, il a souhaité que le rôle du coordonnateur résident soit renforcé et il a estimé qu’il était essentiel de cibler l’action humanitaire sur les besoins à court et moyen termes tout en notant l’importance d’un accès adéquat aux ressources financières.  En ce qui concerne les situations de transition après un conflit, il a déclaré qu’elles nécessitaient une approche intégrant à la fois les efforts politiques, humanitaires, opérationnels et de maintien de la paix.  Il a aussi fait valoir la préparation opportune de stratégies de sortie pour les institutions humanitaires et l’implication des programmes des Nations Unies dès les premiers stages.


Pour sa part, le représentant des Pays-Bas a jugé nécessaire de prendre davantage en considération le rapport entre le VIH/sida et les périodes de transition.  De l’avis du représentant du Brésil, les fonds affluent tant qu’une catastrophe est visible, mais disparaissent lorsque doit commencer un travail de reconstruction à plus long terme.  C’est pourquoi, il s’est interrogé sur les moyens de donner davantage de visibilité aux besoins des populations à long terme.  Intervenant au nom de l’Union européenne, le représentant du Royaume-Uni a affirmé que toutes les composantes des Nations Unies devaient intervenir après un conflit afin de mettre en place un processus unifié.  Il s’est demandé comment, en pratique, cette approche intégrée pouvait être améliorée et menée de concert avec un éventuel gouvernement de transition national.  La Directrice du GNUD lui a répondu que les discussions sur les missions intégrées progressaient de façon satisfaisante, mais elle a reconnu qu’il fallait accroître la cohérence dans la planification de la stratégie des missions.  Elle a souligné le rôle extrêmement positif joué par le coordonnateur résident humanitaire.  Par ailleurs, elle a reconnu que le financement des 12 premiers mois était très critique, alors que les besoins à plus long terme étaient définis et assurés par les conférences de donateurs.  Nous devons trouver des solutions pour un financement rapide afin que la paix puisse tenir et que le pays ne retourne pas en arrière vers le conflit dont il se relève à peine, a-t-elle déclaré, soulignant notamment la nécessité de fournir des emplois.


Le représentant du CICR a affirmé qu’il existait des types d’actions humanitaires complémentaires.  Les missions intégrées présentent des avantages comparatifs, même si une action humanitaire indépendante peut également présenter des avantages.  Les missions intégrées présentent un risque lorsqu’elles sont subordonnées à des activités politiques ou militaires mais un certain nombre de mesures concrètes peuvent être prises pour réduire ce risque.  Par exemple, les forces armées engagées dans le maintien de la paix ne devraient pas affirmer que tous les acteurs partagent le même objectif car les missions sont de nature différente.  De plus, il faudrait accroître la formation des militaires en droit humanitaire.


Expliquant que la Banque mondiale est passée à un système d’affectation sur la base des performances, son représentant a précisé que des fonds d’actions spéciales ont été mis en place pour aider les gouvernements à renforcer leurs capacités.  La Banque a de plus organisé les affectations budgétaires internes.  Lorsque des pays sortent de conflits, nous pouvons nous passer des ressources basées sur les performances en utilisant des affectations spéciales.  Il a ensuite affirmé que la Banque mondiale souhaitait dégager des outils en commun avec les Nations Unies pour parvenir à un cadre.  Lorsque les ressources sont disponibles, il faut passer d’un système impliquant des acteurs extérieurs à celui où nous intervenons directement auprès des gouvernements, en remettant les institutions sur pied grâce au renforcement des capacités.


Suite des déclarations


Introduisant le segment de cette table ronde consacré à la période de transition suite à une catastrophe naturelle, M. JAIME MONCAYO (Équateur), Vice-Président du Conseil économique et social, a indiqué que la reconstruction était souvent de large portée puisqu’une catastrophe pouvait toucher plusieurs pays en même temps.  Les efforts de transition, a-t-il ajouté, débutent habituellement quelques semaines après la catastrophe, laissant peu de temps pour la planification.  Il a rappelé que les catastrophes détruisaient les infrastructures ainsi que les capacités du gouvernement et les résultats acquis en matière de développement.  Il a soutenu que la période de transition devait permettre de rétablir les services de base fondamentaux et les services sociaux tout en prenant en compte la prévention pour réduire la vulnérabilité face aux catastrophes.  Les programmes d’assistance et d’aide doivent être développés avec la participation des gouvernements et communautés affectés et en tenant compte de la situation sociale et économique existante, a-t-il conclu. 


M. JEAN-JACQUES GRAISSE, Directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), a indiqué que plus de gens étaient touchés par des catastrophes naturelles que par des conflits, le nombre de catastrophes ayant triplé dans les années 90 par rapport aux années 60.  Rappelant que 2002 avait connu plus de catastrophes que pour n’importe quelle année de la décennie précédente, il a souligné que ces crises affectaient surtout les pays à faible développement humain.  Depuis 10 ans, plus de la moitié de ceux qui ont été tués par une catastrophe naturelle vivaient dans des pays à faible développement humain, a-t-il insisté.  Il a expliqué qu’un élément crucial de la phase de transition était la nécessité de se préparer et de gérer la prochaine catastrophe, puisque ces crises sont souvent récurrentes.  Il faut aider les ménages les plus pauvres pour qu’ils ne perdent pas tout et renforcer leur résistance avant qu’une nouvelle crise ne frappe; bref, il faut du développement, a-t-il poursuivi.  À cet égard, il a fait valoir la nécessité de prendre en compte, dans l’élaboration de stratégies de prévention et dans l’évaluation des risques, la relation entre la pauvreté, les maladies et les catastrophes.


Par ailleurs, il a déclaré que les efforts de secours devaient s’attacher à une prise en main nationale et au renforcement des capacités.  M. Graisse a suggéré que des liens soient établis entre les initiatives humanitaires et celles de développement.  Il a rappelé que la Conférence de Kobé, en janvier 2005, avait d’ailleurs souligné l’importance de ces liens et insisté particulièrement sur la réduction des risques.  Cette Conférence a montré que les pays qui possèdent des institutions de prévention sont moins affectés par les catastrophes.  Affirmant que la reconstruction nécessitait des ressources planifiées, il a conclu en soulignant le manque de financement approprié et prévisible. 


Mme BARBARA CARBY, Directrice du Bureau de préparation des gestions des catastrophes et des situations d’urgence de la Jamaïque, a rappelé que la région Antilles-Caraïbes traversait actuellement une période d’ouragans.  Comment des pays en développement peuvent–ils conserver leurs acquis face à des événements extrêmes aussi fréquents? a-t-elle interrogé.  L’année 2004 a été une mauvaise année car la Jamaïque a été frappée par une longue sécheresse, puis par deux ouragans, Charlie et Ivan, à un mois d’intervalle, a-t-elle souligné.  La région Antilles-Caraïbes dans son ensemble a beaucoup pâti de ces intempéries comme La Grenade, Cuba ou Haïti, a-t-elle précisé.  Lorsque la première phase de réaction est réalisée, la reconstruction est nécessaire, a-t-elle indiqué, affirmant notamment que l’essentiel des efforts, après les ouragans, a été de déplacer les gens situés dans des endroits vulnérables, en l’occurrence 400 familles vivant essentiellement dans les zones côtières.  Il convient ensuite d’assurer un rétablissement rapide de la vie normale, en fournissant par exemple aux agriculteurs et aux pêcheurs les moyens de reprendre leurs activités.  Il faut également essayer de réparer les infrastructures ou installations endommagées, reconstruction qui permet d’intégrer des améliorations, a-t-elle ajouté, précisant que les normes en matière de reconstruction avaient été améliorées.


La Directrice du Bureau de préparation a par ailleurs expliqué que certaines institutions de donateurs avaient octroyé une souplesse nécessaire d’utiliser les dons non seulement pour les secours proprement dits mais aussi pour l’analyse des catastrophes, celle-ci étant indispensable pour orienter la planification des efforts de développement dans les zones touchées ainsi que la reconstruction.  Dans son exposé, elle a insisté sur l’importance de la préparation.  Nous voulons améliorer les capacités institutionnelles, a-t-elle notamment déclaré, précisant que les autorités locales devaient être en mesure d’appliquer et de faire appliquer les lois qui protègent la population.  L’évaluation des risques doit être intégrée dans l’évaluation de l’incidence sur l’environnement, a-t-elle également dit.  Prévoir les situations futures et planifier déjà, c’est, entre autres, engager des efforts de déplacement de populations pour les situer en dehors des zones susceptibles d’être frappées par des événements extrêmes.  Il est important que les institutions financières internationales prennent des mesures encourageantes pour les pays en développement, comme la réduction des taux d’intérêt, a-t-elle en outre souligné.  Elle a mis l’accent sur la nécessité d’obtenir un soutien politique pour réduire les vulnérabilités. 


Mme KATHLEEN CRAVERO (Bureau pour la prévention des crises et du relèvement du PNUD) a souhaité formuler quatre remarques. Premièrement, la reconstruction constitue une occasion d’aborder le problème du développement en général car les catastrophes révèlent les problèmes préexistants tels que la pauvreté et sont une occasion de les aborder.  Dans un premier temps, la catastrophe masque tous ces problèmes mais ces derniers refont rapidement surface.  La reprise est ensuite un processus à long terme, qui dure parfois 10 ans, et pendant lequel il faut travailler avec les communautés locales et les aider à reconstruire mieux qu’auparavant.  Le PNUD a établi la Plateforme de reconstruction internationale pour aborder les problèmes sur le long terme.  Les catastrophes permettent également d’évaluer les risques pour l’avenir et de reconstruire de manière plus durable et efficace, par exemple en dotant les familles de l’eau courante et de l’électricité.  Cela constitue un processus complexe car il faut maintenir un équilibre fragile.  Par exemple, éloigner les populations de la mer pour les protéger contre les raz-de-marée pose problème lorsqu’il s’agit de pêcheurs.  Deuxièmement, il faut écouter les acteurs locaux afin que la reconstruction corresponde aux besoins locaux.  Il ne sert à rien de faire reconstruire par des acteurs extérieurs avec des matériaux que les artisans locaux ne sauront pas utiliser par la suite.  Il faut au contraire aider ces acteurs locaux à gérer leur propre processus de reconstruction pour que celle-ci soit durable. 


Troisièmement, les acteurs extérieurs peuvent jouer un rôle important dans les conséquences immédiates de la catastrophe mais les Nations Unies doivent ensuite aider les acteurs locaux à diriger eux-mêmes le processus de reprise.  Les équipes de pays doivent envisager le soutien à l’effort de reconstruction comme la priorité à long terme.  Quatrièmement, dès que l’assistance humanitaire débute, il faut prendre en compte la reconstruction qui va suivre.  Le coordonnateur résident doit disposer de l’appui nécessaire pour soutenir les gouvernements dans le processus de reconstruction.  Or, les bureaux sont souvent désertés au cours de cette phase qui succède à la phase d’urgence.  Une formation doit être dispensée non seulement pour développer des capacités nationales, mais aussi à l’intention des équipes de l’ONU qui doivent apporter leur soutien.


M. NILS KASTBERG, Directeur régional de l’UNICEF pour l’Amérique latine, et les Caraïbes, a insisté sur l’impact que peut avoir la reconstruction sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a notamment rappelé que suite au passage de l’ouragan Mitch au Honduras, le niveau de pauvreté avait rapidement augmenté de 10%.  Cela montre que si l’on ne se prépare pas aux catastrophes naturelles, nous serons susceptibles de voir une régression des progrès effectués pour atteindre les OMD, a-t-il expliqué.  Rappelant que la région de l’Amérique latine et des Caraïbes avait connu 44 situations d’urgence au cours des 18 derniers mois, il a affirmé que ces catastrophes touchent le plus souvent les pauvres, et particulièrement les femmes et les enfants.  Il a indiqué que des choses simples pouvaient être faites surtout dans le contexte des inondations ou le simple fait d’avoir une corde à la maison peut sauver des vies.  La nécessité de se préparer doit être très présente pour la population, a-t-il insisté.  De plus, il a fait valoir que la période de relèvement était plus brève s’il y avait eu des efforts préalables de préparation aux catastrophes naturelles. 


Par ailleurs, M. Kastberg a mis de l’avant l’établissement pour la région d’Amérique latine et des Caraïbes d’un comité permanent afin de répondre aux situations d’urgence ainsi que l’existence de réunions entre différentes autorités, ONG et institutions de l’ONU en prévision de la saison des ouragans.  Plus d’initiatives sont prises et la coopération dans ce domaine augmente, a-t-il poursuivi, en demandant un appui unifié de la part de toutes les institutions pour épauler les équipes de pays et les gouvernements.  Enfin, il a plaidé pour l’accélération de la disponibilité des ressources financières, y compris celles fournies par les institutions financières internationales, et a insisté sur la nécessité d’intégrer la réduction des risques dans les efforts de reconstruction. 


Suite du dialogue


Comment faire pour donner plus de poids à la gestion des risques de catastrophes naturelles dans les stratégies de développement et de réduction de la pauvreté?  Comment peut-on améliorer la transmission à d’autres pays des expériences acquises dans les pays en développement?  Comment cette coopération peut apporter une nuance différente à la phase de transition du secours d’urgence à la reconstruction dans les cas de catastrophes naturelles?  Au cours du bref débat interactif qui a suivi, et en répondant aux questions des délégations, les panélistes ont notamment insisté sur l’importance de la coopération Sud-Sud, dont la région Antilles-Caraïbes et l’Asie du Sud-Est ont montré de bons exemples au cours des derniers mois avec, respectivement les ouragans et le tsunami, a rappelé JEAN-JACQUES GRAISSE.


Selon BARBARA CARBY, la Jamaïque utilise une approche très inclusive de la gestion des catastrophes.  De même, il n’existe pas deux systèmes différents pour l’urgence et les questions de développement à long terme, ce qui, a-t-elle précisé, confère à l’ensemble plus de souplesse.  Elle a également ajouté que la coopération bilatérale concernant le partage des bonnes expériences et pratiques constituait un excellent système.  Au niveau bilatéral, on peut faire beaucoup, a-t-elle assuré, citant le cas de la coopération entre la Jamaïque et Cuba.


NILS KASTBERG a rappelé, pour sa part, que dans des situations comme celle vécue par Haïti, les besoins dépassaient largement les seuls besoins humanitaires, d’où la nécessité d’avoir une vision holistique de la phase de transition. 


ASSSISTANCE ÉCONOMIQUE SPÉCIALE, AIDE HUMANITAIRE ET SECOURS EN CAS DE CASTATROPHE


Débat général


M. JOHAN VERBEKE (Belgique), Vice-Président du Conseil économique et social, a insisté sur l’importance que revêt l’assistance humanitaire pour les gouvernements, les activités et les populations des pays.  Chaque État Membre doit assurer le bien-être de nos concitoyens, a-t-il expliqué, rappelant qu’il incombe cependant à tous de s’acquitter de cette responsabilité en fournissant une assistance à ceux qui sont dans le besoin.  Il a indiqué que ce débat représentait une occasion unique de partager des idées, de mettre en commun des expériences, d’identifier les difficultés communes et de convenir de mesures concrètes pour les résoudre.  Ainsi, il a considéré essentiel que les délégations parviennent à un accord sur la résolution dont le Conseil est saisi pour apporter des améliorations concrètes aux opérations humanitaires et fournir des orientations pour l’action humanitaire au cours de l’année à venir.  Il a aussi rappelé que ce débat permettrait de tirer les leçons des catastrophes passées, et particulièrement du tsunami dans l’océan Indien.  Il s’est dit convaincu que les échanges francs et productifs permettront de renforcer la coordination de l’assistance humanitaire des Nations Unies et de convenir de mesures précises pour mettre fin aux souffrances humaines. 


M. JAN EGELAND, Secrétaire général adjoint des Nations Unies pour les questions humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a évoqué le rapport du Secrétaire général « Dans une liberté plus grande » ainsi que le rapport intitulé « Pour le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence ».  Le système des Nations Unies a été confronté par une série de crises majeures dans le monde au cours des dernières années et plusieurs opérations de grande ampleur ont été lancées simultanément.  Nous avons souvent réussi à susciter la solidarité internationale, sans pour autant agir efficacement sur les causes des crises, a-t-il reconnu, rappelant que si le taux de mortalité avait baissé de deux tiers au Darfour depuis juillet, les milices n’avaient toujours pas été désarmées.  Le degré de succès de nos efforts devrait être mesuré par le nombre de vies préservées et par le soutien apporté par les gouvernements, a-t-il ajouté.  M. Egeland a reconnu que les Nations Unies devaient encore améliorer leur action humanitaire.  Si nous pouvons venir en aide à 12 pays de l’océan Indien, pourquoi ne pourrions-nous pas soulager les souffrances des réfugiés au Soudan, en Ouganda, en Côte d’Ivoire et en RDC? s’est-il interrogé.


M. Egeland a alors émis une série de recommandations basées sur les enquêtes et évaluations menées précédemment.  Premièrement, nous devons renforcer notre capacité technique et logistique de base et élargir notre capacité de base.  Un leadership sectoriel clair doit être établi, il faut construire et renforcer systématiquement les capacités dans les pays et les régions menacés par les crises et il faut soutenir les opérations et les capacités des ONG.  Deuxièmement, nous devons insister pour obtenir un financement des activités d’urgence plus prévisible, et disposer de fonds spéciaux disponibles immédiatement pour couvrir les premières dépenses rendues nécessaires par des catastrophes soudaines.  Un financement flexible est nécessaire pour assurer un financement équitable, car il est inacceptable que certaines urgences soient moins bien financées que d’autres, souvent au détriment du continent africain.  M. Egeland a alors rappelé que le rapport du Secrétaire général proposait d’étendre et d’améliorer le Fonds central autorenouvelable d’urgence, et que de petits fonds flexibles d’action rapide avaient déjà été mis en place sur le terrain.  Nous devons faire le meilleur usage possible des ressources en améliorant la coordination à tous les niveaux, ce qui nécessite un leadership renforcé sur le terrain, a-t-il poursuivi.  Les procédures de sélection et de formation des coordonnateurs humanitaires vont être améliorées, et une plus grande autorité leur sera déléguée.


La clef de notre efficacité en tant que système de réponse humanitaire réside dans la prévisibilité: prévisibilité en tant que capacité à répondre aux besoins de façon appropriée et à temps, quelle que soit leur étendue; prévisibilité dans la mobilisation des fonds pour toutes les crises et au cours de toutes les phases; et prévisibilité dans l’utilisation des ressources internationales.  De plus grandes crises vont nécessiter de plus grandes capacités, ce qui contraint le système humanitaire à étudier et à renforcer ses compétences.  Ces réformes doivent être menées de façon concertée, en raison du caractère de plus en plus global des désastres, a-t-il conclu.


M. XIU JING, Représentant régional de l’Asie et du Pacifique de l’Organisation mondiale du tourisme, a rappelé que cette Organisation était la plus récente du système des Nations Unies.  Le représentant, qui présentait la note du Secrétaire général sur les « Initiatives prises par l’Organisation mondiale du tourisme à la suite du tsunami », a souligné que l’Organisation avait tenu des réunions à Phuket, en Thaïlande, ainsi que quatre réunions techniques nationales dans les pays les plus durement touchés par le tsunami, à savoir la Thaïlande, l’Indonésie, le Sri Lanka et les Maldives, afin d’accélérer le processus de relèvement par le tourisme.  Le plan d’action de Phuket comprend cinq domaines d’intervention, a-t-il ajouté, citant la communication et les activités de promotion, les secours fournis aux populations, la formation professionnelle, la relance pour un développement durable et la gestion des risques.


En termes de volume mondial du tourisme, l’impact du raz de marée a été limité, a-t-il indiqué.  Selon lui, les priorités actuelles de la communauté internationale devraient toujours porter sur la communication.  Des activités et des initiatives ont ainsi été lancées, notamment des voyages de découverte pour la presse et les voyagistes, des campagnes de communication, la gratuité de la participation aux salons internationaux du tourisme.  Il faut ensuite se concentrer sur l’assistance à accorder aux petites et moyennes entreprises du secteur et des ateliers sur la gestion des risques et le repositionnement de l’offre touristique pour leur permettre d’accéder à des financements, a-t-il poursuivi.


Mme ARIEL BOWEN (Jamaïque), intervenant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a rappelé que les défis en matière de réponse humanitaire internationale étaient importants et a souhaité que les efforts pour développer des systèmes d’alerte pour réduire l’impact et prévenir les catastrophes naturelles soient renforcés.  Saluant les recommandations du Secrétaire général sur le renforcement de la coordination de l’assistance humanitaire des Nations Unies, elle a noté l’ampleur des exigences à laquelle doit faire face le système humanitaire de l’ONU en raison du nombre croissant des catastrophes naturelles et de leur nature complexe.  Elle a déclaré que le développement des capacités à tous les niveaux, y compris aux niveaux régional et local, était crucial pour renforcer la coordination entre les Nations Unies et les autres organisations humanitaires. 


Par ailleurs, la représentante a estimé que le récent tsunami a donné de nombreux enseignements et avait prouvé que le système humanitaire possédait de nombreux atouts.  L’assistance et les promesses d’aide sont abondants lorsque les situations humanitaires bénéficient d’une large couverture médiatique, a-t-elle toutefois regretté, mais qu’en est-il des urgences « oubliées »?  Suggérant un renforcement des mécanismes financiers, elle a insisté sur la nécessité d’établir un financement prévisible, en particulier pour les situations d’urgence négligées et les secteurs sous-financés, et a soutenu la proposition du Secrétaire général d’élargir le Fonds central autorenouvelable pour l’urgence.  Mme Bowen s’est également félicitée de l’attention portée récemment à la question de la transition des secours au développement.  Elle a considéré que la reconstruction était un élément central afin de combler le fossé d’allocation des ressources entre la phase des secours et l’assistance au développement.  Elle a aussi affirmé qu’un des plus grands défis pour le système des Nations Unies était de définir son rôle dans les situations de secours complexes.  Prenant en note les propositions du Secrétaire général sur ce sujet, elle a toutefois demandé que les organisations humanitaires travaillent de manière appropriée avec le Département des opérations de maintien de la paix, afin que toutes les questions soient abordées, dès la mise au point des opérations de maintien de la paix, en prenant en compte les éléments humanitaires.


Prenant la parole au nom de l’Union européenne, Sir EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a mis l’accent sur la nécessité d’améliorer la coordination, y compris la coopération civile et militaire.  Il a ensuite regretté que les progrès n’aient pas été plus rapides après le tsunami pour permettre aux habitants de retrouver une vie normale et de quitter les abris de fortune.  Pourtant, la réponse humanitaire au tsunami a été efficace, ce qui n’a pas toujours été le cas pour les autres situations d’urgence, notamment en Afrique, où l’aide est souvent paralysée, a-t-il déploré.  M. Jones Parry a donc souhaité que des efforts soient fournis dans plusieurs domaines.  La capacité de coordination doit être améliorée pour que tous les acteurs collaborent efficacement sur le terrain.  Le rôle des coordonnateurs humanitaires des Nations Unies doit donc être renforcé, afin qu’ils établissent des plans d’action communs plus inclusifs, en fixant des objectifs précis et de indicateurs de performance.  Les personnes déplacées doivent bénéficier d’une meilleure protection, ce qui doit inciter les institutions humanitaires à participer plus activement à l’adoption d’une approche de collaboration.  En outre, la rapidité de déploiement des capacités et des expertises techniques est essentielle.  Il faut aussi remédier aux insuffisances des capacités sectorielles et s’assurer que la capacité financière est plus équitable et plus flexible.


M. Jones Parry a expliqué que ces quatre points n’étaient pas seulement pertinents pour les crises humanitaires, mais aussi pour les situations de transition, qui nécessitent une appropriation nationale et une coordination effective.  Il a également évoqué les missions intégrées, soulignant l’importance de la coordination entre les différents acteurs des Nations Unies, non seulement sur le terrain mais aussi dès les premières phases de planification.


Mme RUCHI GHANASHYAM (Inde) s’est déclarée préoccupée par la tentative de dilution du principe de souveraineté des États dans le domaine de la protection des civils.  Le paragraphe 53 du rapport du Secrétaire général sur le « renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies » stipule, a-t-elle rappelé, que « bien que la responsabilité de protéger les civils incombe avant tout aux États, une aide internationale est souvent nécessaire, avec l’accord des gouvernements nationaux, si l’État est incapable de protéger ses citoyens à lui seul ».  La représentante a ainsi mis fortement l’accent sur l’importance d’éviter une politisation du système humanitaire des Nations Unies.  L’aide fournie par le système humanitaire des Nations Unies doit être étendue avec le consentement du pays concerné sauf s’il a été entendu par la communauté internationale dans son ensemble que l’État en question ne peut plus assurer lui-même la protection de ses citoyens.


Le même paragraphe donne également l’impression que la protection et l’assistance aux personnes intérieurement déplacées, même à la suite de conflits ou de catastrophes, peuvent être entreprises dans des situations où l’assentiment du gouvernement national ne peut être donné.  L’Inde ne partage pas ce point de vue, a-t-elle affirmé, les personnes déplacées à l’intérieur du pays, en particulier après des catastrophes, étant placées sous la responsabilité des États touchés.  Des gouvernements stables qui fonctionnent bien, dotés d’institutions nationales fortes, sont parfaitement capables de s’occuper de personnes déplacées à l’intérieur de leurs frontières, a-t-elle expliqué.  En vertu de l’annexe à la résolution 46/182 de l’Assemblée générale, l’aide humanitaire doit être fournie selon les principes d’humanité, de neutralité et d’impartialité, a-t-elle affirmé, estimant que l’État touché détient un rôle primordial dans l’organisation, la coordination et la délivrance de toute l’aide humanitaire.


Saluant, entre autres, l’engagement de l’ECOSOC de renforcer la capacité de réponse humanitaire, Mme NATASHA SMITH (Australie) a souligné l’importance de répondre de manière efficace et en temps opportun à ces crises.  Elle a affirmé qu’une meilleure prévisibilité du financement, l’amélioration des mécanismes de développement et de déploiement des capacités en attente ainsi que la mise en place de délais quant aux réponses humanitaires, constituaient des mesures concrètes pour renforcer ce système de réponse d’urgence.  À cet égard, elle a souligné les efforts du coordonnateur des secours d’urgence pour évaluer et renforcer les capacités de réponse par le biais d’un examen de la réponse humanitaire.  Elle a estimé qu’une meilleure coordination des activités humanitaires était nécessaire à tous les niveaux et a insisté, dans ce contexte, sur le rôle des coordonnateurs humanitaires des Nations Unies sur le terrain.  De plus, elle a demandé que OCHA prenne en compte la possibilité de désigner un coordonnateur humanitaire régional.  Par ailleurs, elle a déclaré qu’à la lumière de l’expérience qu’a développée son pays avec OCHA dans la région Asie-Pacifique, les institutions du Groupe des Nations Unies pour le développement et OCHA n’avaient pas investi dans des mécanismes de coopération.  Ils doivent travailler ensemble dans tous les domaines et pas uniquement dans un cadre imposé par la contrainte, a-t-elle poursuivi. 


Elle a affirmé que la réponse humanitaire après une crise devait également jeter les bases d’une transition vers l’aide au développement.  La reconstruction doit être une priorité commune pour les acteurs humanitaires, du développement, de la paix et de la sécurité, a-t-elle souligné, en insistant sur le besoin de renforcer les systèmes administratifs et de gouvernance pour assurer de solides bases pour le développement.  Enfin, concernant le besoin de prévenir et réduire les conséquences des catastrophes naturelles, elle a expliqué que son pays avait un rôle central dans l’élaboration du cadre institutionnel pour le Système d’alerte de tsunami de l’océan Indien. 


M. VASSILY NEBENZIA (Fédération de Russie) a déclaré que le tsunami survenu dans l’océan Indien avait démontré la nécessité de prévenir les catastrophes et d’y apporter une réponse rapide.  Il a donc appuyé le renforcement des mécanismes de planification liés aux catastrophes naturelles, et a jugé indispensable de renforcer les systèmes nationaux d’alerte et de développer la coopération internationale sur ce point.  Il s’est félicité des études entreprises sur un système d’alerte précoce dans la région de l’océan Indien, le considérant comme une étape dans la mise en place d’un système d’alerte précoce global.  Par ailleurs, le représentant a estimé que le renforcement des capacités de réponse internationale était lié au renforcement de la capacité de coordination des Nations Unies et de l’OCHA, au renforcement de la coordination au niveau des pays, qui passe par le renforcement du rôle du coordonnateur résident.  Il a également jugé utile d’établir des arrangements en attente avec les institutions humanitaires.  Le renforcement de la mobilisation de ressources financières devrait constituer la priorité de l’OCHA, a-t-il affirmé, proposant d’encourager les donateurs non traditionnels à participer aux efforts, ce qui implique qu’il faudrait mieux cibler les appels aux donateurs.  La transparence de l’utilisation des ressources devient évidemment indispensable.


Enfin, le représentant a appelé les Nations Unies à renforcer la coordination de leurs fonctions sur le terrain pour assurer une transition souple de la phase de secours à celle de l’aide au développement.  Les programmes doivent prendre en compte les priorités nationales de développement à moyen et long termes des pays. Il a conclu en appuyant « l’approche complexe » des situations postconflit qu’adoptent les Nations Unies, et qui implique l’intégration d’une composante humanitaire dans les opérations de maintien de la paix multidimensionnelles.


M. XOLISA MABHONGO (Afrique du Sud) a affirmé que son pays appuyait fortement la nécessité de faire face aux difficultés humanitaires au sein du système des Nations Unies.  Nous ne pouvons pas attendre un autre tsunami pour montrer nos éventuelles lacunes lorsque des vies humaines sont en jeu, a-t-il ajouté.  Selon lui, l’importance critique de la mise en œuvre de mécanismes de prévention des catastrophes doit continuer de bénéficier de la plus haute attention de la communauté internationale.  Le représentant a également estimé qu’un coordonnateur résident ou un coordonnateur humanitaire pourrait jouer un rôle accru pour répondre à une des principales préoccupations après la catastrophe du tsunami, c’est-à-dire une meilleure coordination, pas seulement au sein du système des Nations Unies, mais aussi entre le système des Nations Unies et les organisations non gouvernementales.


La question du renforcement des capacités est vitale, a également souligné le représentant.  La proposition d’avoir un meilleur mécanisme pour le déploiement de capacités régionales, à travers des accords formels avec des organisations régionales et le développement de procédures pour les processus de déploiement et de coordination, est la bienvenue, a-t-il ajouté.  Beaucoup a été fait pour renforcer les capacités du système humanitaire de l’ONU, mais le système pourrait encore être amélioré, a-t-il conclu.


M. TONI FRISCH (Suisse) a réaffirmé qu’il était de la responsabilité première des autorités nationales d’assurer la protection des personnes en situation de détresse ainsi que l’accès aux populations civiles par les organisations humanitaires.  Il a regretté que ce dernier soit fréquemment entravé, parfois volontairement, par des acteurs étatiques et non étatiques et a rappelé la nécessité absolue de respecter le droit international.  Il a par ailleurs insisté sur la mise en œuvre du Cadre d’action de Hyogo, issu de la Conférence mondiale de Kobé, en janvier 2005, qui vise à structurer les efforts communs dans le domaine de la réduction des risques des catastrophes aux niveaux local, régional et global.  Il a estimé que pour parvenir à une véritable culture de prévention, les populations concernées devraient être associées à ces efforts, comme cela a été expérimenté en Suisse.  De plus, il a déclaré qu’il ne serait pas facile d’améliorer la cohérence des efforts de paix des Nations Unies en raison de la diversité des mandats, des fonctions et des situations sur le terrain.


Il a jugé crucial que l’action humanitaire reste basée, en toutes circonstances, sur la neutralité, l’indépendance et l’impartialité.  Afin de préserver cette perception d’indépendance au sein des populations, il a souhaité que les acteurs humanitaires, et en premier lieu OCHA, soient pleinement inclus dans la préparation et la planification stratégique et opérationnelle des missions dites intégrées.  De plus, il a réitéré son soutien au renforcement de la coordination de l’aide humanitaire aux niveaux international et local, appuyant spécifiquement le rôle d’OCHA.  Enfin, il a aussi salué les efforts visant à renforcer les capacités en matière de ressources humaines sur le terrain, au niveau des équipes de pays, afin d’accroître la crédibilité du système en mettant à la disposition d’OCHA un nombre suffisant de personnel qualifié.


Mme CATHERINE BRAGG (Canada) a rappelé que les efforts humanitaires devaient être rapides, efficaces et coordonnés.  Les ravages des tsunamis et la crise au Darfour ont révélé que si la structure du système humanitaire actuel était solide, la capacité d’action des institutions humanitaires présentait des points faibles.  Le Canada souligne donc la nécessité d’améliorer la capacité d’intervention du système humanitaire face aux grandes crises tout en améliorant la capacité d’intervention prévisible dans des domaines essentiels, notamment en adoptant des arrangements relatifs aux forces en attente des Nations Unies plus fermes.  Il faut également améliorer les mécanismes de coordination actuels du Bureau de la coordination des affaires humanitaires pour l’utilisation de moyens militaires pour les catastrophes naturelles.  La demande doit cependant être dictée par la demande et non par l’offre, mais ce sont les Nations Unies qui doivent prendre en charge la coordination.  Par ailleurs, l’une des grandes priorités est d’investir pour conserver et renouveler un personnel humanitaire de qualité, tout en renforçant les capacités locales.  Le Canada appuie donc le renforcement de la capacité et de l’autorité des coordonnateurs humanitaires et des coordonnateurs résidents.


Mme Bragg a ensuite indiqué que le Canada regrettait que de nombreuses équipes de pays soient incapables de déterminer les failles qui empêchent d’assurer la protection des civils, notamment lorsqu’il s’agit d’aider les personnes déplacées dans leur propre pays.  Le Canada souhaite également un financement humanitaire plus prévisible, souple, rapide et équitable, et il appelle à l’élargissement du cercle des bailleurs de fonds et à la recherche de mécanismes de financement novateurs.  Mme Bragg a apporté son soutien à l’amélioration du Fonds central autorenouvelable d’urgence.  Elle a poursuivi en indiquant que la situation au Darfour avait montré les limites de l’action humanitaire.  Rien ne remplace l’obligation pour les États d’honorer les engagements que leur impose le droit international humanitaire et lorsqu’ils ne veulent pas le faire, la communauté internationale doit s’engager sous la direction du Conseil de sécurité pour s’attaquer aux causes de la crise, a-t-elle conclu.


M. HYUN CHO (République de Corée) a affirmé que la nécessité la plus urgente résidait dans la coordination des organes de secours avec les niveaux locaux et nationaux de l’administration des pays concernés.  Des institutions nationales et locales fortes sont les éléments essentiels d’une mobilisation efficace des ressources, a-t-il ajouté.  De même, il a été démontré que des moyens efficaces d’améliorer la coordination passaient par le renforcement de partenariats clefs, ainsi que par la clarification de responsabilités entre différents acteurs nationaux et internationaux impliqués dans des opérations humanitaires.  À cet égard, la République de Corée a organisé un Forum de partenariat d’assistance des secteurs privés et publics qui a plaidé en faveur d’une plus grande assistance et coordination des activités de secours de la société civile, des milieux d’affaires et du gouvernement.


Le représentant a par ailleurs mis l’accent sur l’importance d’investir dans des mesures visant à faire face aux catastrophes à travers l’éducation et la planification de la prévention.  Les efforts de préparation des catastrophes doivent être accompagnés par des consultations avec les populations locales elles-mêmes, a-t-il souligné.  Il a en outre évoqué le défi face à l’ampleur des sommes versées après le tsunami.  La République de Corée est en faveur de la création d’un système transparent de suivi des fonds humanitaires qui intégrerait le secteur privé, les organisations internationales et les gouvernements qui contribuent aux secours et à la reconstruction, a-t-il déclaré.


Mme MIRIAM K. HUGHES (États-Unis) a souligné, dans les termes les plus forts, l’importance du respect des principes humanitaires et de la nécessité d’assurer aux acteurs humanitaires un accès sûr et sans entrave aux populations vulnérables.  Elle a reconnu le besoin d’un financement souple et en temps voulu pour la réponse humanitaire afin de garantir que l’aide soit fournie aussi rapidement que possible.  Concernant les personnes déplacées, elle a estimé que beaucoup restait à faire pour renforcer les actions dans ce domaine.  De plus, elle a souhaité un soutien opérationnel plus important pour le HCR afin qu’il contribue de manière encore plus efficace à la protection des populations à risque.  Elle a indiqué que les récentes crises avaient montré la nécessité de lignes claires en matière d’autorité, de responsabilité et de contrôle entre les institutions des Nations Unies.  Le Coordonnateur des secours d’urgence doit utiliser son autorité de manière plus forte et accepter de désigner une agence opérationnelle qui servira de tête de file lorsque cela est approprié, a-t-elle expliqué. 


Rappelant que son pays représentait le plus important donateur de ressources humanitaires et que le Président américain avait annoncé des ressources supplémentaires de 674 millions de dollars pour répondre aux situations d’urgence en Afrique, elle a appelé tous les pays à continuer de remplir leurs engagements sur ce continent, attirant une attention particulière sur la crise alimentaire croissante dans le sud.  Se félicitant de la réponse et du potentiel dont a fait preuve la communauté internationale pour coordonner l’aide humanitaire à la suite du tsunami en décembre dernier, elle a toutefois demandé à l’ONU de mieux identifier les besoins essentiels dans toutes les régions du monde.  Par ailleurs, elle a lancé un appel pour que tous les pays s’attachent à aider la mise en œuvre des décisions issues de la Conférence de Kobé, y compris l’élaboration d’un Système d’alerte global pour les tsunamis. 


Mme SUSAN ECKEY (Norvège) a insisté sur la notion d’« espace humanitaire » dans les missions intégrées puis sur l’élargissement du Fonds central autorenouvelable d’urgence.  La Norvège finance une étude indépendante pour définir des consignes plus claires en matière de coordination et de coopération entre la composante civile et la composante militaire.  Cependant, les réticences sont encore fortes vis-à-vis des missions intégrées en raison des préoccupations liées à « l’espace humanitaire » et à la peur que l’intégration soit synonyme de subordination.  Or, le rôle de la structure de coordination humanitaire en relation avec la mission est fondamental.  Par ailleurs, si une forte intégration peut renforcer la cohésion à l’intérieur du système des Nations Unies, elle peut aussi saper la position de l’Organisation en matière de coordination humanitaire, comme cela s’est passé au Libéria.  De plus en plus de personnes pensent que le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) devrait être localisé en dehors de la structure de la mission en cas de fortes tensions, a poursuivi Mme Eckey.  Elle a ensuite convenu que chaque mission était différente et que leur planification devait donc être flexible.  Le succès dépend de la complémentarité entre les différents acteurs d’une opération de l’ONU et les acteurs externes, et cette complémentarité doit donc être prévue dès la phase de planification et reflétée dans les mandats des missions.  Les questions de transition et de développement devraient notamment être incluses dès le début du processus de planification.


La représentante a ensuite souligné que le financement devait être mis à la disposition de toutes les composantes de la mission au même moment.  Enfin, elle a indiqué que la Norvège était prête à participer au financement d’un Fonds central autorenouvelable d’urgence.  Cependant, ce type d’action est insuffisant et il faut donc poursuivre les efforts en direction des donateurs.


M. ZHANG YISHAN (Chine) a rappelé qu’au cours des dernières années, un nombre croissant d’organisations et d’institutions était impliqué dans le travail d’urgence humanitaire dans différentes parties du monde, parmi lesquelles les Nations Unies et d’autres organisations internationales, régionales, de la société civile et militaire.  Le Bureau des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) devrait continuer de renforcer la coordination et la direction du travail de l’aide humanitaire d’urgence afin de donner tout leur rôle aux avantages comparatifs des différentes institutions humanitaires, de réaliser l’utilisation optimale des ressources disponibles et d’éviter d’éventuels chevauchements et des gaspillages.  En fournissant l’aide humanitaire, les Nations Unies et la communauté internationale devraient suivre strictement les principes fondamentaux d’humanité, de neutralité et d’impartialité énoncés par la résolution 46/182 de l’Assemblée générale et mener les opérations d’aide humanitaire sur la base de l’assentiment des pays touchés.


L’aide humanitaire d’urgence a besoin d’un appui financier important, a ajouté le représentant, qui s’est dit préoccupé par la baisse constante du montant des ressources recueillies par l’intermédiaire du Processus d’appel consolidé.  La Chine espère que l’OCHA renforcera ses activités de mobilisation de ressources et lance un appel aux pays développés d’accroître leurs contributions dans un esprit humanitaire afin de contribuer à alléger les souffrances des peuples touchés et à surmonter leurs difficultés et à reprendre le plus tôt possible une vie normale, a-t-il poursuivi.


M. JUAN MANUEL GOMEZ ROBLEDO (Mexique) a indiqué que la responsabilité principale de l’État d’initier et d’organiser l’assistance humanitaire impliquait le devoir de faciliter le travail des organisations humanitaires, dont la garantie d’accès aux zones sinistrés et aux groupes vulnérables.  Il a souligné l’importance de renforcer les capacités des Nations Unies dans la coordination des efforts pour assister les pays affectés.  Il a déclaré que, selon lui, une fois les voies pacifiques épuisées, par le biais du Conseil de sécurité, la communauté internationale devait pouvoir prendre toutes les mesures pour protéger les populations civiles.  S’agissant des catastrophes naturelles, il a rappelé que son pays avait été à plusieurs reprises victime de ces phénomènes et a souhaité que l’ONU donne une haute priorité à ceux-ci.  Il a déclaré qu’après la mise en place des activités de secours, il était essentiel de promouvoir la culture de prévention et le développement.  Le récent tsunami a montré l’importance du travail de coordination de l’assistance internationale, a-t-il poursuivi, en soulignant le rôle d’OCHA dans ce domaine.  Il a rappelé que le Mexique avait fourni 3 millions de dollars aux victimes du tsunami et s’était engagé à contribuer à la mise en œuvre des mesures adoptées par la Conférence de Kobé.  Par ailleurs, il s’est dit préoccupé par l’attention sélective accordée aux pays dans des situations de crise, demandant que l’allocation des ressources ne soit pas soumise à des considérations politiques, entre autres.  Toujours en matière de financement, il a souhaité l’élargissement du Fonds central autorenouvelable d’urgence ainsi qu’une coordination systématique avec les pays et organismes régionaux pour mieux gérer les ressources existantes.


L’Archevêque CELESTINO MIGLIORE, Observateur permanent du Saint-Siège, rendant hommage aux efforts déployés en réponse au tsunami survenu dans l’océan Indien, a souligné que d’importants fonds avaient été apportés par l’entremise du Saint-Siège.  Ils ont été utilisés autant pour remédier aux besoins les plus urgents que pour participer aux efforts de reconstruction et de réhabilitation.  Le Saint-Siège est convaincu que le soutien religieux et spirituel fait partie intégrante de toute guérison humaine, même si cette dimension est trop souvent négligée.  Nous nous engageons à toujours respecter les différences religieuses et culturelles, a-t-il précisé, ajoutant que la coopération interreligieuse, ainsi que la coopération avec les non-croyants, continuerait à constituer un élément important du travail de l’Église. 


Mgr Migliore a ensuite estimé que la première leçon à tirer du tsunami était la profonde solidarité exprimée spontanément par les peuples du monde.  Face à l’afflux de sommes d’argent considérables, nous devons éviter la création d’une bureaucratie qui prenne en charge l’urgence, afin d’être assurés que la grande majorité de l’aide arrive à destination.  La coopération internationale doit être accrue, tout comme les initiatives visant à améliorer la capacité d’alerte rapide.  Cette tragédie a finalement constitué une opportunité sans précédent pour la reconstruction et le développement au profit des peuples touchés, a-t-il conclu.


M. IBRAHIM OSMAN, représentant de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a affirmé qu’une meilleure préparation aux catastrophes naturelles au niveau local et de la communauté est tout simplement la contribution la plus importante que les gouvernements et la communauté internationale peuvent apporter à la sécurité des nations et de leurs peuples.  Le représentant a souligné qu’au Sri Lanka, se fait ressentir le besoin de disposer davantage de volontaires bien formés, aptes à intervenir au niveau de la communauté, si le pays veut résister à de telles calamités à l’avenir.  La Fédération a, à de nombreuses reprises, évoqué l’importance capitale de la planification au niveau des communautés, a-t-il déclaré.  Cette question a été soulignée après le tremblement de terre de Bam, en Iran, à la fin de l’année 2003, lorsqu’il s’est avéré que la charge principale de l’assistance a été effectuée par le Croissant-Rouge iranien, a-t-il précisé.


Le représentant a également affirmé que la Fédération était profondément engagée avec le coordonnateur des secours d’urgence et le personnel d’OCHA et d’autres institutions des Nations Unies pour trouver ensemble des manières d’être plus efficaces.  Nous recherchons les voies pour renforcer ces relations par le biais de discussions des différentes propositions de réforme examinées dans le cadre des Nations Unies, a-t-il poursuivi.  Le représentant a par ailleurs appelé les institutions des Nations Unies au niveau des pays à inclure également la Croix-Rouge ou le Croissant-Rouge dans leurs mécanismes de coordination des catastrophes.


M. REMIGIO MARTIN MARADONA, représentant de l’Institution intergouvernementale pour l’utilisation de la microalgue spiruline contre la malnutrition, a expliqué que cette organisation, basée à Rome et qui compte certains membres de l’ECOSOC, travaille sans relâche pour la réalisation des OMD en se concentrant particulièrement sur l’élimination de la faim, notamment par l’utilisation de la microalgue spiruline pour atténuer la faim.  Cette algue a 250 fois plus de protéine que la viande, a-t-il ajouté, ainsi que 15 vitamines, minéraux et oligo-éléments.  Il a indiqué que cette algue permettrait de sauver la vie de 40 000 enfants qui meurent chaque jour.  De plus, cette algue serait un complément précieux pour fortifier les rations alimentaires de secours, a-t-il avancé.  Il a estimé qu’elle pourrait aussi aider les capacités des Nations Unies dans sa réponse aux crises alimentaires.  À cet égard, il a demandé le soutien de la communauté internationale pour promouvoir la connaissance de cette algue et son utilisation pour éradiquer la faim.


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