18/04/2005
Communiqué de presse
ECOSOC/6149


Conseil économique et social                               

Réunion spéciale de haut niveau avec                       

les institutions de Bretton Woods,

l’OMC et la CNUCED

5e & 6e séances – matin & après-midi


KOFI ANNAN SOULIGNE L’URGENCE D’AGIR EN MATIÈRE DE FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT À QUELQUES MOIS DU SOMMET D’ÉVALUATION DES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE


Soixante-dix responsables nationaux et internationaux

desfinances et du développement réunis au Conseil économique et social


Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, a exhorté ce matin les acteurs du développement respecter leurs engagements et à définir des plans et stratégies en matière de lutte contre la pauvreté, le terrorisme, les armes et les maladies contagieuses en gardant à l’esprit la date butoir que constitue en septembre 2005 le Sommet d’évaluation de la mise en œuvre de la Déclaration du Millénaire et de ses objectifs (OMD).  


Intervenant dans le cadre de la Réunion spéciale de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC), en  présence des institutions de Bretton Woods, de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Secrétaire général a rappelé que les rapports du Projet du Millénaire et du Groupe d’experts de haut niveau ainsi que son récent rapport intitulé « Dans une liberté plus grande: développement, sécurité et respect des droits de l’homme pour tous », s’accordaient sur le fait que le temps de décisions cruciales était arrivé. 


À l’instar du Président de l’ECOSOC, M. Munir Akram du Pakistan, le Secrétaire général a estimé que les prochains mois -avec la tenue en juin prochain du Dialogue de haut niveau de l'Assemblée générale sur le financement du développement, suivi du Segment du haut niveau de l’ECOSOC et du Sommet du G8 en juillet, puis des réunions d’automne de la Banque mondiale et du FMI et enfin de la Réunion ministérielle de l’OMC en décembre- nous offraient une occasion unique d’obtenir de réels changements dans le système international.  Des changements, a-t-il insisté, qui nous permettront de réaliser un monde plus libre, plus équitable et plus sûr.   


Parmi les intervenants figuraient notamment MM. Trevor Manuel, Ministre des finances de l’Afrique du Sud, et Augustin Carstens, représentant du Président du Comité monétaire et financier international du Fonds monétaire international (FMI), qui réaffirmaient les déclarations qu’ils ont faites hier à Washington à l’occasion de la clôture de la Réunion de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.


La présentation des résultats de six tables rondes tenues tout au long de la journéesur des thèmes liés au financement du développement a été l’occasion de constater que si tous les participants reconnaissaient la nécessité d’augmenter le volume de l’aide publique au développement (APD) et/ou de trouver de nouvelles sources de financement, aucun consensus n’a été obtenu sur les moyens d’y parvenir. 


Néanmoins, plusieurs délégations ont fait observer qu’en l’absence d’un environnement propice aux investissements et d’une politique de développement dynamique, l’aide au développement risque de ne plus répondre à son objectif initial.


De son côté, la Présidente du Conseil du commerce et du développement de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Mme Mary Whelan, a souligné l’importance du commerce pour la réduction de la pauvreté et a insisté sur celle de la coopération Sud-Sud, notant que 40% des exportations des pays en développement allaient vers d’autres pays en développement. Elle a estimé que les pays en développement pourraient gagner 300 milliards de dollars par an par la libéralisation des biens et des services et la mise en place de règles équitables, en regrettant que la part des pays africains dans les exportations mondiales soit tombée de 6,3 à 2,5% entre 1980 et aujourd’hui.


RÉUNION SPÉCIALE DE HAUT NIVEAU AVEC LES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS, L’ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE (OMC) ET LA CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES SUR LE COMMERCE ET LE DÉVELOPPEMENT (CNUCED)


Dans une déclaration liminaire, le Président du Conseil économique et social (ECOSOC), M. MUNIR AKRAM (Pakistan), a déclaré que l’année 2005 était pleine de promesses en matière de développement.  Le rapport du Projet du Millénaire, a-t-il fait remarquer, trace les grandes lignes de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et délivre un message d’espoir, en montrant que l’élimination de la faim et de la pauvreté était un objectif réalisable.  Il s’est félicité du caractère interinstitutionnel de cette table ronde, en considérant que la participation de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) et celle de représentants de haut niveau témoigne de l’importance que les États Membres et les institutions financières accordent à ces débats sur le financement du développement.  Il a situé l’importance de la contribution potentielle de ces débats dans le contexte du dialogue de haut niveau de l’Assemblée générale sur le financement du développement, en juin prochain, et du segment de haut niveau de l’ECOSOC en juillet.  C’est pour cela, a-t-il ajouté, que nous avons choisi le thème de la  cohésion, de la coordination et de la coopération dans le cadre de la mise en oeuvre du Consensus de Monterrey de 2002 sur le financement du développement.   


Insistant sur l’importance des questions de l’aide, de la dette, du commerce et du développement, M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a déclaré que les conférences internationales, notamment depuis celle de Monterrey, avaient été l’occasion pour la communauté internationale de dégager une vision commune autour de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Avec la tenue en juin prochain du Dialogue de haut niveau de l'Assemblée générale sur le financement du développement, suivi du Segment du haut niveau de l’ECOSOC et du Sommet du G8 en juillet, puis des réunions d’automne de la Banque mondiale et du FMI et enfin de la Réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce en décembre, a-t-il estimé, les mois qui viennent nous offrent une occasion unique d’obtenir de réels changements dans le système international.  Des changements, a-t-il ajouté, qui peuvent nous permettre de parvenir à un monde plus libre, plus équitable et plus sûr pour toutes les populations.  Il a souligné l’importance d’aborder ces réunions en gardant à l’esprit la tenue en septembre du Sommet des Nations Unies pour l’évaluation de la mise en œuvre des OMD. 


S’agissant tout particulièrement du développement, M. Annan a invité les pays développés comme ceux en développement à s’acquitter de leurs responsabilités respectives.  S’il a exhorté les pays en développement à atteindre des standards en matière de transparence et de stratégies nationales responsables dans le souci de mobiliser des ressources nationales aux fins de la lutte contre la pauvreté, il a demandé aux pays développés de respecter leur engagement d’accorder 0,7% de leur PNB à l’aide au développement.  Il a souligné l’importance de concrétiser l’année prochaine les engagements de Doha en matière de développement et d’accès aux marchés, en soulignant que la première étape cruciale consistait à ouvrir les marchés des pays développés aux produits des pays les moins avancés (PMA).  Il a particulièrement insisté sur la nécessité de prendre des engagements répondant aux besoins spécifiques de l’Afrique et de lancer des initiatives politiques et techniques pour réduire les conséquences des changements climatiques.  Je suis convaincu que nos chances d’aboutir à la réalisation de nos engagements seront d’autant grandes que nous saurons replacer ces derniers dans le contexte du Sommet de septembre, a déclaré M. Annan. 


Comme je l’ai écrit dans mon récent rapport, a insisté le Secrétaire général, il n’y aura pas de sécurité sans développement, ni de développement sans sécurité, et il n’y aura ni sécurité, ni développement sans le respect des droits de l’homme et la primauté du droit.  Il a formé le vœu que les États Membres seront galvanisés par l’urgence d’agir contre la pauvreté, la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes et des maladies contagieuses, en insistant sur l’opportunité unique que constitue 2005.  Il a rappelé que les rapports du Projet du Millénaire et du Groupe d’experts de haut niveau ainsi que son récent rapport « Dans une liberté plus grande : développement, sécurité et respect des droits de l’homme pour tous », s’accordaient sur le fait que le temps de décisions cruciales était arrivé.  À cet égard, il a estimé que le Sommet de septembre pour l’évaluation de la réalisation des OMD constituerait le moment idéal pour la prise de ces décisions.  Un Sommet qu’il a défini comme une occasion unique offerte aux dirigeants mondiaux pour mettre en commun leurs contributions respectives et traduire ces dernières par des décisions communes.  En conclusion, il a exhorté tous les acteurs du développement à définir leurs plans et stratégies en gardant à l’esprit la date butoir que constituera ce Sommet de septembre. 


M. TREVOR MANUEL, Ministre des finances d’Afrique du Sud et Président en exercice du Comité pour le développement, a rappelé que lorsque les États Membres avaient défini les Objectifs du Millénaire pour le développement, ils avaient tous reconnu le défi considérable qu’ils représentaient pour la communauté mondiale.  Hier, le Comité pour le développement a examiné à l’occasion de la réunion annuelle des institutions de Bretton Woods à Washington, l’état d’avancement des OMD. Nous avons estimé que des progrès ont été accomplis notamment par les pays en développement en matière de réforme et des avancées sont notables en matière de réduction de la pauvreté.  Mais la majeure partie des OMD ne sera pas atteinte par la plupart des pays, particulièrement en Afrique subsaharienne, a-t-il fait observer.  La plupart de ces objectifs ne sera pas atteinte avant 2161 si des interventions accrues ne sont pas décidées, en particulier le renforcement de l’aide publique au développement.


Le Comité a exprimé ses préoccupations, estimant qu’une croissance soutenable doit être instaurée, accompagnée de la lutte contre la corruption et de l’amélioration du climat des relations commerciales afin de permettre au secteur privé d’intervenir dans l’économie des pays en développement.


Nous nous sommes tout de même félicités des progrès accomplis par certains pays en développement, mais il reste encore beaucoup à faire en matière d’éducation et de santé pour tous et de parité entre les sexes. Nous avons aussi reconnu l’importance des efforts fournis par les pays en développement et souligné l’importance des résultats ambitieux du Programme de Doha.


Le financement de l’ordre du jour concernant les Objectifs du Millénaire pour le développement ne peut se faire qu’avec une augmentation marquée de l’aide internationale, a rappelé M. Manuel, précisant qu’à cet égard, le Comité pour le développement avait exhorté tous les bailleurs de fonds à honorer leurs engagements et s’était félicité des propositions récentes visant à alléger la dette. 


Nous encourageons les signataires de la Déclaration de Paris de prendre de fermes engagements.  Nous demandons d’instaurer des objectifs pour chaque indicateur d’ici à 2010.  Des actions collectives doivent maintenant être mises en place pour traduire ces engagements en actions concrètes au niveau national et nous avons demandé à la Banque mondiale et au FMI de montrer l’exemple, en appliquant et en renforçant le programme de la Déclaration de Paris.  Des progrès ne peuvent être accomplis que par le biais d’un large consensus sur le plan politique.  M. Manuel a tenu enfin à féliciter M. James Wolfensohn d’avoir présidé avec talent la Banque mondiale.  Il a également souhaité à son successeur, M. Paul Wolfowitz, de s’acquitter avec succès de la tâche difficile qui l’attend.


Mme MARY WHELAN, Présidente du Conseil du commerce et du développement de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a souligné l’importance du rôle du commerce pour la réduction de la pauvreté et celle de la coopération Sud-Sud. Elle a défini la CNUCED comme la maximisation de la contribution du commerce au développement et a insisté sur la référence que constitue le Consensus de Sao Paulo 2004 traitant des stratégies de développement dans le monde en développement.  Citant des estimations de la CNUCED, elle a déclaré que les pays en développement pourraient gagner 300 milliards de dollars par an par la libéralisation des biens et des services et la mise en place de règles plus équitables.  Notant que la grande partie des progrès et gains des pays en développement étaient concentrés en Asie de l’Est et du Sud et dans certaines parties de l’Amérique centrale et du sud, elle a souhaité des mesures pour éviter que les pays les moins avancés (PMA) ne soient encore plus marginalisés.  Elle a regretté que les problèmes de la dette des pays africains dont l’économie dépend essentiellement de quelques produits de base n’aient pas été assez examinés, notamment en ce qui concerne la fluctuation du prix de ces produits.  Elle a insisté sur l’importance de mesures commerciales examinées conjointement avec les objectifs de lutte contre la pauvreté. 


S’agissant des négociations commerciales en cours à Genève, elle s’est déclarée convaincue qu’il existe une volonté politique qui permettra de concrétiser les promesses de Doha de 2001.  Elle a exhorté les pays développés à aider les pays en développement à mettre en place les infrastructures, les ressources humaines et les cadres propices à l’entreprenariat et à la bonne gouvernance indispensables à la réalisation des objectifs de développement.  Faisant remarquer que le nombre de pauvres des PMA, qui représentent moins d’1% du commerce mondial, pourrait passer de 334 à 475 millions d’ici à 2015, elle a souligné l’importance de traduire les progrès commerciaux par des succès en matière de lutte contre la pauvreté. Car, a-t-elle prévenu, il ne suffit pas seulement d’augmenter les exportations mais de créer un lien entre croissance des exportations et les autres domaines de l’économie.  Elle a insisté sur l’importance de la coopération Sud-Sud en précisant que 40% des exportations par les pays en développement allaient vers d’autres pays en développement, et le volume des exportations entre pays du Sud augmente annuellement de 15%.  Elle a indiqué que le commerce des pays en développement augmentait plus que dans les pays développés, en notant que deux tiers de cette croissance prenait place en Asie alors que la part des pays africains dans les exportations mondiales est passée de 6,3 à 2,5% entre 1980 et aujourd’hui. 


M. AUGUSTIN CARSTENS, représentant du Président du Comité monétaire et financier international du FMI, a présenté les résultats des travaux du Comité tenus à Washington le 16 avril dernier.


Le Comité s’est tout d’abord félicité du maintien de la croissance mondiale à un niveau élevé.  La croissance mondiale devrait rester robuste en 2005 mais l’instabilité des marches pétroliers et la volatilité des cours exigent que l’on reste extrêmement vigilant, a-t-il estimé.  Tous les pays ont une responsabilité et un rôle à jouer.  Par exemple, une consolidation fiscale pour augmenter l’épargne aux Etats-Unis et une plus grande souplesse des taux de change sont nécessaires.  Il faudrait également procéder à des réformes structurelles plus poussées afin d’augmenter la croissance et la demande en Europe, et à des réformes plus profondes, comme une réforme fiscale au Japon.   Par ailleurs, afin de créer les meilleures conditions possibles sur les marchés pétroliers, le dialogue entre pays exportateurs et pays importateurs doit être favorisé et des efforts doivent être accomplis pour améliorer l’offre mondiale et la transparence des marchés, a préconisé M. Carstens.  La réduction de la pauvreté doit rester au sommet des priorités internationales.  Le Comité s’est félicité de l’augmentation de la croissance dans les pays en voie de développement, notamment en Afrique subsaharienne, mais il a noté avec préoccupation que la situation reste nettement en dessous des OMD.


L’un des défis est de mettre en place des réformes afin de favoriser les investissements du secteur privé.  La communauté internationale doit soutenir ces réformes en s’engageant à fournir une assistance financière et technique, et favoriser l’accès des pays en voie de développement aux marchés, a insisté M. Carstens.  Le Comité, a-t-il poursuivi, a également souligné que la libéralisation du commerce international était nécessaire pour stimuler la croissance économique et maintenir un développement économique soutenu. Il faut agir pour que les pays en développement et leurs partenaires réalisent les OMD.  Le Sommet des Nations Unies de septembre prochain sera, à ce titre, une étape importante pour évaluer les progrès réalisés et adopter des mesures concrètes pour l’avenir. 


Pour cela, le FMI a un rôle essentiel à jouer, notamment en réalisant des analyses plus approfondies de la situation internationale ainsi que des liens entre croissance et réduction de la pauvreté.  Le Comité a cependant noté les progrès effectués en matière d’allègement de la dette. Il a demandé instamment que tous les pays y participent car il est important de poursuivre ces efforts.  La fonction de prêt du FMI est essentielle et doit être maintenue. Son efficacité en matière de coopération doit être accrue.  Mais peut-être faudrait-il réfléchir et voir si de nouveaux instruments ou des révisions du système ne sont pas nécessaires.


Rapports des Présidents des tables rondes A à F


Mme CARIN JAMTIN, Ministre de la coopération pour le développement international de la Suède et coprésidente de la Table ronde A sur le thème « Politiques et Stratégies », a indiqué que les participants avaient souligné l’importance de l’amélioration de l’aide, à la fois en termes de qualité et de quantité.  Elle a notamment expliqué que les participants avaient abordé les questions d’allègement de la dette ou encore du risque de fuite des cerveaux, ce qui équivaut en fait à la fuite de l’aide.  De nombreux participants, a-t-elle ajouté, ont insisté sur le rôle de l’emploi pour réduire la pauvreté ainsi que du secteur privé pour évaluer son impact sur le marché du travail.  Il faut trouver une solution pour les centaines de millions de personnes sans emploi ou qui vivent avec moins d’un dollar par jour même lorsqu’ils ont un travail, a-t-elle soutenu.  Dans cette perspective, elle a déclaré que la discussion s’était centrée sur les lacunes en termes de capacités et de ressources.  Les participants à la table ronde ont notamment souligné le besoin de renforcer les capacités de manière plus efficace en période de changements politiques alors que les structures gouvernementales se mettent en place, plutôt que d’attendre que ces changements aient déjà lieu.  Dans le même ordre d’idées, la table ronde a souligné l’importance de la bonne gouvernance, condition préalable à l’appropriation au niveau des pays, une appropriation qui est elle-même nécessaire pour réduire la pauvreté.  Elle s’est aussi félicitée de la commission sur les droits de propriété qui est sur le point d’être établie.  La propriété, a-t-elle précisé, permet de démarginaliser les pauvres.  Mme Jamtin a aussi noté que de nombreux participants avaient souligné qu’il fallait de meilleures mesures pour les initiatives du secteur privé tout en s’attaquant à la corruption quel que soit le lieu où elle est constatée.  Enfin, elle a déclaré que les participants avaient insisté sur la nécessité de renouveler le processus de coopération développé à Monterrey, et avaient montré leur intérêt à participer aux manifestions prévues pour cette année à ce sujet, dont la Conférence de suivi de Monterrey, au mois de juin à New York.


Mme SÉRAPHINE WAKANA, Ministre de la planification, du développement et de la reconstruction du Burundi et Coprésidente de la Table ronde B, a indiqué que les intervenants avaient insisté sur la nécessité d’accélérer les préparatifs en vue du Sommet de septembre ainsi que sur la réalisation des objectifs de développement convenus.  Elle a précisé que chaque pays devait développer sa propre stratégie pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) répondant à ses exigences et besoins spécifiques.  Plusieurs intervenants ont souligné qu’il était à ce titre difficile pour les pays en développement d’élaborer une stratégie nationale tout en mettant au point une liste de priorités.  Par ailleurs, elle a expliqué que les participants avaient souhaité qu’il soit accordé plus d’importance à la création d’emplois productifs, notamment pour réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême d’ici à 2015.  Les politiques d’investissements doivent se concentrer sur les travailleurs indépendants ainsi que les micro, petites et moyennes entreprises, a-t-elle noté.  La table ronde a aussi permis de souligner la nécessité de renforcer, entre autres, le rôle de l’État en éliminant les réglementations excessives.  Plusieurs intervenants se sont dits préoccupés, a-t-elle poursuivi, par les transferts négatifs de ressources financières des pays développés vers les pays en développement et ont souhaité une meilleure coordination afin de renforcer les politiques macroéconomiques.  Par ailleurs, elle a noté que la réalisation des OMD exigeait des ressources financières supplémentaires et que l’objectif de consacrer 0,7% du PNB à l’aide publique au développement devait être atteint.  Rappelant que les sources novatrices de financement pouvaient être importantes pour la mobilisation financière, elle a mis l’accent sur une meilleure coordination entre les bailleurs de fonds pour renforcer les flux d’aide.  Enfin, elle a indiqué que la table ronde avait mis en lumière le lien entre les échanges commerciaux et le développement et que les participants avaient appuyé les engagements pris dans le cadre du Consensus de Monterrey en faveur d’un commerce équitable et non discriminatoire ainsi que la conclusion du Programme de Doha en faveur du développement.


M. FERNANDO CANALES CLARIOND, Ministre de l’économie et des finances du Mexique, présentant les conclusions de la Table ronde C, a indiqué que les discussions avaient surtout porté sur les grands défis auxquels nous étions confrontés en matière de flux de capitaux.  S’agissant des questions commerciales, les participants ont fait observer qu’il n’y avait pas de panacée universelle, chaque situation étant particulière.  Il est nécessaire, a-t-il dit, de créer des politiques visant à renforcer le commerce comme source de richesse et d’emploi. Il a prévenu des risques d’éliminer tous les droits de douane, en soulignant la nécessité de procéder à une libéralisation intelligente et en procédant à des suppressions de droits de douane selon les besoins.  Dans le cadre des négociations au siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a-t-il précisé, nous examinons les possibilités de réduire les droits de douane et l’élimination de subventions aux produits agricoles.  Il a soutenu l’importance de la promotion de l’offre d’exportations.  Il ne suffit pas, a-t-il insisté, de réduire les droits de douanes, si l’on n’est pas en mesure de renforcer les capacités de production des pays les plus pauvres.  Enfin, les discussions ont porté sur la nécessité d’améliorer le système bancaire et les institutions financières qu’elles soient de nature gouvernementale ou privée.


En ce qui concerne la promotion des investissements de capitaux, les intervenants ont mis l’accent sur les opportunités que constituent les marchés boursiers d’Afrique ainsi que les échanges commerciaux Sud-Sud.  Pour les flux privés, ils ont souligné l’importance des transferts de fonds de travailleurs migrants, notamment en ce qui concerne les fonds envoyés de pays très avancés comme le Japon, les Etats-Unis et le Canada.  En outre, ils ont jugé essentielle l’utilisation de ces ressources pour la mise en place d’entités et d’infrastructures productives, mise ne place qui a été présentée comme la condition préalable incontournable au développement.  En conclusion, ils ont insisté sur l’opportunité que représente la rencontre ministérielle de l’OMC à Hong Kong au mois de décembre prochain, et qui devrait être l’occasion d’accords de fond sur l’agenda du commerce pour le développement.  


Présentée par M. ECKHARD KARL DEUTSCHER (Allemagne), Directeur exécutif de la Banque mondiale, la Table ronde D s’est notamment concentrée sur les échanges commerciaux, investissements et flux privés et la question de l’efficacité des partenariats entre secteurs public et privé pour la création d’infrastructures dans les pays en développement.  Les participants ont insisté sur l’importance du traitement spécial mais différencié.  Pour ce qui est des investissements, a-t-il ajouté, nous nous sommes concentrés sur les efforts nationaux et internationaux visant à renforcer la stabilité des flux de capitaux vers les pays en développement et à maximiser leur contribution au développement.  Cette table ronde a été l’occasion de dire combien le renforcement des gouvernements et des institutions gouvernementales était essentiel pour limiter le risque des taux de change abrupts.  Les participants à cette table ronde se sont félicités du renforcement des emprunts en monnaie locale qui présente l’avantage  de limiter les risques de crise monétaire.  Pour ce qui est des partenariats entre le secteur public et le secteur privé, les intervenants ont souligné l’importance de promouvoir un cadre juridique et réglementaire propice aux entreprises et aux investissements, en insistant sur la primauté du droit, la transparence, une structure adéquate des taux d’intérêt.  Enfin, la table ronde a recommandé la nécessité d’une définition plus claire des partenariats entre le secteur public et le secteur privé et une clarification des objectifs qu’ils doivent atteindre et des problèmes qu’ils doivent résoudre. 


M. TOM SCHOLAR, Directeur exécutif du Fonds monétaire international (FMI) et coprésident de la Table ronde E, a également indiqué que les participants à la table ronde avaient lancé un appel fort pour que soit atteint l’objectif de consacrer 0,7% du PNB à l’APD.  Il a noté que plusieurs intervenants avaient demandé de garantir que, dans le contexte des flux existants, plus de ressources soient fournies sous forme de transferts de liquidités vers les pays, afin de financer des projets relatifs aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  La table ronde a aussi relevé l’importance de la prévisibilité du financement à long terme sur la base des Accords de Paris, la nécessité de continuer à rationaliser les conditionnalités et de mesurer les résultats de l’aide.  Il a par ailleurs expliqué que les participants avaient insisté sur l’importance de gérer les flux d’aide de manière à ce qu’ils ne remettent pas en question les investissements privés.  Les mécanismes novateurs de financement, a noté M. Scholar, ont été largement soutenus.  Les intervenants ont souligné la nécessité de distribuer l’argent par le biais des mécanismes déjà existants, sur le fait que ces mécanismes novateurs ne seraient qu’un complément des financements existants, et sur le besoin d’accélérer ce processus.  En ce qui concerne l’allègement de la dette, il a noté que celui-ci devait permettre de dégager des ressources supplémentaires, tout en insistant sur le rôle de la bonne gouvernance.  Il a expliqué que les intervenants avaient demandé un niveau adéquat de subventions pour compléter l’allègement de la dette et avaient insisté sur le fait que son annulation pure et simple ne suffirait pas pour financer le développement.  Enfin, M. Scholar a relevé le sentiment d’urgence qui s’est dégagé de cette table ronde ainsi que le scepticisme de certains intervenants face à la volonté de la communauté internationale de remplir les promesses qu’elle a faites en matière de développement.


M. YAHYA AL-YAHYA, Doyen du Conseil des administrateurs de la Banque mondiale et Coprésident de la Table ronde F, a expliqué que les questions qui ont dominé les discussions ont essentiellement porté sur les sources de financement innovantes, de la dette et de l’APD.  Il a noté que plusieurs intervenants avaient insisté sur l’ampleur du travail qui attendait la communauté internationale, notamment sur le besoin de développer des infrastructures, de mobiliser des ressources nationales ou encore d’offrir une aide durable pour les pays en développement.  Il a expliqué qu’une partie des intervenants avaient rappelé l’importance des échanges commerciaux et de l’accès aux marchés qui constituent une source de financement et avaient souligné les domaines où il était nécessaire de renforcer les capacités.  Il a noté que tous étaient d’accord pour augmenter les flux d’APD et pour dire que l’objectif de consacrer 0,7% du PNB à l’APD était raisonnable.  En ce qui concerne le financement du développement, il a remarqué que les intervenants ont souhaité que l’aide en cas de catastrophe naturelle vienne compléter l’aide traditionnelle.  De plus, la table ronde avait mis en lumière les questions d’efficacité de l’aide, ainsi que de son harmonisation et de la lenteur de celle-ci.  Les participants ont salué les progrès réalisés par la Déclaration de Paris et soutenu les mécanismes de cofinancement.  En conclusion, il a noté que tous les participants s’étaient entendus pour dire que le volume d’APD devait s’accroître mais qu’aucun consensus n’avait été obtenu quant à la manière de réaliser cette augmentation.


Déclarations des représentants de la société civile, du secteur privé

et des commissions régionales


Intervenant au nom de la société civile, Mme JO MARIE GRIENENBER, Présidente de l’Organisation New Rules for Global Finance Coalition, a souhaité la promotion d’un cadre de justice s’inspirant des principes énoncés par la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Le dialogue de haut niveau de l’Assemblée générale sur le financement du développement devrait insister sur les moyens de renforcer le processus de financement du développement.  Elle a déclaré que la société civile était d’abord préoccupée par l’insuffisance des flux d’aide, en faisant sien le sentiment d’urgence que l’on retrouve dans les rapports du Secrétaire général sur les questions liées au développement.  Elle s’est d’autant plus inquiétée de l’insuffisance de l’APD alors que des crédits ont été détournés du secteur social vers des dépenses militaires.  Quant à l’investissement étranger direct (IED), sa caractéristique est qu’il se concentre dans certains pays et qu’il est très volatile, donc difficilement prévisible.  Elle a souligné l’importance de stabiliser la volatilité de flux grâce à des politiques de contrôle et des lois anti-trust, doublées de lois de surveillance et de poursuite.  Elle a déclaré que les cadres de dettes durables élaborés par les institutions de Bretton Woods n’avaient pas réussi à intégrer la réalité de la pauvreté en estimant qu’il fallait soit parvenir à une annulation à 100% de la dette. Elle a regretté que le régime commercial de l’OMC ne soit pas examiné comme une source potentielle de contribution aux OMD.  C’est pourquoi, elle a demandé qu’une attention spéciale soit accordée aux produits de base, à la fluctuation de leur prix, en suggérant une aide aux pays dépendant d’un ou deux produits et qui doivent faire face à des chocs exogènes.  Enfin, elle a souhaité le renforcement du processus de consultations entre l’ECOSOC et les Institutions de Bretton Woods notamment en prévoyant une réunion annuelle de deux jours.


Intervenant au nom du secteur privé, Mme MARIA LIVANO CATAUI, Secrétaire générale de la Chambre de commerce internationale, s’est concentrée sur la formation de l’entreprenariat local et l’investissement.  Elle a insisté sur l’importance de la mobilisation locale en rappelant que le capital national représentait cinq fois l’investissement étranger.  Elle a jugé urgent la mise en place des nouvelles sources de financement, tout en reconnaissant qu’il faudrait beaucoup de temps pour s’accorder sur de nouvelles sources. Étant donné le caractère indispensable de nouvelles ressources, elle a attiré l’attention sur le risque de voir ces aides être bien insuffisantes tant que l’environnement national ne devienne pas propice aux investissements.  Elle a souligné la nécessité d’éliminer les obstacles inutiles en s’inquiétant particulièrement des freins que peut constituer un excès de réglementation publique qui risque de décourager les initiatives privées.  Nous devrons compter sur l’intégration du secteur privé, a-t-elle insisté,  si nous voulons gagner la bataille du financement du développement. 


Intervenant au nom des Commissions régionales, Mme BRIGITA SCHMOGNEROVE, Commission économique pour l’Europe, a souligné l’importance de la dimension régionale pour la réalisation des engagements pris à Monterrey.  Elle a souligné la nécessité de promouvoir la coordination entre les politiques de suivi et d’évaluation.  La promotion des échanges commerciaux et la coopération financière au niveau régional contribuent à réduire la vulnérabilité croissante des économies en transition face aux chocs externes.  Elle a souligné les faiblesses structurelles liées à la dépendance des exportations d’un  ou seulement deux produits de base.  La diversification des économies pour la stabilisation des économies et la lutte contre la pauvreté sont essentielles, a-t-elle dit. Le niveau régional est le plus adéquat pour parvenir à la mise en oeuvre des accords de libre échange, a-t-elle souligné, faisant remarquer que, dans certaines régions du monde, l’essentiel des investissements continue de se concentrer sur certains pays seulement, d’où la nécessité de promouvoir la coopération régionale aux fins d’un meilleur équilibre. 


Échange de vue entre les participants


M. DEIKA MORRISON, Ministre d’État, Ministre des finances et de la planification de la Jamaïque, s’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a défini les sujets clefs pour son Groupe sur la question des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a ainsi cité la démocratisation des organes de décision internationaux pour les questions économiques; l’examen intégré des questions commerciales, financières et de développement par les institutions internationales; la réforme de l’architecture financière internationale; et la création d’un mécanisme sérieux de surveillance.  De l’avis du représentant, il n’y a pas de modèle unique de développement et il faut laisser une marge de manœuvre aux pays en développement pour déterminer leurs propres options dans leur politique de développement.


Abordant le thème « ressources et dette », M. Morrison a considéré qu’une action dans le domaine des échanges commerciaux et des investissements était urgente.  Celle-ci doit passer, selon lui, par la création d’un système commercial multilatéral réglementaire pour la promotion du commerce mondial et l’éradication de la pauvreté, ainsi que par le développement de mécanismes qui encouragent l’investissement privé dans les pays en développement, sans pour autant imposer à ceux-ci des conditions ou un fardeau supplémentaires.  Le représentant a ensuite mis l’accent sur la priorité qui doit être donnée à l’objectif des OMD concernant l’aide publique au développement, qui devrait atteindre 0,7% du PNB pour chaque pays développé d’ici à 2015.  De l’avis de sa délégation, la recherche de ressources supplémentaires qui peuvent être générées par de nouvelles sources de financement est seulement un complément d’action par rapport à cette priorité.  Le représentant s’est déclaré impatient de voir des actions prises pour définir des solutions efficaces, équitables et durables en matière de développement.  Il a enfin souligné l’importance des liens entre la croissance et l’emploi.


M. JEAN-MARC HOSCHEIT (Luxembourg), s’exprimant au nom de l’Union européenne (UE), a rappelé que l’Union avait toujours œuvré avec énergie en faveur d’un renforcement de l’aide publique au développement, comme en témoigne l’accord dégagé récemment sur le renouvellement de la Convention ACP-UE.  Selon lui, les États européens sont en bonne voie pour atteindre l’objectif d’une aide publique européenne au développement de 0,39% d’ici à 2006.  Ils pourraient même le dépasser, atteignant 0,42% pendant la même période.  Dix États membres se sont déjà fixé des objectifs ambitieux dans le cadre d’un effort à plus long terme, a indiqué M. Hoscheit qui a rappelé que quatre des cinq pays consacrant 0,7% ou plus de leur PNB à l’aide publique au développement sont des pays de l’Union européenne.  M. Hoscheit a ajouté que l’Union européenne fournissait actuellement 55% de l’aide publique au développement dans le monde.  Dans la perspective du Sommet de 2005, l’Union européenne envisage de fixer de nouveaux objectifs appropriés en matière d’aide publique au développement pour 2009-2010.  Le 12 avril, la Commission européenne a soumis un ensemble de propositions ambitieuses, notamment de calendrier, fixant un objectif de 0,51% pour 2010, ce qui donne une moyenne européenne de 0,56%, afin d’atteindre 0,7% du PNB en 2015.  Mais M. Hoscheit a estimé qu’il fallait trouver de nouvelles sources de financement, en complément des montants prévus dans les budgets nationaux pour les dépenses de développement.  Il a annoncé que l’Union européenne étudiait actuellement des modes de financements nouveaux.  Qualité et efficacité de l’aide, a-t-il souligné, doivent aller de pair avec une augmentation quantitative de l’aide.  C’est pourquoi, l’Union européenne demande instamment aux institutions spécialisées des Nations Unies de s’associer aux fonds et aux programmes ainsi qu’aux institutions financières internationales pour renforcer leur participation à la mise en œuvre du programme international d’harmonisation qui s’est développé au fil des années à partir du Programme de Rome.


Selon M. Hoscheit, si l’on veut atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, la cohérence des politiques en faveur du développement doit être renforcée, en recourant plus largement et de manière plus systématique aux mécanismes de consultation existants, à l’analyse d’impact et aux procédures permettant d’évaluer l’incidence de toutes les politiques pertinentes sur les pays en développement.  Le représentant s’est dit conscient de l’importance des efforts requis dans les domaines du commerce et de l’allègement de la dette, mais il a également rappelé que l’Union européenne restait attachée à un système d’échanges universel, ouvert, équitable, non discriminatoire, ainsi qu’à la réussite des négociations du cycle de Doha.  La réunion ministérielle de l’OMC de décembre qui se tiendra à Hong Kong sera une occasion importante d’aller de l’avant.  La Commission européenne affecte près de 700 millions d’euros à l’assistance technique liée au commerce, ce qui la place au premier rang des donateurs en matière d’aide liée au commerce.  Cette aide ne peut néanmoins porter ses fruits que si les pays en développement eux-mêmes intègrent le commerce dans leurs propres stratégies de développement.  L’UE préconise donc une intervention massive du secteur privé, moteur de croissance et de développement.  Associer secteurs public et privé au processus de développement renforcera le sens de la participation et la prise en main de leur développement par les pays concernés, s’est déclaré convaincu M. Hoscheit, qui a fait part de la profonde préoccupation de l’Union européenne face à la situation de l’Afrique subsaharienne et à l’absence de progrès dans la réalisation des Objectifs du Millénaire.  L’Union européenne examine les mesures qu’elle pourrait prendre pour faire avancer le processus de développement.  Enfin, M. Hoscheit a encouragé les efforts visant à améliorer la qualité de la gouvernance, y compris en renforçant l’obligation de rendre compte, la transparence et la lutte contre la corruption dans un secteur public renforcé.  Il a rappelé le soutien apporté par l’Union européenne à l’Afrique qui s’élève à 11,5 milliards d’euros.


M. SICHAN SIV (États-Unis) a rappelé que les pays en développement étaient les premiers responsables de leur développement.  Il a indiqué que l’APD versée par les Etats-Unis en 2001 avait atteint plus de 19 milliards de dollars, représentant ainsi près du quart de l’ensemble de l’APD des pays développés.  Nous avons veillé, a-t-il précisé, à ce que ces fonds soient acheminés vers ceux qui en avaient besoin  et dans des pays qui étaient en mesure de démontrer son utilisation efficace.  Dans le cadre de la coopération internationale, les États-Unis et Madagascar ont signé un accord de coopération d’un montant de 110 millions de dollars sur quatre ans pour faciliter l’accès à la propriété foncière et au crédit.  Il a indiqué qu’en 2003, l’Afrique avait bénéficié de 8% du PNB des Etats-Unis en aide au développement, chiffre bien inférieur au 1% pour la Chine et l’Inde.  C’est quatre fois le niveau du plan Marshall en faveur de l’Europe après la Deuxième guerre mondiale, alors que ce dernier n’avait duré que quelques années, à un moment où il existait peu d’échanges commerciaux et internationaux.

Il a rappelé que l’APD représentait 68 milliards de dollars à l’appui de l’aide au développement.  Il a insisté sur la nécessité d’augmenter la mobilisation de ressources au niveau national.  Même si l’APD est essentielle, a-t-il reconnu, c’est la croissance économique et les stratégies de réduction de la pauvreté initiées par les pays eux-mêmes qui feront la différence.  Aussi, a-t-il appelé les pays concernés à créer un climat propice aux échanges, à l’entreprenariat et au développement. 


M. LEROY (France) a déclaré que l’aide ne devrait pas se substituer à la libéralisation, mais plutôt la renforcer.  Il s’est dit favorable à la recherche de nouvelles sources de financement du développement.  Il a indiqué que son pays s’était associé à la décision prise hier dans le cadre de la réunion de printemps de la Banque mondiale et du FMI pour poursuivre l’examen de l’opportunité que constituent les politiques de taxation au niveau mondial.  La France, le Brésil, le Chili, l’Espagne et l’Allemagne travaillent actuellement de concert autour de ce thème de la coopération aux fins d’une politique en matière de taxes ou contributions internationales


M. OUSSOU EDOUARD AHO-GLELE (Bénin) dont le pays assure la présidence du Groupe des pays les moins avancés (PMA), a regretté que l’on mentionne l’objectif de 0,7% sans préciser qu’il contient pour les pays développés un engagement d’accorder 0,15 à 0,2% de leur PNB, tout particulièrement aux PMA.  Il a déclaré que l’aide internationale n’était pas une option, mais une condition incontournable pour assister les pays les plus démunis dont les PMA à mettre en place les infrastructures et les capacités qui leur permettront d’être compétitifs et de faire face à leur responsabilité.  Il a qualifié d’erreur capitale de considérer les ressources envoyées au pays par des travailleurs migrants comme des moyens potentiels en faveur du financement du développement.  Il a estimé que cet argent pouvait être considéré au mieux comme un apport social, mais non comme un flux potentiel de financement du développement.   


S’associant à la déclaration des Etats-Unis, Mme VIOTTI (Brésil) a souligné la nécessité d’aider les pays à dépasser leur dépendance à l’aide.  Elle a souhaité que l’on avance sur l’importance de trouver des sources innovantes pour atteindre les OMD.  Il faut développer des mécanismes à court terme et à long terme, a-t-elle insisté.  Plutôt que des mécanismes d’imposition internationale, elle s’est prononcée en faveur d’une imposition nationale coordonnée au niveau international


M. BULUS PAUL ZOM LOLO (Nigéria) a souligné la nécessité d’augmenter le volume d’APD qui représente le seul et unique moyen pour les pays en développement d’initier des stratégies ambitieuses pour la promotion du développement et la réduction de la pauvreté.  Il a particulièrement insisté sur le poids de la dette qui affecte sérieusement l’économie des pays africains, préconisant de substituer la dette à des initiatives en matière de développement durable.  Il a invité les pays développés à respecter leurs engagements en indiquant que les mesures prises en faveur de la réduction de la dette de l’Iraq montrait qu’il y a toujours un moyen de régler les problèmes de la dette quand il y a une volonté politique.  S’agissant de la mobilisation des ressources nationales, il a souhaité que l’on avance sur le projet de Convention des Nations Unies contre la corruption et que les choses puissent évoluer compte tenu des problèmes liés au maintien du secret bancaire dans certains pays développés.  Il faut donner la priorité à l’amélioration de la vie et de la liberté des populations, a-t-il conclu.


À son tour, M. ALI HACHANI (Tunisie) a souligné l’importance d’inclure dans les discussions les nouveaux mécanismes qui font appel au volontariat et à la solidarité internationale.  Il a défini le Fonds mondial de solidarité comme un nouvel instrument de lutte contre la pauvreté dans les régions les moins nanties.  Il a souhaité que le processus actuel d’examen de la réalisation des OMD prenne en compte l’option que constitue le Fonds mondial pour la solidarité. 


M. VILORIA (Venezuela) a estimé que la bonne gouvernance reposait avant tout sur la participation de la population aux prises de décisions au niveau national.  Il s’est félicité par ailleurs de l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à la méthodologie du Venezuela en matière de lutte contre la pauvreté.  Au niveau international, le représentant a souhaité que soit renforcée

la participation des pays en développement aux organes décisionnaires des institutions financières internationales.  Enfin, la délégation s'est prononcée en faveur de la taxation des flux financiers d’origine spéculative.


M. COUTO (Mozambique) a rappelé que les pays en développement ne faisaient pas la demande d'une aide internationale simplement pour la demander, mais parce qu'elle leur était indispensable pour s’en sortir.  Le représentant a aussi souligné la nécessité de modifier les infrastructures de base qui permettront à ces pays de bénéficier d'un meilleur accès aux marchés mondiaux.  Il nous faut une capacité humaine qui ne peut être créée que par le biais de l’aide internationale, a poursuivi le représentant.  Citant le problème de l’alphabétisation et de la pénurie de main d’oeuvre qualifiée à tous les niveaux, il a cependant reconnu que l’hésitation du secteur privé à investir était compréhensible.  Comment, s’est–il interrogé, certains peuvent trouver au niveau national les moyens de se développer lorsqu’une partie de sa population n’a pas accès au minimum d’alimentation et de calories nécessaire à la conduite d’une activité physique de subsistance.  La délégation a ensuite insisté sur l'importance de mener au niveau national la lutte contre la corruption, d'assurer la transparence et d'établir une bonne gouvernance.  Appelant à réorienter la gouvernance mondiale vers le développement, M. Couto a rappelé le consensus qui s'était fait autour de la contribution des échanges commerciaux à la croissance, à la promotion de l’emploi et à la lutte contre la pauvreté.  En conclusion, la délégation a attiré l'attention sur le caractère essentiel de trois éléments: tout d’abord la poursuite de la coopération et de la coordination entre les Nations Unies, les institutions de Bretton Woods, la CNUCED et l’OMC; le strict respect des engagements pris par les pays; et la mise en place d’un environnement macroéconomique plus favorable permettant de faire face aux menaces et aux déséquilibres en vue de réaliser les OMD.


Liste des intervenants pour la journée


Les représentants des pays suivants se sont exprimés: la Jamaïque au nom du Groupe des 77 et de la Chine, Luxembourg au nom de l’Union européenne, Bénin au nom des PMA, Brésil, Nigéria, Etats-Unis, Mozambique, Tunisie et Venezuela.


Outre les personnalités citées, ont également pris la parole Mmes Brigita Schmognerova, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Europe; Jo Marie Griesgraber, Présidente de la News Rules for Global Finance Coalition qui représentait la société civile et Maria Livanos Cattaui, Secrétaire générale de la Chambre internationale de commerce. 


Sont intervenus dans la cadre de la présentation des conclusions des tables rondes : Carin Jamtin, Ministre de la coopération pour le développement international de la Suède; Séraphine Wakana, Ministre de la planification, du développement et de la reconstruction du Burundi; Fernando Canales Clarion, Ministre de l’économie du Mexique; Eckhard Karl Deutscher, Directeur exécutif de la Banque mondiale en Allemagne; Tom Scholar, Directeur exécutif du FMI/Banque mondiale au Royaume-Uni; et Yahya Al-Yahya, Doyen du Conseil des administrateurs de la Banque mondiale.


*   ***   *