19/12/2005
Conseil de sécurité
CS/8589

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5331e séance – matin


LES PROGRÈS HUMANITAIRES DOIVENT S’ACCOMPAGNER D’AVANCÉES POLITIQUES ET SÉCURITAIRES, DÉCLARE JAN EGELAND AU CONSEIL EN ÉVOQUANT LE DARFOUR, LE NORD DE L’OUGANDA ET LE ZIMBABWE


Nulle part ailleurs qu’en Afrique, les enjeux humanitaires ne sont plus importants, a prévenu aujourd’hui le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence qui a particulièrement attiré l’attention des membres du Conseil de sécurité sur les situations « extrêmement préoccupantes » au Darfour, dans le nord de l’Ouganda et au Zimbabwe.  Jan Egeland a appelé la communauté internationale à s’attaquer de manière plus ambitieuse aux causes profondes de ces crises qu’il s’agisse de la pauvreté, des conflits ou de la mauvaise gouvernance.  L’aide humanitaire ne peut servir de prétexte à une absence d’action, a-t-il prévenu, dans son dialogue avec les 15 membres du Conseil.  Il est essentiel que les progrès en matière d’assistance humanitaire soient accompagnés par des avancées proportionnelles dans le domaine politique et de la sécurité. 


Pour le Darfour, les prochaines semaines seront cruciales, a estimé Jan Egeland, en évoquant notamment les pourparlers de paix d’Abuja et les délibérations du Conseil de sécurité et de l’Union africaine sur les mesures à prendre à l’avenir.  Le Coordonnateur des secours d’urgence a plaidé pour une présence en matière de sécurité élargie et plus efficace, « le plus tôt possible et quel que soit le résultat des pourparlers d’Abuja ».


Comment un millier de combattants, aussi féroces soient-ils, peuvent provoquer des dégâts aussi tragiques? s’est ensuite interrogé le représentant de la France devant les sévices qu’infligent, depuis 20 ans, les membres de l’Armée de résistance du Seigneur aux populations du nord de l’Ouganda et plus récemment à celles du sud du Soudan et du nord-est de la République démocratique du Congo.  Sans pouvoir répondre à la question du représentant français, le Coordonnateur des secours d’urgence a fait plusieurs recommandations au Conseil.


Jan Egeland a, entre autres, suggéré à l’organe de l’ONU chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales une implication active dans la recherche d’une solution pacifique au conflit et la création d’un groupe d’experts chargé d’analyser les sources de financement de l’Armée de résistance du Seigneur (ARS) et de travailler avec les trois Gouvernements pour définir la manière de contribuer à réduire la menace que constitue l’ARS.  La Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) et la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) devront aussi, a ajouté Jan Egeland, indiquer dans leurs rapports comment elles peuvent assurer la sécurité du personnel humanitaire et permettre le retour des réfugiés et des déplacés internes.


Revenant d’une visite au Zimbabwe, le Coordonnateur des secours d’urgence a décrit une situation, par ailleurs régionale, rendue préoccupante par une insécurité alimentaire forte, la pandémie du VIH/sida et l’insuffisance des services sociaux de base.  S’agissant, en particulier, du Zimbabwe, « un pays qui peut se nourrir », Jan Egeland a déclaré: « nous ne pouvons plus, année après année, fournir une aide alimentaire à des millions de personnes sans que ce pays soit en mesure de faire les efforts nécessaires pour sortir de ce cercle vicieux du manque de main d’œuvre agricole qualifiée et de pratiques agricoles contre-productives ».  Jan Egeland a prôné un dialogue plus actif entre l’ONU et le Gouvernement zimbabwéen et des pressions plus fortes de la part des gouvernements africains. 


Compte tenu de l’apparente disposition des autorités d’Harare à renouer le fil avec la communauté internationale et les institutions humanitaires comme en témoigne le Mémorandum d’accord signé par le Programme alimentaire mondial (PAM), de nombreuses délégations ont jugé utile que la visite du Coordonnateur des secours d’urgence soit suivie par celle du Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, voire du Secrétaire général lui-même.  Le représentant du Royaume-Uni a néanmoins estimé que Kofi Annan ne devrait se déplacer que si le Zimbabwe fait des « gestes concrets ».   


LA SITUATION EN AFRIQUE


Déclarations


M. JAN EGELAND, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a rendu compte des nombreux défis importants auxquels est actuellement confrontée la communauté humanitaire en Afrique.  S’exprimant tout d’abord sur la crise du Darfour et ses conséquences au Tchad, il a estimé que l’opération humanitaire dans la région a été d’une efficacité remarquable cette année.  Quelque 13 000 travailleurs humanitaires étaient venus en aide à plus de trois millions de personnes au Darfour et au Tchad.  Leur travail a permis de sauver des milliers de vies, a-t-il fait remarquer, expliquant que le taux de mortalité parmi les déplacés avait chuté de deux tiers au cours de l’année écoulée.  Il a néanmoins signalé que la vie de ces travailleurs humanitaires était menacée en permanence, rappelant également qu’ils ne pouvaient répondre à l’ensemble des besoins des victimes du conflit, notamment les protéger des pires violences ou leur permettre de retourner chez eux.  Seul un cessez-le-feu, une solution politique et une présence internationale solide pour assurer la sécurité permettront de réaliser ces objectifs, a-t-il affirmé.  Or, depuis trois mois consécutifs, la situation dans la région s’est détériorée, a regretté M. Egeland, indiquant que les tueries, viols, pillages et déplacements forcés perduraient, ce qui compromettait encore davantage l’accès des travailleurs humanitaires aux populations touchées.  Il a également évoqué les tensions croissantes entre les 200 000 réfugiés soudanais et leurs communautés hôtes au Tchad.  Tout en notant que le Conseil de sécurité avait pris des initiatives importantes concernant la situation au Darfour, M. Egeland a fait observer que tant que ces mesures n’auraient pas de véritable impact sur le terrain, les plaies resteraient ouvertes.  Il a indiqué que les prochaines semaines seraient cruciales, évoquant notamment les pourparlers d’Abuja et les délibérations du Conseil de sécurité et de l’Union africaine sur les mesures à prendre à l’avenir.  Il a plaidé pour une présence en matière de sécurité élargie et plus efficace sur le terrain, le plus tôt possible, quel que soit le résultat des pourparlers d’Abuja.


S’exprimant ensuite sur la crise régionale due aux activités de l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda, au Soudan et, plus récemment, en République démocratique du Congo, M. Egeland s’est principalement concentré sur les conséquences qu’avaient les activités de l’Armée de résistance du Seigneur sur les opérations humanitaires menées dans ces différentes régions.  Dans le nord de l’Ouganga, l’accès aux personnes déplacées par le personnel humanitaire s’est détérioré lors des derniers mois, a remarqué M. Egeland.  Il a également évoqué les conditions de vie très difficiles dans les camps de déplacés, et a jugé que compte tenu de ces conditions, il n’était pas surprenant que les combattants de l’Armée de résistance du Seigneur ne désarment pas, signalant que ceux qui l’avaient fait avaient eu peu de véritables chances de se réintégrer.  Au Sud-Soudan, des dizaines de civils ont trouvé la mort depuis que l’Armée de résistance du Seigneur a traversé le Nil à la mi-septembre, a par ailleurs signalé le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, remarquant également que plus d’une centaine de personnes, dont des enfants, ont été enlevés, ce qui a eu d’importantes conséquences sur les opérations humanitaires.


Expliquant que les attaques de l’Armée de résistance du Seigneur avaient également sérieusement compromis la préparation du retour des réfugiés de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine et de l’Ouganda, M. Egeland a mis en avant une série de mesures que pourraient prendre les Gouvernements de la région et le Conseil de sécurité en vue de remédier aux différents problèmes posés par l’Armée de résistance du Seigneur.  Il a tout d’abord signalé que les trois Gouvernements concernés devaient s’atteler à protéger leurs populations civiles, à permettre l’accès du personnel humanitaire et à promouvoir des solutions régionales.  Il a ensuite plaidé pour un renforcement des efforts visant à atteindre une solution pacifique dans le nord de l’Ouganda, au moyen d’un processus international auquel les Nations Unies contribueraient activement.  Le Gouvernement ougandais doit par ailleurs s’atteler à protéger sa population et à investir davantage dans la fourniture des services de base au sein des zones touchées, a poursuivi M. Egeland.  Quant au Conseil de sécurité, il devrait condamner fermement les attaques de l’Armée de résistance du Seigneur à l’égard des travailleurs humanitaires et des populations civiles, et insister sur la cessation immédiate de la violence et de tout appui à l’Armée de résistance du Seigneur, a affirmé M. Egeland.  Il a également suggéré la création, par le Conseil, d’un groupe d’experts qui analyserait les sources de financement de l’Armée de résistance du Seigneur et travaillerait avec les trois Gouvernements en vue de déterminer comment le Conseil pourrait contribuer à réduire la menace que constitue l’Armée de résistance du Seigneur.  Il a enfin espéré que la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) et la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) renseigneront, dans leurs rapports au Conseil, comment elles peuvent respectivement assurer la sécurité des personnels humanitaires et permettre le retour des réfugiés et des déplacés internes.


Signalant qu’il revenait du Zimbabwe et d’Afrique du Sud, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence a évoqué la forte insécurité alimentaire, la pandémie du VIH/sida et les services de base insuffisants auxquels était confrontée la sous-région.  La situation pourrait encore s’aggraver à moins que des mesures ne soient adoptées, a affirmé M. Egeland.  Il a néanmoins estimé que cet immense besoin d’aide alimentaire constituait un cercle vicieux, expliquant notamment qu’au Zimbabwe, la récolte de l’année à venir serait mauvaise principalement en raison d’un manque de main d’œuvre agricole qualifiée et de pratiques agricoles contre-productives, et non des conditions atmosphériques.  Il n’est pas possible de fournir une aide alimentaire à des millions de personnes année après année sans réaliser les investissements nécessaires en vue de sortir de ce cercle vicieux, a-t-il indiqué, plaidant pour une nouvelle approche en vue de garantir la sécurité alimentaire du Zimbabwe.  À cet égard, il a estimé que l’ONU et la communauté humanitaire devaient discuter plus activement avec le Gouvernement, exhortant cependant ce dernier à cesser sa campagne d’expulsions.  Il a également expliqué que les Gouvernements de la région devaient être plus actifs au Zimbabwe, et a invité toutes les parties à comprendre l’importance d’une assistance humanitaire neutre et impartiale.


Les pays du G-8 n’ont jamais tant promis de ressources à l’Afrique qu’actuellement, a fait remarquer M. Egeland, convaincu que des changements devaient avoir lieu dans l’année à venir.  Aussi, a-t-il demandé à l’ensemble des États Membres d’appuyer un ordre du jour humanitaire plus ambitieux.  Il a finalement remarqué que de nombreuses crises humanitaires résultaient d’une absence totale de paix et de sécurité.  L’aide humanitaire ne peut servir de prétexte pour ignorer les causes profondes des conflits, a-t-il conclu.


M. BODÉHOUSSÈ SIMON IDOHOU (Bénin) a souligné l’importance de faire aboutir le processus d’Abuja et demandé au Conseil de réévaluer la situation et de trouver les moyens d’accroître la sécurité et la protection des populations civiles, en collaboration avec l’Union africaine.  Abordant la situation dans la région des Grands Lacs, il s’est particulièrement attardé sur celle du nord de l’Ouganda.  Il a voulu que la communauté internationale se mobilise et a déploré le fait que les réfugiés de retour deviennent des personnes déplacées faute de politique d’accueil adéquates et de l’impossibilité pour ces personnes de récupérer leurs biens.  Il s’est dit surpris que dans la région du Katanga, en République démocratique du Congo (RDC), la situation humanitaire ne s’améliore pas alors que l’ONU y a déployé sa mission la plus importante.  Le représentant s’est aussi inquiété des risques  qu’encourt le personnel humanitaire.  Il a appelé une réflexion pour trouver les moyens de lui assurer une meilleure protection.  Il a aussi attiré l’attention sur le danger que fait courir les mouvements de population aux frontières, avant de demander une action plus dynamique en faveur de la réinsertion des enfants soldats.


Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) a appelé à davantage de ressources politiques et financières, au regard de l’exposé du Coordonnateur des secours d’urgence.  Avec la volonté requise, les  causes de cette situation peuvent être éliminées.  Commentant, en particulier, la situation au Zimbabwe, elle s’est dite préoccupée par les propos tenus récemment par le Président du Zimbabwe contre les Nations Unies et le Coordonnateur d’urgence.  À moins que la communauté ne commence à préparer des plans, il y a un risque réel que des millions de personnes meurent dans les  mois  qui viennent.  La disette au Zimbabwe, amplifiée par de mauvaises politiques, peut avoir des conséquences dévastatrices.  Cette situation ne peut qu’alourdir le fardeau des pays voisins.  Compte tenu de ces faits, la communauté internationale doit développer une approche collective en faveur du Zimbabwe pour alléger le fardeau des populations et rétablir  l’état de droit.  Les tensions actuelles doivent être remplacées par le dialogue, a-t-elle dit, en encourageant le Secrétaire général à se rendre sur place pour y améliorer les relations avec le Gouvernement du Zimbabwe.  Venant à la situation dans le nord de l’Ouganda, la représentante a condamné le schéma « annuel » de l’Armée de résistance du Seigneur de prétendre vouloir négocier au moment des fêtes ou lors de la saison des pluies.  Il est temps que l’Armée de résistance du Seigneur fasse montre d’une volonté réelle de négocier.  Le Gouvernement de l’Ouganda doit rechercher une solution pacifique au conflit et tenter d’entamer un dialogue, en prenant les mesures nécessaires pour assurer la protection des civils. En concluant, la représentante a rappelé que  la contribution de son pays aux efforts déployés dans le nord de l’Ouganda s’élève à 2,6 millions de dollars et pour l’Afrique australe, elle dépassera la somme de 12 millions avant la fin de l’année.


M. KENZO OSHIMA (Japon) a regretté que le dialogue ait été difficile entre le Coordonnateur des secours d’urgence et le Gouvernement du Zimbabwe.  Se montrant profondément préoccupé par la crise alimentaire et non alimentaire qui affecte ce pays, il a dit attendre du Gouvernement zimbabwéen qu’il entende la voix de  la communauté internationale et coopère avec l’ONU et  les autres acteurs humanitaires.  La communauté internationale doit riposter à cette situation humanitaire grave, en renforçant son assistance et en engageant un dialogue avec le Gouvernement qui doit faire preuve de plus de volonté de travailler avec l’ONU pour protéger sa population.  Pour leur part, les Gouvernements africains doivent faire davantage pression sur le Zimbabwe pour provoquer un changement d’attitude de la part des autorités.  Passant ensuite à la situation au Darfour, le représentant s’est dit préoccupé par les déplacements des populations vers le Tchad.  Il a aussi abordé la question du nord de l’Ouganda, en pointant du doigt la responsabilité du Gouvernement ougandais d’entamer un dialogue et celle des pays voisins à l’égard de l’Armée de résistance du Seigneur.  Il a appuyé les recommandations du Coordonnateur des secours d’urgence, avant de souligner la nécessité de tout mettre en œuvre pour sauver les vies de ceux qui sont dans le besoin.  Le Bureau du Coordonnateur et les institutions humanitaires doivent recevoir tout le soutien requis, a-t-il dit, en attribuant les crises dues à des facteurs complexes tels que le VIH/sida, la pauvreté mais aussi la mauvaise gouvernance et la négligence.  La communauté internationale doit déployer un  effort concerté pour s’attaquer aux causes profondes des conflits.  Les bailleurs de fonds doivent augmenter leurs contributions et le Japon contribuera d’œuvrer, dans les domaines de la gouvernance et du développement, a conclu le représentant, en attirant l’attention sur les efforts entrepris dans le cadre de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement en Afrique (TICAD).


M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) s’est encouragé que l’Assemblée générale ait décidé de renouveler le Fonds autorenouvelable qui devrait contribuer à assurer que l’assistance humanitaire soit fournie de manière équilibrée et proportionnelle.  Il a appelé le Conseil à travailler avec l’Assemblée générale et le Conseil économique et social, qui sont les deux organes chargés de l’action humanitaire.  En l’occurrence, le représentant a espéré que la future Commission de consolidation de la paix contribuera à instaurer une meilleure coordination entre les trois organes.


M. ADAMANTIOS VASSLAKIS (Grèce) a aussi cité la mauvaise gouvernance parmi les causes de la situation en Afrique.  Saluant les progrès faits dans le règlement pacifique des conflits, il a jugé que les efforts ne sont pas aussi efficaces que l’on aurait souhaité.  Il a illustré ses propos en évoquant la situation au Darfour et dans le nord de l’Ouganda qui montrent les conséquences humanitaires des conflits.  Il a appelé à une coopération régionale plus active pour s’attaquer à ces situations, en soulignant aussi l’importance de la coopération intermissions.  Revenant sur la question de  la mauvaise gouvernance en particulier au Zimbabwe, le représentant s’est félicité des efforts de l’ONU et de la visite du Coordonnateur des secours d’urgence dans le pays.  La discussion que le Conseil tient aujourd’hui démontre la nécessité d’adopter une démarche globale face aux crises humanitaires, a-t-il conclu.


M. AUGUSTINE MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a jugé que l’objectif principal doit être la gestion des crises, le renforcement des capacités et la consolidation de la paix.  L’Afrique a reçu quelque 7 milliards de dollars d’aide humanitaire entre 1997 et 2001 alors que le coût des opérations de maintien de la paix a atteint 2 milliards en une seule année.  Prouvant ainsi que la prévention vaut mieux que la réaction, le représentant a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités de l’Afrique en matière de règlement des différends, ce qui implique des efforts concertés dans les domaines de la prévention et du règlement des conflits, du maintien et de la consolidation de la paix, la réconciliation nationale, et la lutte contre la prolifération des armes de petits calibres. 


M. ALEJANDRO DANIEL WOLFF (États-Unis), après avoir condamné l’action de l’Armée de résistance du Seigneur, a indiqué que le Soudan demeure la plus grande priorité de son pays qui œuvre à faire avancer le processus de paix.  Le Président Bush, a-t-il souligné, a été le premier Président à se prononcer publiquement sur la crise au Darfour qu’il n’a pas hésité à qualifier de génocide.  Passant à la situation au Zimbabwe, le représentant l’a imputée à la mauvaise gouvernance et a appelé à une réforme fondamentale des politiques.  L’ONU doit entamer un dialogue et exercer son influence sur le mauvais comportement des gouvernements, a-t-il dit en soulignant sa capacité à le faire comme en atteste le Mémorandum signé entre le Gouvernement zimbabwéen et le PAM.  Un dialogue doit être entamé avec toutes les parties du pays et la visite du Secrétaire général adjoint aux affaires politiques devrait pouvoir contribuer à maintenir l’élan qui est né après la visite du Coordonnateur des secours d’urgence, a-t-il ajouté.  Si les conditions sont réunies pour des progrès réels, le Secrétaire général devrait faire une visite dans ce pays.  Il est également important que les pays africains travaillent avec l’ONU pour engager un dialogue constructif avec le Gouvernement du Zimbabwe, a-t-il encore dit.


M. CÉSAR MAYORAL (Argentine) a souligné la nécessité pour le Conseil de garder à l’esprit la dimension humaine des conflits.  Il n’est pas possible de demeurer indifférent devant les souffrances des êtres humains, a-t-il dit en mettant l’accent sur la responsabilité directe des parties au conflit d’assurer le respect du droit international humanitaire en toutes circonstances.  Il s’est ensuite dit préoccupé par les attaques contre le personnel humanitaire et a rappelé, à cet égard, dans la résolution 1296 du Conseil de sécurité qui touche aussi à la protection des populations réfugiées et déplacées.  Le représentant a conclu en demandant au Coordonnateur des secours d’urgence ce qu’il pense de l’impact que pourrait avoir l’aboutissement du processus d’Abuja sur la situation humanitaire au Darfour.


M. ZHANG YISHAN (Chine) a demandé à la communauté internationale d’accroître l’assistance humanitaire.  Il faut prendre conscience du caractère multiple des causes sous-jacentes des crises humanitaires.  La communauté internationale doit prescrire des traitements en fonction des causes profondes des situations.  Quant à eux, les dirigeants des pays concernés doivent mettre en œuvre des initiatives que doit appuyer la communauté internationale.  Ce faisant, elle doit éviter de politiser des questions humanitaires et faire appel aux organisations régionales.


M. PATRICK CHUASOTO (Philippines) a expliqué que l’Afrique était confrontée à d’immenses défis, qu’il s’agisse des menaces à la paix et la sécurité ou des conséquences humanitaires qu’elles engendrent.  Il a observé que les civils étaient actuellement les principales victimes, et parfois même les cibles, des conflits armés.  Il a remarqué que le respect de la paix et de la sécurité internationales incombait en premier lieu au Conseil de sécurité, faisant cependant observer que la réponse aux crises humanitaires doit être coordonnée par l’ensemble des institutions pertinentes du système de l’ONU.  L’action du Conseil de sécurité peut cependant contribuer à protéger efficacement les travailleurs humanitaires sur le terrain, a-t-il signalé, indiquant également que le Conseil doit aussi se pencher sur les causes profondes des conflits armés.


À cet égard, le représentant des Philippines a estimé qu’avec la future Commission de consolidation de la paix, le Conseil de sécurité pourra renforcer les liens entre l’action humanitaire et la consolidation de la paix.  La crise humanitaire que connaît l’Afrique est préoccupante, a-t-il affirmé, indiquant que de nombreux défis demeuraient, notamment en matière de financement.  L’action internationale, a-t-il insisté, doit être coordonnée avec les gouvernements de la région, les organisations régionales et les organisations non gouvernementales.  Il a enfin salué le rôle des médias pour sensibiliser la communauté internationale à l’égard des problèmes de l’Afrique.


M. GHEORGHE DUMITRU (Roumanie) s’est félicité du cours du processus d’Abuja.  Il a néanmoins jugé malencontreux que les violences se poursuivent au Darfour. Notant les difficultés que rencontre sur le terrain le personnel humanitaire, le représentant a ensuite abordé les dimensions régionales importantes du conflit dans le nord de l’Ouganda.  Le règlement de ce dernier ne peut se faire que par la voie politique et non militaire.  Les perspectives de l’action humanitaire dépendent des progrès enregistrés du côté politique, le Gouvernement devant protéger les populations et l’Armée de résistance du Seigneur entamer des pourparlers politiques.  Le représentant s’est dit préoccupé par le sort des personnes déplacées, avant de s’interroger sur la qualité des plans mis en place par l’ONU.  Concluant sur la situation au Zimbabwe, il a dit partager la préoccupation des autres membres du Conseil.  Il a demandé au Gouvernement de travailler avec la communauté internationale et les institutions humanitaires pour répondre aux besoins des populations vulnérables.  Il a enfin rappelé le Conseil à sa responsabilité face aux « crises oubliées ou silencieuses ». 


M. VADIM SMIRNOV (Fédération de Russie) a estimé que les crises auxquelles était confronté le continent africain exigeaient que le Conseil se penche sur le renforcement de l’aide humanitaire.  S’il s’est félicité du travail réalisé par le personnel humanitaire sur le terrain, il a néanmoins jugé qu’il était nécessaire d’éviter les inégalités de distribution de l’aide humanitaire sur le continent, afin d’empêcher qu’il y ait des crises humanitaires oubliées.  Il a à cet égard jugé que la récente refonte, par l’Assemblée générale, du Fonds central d’intervention d’urgence permettrait de faire évoluer de manière positive la situation.


Estimant que les Nations Unies et en particulier le Conseil de sécurité participaient activement à l’examen des problèmes africains, le représentant de la Fédération de Russie a indiqué que l’ONU était en mesure de mobiliser la communauté internationale pour trouver des solutions globales aux problèmes des pays africains.  À cet égard, il a jugé que la création de la future Commission de consolidation de la paix constituerait un pas important en ce sens.  Il s’est enfin félicité du renforcement du rôle des gouvernements africains en matière de règlement des conflits régionaux, précisant que sa délégation accordait également beaucoup d’importance au renforcement des activités intégrées de l’Union africaine et des organisations sous-régionales africaines.


M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a estimé que trop de crises  humanitaires sont dues à des causes non économiques et que l’aide humanitaire ne peut servir d’alibi aux véritables causes des crises.  S’attardant d’abord sur la situation au Darfour, le représentant a dit s’attendre à la poursuite de l’assistance humanitaire, y compris au Tchad.  Il a appelé la communauté internationale à garantir l’accès aux personnes dans le besoin.  La situation humanitaire dépend de la situation politique et dans l’immédiat, les pressions doivent être maintenues sur les parties.  Le Conseil devra y revenir régulièrement, y compris dans le cadre d’une stratégie globale.  Le Conseil a un peu trop tendance à examiner les problèmes séparément.  S’ils sont complexes, ces problèmes politiques, humanitaires ou d’application de l’Accord de paix doivent être traités globalement pour mieux aider le Soudan et renforcer les engagements.  L’action de l’Armée de résistance du Seigneur dans le nord de l’Ouganda crée une situation de plus en plus intolérable, a poursuivi le représentant, en jugeant normal que le Conseil se penche sur cette question, compte tenu, en particulier, du problème d’accès humanitaire et de la dimension régionale de la situation.  Il a estimé que les recommandations du Coordonnateur des secours d’urgence méritent d’être examinées.  Comment un nombre limité de combattants aussi féroces soient-ils peut provoquer des conséquences aussi tragiques? s’est-il interrogé en se tournant vers le Coordonnateur des secours d’urgence.  Concluant, à son tour, en évoquant la situation au Zimbabwe, le représentant de la France a noté le signe selon lequel les autorités du pays semblent accepter de travailler avec les Nations Unies.  Il a aussi jugé utile que le Secrétaire général se rende dans le pays.  La politique de la France dépendra, a-t-il prévenu, du dialogue et des gestes concrets que le Gouvernement fera pour régler une situation qu’il a lui-même créée.  Il s’est, pour finir, inquiété du manque de réponses à certains appels de fonds.


M. LARBI KATTI (Algérie) a souligné l’importance d’adopter une approche régionale dans la résolution des crises humanitaires.  Il a ensuite formulé quelques remarques sur l’exposé du Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, Jan Egeland.  Concernant l’Afrique australe, il a salué l’amorce de dialogue avec les autorités zimbabwéennes, soulignant néanmoins l’importance du caractère neutre et impartial de l’action humanitaire, comme l’avait rappelé M. Egeland.  Concernant les actions de l’Armée de résistance du Seigneur, le représentant de l’Algérie a estimé que le Conseil de sécurité devait se pencher sur les propositions avancées par M. Egeland à cet égard.  S’agissant du Darfour, le représentant de l’Algérie s’est félicité de la stabilisation de la situation humanitaire, signalant néanmoins que l’insécurité perdurait dans la région.  La restauration de l’ordre au Darfour ne sera pas facile et passera par la conclusion d’un accord politique, a-t-il affirmé, soulignant par conséquent l’importance de l’aboutissement des pourparlers d’Abuja.


M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a demandé une réflexion plus avant sur les futures tâches de la Mission de l’ONU au Soudan.  Appelant à davantage de pressions sur les parties aux pourparlers de paix d’Abuja, le représentant s’est ensuite dit d’accord avec les propos du Coordonnateur des secours d’urgence sur la situation dans le nord de l’Ouganda.  Là aussi, il a demandé une réflexion sur le rôle d’appui que pourrait assumer l’ONU, en particulier le Conseil de sécurité.  Le représentant s’est enfin dit profondément préoccupé par la situation au Zimbabwe.  Il a dit attendre du Gouvernement qu’il respecte les engagements pris dans le Mémorandum signé avec le PAM.  Au Zimbabwe, il faut encourager l’avènement d’un gouvernement responsable et démocratique respectant les droits de l’homme.  Le représentant a prôné une plus grande implication de l’ONU dans le dialogue politique avec le Gouvernement.  Mais, a-t-il prévenu, il faudra des progrès substantiels avant que le Secrétaire général ne s’implique lui-même.  Le Royaume-Uni continuera, pour sa part, de fournir son aide bilatérale, a assuré le représentant.  Revenant sur la situation dans le nord de l’Ouganda et la capacité des membres de l’Armée de résistance du Seigneur de traverser les frontières, le représentant a plaidé pour une action qui permettrait aux soldats de la paix de l’ONU de prévenir ces mouvements.


Répondant aux commentaires formulés par les délégations, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence a observé que l’ensemble des participants au débat avaient exprimé leur souhait de voir des changements positifs avoir lieu en Afrique dans l’année à venir.  Il a fait remarquer qu’il a la responsabilité d’informer le Conseil des situations qui se détériorent, indiquant que c’était le cas pour la situation au Darfour, dans le nord de l’Ouganda et en Afrique australe.


La crise humanitaire au Darfour pourrait prendre fin demain, a affirmé M. Egeland, rappelant qu’une opération humanitaire remarquable avait été mise en place dans la région.  Tous les progrès réalisés sont cependant compromis aujourd’hui, a-t-il regretté, indiquant que le niveau d’accès du personnel humanitaire aux populations touchées était retombé à celui de 2004.  Tous ces acquis risquent d’être perdus par l’absence de progrès proportionnés aux niveaux politique et sécuritaire, a-t-il poursuivi, remarquant qu’il n’osait même pas penser à un résultat négatif des pourparlers d’Abuja.  La situation au Darfour ne peut perdurer, a-t-il affirmé, soulignant le besoin de changements positifs.


Il en va de même pour la situation dans le nord de l’Ouganda, a expliqué M. Egeland, signalant que des millions de personnes étaient actuellement affectées par les activités des 1 000 combattants de l’Armée de résistance du Seigneur.  Répondant au représentant de la France, qui demandait comment un si petit nombre de combattants pouvait faire autant de dégâts, M. Egeland a affirmé qu’il n’avait pas de réponse précise, citant néanmoins les négligences qui ont permis à l’Armée de résistance du Seigneur de commettre des exactions depuis 20 ans désormais.  Cette situation ne peut perdurer en 2006, a-t-il estimé, expliquant que l’objectif du Groupe d’experts dont il a proposé la création par le Conseil était justement de voir pourquoi la situation avait pu perdurer.  Il a également invité le Conseil à examiner les autres propositions qu’il avait formulées.


Concernant le Zimbabwe, M. Egeland a rappelé que la situation risquait de se détériorer, mais pouvait également s’améliorer.  Si un pays doit être capable de se nourrir, c’est bien le Zimbabwe, a-t-il remarqué.  La mise en place des changements proposés dans son discours inaugural, dont la modification des politiques gouvernementales et la concentration des investissements internationaux dans les produits agricoles, pourrait faire évoluer positivement la situation, a-t-il observé.  À la question du représentant du Danemark sur l’engagement futur de l’ONU au Zimbabwe, M. Egeland a répondu que le Secrétaire général envisageait de dépêcher le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Ibrahim Gambari, au Zimbabwe pour y entamer des dialogues avec le Gouvernement sur de nombreux fronts.


Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence a enfin remarqué que les opérations humanitaires avaient connu de grands progrès en 2005, remerciant à cet égard le Conseil de sécurité de son investissement en tant qu’acteur et donateur.  Grâce au nouveau Fonds central d’intervention d’urgence, l’assistance humanitaire disposera désormais de davantage de prévisibilité financière, a-t-il remarqué.  Rappelant que l’Afrique bénéficierait au cours de l’année à venir d’un engagement sans précédent du G-8 et de la communauté des donateurs, M. Egeland a estimé que des changements positifs pouvaient être mis en œuvre, à condition néanmoins que des progrès soient également réalisés dans les domaines politique et de la sécurité.


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